‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 265 sur 306 · N* 7.— A M. FERRIER · texte numérisé non relu

N* 7.— A M. FERRIER

( Lettre LXn du tome II.)

Décembre 1630.

Je vous assure que je n*al point eu dessein de (I) «Fcrrler.»

VOUS bire aucun Mplaisir, et que je sols tout aussi prêt de m'employer pour vous, enea qui sera de mon pouvoir, comme j'ai jamais été ; mais j*ai discontinué de vous écrire, pouree que j'ai vu par expérience que mes lettres vous étoient dommar geables et vous donnoient occasion.de perdre le temps. J'ai mandé i un de mes amis ce que je reconnoissois de votre humeur, pouree qne, sachant que vous aviez accoutumé de vous plaindre de tous ceux qui avoient tâché de vous obligWi j'étois bien aise, si vous veniez quelque jour & vous plaindre de moi, qu'une personne de son mérite et de sa condition t pût rendre témoi» gnage de la vérité. Je l'ai aussi averti de ce que vous m'aviez écrit de lui, et lui ai fait voir votre lettre ; car étant témoin des obligations que je lui ai, et sachant très certainement que vous ne le blâmiez que pour me prévenir et m'empêcher di; croire les vérités qu'il me pourroit dire à votre désavantage, desquelles toutefois il ne m'a jamais rien appris, j'eusse cru commettre un grand crime et me rendre complice de votre peu de reoonnoissanoe si je ne l'en eusse averti. Mais puisque je tiens la plume, il faut une bonne fois que je tâche à me débarrasser de toutes vos plaintes et à vous rendre compte de mes actions. Si j'eusse dès le commencement connu votre humeur et vos affala res, je ne vous aurois jamais conseillé de travail 1er i ce que j'avois pensé touchant ies réfractions^ mais vous savez qu'à peine vous avols-je vu un^ ou deux fois quand vous vous y offrîtes, et pouree que j'eusse été bien aise d'en voir l'exécution, je ne crus pas avoir besoin de m'enquérir plus dili<r gemment si vous en pourriez venir à bout, et ne fis point de difficulté. de vous communiquer ce que j'en savois ; car je jugeols bien que c'étolt un ouvrage qui requéroit beaucoup de peine et de dépense ; mais souvenez-vous, s'il vous plaît, que je vous dis alors distinctement que l'exécution en seroit difficile, et que je vous assurols bien de la vérité de la chose, mais que jenesavois pas si elle se pouvoit réduire en pratique, et que c'éteit â vous d'en juger et d'en chercher ies inventious ; ce que je vous disois expressément, afin que si vous y perdiez du temps, comme vous avez fait, vous ne m'en pussiez attribuer la faute ni vous plaindre de moL Depuis, ayant connu les difficultés qui vous avoient arrêté, et ayant pitié du tempe que vous y aviez inutilement employé, j'ai pour l'amour de vous abaissé ma pensée jusques aux moindres Inventions des mécaniques ; et lorsque j'ai cru en avoir assez trouvé pour faire que la chose pût réussir, je vous ai convié de venir ici pour y travailler, et me suis offert d'en frire toute

(i)«M.iiydoi8e.»

œRAËBPOKDAHCE

la dépènset et que tons en ttirief toot le profit sH i i*0a poQTOlt retirer. Je ne Tois pas encore que %(kii paissiei tous plaindre de mol jusque-là. Iioraqoe tout m*eûtet mandé que toue né potlTleÉ Tenir Id Je aeyoas conviai plui d'y travailler^ att contraire je tous conseillai expressément de tous employer aux choses qui vous apportereient du profit présent, sans vous repattre de Talnes es* péranœs. Par après, Jugeant par vos lettres que ee qiiè je vaus ayote écrit de tenir Ici tous avoit diverti de vos autres ourrages et que tous sem- Uiez tous 7 préparer, encore que cela tous fAt impossible^ afin que tous ne tratoassiex point deut eu trois ans^ suivant votre humeur, en cette vaine espéranee, et qa*att keut du compte, si Je n'étais plus disposé à vous reeevoir; vous ne vous plalgnissiei pas de ce qaa touft tous y séries préparé, je toils mandai que tous ne tous y attendlssles plus, d'autant que Je serois peut-être prêt è m'en retourner atant qile vaus fussiei prêt de tenit ; et pour tous en 6têr le désir, Je tous écrltis une partie de ce que J'atdis pensé et m'offris de vous aider pai* lettres autant que j'en aerois lOt^ pable ; mais si vous y avei pris garde, Je vous avertissois par les mêmes lettres que vous ne vous engageasslei peint à y travailler si tous n'atlea beaucoup de loisir et de commodité pour oela^ et que la chose ieroit longue et difficile. Je ne veut pas m'enquérlr de œ que Vous ates fiiit depols» dar fi tous atei plus estimé mes intentions que mon flenseH, et que tous y ayei tratalllé inutilement, ce n*est pas ma fiuite, puisque tous ne m'en atet pas atertl4

Vous ates été ensuite de cela sept ou Irait mola sana m'écrira ; je ne tous eii teux point dire la causer car tous ne la poates ignorer ; mais Je tous prie aussi de croire que je Ta! bien sue, encore que personne autre que tous ne me l*ait apprise, et toutefois que je ne m'en suis jamais mis en colère, comme tous tous imaginei. J'ai seulement eu pitié de toîr que tous tous trompies tousmême : et pource que mes lettres tous en avoient donné la matière, Je né tous al plus touiu écrire. Vous satei bien que si J'atois en dessein de tous nuire. Je Taurols fait il y a plus de six mois, et que si un petit mot qu*on a tu de mon écriture tous à fait recetoir du déplaisir, meè prièÉ*es et mes ralaons et l'assistance do mes ainis n'eussent pas eu moins de pouvoir. Je tous assure de plus qu'il n'y a peiaonne qui m'ait rien mandé à totre d^tantage, et que celui ^ que tous blftmei de tous atoir prié que tous lui fissiez toir mes lettres ne l'atoit point fait par une talne curiosité comme toua dites, mala pource que je l'en atola

très bumUenient supplié, aànsln! en mander 1« raison, et qu'en cela même 11 tous pensolt faire plaisir ; mais afin que tous ne preniez pat occa- Mon de dire que j'aie des soupçons mal fondés et qiië Je me sois trompé en mon Jugement, je vom ^rie de faire toir ces mêmes lettres que je tou atois écrites 11 y a quatorze ou quinze mois k eeux à qui tous avez donné la peine de m'é<irlre; elles ne contiennent rien que je désire que toqi tenies secret, comme tous feignez ; et si j'ai qnelquefbls fiiit difficulté de le dire à d'autres, c'a été purement pour l'amour de tous; mais vous iatëz bien que œut è qui je tous prie de les Miontrer ne tous y feront point de tort, et après les atoir tues, sMls tltiutent que j'aie failli en quelque chose et que j'aie eu autre opinion de tous que Je ne detois, Je m'oblige de tous faire toutes lea satisfactions qu'ili jugeront raboDoi' blea. le suis, etc.

» %.^k DN R. P. BB L'ORATOIU f Lettre LXm du tome IL)

15 déoSuibre I6S0.

HoBsievr et rétér^dPère,

Je auls marri que tous ne m'atei mandé qael' que chose de plus difficile que de touloir du bien i M. N.Safin qu*en tous obéissant je tous pu!» témoigner combien je tous honore ; mais pour ce qui touche M. N.*, je tous assure que je ne loi ai jamais toulu de mal, et que je me tiendrai bien heureux si je puis seulement m'exempter de ses plaintes. On ne saurait sana cruauté touloir do mal à une personne si affiigée ; et pour ses plaio* tes, je les excuse tout de même que s'il avoit la goutte ou que son corps fût tout couvert de blessures; on ne saurait toucher si peu à ceux qui sont en tel état qu'ils ne s'écrient; et ils di sent souvent des injures aux meilleurs de kmn amis et à ceux qui s'efforcent le plus de femé* dier à leurs maux. J'eusse été bien aise d'apporter quelque soulagement aux aiens ; mais, pourœ que je ne m'en juge point capable, il m'obligeroit fort de me laisser en repos et de ne m*accafier point des maux qu'il se fait à soi-même. Teatefoii je lui ai obligation de ce qu'il s'est particulièrement adressé à voua pour ae plaindre, et je me tiens heureux de ce que voua daignez prendre connoissance du différend quMl prétend avoir avec moi. Je ne teux point tous ennuyer en plaidant ma cause; Je tous dirai seulement, en ua mot, qu'il n'est fâché que de ce que j'ai tu pu»

(««rerrier.» WF^rrier

ARNBfe \m.

éUtt qQ*0 ne iétfnit, et il sait MH kien en ton âme que je n*ai rien appris qui le touehât que de lui-ttéme. Qae s'il dit qu'on m'ait dit de lui qoelqnea fini rapportât ce n'est que pour amir plus de préteite de se plaindre et de s'excuser eai^- Même i il l'est trompé en cela qu'il a ero me dés- •Uîger §randement en une chose qui m*Mk indiliérente* l'ai prié le R. P. M.^ qui sait ptfflil^ teoMOl toute cette aflUrsi de fons en toliletr Inslriilre; que al tons trantes que J'aie hilli, vmis m'oUigena extrémenient de ue llie point latteTf et Je ne manquerai pas d'obéir eiaeteiaent i tom m qae TOiu ordonnerai. Je suis, m*

» «i^AU K. Pi MKRêBNHIi ( lettre LXXlt du tome n.)

ÎS décémblv leto.

Mm réftfTMId Père«

Yoos m'aflligerlél infiniment si Voua afiea la aaindre epinibn qile Je puiaa jamais manquer de moa lionerer et sertir de toute mon affection l maie je tous ai mandé à Pautre Voyage ce qui m'a^ Toit bit diflérer à écrire, et vous savei arei) eela que je sois un peu négligent. Je tous jure que j'ai maintenant la t^io Si fompdé des lettres que je Tiens d'écrire pour M. N. ^, que je ne sais plus ce que j'ai i tons ûUte; il ni'a éntoyé cette semdiné un gros paquet, où il j kioH des lettres de ceux anxquela tous terres que j'en ai écrit* J'ai cru que tous ne seriez pas marri de toir ce que je leur BMnde» et que tous m'aiderles à me justifieri II n'y a aucun d'eux qui m'ait témoigné en aucune lagon qne M. N. * tous eût mêlé dans ses pisintesi ni qui ne m'ait obligé en l'excusant. M. Gassendi a bit le semblable dans une lettre qu'il a écrite à M. Reneri « et je tous prie aussi de me justifier entera lui ; mais particulièrement je tous prib de teir le P* M. « et de lui Airs toir la lettra que tous «tes fait teir à M. M ydorge ; et si tous en ates encore une autre que je tous éeritis an mois de mars dernier pour répondre à ce que tons me asaadiez que N. se préparait de me tenir trouYer, Je serai bien aise qu'il Veiei par ce que Je tous mandois, que je n'oublie rien à lui dire de es q«l pourra sertir a ma cause , non peint tant peur lui montrer le tort de N. comme pour l'assurer que je n'ai pas manqué de prudence ni de modération , et que j'ai méprisé ses petits desseins pintét que de m'en fâcher aucunement. Vous cadietteres, s'il tous plaît, toutes leurs lettres atant que de leur donner» exoeplé celle de

tu « rerir«r.4 (é) mtrUt.

N.« laqoelle Je tons pHe de faire teir i M. G., m P. N. et au P. S., et de la laisser à celui d'entre eux que tons Terrez le dernier» pour la Idl donner.

Je tous entole nne aiguille frottée d'une pierre d'ahnant qui pAse eutlriMi deux litres, et qui en lèTO jusques à tingt éunt armée ; mais, désarmée, elle n'en iète pas pins d'une. Il décline de cinq degrés à ee qu'on m'a dit \ mais je n'en suis pas fort amure» car celui qui l'a n'est pas fèrt intelligent Je ne sais si c'est la même pierre que tous atei tue, mais on m'a dit qu'il n'y en atoit point de meilleuro en cette tille* It si en tous demande où je suis» je tous prie de dire que tons n'en êtes pas certain, pouroe que J'étois en résolution de passer en Angleterre , mais que toue atet reçu feies lettres d*id , et qne si on ine tout écrire, tous mè feres tenir leurs lettres* 81 on toits de^ mande ce qne je Aiis» tous direÉ , S'il tous plah » qne je prends plaisir à étudier pour m'Instrnire mdi-mAme; mais que, de Thuineur que Je sais, TOUS ne péasea pas qne je mette jamais rien an Jour, et que je tous en ai leul^-Mt été la ttémuak Jesnisiele*

K' là.— AU R* P. MERSÉNNK* (Lettre UT du tome n.)

Juin 1630 ou 10 janttar iSSl.

Mon rétérend Pire,

Je ne tous écrirais point i ee toyagè al Je fl'a* tois peur que touft le troutamies étrange comme à l'autre fois , car je n'ai guère de choses i tous mander i mais Je tous supplie très humblement » une fois pour toutes, de tous assurer qu'il n'y a rien au monde capable de éhanger ni d'altérer le désir que j'ai de tons sertir, et que je ne crois jamais an rapport de |iersonnëi en ce qui peut tourner au dÂatantage de mes anais , si ma propre expérience ou des démonstrations itiliillibleé ne m'assurent de la mémo chbse. Vous poutei atoir remarqué comment je me suis goutërné enters le sieur N. S auquel je n'ai témoigné aucun refroidissement , jusques à ce que ses propres lettres m'en donnassent Juste occasion , quoique je fusse d'ailleurs tris assuré de la térité; et tods couDoissies bien Un autre homme ^ atec qui je fais encore profession d'amitié, bien quOi sans compter ce que tous m'atez écrit , trois autréé personnes diiïérentes m'ont assez mandé de sea noutelles peur me donner sujet de m'en plaindre* Au reste , ne pensez pas que j'écrite ceci pour faire aucune comparaison » mais seulement pod^

(l)«Ferri«r.i» Me

œRRESPONDANGE.

voos lumrer que je' no mit nullement soupçonjoeaz, ni de facile criance, et que ceux qui me fcnt llipnneur de m'aimer Yéritâblement ae doivent assurer qu^enoore que tous les hommes du monde me témoignassent le oon traire , Ils ne seroient pas suflbants pour me le persuader ni empAcber de leur rendre le réciproque. Mais tous saves combien je sois négligent à écrire ; et si j*y manque une autre fols, comme je ferai , s*il vous plaît t bien souTont» quand je n'aurai pas assez de matière pour remplir le papier, et qu'il n*y aura rien de pressé, je tous supplie et tous conjure de croire que je ne laisserai pas pour cela d'être parfaitement Totre serviteur, de tous honorer, et de me ressentir TOtre obligé toujours de plus en plus.

