‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 263 sur 306 · N« 4. — A M. ISAAC BEE€HAH · texte numérisé non relu

N« 4. — A M. ISAAC BEE€HAH

(Lettre U du toms IL Teision.)

SepfenbrpiCSS.

Monsieur,

Je diflérols de répondre à ce que vous m'a^ei écrit dernièrement pource que je nVivols rieo • vous dire que je crusse vous devoir être fort agréible ; mais aujourd'hui que je m'y vois invita par celui -li même qui est associé avec vous au rectorat, je vous dirai librement ma pensée; car si vous aimez la vérité, et si vous êtes sincère, la liberté de mon discours vous sera plus agréable que n'auroit été mon silence.

Je vous redemandai Tannée passée mon Traité de musique» non pas à la vérité que j'en eusse besoin, mais pource qu'on m'avoit dit que tous en parliez comme si vous me l'eussiez apprise; toutefois je ne voulus point vous en écrire aussitêt, de peur de parotlre trop défiant si je doutois de la iSdélité d'un ami sur le simple rapport d'autrui. Mais maintenant que, par plusieurs autres témoignages» j'ai reconnu que voup préférez une vaine ostentation à ia vérité et à l'amitié qui a été jusques ici entre nous, je veux vous donner ici un petit mot d'avis, qui est que» si vous vous vantez d'avoir enseigné quelque diose à quelqu'un» encore que ce que vous dites soit véritable, cela ne laisse pas d'être odieux; mais si ce que vous dites est contre la vérité, il est encore plus odieux ; et enfin si vous avez appris de lui la chose même que vous vous vantez lui avoir apprise, certainement cela est tout-i-fait odieux. Mais sans doute que la civilité du style français vous a trompé, et que vous ayant souvent témoigné de bouche et par écrit que j'avois appris plusieurs choses de vous» et que j'espérois même encore tirer beaucoup de profit de vos observations» vous n'aves point cru me faire tort de confirmer par vos discours une chose que je ne faisois point difficulté de publier moi-même. Quant à mol, je me souda fort peu de tout cela; nuds la déférence que j'ai encore pour notre aadenna amUlé m'obUga à

ASHËE 1630.

TOUS avertir qae lomqoQTons Yoqs Tantes de quelque chose de semblable devant ceqx qui me con- Dolssent, cela ouit beaucoup à votre réputation ; car 06 penses pas qu'ils croient rien de tout ce que TOUS leur dites, mais croyez plutdt qu'ils se moquent de votre vanité; et 11 ne vous sert de rien de leur montrer les témoignages que J'en donne dans mes lettres, car il n'y en a pas un qui ne sache que j'ai même coutume de tirer instruction des fourmis et des vermisseaux ; et ils ne croiront jamais que j'aie pu rien apprendre de vous, si ce n'est de la même manière que j'ai cou* tume d'apprendre des moindres choses de la nature. Si vous prenez ceci en bonne part, comme TOUS le devez, je n'appellerai le passé qu'une erreor et non pas une faute, et cela n'empêchera pas que je ne sois comme auparavant votre serviteur. Adieu.

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