PREMIERE PARTIE
IRTICLB XT. .
({iieOoB sont les causes de leur diYenité.
Et cette inégalité peut procéder des direrses Btttièfes dont ils soDt composés, comme on TOit eD ceux qui ont bu beaucoup de vin que les vapeurs de ce vin, entrant promptement dans le sang, montent du cœur au cerveau, où elles se convertissent en esprits, qui, étant plus forts et plus abondants que ceux qui y sont. d'ordinaire, lODt capables de mouvoir le corps en plusieurs étrauges façons. Cette inégalité des esprits peut iQsi procéder des diverses dispositions du coeur, du foie, de l'estomac, de la rate et de toutes les autres parties qui contribuent à leur production ; car il faut principalement ici remarquer certains petits nerfs insérés dans la base du cœur, qui KnreDt i élargir et étrécir les entrées de ses concavités, au moyen de quoi le sang, s*y dilatant plus ou moins fort, produit des esprits diversement disposés. Il faut aussi remarquer que, bien que le sang qui entre dans le cœur y vienne de tous les autres endroits du corps , il arrive sou- Teot néanmoins qu'il y est davantage poussé de quelques parties que des autres, à cause que les nerft et les muscles qui répondent à ces parties-li le pressent ou l'agitent davantage, et que, selon la diversité des parties desquelles il vient le plus, lise dilate diversement dans le cœur, et ensuite produit des esprits qui ont des qualités différentes. Ainsi, par exemple, celui qui vient de la partie inférieure du foie, où est le fiel, se dilate d'autre façon dans le cœur que celui qui vient de la rate, et celui-ci autrement que celui qui vient des Teioes des bras où des jambes, et enfin celui-ci tout autrement que le suc des viandes, lorsqu'étant nouvellement sorti de l'estomac et des boyaux, il passe promptement par le foie jusqnes au cœur.
ABTICLB XTI.
Conneot tous les membres peuvent éire mus par les objets des sens et par les esprits sans raide de l'âme.
Enfin il faut remarquer que la machine de notre corps est tellement composée que tous les changements qui arrivent au mouvement des esprits peuvent foire qu'ils ouvrent quelques pores du oervean plus que les autres , et réciproquement que, lorsque quelqu'un de ces pores est tant soit peu plus ou moins ouvert que de coutume par l'action des nerfs qui servent aux sens, cela change çielque chose au mouvement des esprits, et fait qu'ils sont conduits dans les muscles qui servent à nwuvoir le corps en la façon qu'il est ordinairemeot mû à l'occasion d'une telle action; en
DESCABTFS.
sorte que tous les mouvements que nous faisons sans que notre volonté y contribue ( comme il arrive souvent que nous respirons, que nous marchons, que nous mangeons, et enfin que nous faisons toutes les actions qui nous sont communes avec les bétes ) ne dépendent que de la conformation de nos membres et du cours que les esprits, excités par la chaleur du cœur, suivent naturellement dans le cerveau, dans les nerfs et dans les muscles, en même façon que le mouvement d'une montre est produit par la seule force de son ressort et la figure de ses roues.
ABTICLB XYII.
Quelfis sont les fonctions de r Ame.
Après avoir ainsi considéré toutes les fonctions qui appartiennent au corps seul, il est aisé de oonnoitre qu'il ne reste rien en nous que nous devions attribuer à notre flme, sinon nos pensées, lesquelles sont principalement de deux genres, i savoir : les unes sont les actions de l'âme, les autres sont ses passions. Celles que Je nomme ses actions sont toutes nos volontés, à cause que nous expérimentons qu'elles viennent directement de notre ftme, et semblent ne dépendre que d'elle ; comme, au contraire, on peut généralement nommer ses passions toutes les sortes de perceptions ou connolssances qui se trouvent en nous, à cause que souvent ce n'est pas notre âme qui les fait telles qu'elles sont, et que toujours elle les reçoit des choses qui sont représentées par elles.
ABTICLB XYIII.
Delavolonlé.'
Derechef nos volontés sont de deux sortes ; car les unes siont des actions de l'ftme qui se terminent en l'flme mtme , comme lorsqiie nous voulons aimer Dieu ou généralement appliquer notre pensée à quelque objet qui n'est point matériel ; les autres sont des actions qui se terminent en notre corps, comme lorsque de cela seul que nous avons la volonté de nous promener, il suit que nos Jambes se remuent et que nous mardions.
ABTICLB XIX.
Des p^îrcepUons.
