‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 264 sur 306 · I<^ S.— AU MÊME · texte numérisé non relu

I<^ S.— AU MÊME

Lettre XII do tome H. Yenlon. )

n octobre leso.

Montieur,

Yous vous méprenez heaucoup, et vous jugez tris mal de la bonté d'upe personne fort reUgiense*. de soupçonner que le P. N. m'ait fait quelque mauvais rapport de vous ; mais, afin que je ne sois point obligé de remettre une autre fois la main i l<| plume pour un semblable siget, et que rexcqse que j '^ & vous fair^ pour lui devienne générale pour tous les autres que vous en pourries pareillement accuser, je désire que vous sachiez une ibis pour toutes que ce n'est ni de lui ni de personne, mais de vos lettres mêmes, que j'ai appris ce que je trouve i reprendre en vous. Car, TOUS ayant pris fantaisie naguère (après un silence d'un an ) de m'écrire dans une lettre que. si je Toulois veiller au bien de mes études, je retournasse auprès de vous, et que je ne pouvols nulle part profiter davantage que sous votre discipline, et plusieurs autres discours de cette nature, lesqueis vous sembliez m'écrire familièrement et en ami, comme à quelqu'un de vos disciples, qu'aurois-je pu penser autre chose, sinon que vous aviez fait cette lettre afin que, la montrant aux autres avant que de me l'envoyer, vous pussiez vous vanter que j'avoîs coutume de recevoir souvent de vos enseigneaients; c'est pourquoi, jugeant qu'il y avoit làdessous quelque mauvais artifice, j'ai pensé qu'il méritoit quelque réprimande ; car je ne pouvols en aucune façon m'imaginer qu^ vous f ussies de-

ii)iiLeF.

venu si stqpide» et que tous tous méoonnussl^

si fort que de croire en effet que j'eusse jamais rien appris de vous, ou même que j'en pusse jamais apprendre aucune chose, si ce n'est de la façog que j'ai coutume d'apprendre de toutes les choses qui sont en hi nature, voire même des moindres fourmis et des plus petits vermisseaux. Ne vous souvient-il plus combien, au lieu de m'aider danif le progrès de mes études, et de me savoir maintenant gré de ce que je vous ai appris, combien^ dis-je, vous y avez apporté d'empêchement, lorsqu'étant à DJ, occupé i des considérations don; vous vous confessiez être incapable, yous ne ces-^ siez de m'importuner pour apprendre de mot certaines choses que j'avois quittées il y avoit longtemps, comme des exercices de jeqpesse ; mais certes je vois bien par vos dernières. lettres que vous n'avez pas en cela péché par malice, mais que c'est sans doute une maladie qui vous tient. C'est pourquoi désormais j'aurai plutêt la bouché ouverte pour vous plaindre que pour vous quereller ; et pour satisfaire en quelque façon au^ devoirs de notre ancienne amitié , je veux même ici vous enseigner quelques remèdes que je pense, pouvoir servir à votre guérison. Considérez en. premier lieu quelles sont les choses qu'une personne peut appreqdre à une autre, et vous trour. verez que ce sont les langues, l'histoire, les expériences et les démonstrations claires et certaines qui convainquent l'esprit, telles que sont celles des géomètres ; mais pour les opinions et les maximes des philosophes, aussitêt qu^on les dit, on ne les enseigne pas pour cela. Platon dit une chose, Aristote en dit une autre, tiplcure une autre^ Téléslus, Campanella, Brunus, Basso, Vaninus, et tous les novateurs, disent chacun diverses choses. Qui de tous ces gens-là enseigne à votre avis, je ne dis pas moi, mais qui que ce soit qui aime la sagesse? sans doute que c'est celui qui peut le premier persuader quelqu'un par ses raisons, ou du moins par son autorité. Que si quelqu'un, sans y être porté par le poids d'aucune autorité ni d'aucune raison qu'il ait apprise des autres, vient à croire quelque chose, encore qu'il l'ait oui dire à plusieurs, il ne faudra pas croire pour cela qu'ils la lui aient enseignée ; même il se peut faire qu'il la sache pource qu'il est poussé par de vraies raisons à la croire, et que les autres ne l'aient jamais sue, quoiqu'ils aient été dans le mémo sentiment, à cause qu'ils Tont déduite de faux principes. Toutes lesquelles choses sont si daires et si véritables que, si vous voulez les considérer avec un peu de soin, vous oonnoitrez aisément que je n'ai jamais rien appris davanti^ge de votre

(I) «.Deteoter.»