Je TOUS dirai que je suis maintenant après à démllw le chaos pour en faire sortir de la lumière, qui est Tune des plus hautes et des plus difficiles matières que je puisse jamais entreprendre, car toute la physique y est presque comprise. J'ai mille choses dlTcrses à considérer toutes ensemble* pour trouTW on biais par le moyen duquel je puisse dire la Térité sans étonner l'imagination de personne, ni choquer les opinions qui sont communément reçues : c'est pourquoi je désire prendre un mois ou deux à ne penser à rien autre chose. Cependant, toutefois, je ne laisserai pas d'être bien aise de saToir ce qu'auront dit de mes lettres ceux à qui j'écrlTis dernièrement, et aussi M. Mydorge à qui j'aTOis écrit •uparaTant, et de quoi tous ne me mandez rien en TOtre dernière; mais si quelqu'un m'écrit encore par hasard, je ne suis pas résolu de leur bire réponse, au moins de longtemps après, et ils pourront excuser ce retardement sur la distance des lieux, d'autant qu'ils ne saTent pas où je suis.

Pour les lignes dont tous m'écrivez, je ne saurois m'exempter d'en parler suffisamment en mon traité ; mais cela est si peu de chose que je m'étonne qu'il y ait quelqu'un qui pense que les autres rignorent.; c'est une grande marque de pau- Treté que d'estimer beaucoup des choses de si peu de Taleur, et qui ne sont pas rares à cause qu'elles sont difficiles, mais seulement à cause qu'il y a peu de gens qui daignent prendre la peine de les checcher. Pour le livre à Urer des armes, il est de plus d'apparence que d'utilité ; car encore que l'art soit très bon, il n'y est pas toutefois trop bien expliqué ; les libraires en paient Ici cinquante francs sans être relié, et je n'en donnerois pas un teston pour mon usage. Je ne pense pas qu'il faille croire ce que vous me mandez du diamant.

Je n'oserols tous prier de TOir M. le cardinal do Baigné à mon occasion, car je ne suis pas asseï

familier aToc lui pour oda; mais si vous loi pir« liez par quelque autre rencontre, et que cela viot à propos, je ne serols pas marri que vous lui limoignassies que je l'honore et l'estime exirtmement.

J'aTois oublié & lire un billet que je viens de trouTer en Totre lettre, où vous me mandes avoir euToyé ma lettre à M. Mydoi^, et que voos désirez savoir on moyen de CUre des expérieDoei .utiles. A cela je n'ai rien & dire après ce.que VerU' lamius en a écrit, sinon que, sans être trop curieux à rechercha toutes les petites parUcularitli toucl^ant une matière» il faudroit principalement faire des recueils généraux de toutes les choses lei plus communes, et qui sont très certaines, et qui se peuvent savoir sans dépense ; comme que toata les coquilles sont tournérâ en même sens, et safOir si c'est le même au-delà de l'équinoxial; que li corps de tous les animaux est divisé en trois pa^ ties, eaput^ peetui, et vetUrem: et ainsi des astres, car ce sont celles qui servent intailliblemat en la recherche de la T^ité. Pour les plus particuUères, il est impossible qu'on n'en ftsse beaocoup de superflues et même de fausses, si on se ooniioit la Térité des choses aTant que de les iaiie. Je suis, etc.

N* U.— A BT**».

lUOBHBNT DB M. DB8G ABTBS DB gUBLftUBS UTTIBI DB BALZAC.

(Lettre C du tome L Version. )

Quelque dessein que j'aie en lisant ces lettres, soit que je les lise pour les examiner ou seulement pour me divertir, j'en retire toujours beaocoup de satisfaction; et bien loin d'y trouver rien qui soit digne d'être repris, parmi tant de belles choses que j'y vois, j'ai de la peine i juger quelles sont celles qui méritent le plus de louange. La pureté de l'élocution y règne partout, comme fait la santé dans le corps, qui n est jamais plus parfaite que lorsqu'elle se (ait le moins sentir. U grâce et la politesse y reluisent comme la beanlé dans une femme parfaitement belle, laquelle ne consiste pas dans l'édat de quelque partie en par* ticulier, mais dans un accord et un tempérament si juste de toutes les parties ensemble, qu'il n'y en doit avoir aucune qui l'emporte par-dessus les autres, de peur que la proportion n'étant pas bien gardée dans le reste, le composé n'en soit moins

(I) Celte \ti\xt n'est datée ni dans rimprtne nf dansto notes manuscrites de rexemplaiic de la BOjBpihèqoe; nw» comme eUe se rapporte A Balzac, Je la place atec les dcui lettras qd lui sont adresséet. (Noie de/esc^piaire de ilo»titutj

ANNËE 1631.

parfait Mais oomme toutes les'parties qai ont quel- 4|ae aTantage se reoonnoisseot fiicilement parmi les faciles qu*on a ooatume de remarquer dans les beautés oommanes, et même qu'il s'en trouve quelquefois parmi celles où oous remarquons des défauts, qui sont digues de tant de louanges que par là nous pouvons juger combien seroit grand le mérite d'une beauté parfaite s'il s'en rencon- Iroit dans le monde, de même, quand je considère les écrits des autres, j'y trouve souvent à la vérité plusieurs grâces et ornements dans le discours, mais qui ne sont- point sans le mélange de quelque chose de vicieux ; et parce que ces pièces, toutes défectueuses qu'elles sont, ne laissent pas de mériter quelque approbation, je connols par là très dairement i*estime que je dois faire des lettres de M. de Balzac, où les grâces se voient dans toute leur pureté. Car s'il y en a de qui le discours flatte quelquefois l'oreille, parce que les termes en sont choisis, les mots bien arrangés et le style diffus, là aussi le plus souvent la bassesse des pensées répandues dans un vaste discours satisfait peu l'attention du lecteur, qui ne trouve ordinallemeut que des paroles qui ne renferment que très peo de sens ; et si d'autres au contraire , par des mots forts significatifs, accompagnés de la ridiesse et de la sublimité des pensées, sont capables de contenter les plus grands esprits, souvent aussi un style tnap concis et obscur les iasse et les hllgoe ; que si quelques autres, tenant le milieu entre ces deux extrémités, sans se soucier de la pompe et de l'abondance des paroles, se contentent de les fiUre servir, selon leur vrai usage, à exprimer simplement leurs pensées, ils sont si rudes et si austères que des oreilles peu délicates ne les saorolMit souffrir; enfin, s'il y en a qui, s'adonnant à des études plus faciles et plus enjouées, ne sToocnpoit qu'à la recherche de quelques bons mots et de quelques jeux de l'esprit, ceux-là pour Fordinaire font consister mal à propos la politesse da discours on dans la feinte majesté de qudques termes abolis, ou dans l'usage fréquent de quelques mots étrangers, ou dans la douceur de quelques foçons de parler nouvelles, ou enfin dans des équivoques ridicules, des fictions poétiques, des aig;umentations sophistiques et des subtilités puériles; mais, pour dire la vérité, toutes ces gentillesses, ou plutôt ces vains amusements d'esprit, ne muroient davantage satisfaire des personnes un peu graves que les niaiseries d'un bouffon ou les souplesses d'un bateleur. Mais dans ces épîtres, ni l'étendue d'un discours très éloquent qui pourroit seul remplir suffisamment l'esprit des lecteurs ne dissipe et n'étouffe point la force des arguments, nilagrandeuret la dignité des sentences HPii pourroit aisément se soutenir par son propre

poids n*est point ravalée par llndlgence des pa« rôles ; mais an contraire on y voit des pensées très relevées, et qui sont hors de la portée du vulgaire, fort nettement exprimées par des termes qui sont toujours dans la bouche des hommes et que Tusage a corrigés; et de cette heureuse alliance des choses avec le discours, il en résulte des grâces si faciles et si naturelles qu'elles ne sont pas moins différentes de ces beautés trompeuses et contrefaites dont le peuple a coutume de se laisser charmer, que le teint et le coloris d'une belle et jeune fille est différent du fard et du vermillon d'une vieille qui fait l'amour. Ce que j'ai dit jusqu'Ici ne regarde que l'élocution, qui est presque tout ce qu'on a coutume de considérer dans ce genre d'écrire; mais ces lettres contiennent quelque chose de plus relevé que ce qui s'écrit ordinairement à des amis ; et d'autant que les arguments dont elles traitent souvent ne sont pas moindres que ceux de ces harangues que ces anciens orateurs décltfmoient autrefois devant le peuple, je me trouve obligé de dire ici quelque chose du rare et excellent art de persuader, qui est le comble et la per fection de l'éloquence. Cet art, comme toutes les autres choses, a eu dans tous les temps ses vices aussi bien que ses vertus ; car, dans les premiers siècles où les hommes n'étoient pas encore civilisés, où l'avarice et l'ambition n'avoient encore exci^ aucune dissension dans le monde, et où la' langue sans aucune contrainte suivoit les afféc-' tions et les sentiments d'un esprit sincère et véritable, il y a eu à la vérité dans les grands hommes une certaine force d'éloquence qui avoit quelque chose de divin, laquelle, provenant de rabondanoe du bon sens et du sèle de la vérité, a retiré des bois les hommes à demi sauvages, leur a imposé des lois, leur a fait bâtir des villes* et qui n'a pas eu plutôt la puissance de persuader qu'elle a eu celle de régner. Mais peu de temps après, les disputes du barreau et l'usage fréquent des harangues l'ont corrompue chez les Grecs et ches les Romains pour l'avoir trop exercée; car de la bouche des sages elle est passée dans celle des hommes du commun, qui, désespérant de se pouvoir rendre justice de l'esprit de leurs auditeurs en n'employant point d'autres armes que celles de la vérité, ont eu recoure aux sophismes et aux vaines subtilités du discours; et bien qu'ils surprissent asseï souvent l'esprit des personnes simples et peu prudentes, et que par ce moyen ils s'en rendissent les maîtres, Ils n'ont pas eu néanmoins plus de raison de disputer de la gloire de l'éloquence avec ces premiers orateurs que des traîtres en pourroient avoir de contester de la véritable générosité avec des sol» data fldèleset aguerris ; et quoiqu'ils employassent

œRHESPQHDANCE.

qiielquefeii l0iirf l^m» rptwn» piw k Mtmm ie la vérité, oé^Bpaoioi piroe qu'ils faispient coDsUter la priDcipi^le gloire de leur art à défendre de mauvaises causes, je les trouve avoir été eo cela très luUérable^ de o*avoir pu P(Mser pour boDs orateurs sans paroitre de méchants hommes* Mais pour N* de Balzac, il explique avec tant de force tout ce qull entreprend de traiter et Tenricbit de si grands exemples, q^^il y a lieu de s'étonner que Texacte observation de toutes les règles de Tart n'ait point affoil)li la véhémence de son style ni retenu Timpéluosité de son naturel, et que, parmi rprnement et l'élégance de notre âge, il ait pq conserver la forc^ et )a na-: jesté de l'éloquence des premiers siM^; C%9 il n'abuse poin^i cqipfne font la plupart* de la simplicité de ses lecteur^; et quoique las raisena qu*il emploie soient si plausibles qu'elles gagaeat facilement l'esprit du peuple» ellef soqt av^ eda si/solides et si véritables que plus un^ persdpqe • d'esprit, et plus infailliblement il eq ast eonvaincu, principalement lorsqu'il n'a dessein de prouver aux autres que ça qu'il s*est auparavant persuadé à lai-même. Car bien qu'il n'Ignore pas qu'il est quelquefois pern^is d'appuyer de bonnes raisons les propositions }es plus paradoxes et d'éviter avec adresse les vérités un peu périlleuses, on aperçoit né^umalps dans ses écrits une certaine liberté généreuse qui faltasses voir qu'il n'y a rien qui lui soit plus insupportable que da mentir. De là vient que si quelquefois son dis* cours le porte à décrire les vices des grands, la crainte et la flatterie ne lui foqt rien dissimuler, et si au contraire l'occasion se présente de parler de leurs vertus, il ne les couvre point par une malice affeaé^ e( dit partout la vérité. Que si quelquefois il est obligé de parler de lui-même, il en parle avec la même liberté ; car ni la crainte du mépris ne l'empêche point de découvrir aux autres les foiblesses et l^s maladies de son corps, ni la malice de ses envieux ne lui (ait point dissimuler les avantages de sop e^rit. Ce que je saie pouvoir être d'abord iuterprété par plusieurs en mauvaise part ; car les vices sont si ordinairea en ce siècle et les vertus si rare^ que dès lors qu'un même effet peut dépendre d'une bonne ou d'une mauvaise cause, les hommes ne manquent jamais de le rapporter i celle qui est nuiuvaise et d'en Juger par ce qui arrive le plus souvent i mais qui voudra prendre garde qpe M. de Balsao déclare librement dans ses écrits les vices et les vertus des autres, aussi bien que les siens, ne pourra Jamais se peisuader qu'U y ait dans un même homme des mqpum si diitfrentes que de décou* vrir tantêt par une liberté malicieuse lea fiiuteg 4*aatfiii» et ta«tftt da BiiUîar Iwm bsUee attttea

par unelMiiteuae tMaiB, au 4s pailsr de m propres infirmités par une bassesse d'esprit, el de décrire les avantages et lea prérogatives de «os âme par le désir d'une vaine gloire ; mais il croira bien plutAt qu'il ne parle camme il fait de toutai ces choses que par l'amour qu'il porte i la vérilé et par une générosité qui lui est naturelle, et la postérité lui faisant justice, et voyant en lai dai m(Bura toutes coqformes à celles de ces grasdi hommes de l'antiquité, adrpirera la candeur et l'ingénuité de cet ^pri| élevé au-desm di) oonmun, quoique les hommes jaloux m<llQUWItQl <h sa gloire qe veuillent p^ reponnoitra upe varts si sublime; car la dépravation du genre honaii est aigourd'hui si grande que comme dam m troupe de jeunes gens débauchés an auroit hosta de parottre chaste et (ampérant, de mêiDe aoadli plupart du monde se moque aujourd'hui d'ima personne qui fait profession d'être sincère et véritable, et l'on prend bien plus de plaisir i entendra de fausses accusations que de véritaMii louanges, principalement quand lea persoooes da mérite parlent un peu avaBtageusemant d'eui* mêmes; car c'est pour lors que la vérité fum pour orgueil et la dissimulatian oi le meBsoBga pour modération, et c'est da là qm Unt daliUki diffamatoires qu'on a fkita oontre lui oal pfh II spécieux prétexta et la matière da toutes ieun aecusations; cette calomnie a autorisé toutes kl autres et leur a donné eouta, pour ii^ustes et ridicules qu'elles aient été, et a fait qu'elles est toutes trouvé quelque créance dans l'esprUduTolgaire; mais, à dire le vrai, €e qui est ici diplorable, c'est que, sous ce mot de vulgaire la plupart de oeuxrlà se trouvent compris qui s'UnâgioeDi être qoelqua cheee et qui s'estiment plus qos iai autres.