Nos perceptions sont aussi de deux sortes, et les unes ont l'âme pour cause, les autres le corps. Celles qui ont Tâme pour cause sont les perceptions de nos volontés et de toutes les imaginations ou autres pensées qui en dépendent; car 11 est certain que nous ne saurions vouloir aucune chose que nous n'apercevions par même nnoyen que
LES t^ÀâSlONS m L'AME.
otftt» i& tt>tif6iii( ^t BIèfl tirM MglM '<te bdtfë ittié cè^tt liû« ftctiott de TOiilOtr qilelqaë tthosèt on peut dlt^d que c'est Aussi en elle une possioii d*apefC6tofr qu'elle Veut \ toutefois, ft cause que cette percèptrou et cette totouté he sout en efl^ qu'une même chose, la dénomiDatlon se fait toujours par ee qui est le plus noble, et ainsi on n'a potut Coutume dé la tiommef uùe passion , mais seulement une action.
AÉTttilil ftX.
nef imagioâtloDs et autres pensée qui sont totmèiâ j^ rame.
Lorsque notre âme s'applique à imaginer quelque chose qui n'est point, (^ttime à le représenter QD palais enchanté ou une chimère, et aussi lorsqu'elle s'applique à considérer quelque chose qui est seulement intelligible et non point imaginable, par eiemple, à considérer sa propre nature, les perceptions quelle a de ces choses dépendent principalement de la colonie qui fait qu'elle les aperçoit ; c'est pourquoi on a coutume de les considérer comme des actions plutôt que comme des passions,
ailTICLB xxu
bes imagtnaUoDs qui u'ont pôu)* dftiUe que lé t!t>r(>il.
Eiaite les perceptions qui sent causées par le 06fpsi la plupart dépendent des nerfe ; mais il y en a aussi quelques-unes qui n'en dépendent point I et qu'on BOëime des Imaginations^ ainsi que celles dont je Tiens de parler, desquelles néanmoins elles diffèrent en os que notre Yolonté ne s'emploie point à les former, ce qui fait qu'elles ne peuvent être mises au nombre des actions de rime» et elles ne procMent que de ce que lee eeprite étant dlTersement agités i et rencontrant les traces de diverses Impressiims qui ont précédé dans le o^reau. Ils y prennent leur cours fortuitement par certains pores plutôt que par d'autres. TeUes sont kt illsislons de née songes et au4Sl les réyeries que nous avons souveut étant éveillés^ lorsque notre pensée erre nonchalamment sans s'appliquer i rien de sol-mémoi Or, encore que quelques-unes de ces imaginations soient des passions de l'âme^ en prenant ce mot en sa plus propre et plus parfaite signification, et qu'elles puissent être toutes ainsi nommées, si on le prmd en nne signification plot gfaérale» tontefols, povrœ qu'elles n'ont pas une diuie si nota** ble et si déterminée que les perceptions que rime reçoit par r^tremise des nerfs, et qu'elles semblent n'en être que Tombre et la peinture, avant q«% AMS lei puissions bien distinguer, Il faut i eefisidént te dfflSrence qnl est entre ces entres. {
êMKIM tni,
ne la dfinSfèACS (|ul ësc chlfe rs iotNS fMfM^Bou. .
toutes les perceptions que je â^ai pis encore expliquées viennent à Tâme par l'eût^eititse dei nerfs, et il y a entre elles cette diffirente qoe nous les rapportons les unes aux objets de i^ hors qui Irappent nos sehs, les atitrés à notro ftme.
iLÏTttLÉ iÛtttt.
bon de BOUS.
Celles que nous rapportons & des diOSei qui sont hors de bous, à savoir aui objets dé Dos tens, sont causées, au moins lorsque notre opinion n^est point fausse, par ces objets qui, eïCitant quelques mouvements dans leS ôrgafiës M sets extérieurs, en excitent aussi par l'entremise dH nerfs dans le cerveau, lesquels foDt que Time les sent. Ainsi lorsque nous voyons la lumière d'os flambeau et que nous oyons le son dhins elôche, cô son et'cette lumière sont deut diverses Mtioné qui, par cela seul qu'elles exdtent dèui ditert mouvements en quelques-uns de nos derft, et par leur moyen dans le cerveau, donnent ft Vittt^ deux sentinients dlffiSrents, lesquels nous n^ portons tellement aux sujets que nous supposoni être leurs causes que bous pensons voir le fiant* beau même et ouïr la cloche, non pas sentir seu^ lement des môuvetnents qui viennent d'eux.
Aatïttn MtV.
Dès psre«titt6ftsq«e dSui rsiHxinute a mm coq».
