‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 26 sur 306 · MEDITATION SECONDE · texte numérisé non relu

MEDITATION SECONDE

ni aocan corps ; j'hésite néanmoins, car que s'ensuit41 de là? Suis-je tellement dépendant du corps et des sens que je ne puisse être sans eux? Mais je DM suis persuadé qu^il n'y avoit rien du tout dans le monde, qu'il n'y avoit aucun ciel, aucune terre, aucuns esprits ni aucuns corps; ne me suis-je donc pas aussi persuadé que jen'étois point? Tant s'en faut; j'étois sans doute, si je me suis persuadé ou seulement si j'ai pensé quelque chose. Mais il y a un je ne sais quel trompeur tris puissant et tris rusé qui emploie toute son industrie à me tromper toujours. Il n'y a donc point de doute que je suis, s'il me trompe; et qu'il me trompe tant qu'il voudra, il ne saura jamais faire que je ne sois rien tant que je penserai être quelque chose. De sorte qo'apris y avoir bien pensé et avoir soigneusement examiné toutes choses, enfin il faut conclure et tenir pour constant que cette proposition : Je suis, j'existe, est nécessairement vraie, toutes les fois que je la prononce ou que je la conçois en mon esprit.

Mais je ne connois pas encore assez clairement quel je suis, moi qui suis certain que je suis; de sorte que désormais il faut que je prenne soigneusement garde de ne prendre pas imprudemment quelque autre chose pour moi, et ainsi de ne me point méprendre dans cette connoissance que je soutiens être plus certaine et plus évidente que toutes celles que j'ai eues auparavant. G*est pourquoi je considérerai maintenant tout de nouveau ce que je croyois être avant que j'entrasse dans ces dernières pensées, et de mes anciennes opinions je retrancherai tout ce qui peut être tant soit peu combattu par les raisons que j'ai tantôt alléguées, en sorte qu'il ne demeure précisément que cela seul qui est entièrement certain et indubitable. Qu'est-ce donc que j'ai cru être ci-devant? Sans difficulté, j'ai pensé que j*étois un homme. Hais qu'est-ce qu'un homme? Dirai -je que c'est un animal raisonnable? Non certes, car il me faudroit par après rechercher ce que c'est qu'animal, et ce que c'est que raisonnable; et ainsi d'une seule question je tomberois insensiblement en une infinité d'autres plus difficiles et plus embarrassées ; et je ne voudrois pas abuser du peu de temps et de loisir qui me reste en l'employant à démêler de semblables difficultés. Mais je m'arrêterai plutôt à considérer ici les pensées qui naissoient ci-devant d'elles-mêmes en mon esprit, et qui ne m'étoient inspirées que de ma seule nature, lorsque je m'appliquois à la considération de mon être. Je me considérois premièrement comme ayant un visage, des mains, des bras, et toute cette machine composée d'os et de chair,' telle qu'elle paroît en un cadavre, laquelle je dé* slgnois par le nom de corps. Je considéroisi outra

cela, que je me nourrissois, que je marcbols^qoe je sentois et que je pensois, et je rapportois toatei ces actions à l'âme ; mais je ne m'arrêtois point i penser ce que c'étoit que cette flme, on bien, si je m'y arrêtois, je m'imaginois qu'elle étott quelque chose d'extrêmement rare et subtil, comme un vent, une flamme ou un air tris délié, qui étoit insinué et répandu dans mes plus grossières parties. Pour ce qui étoit du corps, je ne doutois dqIlemoni de sa nature; mais je pensois laconnoitre fort (iistinctement, et si je l'eusse voulu expliquer suivaut les notions que j'en avois alors, je l'eusse décrite on cette sorte : Par le corps, j'enteods tout ce qui peut être terminé par quelque fi^, qui peut être compris en quelque lieu, et remplir un espace en telle sorte que tout autre corps en soit exclus; qui peut être senti, ou par l'attouchement, ou par la vue, ou par l'ouïe, ou par le goût, ou par l'odorat; qui peut être mû en plusieurs façons, non pas à la vérité par lui-même, mb par quelque chose d'étranger duquel il soit touchi « et dont ii reçoive l'impression^; •> car d'avoir la puissance de se mouvoir de soi-même, comme aussi de sentir ou de penser, je ne croyois nullement que cela appartint à la nature du corps; au contraire, je m'étonnois plutAt de voirque de semblables facultés se rencontroient en quëlques-uDS. Mais moi, « qui suis-je <, » maintenant que je suppose qu'il y a un certain génie qui est extrêmement puissant, et, si j'ose le dire, malicieux et rusé, qui emploie toutes ses forces et toute son industrie à me tromper? Puis -je assurer que j'aie la moindre chose de toutes celles que j'ai dites naguère appartenir à la nature du corps? Je m'arrête i penser avec attention, je passe et repasse toutes ces choses en mon esprit, et je n'en rencontre aucune que je puisse dire être en moi ; il n'est pas besoin que je m'arrête à les dénombrer. Passons donc aux attributs de l'âme, et voyons s'il y en a quelqu'un qui soit en moi. Les premiers sont de me nourrir et de marcher ; mais s'il est vrai que je n'ai point de corps, il est vrai aussi que je ne puis marcher ni me nourrir. Un autre est de sentir; maison ne peut aussi sentir sans le corps, outre que j'ai pensé sentir autrefois plusieun choses pendant le sommeil , que j'ai reconnu à mor réveil n'avoir point en effet senties. Un autre esl de penser, et je trouve ici que la pensée est ui attribut qui m'appartient ; elle seule ne peut êtr détachée de moi. Je suis, j'existe, cela est certain mais combien de temps? autant de temps que j pense ; car peut-être même qu'il se pourroît faire si je cessois totalement de penser, que je cesseroi en même temps tout-à-fait d'être. Je n'admei maintenant rien qui ne soit nécessairement vrai