If 12.— A M. DE BÀL2AG,

(Lettre CI du tome I.)

nfmm^

Monsieur,

Euoore que, pendant que voua aves été è M* suc, je susse bien que tout autre entretiea que celui de vous-même vous devoit être impeituo, si e^t-ea que je n'euaae pu m*empêcher de vooa y envoyer parfois quelque mauvais complimeDt, ai j'eusse cru que vous y euasiez dA demeurer ai longtemps, comme voua aves fait ; mais ayant eu l'honneur de recevoir une de vos lettres, par la-» quelle vous me faisîea eapéser que vous séries bientêt à la cour, je fis un peu de scrupule d'aller troubler votre repos jusque dans le désert, el ama qu'il vaifljt niaui ««a fêimâim i vous

aii»Ab iMr

écrire qqe tous eii fiissitf fortl ; c'en ep qui m'a fait diflérer d*uo Yoyage à l'autre l'espace de dixhuit mois pe que je n'ai jamais eu iotention de différer plus de l^tiit jours : et ainsi, sans que vous m'en aye^ obligation, je vQup ai exempté tout ce temps-li de TimportuDit^ de iqes lettres. Mais puisque tous êtes maint^D^pt à Paris, il faut que je tous demande ma part du temps que Tousa?ez fésolp 4'r perdre à l'entretien de eaux qui TOUS iront Tis|ter, et que je tous dise que, d^mis deux ans que je suis dehors, je n'ai pas été une seule fois tenté d'y retourner, sinon depuis qtt*on m'a mandé que toiis y étiex; mais cette DOUTelle m'a fait couQaitre que je poqrrois être maintenant quelque autre part plus heureux que je ne suis ici; et si ToGciip^tion qui m'y retient n'étoit, selon mon petit jugement, la plus importante en laquelle je puisse jamais être employé, la seule espérance d'avoir l'honneur de Totre coDTersation et de voir naître naturellement deTant moi ces fortes pensées que nous admirons dans T09 ouvrages seroit suffisante pour m'ep faire sortir. Ne me demande^ point, s'il TOUS plait, quelle peut être cette qpGupatton que j'estime si importante, car j'aurols honte de TOUS la dire; je suis doTenu si philosophe que je méprise la plupart des choses qui soqf ordinairement estimées, et en estime quelques autres dont on n'a point accoutumé de fi^ire cas : toutefois, pource que tos sentiments spnt fort éloignés de ceux du peuple, et que toi|s m'aTes souvent témoigné que vous jugiez plus favorablement de moi que je ne méritois, je ne laisserai pas de vous en entretenir plus ouvertement quelque jour si vous ne l'avez point désagréable ; pour cette heure, je me contenterai de vous dire que je ne suis plus en humeur de rien mettre par écrit, ainsi que tous m'y avez autrefois vu disposé. Ce n'est pas que je ne fasse grand état de la réputation, lorsqu'on est certain de l'acquérir bonne et grande, comme vous avez fait; mais pour une médiocre et incertaine, telle que je la pourrois espérer, je l'estime beaucoup moins que le repos et la tranquillité d'esprit que je possède. Je dors id dix heures toutes les nuits, et sans que jamais aueun soin me réveille. Après que le sommeil a longtemps propiené mon esprit dans des bois, des jardins et des palais enchantés, où j'éprouve tous les plaisirs qui sont imaginésdans les fables, je mêle Insensiblement mes rêveries du jour avec celles de la nuit; et quand je m'aperçois d'être éveillé, t*est seulement afin que mon contentement soit plus pariait et que mes sens y participent ; car je ne suis pas si sévère que de leur refuser aucune chose qu*un philosophe leur puisse permettre sans tffeaser sa conscience. Enfin il ne manque rien

id que li tamsar de TOtre eontersalioB; mais elle m'est si pécessaire pour être heureux que peu s'en faut que je ne rompe tons mes desseins, afin de vous aller dire de bouche que je suis de tout mon cQMir, etc.

N' 18. — A M. BI BALEAO.

^ Lettre Cil dn tome f.)

isnuÉliesi.

J*al porté ma main contre mes yeux pour vêlr si je ne dormois point lorsque j'ai lu dans TOtre lettre que tous aTiez dessein de Tenir ici, et maintenant encore je n'ose me réjouir f^utrement de œtte nouTelle que oomme si je l'aTOis seulement songée : toutefois je ne trouTe pas fort étrange qu'un esprit grand et généreux comme le Têtre ne se puisse accommoder i ces contraintes serTlles auxquelles on est obligé dans la cour ; et puisque TOUS m'assurez tout de bon que Dieu tous a inspiré de quitter le monde, je croirois pécher contre le Saint-Esprit si je tâchois à tous détourner d'une si sainte résolution ; même tous deTez pardonner à mon zèle si je tous couTie de choisir Amsterdam pour Totre retraite, et de le préférer, je ne dirai pas seulement à tous les cou- Tsnts des oapucins et des chartreux, où force honnêtes gens se retirent, mais aussi à toutes les plus belles demeures de France et d'Italie, et même & ce célèbre ermitage dans lequel tous étiez l'année passée. Quelque accomplie que puisse être une maison des champs, il y manque toujours une infinité de commodités qui ne se trouTent que dans les Tilles; et la solitude même qu'on y espère ne s'y rencontre jamais toute parfaite. Je TOUX bien que tous y trouTiez un canal qui fasse rêTer les plus grands parleurs, une Tallée si soli taire qu'elle puisse leur inspirer du transport et de la joie ; mais malaisément se peut-il faire que TOUS n'ayez aussi quantité de peti(s TOisins qui vous Tont quelquefois importuner, et de qui les visites sont encore plus incommodes que celles que TOUS receTez à Paris : au lieu qu'en celts grande Tille où je suis, n'y ayant aucun homme, excepté moi, qui n'exerce la marchandise, chacun y est tellement attentif à son profit que j'y pourrois demeurer toute ma Tie sans être jamais tu de personne. Je me Tais promener tous les jours parmi la confusion d'un grand peuple aTec autant de liberté et de repos que tous sauriez faire dans TOS allées ; et je n'y considère pas autrement les hommes que j'y TOis que je ferois les arbres qui se rencontrent en tos forêts ou les animaux qui y paissent i l0 bruit ntaie de leur tracas A'inter-

CORRESPONDANCE

rompt pas plus m^s rêyerite que ferolt oelo! de quelque raisBeau. Que si je fais quelquefois réflexion sur leurs actIODs, j*eD reçois le même plaisir que vous feriez de voir les paysans qui cultivent vos campagnes; car je vois que tout leur travail sert & embellir le lieu de ma demeure et à faire que je D*y aie manque d'aucune chose. Que s'il y a du plaisir à voir croître les fruits en ▼08 vergers et i y être dans l'abondance jusqu'aux yeux, pensez-vous qu'il n'y en ait pas bien autant à voir venir ici des vaisseaux qui nous apportent abondamment tout ce que produisent les Indes et tout ce qu'il y a de rare en l'Europe? Quel autre lieu pourroit-on choisir au reste du monde où toutes les commodité de la vie et toutes les curiosités qui peuvent être souhaKées soient si faciles à trouver qu'en celui-ci? quel autre pays où l'on puisse jouir d'une liberté si entière, où l'on puisse dormir avec moins d'Inquiétude, où il y ait toujours des armées sur pied, exprès pour nous garder, où les empoison-* nements, les trahisons, les calomnies soient moins connues, et où II soit demeuré plus de restes de l'Innocence de nos aïeux? Je ne sais conmient vous pouvez tant aimer l'air d'Italie, avec lequel on respire si souvent la peste, et où toiy'ours la chaleur du jour est insupportable, la fraîcheur du soir malsaine, et où l'obscurité de la nuit couvre des larcins et des meurtres. Que si vous crajgiii'2 les hivers du septentrion, dites -jnoi qudles ombres, quel éventail, quelles fontaines TOUS pourroient si bien préserver à Rome des Incommodités de la chaleur comme un poêle et un grand feu vous exempteront ici d'avoir froid. Au reste, je vous dirai que je vous attends avec un petit recueil de rêveries qui ne vous seront peut-être pas désagréables; et soit que vous veniez ou que vous ne veniez pas, je serai toujours passionnément, etc.

( Lettre LXXV do tome H. )

tajalQetlSSS.

Mon révérend Père ,

Je suis extrêmement étonné de ce que les trois lettres que vous m'aviez fait la faveur de m'écrire •e sont perdues, et je serois bien aise d'en pouvoir découvrir la cause, ce que je pourrois peutêtre faire si vous saviez précisément les jours qu'elles ont été écrites ; car je saurois par ce moyen entre les mains duquel des deux messagers que nous avons en cette ville elles ont dA tomber *.

ru ... fmb€r. U vcm remerek il9$ lettrée de Péttm inte

Si Texpérlenoe que vous nâe mïndez de cette horloge sans soleil, dont vous m'écrivez, est assurée, elle est fort curieuse, et je vous remercie de me l'avoir écrite ; mais je doute encore fort de l'effet, et toutefois je ne le juge point impossible: si vous l'avez va, je serai bien aise que vous me fassiez la &vèur de me mander plus particulière* ment ce qui en est. Mon Traité est presque achevé, mais il me reste encore à 16 corriger et i le décrire, et j'appréhende si fort le travail que si je ne vous avois promis, il y a plus de trois aos, de vous l'envoyer dans la fin de cette année, je ne crois pas que j*en pusse de longtemps venir à bout ; mais je veux tâcher de tenir ma promesse, et cependant je vous prie de m'aimer.

- J*en étois à ce point lorsque j'ai reçu votre dernière de l'onzième de ce mois, et je voulois faire comme les mauvais payeurs qui vont prier leurs créanciers de leur donner un peu de délai lorsqu'ils sentent approcher le temps de leur dette. En effet, je m'étols proposé de vous envoyer œoD Monde pour ces étrennes, et 11 n'y a pas plus de quinze jours que j'étois encore tout ré^lu de vous en envoyer au moins une partie, si le toat ne pouvoit être transcrit en ce temps-là ; mais je vous dirai que m'étant fait enquérir ces jours à Leyde et i Amsterdam si le système du monde de Galilée n'y étoit point, i cause qu'il me sembloit avoir appris qu'il avoit été Imprimé en Italie Tannée passée, on m'a mandé qu'il étoit vrai qu'il avoit été Imprimé, mais que tous les exemplaires en avolent été brûlés à Rome au même temps, et lui condamné i quelque amende : ce qui m'a si fort étonné que je me suis quasi résolu de brûler tous mes papiers, ou du moins de ne les laisser voir i personne. Car je ne me suis pu imaginer que lui, qui est Italien, et même bien voulu du pape, ainsi que j'entends, ait pu être criminalisé pour autre chose sinon qu'il aura saus doute voulu établir le mouvement de la terre» lequel je sais bien avoir été autrefois censuré par quelques cardinaux ; mais je pensols avoir ouï dire que depuis on ne laissoit pas de l'enseigner publiquement, même dans Rome ; et je confesse que s'il est faux tous les fondements de ma philosophie le sont aussi, car ils se démontrent par eux évidemment; et il est tellement lié avec toutes les parties de mon Traité que je ne l'en saurois détacher sans rendre le reste tout défectueux, Mais comme je ne voudrols pour rien du monde qu'il sortît de moi un discours où il se trouvât le moindre mot qui fût désapprouvé de TEgiise, aussi aimé-je mieux le supprimer que do le faire

wtti iwes pris la p^ne de m'envoyer; elles ne eotuetwê^ rien (Ttntporiance, ni qui valût le eoin que vont en em firt > Pmtfce que... (Variaote.)

ANNEE ICSÎc

Stô

paraître estropié, fe n'ai jamate en rhnménr portée i faire des livres, et si je ne m'étois engagé de promesse envers vous et quelques autres de mes amis, afin quer le désir de vous tenir parole m'obligeât d'autant plus à étudier, je n'en fusse jamais Tenu à bout ; maïs, après tout, je suis assuré que vous ne m'enverriez point de sergent poar me contraindre à m'acquitter de ma dette, et TOUS serez peut-être bien aise d'être exempt de la peine de lire de mauvaises choses. Il y a déjà tant d'opinions en philosophie qui ont de l'apparence et qui peuvent être soutenues en dispute, que, si les miennes n'ont rien de plus certain et ne peuTent être approuvées sans controverse, je ne les veux jamais publier. Toutefois, pource que î'aurois mauvaise grâce si, après vous avoir tt)ut promis et si longtemps, je pensois vous payer ainsi d'une boutade, je ne laisserai pas de vous bire Toir ce que j'ai fait le plus têt que je pourrai, mais je vous demande encore, s'il vous plaît, an an de délai pour le revoir et le polir. Vous m'avez averti du mot d'Horace, nonumque premaiur m afluiiiin, et il n'y en a encore que trois que j'ai commencé le Traité que je pense vous. envoyer. Je vous prie aussi de me mander ce que^ vous savez de l'affaire de Galilée

N^ 15.— AU R. P. M ERSENNE* ( Lettre LXXY I du tome II. ^

f0jaDTierl654.

Mon révérend Père

J'apprends par les vôtres que les dernières que je TOUS avois écrites ont été perdues, bien que je les pensois avoir adressées fort sûrement. Je vous y mandois tout au loog la raison qui m'empêcboit de vous envoyer mon traité, laquelle je ne doute point qne vous ne trouviez si légitime, que tant s'en faut que vous me blâmiez de ce que je me résous à ne le faire jamais voir à personne, qu'au cootraire vous seriez le premier à m'y exhorter, n je n'y étols pas déjà tout résolu. Vous savez sans doute que Galilée a été repris depuis peu par les inquisiteurs de la foi, et que son opinion touchant le mouvement de la terre a été condamnée comme hérétique; or je vous dirai que toutes les choses que j'expliquois en mon traité , entre lesquelles éioit aussi cette opinion du mouvement de la terre, dépendoient tellement les unes des autres que c'est assez de savoir qu'il y en ait une qui soit fausse pour connoitre que toutes les raisons dont je me servois n'ont point de force; et quoique je pensasse qu'eUoa fussent appuyées sur des démonstrations très certaines et très évidentes, je

DSSCASTIS.

ne Toudrols' toutefois pour rien du monde les soutenir contre l'autorité de l'Eglise. Je sais bien qu'on pourroit dire que tout ce que les inquisi^ teurs de Rome ont décidé n'est pas incontinent article de foi pour cela, et qu'il faut première* ment que le concile y ait parâé ; mais je ne suis point si amoureux de mes pensées que de me -Touloir servir de telles exceptions pour avoir moyen de les maintenir; et le désir que j'ai de vivre au repos et de continuer la vie que j'ai commencée, en prenant pour ma devise benè vixit benè qui Uttuit, fait que je sois plus aise d'être délivré de la crainte que j'avois d'acquérir plus de connoissances que je ne désire, par le moyen de mon écrit , que je ne suis fâché d'avoir perdu le temps et la peine que j'ai employée à le composer.

