‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 142 sur 306 · Quelles soDt ces supposlUons · texte numérisé non relu

Quelles soDt ces supposlUons

Nous avons remarqué ci-dessus que tous les corps qui composent l'Oolvers sont faits d'une même matière, qui est divisible en toutes sortes de parties, et déjà divisée en plusieurs qui sont mues diversement et dont les mouvements sont en quelque façon circulaires, et qu'il y a toujours une égaie quantité de ces mouvements dans le monde; mais nous n'avons pu déterminer en même façon combien sont grandes les parties auxquelles cette matière est divisée, ni quelle est la vitesse dont elles se meuvent, ni quels cercles elles décrivent ; car ces choses ayant pu être ordonnées de Dieu en une infiolté de diverses façons, c'est par la seule expérience, et non par la force d^ raisonnement, qu^on peut savoir laquelle de toutes

LES PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE

€68 façons il a choisie. C'est poarquoi il nous est maintenaDt libre de supposer celle que nous voudrons, pourvu que toutes les dioses qui en seront déduites s'accordent entièrement avec l'expérience. Supposons donc, s'il vous plaît, que Dieu a divisé au commencement toute la. matière dont il a composé ce monde visible en des parties aussi égales entre dles qu'elles ont pu être, et dont la grandeur étoit médiocre, c'est-à-dire moyenne entre les diverses grandeurs des diiîérentes parties qui composent maintenant les cieux et les astres ; et, enfin, qu'il a fait qu'elles ont toutes commencé à se mouvoir d'égale force en deux diverses façonSfàsavoir : chacune à part autour deson propre centre, an moyen de quoi elles ont composé un corps liquide, tel que je juge être le ciel ; et avec cela plusieurs ensemble autour de quelqmes centres disposés en même façon dans l'univers que nous voyons que le sont à présent les centres des étoiles fixes, mais dont le nombre a été plus grand , en sorte qu'il a égalé le leur, joint à celui des planètes et des comètes ; et que la vitesse dont il les a ainsi mues étoit médiocre, c'est-à-dire qu'il a mis en elles toutes autant de mouvement qu'il y en a encore à présent dans le monde. Ainsi, par exemple, on peut penser que Dieu a divisé toutela matière qui est dans l'espace AEI en un très grand nombre de petites parties, qu'il a mues non-seulement chacune autour de son centre, mais aussi toutes ensemble autour du centre S, et tout de même qu'il a mû toutes les parties de la matière qui est en l'espace A£V autour du centre F, et ainsi des autres; en sorte qu'elles ont composé autant de diflérents tourbillons (je me servirai dorénavant de ce mot pour signifier toute la matière qui tourne ainsi en rond autour de chacun de ces centres) qu'il y a maintenant d'astres dans le monde.

A. Que leur fluiisetén empêche point qoe ce qui en sera déduit ne soit yniL

Ce peu de suppositions me semble sufQre pour m'en servir comme de causes ou de principes , dont je déduirai tous les effets qui paroissent en la nature, par les seules lois ci-dessus expliquées. Et je ne crois pas qu'on puisse imaginer des principes plus simples, ni plus intelligibles, ni aussi plus vraisemblables que ceux-ci. Car bien que ces lois de la nature soient telles que, quand bien même nous supposerions le chaos des poètes, c'està-dire une entière confusion de toutes les parties de l'univers, on pourroit toujours démontrer que par leur moyen cette confusion doit peu à peu revenir à l'ordre qui est à présent dans le monde, et que j'aie autrefois entrepris d'expliquer comment cela auroit pu être, toutefois, à cause qu'il ne convient pa? ?i ^ien à la souveraine perfection

qui est en Dieu de le faire auteur de la confusion que de l'ordre, et aussi que la notion que nous en avons est moins distincte, j'ai cru devoir id préférer la proportion et l'ordre à la confusion du chaos ; et parce qu'il n'y a aucune proportion ni aucun ordre qui soit plus simple et plus aisé à comprendre que celui qui consiste en une parfaite égalité, j'ai supposé ici que toutes les parties de la matière ont au commencement été égales entre elles, tant en grandeur qu'en mouvement, et n'ai voulu concevoir aucune autre inégalité en l'univers que celle qui est en la situation des étoiles fixes, qui paroit si clairement à ceux qui regardent le ciel pendant la nuit qu'il n'est pas possible de la mettre en doute. Au reste, il imperte fort peu de quelle façon je suppose ici que la matière ait été disposée au commencement, puisque sa disposition doit par après être changée, suivant les lois de la nature, et qu'à peine en sauroit-on imaginer aucune de laquelle on ne puisse prouver que par ces lois elle doitcontinuellement se changer, jusques à ce qu'enfin elle compose un monde entièrement semblable à celui-ci, bien que pentétre cela serolt plus long à déduire d'une supposition que d'une autre ; car ces lois étant cause que la matière doit prendre successivement toutes les formes dont elle est capable, si on considère par ordre toutes ces formes, on pourra enfin parvenir à celle qui se trouve à présent en ce monde. Ce que je mets ici expressément, afin qu'on remarque qu'encore que je parie de suppositions, je n'en fais néanmoins aucune dont la fausseté, quoique connue, puisse donner oocaskm de douter de la vérité des conclusions qui en seront tirées.

4S. Gomment toutes les parties du dd sont detennet rondes:

Or ces choses étant ainsi posées, afin que nous commencions à voir quel effet en peut être déduit par les lois de la nature, considérons que touio la matière dont le monde est composé, ayant été au commencement divisée en plusieurs parties égales, ces parties n'ont pu d'abord être toutes rondes, à cause que plusieurs boules jointes ensemble ne composent pas un corps entièrement solide et continu, tel qu'est cet univers, dans le- . quel j'ai démontré ci-dessus qu'il ne peut y avoir de vide. Mais, quelque figure que ces parties aient eue pour lors, elles ont dû par succession de temps devenir rondes, d'autant qu'elles ont eu divers mouvements circulaires ; et parce que la fores dont elles ont été mues au commencement étoit assez grande pour les séparer les unes des autres» cette même force, continuant encore en elles par après, a été aussi sans doute assez grande pour émousser tous leurs angles, à mesure qu'elles se

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