‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 122 sur 306 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Mt

«. De b disUncUon modale.

il y I deux mites de distlnctiOD modale, à savoir: Tone eDtre le mode que dous ayons appelé fc(OD et la substance dont il dépend et qu'il diyerilie; et l'antre entre deux diflérentes façons fane même sutwtanoe. La première est remarfnble eo oe que nous pouvons apercevoir claire- DeDt la substance sans la façon qui diffère d'elle CD cette sorte; mais que réciproquement nous ne poaTOQs a?oir une idée distincte d'une telle façon ma penser à une telle substance. Il y a, par oemple, une distinction modale entre la figure ou biooiiTeiiient et la substance corporelle dont ils dépendent tous deux ; il y en a aussi entre assu- RTOo se ressouyenir et la chose qui pense. Pour Taotre sorte de distinction, qui est entre deux différentes laçons d'une même substance, elle est raurqnable en ce que nous pouvons connoitre l'oDe de ces laçons sans l'autre , comme la figure am le mouvement et le mouvement sans la igire; mais que nous ne pouvons penser distinctonent ni à l*nne ni à l'autre que nous ne saefaioDs qu'elles dépendent toutes deux d^une même lobstanee. Par exemple, si une pierre est mue, et »ec cela carrée, nous pouvons connoitre sa figure carrée sans savoir qu'elle soit mue, et réciproquesent nous pouvons savoir qu'elle est mue sans savoir si elle est carrée ; mais nous ne pouvons troir one connoissance distincte de ce mouve- MDt et de cette figure si nous ne connoissons <IQ'i1s sont tous deux en une même chose, à savoir tt la substance de cette pierre. Pour ce qui est fc la distinction dont la façon d'une substance ttt différente d'une autre substance ou bien de la ^ d'une autre substance, comme le mouve- Mot d'un corps est différent d'un autre corps ou d^ooe chose qui pense, ou bien comme le mouve- >Hnt est diOérent du doute, il me semble qu'on h doit nommer réelle plutAt que modale, à cause Vie nous ne saurions connoitre les modes sans la sobstances dont Ils dépendent, et que les "■Ixlances sont réellement distinctes les unes des aiUis.

Si^ De h disUnctlon qui se foit par la pensée.

bfin, la distinction qui se fait par la pensée Mste en oe que nous distinguons quelquefois lae substance de quelqu'un de ses attributs, ^ lequel néanmoins il n'est pas possible que ^ en ayons une connoissance distincte ; ou ^ en ce que nous tâchons de séparer d'une ^ substance deux tels attributs, en pensant à m sans penaer è l'autre. Cette distinction est remarquable en œ que nous ne saurions avoir une ^cbûre et distincte d'une telle substance si nous

lui étons un tel attribut ; on bien en ce que nous ne saurions avoir une idée daire et distincte de l'un de deux ou plusieurs tels attributs si nous le séparons des autres. Par exemple, i cause qull n'y a point de substance qui ne cesse d'exister lorsqu'elle cesse de durer, la durée n'est distincte de la substance que par la pensée; et générale* ment tous les attributs qui font que nous avons des pensées diverses d'une même chose, tels que sont par exemple l'étendue du corps et sa propriété d'être divisible en plusieurs parties, ne diffèrent du corps qui nous sert d'objet, et réelciproquement l'un de Tautre, qu'à cause que nous pensons quelquefois confusément à l'un sans penser à l'autre. Il me souvient d'avoir mêlé la distinction qui se fait par la pensée avec la modale, sur la fin des réponses que J'ai faites aux premières objections qui m'ont été envoyées su^ (es Méditations de ma métaphysique; mais cela ne répugne point à ce que j'écris id, parce que, n'ayant pas dessein de traiter pour lors fort amplement de cette matière, il me suffisolt de les distinguer toutes deux de la réelle.

68. CommeDt on peot arolr des ooiioos dlstiœlfls de YetVUh sk» et de la pensée, en tant que roiie oonsUuie la oaiure du corps, et raatre cène de rame.

