QUATRIEME PARTIE
i ce traita. Mais parée que je n'ai pas enoore asseï de cooDOissanoe de plusieurs choses que j*avoîs envie de mettre aui deux dernières parties, et que par faute d'expérience ou de loisir je n*aurai peut-être jamais le moyen de les achever, afin que celles-ci ne laissent pas d*6tre complètes, et qu'il n*y manque rien de ce que j'auroîs^ru y devoir mettre, si je ne me fusse point réservé à l'expliquer dans les suivantes, j'ajouterai ici qudqoe chose touchant les objets de nos sens ; car joaques ici j'ai décrit cette terre, et généralement tout le monde visible, comme si c'étoit seulement une machine en laquelle il n'y eût rien du tout i considérer que les figures et les mouvements de ses parties ; et toutefois il est certain que nos sens nous y font paroître plusieurs autres choses, à savoir des couleurs, des odeurs, des sons, et toutes les autres qualités sensibles, desqoelles û je ne parlois point on pourroit penser que j'aorois omis l'explication de la plupart des choses qui sont en la nature.
Ml Ce qoe é'cil qw le fens, et <n quelle fiçoD DOQB MOtODS.
C'est pourquoi il est ici besoin que nous remarquions qu'encore que notre ftme soit unie à tout le corps, elle exerce néanmoins ses principales Ibnctîons dans le cerveau, et que c'est là nonlealement qu'elle entend et qu'elle imagine, mais aussi qu*elie sent ; et ce par l'entremise des nerfs, qaî sont étendus comme des filets très déliés depuis le cerveau jusques à toutes les parties des autres membres, auxquelles ils sont tellement attachés qu*on n'en sauroit presque toucher aucune qu'on ne fasse mouvoir les extrémités de quelque aerf, et que ce mouvement ne passe, par le moyen de ce nerf, jusqu'à cet endroit du cerveau où est \t siège du sens commun, ainsi que j'ai assez amplement expliqué au quatrième discours de la Dioptriqoe ; et que les mouvements qui passent ainsi, par l'entremise des neris, jusques à cet endr<Ht du cerveau auquel notre ftme est étroite- Beat jointe et unie, lui font avoir diverses pensées, i raison des diversités qui sont en eux ; etenfin, que ce sont ces diverses pensées de notre âme, qai viennent immédiatement des mouvements qui tout excités par l'entremise des nerft dans le cerveau, que nous appelons proprement nos sentiaents ou bien les perceptions de nos sens.
a y • de dtten mos, et qaeb sont ta iotéereetr*Klire ta appéUU nttireis et ta pasdoas.
n est beaoin aussi de considérer que toutes les variétés de ces sentiments dépendent première- , de ce que nous avons plusieurs nerfs, puis i de ce quHl y a divers mouvements en chaque
nerf; mais que néanmoins nous n'avons pas autant de sens différents que nvus avons de nerfa. Et je n'en distingue principalement que sept, deux desquels peuvent être nommés intérieurs, et les cinq autres extérieurs. Le premier sens, que je nomme intérieur, comprend la laim, la soif et tous les autres appétits naturels ; et il est excité en rftme par les mouvements des neris de l'estomac, du gosier et de toutes les autres parties qui servent aux fonctions naturelles, pour lesquelles on a de tels appétits. Le second comprend la joie, la tristesse, l'amour, la colère et toutes les autres passions, et il dépend principalement d'un petit nerf qui va vers le cœur, puis aussi de ceux du diaphragme et des autres parties intérieures. Car, par exemple, lorsqu'il arrive que notre sang est fort pur et bien tempéré, en sorte qu'il se dilate dans le cœur plus aisément et plus tari que de coutume, cela fait tendre les petits nerb qui sont aux entrées de ses concavités, et les meut d'une certaine façon qui répond jusques au cerveau et y excite notre âme à sentir naturellement de la joie. Et toutes et quantes fois que ces mêmes nerfs sont mus de la même façon, bien que ce soit pour d'autres causes, ils excitent en notre âme ce même sentiment de joie. AIdsI, lorsque nous pensons jouir de quelque bien, Timagination de cette jouissance ne contient pas en soi le sentiment de la joie, mais elle fait que les esprits animaux passent du cerveau dans les muscles auxquels ces neris sont insérés ; et faisant par ce moyen que les entrées du cœur se dilatent, elle fait aussi que ces nerb se meuvent en la façon qui est instituée de la nature pour donner le sentioMut de la joie. Ainsi, lorsqu'on nous dit quelque nouvelle, Tâme juge premièrement si elle est bonne ou mauvaise ; et, si elle la trouve bonne, elle s'en réjouit en elle même, d'une joie qui est purement inteUectuelle et tellement indépendante des émotions du corps que les stoiques n'ont pu la dénier à leur sage, bien qu'ils aient voulu qu'il fût exempt de toute passion. Mais sitôt que cette joie spirituelle vient de l'entendement en l'imagination, elle fait que les esprits coulent du cerveau vers les musdes qui sont autour du cceur, et là excitent le mouvement des nerfs, par lequel est excité un autre mouvement dans le cerveau qui donne à l'âme le sentiment ou la passion de la joie. Tout de même, lorsque le sang est si grossier qu'il ne coule et ne se dikite qu'à peine dans le cœur, il excite dans les mêmes nerils un mouvement tout autre que le précédent, et qui est institué de la nature pour donner à l'âme le sentiment de la tristesse, bien que souvent elle ne sache pas elle-même ce que c'est qui fait qu'elle s'attriste; et toutes les autres causes qui meuvent ces neris en mêmefagon don-
LES PRINCIPES DE LA PHILOSOPHIE
ïseni ftotsf è râoDo lé ffiAfiie ftentifflent. Mais les âU" très rnootemonts des mêmes nerdi lui font seotlr d'autres passions, à savoir celles de Tamour, de la haine, de la crainte, de la colère, etc., en tant que oe sont des sentiments ou passions de Fâme; (^est'à-dire en tant que ce sont des pensées confuses que l'âme n*a pas de soi seale, mais de ce qu'étant étroitement unie au corps elle reçoit limpression des mouvements qui se font en lui ; car 11 y a une grande différence entre ces passions et les connolssances ou pensées distinctes que nous avons de ce qui doit être aimé ou haï, ou craint, etc., bien que souvent elles se trouvent ensemble. Les appétits naturels, comme la faim, la soif et tons les autres, sont aussi des sentiments excités en l'âme par le moyen des nerfs de Testomac, du gosier et des autres parties ; ef ils sont cfl^tièrement différents de l'appétit ou de la volonté qn^on a de manger, de boire ot d'avoir tout ce <|ue nous pensons être propre à la conservation de notre corps ; mais à cause que cet appétit ou volonté les accompagne presque toujours, on les a nommés des appétits.