: |l)A4dlll0Banteste]atiD. (^JKL

DE LA NATURE DE UESPRIT HUMAIN, etc.

j« ne Mb doDC, précisément parlant, qu'une chose qui pense, c*est4-dîre un esprit, un entendement AD 006 ntooD, qui sont des termes dont la signiâcatioD m'étoit auparavant inconnue. Or je suis Doe ciKKe vraie et Traimenl existante ; mais quelle dioae? Je Val dit : une chose qui pense. Et quoi daYanUse?rexclterai mon imagination pourvoir il je ne rail point encore quelque chose de plus. JeDesDii poiQt cet assemblage de membres que 1*00 appelle le corps humain ; je ne suis point un iir(iéii<e( pénétrant répandu dans tous ces memta; je 06 suis point un vent, un souffle^ une rapcor', 01 rien de tout ce que je puis feindre et flliD^Bar, puisque j'ai supposé que tout cela n'itoitrieD, et que, sans chalager cette suppositioD, je trouve que je ne laisse pas d'être certain que je nii quelque chose.

MiapdQt-étre est-il vrai que ces mêmes cho- M-lique je suppose n'être point, parce qu'elles iDBsootiooonnues, ne sont point en effet diffénotes de moi, que je connois. Je n'en sais rien ; je oe dispote pas maintenant de cela; je ne pois donner mon jugement que des choses qui ne soDt connues : je connois que j'existe, et je ctothe quel je suis, moi que je connois être. Or il est tris certain que la connoissance de mon te, ainsi précisément pris, ne dépend point des choses dont Texistence ne m'est pas encore eoflooe; par conséquent elle ne dépend d'aucones de celles que je puis feindre par mon ima* fioetioo. Etmême ces termesde feindre et d'imafioer m'avertissent de mon erreur ; car je feindrois « efletsi je m'imaginois être quelque chose, puis- ^ Imaginer n'est rien autre chose que contempkrla figure ou Timage d'une diose corporelle ; ff, je sais déjà certainement que je suis, et que tout nsemble il se peut faire que toutes ces Images, clgéoéralement toutes les choses qui se rappor- ^ i la nature du corps, ne soient que des son- 9K «ou des chimères s. •> Ensuite de quoi je vois <^ment que j'ai aussi peu de raison en disant : ijndterai mon imagination pour connoître plus ^^l^ioctement quel je suis, que si je disois : Je nis maintenant éveillé, et j'aperçois quelque **e de réel et de véritable ; mais, parce que je i^raperçoispas encore assez nettement, je m'en- ^"nirai tout exprès, afin que mes songes me ^'Msentent cela même avec plus de vérité et ^éridence. Et, partant, je connois manifestement Perien de tout ce que je puis comprendre par kaoyen de l'imagination n'appartient à cette JJJ^>i«ance que jai de moi-même, et qu'il est "^derappeleretdétoumerson espritdecette

4)B7t de ph» daot te texte btio :

^«ddUiooanieste.latiiv

Non ignis, qi da fou.

bçon de concevoir, afin qu'il puisse loI^mAme connoître bien distinctement sa nature.