CORRESPONDANCE

physique Imaginaire, que vous qualifiez do nom de mathématico-physiqae, que j'ai fait autrefois de la Batradiomyomachie d^Uomère ou des contes de la cigogne ; car tenez pour certain que jamais TOtre autorité ne m'a servi de motif pour croire aucune diose, nf que vos raisons ne m'ont jamais rien persuadé. Mais vous me direz peut-être que TOUS avei dit certaines choses, lesquelles je n*ai pas plus tAt entendues que je les ai crues et approuvées ; si cela est ainsi, vous devez croire que Je ne les ai pas apprises de vous, mais qu'étant déjà il y avoit longtemps dans le même sentiment, cela m'a porté à là approuver ; mais que cela ne serve point à fomenter votre maladie, de ce que j'avoue Ici franchement d'avoir approuvé des choses que vous avez dites, car cela est arrivé si rarement que le plus Ignorant du monde ne sauroit discourir si mal de la philosophie qu*li n*en puisse dire par hasard autant qui s*accorde avec la vérité, 0t même plusieurs peuvent savoir la même chose, nns qu'aucun l'ait apprise des autres; et II est ridicule et impertinent de s'amuser comme vous faites avec tant de soin à distinguer dans la possession des sciences ce qui est à vous de ce qui n'en est pas, comme s'il s'agissoit de la possession d'une terre ou de quelque somme d'argent. Si TOUS savez quelque chose, elle est entièrement à vous, encore que vous l'ayez apprise d'un autre; pourquoi donc, et quel droit avez-vous, ou plutêt quelle maladie vous tient qui vous empêche de pouvoir souffrir que les autres qui savent la même chose puissent dire qu'elle leur appartient? Toutefois je n'ai pas grand sujet d'avoir pitié de vous; je vois hien que la maladie vous a rendu heureux, et que vous n*êtes pas moins opulent que cet homme qui croyoit que tous les vaisseaux qui abordoient au port de sa ville lui appartenolent. Mais pardonnez -moi si je vous dis que vous usez un peu trop insolemment de cette bonne fortune ; car voyez vous-même si vous n'êtes pas Ii^uste. Vous voulez posséder seul, et même vous ne voulez pas que les autres s'arrogent 9 non-seulement ce qu'ils savent et qu'ils D'ontjamais appris de vous, mais aussi ce que vous ooofessez vous-même avoir appris d'eux; car vous m'écrivez que l'algèbre que je vous ai mise autrefois entre les mains n'est plus maintenant à mol. Vous m'avez aussi autrefois écrit la même dKwe de mon Traité de musique; vous vouiez donc, à ce que je puis croire, que ces sciences s*e(faoent de ma mémoire, ponrce qu'à présent ailes sont à vous; car pourquoi m'en demanderiez-vous les originaux, puisque vous en ave»pardevers vous des copies, si vous ne croyiez que par ce moyen je pourrai avec le temps ne me plus sonveDlr de toutes les choses qu'ils contiennent, I

et à quoi je ne m'amuse plus n y a longtem^ts, et vous vanter d'en être seul le possesseur ; ma sans doute que vous avez écrit ceci par raillerie, \ car je sais que votre humeur est plaisante et | agréable, et après tout j'aurois de la peine i croire que vous voulussiez tout de bon qu^ODcrit que quelque chose fût à vous, si vous d'cd atiei été le premier inventeur. C'est ce qui fait qn dans votre manuscrit vous marquez le temps auquel vous avez pensé chaque chose, afin peut-ttit que personne ne soit si imprudent que de sctoqloir arroger une chose qu'il aura rêvée toute use nuit plus tard que vous; en quoi toutefois je na juge pas que vous agissiez assez prademmeot: car que sera-ce si on doute une fois de la fidéiiti de ce manuscrit? Ne seroît-il pas plus sûr d'ei avoir des témoins ou d'en certifier la vérité par des actes publics et authentiques? Mais certaioe ment, pour dire la vérité, ces richesses qui crai* gnentles voleurs, et qui requièrent tant de soin pour les conserver, vous rendent plus misérable qu'heureux, et, si vous m'en croyez, vousn'aBW point de regret de les perdre et tacherez mênie | de vous en défaire avec votre maladie. Coosidé- i rez, je vous prie, en vous-même, et voye« sieo | toute votre vie vous avez jamais rien trooréoo , inventé qui mérite véritablement des louanges. Je vous proposerai ici trois genres de choses que l'on peut trouver. Le premier est de celles que nous pouvons trouver par la seule force de DOtre esprit et par la conduite de notre raison; siiooi en avez de ce genre qui soient de quelque importance, je confesse que vous méritez qaelqoei louanges, mais je nie que pour cela vous deviei appréhender les voleurs. L'eau est toujours semblable i l'eau, mais elle a tout un autre goût lorsqu'elle est puisée à sa source que lorsqo'on la puise dans une cruche ou à son ruisseau ; toutco qu'on transporte du lieu de sa naissance en on autre se corrige quelquefois, mais le plus sonveot se corrompt, et jamais il ne conserve tellemeot tous les avantages que le lieu de sa naissance loi donne qu'il ne soit très facile de reconnoitre qQ*n a été transporté d'ailleurs. Vous publiez quevoai avez appris beaucoup de choses de moi ; vous m faites honneur, mais je n'en demeure pas d*a^ cord, car si je sais quelque chose, je n'en sais qud très peu, et non pas beaucoup comme vous dites; mais quelles qu'elles soient, servez-vous-en si vous pouvez, et vous les arrogez si bon vous sem* ble, je vous le permets : je ne les ai point écrites sur des registres, et n'ai point marqué le temps auquel je les ai pu Inventer ; et toutefois je suis très assuré que quand je voudrai que les hommes sachent quel est le fonds de mon esprit, poar petU qu'il soit, Il leur sera très aisé de connoili^