Pour les raisons que disent vos musiciens qui nient les proportions des consonnances , je le» trouve si absurdes que je ne saurols quasi plus y répondre; car de dire qu'on ne saurolt distinguer de l'oreille la diiïérence qui est entre une octave et trois ditons, c'est tout de même que qui diroitr que toutes les proportions qne les ardiitectes près* crivent touchant leurs colonnes sont inutiles, i cause qu'elles ne laissent pas de paroitre à l'œil tout ausâ belles , encore qu'il manque quelque millième partie de leur justesse ; et même si M. M. vivoit encore , il pourroit bien témoigner que ladifférence qui est entre les demi-tons majeurs et mineurs est fort sensible; car, après que je luieus une fois fait remarquer, il disoit ne pouvoir plus souffrir les accords où elle n'étoit pas observée. Je serois bien aise de voir la musique de cet auteur, où vous dites qu'il pratique les dissonances en tant de nouvelles façons, et je vous prie de m'en écrire le nom, afin que je puisse faire venir son livre par nos libraires. Pour la cause qui fait cesser le mouvement d'une pierre qu'on a jetée, elle est manifeste , car c'est la résistance du corps de l'air, laquelle est fort sensible; mais la raison de ce qu'un arc retourne étant courbé est plus difficile , et je ne la puis expliquer sans les principes de ma Philosophie , desquels je pense être obligé dorénavant de me taire. Il a couru ici quelque bruit qu'il avoit depuis peu paru une comète ; je vous prie, si vous en avez ou! quelque chose,, de me le mander. Et pource que vous m'avez autrefois écrit que vousconnoissiez des personnes qui me pourroient aider à faire les expériences que je désirois, je vous dirai que j'en lisois dernièrement une dans les BécriatUms mathé' mattques^ que je voudrois bien que quelques eu* rieux qui en pourroient avoir la commodité entreprissent de faire exactement , avec une grosse pièce de canon pointée tout droit Ters le léoiUiv

CORIUMPQlfDANCE.

aa mlltoo de qneliiiie piiiiM i Mf Uautiof dit qm cela a d4ji M azpérimenU pluBiean fois mi que la balia loll retombée en terre, œ qai peut sembler fort Incroyable I plasioars, mais Je ne le joge pas impossible, et Je crois que c'est une obose tris digne d*4tre examinée.

Pour les expériences que vous me mandes de Oalllée , Je les nie toutes , et Je ne Jnge pas pour eela que le mouvement de la terre en soit moins probable. Ce n'est pas que Je nVoue que l'agita^ tien d*un diarlot, d'un bateau ou d'un cheval, ne demeure encore en quelque fliçon en la pierre après qu*on Fa Jetée étant dessus, mais il y a d'autres raisons qui empêchent qu'elle n'y de** meure si grande; et pour le boulet de canon tiré du haut d*uDe tour, il doit être beaucoup plus longtemps à descendre que si on le lalssoit tomber du haut en bas, car il rencontre plus d*air en son chemin , lequel ne l'empAche pas seulement d*aller parallèlement à l'horizon , mais aussi de descendre. Pour le mouvement de la terre, Je m'étonne qu'un homme d'église * en ose écrire, en quelque fiiçon qu'il s*excuse ; car J'ai vu une patente sur la condamnation de Galilée, imprl-* mée i Liège le 20 septembre 1688 , où sont ces mots, quamvti hypoihetieè d se illam proponi ilmularei , en sorte qu'ils semblent même défendre qu'on se serve de cette hypothèse en l'astronomie, ce qui me retient que Je n'ose lui mander aucune de mes pensées sur ce sujet ; aussi que ne voyant point encore que cette censure ait été autorisée par le pape ni par le concile , mais seulement par une congrégation particulière des cardldanx Inquisiteurs, Je ne perds pas tout*àfait espérance qu*il n'en arrive ainsi que des antipodes, qdi avoient été quasi en même sorte condamnés autrefois, et ainsi que mon Monde ne puisse voir le Jour avec le temps, auquel cas J*aurol4 besoin moi-même de me servir de mes raisons.

Pour vos musiciens, tant habiles que vous les ikssies , j'ai à vous dire derechef qu'il est oertain, ou qu'ils se moquent , ou qu'ils n'ont Jamais rien compris en la théorie de la musique. Pour le candidatus de la chaire de Ramus, Je voudrols bien qu'on lui eût proposé quelque question un peu plus difficile, pour voir s'il en auroit pu venir à bout; comme, par exemple, celle de Pappus, qui me fut proposée il y a près de trois ans par M. Gol , ou quelque autre semblable. J'apprendrols volontiers l'histoire des longitudes de M. Morin , et s'il est capable de mettre l'astrologie en quelque estime parmi les gens de cour. Je

jilKoak Mi, 40 louerai.»

vous prie de me tenir #0 f os bonnes grleâi, « de ne croire, ete,

M* ie.~An R. P. MIR6INNBI

( lettre LXXX du tome II.) Mon révérend Pèrci

Encore que Je n'aie aucune èhose partteullènl TOUS mander, toutefois, à cause qu'il y a déjl plus de deux mois que Je n'ai reçu de vos doovelles, J'ai cru ne devoir pas attendre plus longtemps i vous écrire ; car si Je n'avois eu de trop loDgues preuves de la bonne volonté que toui me faites la faveur de me porter, pour avoir aucune occasion d'en douter, J'aurois quasi prar qu*dle ne fût un peu refroidie, depuis que J'ai manqué à la promesse que je vous avois faite de vous envoyer quelque chose de ma Phlloiophie; mais d'ailleurs la connoissance que J*ai de votre vertu me ftiit espérer que vous n'aurei que meilleure opinion de moi de voir que j*ei voulu entièrement supprimer le traité que J'en aTOlsIklt et perdre presque tout mon travail de quatre aoi, pour fendre une entière obéissance i l'Egliie.en oe qu*elle a défendu l'opinion du mouvement de la terre ; et toutefois pource que Je n*ai point encore vu que ni le pape ni le ooncile aient ratifié cette défense, faite seulement par la congrégation des cardinaux établis pour la censure des livns, je serois bien aise d'apprendre ce qu'on en tient maintenant en France, et si leur autorité a été suffisante pour en faire un article de foi. Je me suis laissé dire que les N.^ avoient aidé à la condamnation de Galilée, et tout le livre do P. N.' montre assez qu'ihi ne sont pas de ses amis ; mail d'ailleurs les observations qui sont dans ce lifre fournissent tant de preuves pour éter an soleil les mouvements qu'on lui attribue que je oe saurols croire que le P. N.^, même en son âme, ne croie l'opinion de Copernic, ce qui m'étonne de telle sorte que Je n'en ose écrire mon sentiment. Pour moi. Je ne cherche que le repos et la tranquillité d'esprit, qui sont des biens qui ne peuvent Itre possédés par ceux qui ont del'animoslté ou de l'ambition ; et Je ne demeure pas œpendant sans rien faire, mais Je ne pense pour maintenant qu'à m'instruira moi-même, et me Juge fort peu capable de servir à instruire les autres, principalement ceux qui, ayant déjà acquis quelque crédit par de fausses opinions, aurplent

(!) «Le eonmneeiBeiit de cette lettre, jotqa m second aSoéa, eit écrit le is aars ia34.« (Noit de reunni^ * riosuim.)

(I) «Les pères Jéraltea.»,

(9 «SehehMT.» «r

peot-ftre peur de la perdre fi U Térité se décou-

Je suis* eilrfimemeDt marri d*aYOlr écrit quelque chose en mee dernières qal yous ait déplu, je tous en demande pardon; mais je vous assure et vous proteste que je n'ai eu aucun dessein de me plaindre en ces lettres-là que du trop de soin que vous preniex pour m'obliger et de votre grande bonté, laquelle me faisoit craindre ce que vous* même m*a?ez mandé depuis être arrivé, savoir que vous eussiez mis le livre entre les mains de quelqu^un qui le retint par-devers lui pour le lire, sans demander le privilège, et je craignois que, pour avoir d'autant plus de temps à cet effet, il oe vous eût persuadé d'en demander un général qui seroit refusé, et ainsi qu'il ne se passât beaucoup de temps ; et c^est pour cela seul que je vous mandois que je n*osois écrire ce que j'en pensois ; car dé dire que vous eussiez aucune envie de vous prévaloir de ce qui est en ce livre, je vous jure que c'est une chose qui ne m'est jamais entrée en la pensée, et que je dois être bieb éloigné d'avoir de telles opinions d'une personne de Tamitié et de la sincérité duquel je sais très assuré, vu que je ne les ai pas même pu avoir de ceux que j*ai su ne m'aimer pas, et être gens qui tâchent d'acquérir quelque réputation à fausses enseignes, commode B. H, F. et semblable^. Que si je me suis plaint de la forme de ce privilège, ce n'a été qu*afin que ceux à qui vous en pourriez parier Décrussent point que ce fût moi qui l'eusse fait demander en cette sorte, à cause qu'on auroit, œ me semble, eu très juste raison de se moquer de mol si je reusse osé prétendre si avantageux, et qu'il eût été refusé; mais l'ayant obtenu, je ne laisse pas de Testimer extrêmement et de vous en avoir très grande obligation. Et je sais bien qu'il y a force gens qui seroient bien glorieux d'en avoir un semblable, jusque-là que quelqu'un ici en ayant vu la copie dlsoit qu'il l'estimoit plus qu'il n'eût fait des lettres de chevalerie. Au reste, pour ce que vous avez dit mon nom à quelques-uns et leur avez fait voir ce livre, je sais très bien que TOUS ne l'avez fait que pour m'obliger, et il faudrolt que je fusse de bien mauvaise humeur si je m'offensois d'une chose que je sais qu'on n*a faite que pour me beaucoup obliger ; et je me sens particulièrement redevable à cette dame qui vous a écrit, de ce qu'il lui plaît juger de moi si favorablement. J*ai reçu ci-devant tous les paquets dont TOUS me faites mention en votre dernière ; mais je ne vous al rieu mandé du billet où étoient les

t«) «Idflaitlftletirè.»

CQ «lA reste, Josqu^à la flo« est un fragment de M.' Déscartes au P. Meraeniie, écrit sur la fin d'avril 1097.» (fiote de reiffliplatre de riostilut.)

fiiates de l'HnpressioDt poarœ fliD^ellai ftolmt uéjà imprimées, ni du passage de saint AugHstio,, pource qu'il ne semble pas s'ep servir à mê^ie. usage que je fais. M. de ZultUchen a aussi reçsi vos livres ; mais s'il ne vous en a poipt écrit,, po sera que la. maladie et la mort de sa femme, qui l'ont fort affligé depuis deux mois, l'en auront di-* verti. Je n'ai reçu que depuis peu de jouri lea deux petits livres in-folio que vous m'avez envoyés, l'un desquels de Perspectives n'est pas k désapprouver, et la curiosité et netteté, de son langage e^t à estimer ; mais pour l'autre* jet trouve qu'il réfute, fort ma) une chose qui est, je crois, fort aisée à réfuter, et qu'il eût bien mieux fait de s'en taire. Vous m'envoyez aussi une prcH position d'un géomètre, conseiller de Toulouse',, qui est fort belle, et qui m'a fort réjoui ; car d'au* tant qu'elle se résout fort facilement par ce que j'ai écrit en ma Géométrie, et que j'y donne généra*, lement la fa^n, non-seuleinent de itrouver topa les lieux plans, mais aussi tous les solides, j^espèrei que si ce conseiller est homme franc et ingénu», il sera l'un de ceux qui en feront le plus d'état e( qu'il sera des plus capables de l'entendre ; car je vous dirai bien que j'appréhende qu'il nesçtroii-. vera que fort peu de personnes qui l'entendront* Pour le médecin qui ne veut pas oye Ifs valvules du cœur se ferment exactement, il contredit en cela à tous les anatomistes qui l'écrivent plutôt qu*à moi, qui n'ai point besoin que cela soit pour démontrer que le mouvement du cœur est tel que je l'écris ; car encore qfi'etleê ne ^meroient pas la moitié de l'entrée de chaque vaissea^u, l'automate^ ne laisseroit pas de se mouvoir nécesr sbirement comme j'ai dit. Mais, outré cela^ l'ex-' périence fait très clairement voir à l'œil en la grande artère et en là veine artérieuse , que lea six valvules qui y sont les ferment exactement; et bien que celles de la veine cave et de l'artère veineuse ne semblent pas faire le même dans le cœur'^ d'un animal mort, toutefois si on considère que* lès petites peaux dont elles sont composées et lea fibres où elles sont attachées s'étendent beaucoup^ plus dans les animaux qui soht vifii que dans les] morts, où elles se resserrent et se retirent, on ne doutera point qu'elles ne se ferment aussi exactement que les autres, l^our ce qu'il ajoute que j'ai* considéré le cerveau et l'œil d'une bête plutêt que d'un hoitiroe, je ne vols pas d'où II le prend, sinon peut>être que pource qu'il sait que je ne suis pas médecin dé profession, il croit que je^ n'en ai pas en la commodité, comme je le veux

fl) «c'est apparemment de M. des Argues. » («) «C'est apparemment de M. de la arosee «uflUev. grand.»

(5} «M. de If^rmat.»

CORRESPONDANCE

bien avouer; ou bien pourra que la figure du cerveau que j'ai mise eu la Dioptrique a été tirée après le nature] sur celui d'uu mouton, duquel Je sais que les ventricules et les autres parties intfrieures sont beaucoup plus grandes, a raison de toute la masse du cerveau , qu'en celui d*un homme; mais je Tai jugé pour ce sujet d'autant plus pro< pre à faire bien voir ce dont j'avois à parler, qui est commun aux bêtes et à Thomme ; et cela ne fait rien du tout contre moi ; car je n'ai supposé aucune chose de l'anatomie qui soit nouvelle, ni qu* soit aucunement en controverse entre ceux qui en écrivent. Enfin pourra que mon explication de la réfraction ou de la nature des couleurs ne satisfait pas à tout le monde, je ne m'en étonne aucunement ; car il n'y a personne qui ait eu encore assez de loisir pour les bien examiner; mais lorsqu'ils l'auront eu, raux qui voudront prendre la peine de m'avertir des défauts qu'ils y auront remarqués m'obligeront extrêmement, principalement s'il leur plaît de permettre que ma réponse puisse être Imprimée avec leur écrit, afin que ce que j^aurai une fois répondu i quelqu'un serve pour tous. Enfin je vous remercie de tous vos «otni, et sais, etc.

