RÈGLE XL
Aprtf*^«VQlr considéré iotaiUTemeDt «qaelqiiei proposiUons rinpIeB, si nous ea condooDS quelque auire, I est utile de les pircoarir tout» par uo mouTemeot continu de la pensée, de réfléchir à leurs mutuels rapports, et d*cn concevoir distincteaient à la Ibis le plus grand nombre possible; car cTest ainsi que notre science acquiert beaucoup plus de œrtitode, et notre esprit beaucoup plus d'étendue.
C'est Ici roocasiOD d'exposer plus clairement ce que nous avoDS déjà dit de l'Intuition aux règles troisième et septième. Dans Tune nous rayons opposée à la déduction ; dans l'autre seulement à rénumération que nous avons définie une collection de conséquences tirées de pltisieurs choses séparées, tandis que nous avons dit que la simple opération de déduire une chose d'une autre se laisoit par l'intuition.
U a dû en être ainsi, parce que nous exigeons deox conditions pour l'intuition, savoir : que la proposition soit claire et distincte, et qu'on la comprenne tout entière à la fois et non successi- Yement. La déduction au contraire, si nous en examinons la formation comme dans la règle troisième, ne paroit pas s'opérer tout entière a la fois; mais elle Implique un certain mouvement de notre esprit inférant une chose d'une autre ; aussi avons-nous eu raison de la distinguer de rintuition. Mais si nous la considérons comme iâite, d'après ce que nous avons dit à la règle septième, elle ne désigne plus aucun mouvement, mais le terme d'un mouvement ; c'est pour cela que nous supposons la voir par intuition quand elle est simple et claire, mais non quand elle est multiple et enveloppée; nous lui avons alors donné le nom d'énumération ou d'induction, parce qu'elle ne peut être comprise tout entière à la fois par l'intelligence, et que sa certitude dépend en quelque sorte de la mémoire, qui doit retenir les jugements portés sur chacune des parties de rénumération pour tirer de tous ces jugements un jugement unique.
Toutes ces distinctions étoient nécessaires pour Tapplication de cette règle; la neuvième a traité de l'Intuition, la dixième de l'énumération ; celleci explique de quelle manière ces deux opérations s'aident et se complètent mutuellement, au point de paroitre se confondre en une seule, en vertu d'un certain mouvement par lequel la pensée considère avec attention chaque ohjei et passe en même temps à un autre.
Cette marche présente le double avantage de nous faire connoitre avec plus de eertiuide la
conclusion que nous cherchons, et de rendre notre esprit plus apte i en découvrir d'autres; car la mémoire, dont nous avons dit que dépend la certitude des conclusions trop complexei poar être embrassées par une seule intuition, la mémoire étant fugitive et foible doit être renouvelée et raffermie par ce mouvement continu ^ répété de la pensée ; comme, par exemple, si par plusieurs opérations je découvre d'abord quel rapport existe entre lue première et une seconde grandeur, puis entre la seconde et une troisième, puis entre la troisième et une quatrième, et enfin entre la quatrième et une cinquième, je ne vois pas pour cela quel rapport existe entre la première et la cinquième, et je ne puis le déduire des rapports déjà connus si je ne me les rappelle tous; c'est pourquoi il m'est nécessaire de les parcourir de nouveau dans ma pensée, jusqu'à ce que je passe du premier au dernier assez rapidement pour paroitre, presque sans le secours de la mémoire, en embrasser toute la suite d'une seule intuition.
Il n'est personne qui ne voie que cette méthode remédie à la lenteur de l'esprit et en augmente l'étendue. Il faut remarquer en outre que la plus grande utilité de cette règle consiste en ce que, à force de réfléchir à la dépendance mutuelle des propositions simples, nous acquérons l'habitude de distinguer sur-le-champ quelles sont les choses plus ou moins relatives, et par quels d^rés on les ramène à l'absolu. Si, par exemple, je parcours quelques grandeurs en proportion continue, je considérerai que c'est par une conception pareille, et ni plus ni moins facile, que je reconnois le rapport de la première à la deuiième, de la deuxième à la troisième, de la troisième à la quatrième, et ainsi de suite, tandis que je ne puis concevoir avec la même facilité dans quelle dépendance est la seconde à l'égard de la première et de la troisième à la fois, et qu'il m'est encore beaucoup plus difficile de concevoir dans quelle dépendance est la seconde à l'égard de la première et de la quatrième, et ainsi des autres. Par là j'arrive à comprendre pourquoi, si on ne me donne que la première et la seconde, je puii facilement trouver la troisième, la quatrième et les autres, parce que cela se fait au moyen de conceptions particulières et distinctes; mais si on ne me donne que la première et la troisième, je ne reconnoîtrai pas si facilement la moyenne, cela ne se pouvant que par une conception quj embrasse à la fois les deux grandeurs données. SI on ne me donne que la première et la quatrième, encore plus difficilement pourraî-je trouver les deux moyennes, parce qu'il faut embrasser a la fuis trois conceptions. Conséquemment, U pv<^'
POUR LA DIRECTION DE L'ESPRIT
troit plus dilfeRe eiieore, étant données la première et la cinquième grandeurs, de découvrir les trois moyennes ; mais il y a une autre raison pour qu'il en arrive autrement; c*est que, bien que dans ce dernier exemple il y ait quatre conceptions jointes ensemble, on peut néanmoins les séparer, puisque le nombre quatre se divise par un autre nombre. Ainsi je peux chercber d'abord la troisième grandeur au moyen de la première et de la cinquième; puis la seconde au moyen de la première et de la troisième, et ainsi de suite. Celui qui s'est accoutumé à réfléchir sur ces matières, et autres semblables, toutes les fois qu'il examine une question nouvelle, reconnoit aussitôt la cause de la difficulté qu'elle renferme et le mode le plus simple pour la résoudre, ce qui est du plus grand secours dans la recherche de la vérité.
RÈGLE XIL
Mtai D hni caoplojer toaiet les resBooroeB de rinlQlUsaMse, de nmagfaation, des sens et de la mémoire, soit pour avoir ime iololtk» dbtiocle des proposlUons simples, soit pour coopaier cooveoabtemeDt ce qu'on cberche avec ce qu'où oooDoit, afin de le découvrir par ce moyen, soU encore pour trouver les choses qui demandent à être ainsi comparées eoin elles; eo un mot, Il but ne négliger aucun des mofjtm qid sont au pouvoir de rhomoe.
Cette règle renferme tout ce qui a été dit plus haut, et démontre en général ce qui devoit être expliqué en particulier.