qae cet froilt Tiennent de mon fonds, et qu'ils D*o]it point été ctieillig dans celui d'un autre. Il y a un autre genre d'invention ou de choses que Too peut trouver, lequel ne vient point de l'esprit, mais de la fortune ; et j'avoue qu'il demande quelque soin pour être garanti des voleurs, car si TOUS trouvez quelque chose par hasard , et que par un semblable hasard un autre vienne à entendre cela de vous, ce qu'il aura ainsi entendu sera aussi bien à lui que ce que vous aurez trouvé sera à vous, et il aura autant de droit de se Farroger comme tous ; mais je nie que de telles inventions méritent des louanges.Toutefois, pource que rignoranoe du monde est telle qu'il loue souTent ceux en qui les biens de la fortune abondent, et qu'il ne croie pas que cette déesse soit si aveugle que d'enrichir de ses faveurs ceux qui ne l*ont point du tout mérité, si elle vous a fait part de quelque chose qui soit de conséquence, et qui pour cela vous relève un peu au-dessus des autres, je confesse que vous n'êtes pas tout-à-fait indigne de louange. Je dis que cette chose doit être de conséquence et relevée au-dessus du commun : car si, par exemple, un misérable gueux, pour avoir amassé quelques écus en quémandant de porte en porte, s'imaginoit qu'on lui dût rendre pour cela de grands honneurs, certainement il seroit digne de la risée de tout le monde. Voyez donc, jo vous prie, diligemment, feuilletez votre manuscrit, mettez tout en compte, et après cela, ou je me trompe fort, ou je m'assure que vous ne trouverez pas la moindre chose du vAtre qui vaille mieux que sa couverture. Le troisième genre d'inventions est celui des choses qui, n'étant que de très petite valeur, ou même nullement considérables, ne laissent pas d*être estimées par leurs inventeurs comme des choses de très grand prix ; mais tant s'en faut que ces choses-là soient dignes de quelque louange qu'au contraire plus leurs possesseurs les estiment et plus ils prennent de soin à se les conserver, plus aussi s'exposent- Us à la risée et attirent-ils la commisération de tout le monde. Représentez-vous devant les yeux un aveugle que Tavarice auroit rendu si fou qu'il s'amusât à passer les jours entiers à chercher des pierres précieuses dans les ordures de la maison de son Toisin, et que toutes les fois qu'il rencont leroit sous sa main quelque pierrette ou quelque petit morceau de Terre, il crût aussitôt avoir trouvé une pierre fort précieuse, et qu'après en avoir ainsi trouvé l>eaucoup de semblables et en avoir rempli sa cassette, il se vantât d'être fort riche, fit parade de cette cassette, et méprisât toutes les autres; ne diriez-vous pas d'abord que cet homme seroit dans une agréable folie? Que si apfèi cela vous le Toyiei continuellement attaché