(Lettre ni du tome n.)

Iianiese.

Mon révérend Père,

n y a environ cinq semaines que j'ai reçu vos dernières du dix-huit janvier, et je n'avois reçu les précédentes que quatre ou cinq jours auparavant. Ce qui m'a fait différer de vous faire réponse a été que j'espérois de vous mander bientôt que f étois occupé à faire imprimer, car je suis venu à ra dessein en ratte ville; mais les N.S qui té- Boignoient auparavant avoir fort envie d'être mes libraires, s'imaginant, je croîs, que je ne leur échapperois pas lorsqu'ils m'ont vu ici, ont eu envie de se faire prier, ra qui est cause que j'ai résolu de me passer d'eux ; et quoique je puisse trouver Ici assez d'autres libraires, toutefois je ne résoudrai rien avec aucun que je n'aie reçu de vos nouvelles, pourvu que je ne tarde point |rop i en reravoir; et si vous jugez que mes écrits puissent être imprimés i Paris plus rammodément qu'ici et qu'il vous plût d'en prendre le soin , «omme vous m'avez obligé autrefois de m'offrir, je vous les pourrois envoyer inrantinent après la vôtre reçue. Seulement y a-t-il en rala de la dif- Iculté» que ma copie n'est pas mieux écrite que

ratte lettre, que l'orthographe ni tes vtrgnlei n'y sont pas mieux observées, et que les figures nj sont tracées que de ma main, c'est-à-dire très mal; en sorte que si vous n'en tirez l'intelligeBDe da texte pour les interpréter après au graveur, il lui seroit Impossible de les comprendre. Outre cela, je serois bien aise que le tout fAt imprimé en fort beau caractère et de fort beau papier, et que le libraire me donnât du moins deux rants exemplaires, à cause que j'ai envie d'en distribuer à quantité de personnes : et afin que vous sachiei ra que j'ai envie de foire imprimer, il y aura quatre traités, tous français, et le titre en général sera : Le projet d'une science universelle jw puisse élever notre nature â son plus haut degré de perfection ; plus, la dioptrique, les wétéores et la géométrie, où les plus curieusa matières que lauteur ait pu choisir^ pour rendre preuve de la science universelle qu'H propose, sont expliquées en telle sorte que ceux même qui n* ont point étudié les peuvent entendre. En ra projet, je dérauvre une partie de ma méthode; je tâche à démontrer l'existence de Dieu et de l'âme séparée du corps, et j'y ajoute plusieurs autres choses qui ne seront pas, je crois, désagréables au lecteur. En la Dioptrique, outre la matière des réfractions et l'invention des lunettes, j'y parle aussi fort particulièrement de l'œil, de la lumière, de la vision et de tout ce qui appartient i la catoptrique et à l'optique. Aux Météores, je m'arrête principalement sur la nature du sel, les causes des vents et -du tonnerre, les figures de la neige, les couleurs de l'arc-eaciel, où je tâche aussi à démontrer généralement quelle est la nature de chaque couleur, et les couronnes ou halones, et les soleils ou pathelia, semblables à raux qui parurent à Rome il y a six ou sept ans. Enfin, en la Géométrie, je tâche à donner une façon générale pour résoudre tousiei problèmes qui ne l'ont encore jamais été ; et tout ceci ne fera pas, je crois, un volume plus grand que de cinquante ou soixante feuilles. Au reste, je n'y veux point mettre mon nom, suivant mou ancienne résolution^ et je vous prie de n'en rien dire à personne, si ra n'est que vousjuglezi propos d'en parler à quelque libraire, afin de savoir s'il aura envie de me servir, sans toutefois adiever, s'il vous plaît, de conclure avec lui qu'après ma réponse ; et sur ra que vous me ferez la faveur de me mander, je me résoudrai. Je serai bien aise aussi d'employer tout autre, plutôt que ceux qui ont rarrespondanra avec N.^, qui sans douta les en aura avertis, car il sait que je vous es écris.

(l)iiBbévfr.a

AimËE 1636.

Mais j*al employé à ceci tout mon papier, Il ne m*en reste plus que pour vous dire que, pour «xamhier les choses que Galilée dit de motUt il iaadroit plus de temps que je n*y en puis mettre i présent.

Je juge Texpérience des sous qui ne vont pas pins Tite selon le vent que contre le vent étre*yéritable, au moins ad sensum, car le mouvement du son est tout autre que celui du vent. Je vous remercie aussi de celle de la balle tirée vers le zénith, qui no retombe point, ce qui est fort admirable. Je ne suppose point la matière subtile dont je vous ai parlé plusieurs fois d'autre matière que les corps terrestres; mais comme l'air est plus liquide que Teau, ainsi que je la suppose encore beaucoup plus liquide ou fluide et pénétrante qoe Tair. Pour la réflexion de Tare, elle vient de ce que la figure de ses pores étant corrompue, la matière subtile qui passe au travers tend à les rétablir, sans qu'il importe de qnel oftté elle y entre. Je suis, etc.

(Lettre LXXm du tome m.)

ATI1I1637.

Mon révérend Père,

En me voulant trop obliger vous m'avez extrSmement embarrassé ; car j'eusse beaucoup mieux aimé an privilège en la plus simple forme, comme, n je m*en souviens, je vous en avois prié ci-devant expressément, jusque-là que j'avois trouvé à redire dans le projet que vous m'en aviez envoyé auparavant, à cause d*un mot qui me sem- Uoit trop en ma faveur. Vous me conviez à faire imprimer d*autres traités, et vous retardez cependant la publication de celui-ci. Je n'ose écrire toat ce que j^en pense; mais je vous prie, au nom de Dieu» de faire, ou que nous ayons au plus tôt qu'il se pourra le privilège en telle forme que ce puisse être, ou bien au moins de nous écrire qu'on a refusé de le donner, ce que je m'assure qu'on ne fera point, si ce n'est par la faute des demandears. Le libraire ne débitera aucun de ses exemplaires, ni n'en enverra aucun hors de Lëyde que cela ne soit, et ayant le privilège, je vous prie d'en envoyer l'original au Maire* par le premier ordinaire de la poste, et d'en retenir seulement une copie coUationnée, pour servir en cas qu'il se perdit.

An reste, je remarque par vos lettres que vous avez &it voir ce livre i plusieurs sans besoin, et

(U«Mnllilie,

è.Loyde.»

an contraire que vous ne l'avez point encore hit voir à M. le chancelier, pour lequel seul néanmoins je Tavois envoyé et je désirols qu'il lui fQt présenté tout entier. Je prévois que vous lai donnerez encore juste sujet de nous refuser le privilège, pouroe que vous lui voulez demander plus ample qu'il ne doit fttre, ou bien s'il Toctrois en cette forme, vous serez cause que je lui aurai une particulière obligation pour une chose que je voudrois bien qui ne fût point : car outre que vous me faites parler là tout au rebours de mon intention, en me faisant demander octroi pour des livres que j'ai dit n'avoir pas dessein de faire imprimer, il semble que vous me veoiilez rendre par force faiseur et vendeur délivres, ce qui nW • ni mon humeur ni ma profession, et s'il y a quelque chose en cela qui me regarde, c'est seulement ' la permission d'imprimer ; car, pour le privilège, ' il n'est que pour le libraire qui craint que d'au-* très ne contrefassent ses exemplaires, en quoi Tauteur n'a point d'intérêt.

La lettre que j'écrivois à M. l'abbé Délannay étoit dans le paquet de M. N., et je n'avois différé jusques alors à vous l'envoyer que pour vour en épargner le port ; mais puisqu'il est d'opinion* que je tardois à lui répondre, faute de pouvoir éclaircir les choses que j'ai écrites touchant l'exis-^ tence de Dieu, elle ne servira pas à l'en Ater; car je n'ai nullement tâché de le faire, mais seule^ ment de répondre à son compliment et à l'offre qu'il me faisoit de son amitié. Et résolument, quoi qu'on puisse dire ou écrire, je n'entreprendrai point de satisfaire à aucune question qui sera faite en particulier, principalement par des personnes avec qui jo n'ai point eu ci-devant d'habitude, mais seulement à celles qui me seront faites en public, suivant ce que j'ai promis en la page 75 du Discours de la méthode. j

Pour l'auteur de la Géostatique, il n'a pas fait, ce me semble, un trait d'honnête homme, d'avoir retenu la Dioptrique en la façon que vous ma mandez, et je m'étonne, puisqu'il en fait si peu d'état, de ce qu'il a pris tant de peine pour la voir avant les autres, et qu'il a même en quelque façon négligé son honneur pour cet effet. Je vous assure que je ne suis point désireux de voir set livres, et qu'encore qu'il y ait longtemps que vous m'avez écrit de sa Géostatique, je n'ai jamais eu néanmoins aucune envie de la voir, sinon depuis votre dernière que je l'ai fait chercher à Leyde, où ne s'étant point trouvée, on m'a offert de la faire venir de Paris; mais je ne l'ai point désiré, parce qu'en effet je ne crois pas qu'un homme de telle humeur puisse être liabile homme ni avoir rien fait qui vaille la peine d*être']u. Que si je l'eusse trourée, je n'anroif pas manque de

fisa

corkesporihli^ge.

Tmii ea farire œoii opinion, tant à cause que TOUS le désirez, qu'à cause qoe voos me mandei ansëi que M. des Argues le désire; car lui ayant de ToUigationf ainsi que j'apprends par yee lettrée. Je serois bien aise de lai témoigner qu'il a sur moi beaucoup de pouvoir, oomme en efiat il ne faudroit pas en. avoir peu pour m'obiiger & rq)rendre les fautes d'autrui : car mon bumeur M me porte qu'à reeberdier la vérité, et nop point à tâcher de faire voir que les autres ne l'ont pas trouvée; même je ne saurols estimer le tra- Ytil de eenx qoi s'y occupent, ce qui a été la première cause qui m'a empêché d'éprouver le livre do simir de la Brosse, et la seconde est qu'il ft'eet arrêté à reprendre des choses qu'on peut ecottser; après quoi il a fini, sans faire voir la anite du raisonnement qu'il réfute; en sorte que œui qai, coqiune moi, n'ont point vu la GéoMtîque, ont occasion de juger qu'il s'est contenté do l'égratigner ou de lui arracher les cheveux, et qu'il ne lui a point fait de grandes

Je vous prie dem'excnser si je ne réponds point i votre question touchant le retardement que resoit le mouvement des corps pesants par l'air où Us se meuvent, car c'est une chose qui dépend de tant d'autres 4|ue je n'en saurois faire un bon oompte danft une lettre ; et je pois seulemmit dire que ni Galilée ni aocuo autre ne peut rien déterminer touohant cela qui soit clair et démonstrat^, a'U ne sait premièrement ce que c'est que la pesanteur, et ipi'il n'ait les vrais principes de la physique.

Pour votre objection touchant ce que je vous al autrefois écrit des tremblements d'une cordci qu'ils peuvent être alternativement inégaux et égaux, j'ai à y répondre que la même inégalité sf peut trouver aux tremblemeats de tous les autres Cifrps qui ont quelque son, comme des tujaux d'orgues ou du gosier d'un musicien, etc. ; car généralement aucun son ne se peut faire que par le tremblement de quelque corps»

Le jugement que l'auteur de la Géostatiqoe fait de mes écrits me touche fort peu , et je ne suis pas bien aise d'être obligé de parier avantageusement de moi-même; mais pource qu'il y a peu de gens qui poissent entendre ma Géométrie, et que tous désires que je vous mande quelle est ropinloQ que j'en ai, je crois qu'il est à propos 4ue je vous dîse qu'elle est telle que je n'y eouhalie rien davantage, et que j'ai seulement tâché, par la Bioptrique et par les Météores, de persuader que ma méthode est meilleure que l'ordinaire ; ■lals je prétends l'avoir démontré par ma Géométrie : car dès le commeocemant j'y résous une 4imUon quit par 1^ t^inoigaage de Pappus, n'a

pu être trouvée par aucun des anciens t et l'on peut dire qu'elle ne l'a pu êlre non plus par au« cun des modernes, puisqu'aucun n'en a écrit, et que néanmoins les plus habiles ont tâché de trouver les autres choses que Pappus dit au mémo endroit avoir été cherchées par les anciens, comme l'Apollonius Redivinus, l'Apollonius Batavus et autres, du nombre desquels il faut mettre wA M. votre conseiller de maximis et minimisi mais aucun de ceux-là n'a rien su faire que les anciens aient ignoré. Après cela, ce que je doDoe au second livre touchant la nature et les propriétés des lignes courbes , et la façon de lei examiner, est, ce me semble, autant au-delà de la géométrie ordinaire que la rhétorique de Gicéron est au-delà de Va b c des enfants. Et je crois si peu ce que promet votre géostaticien, qu'il se me semble pas moins ridicule de dire qu'il donnera dans une Préface des moyens pour trouver les tangentes de toutes les lignes courbes qui seront meilleurs que les miens, que le sont les cipitans des comédies italiennes ; et tant s'en faut que les choses que j'ai écrites puissent être aisément tirées de Yiete, qu'au contraire ce qui est cause que mon traité est difficile à entendre, c'est que j'ai tâché à n'y rien mettre que ce que j'ai cru n'av<^r point été su ni par lui ni par aucoQ autre ; comme on peut voir si on confère ce que j'ai écrit do nombre des racines qui sont en chaque équation, dans la nage 37:^, qui est l'endroit ou je commence à donner les règles de mon Algèbre, avec ce que Yiete en a écrit tout à la fin de son livre De tmendatione œqtuitianum; car ou verra que je le détermine généralement en toutes équations, au lieu que lui n'en ayant donné que quelques exemples particuliers dont il fait toutefois si grand état qu'il a voulu conclure son livre par là, il a montré qu'il ne le pouvoit déterminer en général. Et ainsi j'ai commencé où il avoit achevé, ce que j'ai fait toutefois sans y penser; car j'ai plus feuilleté Yiete depuis que j'ai t&^ votre dernière que je n'avois jamais fait auparavant, l'ayant trouvé ici par hasard entre les mains d'un de mes amis ; et, entre nous, je ne trouve paa qu'il en ait tant su que je pensois, nonobstant qu'il fût fort habile.