Nous pouvons aussi considérer la pensée etl'é tendue comme les choses principales qui constituent la nature de la substance intelligente et corporelle; et alors nous ne devons point les concevoir autrement que comme lai substance même qui pense et qui est étendue , c'est-à-dire comme l'âme et le corps ; car nous les connoissons en cette sorte très clairement et très distinctement. Il est même plus aisé de connoitre une substance qui pense ou une substance étendue que la substance toute seule, laissant à part si elle pense ou si elle est étendue, parce qu'il y a quelque dIfQculté à séparer la notion que nous avons de la substance de celle que nous avons de la pensée et de l'étendue ; car elles ne diffèrent de la substance que par cela seul que nous considérons quelquefois la pensée ou l'étendue sans faire réflexion sur la chose même qui pense ou qui est étendue. Et notre conception n'est pas plus distincte parce qu'elle comprend peu de choses, mais parce que nous discernons soigneusement ce qu'elle oomprwid, et que noua prenons garde à ne le point confondre avec d'autres notions qui la rendroientpluB obscure.

ea. Conmeot on peat aossilesconoevoir distiodcmeot en les prenant pour des modes ou attributs de ces substances.

Nous pouvons considà^r aussi fai pensée et l'é* tendue comme des modeson des laçons dUHreotes

LES PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE

qui se trouvent eo la tabetaiice ; c'eet-i-dire que lorsque nous cooeidéroDs qu'une m&ne âme peut avoir plusieurs diverses peosées, et qu*uD môme eorps avec sa même grandeur peut être éteudu de plusieurs façons » tantAt plus en longueur et moins en largeur ou en profondeur, et quelquefois au contraire plus en largeur et moins en lon<gueur ; et que nous ne distinguons la pensée et retendue de ce qui pense et de ce qui est étendu que comme les dépendances d*unc chose de la chose même dont elles dépendent, nous les connoissons aussi clairement et aussi distinctement que leurs substances, pourvu que nous ne pensions point qu'elles subsistent d'elles-mêmes, mais qu'elles sont seulement des façons ou des dépendances de quelques substances. Car, quand nous les considérons comme les propriétés des substances dont elles dépendent, nous les distinguons aisément de ces substances et les prenons pour telles qu*elles sont véritablement; au lieu que si nous voulions les considérer sans substance, cela pourroit être cause que nous les prendrions pour 4c8 choses qui subsistent d'ellesmêmes ; eo sorte que nous confondrions l'idée que nous devons avoir de la substance avec celle que nous devons avoir de ses propriétés.

es. Gomment on conçoit aussi leon dlTerses propriété on atlHbttts.

Nous pouvons aussi concevoir fort distinctement plusieurs diverses façons de penser, comme entendre, vouloir, imaginer, etc. ; et plusieurs diverses bçons d'étendue, ou qui appartiennent à l'étendue, comme généralement toutes les figures, la situation des parties et leurs mouvements, pourvu que nous les considérions simplement comme des dépendances des substances où elles sont ; et quant à ce qui est du mouvement, pourvu que nous pensions seulement à celui qui se fait d'un lieu en un autre , sans rechercher la force qui le produit , laquelle toutefois j'essaierai de foire connoitre lorsqu'il en sera temps.

66. Que nous avons aussi des notions distinctes de nos sentiments^ de nos afTeetions et de nos appéllls, bien que soufrent nous nous trompons ans JmeoMiots que nous eo bA»

n ne reste plus que les sentiments, les allée- Hons et les appétits, desquels nons pouvons avoir aussi une oonnofttHnce claire el distincte, pourvu que nous prenions garde à ne comprendre dans les jugements que nias en feroos que ce que nous connoitrons précisément par la clarté de notre perception, et dont nous serons assurés pa^ la raison. Mais il est malaisé d'user continuellement d'une telle précaution, aa moins à l'égard de nos seottaieuts, à cause qw nous avons cru dis k

commencement de notre vie que toutes les choses que nous sentions avoient une existence hors de notre pensée, et qu'elles élofeni entièrement semblables aux sentiments ou aux idées que Dom avions à leur occasion. Ainsi, lorsque nons stods vu par exemple une certaine couleur, nous avons cru voir une chose qui suhsisioit hors da noois, et qui étoit semblable à Tidée que noi» avions. Or nous avons ainsi jugé en tant de reo* contres^ et II nous a semblé voir osia si dstnh ment et si distinctement , à cause que nous étions accoutumés à juger de la sorte, qu'on ne doit pu trouver étrange que quelques-uns demeurent en^ suite tellement persuadés de ce faux préjugé qa*iii ne puissent pu mAme se résoudre î en douler.

