CHAPITRE XIV
« voie, parce qu'il n'y a que sa volonté qui donne l'être à « toutes choses. Les volontés de Dieu ne changent rien dans a sa substance , elles ne la meuvent pas. Peut - être que (( l'étendue intelligible est immobile en tout sens , même in- « telligiblement. »
Je n'entends rien à tout cela , et je n'y trouve pas un mot de vrai. S'il ny a point de mouvement dans Yetendue intelligible, on peut bien voir le mouvement par une perception qu'on en a d'ailleurs, mais -il est impossible qu'on le voie dans cette étendue.
La preuve qu'on en apporte, prise de la science de Dieu à l'égard du mouvement , est une fausse supposition. Dieu voit toutes cljoses dons son essence , et soi-même et les créatures, et par conséquent il y voit le mou^ement aussi bien que l'étendue.
Il n'est pas moins certain qu'il voit le mouvement par l'idée qu'il en a en lui-même; car , comme nous l'avons déjà montré, il n'a rien fait dont il n'eut l'idée; or, il a créé la matière en mouvement , sans quoi elle n'aurait été qu'une masse informe , dont il n'aurait pu faire aucun de ses ouvrages; il a donc nécessairement l'idée de la matière en mouvement, non-seulement parce qu'il l'a créée dans cet état , mais encore parce qu'il la conserve toujours dans le même état , puisque c'est immédiatement par lui-même qu'il conserve la même quantité de mouvement dans le monde , en le faisant passer continuellement d'un corps dans un autre. Il est donc impossible qu'il n'ait pas en lui-même l'idée, du mouvement, puisqu'il ne fait rien dont il n'ait l'idée comme je l'ai montré ci-dessus par saint Augustin et par saint Thomas.
Il n'est pas vrai, selon cet auteur même, que Dieu ne connaisse les mouvements que par la connaissance de ses volontés . qui les produisent ; car il suppose, dans son Traité ck la Xafure et de la Grâce , premier discours, paragraphe 13, (' que Dieu décomTant dans les trésors infinis de sa sagesse
« une infinité de mondes possibles comme des suites néces- « saires des lois des mouvements qu'il pouvait établir , s'est « déterminé à créer celui qui aurait pu se produire et se « conserver par les voies les plus simples. « Il a donc connu !es lois des mouvements dans les trésors infinis de sa sagesse, avant que de les connaître dans ses volontés, puisque c'était avant qu'il se fût déterminé à créer le monde; or, il ne pouvait pas connaître les lois des mouvements sans connaître les mouvements. Il nest donc pas vrai que ce n'est que dans la volonté qu'il a eue de produire les mouvements, qu'il connaît les mouvements.
Je ne puis aussi deviner pourquoi il dit que les volontés de Dieu ne changent rien dans sa substance , et qu'elles ne la meuvent pas. Est-ce que si Dieu connaissait les mouvements par son essence ou substance, et non-seulement par ses volontés , il serait à craindre que sa substance n'en fût changée? Et pourquoi donc ne pense-t-on pas aussi que, si Dieu connaît l'étendue par son essence, et non-seulement par sa volonté , il soit à craindre que son essence ne soit étendue , ce qui n'est pas moins contraire à la nature de l'Être infiniment parfait que si elle était en mouvement. Je ne vois donc pas pourquoi l'étendue en repos et immobile lui paraît plus digne d'être admise en Dieu que l'étendue en mouvement ou mobile. C'est assurément qu'il n'a pas assez consulté « la vaste et immense idée de l'Être infiniment parfait, » quand il en a eu ces pensées.
Mais ce qui me semble plus considérable , c'est qu'il paraît par là qu'il veut que, pourvu que son étendue intelligible infinie soit immobile, elle puisse être en Dieu d'une manière en laquelle l'étendue mobile et en mouvement n'y peut pas être , non plus que les corps sensibles qu'il dit aussi n'être pas en Dieu. Or, il ne peut avoir nié que l'étendue mobile et en mouvement , aussi bien que les corps sensibles , ne soient en Dieu éminemment , c'est-à-dire de cette manière toute spirihielle, et dégagée de toutes les imperfections, qui ne peuvent
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manquer de se trouver dans les créatures, selon laquelle il avoue en un autre endroit « que les choses les plus matérielles et les plus terrestres sont en Dieu. « Il faut donc ou qu il se soit contredit, ou qu'il ait prétendu que Y étendue intelligible infinie n'était pas seulement en Dieu éminemment , mais qu'elle y était aussi formellement : ou bien qu'il ait mis hors de Dieu cette étendue intelligible infinie, comme Aristote a cru que Platon y avait mis ses idées , n'ayant pas assez pris garde que c'était en Dieu, et non pas hors de Dieu, qu'il la devait mettre, puisqu'il n'y avait eu recours que faute d'autre meilleur moyen de nous faire voir toutes choses en Dieu. Quoi qu'il en soit , on ne peut guère faire concevoir plus grossièrement une étendue formelle en ce qui est de l'étendue, qu'il fait celle-là, quoiqu'il la nomme intelligible. Il est seulement vrai qu'il en a voulu ôter, je ne sais pourquoi, une des principales propriétés de l'étendue que Dieu a créée, qui est la mobilité, et qu'il lui a plu la considérer comme l'espace des gassendistes, qu'ils veulent aussi qui soit immobile. Mais je ne vois pas, comme je le viens de montrer, que cela la rende plus capable d'être admise en Dieu; et je m'en vas faire voir, dans le chapitre suivant, que cela la rend beaucoup plus incapable de nous servir d'être représentatif \)our y voir tous les corps et tous les nombres.