Au reste, ayant déterminé comme j'ai fait en chaque genre de questions tout ce qui s'y peut faire et montré les moyens de le foire, je prétends <iu'ou ne doit pas seulement croire que j'ai fait quelque chose de plus que ceux qui m'ont précédé, mais aussi qu'on se doit persuader que nos neveux ne trouveront jamais rien en cette matière que je ne pusse avoir trouvé aussi bien qu^eux, si j'eusse voulu prendre la peine de le chercher. Je vous prie que tout ceci demeure ^n-

AHM£E 1087.

Ml

ITê Mâf eâf J'itifoii grtiKto oofiftnloB que é*ao^ tr« 8Q«eDt qœ Je toat ai tant ferlt aar ce iujel« Je fi^ai pas tant de dMr de veir la dAinoDStra^ liûn de M. de Fermât oootra ee qae J'ai écrit de Il réfractIoD que Je TOaa yeuUle prier de me ren« voy«r par la pcate ; mais loraqu'U se préie&teM «omnedlté de me TadreMer par mer avec qael<qBM ballee de marehandlfei, je ne leral pas marri de là foir arec la GéesUtique et le IWre de la Lumière de M« de la Cliambre» et téut ce qal aéra de pirellle étoile» non que Je ne ftMie bleu alie defoir prompt^neot ce qu'écrivent lea autres pour en contre mes opinions* on de lenr Inten-» lioD ; mais lea ports de lettt^ sont «tcssstfsi Je nie,etc«

N" i9.-^A M. DE 2U1TLICHKN.

(UttnCYidnteaML)

AflfllSSt.

lasDfeqno Jemeaois retiré asssi loin bon dû ■osée, la triste noorelle de votre affliction n'a fn liisié de parvenir jusques i moi. 81 Je vois MareiB au jiled des âmes vulgaires» la tristesse 4w VS08 aves témoignée dès le commencemeilt de IftSMiadIe de ien madame de Z... * me ferolt miodfe qoeaon décès ne vous fût dn tout insnp* porlsUs) mais ne doutant point que vous ne vm gouvemles entièrement aelon la raison^ Je >^ psmade qu'il vous est beaucoup plus aisé de vn» enisolsr et de reprendre votre tranquillité d'aprit aoooutamée» maintenant qu'il n'y a plus di tout de remède, que lorsque vous avies encore •ociiioo de craindre et d'espérer ; car il est cer^ tita qae l'espérance étant du tout Atée, le désir •MMOU du nains ser^âcbeet perdsaf6rea;et fMttd en n'& peu ou point de désir de ravoir eê fi'oo a perdu* lo r^ret n*en peot être fort sen* tlble« n est vnd qte les esprits ibibles ne goûtent poiac du tout cette raison, et que, nos savoir ^*Bilmes ee qu'ils s'imaginenti ils s'imaginent <|M teot ce qui a aiftrefols été peut encore être* 1 qoe Dieu est comme obligé de fidre pour l'a^ Mir d'eux tout os qo'ib veulent ; mais une ftme ^ et généreuse comme la vAtre, sachant la Mdiiien de notre nature, ee soumet toujours à b aéesMlté de sa loi; et bien que ce ne soit pu «as qosique peine. J'estime si fort l'amitié que !• erob que tout œ que l'on souffre i son occa- ^ SA agréable, en sorte qne ceux même qui ^«■t à la mort pour le bien des personnes qu'ibi

atfeetkmnMit mê aemblcut heortux Jtaqoaa an dernier moment de leur vie) et quoique J'appré^ bandasse pour votre santé pendant que vous per« dies le manger et le rspoa ponr aervir vous-même votre malade* J'eusse pensé commettre un sacrl* lége si J'eusse tâché i vous divertir d'un office si pieux et si doux. Mais maintenant que votre deuil« ne lui pouvant plus être uUle* ne sâurolt aossf Aire si juste qu'auparavant* ni par conséquent accompagné de cette Joie et satistKtiott intérieurs qni suit les actions vertueuses et fait que Isa sa* gss se trouvent heureux en toutes les rencontres de la fortune, si je pensols que votre raison no le pût vainore* j'irois importunément vous trauveTi et tâcherois par tous moyens à vous divertir, à cause que je ne isdhe point d'autre remède pour on td mai« Je ne mets pas ici en ligne de compte la perte que vous avei faite en tant qu'elle vous regarde et que vons Atea privé tf'ooe compagnie que vous chérissiez extrêmement, car U me sem- Mo que les maux qui nous touchent nous4nêmes ae sont point comparables â ceux qui touchent nos amis, et qu'au lien que c*est nne vertu d*avoif pitié des moindres afflletions qu'ont les autres, c'est une eepèce de lâcheté de s'affliger pour au* cnne dea disgrâces que te fortune nous peut en* voyer ; outre que vous avsa tant de proches qut vons chérissent que vous ne sanrlei pour cela rien trouver à dire en votre famille* et que quand vous n'aories que madame de Y. pour amur, je crois qu'elle seule est sufBsante pour vous délivrer de ta solitude et des soins d'un ménage qu'on autre que vous pourroit craindre apris avoir perdu sa compagnie, le vous supplie d'excuser la liberté que je prends de mettre ici mes senti-» monts en philosophe au même moment que ié viens de recevoir un paquet des vAtres, par 6. *« où Je ne comprends point le procédé du P.U.^i car il ne m'envoieéncore aucun privilège, et sem^' ble m^obliger eu Ibiiant tont le contrai fie de ce dont Je le prie, le suis* ete^

(UtttsCXdafemet)

Airra

Monsieor*

Encore que le Père Mersenne ait fait directement contre mes prières, en disant mon nom* Ja ne saurois toutefois lui vouloir mal de ce que par son moyen j'ai rhonneur d*être connu d'une per* sonne de votre mérite. Mais j^ai bien su^et de.

(I) < (ïôSiM.» (S) anenènoe.»

M s Gsue Mtte est eertie à an SSII

car.

$ft3

COBIŒSPQNDANCE.

iD'iDscrire en faux i9Diitre un projet du privilège qu'il me mande vouloir tâcher dlmpétrer pour moi ; car il m'y introduit me louant moi-mâiue, et me qualifiant inventeur de plusieurs belles ciio* ses, et me fait dire que j'oflre de donner au public d'autres traités que ceux qui sont déjà imprimés, ce qui est contraire à ce que j'ai écrit tant au com« mencement de la soixante-dix-septième page du discours qui sert de préface qu'ailleurs. Mais je m'assure qu'il vous fera voir ce que je lui mande» puisque j'apprends par celle que vous m'avex fait î'bonneur de m'écrire que c'est vous qui m'avex obligé de lui suggérer quelques-unes des objections auxquelles je lui fais réponse. Pour le traité de physique dont vous me faites la faveur de ma demander la publication, je n'aurois pas été si imprudent que d'en parler en la façon que j'ai lait si je n'avois envie de le mettre au jour, en fias que le monde le désire et que j'y trouve mon compte et mes sûretés. Mais je veux bien vous dire que tout le dessein de ce que je fais imprimer à cette fois n'est que de lui préparer le chemin e| «onder le gué. Je propose à cet effet une méthode générale» laquelle véritablement je n'enseigne pas, mais je tâche d'en donner des preuves par les trois traités suivants que je joins au discours où j'en parle, ayant pour le premier un surjet mêlé de philosophie et de mathématique ; pour le second, un tout pur de philosophie ; et pour le troN sième, un tout pur de mathématique, dans lesquels je puis dire que je ne me suis abstenu de parier d'aucune chose (au moins de celles qui peuvent Atre connues par la force du raisonnement), pource que j'ai cru ne la pas savoir ; en sorte qu'il me semble par là donner occasion de juger que j'use d'une méthode par laquelle je pourrois expliquer aussi bien toute autre matière, en cas que j'eusse les expériences qui y seroient nécessaires et le temps pour les considérer. Outre que, pour montrer que cette méthode s'étend à tout, j'ai inséré brièvement qiielque chose de métaphysique, de physique et de médecine dans le premier discours. Que si je puis faire avoir au monde cette opinion de ma Méthode, je croirai alors n'avoir plus tant de sujet de craindre que les principes de ma Physique soient mal reçus ; et si je ne rencontrois que des juges aussi favorables que vous, je ne les craindrois pas dès maintenant.

Tous me demandez m qtM génère eausœ Deus éispomit œtemoi veriiates : je vous réponds que c'est in eodem génère causœ qu'il a créé toutes choses, c'est-ft-dire ut ef/iciens et totalis €au$a. Car il est certain qu'il est aussi bien auleor de l'essence comme de l'existence des créature» j or cette essence n'est autre chose que ces l

vérités éterneiles, lesqudles je ne conçois point émaner de Bleu, comme les rayons du soleil; mais je sais que Dieu est auteur de toutes cboseï, et que ces vérités sont quelque chose, et par ooih quent qu'il en est auteur, ie dis que je le sais, et non pas je le conçois ni que je le comprends; ear on peut savoir que Dieu est infini et toutrpuissaDt, encore que notre âme étant finie ne le puisse comprendre ni concevoir ; de même que nous pouToos bien toucher avec les mains une montagne, mais non pas l'embrasser comme nous ferions un arbre, ou quelque autre chose que ce soit qui n'excédât point la grandeur de nos bras ; car comprendra, c'est embrasser de la pensée; mais pour savoir une chose, il suffit de la toucher de la pensée. Vous demandez aussi qui a nécessité Dieu à créer ces vérités ; et je dis qu'il a été aussi libre de faire qu'il ne fût pas vrai que toutes les lignes tirées du centre a la circonférence fussent égales, comme de ne pas créer le monde ; et il est certain qae ces vérités ne sont pas plus nécessairement conjointes à son essence que les .autres créatures. Vous demandez ce que Dieu a fait pour les produire ; je dis que ex hoc ipso quod iUae ab œterno esse voluerit et intelkxerit, iUascreavit.w bien ( si vous n'attribuez le mot de creavit qu'à l'existence des choses) illas dtsposuii et feeit. Car c'est en Dieu une même chose de fooioir, d'entendre et de créer, sans que l'un précède Tau* tre, ne quidem ratione. Secondement, pour la question an Dei bonitati sit conveniens honwM in {Blernum davmare^ cela est de théologie; c'est pourquoi absolument vous me permettrez, s'il vous plait, de n'en rien dire; non pas que les raisons des libertins en ceci aient quelque force, car elles me semblent frivoles et ridicules, mais pource que je tiens que c'est faire tort aux vérités qui dépendent de la foi et qui ne peuvent être prouvées par démonstration naturelle, que de les vouloir affermir par des raisons humaines et probables seulement. Troisièmement, pour ce qui touche la liberté de Dieu, je suis tout4-fait de l'opinion que vous me mandez avoir été expliqu^ par le P. Gibbieu. Je n'avois point su qu'il eût fait imprimer quelque chose, mais je tâcherai de faire venir son traité de Paris à la première commodité, afin de le voir ; et je suis grandement aise que mes opinions suivent les siennes, car cela m'assure au moins qu'elles ne sont pas si eitr^' vagantes qu'il n'y ait de très habiles hommes qui les soutiennent. Les quatrième, cinquièmOf sixième; huitième, neuvième et derniers points de votre lettre sont tous de théologie, c'est pourquoi je m'en tairai, s'il vous plaît. Pour le septième point touchant les marques qui s'imprime^^ »"* enfants par rin>agination de lamère,etc. j"*^^*'^

MeD qse eVflt une chose digne d'ttre examinée» mais je ne m'y suis pas eooore satisfait. Pour le dixième point, où ayant supposé que Dieu mène tant à sa perfection, et que rien ne s'anéantit^ Yous demandez ensuite quelle est donc la perfection des bétes brutes, et que devienneot* leurs âmes après la mort, il n'est pas hors de mon sujet, et f y réponds que Bleu mène tout à sa perfection, c'est-à-dire tout coUectivé, non pas chaque chose en particulier; car cela même que les dioses particulières périssent, et que d'autres renaissent en leur place, c'est une des principales perfections de l'univers. Pour leurs âmes, et les autres formes et qualités, ne vous mettez pas en peine de ce qu'elles deviendront; je suis après à Texpliquer en mon traité, et j'espère de le faire entendre si clairement que personne n'en pourra douter.

Pour ce que vous inférez que si la nature de l'homme n*est que de penser, il n*a donc point de Tolonté, je n'en vois pas la conséquence ; car vouloir, entendre, imaginer, sentir, etc., ne sont que des diverses façons de penser qui appartiennent toutes à l'âme. Vous rejetez ce que j'ai dit, qu'il suffit de bien juger pour bien faire; et toutefois 0 me semble que la doctrine ordinaire de l'école est que voluntas non fertur in malum nisi qtuh tenus ei sub aliqud ralione boni reprœsentatur ab inteUectu, d'où vient ce mot, omnis peccans est ignorans; en sorte que si jamais Tentendemeot ne représentoit rien à la volonté comme bien qui ne le fût, elle ne pourroit manquer en son élection. Mais il lui représente souvent diverses choses en même temps, d'où vient le mot video meliora proboqtte, qui n'est que pour les esprits foibies dont j'ai parlé en la page 26 ; et le bien faire dont je parle ne se peut entendre en termes de théologie où il est parlé de la grâce, mais seulement de philosophie morale et naturelle où cette grâce n'est point considérée, en sorte qu'on ne me peut accuser pour cela de Terreur des pélagiens, non plus que si je disois qu'il ne faut qu^avoir un bon sens pour être honnête liomme. On ne m'objectera pas qu'il faut aussi avoir le sexe qui nous distingue des femmes, pource que cela ne vient point alors à propos ; toat de même en disant qu'il est vraisemblable (à savoir selon la raison humaine) que le monde a été créé tel qu'il devoit être, je ne nie point pour cela qu'il ne soit certain par la foi qu'il est parfait. Enfin, pour ceux qui vous ont demandé de quelle religion j'étois, s'ils avoient pris garde que j'ai écrit en la page 29 que je n'eusse pas cru me I devoir contenter des opinions d'autrui un seul moment, si je ne me fusse proposé d'employer mon propre jugement â les examiner lorsqu'il se-

roit temps, ils verrblent qu*on ne peut InMreé de mon discours que les infidèles doivent demeu^ rer en la religion de leurs parents. Je ne troure plus rien en vos deux lettres qui ait besoin de réponse, sinon qu'il semble que vous craignez que la publication de mon premier discours ne m'engage de parole â ne point faire voir ci-après ma Physique, de quoi toutefois il ne faut point avoir peur, car je n'y promets en aucun lieu de ne le point publier pendant ma vie, mais je dis que j'ai eu ci-devant dessein de la publier, que depuis, pour les raisons qne j'allègue, je me suis pro* posé de ne le point faire pendant ma vie, et que maintenant je prends résolution de publier les traités contenus en ce volume ; d'où tout de même l'on peut inférer que si les raisons qui m'empêchent de la publier étoient changées, je pourrois prendre une autre résolution, sans pour cela être changeant, car sublatd causa iolliiur effectus. Tous dites aussi qu'on peut attribuer à vanterie ce que je dis de ma Physique, puisque je ne la donne pas; ce qui peut avoir lieu pour ceux qui ne me connoissent point et qui n'auront vu que mon premier discours ; mais pour ceux qui verront tout le livre ou qui me connoissent, je ne crains pas qu'ils m'accusent de ce vice, non plus que de celui que vous mé reprocbaz, de mépriser les hommes, â cause que je ne leur donne pas étourdiment ce que je ne sais pas encore s'ils veulent avoir; car enfin je n'ai parlé comme j'ai fait de ma Physique qu'afîn de convier ceux qui la désireront â faire changer les causes qui m'empêchent de la publier. Derechef je vous prie de nous envoyer ou le privilège ou son refus le plus promptement qu'il sera possible, et plutêt en la façon la plus simple un jour devant qu'en la meilleure le jour d'après. Je suis, etc.