67. Que souvent même nous nous trompons eo Jogeant qm nous sentons de là douleur eo quelque partie de notre oorps.

La même prévention a eu lieu en tous nos autres sentiments, même en ce qui est du chatouillement et de la douleur. Car encore que nous n'ayons pas cru qu'il y eAt hors de nous dans les objets extérieurs des dioses qui fussent semblables au chatouillement ou à la douleur qu'ils nous faisoient sentir, nous n^avons pourtant pas considéré ces sentiments comme des idées qni étoieot seulement en notre flme, mais aussi nous avons cru qu'ils étolent dans nos mains, dans nos pieds, et dans les autres parties de notre corps , sans toutefois qu'il y ait aucune raison qui nous oblige à croire que la douleur que nous sentons, par exemple au pied, soit quelque chose hors de notre pensée qui soit dans notre pied, ni que la lumiirc que nous pensons voir dans le soleil soit dans k soleil ainsi qu'elle est en nous. Et s! quelques-uni se laissent encore persuader à une si fausse opinion , ce n'est qu'à cause qulls font si grand cai des jugements qu'ils ont faits lorsqu'ils étoienl enfants qu'ils ne sauroient les oublier pour en faire d'autres plus solides, comme 11 paroîtra encore plus manifestement par ce qui suit.

68. Comment on doit distinguer en teUes choses ce en quoi oi peut se tromper d'avec ce qu'on conoott clairement.

Mais afin que nous puissions distinguer ici o qu'il y a de clair en nos sentiments d'avec ce qu est obscur, nous remarquerons en premier liei que nous connoissons clairement etdistinctemcn la douleur, la couleur et les autres sentiments lorsque nous les considérons simplement conuni des pensées; mais que, quand nous voulons jugei que la oouleur« ou que la douleur, etc., sont de choses qui subsistent hors de notre pensée, non ne concevons en aucune façon quelle chose c'ei que cette couieuf ou cette douleur, etc. U en e:

FRfiMIBRfi PARTIS.

de orfffle lonqae quelqu'un nous dit qfi'11 toU de la couleur dans un oarps, ou qu'il sent de la douleor en quelqu'un de ses membres; car c'est de iDéflie que s'û nous dlsolt qu'il voit ou qu'il sent foelque chose, mais qu'il i^ore entièrement (pelle est la nature de cette chose, ou bien qu'il D*a pas une connoissance distincte de ce qu'il Toitetdecequ'ii sent. Car encore que, lorsqu'il s'oamlue pas ses pensées avec attention , il se penoade peut-être qu'il en a quelque connols* Boa, i cause qu'il suppose que la couleur qu'il I croit Toir dans un olîjet a de la ressemblance ivec le sentiment qu'il éprouve en soi, néan* moins, s'il fait réflexion sur ce qui lui est représenté par la couleur ou par la douleur, en tant qu'elle existent dans un corps coloré ou bien dans oœ partie blessée , il trouvera sans doute qu'il D'en a pas de connoissance.

A (^'00 cooDoit tout aatremeDt les grandeurs, les fisares, elc^ qoe les couleurs et les douleurs, eic.

PrJBdpalamen t s'Q considère qu'il oeiinott bien fiioe autre façon ce que c'est que la grandeur ^le oorps qu'il aperçoit, ou la figure , ou le DouTemeot, au moins celui qui se fait d'un lieu ea un autre (otr les philosophes, en feignant ^'intrei mouvements que celui-ci , ont fait voir qHîiioe oonnoissoient pas bien sa vraie nature), MlasituaUon des parties, ou la durée, ou le Boobre, et les autres propriétés que nous aper* ^OQiclair^ent en tous les corps, comme il a (té déjà remarqué; que non pas ce que c'est que ii couleur dans ce même corps, ou la douleur, ^'^ legoflt , la saveur, et tout ce que j'ai dit ^Yoir être attribué tu sens. Car encore que ^aot 00 corps nous ne soyons pas moins assu- ^ de son existence par la couleur que nous ip^voos a son occasion que par la figure qui le '^'sûfie, toutefois il est certain que nous connols- ^ tout autrement en lui cette propriété qui est <te que nous disons qu'tt est figuré que celle ^hlt qu^U nous semble qu'il est coloré.