Pour arriver i connoltre, il n'y a que deux dioses à considérer : nous qui connoissons, et les objets qui doivent être connus. Il n'y a en nous que quatre facultés propres à cet usage, savoir : rintelligence, l'imagination, les sens et la mémoire. L'intelligence seule peut percevoir la vérité; elle doit cependant s'aider de l'imagination, des sens et de la mémoire, pour ne laisser Inutile aucun de nos moyens. Quant aux objets, n suffit de considérer trois choses : d'abord ce qui se présente spontanément à nous, puis comment oo peut connoîlre une chose par une autre, et enfin quelles déductions on peut tirer de chaque «faœe. Cette énumération me parolt être complète, et ne rien omettre de tout ce que les facultés humaines peuvent atteindre.
M*arréuint donc sur le premier point, je voudrois exposer ici ce que c'est que l'esprit de niomme, œ que c'est que le corps, comment l'un est formé par l'autre; quelles sont, dans ce tout composé, les facultés qui servent i l'acquisition des oonAoissanoes, et ce que sont chacune d'elles ; mais ce diapitre me paroît trop resserré pour tontenir tous les préliminaires qu'il faut émettre avant que la vérité de ces choses puisse être évi-
dente aux yeux de tons ; car je désire écrire toujours de manière à n'affirmer rien sur les ques* tions controversées si je n'ai préalablement exposé les raisons qui m'ont conduit à mon opinion, et par lesquelles je pense que les autres aussi peuvent être persuadés.
Mais puisque l'espace me manque, il me suffira d'expliquer le plus brièvement possible quelle manière de concevoir toutes celles de nos facultés qui sont propres à l'acquisition des connoissances est la plus utile à mon dessein. Vous êtes libre de ne pas croire que les choses soient ainsi ; mais qui empêche que vous n'adoptiez les mêmes suppositions, s'il est évident qu'elles n'altèrent en rien la vérité, mais qu'elles rendent seulement tout plus clair. C'est ainsi qu'en géométrie vous faites sur une quantité des suppositions qui n'infirment en rien la force des démonstrations, quoique souvent en physique vous ayei une autre idée de la nature de cette quantité.
Il faut donc concevoir d'abord que tous les sens externes, en tant qu'ils font partie du corps, bien que nous les appliquions aux objets par une. action, c'est-à-dire par un mouvement local, ne sentent proprement que passivement, de la même manière que la cire reçoit l'empreinte d'un cachet ; et il ne faut pas croire que cela soit dit par analogie, mais il faut comprendre que la forme eztérieuie du corps qui sent est règlement modifiée par l'objet, de la même manière que la superficie de la cire est modifiée par le cachet ; et cette modification n'a pas lieu seulement lorsque nous touchons un corps qui a une forme, et qui est dur et âpre, mais encore lorsque par le tact nous avons la perception de la chaleur ou du froid. Ainsi des autres sens : la première partie de l'œil, celle qui est opaque, reçoit la figure qu'y imprime le rayon lunAneux revêtu de diverses couleurs; et la peau des oreilles, des narines et de la langue, d'abord impénétrable à Tobjet, emprunte aussi une figure nouvelle du son, de l'odeur et de la saveur.
Concevoir ainsi toutes ces choses aide beaucoup, puisque rien ne tombe plus parfaitement sous les sens qu'une figure ; car on la toudie et on la voit, et de cette supposition, pas plus que de tout autre, il ne résulte rien d'erroné; la preuve en est que la conception d'une figure est si commune et si simple qu'elle est renfermée dans tout objet sensible. Supposes, par exemple, que la couleur soit tout ce qu'il vous plaira, cependant vous ne nieres pas qu'elle ne soit quelque chose d'étendu et par conséquent de figuré? Or, quel seroit l'inconvénient, pour n'admettre inutilement et n'Imaginer témérairement aucun être nouveau> de ne^riea nier de ce qu'il plaît aux ailree*
HÊOLES
de penser Mir la couleuf , mate de île h eotisidé' rer qu'en Unti]ue fignfée, et deconeetoir la dlfftrence qui existe entre le blanc, le bien, le rouge, etc. , etc. , comme celle qtil eiiste entre o(9S ligures ou autres semblables.
On en peut dire autant de toutes choses, puisqu'il est certain que la multitude infinie des figurée sufBt pour exprimer les différences des objets sensibles.
Eu second Heu, Il fautconoeroirquê, tandis que le sens eiterne est mis en mouyement par Tobjet, la figure qu'il reçoit est transportée fers une au« tre partie du eorps appelée le seHê ùomtnun, et cela daOÉ le même instant et sans qu'aucun étru passe réellement d'Un point à Un autre; entière» ment de la même manière que Maifitenant, tandis que J'écris, Je comprends qu'au même Instant où ohaque cardctère est tracé sur le papier, non" seulement la partie inférieure de ma plume m en moutemeut, mais encore qu'elle ne peut recetoir le moindre mouvemeut sans qu'il ne se communique en même temps è toute la nlufflè, et que la partie supérieure de la plume décrit en Talr les mêmes tliôuirements que la partie Inférieure, bleu que Je conçoive que rien de réel ne passe d'une extrémité à l'autre. Or« qui peut croire qu'il y ait moins de connexion entre les parties du corps bumain qu'entre celles d'uUë plume, et que pour^* roit-on imaginer de plus simple pour eiprimef cette connexion ?
n faut, en troisième lieu, concevoir que le sens commun agit sur rimaglnatîon comme le cachet sur la cire, et qu'il y imprime les figures ou idéeê qui nous viennent pures et Incorporelles des sens externes -, que cette imagination est Une véritable partie du corps, et d'obe grandeur telle que ses diverses parties peuvent revêtir plusieurs figures distinctes l'une de l'autre, et qu'habituellement elles les gardent longtemps ; et alors c'est ce qu'on nomme la mémoire.
En quatrième Heu, Il faut concevoir que la forcé motriee ou que les nerfs eux-mêmes prennent DilMauee dans le cerveau^ où se trouve l'imagluatlofl qui les meut de mille sortes, comme le sens externe meut le Sens commun » ou comme la partki Inférieure de la plumé ment la plume tout entière. Cet axemple nous moutre eucore comment l'Imagination peut être la cause d'un grand mmibre de mouvements dans les nerêi, sans qué lei libaget en soient empreintes en elle, pourvu tMMWs qt'Âle reuftrme cêrUAtM autres ima^
^es dont ces ttôutemêuts ptftsieiit ktê la lutte; en effet, toute la plume D'est pas mue comaie n partie inférieure ; bien plus, elle parolt dabs st partie supérieure suivre un mouvement tout-t* fiitt contraire. On compreud par la oommetit fea* vent avoir lieu tous lès môuvétuents dss atttfet animaux, quoiqu'on n'admette en eux aucdoé connolssance des cboses, mais seuléfneat uns imagination purement corporelle; et aussi codi'' ment se font en nous-mêmes toutes ces opération! que nous percevons sans le concours de la raisoq.