( Lettre CIY du tome I.)

ISjuloISST.

Monsieur,

Ayant eu dernièrement l'honneur d'aller en votre compagnie au logis de M. de Charnasaé pour lui faire offre de mon service, j'ai pensé que vous n'auriez pas désagréable que je vous priasse de lui présenter l'un des exemplaires que je vous envoie, et ensemble de lui en offrir encore deux autres, l'un pour le roi et l'autre pour M. le car* dinal de Richelieu, s'il lui plaît de me tant obli* ger Que de trouver bon que ce soit par son en*

(D « rortf BnjSlieiif de ZQiaiclien.K

COBMfiBPORDAKCE

Iraniie qtt« j^ m i«ar prêtante, afin de leur Umolgner en tout le peu que je puis ma trèi humble dé?oUoo à leur service. Il est yrai que, n*ayaiit pas Toulu mettre mon nom eu ces écrits, Je nV Tois aocttoement espéré qu'ils me dussent donner occasion de le faire dire a des personnes si hautes et si émînentes ; mais ayant reçu ces Jours derniers un priyilége du roi, dans lequel U a été mis, quelque soin que J'aie eu de le celer, Je crois de* ¥oir Caire maintenant quasi le même que si j'a?ois eu dessein de le publier, et de pouvoir plus supposer qui! a^lt inconnu ; et pource qu'on a ajouté quelques clauses en ce privilège que je n'ai ja* mais vues en d'autres livres, et qui sont beaucoup plus avantageuses pour mol que je ne mérite, bien que je ne les aie point désirées et que je n'aie demandé qu'à être reçu au nombre des écrivains les plus vulgaires, je leur en suis telle* ment obligé que Je ne sais quels moyens je dois chercher pour leur faire paroitre ma reconnois-sance ; car je ne crois pas que nous soyons seulement redevables aux grands des faveurs que nous recevons immédiatement de leurs mains, mais aussi de toutes celles qui nous viennent de leurs ministres, tant i. cause que ce sont eux qui leur en donnent le pouvoir que principalement aussi i cause qu'ayant fait choix de telles personnes plutôt que d'autres, npus devons croire que leurs inclinations à nous obliger sont les mêmes que nous remarquons en ceux auxquels ils donnent le pouvoir de nous bien faire; et ainsi, encore que je ne sois pas si vain que de m'imaginer que les pensées du roi ou de M. le cardinal se soient abaissées jusques à moi, ni qu'ils sachent rien du privilège que M. le chancelier m'a obligé de celer» je ne laisse pas de leur en avoir la première et la principale obligation ; et je reconnois en cela que la France est bien autrement et bien mieux gouvernée que n'étoit autrefois la ville d'Éphèse, en laquelle il étoit défendu d'exceller, vu qu'au contraire on y gratifie , non-seulement ceux qui excellent, au rang desquels Je n'ose aspirer, mais même ceux qui font quelque effort pour bien faire, encore que ce soit par des voies extraordinaires, qui est une chose de laquelle je confesse qu'on auroit eu droit de m'accuser si j'eusse vécu parmi les Éphésiens. Au reste, je ne m'excuse point enters M. de Charnassé de la liberté que je prends de l'employer en cette occasion \ car la charge d'ambassadeur qu'il a ici, le bon accueil dont 0 m'a obligé lorsque J'ai eu l'honneur de le voir, et la connoissance très particulière qu'il a des sciences dont j'ai traité en des écrits, me font plotét croire qu'il trouveroit mauvais que Je m'adressasse à un autre. Et Je ne doute point que ma prière ne lui soit plus agréable en lui étant

adressée par doe peneone de votre mérHs «n par mes lettres ou par moi ; c'est pourquoi je von dohneral, s'il vous plaît, cette peine, et serai toute ma vie» etc.

N« 22. — k UN R.P.JÉSOITI, ( Lettre XXYl du tome UL)

Mon révérend Père,

Je vous suis très obligé de ce qu'il vous plait prendre la peine de voir le livre* que je vous avois envoyé, et je reçois en très bonne part la bvear que vous me promettez de me traiter en ami, bien que vous l'interprétiez que ce sera en toute rigueur ; car ne désirant rien autre chose que de connoftre la vérité, j'aime beaucoup mieui la rigueur, c'est-à-dire le soin et la diligence à remarquer tout, au moins en ceux de votre sorte que je sais n'être portés que d'un bon zèle et n'être ptf capables de commettre aucune injustice, que jeoe /erois leur négligence , et je ne suis nullement pressé d'entendre votre jugement ; car j'ose me promettre qu'il me sera d^autant plus favorable qu'il viendra plus tard. Surtout je voudrois qu'il vous plût prendre la peine d'examiner ma Géomitrie : c'est une chose qui ne peut se faire que la plume à la main, et suivant tous les calculs qui y sont, lesquels peuvent sembler d'abord difficiles, à cause qu'on n'y est pas accoutumé ; mais il ne faut que peu de jours pour cela, et si tous passez du premier livre au troisième, avaotqae de lire le second, vous y trouverez plus de facilité que peut-être vous ne croyez. Si j'avois des ailes pour voler comme Dédale, je voudrols m*al- 1er rendre pour huit jours auprès de vous, afin de vous en faciliter l'entrée ; mais vous vous la pourrez assez ouvrir de vous-même, et je me promets que vous ne -plaindrez point par après le temps que vous y aurez employé. C'est un traité que je n'ai quasi composé que pendant qu'on imprimoit mes Météores, et même j'en ai inventé une partie pendant ce temps-là ; mais je n'ai pas laissé de m'y satisfaire autant ou plus que je ne me satisfais d'ordinaire de ce que j'écris. Mon ueveQ est heureux de vous avofr pour inutre» et f suis, etc.

(Lettre XXTD du tome DL ) Monsieur, J'ai eu beaucoup de joie tH d'admiratfoa de voir

(I) « La Méthode. » ^^ ^

(1) Potai daiée. Je U Joins S ^ ptécMmi^t i «■■* ^ Wieu (Hôte de reMiavMre de VU^^im.)

ÀNNSfi 1697.

b belle régla que tous atei trourée pour résoudre les problèmes solides avec Thyperbole ; je bo crois pas qu'il soit possible d*eD trouver aucune plas courte ni plus belle que celle-là. Mais je n*ai pas eu moins de honte des compliments trop eitraordiDsires et des termes trop excédants en courtoisie dont vous avez usé en mon endroit ; obligez-moi de mo traiter plus humainement une autre fois, et en sorte que je puisse croire que ce Koit i moi que vous écrives, c'est-à-dire à une penoone qui ne reconnoit en soi aucune qualité extraordinaire ni qui mérite le moindre des titres que vous lui donnez, mais qui seroit bien aise de TOUS rendre service, et qui pour vous montrer un exemple de naïveté vous dira ici tout simplemeot ce qu'il juge de ce que vous lui avez envoyé. La règle de l'hyperbole ne sauroit être mieux qu'elle est, et je vois en tout le reste que vous êtes sans comparaison plusavancéquejen'auroiscru. J'approuve bien aussi que vous vous portiez à cberdier les choses plus difficiles, comme de résoudre en nombre les équations de six dimensions, et en lignes celles de huit; mais à cause qu'il s'y trouvera peut-être plus de difficultés que vous n'en aTez prévu, je crois qu'il y faut venir par degrés, et que vous pourriez auparavant faire des règles pour résoudre les problèmes solides avec telle section conique donnée qu'on voudra, et aussi eia^ miner le second livre de ma Géométrie, car vous 7 trouTerez quelque chose de la nature des lignes courbes ; et 11 faut prendre garde aux solutions dei problèmes, qu'on ne doit jamais y employer lies lignes courbes d*uo genre composé que lorsqu'il estimpossible de faire ce qui est requis avec des lignes de plus simple genre. J*ai aussi remarqué beaucoup d'esprit en vos considérations touchant la bataille, nonobstant que ce soit une matière où Texpérience et la prudence naturelle avec la présence de l'esprit, que perdent ceux qui ont peur dans les occasions, servent plus que les préceptes: et enfin j'ai trouvé. votre style latin si beau et si net que je n'en aurois jamais attendu de tel d*ua honune de votre procession; je vous conseille de continuer à cultiver ces belles qualités, et si j*y puis contribuer en quoi que ce soit, voos me ferez faveur de m'employer. Je suis, etc.

( Lettre LXXYUl du tome U. )

18 juin 1057.

Mon révérend Père,

ie jQ|« bien que vous n'aurez pas retenu les noms de tous les disciples que vous aviei il y a vingt trois ou vingt-quatre ans, lorsque vous ep-

sdgniez la pbiloiopbie k La Flèche, et que je wia

du nombre de ceux qui sont effacés de votre mé moire \ mais je n*ai pas cru pour cela devoir effacer de la mienne les obligations que je vous ai» i^i n'ai pas perdu le désir de les reconnoître^ bien que je n'aie aucune autre occasion de vous en rendra témoignage, sinon qu*ayant fait imprimer ces jours passés le volume que vous recevrez en cette lettre , je suis bien aise de vous ToCfrir, comme un fruit qui vous appartient et duquel vous avez jeté les premières semences en mon esprit, comme je dois aussi à ceux de votre ordre tout le peu de connoissance que j'ai de bonnes lettres. Que si vou^ prenez la peine de lire ce livre, ou que vous ie fassiez lire par ceux des vétres qui en auront le plus de loisir, et qu*y ayant remarqué les faute» qui sans doute s'y trouveront en très grand nombre vous me veuilliez faire la faveur de m'en avertir, et ainsi de continuer encore de mVnseigner, je vQMep aurai une très grande obligation, et ferai tout le mieux qui me sera possible pour les corriger suivant vos bonnes instructions. Cependant je prie Dieu qu'il vous conserve, et je serai toute ma vie, etc.

H' 25.-^ A DN GENTILHOMMI

Dfi M. LE PBINCC n'OBANOC*.

( Lettre LXXIX du tome II. )

Juin I6S7.

Monsieur

J'ai enfin reçu le privilège de France que nous attendions, et qui a été cause que le libraire a tant tardé à Imprimer la dernière feuille du livre que je vous envoie, et que je vous supplie de vouloir présenter à son altesse, je n'ose dire au nom de l'auteur, à cause que Tauteur n'y est pas nommé, et que je ne présume point que mon nom mérite d'être connu d'elle, mais comme ayant été composé par une personne que vous connoissez, et qui est très dévouée et très affectfonoée à son service. En effet, je puis dire que dèe lors que je me résolus de quitter mon pays et de m'éloigner de toute connoissance, afin de pas* ser Doe vie plus douce et plus tranquille que je ne faisola auparavant; je ne me fusse point avisé de me retirer en ces provinces et de les préférer à quantité d'autres endroits ou il n'y avolt aucune guerre et où la pureté et la sécheresse de l'air semblolent plus propres aux productions de l'eeprit, si la grande opinion que j'avois de son altesse ne m'eût fait extraordioairement fier à sa proteetioo et à sa conduite; et depuis ayant joui

(I) « Farlé Cowt. Huyslieiis de ZoiUicbea. » •

CORRESPONDANCE

|Nirfait6me&t dii loisir et du repos qne j*ayois espéré trouver à l'ombre de ses armes, je lui en ai très grande obligation, et pense que ce livre, qui ne contient que des fruits de ce repos, lui doit plus particulièrement être ofTert qu'à personne : c'est pourquoi, 8*11 vous plait avoir agréable que ce soit par vos mains que je m'acquitte de cette dette, encore que la passion que je sais que vous avez pour son service ne me permette pas d'espérer que vous lui voulussiez présenter de mauvaise monnoie pour de bonne, la parfaite intelligence que vous avez de toutes choses et de tout ce qu'il peut y avoir en mes écrits m'assure que votre recommandation augmentera de beaucoup leur valeur, et je serai toute ma vie, etc.

( Lettre LYda tome m.)

is janvier 1681.