*^*"» Poo^^ons iuger eo deux façoos descboseï lensi- «0, par fuDo desquelles doos tombons eo rerreor, et par rwreBouirérUoM- *^

Il tttdoDc évident, lorsque nous disons àqoei- ¥^ que nous apercevons des couleurs dans les y^i qu'il en est de même que si nous lui di- ^ que nous apercevons en ces objets je ne sais M dont nous ignorons la nature, mais qui ^pourtant en nous un aTtain sentiment fort ^ et fort manifeste qu'on nomme le sentiment ^ cooleiirs. Mais il y a bien de la différence ^Boa jogemenu. Car, tant que nous nous con- «ûtouadecroirequ'lly a jeneaalsauoi dansisi

objets (e'e8t4-dire dans les ciioisi tellii qu'elles soient) qtil cause en nous œs pensées cooftisss qu'on nomme sentiments, tant s'en <ant qœ noos nous méprenions qu'au contraire nous évitons la surprise qui nous pourroit faire méprendre, i cause que nous ne nous emportons pas sIlAt â juger témérairement d'une chose qœ nous re* marquons ne pas bien oonnoitre. Mais lorsque nous croyons apercevoir une certaine couleur dans un objet, bien que nous n'ayons aucune ooq« noissanoe distincte de ce que nous appelons d'un tel nom, et que notre raison ne nous fasse aperw cevoir aucune ressemblance entre la oouieur qtts nous supposons être en cet objet et celie q«i est en notre pensée , néanmoins, parce que nous ne priions pas garde à eela, et que nous remarquons en ces mémesobjeU plusieurs propriétés, comme la grandeur, la figure» le nombre, etc., qui eif#' tent en eux de la mémo sorte que nos sens ou plutôt notre entendement nous les fait aperce» voir, nous nous laissons persuader aisément qae ce qu'on nomme couleur dans un objet est quelque chose qui existe en eel objet et qui ressemble entièrement à la couleur qui est en notre pensée; et ensuite nous pensons apercevoir dairaneni en cette chose ce que nous n'apercevons en aueiine fiiçon appartenir à sa natnre.

71. Que la première et principale caose de nos erreois loit les pr^ugés de notre enfance.

C'est ainsi que nous avons reçu la plupart de nos erreurs. A savoir pendant les premières an-* nées de notre vie, que notre âme étoit si étroite* ment liée au corps qu'elle ne s'appliquoit é autre chose qu'à ce qui causoit en lui quelques im* pressions, elle ne considéroit pas encore si ces impressions étoient causées par des choses qui existassent hors de soi, mais seulement elle sen* toit de la douleur lorsque le corps en étoit offensé, ou du plaisir lorsqull en recevoit de l'utilité, ou bien, si elles étoient si légères que le corps n'en reçût point de commodité, ni aussi d'IncomsM)dite qui fût importante à sa conservation , elle avoit des sentiments tels que sont ceux qu'on nomme goût, odeur, son, chaleur, froid, lumière, couleur, et autres semblables, qui véritaMement ne nous représentent rien qui existe hors de no-* tre pensée, mais qui sont divers selon les divér*sites qui se rencontrent dans les mouvements qil passentde tous les endroits de notre corps jusques à l'endroit du cerveau, auquel elle est étroHement jointe et unie. Elle apercevoit aussi des grandeurs, des figures et des mouvements qu'elle ne prenoit pas pour des sentiments, mais pour des choses ou des propriétés de certaines dwses qui lui semblolMat exIstiMr on du moins pouvoir eiiMer hors