à cette cassette, appréhender les Toleurs, et être en souci et chagrin de peur de perdre ces richesses qui lui sont inutiles, pour lors, mettant la raillerie à part, ne le Jugeriez-Tous pas tout-à* fait digne de compassion? Ce n*est pas pourtant que je veuille comparer votre manuscrit à cette cassette, mais j'ai bien de la peine à croire qu*ii puisse rien contenir de |dus solide que le sont ces pierrettes et ces petits morceaux de verre : car voyons de quelle importance sont les choses dont TOUS TOUS Tantez le plus ; je n'en connois que deux, à saToir, le tremhlemerU de$ eordes et Vhyperbole. Quant à la première, qui regarde le tremblement des cordes, si tous STiez jamais appris à Tos disciples quelque chose de plus reloTé que les premiers éléments des sciences, tous auriez trouTé dans Aristote cela même que tou» dites être Tê^re, et pourquoi tous tous plaignez de n'avoir pas reçu de moi des éloges, à savoir que le son se fait par le tremblement ou par la fréquente répétition des coups de cordes ou des autres corps qui frappent l'air. Sans doute qu'Aristote est an voleur ? appelez-le en jugement, afin qu'il TOUS restitue TOtre pensée. Mais pour moi, qu'ai-je fait? Comme je traitois de la musique, et ayant pour lors expliqué quelque chose qui ne dépendoit pas de l'exacte connoissance du son» j'ai ajouté que la même chose pouToit être conçue, soit que l'on dît que le son proTint de ce que l'oreille étoit frappée de plusieurs coups par le tremblement de l'air, excité par celui des autres corps, soit que, etc. Peut-on dire que j'aie déro* bé ce que je ne me suis point attribué? ai-je dû applaudir à ce que je n'ai pas osé assurer être Trai ? et ai-je dû tous attribuer une chose que tous ceux qui enseignent, excepté tous, confessent aToir apprise d' Aristote? Quoi donc, ne se seroient-ils pas tous moqués aTec raison de mon ignorance? Mais peut-être méritez-TOUS de grandes louanges pour Vh/perbole que tous m'sTei enseignée? Certainement, si je n'aTOis compassion de votre mal, je ne pourrois m'empêcher de rire, puisque vous ne saviez pas même ce que c'est qu'une hyperbole, si ce n'est peutêtre comme le sait un grammairien* J'ai rapporté quelques-unes de ses propriétés, à savoir celle qu'elle a de détourner les rayons, dont la démonstration m'étoit échappée de la mémoire, et qui, comme il arrive souvent dans les choses les plus faciles, ne se présentoit pas pour lors sur-le-champ à mon esprit ; mais je vous al démontré sa converse dans l'ellipse, et tous ai aussi expliqué en même temps certains théorèmee d'où elle pouTOlt si facilement être déduite que, pour peu que l'on y prit garde, on ne pouToit manquer de la rencontrer ; c'est pourquoi jo TOOf

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CORRESPOÏTDANCE.

ai eihorté de tous exercer à la chercher, ce que sans difliculté je n'aurois jamais fait après mV voir aTOué si iDgénument que vous ne savies rien dans les coniques, si je n'eusse jugé que la recherche d'une telle chose étoit très facile. Vous avez donc pris la peine de la chercher, vous l'avez trouTée, et vous me l'avez montrée ; je m'en suis réjoui , et vous ai dit que je me servirois de cette démonstration si jamais j'écrivois quelque chose sur ce sujet. Dites-moi, en vérité, êtes- vous en votre bon sens de me reprocher de ne vous avoir pas en cela rendu, comme à mon maître et à mon doateur, assez d'honneur et de respect? Si vous aviez donné à quelqu'un de vos écoliers qui n'eât jamais encore fait de vers une épigramme à composer^ et que vous lui en eussiez dicté de telle sorte le sens et la matière qu'il n'y eût qu'à transposer un mot ou deux pour mettre l'éplgramme en sa perfection, ne seriez-vous pas bien aise s'il réussissoit à transposer ainsi heureusenenl ce peu de mots? n'ajouteriez-vous pas peut-être même, pour l'inciter à la poésie, que si jamais vous aviez à composer une épigramme sur le même sujet , vous ne vous serviriez point d'autres vers que des siens? Mais s'il arrivoit que pour cette petite louange il vint à concevoir tant d'estime de lui qu'il crût être un grand poète, ne TOUS mo(tueriez-vou8 pas de lui comme d'un eniànl; et s'il en venoit à ce point que de s'Imaginer que vous lui portassiez envie, et que, se disant votre maître et votre docteur, il dît sérieusement que c'est une chose honteuse à un docteur de ne pas recevoir de son disciple tout l'honneur, eto. (car je ne pense pas qu'on puisse donner un autre sens à cet etc.), ne jugeriez- vous pas avec raison que ce n'est plus la simplicité qui le trompe, comme elle lait un enfant, mais qu'il a l'esprit en quelque façon troublé ? Sachez donc qu'il n'y a point de meilleur remède pour purger la bile dont vous êtes plein, que de coosidérer avec quelle justesse cet exemple vous convient. Mais d'autant que jusques à présent j'ai taché d'êter la cause de votre maladie, je veux maintenant tâcher d'en apaiser la douleur. Vous vous plaignez principalement de ce que, m'ayant quelquefois donné des louanges , je ne vous ai pas rendu la pareille ; mais afin que vous le sachiez , vous ne m'avez pas traité en ami de me louer comme vous avez lalti Ne vous ai-je pas supplié plusieurs fois de ne me point traiter de la sorte , et même de vous abstenir de parler aucunement de moi ? Et la façon avec laquelle j'ai toujours vécu par le passé ne montre-t-elle pas assez que je suis ennemi de toutes ces louanges? non que je sois insensible, mais pource que j'estime que c'est un plus grand h'mu de jouir de la tranquillité de la vie et d'un