Cinquièmement enfin, 11 faut concevoir qM cette force par laquelle nous connoissons propre ment les choses est purement spirituelle, et M pas moins distincte de tout le corps que le mf des os ou la ffialn de l'œil , et qu'elle est ane, soit que de concert avec l'Imagination elle récolté les figures que lui enyoie le sens commoû, soit qu'elle s'applique à celles que garde la mémoire, soit qu'elle en forme de nouvelles qui s'emparent tellement de l'imagination que souvent elle De suffit pas k recevoir eu même temps les idées quê lui apporte le sens oommun^ ou 4 les transmeUre à la force motrice, selon le mode convenable de dispensatton. Dans tous ces cas, U force qui connott est parfolf passive et parfois a^ve) laDllt c'est le cachet, tantôt c'est la cire qu'elle Imlie; comparaison qu'il faut néanmoins ne prendre ici que comme une simple analogie , caf dans les choses corporelles on ne trouve rien qui soit entièrement semblable à cette faculté. Ce n^est qu'une seule et même force qui, si elle s^applique de concert avec rimagînatîon au sens commun, est dite : Voir, toucher, etc. ; si elle s'applique a Timaglnation seule, en tant qUe cette dernière est revêtue de figures diverses, est dite : se ressouvenir ; si elle s'applique i l'imagination pour créer de nouvelles figures, est dite : imaginer, oa concevoir ; qui enfin, si elle agît seule, est dite: Comprendre. J'expliquerai plus longuement en son lieu comriient se produit cette dernière opération. Aussi la force dont nous parlons se nomme' t-elle, à raison de ces fonctions diverses : intelligence pure, imagination, mémoire, sens. Ellesp nomme proprement esprit quafld elle forme à6 nouvelles Idées dans l'Imagination, ou quand elle s'applique à celles qui y sont déjà formées, et qofl nous la considérons comme apte k ces différentes Opérations; H faudra, dans la suite, observer la distinction de ces uoms. Toutes ces choses m fols conçues de la sorte, te Iceteur attentif jugefS flidlement quels sont les secours qu'il doit attendre de chacuuo de ces facultés, et JasqU*oà Part peut s'étendre pour suppléer i ee qui miï(fl^ > l'esprit de l'bommd.
Car comme l'IntelUgenee peut être mus pif
POUR LA DffiECTIOK DE L'ESPRIT.
llffligifiatloD* OQ ëU MQtraife agir snr elle; qtie de même rimagiDation peut agir sur led sens par Il torHB motHce, en les appliquant aux objets; et que 1m seûs à leur tour peuyeut agir sur Timagioaliod en y peiguant lés images des corps ; eomine eu outre la mémoire, celle au moins qui eit corporeHe et semblable à celle des bfltes, n'est en rien distincte de ^imagination, il suit de là que» si ridtelligence s'occupe d'objets qui n'aient rien de corporel ou de semblable au corps, elle se peat être aidée par ces facultés; et même, pour qu'elle ne soit pas empêchée par elles. Il knX écarter les sens et dépouiller, autant que possible, rimaginatlon de toute impression distincte. Mais si l'intelligence se propose d'examiner une chose que l'on puisse rapporter au corps, e'est dSDs Timagination qu'elle s'en doit former l'idée la plds distincte possible. Pour rendre cette tadie plus facile, il faut montrer aux sens externn 11 diose même que cette idée représente. La plartllté des objets ne peut faciliter pour i'iotelligenes rintoltion distincte de chaque objet ; mis pour extraire quelque inditidu de cette plunlité, œ qu'il faut souvent faire, on doit retrandier dea idées qu'on a sur lei choses tout ce qui a'etige pas prêsebtement Tattentlon , afin que la némolre puisse retenir plus fkdllement le reste ; et de kl même manièrci il ne faut pas alors présenter les dhoses mêmes aux sens externes, mais en offrir seulement des figures abrégées, pourvu qu'elles saffisent à nous garder de Terreur ; plus elles Boot courtes, meilleures elles sont. Quiconque observera bien tous ces préceptes n'omettra rien, je crois, de tout ce qui se rattache à la première partie de la question qui nous occupe.
PaesoDs à l'examen de la seconde partie, et distinguons avec floin les notions des choses simples des notions que Ton peut avoir sur les choses composées; voyons quelles sont celles où l'erreur peut être, pour nous en garder, et quelles sont Gdlee dont nous pouvons avoir une connoissance MaiHé, pour nous attacher A elles seules. Ici, comme dans nos études précédentes, il faut admeiuwî rtalnes propositions dont peut-être tout le monde ne convient pas ; mais- peu importe qu'où ne lea croie paa plus vraies que les cercles Iniegtoatres dans lesquels les astronomes tracent ^rs phénomènes, pourvu que, par leurs secours, on distingue de quels objets on peut avoir une conooissanœ vraie ou fausse.
Nous disons donc, premièrement, que ceschoses doiTent étro considérées autrement quand nous les examinons par rapport i notre intelligence que lorsque nous en parlons par rapport à leur «existence réelle. Considérons, par exemple, quelque oorpt étendu et figuré; nous avouerons bien
que c^est en soi-même quelque diose d'iin et àê simple; car dans ce sens on ne pourroit le dire composé de la corporéité, de l'étendue et de la figure, ces parties n'ayant jamais existé distinctes Tune de Tautrè ; mais par rapport i notre InteK ligence, nous appelons ce corps un composé de ces trois natures, parce que nous avons perça chacune d'elles séparément avant d^avoir pu juger qu'elles se trouvent toutes trois réunies dans un seul et même sujet. Ainsi, ne traitant ici des choses qu'autant qu'elles sont perçues par l'intelligence, nous n'appcloi^s simples que celles dont la connoissance est si claire et si distincte que l'esprit ne les puisse diviser en un plus grand nombre dont la connoissanoe soit encore plus distincte : telles sont la figure, retendue, le mouvement, etc.; et toutes les autres, nous les oon* cevons comme étant en quelque sorte composées de celles-ci ; ce qui doit s'entendre d'une manière si générale que nous n^exceptions pas même les choses que nous abstrayons parfois des choses simples, comme il arrive quand nous disons que la figure est la limite de l'étendue, cosoevant par limite quelque chose de plus général que la fighroi parce qu'on peut dire la limite de la durée, du mouvement, etc. Car alors, bien que la notloa de limite soit abstraite de la notion de figure, elle ne doit pas néanmoins paroitre plus simple que celle-ci; mais plutét, comme on l'attribue en outre i d'autres choses essentiellement différentes de la figure, telles que la durée, le mouvement, e(c.| il a fallu l'abstraire aussi de ces choses ; et oon** séquemment, c'est un composé de plusieurs na* tures entièrement diverses, auxquelles elle ne s'applique que par équivoque.