LES PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE

4e toi, bien qu'elle n'y remarqaât pas encore cette Afiérenoe. Mais lorsque nous avons été quelque peu plus arancés en ftge, et que notre corps, se tournant fortuitement de part et d'autre par la disposition de ses organes, a renocmtré des choies utiles ou en a évité de nuisibles, Tâme, qui lui étoitétroitement unie, faisant réflexion sur les choses qu'il rencontroit ou évitoit, a remarqué premièrement qu'elles existoient au dehors, et ne leur t pas attribué seulement les grandeurs, les igures, les mouTements et les antres propriétés qui appartiennent véritablement au corps, et qu'elle concevoit fort bien ou comme des choses ou comme les dépendances de quelques dioses, mais encore les couleurs, les odeurs, et toutes les autres idées de ce genre qu'elle apercevolt aussi i leur occasion ; et comme elle étoit si fort offusquée du corps qu'elle ne oonsidéroit les autres choses qu'autant qu'elles servolent A son usage, elle Jugeoit qu'il y avoit plus ou moins de réalité «I diaque objet, srion que les Impressions qu'il causoit lui sembloient plus ou moins fortes. De là Tient qu'elle a cru qu'il y avoit beaucoup plus de substance ou de corps dans les pierres et dans les métaux que dans l'air ou dans l'eau, parce qu'elle y sentolt plus de dureté et de pesanteur ; et qu'elle n'a considéré Tair non plus que rien lorsqu'il n'étoit agité d'aucun vent, et qu'il ne lui sembloit ni chaud ni froid. Et parce que les étoiles ne lui faisoient guère plus sentir de lumière que des chandelles allumées, elle n'imaginoitpasquecha-

^ que étoile fût plus grande que la flamme qui parolt au bout d'une chandelle qui brûle. Et parce qu'elle ne considéroit pas encore si la terre pouvoit tourner sur son essieu, et si sa superficie est courbée comme celle d'une boule, elle a jugé d'à-

' bord qu'elle étoit Immobile et que sa superficie étoit plate. Et nous avons été par ce moyen si fort prévenus de mille autres préjugés que, lors même que nous étions capables de bien user de notre raison, nous les avons reçus en notre créance ; et au lieu de penser que nous avions fait ces jugements en un temps que nous n'étions pas capables de bien juger, et par conséquent qu'ils pouvoient étreplutét faux que vrais, nous les avons reçus pour aussi certains que si nous en avions eu une connoissance distincte par l'entremise de nos sens, et n'en avons non plus douté que s'ils eussent été des notions communes.

1l< QHS la Éeemde eit qoe

DOW ne pouTOM ed>lier ces prélogés.

Enfin, lorsque nous avons atteint l'usage entier de notre raison, et que notre âme, n'étant plus si siyette au corps, tâché à bien juger des choses j

et à connoître leur nature, bien que nous remarquions que les jugements que nous avons faits lorsque nous étions encore enfants sont pleins d'erreur, nous avons toutefois assez de peine à nous en délivrer entièrement ; et néanmoins 11 est certain que si nous ne nous en délivrons et ne les considéronscommefaux ou Incertains, nousserons toujours en danger de retomber en quelque faasse prévention. Cela est tellement vrai, qu'à canse que dès notre enfance nous avons imaginé, par exemple, les étoiles fort petites, nous ne saunons nous défiiire encore de cette Imagination, bien que nous connoissions par les raisons de l'astronomie qu'elles sont fort grandes : tant a de poavoir sur nous une opinion déjà reçue !

78. U troisièiDe, que notre esprit se fatigue quand a ce rend attenur à toutes les dioses dont nous Jageoos.

Déplus, comme notre âme ne sauroit s'arrêter i considérer longtemps une même chose avec attention sans se peiner et même sans se fatiguer, et qu'elle ne s'applique A rien avec tant de peine qu'aux choses purement intelligibles qui ne sont présentes ni aux sens ni à l'imagination, soit que naturellement elle ait été faite ainsi , à cause quelle est unie au corps, ou que pendant les premières années de notre vie nous nous soyons si fort accoutumés A sentir et Imaginer que nous ayons acquis une facilité plus grande à penser de cette sorte, de lA vient que beaucoup de personnes ne sauroient croire qu'il y ait des substances, si elles ne sont imaginables et corporelles, et même sensibles ; car on ne prend pas garde ordinairement qu'il n'y a que les choses qui consistent en étendue, en mouvement et en figure qui soient imaginables, et qu'il y en a quantité d'autres que celles-là qui sont intelligibles ; de li vient aussi que la plupart du monde se persuade qu'il n'y a rien qui puisse subsister sans corps, et même qu'il n'y a point de corps qui ne soit sensible. Et d'autant que ce ne sont point nos seus qui nous font découvrir la nature de quoi que ce soit, mais seulement notre raison lorsqu'elle y intervient, on ne doit pas trouver étrange que la plupart des hommes n'aperçoivent les choses que fort confiisèment, vu qu'il n'y en a que très oea qui s'étudient A la bien conduire.

