‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 225 sur 306 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

DES fassions m oininu, bt par occasior db todtb la ratobe de l*homnb.

ABTICLE PBBMISB.

QBSeeqiieit

UoB A qpielqiie

<riui0i4eteft toqioiinieantre ^ird.

n ii*y a rien en quoi paroisse mieux combien les sdences que nous avons des andens sont défectaeuses qu'en ce qu'ils ont écrit des passions; car bien que ce soit une matière dont la connolssanœ a toujours été fort recherchée, et qu'elle ne semble pas être des plus difficiles, à cause que chacQD les sentant en soi-même on n'a point besoin d'emprunter d'ailleurs aucune observation pour en découvrir la nature, toutefois ce que les andens en ont enseigné est si peu de chose, et pour la plupart si peu croyable, que je ne puis avoir aoeime espérance d'approcher de la vérité qu'en m'éloignant des chemins qu'ils ont suivis. Cest pourquoi je serai obligé d'écrire ici en même façon que si je traitois d'une matière que jamais personne avant mol n'eût touchée ; et pour commenoer, je considère que tout ce qui se fait oo qui arrive de nouveau est généralement appelé par les phllos(^hes une passion au regard du sujet auquel il arrive, et une action au regard de celui qui foit qu'il arrive ; en sorte que, bien que Tageot et le patient soient souvent fort différents, FaettOD et la passion ne laissent pas d'être tou-

jours une même dioee qui a ces deux noms, A raison des deux divers sujets auxquels on la peut rapporter.

AinCLE II.

Que pour ooBDoilre Im paoloiifl de rime il liiiit disllogaer ses fMcttODi dTa^rec oeUes duoorpt.

Puis aussi je considère que nous ne remarquons point qu'il y ait aucun sujet qui agisse plus immédiatement contre notre âme que le corps auquel elle est jointe, et que par conséquent nous devons penser que ce qui est en elle une passion est communément en lui une action ; en sorte qu'il n'y a point de meilleur chemin pour venir A la connoissance de nos passions que d'examiner la différence qui est entre l'âme et le corps, afin de oonnoître auquel des deux on doit attribuer chacune des fonctions qui sont en nous.

AinCLB III.

Quelle rèsie od doit futtre pour cet eStat

A quoi on ne trouvera pas grande difflculté si on prend garde que tout ce que nous expérimentons être en nous, et que nous voyons aussi pouvoir être en des corps tout-A-falt Inanimés, ne doit être attribué qu'à notre corps ; ct^ au coif-

IM

Lé» PASSïOtrs DE L^AMË.

traire» que toui ^ n\A est en noua, et que fibdi ne concevons en aucune façon pouvoir apprtënir à un corps, doit être attribué à notre ame.

AAtlCUS IT.

Q«e la chaleur et le mouvement des membrat prooMeot du corps, les pensées de l'âme.

Ainsi, à cause que noilê ne concetons point que le corps pense eu aucune ftiçon, nous avons raison de croire que toutes sortes de pensfcs qui sont en nous appartiennent à Time ; et à cause que nous ne doutons point qu'il n*y ait des corps inanimés qui se peuvent mouvoir en aviant on plus de diverses fèçoUs qUe les tkAtrel, et qui eut autant ou plus de chaleur (ce que r«tpMéiMa fait voir en la flamme, qui seule a beaucoup plus de chaleur et de mouvé'meht qd*âU^iin de nos membres), nous devons croire que toute la chaleur et tous les mouvements qui sont en nous, en tant qu*ils ne dépendent point de la pensée, n'appartiennent qu'au corps.

Que c'est erreur

AETICLE V.

de croire que l'âme donne le mouTement et . chaleur au corps.

Au moyen de quoi nous éviterons une erreur très considérable en laquelle plusieurs sont tombés, en sorte que j'estime qu'elle est la première «aiuse qui a empêché qu'on n'ait pu bien expliquer jusques id les passions et les autres choses qui appartiennent i l'âme. Elle consiste en ce que, voyant que tous les corps morU sont privés de chaleur et ensuite de mouvement i on s'eet Imaginé que c'étoit l'absence de l'ame qui faisoit eesser ces mouvements et cette chaleur ; et ainsi on a cru sans raison que notre chaleur naturelle et tous les mouvements de nos corps dépendent de l'ame , au lieu qu^on devoit penser au contraire que l'âme ne s'absente lorsqu*on meurt qu'à cause que cette chaleur cesse, et que les organes qui servent à mouvoir le corps se corrompent.

mtiGtfi Vï.