honnête loisir que d'acquérir béauœup de nnommée ; et que j'ai bien de la peine à me persuader que, dans l'état où nous sommes et de k façon que l'on vit, on puisse posséder ces deii biens ensemble. Mais vos lettres montrent dairement le sujet qui vous a porté à me louer; car, après toutes vos belles louanges, vous ne laiaei pas de dire librement que vous avez coutume de préférer votre Mathématico-physique à mes Conjectures , et que vous le faites savoir à nos imls. Que veut dire cela. Je vous prie? Ne montreivous pas par la que vous ne cfaerdiei à me looer que pour tirer plus de gloire de cette companison? et que vous ne rehaussez le siège tjue to» vouiez fouler qu'afln d'élever d'autant plus burt le trêne de votre vanité? Mais en voilà aBez;je veux à présent traiter doiloèment votre mal, el ne me point Servir de ^lus ftpres remèdes; car i je voulols vous traiter selon Vos mérites, Km vous verriez si chargé de honte et d'InCamieipe j'anrois plutôt peur de vous désespérer que de vous donner la santé. C'est pourquoi je me ooor tenterai Ici de vous avertir que, si vous aimei lei louanges t vous fessiez des choses dignes d'êtn louées, et qui soient telles que vos ennemli mi* mes soient contraints de les approuver. Mais, quoi que vous ayez fait, n'attendez jamais de louanges ni de vous ni de vos amis, dont les témoignages seraient toujours tenus pour suspects. Ne vous vantez point aussi d'avoir appris aoi autres ce que vous ne saves pas encore, et ae vous préfères jamais k personne. J'ai honte de me proposer ici pour exemple ; mais comme toqs vous compares souvent à moi , il semble qu'il soit en quelque façon nécessaire. M'avez-vous jamais ouï vanter d'avoir rien appris à personne? m auis-je jamais, je ne dis pas préféré , mais même comparé i aucun ? car, quant au reproche que vous me faites, sans raison ni fondement, de m'étre quelquefois égalé aux an^» je ne saurois encore me persuader que vous soyez si perdu d'esprit que de le croire. Toutefois, pource quejereconnois que la violence de votre mal peut être tris grande, j'expliquerai ici ce qui peut vousafoir donné occasion de me faire ce reproche ; c*^t la coutume des philosophes et même des théologiens, toutes les fois qu'ils veulent montrer qu'il répugne tout-à-fait à la raison que quelque chose ae fasse, de dire que Dieu même ne le saurolt faire; et pource que cette façon de parler m'a to^jour» semblé trop hardie, pour me servir de termes plu» modestes, quand l'occasion s'en présente (ce ^si arrive plus souvent en traitant des questions de mathématique que de philosophie), où les autres diroient que Dieu ne peut faire une chose, je me oontento seulement de dire qu'an sage ne la ^^

ÂNNËÊ leao.