74. La quaulème, que nous attachons nos pnnniVg â def paroles qui ne les eipriment pas exaeiemeoU

Au reste, parce que nous attachons nos cou* ceptions A certaines paroles, afin de les exprimer de bouche, et que ^ousnoussouTenons plutdt dec paroles qiie des choses, à peine sanrioos^nous con«

PREMIERS PARTIE

mit aocoiie chose si distinctement qae nous iqMriODs eDtièremeDt ce qae nous concevons (Tarée les paroles qui ayolent été choisies pour réprimer. Âiosi ia plupart des hommes donnent leor attention aux paroles plutdt qu'aux choses ; €0 qui est cause qu'ils donnent bien souyent leur flMueDtement & des termes qu'ils n'entendent point, et qu'ils ne se soucient pas beaucoup d'entendre, soit parce qu'ils croient les avoir autrefiiiseQteodus, soit parce qu'il leur a semblé que cenqol les leur ont enseignés en connoissoient lisj|;n[ficatîon , et qu'ils l'ont apprise par même B(iye&« Et bien que ce ne soit pas ici le lieu de traiter de cette matière, à cause que je n'ai pas (Bmgné quelle est la nature du corps humain et 9» je n'ai pas même encore prouvé qu'il y ait au ■oQde aucun corps, 11 me semble néanmoins qœce que j'en ai dit nous pourra servir à disoraer celles de nos conceptions qui sont claires et distinctes d'avec celles où il y a de la confusion et qui nous sont inconnues.

s>ib!^ de tout œ qa'on doU obsenrer pour bieo phOosopher.

Cest pourquoi, si nous désirons vaquer sérieu- Koent à l'étude de la philosophie et à la pécherckde toutes les vérités que nous sommes capa- ^ de coDuoitre , nous nous délivrerons en ivvffijer lieu de nos préjugés, et ferons état de ^jeter toutes les opinions que nous avons autrefe reçues en notre créance, jusques à ce que ^ les ayons derechef examinées; nous ferons "inite une revue sur les notions qui sont en ^^ et ne recevrons pour vraies que celles qui se P'^terout clairement et distinctement à notre Midemeut. Par oe moyen , nous connoîtrons P^^rement que nous sommes, en tant que no- (RBatnre est de penser, et qu'il y a un Bleu du-

quel nous dépendons; et ipris avoir considéra ses attributs nous pourrons rechercher la vérité de toutes les autres choses, parce qu'il en est la cause. Outre les notions que nous avons de Dieo et de notre pensée, nous trouverons aussi en nous la connoissance de beaucoup de propositions qui sont perpétuellement vraies, comme, par exemple, que le néant ne peut être l'auteur de quoi que ce soit, etc. Nous y trouverons aussi l'idée d'une nature corporelle ou étendue, qui peut être mue, divisée, etc. , et des sentiments qui causent en nous certaines dispositions , comme la douleur, les couleurs, etc. ; et comparant ce que nous venons d'apprendre en examinant ces choses par ordre, avec ce que nous en pensions avant que de les avoir ainsi examinée, nous nous accoutumerons à former des conceptions claires et distinctes sur tout ce que nous sommes capables de connoitre. C'est en ce peu de préceptes que je pense avoir compris tous les principei les plus généraux et les plus importants de la connoissance humaine.

76. Que nous devons préférer faotorilé divine à nos ra^D> Déments, et ne rien croire de ce qui n*est pas révélé que nous neleconnoissioDs fort clairement

Surtout, nous tiendrons pour régie infaillible que ce que Dieu a révélé est incomparablement plus certain que tout le reste, afin que si quelque étincelle de raison sembloit nous suggérer quelque chose au contraire, nous soyons toujours prêts à soumettre notre Jugeniient à ce qui vient de sa part ; mais pour ce qui est des vérités dont la théologie ne se mêle point, il n'y aurolt pas d'apparence qu'un homme qui veut être philosophe reçût pour vrai ce qu'il n'a point connu être tel, et qu'il aimât mieux se fier à ses sens, c'est-A-dire aux jugements inconsidérés de son enfance, qu'A sa raison, lorsqu'il est en état delà bien conduire.

SECONDE PARTIE

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