Mais qu'est-ce donc que je suis? une chose qui pense. Qu'est-^ce qu'une chose qui pense ? c'est une chose qui doute, qui entend, «qui conçoit^,» qui affirme, qui nie, qui veut, qui ne veut pas, qui imagine aussi, et qui sent. Certes, ce n'est pas peu si toutes ces choses appartiennent à ma nature. Mais pourquoi n'y appartiendroientelles pas? Ne suis -je pas oelui-li même qui maintenant doute presque de tout, qui néanmoins entend et conçoit certaines choses, qui assure et aiBrme celles-là seules être véritables, qui nie toutes les autres, qui veut et désire d*en con* noitre davantage, qui ne veut pas être trompé, qui imagine beaucoup de choses, même quelquefois en dépit que j'en aie, et qui en sent aussi beaucoup, comme par l'entremise des organes du corps ? Y a-t-il rien de tout cela qui ne soit aussi véritable qu*il est certain que je suis et que j'existe, quand même je dormirois toujours et que celui qui m'a donné l'être se serviroit de toute son industrie pour m'abuser ? Y a-t-il aussi aucun de ces attributs qui puisse être distingué de ma pensée, ou qu'on puisse dire être séparé de moi-même? Car il est de soi si évident que c'est moi qui doute, qui entends et qui désire, .qu'il n'est pas ici besoin de rien egouter pour l'expliquer. Et j'ai aussi certainement la puissance d'imaginer ; car, encore qu'il puisse arriver ( comme j'ai supposé auparavant ) que les choses que j'imagine ne soient pas vraies, néanmoins cette puissance d'imaginer ne laisse pas d'être réellement en moi et fait partie de ma pensée. Enfin, je suis le même qui sens, c'est à-dire qui . aperçois certaines choses comme par les organes. des sens, puisqu'en effet je vois de la lumière, j'entends du bruit, je sens de la chaleur. Mais l'on me dira que ces apparences-là sont fausses et que je dors. Qu'il soit ainsi ; toutefois, à tout le moins, il est très certain qu'il me semble que je vois de la lumière, que j'entends du bruit et que je sens de la chaleur; cela ne peut être faux; et c'est proprement ce qui en moi s'appelle sentir; et cela précisément n'est rien autre chose que penser. D'où je commence à connoître quel je suis avec un peu plus de clarté et de distinction que cidevant.

Mais néanmoins il me semble encore et je ne puis m'empêchar de croire que les dioses corporelles dont les images se forment par la pensiSe, « qui tombent sous les sens^, » et que les sens même examinent, ne soient beaucoup plus distinctement connues que cette je ne sais quelle par *

I (i)Addltioaau teste latin, (i^ld.

U» iô mâ-mimê qot se Impbe poîai moi l'imagioatioD , quoique en «flet eriu loit Inen étrange do dire que je coooouse el aoinprefiQe plus disttaetamest des choses dont l'exlsteBoe me pan^ dootevs» qoi me sont inooiuiBes et qui ne »'appartieojieiil poinl, qae celles de la férité desquelkM joaiiis persuada, qâi me sont coonues et qui ap* parlisiiiieBt i loa propre naturot en on mot que mei-'mAme, Mais je vois bien ce que c'est; mon esprit est «n ?agaâiond qui se plait à m'égareri et fît m manH emore souffrir qu'on la retiems dans les justes bornas de la Yérité. LacboBs-lui donc encore une fois la bride, « et, lui donaam tovte sorte de liberté, permettons-lui de eonaidé* rtfr les objets qui lui paroissent au dehors*, » afli» que, teaaiil lÂ-aprés a la retirer doucement et è propos^ « et i l'arrlter sur la eonsidératioo do soB Itffs et des ahoses qu'il trouve en lui^ » il sa laisse après osla plus (actlemegt r^ier ft conduire* . <jOiisidéroi|s dono mainteuaat les ohoses «q«o Vm estime vulgairement étro les plus &ciles de toutes i comioitre', • et que l'on croit aussi être le plus dIalllicleDieot connues f c'est à savoir les corps que nous touchons et que nous vojons : non pas A la vérité les corps en général, car ces no* tfous générales sont d'<H*dinalre nu peu plus con« Inasa; mais considérons -en un en particulier* PrenoDs par exemple es moreeau de clre;ii vient taai iraJehsinent d'être tiré de la ruche, il n'a pas aBoare perdu la douceur du miel qu'il oontenoit» Il retient encore quelque chose de l'odeur des leurs dont 11 a été recueilli ; sa couleur, sa figure, sa grandeur^ sont apparentes; il est dur, il est finoid, il ett maniable, et si vous frappes dessus U rendra quelque aon. Enfin toutes les choses qui peuvent distinctement faire oonnoitre un corps se rencontrent en celui-ci. Mais void que pendant que je parie on l'approdheda feu ; ce qui y reetott de saveur s'eshale, l'odeurs évapore, sa couleur ae diange, aa figure ae perd, sa grandeur augmente , U devient liquide, Il s'éehattffe, i peine le peut-on manier, et quoique l'on frappe dessus il ne rendra puis aucun son. La mésM cire demeure^-^le oneonaprisee changemetatr II Aiui avouer qu'eUe damoun; personne n'en doute, personne ne juge antremeni. Qu'e8t-«e donc que l'on eMUM^issoit en es morceau dactra avec tant de distinetloB ? Certes ce ne peut être rien de tout ce que j'y ai remar* qtié ^ l'oBtremlto des sens, pulsqw teutea les choses qui tombofent soiÉile goût, sous l'odorat, sous la vÉe^ aons l'attouchement et sous l'ouïe se tPOuvieBl changées^ ec que cependant la même cire demeure. Peut-être él»it-ca que je pense maintenant, i savoir que ceae dre n'étoit pas ni