Eu second lieu, les choses que nous appelons simples, par rapport à notre intelligence, sont ou purement intellectuelles, ou purement matérielles, ou communes. Sont purement intelleotueiles les choses que l'intelligence oonnoit par une lumière Innée et sans le secours d'aucune image corporelle; car il en existe certainement quelques-unes de ce genre; et il nous est impossible d'imaginer aucune idée corporelle qui nous représente ce que c'est que la connoissance, le doute, l'ignorance, l'action de la volontéi qu'ea me permettra d'appeler volitUm, et autres choses semblables, que cependant nousconnoissons réellement et si facilement qu'il nous suffit pour cela d'être doués de raison. Sont purement ma<térielles les choses qu'on ne connoit que dans lea corps, comme la figure, l'étendue, le mouvemeat, etc. Enfin il faut nommer eommuneê celles qui s'appliquent indistinctement, soit aux choses me«^ térielles, soit aux spirituelles, comme l'existenoet la durée, 1 unité, et autres sembhibles. A cette
REGLES
classe dolyent fitre rattachées ces notions communes qui sont coinme de certains liens pour joindre entre elles différentes natures simples, et sur réyidence desquelles repose toute conclusion ; par exemple, cette proposition : Deux choses égales à une tromème sont égales entre elles. Et cette autre : Deux choses qui ne peuvent être rapportées de la même manière â une troisième ont aussi entre elles quelque différence y etc.; or ces notions communes peuvent être connues ou par rintelligence pure, ou par TinteHigence examinant intuitivement l'Image des objets matériels.
' Au nombre des natures simples il convient encore de compter leur privation et leur négation, en tant que nous les comprenons, parce que la connoissance qui me fait voir ce que c'est que le néant, l'instant,^ le repos n^est pas moins vraie que celle qui me fait comprendre ce que c'est que l'existence, la durée, le mouvement. Cette manière de concevoir nous aidera dans la suite à pouvoir dire que toutes les autres choses que nous oonnoltrons sont composées de ces natures simples; comme si je juge qu'une figure n'est point en mouvement, je dirai que ma pensée est en quelque sorte composée de la figure et du repos, et ainsi des autres.
Nous disons, en troisième lieu, que ces natures simples sont toutes connues par elles-mêmes et ne contiennent rien de faux ; ce que nous verrons facilement si nous distinguons cette faculté par laquelle l'intelligence voit et connoît les choses, de la faculté par laquelle elle juge affirmativement ou négativement. Car il peut arriver que les choses que nous connoissons réellement, nous pensions les ignorer; comme, par exemple, si nous soupçonnons qu'il y a en elles, outre ce que nous voyons et ce que nous atteignons par la pensée, quelque chose qui nous est cachée, et que notre soupçon ne soit pas fondé. Il est donc évident que nous nous trompons si nous jugeons ne pas connottre tout entière quelqu'une de ces natures simples; CQr si notre esprit acquiert la moindre notion sur elle, ce qui est absolument nécessaire puisqu'on suppose que nous portons sur elle un Jugement quelconque, il faut conclure de cela même que nous la connoissons tout entière ; car autrement on ne pourroit pas dire qu'elle est simple, mais composée de ce que nous en perce- Tons et de ce que nous croyons en ignorer.
Nous disons, en quatrième lieu, que la liaison des choses simples entre elles est ou nécessaire ou contingente. Elle est nécessaire quand une chose est mêlée si intimement à une autre que nous ne pouvons concevoir distinctement l'une des deux s! nous les loyons séparées l'une de
l'autre ; c'est ainsi que la Qgare est unie à l'étendue, le mouvement à la durée ou au temps, etc., parce qu'il est impossible de concevoir la figure privée d'étendue et le mouvement privé de durée ; ainsi encore, si je dis : Quatre et trois foDt sept, ia liaison des éléments qui composent oe dernier nombre est nécessaire, car nous ne coucevons pas distinctement le nombre sept sans y renfermer d'une manière confuse le nombre trois et le nombre quatre. Par la même raison, tout ce qui est démontré sur les figures ou sur les nombres est nécessairement lié à ia chose sur laquelle porte l'affirmation. Cette liaison nécessaire ne se trouve pas seulement dans les choses sensibles; si, par exemple, Socrate dit qu'il doute de tout, la conclusion de ces paroles est nécessairement : Il comprend donc au moins qu'il doute ; et encore : Donc il sait qu'il y a quelque chose de vrai ou de faux, etc. Car ces conclusioni sont nécessairement liées à la nature du doute. La liaison est contingente quand les choses oe sont point liées entre elles d'une manière inséparable, comme lorsque nous disons : Le corps est animé, l'homme est vêtu, etc. Il y a encore ua grand nombre de propositions entre lesquelles règne souvent une liaison nécessaire, et que pourtant la plupart comptent parmi les contingentes, parce qu'ils n'en remarqu^ent pas la relation; comme cette proposition : Je suis, donc Dieu est; et cette autre : Je comprends, donc j'ai un esprit distinct de mon corps, etc. Enfin il faut noter qu'il est un grand nombre de propositions nécessaires, qui, renversées, sont contingentes; ainsi, par exemple, bien que de mon existence je conclue avec certitude l'existence de Dieu , cependant de ce que Dieu est, je ne puis affirmer que j'existe. Nous disons, en cinquième lieu, que nousnepouvous rien comprendre au-delà de ces natures simples et des natures composées qui s'en forment; souvent même il est plus facile d'en examiner àia fois plusieurs jointes ensemble que d'en séparer une des autres. Ainsi, par exemple, je puis oonnoître un triangle, bien que jamais je n'aie remarqué que dans cette connoissance se trouve contenue celle de l'angle, de la ligne, du nombre trois, de la figure, de l'étendue, etc., ce qui cependant n'empêche pas que nous ne disions que la nature du triangle est composée de toutes ces natures, et qu'elles sont mieux connues que oe triangle, puisque ce sont elles-mêmes que Ton comprend en lui. Dans le même triangle, en outre, sont peut être renfermées beaucoup d'autres choses qui nous échappent, comme ia grandeur des angles, lesquels sont égaux à deux droits, et les rapports innombrables qui' existent entre les oêtés et les angles, ou la capacité de l'ab-e» etc.