Les perceptions que nous rapportons i notrft corps ou à quelques-unes de ses parties sont celles que nous avons de la faim, de la soif et de nos autres appétits naturels, i quoi on peut joindre la douleur, la chaleur et les autres affections que nous sentons comme dans nos membres, et non pas comme dans les objets qui sont hors de noust ainsi bous pôuvobs seutif en mèm temps, et par rentremise des mîmes nerfi, la froMear de notre màitt et In dialenf de là iSnmmé dwtelle s'approèhe, on bien en contraire là cbaleer de Is main et le froid de l'air auquel elle est el|MséSi sans qu'il y ait aucune dlfKrenoe entre M Mettons qui nous font sentir le tband ou le fky^M ftii sA en notre main et celles qui nous font sentir tM qui est hors de nous , sinon que, l'une de ces actions survenant à l'autre, nous jugeons que la première est déjà en nous, et que celle qui iorvfsiit n'y est oas encore, mets en l\>bjel qui làtvÊH^
PREMIERS PARTIE
ABTiCUl SUT.
les perceplioDs qu'on rapporte seulement à riffle sont celles dont on sent les effets comme en rame même, et desquelles on ne connoît commuoémaDt aucune cause pfochaine à laquelle on les poisse rapporter ; tels sont les sentiments de joie, de coltré et autres semblables, qti! sont quelquefois eïcltSs en noui par les objets qui meuvent nos nerfe, et quelquefois aussi par d'autres causes. Or, encore que toutes nos perceptions , tant celles qu^on rapporte aux objets qui sont hors de DOQS ((ne celles qtl'dii rapjporte aux diverses afTections de notre corps, soient véritablement des passions an regard de notre âme, lorsqu^on prend ce mot en sa plus générale signification, toutefois Oti a contnme de le restreindre â signifier seuleïDeut celles qui se rapportent à Tâme même ; et ce lie sont que ces dernières que j'ai entrepris ici f eipliqder sons le noni des passions de Tâme.
AinCU XZTI.
Qœ ks fanagfnàTfCM, qui ne dépendent qne da mouveinent fcrti* de> €>|i>il% peufet être tfai»* TéiHaMes passions qoe to percepOons qâ éé^àm àm mtk,
n reste ici à remarquer qqe toutes les mêmes dioses que Tâme aperçoit par Tentremise des nerfs lui peuvent aussi être représentées par le cours fortuit des esprits, sans qu1l y ait autre diriiSrence, sinon que les Impressions qui viennent dans le €er?eau par les nerfs ont coutume d*âtre plus vi- Tes et plus expresses que celles que les esprits y excitent, ce qui m'a fait dire en l'art. 21 que celles-ci sont comme Fombre ou la peinture des autres. Il faut aussi remarquer qu*ii arrive quelquefois que celte peinture est si semblable à la chose qu'elle représente qu*on peut y être trompé touchant les perceptions qui se rapportent aux objets qui sont faors de nous, ou bien celles qui se rapportent à quelques parties de notre corps, liais qn*on ne peut pas 1 être en même façon touchant les passions, d'autant qu'elles sont si proches et si intérieures à notre âme qu'il est impossible qu'elle les sente sans qu'elles soient véritablement telles qu'elle les sent. Ainsi souvent lorsque Ton dorl« el mtm quelquefois étant éTeillé, on imagine si fortement certaines choses <ia'<m pense les voir devant sol ou les sentir en «OB corps, bien qu'elles n'y soient aucunenent ; nais encore qu'on soit endormi et qu'on rêve» on ne sauroit se sentir triste on ému de quelque antre passion qu'il ne seli tria vrai que l'Ame « en sol cette passion.
amcias ja?u.
lAdéflnitioDte
derâi
Après avoir considéré en quoi les passions da lUrne différent de toutes ses autres pënséeé, H me semble qu*on peut généralement les définir des perceptions, ou des sentiments, ou des émotions de rame, qu'on rapporte particulièrement à elle, et qui sont causées, et entretenues , et fortifiées par quelaue mouvement des esprits.
ABTIGLB XXYIII.
BiplBatloa de h preniière partie de cette éêBdhioiL
On les peut nommer des pereqrtiomi UHfifÊ aft se sert généralement de ce mot poor slgiiffler toutes les pensées qui ne sont point des «ocièiMi ^^ l'âme ou des volontés, mais non point lerUqn'IïÉ ne s'en sert que pour signifier des confioiâtanees évidentes; car l'eipérience fUtvoir que cebx qtA sont le plus agités par leorv passions ne sont pas oeiu qui les eonnotssent le raiedx, et qù'dleë sont du nombre des perfections qne l*étrolie àlHanoe qui est entre l'âme et le corps rend confuses et obscures. On les peut aussi nOmmer des sentiments, à cause qu'elles sont rejues en l'âme ei) même façon que les objets des sens eitérienra et ne sont pas autrement connues par elle; maison peut encore mieux les nommer des émotions de l'âme, tfon-seulemetit ft cause que ce nom peul être attribué k tous les changements qui arrivent en elle, c^est -à-dire S toutes les diverses pensées qui lu! viennent, mais particulièrement pourœ que, de toutes les sortes de pensées qu'elle peut avoir, il n'y en a point d'autres qui l'agitent et rébranlent si fort que font ces passions.