(1) Addition au texte laiiii. (1)10. 09 |d.

Mm)lTATlQN SECONDE.

cette donœur de miel, ni cette agréable odeur ds fleurs, ni cette blancheur, ni cette figure, niOB son , mais Mulement un corps qui un pe« aupa* ravant me paroissoit sensiHe sous ces formes, et qui maintenant se bit sentir sous d'aulrea. Hais qu'est-ce, précisément parlant«que j'imagine lorsque je la conçois en cette sorte? Considérons-le attentivement, et retranchant toutes Isa Aom qui n'appartiennent point a la cire, voyons ee qui reste. Certes il ne demeure rien que quelque choie d'étMidu, de fleiible et de muab|e« Or qu'ait-ea que cela, fleiible et muable? N'est*«d pnsfw j'imagine que cette dre, étant ronde, est capslils de devenir carrée, et de passer du carré en ans figure triai^pilaire? Non certes, oe n'est pas odSi puisque je b conçois capable de recevoir une ia^ fioité de semblables changements, et je no suiinMS néanmoins pareourir cette infinité par mon la»ginationi el par conséquent cette conception qae j'ai de b cire ne s'accomplit pas par la faaulté d'imaginer. Qu'est-ce maintenant que cette ^tension? N'est-elle pas aussi inconnue? oar ette devient plus grande quand la cire ss fend» j»lua grande quand elle bout, et plua grande encore quand la dialeur augmente; et je ne eenoavroU pas clairement et selon b vérité os que e'eai que de la cire, si je oe pensoisque même ce morœatt que nous considérons est capable de recevoir plus de variétés selon l'eitension que je n'en ai jamab imaginé. 0 but donc demeurer d'acoord que je ne saurois pas même comprendre par rima^nation ce que c'est que ce morcesu de cire, al qull n'y a que mon ratendement seul qui le comprenne. Je dis ce moroeau de cire en particulier, ear pour la dre en général, il est encore plus évident. Hab quel est ce morceau de dre qui ne peut étro oonaprls que par l'entendement ou par l'esprit? Certes c'est le lôêa^e que je vois, que je touebe, que j'imagine, et enfin c'est b même que j'nl tiouyoïira cru que c'étoit au commencement. Or ce qui esl id grandement i remarquer, c'est q/m sa peroep^ tion n'est point une vision, ni un attouGhemeat» ni une imagination» et ne Ta jamab été, qaioiq«*il b semblât ainsi auparavant» mais seuleaseat umm inspection de l'esprit, bquelle peut êtj« imfiar^ faite et confuse, comme elle étoit auparavant, <m bien claire et distincte, comme elb est i préaeiil» selon que mon attention se porte plus ou moÂxàs aux choses qui sont en elle, et dont elle est oMnposée.

Cependant je ne me saurob trop étonner ^uand je considère combien mon esprit a «de foibbaae ^ m et de pente qui le porte inaensibbmc^ dana l'ierreur. Car encore que sans parier je considère tCMJt

(1) Addition au texte latin.