POUR LA DIRECTION DE L'ESPRIT
Noos disons, en sixième Heu, que les natures
queoous appelons composées nous sont connues , soit parce que Texpérience nous montre qu'elles loot telles , soit parce que nous les composons 0008 -mêmes. Nous connoissons par expérience tout 06 que nous percevons par les sens, tout ce qne nous apprenons des autres , et généralement toat ce qui arrive à notre entendement , soit du dehors, soit de la contemplation de Tentendement par lui-même. Il faut noter ici que l'en tendemeot ne peut être trompé par aucune expérience l'ilse borne à Tintuition précise de Tobjet tel qu'il le possède, soit en lui-même, soit dans Timagioatioo ; si de plus il ne croit pas que Tlmagination représente fidèlement les objets des sens , et que les sens revêtent les figures véritables des choses, et enfin que les objets extérieurs sont toujours teisqnlls nous apparoissent ; car dans toutes ces dkoses nous sommes sujets à l'erreur, comme, par exemple , lorsqu'on nous raconte une fable , et que nous croyons que la chose a eu lieu, ou lorsque, attaqués de la jaunisse, nous voyons tout en jaune parce que nous avons les yeux de cette eonlear, on enfin lorsque pris de mélancolie Mus regardons comme des réalités les fantêmes de notre imagination blessée. Mais ces mêmes choses ne tromperont pas Tintelligence du sage, parce qoe tout en reconnoissant que ce qu'il reeerra de rimagination y a été empreint réellement, néanmoins il n'affirmera jamais que l'iisage est venue tout entière et sans altération des objets extérieurs aux sens, et des sens à l'inugination, avant de s'en être assuré par quelque autre moyen. Nous composons nous-mêmes liS objets que nous comprenons, toutes les fois que nous croyons qu'il y a en eux quelque chose que sans aucune expérience notre esprit perçoit immédiatement; ainsi quand l'homme attaqué de b jaunisse se persuade que ce qu'il voit est jacme, ^ pensée est composée de ce que son imagination lui représente et de ce qu'il tire de lui-même , ttTolr : que tout lui parolt jaune, non par un défont de son œil , mais parce que les choses qu'il Toit sont réellement jaunes. B'où il faut coudure que nous ne pouvons être trompés que lorsque nous composons nous-mêmes les notions que nous admettons.
Nous disons, en septième lieu, que cette composition peut se faire de trois manières : par impulsion, par conjecture ou par déduction. Geux-là composent par impulsion leurs jugements sur b choses, qui se portent d'eux-mêmes à croire quelque chose, sans être persuadés par aucune f^n, mais déterminés seulement, soit par quelque puissance supérieure , soit par leur libre vototé, soit par une disposition de leur imagination.
DKSCiRTIS
Le premier moteur ne trompe jamais, le second Rarement, le troisième presque toujours; niais le premier n'appartient pas à ce traité, parce qu'il ne tombe pas sous les règles de l'art. La compo^ sitlon se fait par conjecture quand, de ce que l'eau plus éloignée du centre que la terre est aussi d'une substance plus ténue, et de ce que l'air plus élevé que l'eau est aussi moins dur , nous conjecturons qu'au-dessus de l'air il n'y a rien qu'une substance éthérée, très pure, et beaucoup plus ténue que l'air lui -même , etc. Les notions que nous composons de cette manière ne noua trompent pas, il est vrai , pourvu toutefois que nous ne les regardions que comme des probabilités, et que jamais nous n'affirmions qu'elles sont justes; mais aussi elles ne nous font pas plus savants.
Il ne reste donc que l'induction par laquelle nous puissions composer des notions sur la justesse desquelles nous n'ayons aucun doute; et cependant elle peut être défectueuse sous plus d'un rapport; comme il arrive, par exemple, quand, de ce qu'il n'y a rien dans l'espace de l'air que nous puissions percevoir par la vue, le tact ou tout autre sens, nous concluons que cet espace est vide, joignant mal à propos la nature du vide i celle de l'espace. Or il en est ainsi toutes les ibis que, d'une chose particulière ou contingente, nous croyons pouvoir déduire quelque chose de général et de nécessaire. Mais il est en notre pouvoir d'éviter cette erreur; c'est de ne jamais joindre plusieurs choses entre elles sans avoir reconnu que leur liaison est entièrement nécessaire; comme , par exemple, quand nous concluons de ce que la figure est nécessairement liée a l'étendue, que rien ne peut être figuré qui ne soit étendu , etc.^ etc.
De tout cela il résulte premièrement que nous avons exposé clairement, et je pense par une énu mération suffisante, ce que d'abord nous n'avions pu démontrer que confusément et sans art, savoir : qu'il n'y a d'autres voies ouvertes à l'homme pour arriver à la connoissance certaine de la vérité que l'intuition évidente et la déduction nécessaire ; et, de plus, oe que sont ces natures sim* pies dont nous avions parlé dans la règle huitième* Il est évident que l'intuition s'applique, et à ces natures, et aux liaisons nécessaires qui les unissent entre elles , et enfin à toutes les autres choses que l'entendement trouve par une expérience précise, soit en lui-même, soit dans l'imagination. Quant à la déduction, nous en traiterons plus au long dans les règles suivantes.
U en résulte secondement qu'il ne faut se donner aucune peine pour connoitre les natures simples, parce qu'elles sont assez connues par
RfidtËfi
èUM-méoieg; mais qa*U ttn^t ^appllqiièi'ëëttlefaefti i 1m distinguer les uiies des autres et à les eonsidérer tTec altentlon ohacune séparéineût» Car il D*est personne d*un esprit asses obtus ponir ne pas oonceTOlr que, lorsqu'il est assis, il diffère en quelque chose de lui-même lorsqu'il est debout. Mais tous n'établissent pas une distinction aussi nette entre la nature de la position et le reste de ce qui se trouve contenu dans cette pensée $ tous enfid ne peuTent affirmer que la seule dltfé* rence est le cbangement de la position. Et oe n'est pas inutilement que nous en ftiisons ici la remar* que, parce que les savants sont d'habitude ossev ingénieux pour trouver le moyen de se rendre aveugles, même dans les choses qui sont étidentes par elles-mêmes et que savent les Ignorants ; c'est oe qui leur arrive toutes les fois qu'ils tentent d'exposer par quelque chose de plus évident des choses connues par elles-mêmes. En effet, ou Us expliquent autre chose, on Us n'eipliquent rien du tout; car qui ne conçoit pas parfaitement le changement quelconque qui s'opère lorsque nous changeons de lieu, et quel est celui qui oonoevra la même chose si on lui dit i £e KêU eii la sté* piffioie du corpi anMani , puisque cette superficie peut changer, mol demeurant immobile et ne changeant pas de place, ou au contraire, se mouvoir avec moi, de telle sorte que, bien qu'entouré par la même superficie, je ne sois cependant plus dans le même lieu ? Ne vous paroissent-lls pas proférer des paroles magiques qui ont une vertu occulte et au-dessus de la portée de l'esprit humain, ceux qui disent que le mouvement, chose connue de tout le monde, est l'acte d'une jnitssance^ en tant qyfelle e$i puissaneef Car qui comprend ces mots? Quel homme Ignore ce que c'est que le mouvement? et qui n'avoue pasque^ ces philosophes ont cherché un nœud sur un brin de jonc?