QQSlIe dlMieM tt y a eMvs OD «drpi vlnM tt tt 001^ morL

Afin donc que nous évitions cette erreur, considérons que la mort n'arrive jamais pal* la faute de l'âme, mais seulement parce que quelqu'une des principales parties du corps se corrompt; et jugeons que le corps d'un homme vivant diffère autant de celui d'un homme mort que fait une montre, ou autre automate (c'est-à-dire autre

machine qui se mMII de Mi'*knéme), lorsqu'elli est montée et qu'elle a en sol le principe corpo rel des mouvem^tè pour lesqMs elle est instituée, avec tout ce qui est requis pour son aciloo, et la même montre, ou autre machine, lorsqu'elle est rompue et que la principe de son mouTe* ment cesse d'agir*

AancLfc v!i.

artère ttpllBàltoo #€i parues dtt coit«, el dé ipH*|^^ de ses fonction».

I^our rehdre telà plus Intelligible, j'eipllquerai Ici en peu de mots toute la façon dont Jamadiîne de notre corps est composée. Il n'y a perâbnbe qui ne sache déjà qu'il y à en hoUsuncœur, un ttrveau, nn estomac , des musclés, des nerfs, m artères, des VèlUeé, et ChoSeS §emblables ; oh sait aussi que les viandes qu'on mange desceodeût dans l'estomac et dans les boyaux, d'où leur suc, coulant dans le foie et dans toutes les veines, se mêle avec le sang qu'elles contiennent, et par ce moyen en augmente la quantité. Ceux qui ont tant soit peu ou! parler de la médecine savent, outre cela, comment le cœur est composé, et comment tout le sang des veines peut facilement couler de la.veiqB cavv u son vite ûMt^ et de 11 passer dans le poumon par le vaisseau qu'on nomme la veine artérieuse, puis retourner du poumon dans le oOté gauche du cœur par le vaisseau nommé l'artère veineuse, et enfin passer de là daiîs là grande artère, dont ieé braneM Sê répandent par tout le corps. M^me tous ceux que l'autorité des aneiens n'a poiateotièreoiedtaYea- ^lési et qui ont voulu ouvrir les yeux pour eiamiBor l'opinion d'fiervasus louehant k «îrcukitloa du sang, ne doutent point qu« toutes te veines et les artères du oorps ne eoient comiae des ruisseaux par où le sang conh saaa ees^ iort prômptement, ea prenant son cours de la cavité droite du cœur par la veina artérieuse, dont les branches sont éparses à tout le poumon «t jointes à celle de l'artère veineuse, par laquelle A passe du poumon dans le c4té gauche du oœur ; puis de lé il va dans la grande ailère doBl les brioebes, éparses par tout le reste do corps, sont jointes aux branches de la veine qui portent dertclief le même sang en la cavité droite du cœur} en sOrle que ces deux cavités sont comme des éduses par chacune desquelles passe tout Je sang à dhtqoe tour quil fait dans le corps. De plus on Mit qu& tous les mouvements des membres d^ndent des muscles, et que ces muscles aoet opposés lesuos aux autres en telle sorte que, lorsque l'un d'eux s'acGOurdt, Il Ure vers soi ia partie du corps à laquelle tk est attaehéf ce qui fiOladoivar au mttte

{"HEIItËUII^AimE.

4St

temps le moade qui loi eit opposé; pals s'il arrive en an autre temps que ce dernier 8*acoourcisse, il fait que le premier se rallonge, et il retire vers soi la partie i laquelle ils sont attachés. Enfin on sait que tous ces moUTements des muscles, comme aussi tous les sens, dépendent des herft, qnl sont comme de petite filets ou comme de petits tuyaux qui Tiennent tous du cerveau, et contiennent ainsi que lui un certain air ou vent trAs sobttl qu*on nomme les e&prits antinaux.

AllTICLE Vltl.

QSrf Ml» prlHipg «I t»illti OIS

Mais on ne sait pas conmanément en qMllè laçoB ces esprits aaimàiA si css nsrftoootribdsfit aux mouvements si aux sens, ni qdel est Is prl&« Gipa oorporel qui iss fUt s§;jr; e'slt pourqttoli encore qoe J'en ak déjà tondié quelque chose sÉ d'autres ioriu. Je ne laisBMd pSs ds din M sf» ctnctemenl que» pendant que nons vivons, il y a une dMleur continuelle sa notre OÊmrt qui sil une espèce de feu que le sauf des veines y entiv> tient» et qoe ce feu est le principe Corporsi êê tous les mouvements de nos SMaslMi*

AancLs a*

Comment se fait le mouTement du cotar.