m, Ae$ mm ttiétkmn, et en ment
grenier lim de rattMKhfr
Peitr cer qui est des sens extérieurs, tout la flioode a eaotfime d'en compter cinq, à cause qu'il y a autant de divers genres d'obfecs qui meûimi le» nerfe, et que les Impressions qui viennent de ces objets excitent en Tâme cinq divers genres éê pensées confuses. Le premier est rattoncbemeirt, qui a pour objet tous les corps qui peuvent moti' voir quelque partie de la chafr ou de la peau de iiofre corps, et potrr organe tous les nerfi» qtfl, se troovant en cette partie de notre eorpa, partiel* peut ft son mouvement. Ainsi les divers corps qitl tauchent notre peau meuvent les nerfs qui se îer^ minent en elle, d'une façon par leur dureté, d*nne autre par leur pesanteur, d'une antre par letrr chaleur, d'une autre par leur humidité, eie. ; et œs nerHi excitent atitant de divers sentiments eft l'âme qn'H y a de diverses façons dont fis sont mus, ou dont leur mouvement ordinaire est enr-^ péché ; è raison de quoi on a aussi attribué autant de diverses qualités à ces corps ; et on a donné ft ces qualités les nomade dureté, de pesanteur, de ehaleuf , d'humidité, et semblables, qui ne signffient rien autre chose, sinon qu'H y a en e» corps œ qui est requis pour faire que nos nerfsexertent on notre âne les sentiments de dureté, de pesan* tewr, de chaleur, etc. Otitre cela, lorsque ces nerlh «Mit mtis on peu plus fort que de coutuflM, et toutefois en telle sorte que notre corps n'en esC aoeuBeflaent endommagé, eela feit que Tâme senl un chatouillement qui est amsf en elle ote pRK
sée oonftise; et tetiê pensée lut éit naturtflmteoi agréable, d'autant qu'die lui rend témoigstg» et \ la force du corps avec lequel elle est jointe, êfl ce qu'il peut souffrir l'action qol eaosé es éitouillement sans être offensé. Mais si cette nlnis action a tant sott peu plus de force, en sorte qn'elto offense notre eorp» en quelque fiiçoa, cela dooné à notre âme le sentiment de la douleur. Et sltMl Ton voit pourquoi la volupté du corps et la dou' leur sont en l'âme des setrtlments entitmoeût contraires, nonobstant que souvent l'un sttlti û» l'autre, et que leurs causes soient presque leiii' Mables.
Isa^iMgoat.
Le sens qui est le plus grossier après raUoiicliê> ment est le goût, lequel a pour organe les oerfi de la langue et des autres parties qui lai sont toisines; et pour objet les petites parties des eorpi terrestres, lorsque, étant séparées les uses àm autres, elles nagent dans la salive qui humecte le dedaiis de la bouebe^ car, i«loii qu'elles seat différentes en figure, en grosseur ou en mouvement, elles agitent dirersement les extrémités de ces nerfs, et par leur moyen font sentir â Tâme testes sortes degoûls différents;
isa. Se réderit.
Le trotsUme est l'odorat, qui a poor eifaBS
deux nerfs, lesquels ne semblent être que des parties du cerveau qui s'avancent vers le ses, paros qu'ils ne sortent peint hors du crâne) et H a pool objet les petites parties des corps terrestres qui» étant séparées les unes des autre», voltigeât par l'air, non pas tontea îodiflépeaaaienl, mais eealement celles qui sent aases subtiles et péoé^ tranles pour entrer par les porea de l'os qa*» nomme spongieux lorsqu'eUes sont attiries avea l'air de la respiraUoUf et aller naouvoir les ex^ trémités de ces nerfis, ce qu'elles (but en autaoC de difiérentes laçons que noua sentons de diSi* rentes odeurs.
idL ne route.
Le quatrième est Touîe, qui n'a pour objet que les divers tremblements de l'air; car il y a des nerfs au dedans des orelHes tellement attachés l trois petits os qui se soutiesnent l'un l'autre, et dont le premier aal app«y^ castre la palîte peau qui couvre la concavité qu'on nomme le tambour de l'oreille, que tons les divers trediMements que Falr de dvbers communiqQe â eeCCé peaa sent rapportés i l'âme par eeenerflr, m M font o«f aornut de (ttvere seae.