Disons donc quMl ne faut (appliquer par aucune définition les choses de cette nature, dans la crainte de prendre le simple potir le composé ; mais qu'il faut seulement les séparer de toutes les autres et les examiner toui" à tour avec loin , selon les lumières de son esprit.
11 résulte troisièmement que toute science humaine consiste seulemeht à voir distinctement comment ces natures simplee concourent ^sem* ble à la composition des autres choses, remarque très utile i faire ; car toutes les fois qu'on propose quelque difficulté à examiner, la plupart s'arrêtent sur le seuil, Incertains à quelles pensées ils doivent livrer leur esprit^ et persuadés quMl leur faut chercher quelque nouvelle espèce d'êti'e qui leor est inconnue. Que, par exemple, on leur demande qaeUe est la nature de l^almaat; aussi-
Ml, àlij^ftnt 4uel& chose éA dtffleitë et âtdoe, Os éloignent leur esprit de tout ce qui est évident pour l'appliquer à ce qu'il y a de plus difficile, et, errant çà et là dans l'espace vidé des causes, lis regardent si par hasard ils n'y trouveront pas ((aelque chose de nouveau. Mais celui qui penife tju'oo ne peut rien oonnoître dans l'aimant qui ne soit composé de certaines natures simples et tx)Dnues par elles-mêmes, sfir de ce qu'il doit faire, rassemble d'abord avec soin toutes les expériences qu'il peut avoir sur cette pierre; puis il ticbe d'en déduire quel doit être le mélange nécessaire de natures simples pour produire tous les effets qu'il a reconnus dans l'aimant. Ce mélatige iide ibis trouvé, il peut affirmer hardiment qu'il a découvert la véritable naturo de l'aimant, autant que l'homme peut la trouver au moyen des eipériences donfiées.
Bnfin^ il résulte quatrièmenlent de ce que ddtis avons dit qu'aucune connolssanco Ue doit être regat'dée cdiUme plus obscure qu'uUe autre, puisqu'elles soUt toutes de la même nature et consistent dans la seule composition des «Choses connues par elles-mêmes, ce qUe personne ne femafque; malil prévenus de l'opinion contraire, les plus présomptueux se permettent de donner leurs propres conjectures comme des démonstrations réelles, et dans les choses Qu'ils ignorent entièrement Ils s'imaginent voir, comme à travers un nuage, des vérités souvent obscures qu'ils ne Craignent pas de mettre en avant, enveloppantleurs conceptions de certaines paroles à l'aide desquelles ils ont coutume de discourir longtemps et avec suite, mais que réellement ni eux-mêmes ni leurs auditeurs ne comprennent. Quant aux plus modestes, il est un grand nombre de questions faciles et très importantes pour la vie que souvent ils s'abstieilnent d'eiaminer, par la seule raison qu'ils les croient au-dessus de leur portée, et comme ils pensent qu'elles peuvent être comprises par de plus grands esprits, ils embrassent les opinions de ceux dans l'autorité desquels ils ont le plus de confiance.
Nous disons, en huitième lieu, qu'on ne peut dé* duire que les choses des paroles, la cause de l'effet, l'effet de la cause, le même du même, les parties oo le tout lui-même des parties. {Le reste manqM.)
Au restée pour que personne Ue perde de tue renchatnement de noë préceptes, noUs. diflsons tout ce qui peut êiro connu en propositions simpies et en questions. Pour les propositions slm* pleS) nous ne donnons pas d'autres préceptes que ceux qui préparent l'entendement à voir on objet quelconque plus distinctement et à l'étudier avec plus de sagacité, parce que ces propositions dolvent 86 présenter d'elles-mêmes el ne peoreol
POUR LA DIRECTION DE L'ESPRIT
ttre cberchéet ; o*6it là Vél^i de Bos dmue pre- Diires règles, daos lesquelles nous croyons aVbIr montré tout ce qui, selon nous, peut faciliter de quelque manière l'usage de la raison. Parmi les questions, les unes se comprennent parfaitement quoique la solution en soit ignorée : nous ne traiteroDs que de celles-là dans les douze règles sui-* Tiotes ; les autres enfin ne se comprennent pas parfaitement: nous les réserTons pour douse autres règles. Cette division n'a pas été faite sans desseio; nous l^avons établie, tant pour n*étre pas contraint de rien dire qui présupposât la connoisttDce de ce qui suit, que pour enseigner d*abord œ que noos regardions comme préalablement nécessaire à étudier pour la culture de Tesprit. Il tant Doter que, parmi lesquestionsqui secompren-» Dent parfaitement, nous ne posons que celles où nous percevons distinctement ces trois choses, savoir : à qaels signes ce qu*on cherche peut-il (tre reconnu lorsqu'il se présente? de quoi de- TODs-Bous précisément le déduire ? et comment but-il prouver que ces deux choses dépendent tellemeot l'une de Tautre que Tune ne peut changer quand l'autre ne change pas? De la sorte noua aurons toutes nos prémisses* et il ne nous restera plus qu'à enseigner la manière de trouver la oon-* dusion, manière qui consiste non pas à déduire uoe chose quelconque d'une chose simple {tAt D0U8 avoQs déjà dit que cela pouyoit se faire sans préceptes) , mais à dégager avec tant d'art une chose dépendant de beaucoup d'autres mêlées en-* semble qu'en aucun cas il ne soit besoin d'une plos grande capacité d'esprit que pogr la plus simple conclusion. Gommede semblables questions soQt abstraites pour la plupart et ne se rencon* treot guère que dans Tarithmétique ou dans la géométrie, elles paroitront peu utiles à ceux qui 06 cooQoissent point ces sciences ; je les avertis néanmoins qu'il faut s'appliquer et s'exercer long^ temps à apprendre cette méthode si l'on désire posséder parfaitement la partie suivante de ce traité dans laquelle nous nous oocuperonsde toutes lei autres questions,
RÈGLE XÎÎL
Qbndnous compretfous pàrfaltemeDt une quesiton, iî faut Tabstraire de toute conception raperflue, la réduire k ses ItoiiiiipleséMments, a la aubdlvUer eo aoUttit de parUea possibles, aa moyen de réDumérailoo.