Son prsmler effet est qti*ll dilate le sao^ dont les snvités du cœar sont remplies ; ce qui est cause qneee sang, ayant besoin d'occuper un plus grand lien, passe avec impétuosité de la cavité droite dans la veine artérieuse, et de la gauche dans lA ^nde artère ; puis, cette dilatation cessant, il entre Incontinent de nouveau sang de la veine cave en la cavité droite do cœur et de Tartëre veineuse en la gauche ; car il y a des petites peaux aux entrées de ces quatre taisseaux, tellement disposées qu'elles font que le sang ne peut entrer dans le eœuf que par les deux derniers ni en sortir que par les deux autres. Le nouveau sang entré dans le cœur y est incontinent après raréfié en mémo &çon que le précédent ; et c'est en esia seai qne consiste le pools ou bàttetnent du eieur et des artères ; en sorte que ce battement se réitère antant de fois qu'il entre de nouveau sang dans le cœur. C'est aussi oëâ seul qui donne au sang son mouvement, et fiilt qu*U coule sanscssss très vite en toutes les artères et ks veines, au moyen de quoi il porte la chaleur qu'A acquiert dans le eosur a toutes les autres parties du corps, et 11 leof sert de nourrituro.

ASrtGU t.

lat «prils àDintat mmi phMfciftt SÉin te 4

Mais ce qu^il y a ici de plus considérable, c'est que toutes les plus vives et les plus subtiles par* ties du sang que la chaleur a raréfiées dans le cœur entrent sans cesse en grande quantité dans les cavités du cerveau. Et la raison qui fait qu'elles

ir vont plutOt qu*en aucun autre lieu, est que tout e sang qui sort du cœur par la grande artère prend son cours en ligne droite vers ce lieu-là» et que n*y pouvant pas tout entrer, i cause qu'il U^y a que des passages fort étroits, celles de ses parties qui sont les plus agitées et les plus sub* tilès y passent seules, pendant que le reste se répand en tous les autres endroits du corps. Or oe| parties du sang très subtiles composent iesesprita animaux; et elles n^ont besoin a Cet effet de reœ-^ voir aoeun autre changement dails le cerveaui sinon qu'elles y sont séparées des autres parties du sang moins sdbCilSs ; car t:e que Je nomme Ici des esprits ne sont que des corps, et Hs n*Mt point d'autre propriété sinon que ce sont des corps très petits et qui se meuvent très vite, ainsi que les partiel de la flamme qui sort d^un flambeau ; en Sorte qu^tls ne s'arrêtent en aucun lieu , et qui mesure qoll en entre quelques-uns dans les cavités du cerveau , 11 en sort aussi quelques au* très par les pores qui sont en sa substance, les** quels pores les conduisent dans les nerfs» et de là dans tes tnusdes, au moyen de quoi Ils meuvent le corps en toutes les diverses façons qu'il peut; être mû.

AftTKU m.

Coiilmeiu se foDt les mouYements des mnsciti.

Car la seule eanse de tons les mouvettients des membres est que quelques muscles s'accoorcissefit et que leurs opposés s'allongent, ainsi qu*il a déjà été dit; et la seule cause qui fait qu*un muscle s'acoourdt plotdt qoe son opposé est qu'il vient tant soit peu plus d'esprit do cerveau Vers lui que vers l'autre. Non pas que les esprits qui viennent immédiatement do cerveau suAtoent seuls pour mouvoir ces muscles, mais ils déterminent les autres esprits qui sont déjà dans ces deux muscles à sortir tous fort promptemebtderuo d>ut et passer dans l'autre , au moyen de quoi celui d*où Ils sortent devient plus long et plus lâche, et celui dans lequel lis entrent, étaut promptement enflé par eux,s'aecourcit et tire le membre auquel il est attaché. Ce qui est facile à concevoir, pourvu que l'on sache qu'il n'y a que fort peu d'esprits animaux qui visnnent continuellement du cerveau vers Aieupie ssvsctof mais qui! y eu a toujourt

LES PASSIONS DE L'AME

quantité d'autres enfermés dans le même muscle qui s'y meuvent très vite, quelquefois en tournoyant seulement dans le lieu où ils sont, à savoir lorsqu'ils ne trouvent point de passages ouverts pour en sortir, et quelquefois en coulant dans le muscle opposé ; et d'autant qu'il y a de petites ouvertures en chacun de ces muscles par où ces esprits peuvent couler de l'un dans l'autre, et qui sont tellement disposées que , lorsque les esprits qui viennent du cerveau vers l'un d'eux ont tant soit peu plus de force que ceux qui vont vers l'autre, ils ouvrent toutes les entrées par où les esprits de l'autre muscle peuvent passer en celul-^i, et ferment en même temps toutes celles par où les esprits de celui-ci peuvent passer en l'autre ; au moyen de quoi tous les esprits contenus auparavant en ces deux muscles s'assemblent en l'un d'eux fort promptement, et ainsi l'enflent et raccourcissent, pendant que l'autre s'allonge et se reUcfae.