reit blr». St A ponr ceM TÔiis dites que je m'égale à range, on pourra dire aussi par la même raisoD que les plus sages du monde 8*igalent à Dieu. Et Je suis bien malheureux de n*aToir pu <viter le soupçon de vanité en une chose ou je puis dire que j'affectois une modestie toute partieolière. Au reste, je pourrois écrire bien d'autres dièses, mais si ceci ne suffit, rien ne peut suffire, et pour le présent je pense avoir satisfait abon» damment à notre amitié ; car en vérité vous deves croire que je n'ai point écrit ceci par un esprit de vengeance ni pour aucun mal que je vous Teuille, mais par une pure aiïection que j'ai pour TOUS. Car, premièrement, pourquoi serois-je en colère contre vous ? seroit-œ à cause que vous Toos êtes préiéré à moi ? comme si je me souciois décela, mol qui al coutume de m'estimer le plus Ignorant del hommes; et si j'aveis à m'en mettre en peine, ee ne sèroit pas que vous vous préfêrasBîflc à moi| mais bien que les autres vous y prélirassent : car, au contraire, si nous étions eD dispute vous et moi pour cela, je serols bien aise que Voua vous en vantassiei, poiirce que les astres aarelent d'autant moins sujet de le croire. Bt je témoigne bien n'avoir aucune rancune contre TOUS, puisque je ne tous oèle rien de ce que je juge tous devoir être le plus utile ; car certainement OD ne saoroit rien dire û\ rien faire de plus utile pour nous que de nous avertit librement de DOS erreurs ; et, bien que nous puissions quelquefois reeevoir des avertlssenients de hos ennemis mtmes^ il vous sera aisé de reeonnottre, pourvu que Tons ayez le moins du monde de bon sens, qo'il 7 a bien de ia différence entre leurs avertittements et les miens. Un ennemi ne tâche qu'à déplaire i telul qu'il reprend, et moi je ne tâche qu'à TOUS remettre dans votre bon sens par une douce réprimande. Un ennemi s'abstlendroit de dire aucune parole ^re et fâcheuse, s'il croyolt qse celai i qui 11 en veut en dût profiter ; et moi, M contraire, j'espère que ceci vous profitera, et je le souhaite, et même je n'ai entrepris i autre dewia le travail d'une si longue lettre. Enfin »D ennemi déclame tellement contre les vices ^ son adversaire qu'il ne souhaite pas moins d'ttre eotendu des autres que de lui ; et moi, au conu^alre, je ne découvre les vôtres qu'A vous ^i et jusques i présent je les ai toujours dissimulés aut autres autant que j'ai pu, et les dissinoierai toujours à l'avenir, afin que vous puissiez plu ikilembnt sortir de votre maladie et reve- ^ en votre bon sens, pourvu toutefois qu'il y ^t encore quelque espérance de guérison : car si ^m persévérez dans votre mal, de peur d'être ^i dlvolr autrefois contracté amitié avec litl ^^^^ lie voire buneuri et de passel* pour tttr

Imprudent dans le choix que je Ms de mes amis, je serai contraint de vous abandonner et de m'ex- Guser publiquement, en faisant savoir à tout le monde de quelle façon, par une simple rencontre et sans aucun choix, j'ai contracté habitude avec vous, pour m'être rencontré par hasard en garnison dans une ville frontière*, on je ne pus trouver que vous seul qui entendit le latin. Et je ne cèlerai point que pour lors je ne connus point votre mal, peut-être à cause qu'il n'étolt pas II grand, ou bien à cause que sachant de quel pays vous étiez et comment vous aviez été élevé, tout ce que vous faisiez de mal devant moi je l'attrlbuois plutôt à rusticité et à ignorance qu'à une telle maladie. Enfin j'ajouterai comment, après l'avoir connue, j'ai tâché de vous en guérir par des remèdes très salutaires. Et en vérité è'est ce que je souhaite, aimant beaucoup mieux que vous vous laissiez guérir que d'être obligé d*en venir k ce point; et si vous le faites, je n^aurai point de honte de me dire votre ami, et tous ne vous repentirez point d'avoir reçu cette lettre et cet avis.

If' 1— AU R. P. ItERSENNE.

(t.ettreLXIdt[téhien.)

Mon révérend Pire,

Je ne reçois jamais de vos lettres que ce ne soient de nouvelles obligations que je vous ai, et que je n'y reconnoisse de plus en plus le bien que vous me voulez ; je suis seulement marri de n'avoir pas tant d'occasions de vous servir Ici où je suis comme vous en avez de m'obliger là où vous êtes. Je regrette les qiUnie jours que vous avez été trop têt à Liège*; nous eussions bien pu noue promener durant ce temps-là. Pour votre fortune d'Anvers, je ne la trouve pas tant à plaindre, et je crois qu'il est mieux que la choie se soit passée ainsi que si on eût su longtemps après que voua étiez venu en ces quartiers, comme il étolt malaisé qu'on ne le sAt.