Nous imitons les dialecticiens en cela seul que, comme pour enseigner les formes des syllogismes ils supposent que les termes ou la matière en est ooDDue, de mAme nous exigeons ici avant tout <iue la question soit parfaitement comprise; mais noua ne distinguons pas comme eut deux termes
extréoies et on moyen; NeuieottsldéroBslaèlline tout entière de cette façon : d'abord dahs toaté question il y a nécessairement quelque chose d*in«» connu , car autrement la ({aestion seroit inutile | secondement, cet inconnu doit être désigné d'une manière quelconque , autrement rieh ne nous dé< termineroit i chercher telle chose plutdt que telle autre ; troisièmement, il ne peut être désigné que par quelque chose de connu. Tout cela se t^oilti même dans les questions imparfaites; comme, f>ar exemple» si l'en demande : Quelle est la nàterè de l'aimant? ce que nous entendons pai* cas deux mots (Umani et nature est connu ; e'esl ce ^ul nous détermine à chercher cela plutôt qd'ëtftri chose, etc« Mais de plus, pour qlie la question soit parfaitOi nous voulons qu'elle soit entlërsoMHlî déterminée, en sorte que nous ne cherchions riei de plus que ce qui peut se déduire des Bètloni données; comme, par exemple, si quelqu'un me demande ce qu'on peut inférer sur la nature de l'aimant, précisément d'après les expérienoas ^ue Gilbert prétend avoir faites» qu'elles soient Traie» ou fausses ; de même si l'on me demande mon avia sur \9^ nature du son, précisément d'aprèa eetle donnée que les trois cordes A^ B» €« rendettt nm son égal, la corde B étant supposée deux Mis pli^ grosse que la corde A, mais d'une même longueur et tendue par un poids double, et la corde C n^ tapt pas plus grosse que la corde A, mais deot fois plus longue et tendue par un poids quatr» fois plus lourd, etc, ; on conçoit tris Ibien, d'aprèi ces exemples, comment toutes les questions im-« parfaites peuvent être ramenées à des questions parfaites, ainsi que nous l'exposerons plus lengue*. ment en son lieu ; on Toit en outre de qttell# manière il faut observer cette règle pour déjipa^ ger de toute conception superflue la diificulté' bien comprise, pour l'abstraire enfin au poiàt dm ne plus penser que nous étudions tel eu tel elfet» mais seulement en général des grandeurs i eom» parer entre elles. Car, par exemple, après que. nous nous sommes déterminés à n'examiner que telle ou t^le expérience sur l'aimant, nous ll'a<^ vons plus aucune difficulté à éloigner notre pdB«sée de toutes les autres expériences.
Ajoutons qu'il faut simplifier la difficulté le plut possible, d'après les règles cinquième et sixlèmoi et la diviser d'après la règle septième. Si , par exem* ^ pie, j'examine l'aimant d'après plusieursexpérien-i ces, jp les parcourrai séparément l'une après l'^ni* tre. De même si j'étudie la nature du son, comme. il a été dit plus haut, je comparerai séparément; entre elles les cordes A ot B, puis A et G, eto,,^^ d'embrasser ensuite le tout dans une énumérâtion . suffisante. Ces trois règles sont les seules q^e, rinteiligence pure doive obserYcr sur toute ^re^/
RÈGLES
posItioBy ayant d'arriver à la dernière solution, bien qu'elle ait besoin des onze règles suivantes ; h troisième partie de ce traité expliquera plus brament comment il faut accomplir ces diverses opérations. Du reste , nous entendons par questions toutes les choses dans lesquelles on trouve le vrai ou le faux ; or, il en faut énumérer les dif- ISrentes sortes pour déterminer ce que nous pouvons faire sur chacune.
Nous avons déjà dit que dans la seule intuition des choses, soit simples, soit composées, il ne peut y avoir d'erreur ; en ce sens ces choses ne s'appellent pas questions, mais elles prennent ce nom anssitôt que nous voulons porter sur elles un jugemMit déterminé. En effet, ce ne sont point seukment les demandes qui nous sont faites par d'autres que nous comptons au nombre des questions; car c'étoit une question que l'ignorance même, ou plutôt le doute de Socrate, lorsque s'Inlerrogeant pour la première fois il se mit i diercher s'il étoit vrai qu'il doutât de tout , et qu'il l'affirma. Or , nous cherchons soit les choses par les mots, soit les causes par les effets, soit les effets par les causes , soit le tout par les parties, sait d'autres parties par une partie, soit enfin plutieurs dioses par tout cela.
Nous disons qu'on cherche les choses par les mots toutes les fois que la difficulté consiste dans l'obscurité du langage ; à cette classe de questions ne se rattachent pas seulement toutes les énigmes, telles que celles du sphinx sur l'animal qui d'abord est quadrupède , puis bipède et enfin tripède; et celle des pécheurs qui, debout sur le rivage avec leurs lignes et leurs hameçons, disoient qu'ils n'avoient plus les poissons qu'ils avoient pris, mais qu'ils avoient en revanche ceux qu'ils n'avoient pu prendre , etc. Outre les précédentes, la plupart des questions sur lesquels les les savants disputent sont presque toujours des questions de mots; toutefois il ne faut pas avoir si mauvaise opinion des grands esprits, que de croire qu'ils ont mal conçu les choses toutes les fois qu'ils ne les expliquent pas en termes assez dairs. Par exemple , quand ils appellent lieu la superficie d'un corps ambiant, ils n'ont pas là ane idée fausse, mais seulement ils abusent du mot lieu qui signifie communément cette nature simple et connue par elle-même, à raison de laquelle on dit qu'une chose est ici ou là, et qui consiste tout entière dans une certaine relation de l'objet que l'on dit être en un lieu avec les parties de l'espace étendu ; cette nature, dis-je, ^ue quelques-uns, voyant le nom de lieu donné k une surface ambiante, ont improprement dit ttre le lieu même pris en soi ; et ainsi du reste. Ces questions se rencontrent si fréquemment que
si les philosophes s'accordoient toujours sur la signification des mots, presque tous leurs délmti cesseroient.