ABnciB ZII*

les olijeu de dehors

des sens.

aglsseot oomre les organes

n reste encore ici à savoir les causes qui font que les esprits ne coulent pas toujours du cerveau dans les muscles en même façon, et qu'il en vient quelquefois plus vers les uns que vers les autres. Car, outre l'action de Fâme, qui véritablement est en nous l'une de ces causes, ainsi que Jedirai ci-après, il y en a encore deux autres qui ne dépendent que du corps, lesquelles il est besoin de remarquer. La première consiste en la diversité des mouvemenU qui sont excités dans les organes des sens par leurs objets, laquelle j'ai déjà expliquée assez amplement en la Dioptrique; mais afln que ceux qui verront cet écrit n'aient IMS besoin d'en avoir lu d'autres, je répéterai ici qu'il y a trois choses à considérer dans les nerfs , à savoir : leur moelle ou substance intérieure qui s'étend en forme de petits filets depuis le cerveau, d'où elle prend son origine, jusquesaux extrémités des autres membres auxquelles ces filets sont attachés; puis les peaux qui les environnent , et qui, étant oontiguês avec ceUes qui enveloppent le cerveau , composent de petits tuyaux dans lesquels ces peUts filets sont enfermés ; puis enfin les esprits animaux qui, étant portés par ces mêmes tuyaux depuis le cerveau jusques aux muscles, sont cause que ces filets y demeurent entièrement libres et étendus, en telle sorte que la moindre chose qui meut la partie du corps où rextrémité de quelqu'un d'eux est attachée fait mouvoir par môme moyen la partie du cerveau d'où il vient; en même façon que lorsqu'on tire un des bouts d'une corde on fait mouvoir l'autre.

ABTICLB XIII.

Que cette acUon des objets de dehors peui cooduire divcrsemeot les esprits dans les muscles.

Et j'ai expliqué en la Dioptrique comment tous les objets de vue ne se communiquent à nous que par cela seul qu'ils meuvent localement, par l'entremise des corps transparents qui sont entre eux et nous, les petits filets des nerfs optiques qui sont au fond de nos yeux, et ensuite les endroits du cerveau d'où viennent ces nerls ; qu'ils les meuvent, dis-je, en autant de diverses façons qu'ils nous font voir de diversités dans les choses, et que ce ne sont pas Immédiatement les mou?ements qui se font en l'œil, mais ceux qui se font dans le cerveau, qui repr^ntent à l'âme ces objets. A l'exemple de quoi il est aisé de concevoir que les sons, les odeurs, les saveurs, la chaleur, la douleur, la iaim, la soif, et généralement toos les objets, tant de nos autres sens extérieurs qoe de nos appétits intérieurs, ercitent aussi quelque mouvement en nos nerfe, qui passe par leur moyen jusqu'au cerveau ; et outre que ces divers mouvements du cerveau font voir à notre âme divers sentiments, ils peuvent aussi faire sans elle que les esprits prennent leur cours vers certains muscles plutôt que vers d'autres, et ainsi qu'ils meuvent nos membres, ce que je prouverai seulement ici par un exemple. Si quelqu'un avanoe promptement sa main contre nos yeux, comme pour nous frapper, quoique nous sachions qu'il est notre ami, qu'il ne lait cela que par jeu et qu'il se gardera bien de nous faire aucun mal, nous avons toutefois de la peine à nous empêcher de les fermer ; ce qui montre que ce n'est point par l'entremise de notre âme qu'ils se ferment, puisque c'est contre notre volonté, laquelle est sa seule ou du moins sa principale action; mais c'est à cause que la machine de notre corps est tellement composée que le mouvement de cette main vers nos yeux excite un autre mouvement en notre cerveau, qui conduit les esprits animaux dans les muscles qui font abaisser les paupières.

ABTICLB XIY.

Que la divenité qtU est eocre tes espriu peut ansi (UrenUer leur cours.

L'autre cause qui sert à conduire diversement les esprits animaux dans les muscles est l'inégale agitation de ces esprits et la diversité de leurs parties. Car lorsque quelques-unes de leurs parties sont plus grosses et plus agitées que les autres, elles passent plus avant en ligne droite dans les cavités et dans les pores du cerveau, et parce moyen sont conduites en d'autres muscles qu'elles ne seroient s^ elles avoient moins de force.

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