‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 114 sur 306 · Ce que c*est que penser · texte numérisé non relu

Ce que c*est que penser

Parle motde penser, j entends tout ce quisefait en nous de telle sorte que noiis l'apercevons immédiatement par nous-mêmes; c'est pourquoi non-seulement entendre, vouloir. Imaginer, mais aussi sentir, est la même chose ici que penser. Car si je dis que Je vois on que Je marche, et que j'infère de là que je suis ; si j'entends parler de l'action qui se fait avec mes yeux ou avec mes jambes, cette conclusion n'est pas tellement infaillible, que je n'aie quelque sujet d'en douter, à cause qu'il se peut faire que je pense voir ou marcher, enoore que Je n'ouvre point les yeux et qoe je ne bouge de ma place *, car cela m*arrive quelquefois en dormant, et le même pourroit peut-être m'a^ river encore que je n'eusse point de corps; an lieu que si j'entends parler seulement de l'action de ma pensée ou du sentiment, c'est-i-dire de la connoissance qui est en moi, qui fliit qu'il me semble que Je vols ou que je marche, cette même conclusion est si absolument vraie que je n'en puis douter, ixMUse qu'elle se rapporte i i'flme, qui seule a la faculté de sentir ou bien de penser en quelque autre façon que ce soil.

10. Qull y a des noUons d'elles-mêmes st claires qa*on les obscurcit en les voulant définir à la façon de réoole, et qu'elles M sTaequiftreot point par l*éuide , nak naissent atec nous.

Je n'explique pas Ici plusieurs autres termes dont je me suis déjà servi et dont je lais état de me servir ci-après ; car je ne pense pas que, parmi ceux qui liront mes écrits» il s'en rencontre de si stupides qu'ils ne puissent entendre d'eux-mêmes ce que ces termes signifient. Outre que j'ai remarqué que les philosophes, (en tâchant d'expliquer par les règles de leur logique des choses qui sont manifestes d'elles-mêmes, n'ont rien fait que les obscurcir ; et lorsque j'ai dit que cette proposition, je pense, donc je suis^ est la première et la plus certaine qui se présente à celui qui conduit ses pensées par ordre, je n*at pas pour cela nié qu'il ne fallût savoir auparavant ce que c'est que pensée, certitude, existence, et que pour penser il faut être, et autres choses semblables; mais i cause que oe sont là des notions si simples que d'elles- mêmes elles ne nous font avoir la connoissance d'aucune chose qui existe. Je n'ai pas jugé qu'on en dût faire id aucun dénombrement.

• Veotoni pliis dalranmit

aflAequensurofioivs.

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Or, afin de savoir comment la oonnoissanoe que jK>us avons de notre pensée précède celle que nous

PREMIERS PARTIE

SU

afODs du corps, «C 91'eUa est iofiomptrableiDêiit pios éTîdeDta» et telle qu'encore qu'il ue fàl point Dous aurions raison de conclure qu'elle ne laisserolt pas d'être tout ce qu'elle est, nous remarque^ rons qu'il est manifestei par une lumière qui est naturellement en nos ames« que le néant n'a au* cnnes qualités ni propriétés qui lai appartiennent, et qu'où nous en apercevons quelques-unes il se doit trouver nécessairement une chose ou subitaaoe doul ellee dépendent. Cette même lumière nous montre aussi que nous connoissons d'autant mieux une chose ou substance que nous remarquons en elle davantage de propriétés ; or il est entain que nous en remarquons beaucoup plus en notre pensée qu^en aucune autre chose que ce poisse être, d*autant qu'il n'y a rien qui nous fasse connottre quoi que ce soit qui no nous fasse eneore plus certainement connottre notre pensée, Par exemple, si je me persuade qu*il 7 a une terre l cause que Je la touche ou que je la vois, de cela même, par une raison encore plus forte, Je dois être persuadé que ma pensée est ou existe, à cause qall se peut faire que je pense toucher la terre, encore qu*il n*7 ait peut-être aucune terre au monde, et qu'il n'est pas possible que mol, c^est^ l^lre mon ftme, ne soit rien pendant qu'elle a cette pensée ; nous pouvons conclure le même de toutes les autres dioses qui nous viennent en la pensée, i savoir que nous qui les pensons existons, encore qu'elles soient peut-être fausses ou qu'elles n'aient aucune existence,

m. ifoa Tint que tootte moodeae la wanoltpaf sa cette

Ceux qui n'ont pas philosophé par ordre ont eu d'au&es opiuions sur ce sujet, parce qu'ils n'ont jamais distingué asses soigneusement leur ame, (Ml ce qui pense, d*avec le corps, ou ce qui est tendu en longueur, largeur et profondeur. Car eseore qu'Us ne fissent point difficulté de croire qu'ils étoient dans le monde, et qu'ils en eussent ooe assurance plus grande que d'aucune autre chose, néanmoins, comme ils n'ont pas pris garde que par eux, lonMpi'il étoit question d'une certi* fisde métaphysique, ils dévoient entendre seulement leur pensée, et qu'au contraire ils ont mieux aimé croire que c'étoit leur corps qu'ils voyoient de leurs yeux, qu'ils touchoient de leurs mains, et «Bqoel ils attribuoient mal à propos la faculté de seniir, ils n'ont pas connu distinctement la nature de leur âme

fs. Enqod semoopeot dire qoe «I on Ignore Meu on ne peut «voir de coaaobsanoe certaine d*aacane autre chose.

IWs Istf^is li pénié0, qHl sa oMinoft soU

même en cette fiiçon, nonobstant qu'alla psrsisle encore à douter des autres choses, use de cirooftspection pour tâcher d'étendre sa conaoiasaati plus avant, elle trouve en soi premièrement les idées de plusieurs choses; et pendant qu'elle les contemple simplement et qu'elle n'assure pas qu'il y ait rien hors de soi qui soit semblable à ces Idées, et qu'aussi elle ne le nie pas, elle est hors de danger de se méprendre. Elle rencontre aussi quelques notions communes dont elle compose des démonstrations qui la persuadent si absolument qu'elle ne sauroit douter de leur vérité pendant qu'elle s'y applique. Par exemple, elle A en soi les idées des nombres et des figures, elle à aussi entre ses communes notions, « que, si ot ajoute deequantités égales à d'autres quantités ^i^ les, les tous seront égaux,» et beaucoup d'autres aussi évidentes que celle^^d , par lesquelles 11 est aisé de démontrer que les trois angles d'un trlan-^ gle sont égaux à deux droits, etc. Or tant qu'elle aperçoit ces notions et l'ordre dont elle a déduit cette conclusion ou d'autres semblables, elle est très assurée de leur vérité*, nmil comme elle ne sauroit y penser toujours avec tant d'attentfoui lorsqu'il arrive qu'elle se souvient de quelque eoo* duslon sans prendre garde à Tordre dont ltt# peut être démontrée, et que cependant elle pense que l'auteur de son être aurolt pu la créer de telM nature qu'elle se méprit en tout ce qui loi semMt très évident, elle voit bien qu'elle a un juste surjet de se défier de la vérité de tout ee qu'elto n'aperçoit pas distinctement, et qu'elle ne mû^ rolt avoir aucune science œrtalne Jtisqnes à ee qn'eUe ait connu celui qui l'a créée.

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