On cherche les causes par les effets toutes leé fois que, sur une chose quiconque, on tâche de découvrir si elle est, et ce qu'elle est. ( Le rute manque. )
Du reste, comme souvent, lorsqu'on nous pro* pose quelque question à résoudre, nous ne remarquons pas aussitôt de quel genre elle est, ni s'il faot chercher ou les choses par les mots ou les cause, par les effets, etc., il me semble superflu d'entrer dans plus de détails à cet égard ; car il sera plus court et plus utile d'examiner par ordre tout ce qu'il faut faire pour arriver à la solution d'une difficulté quelconque. Ainsi donc, une question quelconque étant donnée , il faut d'abord s'efforcer d'en comprendre distinctement l'objet.
Souvent, en eQet, quelques-uns se hâteut tellement dans leurs recherches qu'ils appliquent à la solution des questions proposées un esprit inoertain, avant d'avoir remarqué à quels signes ils reoonnoîtront la chose cherchée si elle se préseote, non moins ridicules qu'un valet qui, envoyé quelque part par son maître , sert^it si empressé dV béir qu'il se mettroit à courir avant d'avoir reçu ses ordres et sans savoir où on lui ordonne d'aUer.
Mais quoique dans toute question il doive y avoir quelque chose d'inconnu ( autrement la question seroit inutile ) , il faut cependant que cet inconnu soit désigné par des conditions si précises que nous soyons entièrement déterminés à chercher telle chose plutôt que telle autre. Ce sont ces conditions à l'examen desquelles nous avons dit qu'il faut d'abord se livrer. Pour cela il faut que notre esprit s'applique à les bien examiner l'une après l'autre, recherchant avec soin jusqu'à quel point l'objet de la question est limité par chacune d'elles \ car lorsqu'il s'agit de déterminer une question, l'esprit de l'homme tombe ordinairementdansunedoubleerreurrouii prend plus qu'il ne lui a été donné, ou, au contraire, il omet quelque chose.
Il faut se garder de supposer plus de choses et des choses plus positives qtfe celles qui nous ont été données, principalement dans les énigmes et dans toutes les questions artificieasement inventées pour embarrasser l'esprit , et môme parfois dans les autres questions, lorsque pour les résoudre on semble poser comme certain quelque chose dont on a été persuadé par une opinion invétérée, et non par aucune raison certaine. Ainsi, dans l'énigme du sphinx, il ne faut pas croire que le mot pied signifie seulement les pieds vériUbles des animaux ; il faut voir en outre s'il ne peut pas
POUR LA. DIRECTION DE L'ESPRIT
l'appliquer métaphoriquement à quelque antre chose; comme en effet il s'applique aux mains de renfant et au bâton des yietUards, parce que les Tieillards se sertent d*un bâton et les enfants de leurs mains comme de pieds pour marcher. De m^me, dans Ténigme des pécheurs, il faut prendre garde que l'idée de poissons ne s'empare tellement de notre esprit qu'elle Tempéche de penser â ces animaux que souvent les pauvres portent partent avec eux sans le vouloir, et qu'ils rejettent quand ils les ont pris. De même encore, si l'on demande comment avoit été construit ce vase qoe nous avons vu autrefois, et au milieu duquel l'élevoit une colonne que surmontoit la statue de Tantale dans Tattitude d'un homme qui veut boire. Or l'eau versée dans ce vase y restoit fort bien tant qu'elle n'étoit pas assez haute pour entrer dans la bouche de Tantale, mais à peine étoitelie parvenue aux lèvres malheureuses qu'aussittt elle s'échappoit toute. Il semble au premier abord que tout l'artifice fût dans la construction delà figure de Tantale, figure qui cependant ne détermine en rien la question et n'en est que l'accessoire. Toute la difficulté ne consiste au contraire qu'à chercher comment un vase peut ttre construit de manière que toute Teau s'en ichapiH) aussitôt qu*elle est parvenue à une certaine hauteur, et non auparavant. De même enfin si, d'après toutes les observations qiie nous possédons sur les astres, nous cherchons ce que ooQs pouvons affirmer de certain sur les mouveinents, Il ne faut pas admettre gratuitement , comme les anciens, que la terre est immobile et placée au centre de l'univers, parce que dès notre enfance il nous a paru qu'il en étoit ainsi, mais il faut révoquer cela même en doute, pour examiner ensuite ce que nous pouvons juger de certain sur ce sujet ; ainsi du reste.
Noos péchons par omission toutes les fois que Bons ne réfléchissons pas à quelque condition requise pour la détermination d'une question, soit qu'elle se trouve exprimée dans la question même, Mit qu'on puisse la reconnoftre d'une manière quelconque ; comme, par exemple, si l'on cherche le mouvement perpétuel, non celui qui se trouve <lans la nature, tel que le mouvement des astres ou des sources, mais un mouvement créé par l'art humain, découverte que quelques-uns ont cru possible, songeant, d'une part, que la terre tourne perpétuellement autour de son axe, d'autre part, que l'aimant retient toutes les propriétés <le la terre, et espérant dès lors découvrir le ûwuvement perpétuel s'ils disposoient cette pierre de façon qu'elle se mût en cercle, ou du moins qu'elle communiquât au fer son mouve- 'Dent arec ses autres vertus. Mais quand même
ils réussiroient, ce ne seroit pas par art qu'ils produlroient le mouvement perpétuel; ils seser- * viroient seulement de celui qui est dans la nature, de même que s'ils disposoient une roue dans le courant d'un fleuve en sorte qn'eUe tour» nât toujours. Ils omettroient donc la oonditioo requise pour déterminer la question, etc.
Lorsque la question est suffisamment comprise, il faut voir précisément en quoi consiste la difficulté qu'elle renferme, afin que, dégagée de tout ce qui l'entoure, cette difficulté soit plus facil«ment résolue.
n ne suffit pas toujours de comprendre une question pour savoir où réside la difficulté qu'elle renferme ; il faut réfléchir en outre à chacune dei choses qui font l'objet de cette question, afin que si l'on rencontre quelque chose de facile à trou* ver, on le laisse de cêté, et que la propodtloii ainsi dégagée demeure avec la chose seule que nous ignorons. Ainsi , par exemple, dans la quettion du vase décrit plus haut nous voyons fad* lement comment le vase doit être fait, la colonne élevée au milieu, l'oiseau peint, etc. Tout cela mis de câté, comme n'important pas à la chose en question, reste la difficulté nue, c'est4-diro reste à diercher comment il se fait que l'eau, contenue d'abord dans le vase, s'en échappe tout entière aussitêt qu'elle est parvenue à une cer^^' taine hauteur.
Nous disons donc que la seule opération importante ici est de parcourir par ordre tout ce qui est contenu dans une question donnée, rejetant ce qui ne nous paroit pas évidemment y servir, retenant ce qui est nécessaire, et remettant ce qui est douteux à un examen plus attentif.