Pour M. N. ', je ne sais s'il ne nous veut point un peu de mal à mon occasion, aussi bien que fait le sieur N. , quoique ee soit sans que je lui en aie donné aucun w^et ; mais il m'a Mt réprimande en celle que je tous al mandé qu'il m'avoit écrite, où, entre autres choses» il met cea mots : Cumftte MenetuiUs iuu$ iotoê iUi in

(f) <t A tndskM

(t) « Pour les eàiiz de Spa ji

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Kbro meo manuêcripio^ verêaretur, atçue in eo pUraque^ quœiua esse exùtimabat^ videret^ et ex tempore Mis addito, de illorufn auihore mérita dubitaret, id quod tes erat, illi liherius fortctssis, qtiam Obi aui illi placuit, aperui. Ce mot seul a été cause que je lui ai fait réponse ; car sans cela je n'eu eusse pas pris la peine ; et je l'ai commencé en ces termes : Multum aberras dverOf et maligne judicets de religiosissimi viri humanitaie, si quid mihi de te à P. M. renun- Uatum fuisse suspiceris; sed ne plures alias cogar excusare, scire debes^ me non ex illo^ née ex ulh alio^ sed ex tuis ipsis ad me littem, quœ in te reprehendo cognovisse, etc. Ensuite je lui fais un long discours, où je ne parle d*autre chose que des impertinences qui sont dans les dernières qu*il m'a écrites, lesquelles je garde avec les secondes réponses que j'y ai faites : car si j'écriTois jamais de la morale, et que je voulusse expliquer combien la sotte gloire d'un pédant est ridicule, je ne la saurois mieux représenter qu'en y mettant ces quatre lettres.

Pour la distinction du retour de la corde, t» principium, médium, et finem ou quietem^ l'expérience que vous me mandez de l'aimant suffit pour montrer que nulla talis est quies; car si elle montre, comme vous concluez fort bien, que ce n'est pas l'agitation de l'air qui est cause du mouvement» il suit de là nécessairement que la puissance de se mouvoir est dans la chose même, et par conséquent qu'il est impossible qu'elle se repose pendant que cette puissance dure ; mais si la corde se reposoit après le premier tour, elle ne pourroit plus retourner d'elle-même comme elle fait, car 11 faudroit que la puissance qu'elle a de se mouvoir eût cessé pendant ce repos.

Pour N.*, il a bien tort de se plaindre des cartes que je lui envoyois ; ce seroit à moi à m'en plaindre, i qui elles ont coûté de l'argent, et non pas à lui, à qui elles n'ont rien coûté, et qui peut-être a feint ne les avoir pas reçues de peur de m'en avoir obligation ; car on m'a assuré qu'elles avoient été bien adressées : mais je ne serai pas marri qu'on sache que je vous ai témoigné que c'étoit un homme de qui je fais fort peu d'état, d'autant que j'ai reconnu qu'il n'effectue jamais aucune diose de ce qu'il entreprend, et outre cela qu'il a rame peu généreuse. Il n'est pas besoin qu'on sache plus particulièrement en quoi j'ai sujet de le blâmer, pource qu'il ne me semble pas seulement digne que je me (liche contre lui : toutefois, s! quelqu'un pensoit que j'eusse tort, lui ayant autrefois témoigné de l'aflection, de l'abandonner

(I) «CemaiKucrltD'élottpaBrorigloaldapetitTnatédeia muflivKf écrit de la main de M. Descarics.» (^ rerrtcr.