DE LA NATURE 0£ L'ÈfiPRlT HUMAIN, etc.

fi

^m bio1-*ibIm, te parûtes toiiUifels m'arrêtent, et je sois presque déçu par les termes du jingi^ ordinain ; car uons disûos que oous vojoDi la ïïAmB elre, si elle est préseute, et bod pis que nous jugeons que c'est la même, de ce qu'elle i ntoe couleur et même figure : d'oà je foodtois pmqueooudure que Tod couneit la dre ^T la viaoBdes yeux, et ooo par la seule iospectodefeiprit; si par hasard je ne regardois d'oM (eûèin des hommes qui passent dans la r«,ikToetequels jene manque pas de dire que jifoûdei liemmes, tout de même que je dis que je Toisde la dre ; el cependant que vois-je de cette biàUêyésm des chapeaux et des manteaux qui pogrroieDt souvrlr des machines artificielles qui MKranaeroient que par ressorts? mais je juge p onat des hommes^ et ainsi je comprends pir h Mde puissance de juger qui réside en mon iqirJtttqtte je croyois toir de mes yeux. Onhomaie qui tftche d'éieyer sa oonnoissance «Hidido eemmuD doit avoir honte de tirer des Mettioot de douter des formes de parler que le Tilgiirea lUTentéeet j'aime mieux passer outre dtcoDsidérer si je concevois arec plus d'évidence «t de perfection ce que c*étoit que de la cire lorsque je Tai d'abord aperçue, et que j*ai cru la enaohre par le moyen des sens extérieurs, ou à lOQt le moins par le sens commun, ainsi qu'ils appelleot, c'est-ànlire par la faculté imaglnative, qoe je ne la conçois à présent, aptes avoir plus ni^easement examiné ce qu'elle est et de quelle 6çon elle peut être connue. Certes il seroit ridicule de mettre cela eu doute , car qu'y avoit-îl te cette première perception qui fAt distinct? ?>> avoit^il qui De semblât pouvoir tomber en ■afaie sorte dans le sens du moindre des animaux? lais quand je distingue U cire d'avec ses formes ttlMeures, et que, tout de même que si je lui >^Mses yêtements, je la considère toute nue, 'Jeteertain que, bien qu'il se puisse encore ren- «iBtrer quelque erreur dans mon jugement, je ne h pois néanmoins concevoir de cette sorte sans vi^rit humain.

Vais enfin que dirai-je de cet esprit, c'est-àâre de moi-même, car jusques ici je n*admets en ^Hen autre chose que l'esprit? Quoi donc! ^ qui semble concevoir avec tant de netteté et ^<Iteioelion ce morceau de cire, ne meconnols-je P>iiDoi-même, non-seulement avec bien plus de ^tietde certitude, mais encore avec beaucoup H3|de distinction et de neticté ? car si juge que ^Çire est ou existe de ce que je la vois, certes il ^ bien plus évidemment que je suis ou que l^e moi-même de ce que je la vois : car il se ^ku que ce que je vois ne soit pas en effet ^^cire, a se peut faire aussi 4«e je n'aie pas

même des yeux pour Toir aucune chose ; mais II ne se peut faire que lorsque je rois, ou, ce que je ne distingue point, lorsque je pense roir, que mol qui pense ne sois quelque chose. De même, si je juge que la cire existe de ce que je la touche, il s*ensulvra encore la même chose, i savoir qne je suis ; et si je le juge de ce que mon imagination ou quelque autre cause que ce soit me le persuade, je conclurai toujours la même chose. Et ce que j'ai remarqué ici de la cire se peut appliquer à toutes les autres choses qui me sont extérieures et qui se l^eucontrent hors de moi. Et, de plus, si « la notion ou perception * » de la cire m'a semblé plus nette et plus distincte après que non-senlement la vue ou le toucher mais encore beaucoup d'autres causes me l'ont rendue plus manifeste, avec combien plus d'évfdence, de distinction et de netteté faut-ii avouer que je me connols i présent moi-même, puisque toutes les raisons qui servent à connottre et concevoir la nature de la cire, ou de quelque autre corps que oe soit, prouvent beaucoup mieux la nature de mon esprit ; et il se rencontre encore tant d'autres choses en l'esprit même qui peuvent contribuer à l'éclaircissement de sa nature, qne Celles qui dépendent du corps, comme celles-ci, ne méritent qnasi pas d'être mises en compte.

Mais enÛn me voici insensiblement revenu oà je vouiols : car, puisque c'est une chose qui m'est i présent manifeste que leé corps même ne sont pas proprement oonflus par les sens ou par la faculté d'imaginer, mais par le seul entendement, et qu'ils ne sont pas connus de ce qu'ils sont vus ou touchés, mais seulement de ce qu'ils sont en^ tendus, « ou bien compris par la pensée ^ » , je vols clairement qu*ii n'y a rien qui me soit plus facile k connoitre que mon esprit. Mais parce qu'il est malaisé de se défaire si promptement d'une opinion à laquelleon s'est accoutumé de longue main, il sera bon que je m'arrête un peu en cet endroit, afin que par la longueur de ma méditation j'imprime plus profondément en ma mémoire cette nouvelle oonnoissance.

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