‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 112 sur 306 · Pourquoi on peut douter de la mérité des choses smsibles · texte numérisé non relu

Pourquoi on peut douter de la mérité des choses smsibles

Mais, d'autant que nous n'avons point mainnant d'autre dessein que de vaquer à la recherdie de la vérité, nous douterons en premier lieu si, de toutes les choses qui sont tombées sous nos sens ou que nous avons jamais imaginées, Il y en a quelques-unes qui soient véritablement dans le monde , tant i cause que nous savons par expérience que nos sens nous ont trompés en plusieurs rencontres, et qu'il y auroit de l'imprudence de nous trop fier i ceux qui nous ont trompés, quand même ce n'auroit été qu'une fois, comme aussi à cause que nous songeons presque toujours en dormant, et que pour lors il nous semble que nous sentons vivement et que nous imaginons clairement une infinité de choses qui ne sont point ailleurs, et que, lorsqu'on est ainsi résolu à douter de tout, il ne reste plus de marque par où l'on puisse savoir si les pensées qui viennent en songe sont plutêt fausses que les antres.

s. Pourquoi on peut aussi douter des démonstraUons de mathématique.

Nous douterons aussi de toutes les autres dioses qui nous ont semblé autrefois très certaines, même des démonstrations de mathématique et de ses principes, encore que d'eux-mêmes ils soient assez manifestes, à cause qu'il y a des hommes qui se sont mépris en raisonnant sur de telles matières; mais principalement parce que nous avons oui dire que Dieu , qui nous a créés, peut faire tout ce qu'il lui plaît, et que nous ne savons pas encore si peut-être il n'a point voulu nous faire tels que nous soyons toujours trompés, même dans les choses que nous pensons le mieux connoître ; car, puisqu'il a bien permis que mius nous soyons trompés quelquefois, ainsi qu'il a été déjà remarqué, pourquoi ne pourroit-il pas permettre que nous nous trompions toujours? Et si nous voulons feindre qu'un Bleu tout-puissant n^esl

LES PRINCIPES DE Ik PHILOSOPHIE.

point Tauteur de notre être, et que nous subsistons par nous- mêmes ou par quelque antre moyen, de ce que nous supposerons cet auteur moilis puissant , nous aurons toujours d'autant plus de sujet de croire que nous ne sommes pas si parfaits que nous ne puissions être continuellement abusés.

6. Qoe Doiu aT0D8 un libre arUUre qui btt (|aâ mm pouvons noua abstenir de croire les choses douteuses, et ainsi nous empécber d*étre trompés.

Mais quand celui qui nous a créés seroit toutpuissant, et quand même il prendroit plaisir à nous tromper, nous ne laissons pas d'éprouver en nous une liberté qui est telle que, toutes les fois qu'il nous plaît, nous pouvons nous abstenir de recevoir en notre croyance les cboses que nous ne eonuoissons pas bien , el ainsi nous empêcher d*être Jamais trompés*

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