jDaintenant da tout* je vous écrivis une fettn lorsque vous étiez, jecrois, à Anvers, par laquelle vous me pourrez justifier s'il vous plaît. J'ai reçu une lettre du même N., il y a huit jours, par laquelle il me convie, comme de la part de M. de Marcheville, à faire le voyage de Gonstantinople. Je me suis moqué de cela ; car outre que je ssii maintenant fort éloigné du dessein de voya^, j'ai plutêt cru que c'étoit une feinte de mon homme pour m'obliger à lu! répondre, que dos pas que M. de Marcheville, de qui je n'ai poiot du tout l'honneur d'être connu, lui en eût donné charge, comme il me mande : toutefois, si par hasard cela étoit vrai, ce que vous pourrez, je crois, savoir de M. Gassendi qui doit faire le voyage avec lui, je serai bien aise qu'il sache qae je me ressens extrêmement obligé à le servir pour les honnêtes offres qu'il me fait, et que j'eusas chéri une telle occasion il y a quatre ou cloq am, comme l'une des meilleures fortunes qui m'en»sent pu arriver; mais que, pour maintenaot.je suis occupé ed des desseins qui ne me la peoTent permettre; et M. Gassendi m'obligerolteitrdfliement s'il vouloit prendre la peine de lui dire cela de ma part, et de lui témoigner que je lui suii très humble serviteur. Pour N., comme ce n'est pas un homme sur les lettres de qui je me vonlusse assurer pour prendre quelque résolution, aussi n'ai-je pas cru lui devoir faire réponse. Je serois bien aise que vous fassiez voir à M. Gassendi cette partie de ma lettre, et que vous l'assuriei que je l'estime et honore extrêmement. Je lui euw écrit particulièrement pour cela, si j'eusse pense que ce qu'on me mandoit fût véritable : au reste, je serois bien aise qu'on sache que je ne suis pas, grâces à Dieu, en condition de voyager pour chercher fortune, et que je suis assez content de celle que je possède pour ne me mettre pas eu peine d'en avoir d'autre ; mais que si je voyage quelquefois, c'est seulement pour apprendre et pour contenter ma curiosité. Si vous voyez le père Gibieufi vous m'obligerez extrêmement de lui témoigner combien je l'estime, lui et le père GoodraUi ^ combien je vous ai témoigné que j'approuvoiset suivois les opinions que vous m'avez dit éu-edans son livre ; mais que je ne lui en ai osé écrire pource que je suis honteux de ne l'avoir encore p« recouvrer pour le lire, n'en ayant eu des nouvelles que depuis que vous avez été hors de Paris : je ne serois pas marri qu'il sache aussi plus particulièrement que les autres que j'étudie i quelque autre chose qu'à l'art de tirer des armes. Pour les autres, vous m'avez obligé de leur parler ainsi que vous avez fait. Je ne me saurois imagiû«r quefl oe que vous me mander de la dupiicatiou ûo cube il puisse y avoir de quoi s'arrêfer an» <

ANIfËB 1630.

heure ; car it on la Teot démontrer par les solides, la chose est possible, comme tous savei qne j'en ai autrefois fait voir la constructiOD i M. Hardy et à M. Mydorge» laquelle M. Mydorge a fort bien démontrée; mais si on la pense trouver autres ment, il est certain qu'on se méprend. M. N. a tort s*ii s'offense de ce que j*ai plutét écrit à M. N« qu*â loi, car je serai bien aise qu'il sache que ce n'est pas toujours i ceux que j'estime et honore le plus à qui j'écris le plus, et que j'ai quantité de proches parents et de très particuliers amis à qui je n'écris jamais, et qui je m'assure ne lalsr sent pas de m'aimer, d'autant qu'ils savent bien que cela n'empêche pas que je ne fusse toujours prêt de les servir si j'en avois les occasions, et qu'il doit croire le semblable ; mais que pour des lettres de compliment, il me faudroit avoir un secrétaire à mes gages si je voulois écrire à tous ceux que j'estime et que je pense être de mes amis. J'ai écrit audit sieur N.' pour l'inciter à traTalUer aux verres, et pour lui donner de petites commissions à Paris, desquelles je n'eusse pas voulu importuner M. N. J'ai quantité d'amis qui devrolent s'offenser par même raison, s'ils savoient que je veux bien écrire a mon petit laquais et que je ne leur écris pas. et vous-même vous devriei vous offenser de ce que j'ai écrit i M. N. avant que de vous écrire. Pour les modèles qu'il se repent d'avoir taillés, ne craignez pas qu'ils manquent à la postérité, car il verra non-seulement qu'on n'en aura que faire, mais qu'il seroit même impossible de s'en servir.

Je ne pose pas comme principe que grave iOn imfirimiimotwn primo momento, mais comme une conclusion qui se tire nécessairement de certains principes qui me sont évidents, bien que je vous aie dit plusieurs fois ne les pouvoir expliquer sinon par un long discours, lequel je ne ferai peut-être de ma vie; et c'est ce qui m'oblige à foire souvent difOculté de vous mander mes opinions ; car je ne les écrirois jamais, sinon que je vous honore trop pour refuser aucune chose que vous désiriez. J'estime fort l'expérience de l'aimant que vous m'apprenez, et je juge bien qu'elle est véritable ; elle s'accorde entièrement aux raisons de mon monde, et me servira peut^re oour hs eonflraer. Je suis, etc.

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