Mon révérend Père,

J*ai reçu l'écrit de M. de Fermât avec un billet que vous aviez mis dans le paquet du Maire ^ et depuis j'ai attendu huit jours sans y répondre, pour voir si je ne recevrois point cependant le paquet que vous me mandez par ce billet m'avoir adressé au môme temps ; mais je ne l'ai point reçu, et ainsi je crains qu'il n'ait été perdu, au moins si vous ne l'avez envoyé par une autre voie que par la poste. Je vous renvoie l'orlglpal de sa démonstration prétendue contre ma Dioptrique, pource que vous me mandiez que c'étolt sans le su de l'auteur que vous me l'aviez envoyé ; mais pour son écrit De maximis et minimis^ puisque c'est un conseiller de ses amis qui vous l'a donné pour me l'envoyer, j'ai cru que j'en devois retenir l'original et me contenter de vous en envoyer une copie, vu principalement qu'il contient des fautes qui sont si apparentes qu'il m'accuseroit peut-être de les avoir supposées si je ne retenois sa main pour m'en défendre. En effet, selon que j'ai pu juger par ce que j'ai vu de lui, c'est nn esprit vif, plein d'Invention et de hardiesse, qui s'est, à mon avis, précipité un peu trop^ et qui, ayant acquis tout d'un coup la réputation de savoir beaucoup en algèbre, pour en avoir peut* être été loué par des personnes qui ne prenoient pas la peine ou qui n'étoient pas capables d'en juger, est devenu si hardi qu'il n'apporte pas, ce me semble, toute l'attention qu'il faut à ce qu'il bit. Je serai bien aise de savoir oe qu'il dira, tant de la lettre Jointe i celle-ci par laquelle je réponds à son écrit De masDmis et mmimie^ que de la précédente où je répondols i sa dé-

t^lccarani»

monstration contre ma Dioptrique; car j*ai écrit l'une et l'antre afin qu'il les vole, s'il vous plah: même je n'ai point voulu le nommer, afin qu'il jilt moins de honte des fautes qne j'y remarque, et parce que mon dessein n'est point de f&dier per sonne, mais seulement de me défendre; et poor^ ce que je juge qu'il n'aura pas manqué de se vanter à mon préjudice en plusieurs de les écrits, je crois qu'il est à propos que plusiean voient aussi mes défenses : c*est pourquoi je Tom prie de ne les lui point envoyer sans en retenir copie. Et s'il vous parle de vous renvoyer encore ci-après d'autres écrits, je vous supplie de le prier de les mieux digérer que les précédents, autrement je vous prie de ne prendre point la commission de me les adresser : car, entre doqs, si, lorsqu'il me voudra faire l'honneur de itt proposer des objections, il ne veut pas se donner plus de peine qu'il a pris la première fois, j'aurols honte qu'il me fallût prendre la peine de répondre i si peu de chose, et je ne m'en pourrois honnêtement dispenser lorsqu'on sauroit que vous me les auriez envoyées. Je serols bien aise que ceux qui me voudront faire des objections ne se hâtent point, et qu'ils tâchent d'entendre tout ce j'ai écrit avant que de juger d'une partie, car le tout se tient et la fin sert à prouver le commencement. Mais je me promets que vous me Continuerez toujours à me mander fraDchemeot ce qui se dira de mol, soit en bien, soit en mal, et vous en aurez dorénavant plus d'occasion qne jamais , puisque mon livre est enfin arrivé i Paris. Au reste, chacun sachant que vous me faites la faveur de m'aimer comme vous faites, on ne dit rien de moi en votre présence qu'on ne présuppose que vous m'en avertissiez, et ainsi vous ne pouvez plus vous en abstenir sans me faire tort.

Vous me demandez si je crois que l'eau soit en son état naturel étant liquide ou étant glacée; a quoi je réponds que je ne connois rien de violent dans la nature, sinon au respect de l'entendement humain, qui nomme violent ce qui n'est pas selon sa volonté ou selon ce qu'il juge devoir être, et que c'est aussi bien le naturel de l'eau d'être glacée lorsqu'elle est fort froide que d'être liquide lorsqu'elle l'est moins, pource que ce sont le« causes naturelles qui font l'un et TauU^. J® suis, etc.

(LeUreCXIYdutomel.)

SAjantierieML

Mon révérend Père,

Je sols ravi de la fiiveur que vous m*aves faite

de Tofr 8l flâlgnensemeiit le. nvire de mm esnUs, el de m*en mander vos sentiments avec tant de témoignages de bienTeillance; je l'eusse aooom* pagné d'une lettre en veus l'envoyant, et eusse pris cette occasion de vous assurer de mon tris humble service, n*eût été que j'espérois le faire passer par le monde sans que le nom de son auteur fût connu ; mais puisque ce dessein n'a pu réussir, je dois croire que c'est plutAt l'aiïection que vous avez eue pour le pire que le mérite de i'eofant , qui est cause du favorable accueil qu'il a reçu chez vous, et je sois tris particulièrement obligé de vous en remercier. Je ne sais si c'est que je me flatte de plusieurs choses extrêmement à mon avantage qui sont dans les deux lettres que j'ai reçues de votre part, mais je vous dirai franchement que de tous ceux qui m'ont obligé de m^apprendre le jugement qu'ils faîsoient de mes écrits, il n'y en a aucun, ce me semble, qui m'ait rendu si bonne justice que vous. Je veux dire si favorable, sans corruption , et avec plus de connoissanœ de cause. En quoi j'admire que vos deux lettres aient pu s'entre-suivre de si pris, car je les al presque reçues en même temps; et voyant la premiire, je me persuadois ne devoir attendre la seconde qu'après vos vacances de la Saint-Luc» Mais, afin que j*y réponde ponctuelle* ment, je vous dirai, premièrement, que mon dessein n'a point été d'enseigner toute ma méthode dans le discours où je la propose, mais seulement d'en dire assez pour faire juger que les nouvelles opinions qui se verroient dans la Dioptrique et dans les Météores n'étoient point conçues à la légère, et qu'elles valoient peut-être la peine d'être examinées. Je n'ai pu aussi montrer l'usage de cette méthode dans les trois traités que j'ai donnés, i cause qu'elle prescrit un ordre< pour chercher les choses qui est assez différent de celui dont j'ai cru devoir user pour les expliquer. J'en ai toutefois montré quelque échantillon en décrivant l'arc-en-ciel, et si vous prenez la peine de le relire, j'espire qu'il vous contentera plus qu'il n'aura pu faire la premiire fois, car la matière est de soi assez difficile. Or ce qui m'a fait joindre ces trois traités au discours qui les précède, est que je me suis persuadé qu'ils pourroient suffire pour faire que ceux qui les auront soigneusement examinés et conférés avec ce qui a été d-derant écrit des mêmes matières jugent que je me sers de quelque autre méthode que le commun , et qu'elle n'est peut-être pas des plus mauTalses. Il est vrai que j'ai été trop obscur en œ que j'ai écrit de l'existence de Dieu dans ce traité de la Méthode, et bien que ce soit la pièce la plas importante, j'avoue que c'est la moins élaliorée de tout l'ouvrage ; ce qui vient en partie

deee, qui je ne me sois jtetu de Pf joindre que sur la fin et lorsque le libraire me pressoit. Mais la principale cause de son obscurité vient de ce que je n'ai osé m^étendre sur les raison» des sceptiques, ni dire toutes les choses qui sont né-* cessaires ad aMucendam tnentemà semibus:

car il n'est pas possible de bien connoître la certitude et l'évidence des raisons qui prouvent l'existence de Bleu , selon ma façon , qu'en se souvenant distinctement de celles qui nous font remarquer de l'incertitude en toutes les connois-v saoces que nous avons des choses matérielles; et ces pensées ne m'ont pas semblé être propres & mettre dans un livre où j'ai voulu que Ibs femmes même pussent entimdre quelque chose, et cependant que les plus subtils trouvassent aussi assez de matière pour occuper leur attention. J'avoue aussi que cette obscurité vient en partie, comme vous avez fort bien remarqué, de ce que j'ai supposé que certaines notions que l'habitude de penser m'a rendu familières et évidentes le dévoient être aussi à un chacun ; comme, par temple, que nos idées, ne pouvant recevoir leurs formes ni leur être que de quelques objets exté- rieurs ou de nous-mêmes, ne peuvent représenter aucune réalité ou perfection qui ne soit en ces objets ou bjen en nous, et semblables, sur quoi je me suis proposé de donner quelque édairdsse-. ment dans une seconde impression.

J'ai bien pensé que ce que j'ai dit av(rfr mis en mon traité de la Lumière, touchant la création de l'univers, seroit incroyable; car II n'y a que dix ans que je n'eusse pas moi-même voulu croire que l'esprit humain eût pu atteindre jusqu'à de telles connoissances, si quelque autre l'eût écrit; mais ma conscience, et la force de la vérité^ m'a empêché de craindre d'avancer une chose que j'ai cru ne pouvoir omettre sans trahir mon propre parti , et de laquelle j'ai déjà ici assez de témoins ; outre que si la partie de ma Physique qui est achevée et mise au net il y a déjà quelque temps volt jamais le jour, j'espère que- nos neveux n'en pourront douter.

Je vous ai obligation du soin que vous avez prisd'examiner mon opinion touchant le mouvement du cœur. Si votre médecin a quelques objections à y faire, je serai très aise de les recevoir et ne manquerai pas d'y répondre; il n'y a que huit jours que j'en ai reçu sept ou huit sur la même matière, d'un professeur en médecine de Louvain qui est de mes amis, auquel j'ai renvoyé deux feuilles de réponse, et je souhalterois que j'en puisse recevoir de même façon touchant toutes les difficultés qui se rencontrent en ce que j'ai tâché d'expliquer; je ne manquerois pas d'y répondre soigneusement , et je m'assure que ce se*

œBBSSPOHDÂNCÈ.

roii taBft dtebUgor MMk dirotni tpAve^ Im «h rotoDl propoflées» C'est une chote que pluMaon ensemble pourroleiU plus oommodémenC faire qa'uD seul , et il n'y en a poioc qui la pussent mieux que eeux de Totre eompagnie. Je tiendrais à très grand honneur et faveur qu*ils youlussent en prendre la peine ; ce serolt sans doute le plus eoart moyen pour découvrir toutes les erreurs ou les vérités de mes écrits.

Pour ce qui est de la lumière, si vous prenei garde à la troisième page de la Dioptrique, vous verrez que j'ai mis là expressément que je n'en parlerai que par hypotb^; et en effet « i cause que le traité qui contient tout le corps de ma Physique porte le nom de la LumUre, et qu'elle est ia chose que j'y explique le plus amplement et le plus curieusement de toutes, je n'ai point voulu mettre ailleurs les mêmes choses que lèi mais seulement en représenter quelque idée par des comparaisons et des ombrages, autant qu'il m'a seoù)lé nécessaire pour le sujet de la Diop* trique.

Je vous SUIS obUge de ce que vous témoignes Aire bien aise que je ne me sois pas laissé devan-» car par d'autres en \à publication de mes pensées ; mais c'est de quoi je n'ai jamais eu aucune peur ; car outre qu'il m'importe fort peu si je suis le premier ou le dernier i écrire les choses que j'é* cris, pourvu seulement qu'elles soient vraies, toutes mes opinions sont si jointes ensemble et dépendent si fort les unes des autres, qu'on ne s'en sauroit approprier aucune sans les savoir toutes. Je vous prie de ne point différer de m'apprendre les difficultés que vous trouvez en ce que j'ai écrit de la réfraction, ou d'autre chose; car d'attendre que mes sentiments plus particuliers touchant la lumière soient publiés, ce seroit peut* être attendre longtemps. Quant à ce que j'ai sup*posé au commencement des Météores, je ne le saurois démontrer à priori , sinon en donnant toute ma physique; mais les expériences que j'en ai déduites nécessairement, et qui ne peuvent être déduites en même façon d'aucuns autres prin«* cipes, me semblent le démontrer asses â poiteriari. J*avois bien prévu que cette façon d'écrire dioquerolt d'abord les lecteurs, et je crois que j'eusse pu aisément y remédier, en étant seule^ ment le nom de suppositions aux premières choses dont je parle et ne les déclarant qu*à mesure que je donnerois quelques raisons pour les prouver; mais je vous dirai franchement que j'ai choisi cette façon de proposer mes pensées, tant pource que croyant les pooyoir déduire par ordre des premiers principes de ma Métaphysique, j'ai voulu négliger toutes autres sortes de preuves* que pource que j'ai désiré essayer si la seule ex-*

posMwidtlt virile liftât awflhaiits pour la par* suader, sans y mêler aucunes disputes ni rifoutions des opiniona contraires, Eu quoi ceui «h mes amis qui ont lu le plus soigneusement s» traités de Dioptrique et des Météores m'asiareot que j'ai réussi : car bien que d'abord ils n'y troovassent pas moins de difficulté que les autrei, toutefois, après les avoir lus et relus trois ou quatre fois, ils disent n'y trouver plus aucttoa chose qui leur semble pouvoir être révoquée es doute, comme en effet il n'est pas toujours oéceasaire d'avoir des raisons à priori pour pe^ soader une vérité; et Thaïes, ou qui que ce loit, qui a dit le premier que la lune reçoit sa lamièn du soleil, n'en a donné sans doute aucune autn preuve, sinon qu'en supposant cela on eipliqot fort aisément toutes les diverses fkces de la lumière : ce qui a été suffisant pour faire que depuis cette opiaion ait passé par le monde sans contredit. Et la liaison de mes pensées est telle qut j'ose espérer qu'on trouvera mes principea aow bien prouvés par les conséquenœs que j'ea tire, lorsqu'on les aura assez remarquées pour le Ici rendre familières et les considérer toulei es* semble, que l'emprunt que la luue fait de la lumière est prouvé par ses crolssanoss et décroiisances. Je n'ai plus à vous répondre que touchaot la publication de ma Physique et Métaphysique, sur quoi je vous puis dire en un mot que je le désire autant ou plus que personne, maisDéasmoins avec les conditions sans lesquelles je serols imprudent de la désirer. Et je vous dirai ausii que je ne crains nullement au fond qu'il s'y troofi rien contre la foi : car au contraire j'ose me vaoter que jamais elle n'a été si fort appuyée par ks raisons humaines qu'elle peut être si l'on suit mes principes; et particulièrement la transsubstaotls' tion, que les calvinistes reprennent comme im* possible à expliquer par la philosophie ordinairei est très facile par la mienne. Mais je ne vois aucune apparence que les conditions qui peuvent m'y obliger s'accomplissent, au moins de long* temps; et me contentant de flaire de mou otti tout ce que je crois être de mon devoir, je me re* mets du reste a la Providence qui régit le moade; car, sachant que c'est elle qui m'a donné les petits commencements dont vous avez vu des essiiSf j'espère qu'elle me fera la grâce d'achever s'il est utile pour sa gloire, et s'il ne i'^st pas, je me veut abstenir de le désirer. Au reste, je vous assura que le plus doux fruit que j'aie recueilli jusqu'à présent de ce que j'ai fait imprimer est l'appro^ bation que vous m'obligez de me donner par votre lettre; car elle m'est particulièrement chère et agréable, pourpe qu'eUe vient d'une personoe de votre mérite et de votre roboi et du lieu mkp» ^

ANHÉB 1688.

êm

j'ii eu l# lùtûmf de rwiYoirtoQtos i«f Inftrw^ UoDs de ma jeimeese, et qui est le séjour de mat maitrei, envers lesquels je ne manquerai jamaia derecoDiioissanoe. Et je suis^ etç»

(Lettre G do terne n. .

MonsleoTi

J'ai lu soigneusement le litre que tous avez pris la peine de m'envoyer, et je vous en remerde. L*auteur témoigne être homme de bon esprit et de grande doctrine, et avoir outre cela beau* coup de probité et de zèle pour le bien public. Tout ce qu*H dit contre les scieuces qui sont en osage et la façon qu'on tient pour les enseigner a*est que trop vrai , et ses plaintes oe sont que trop justes.

Le dessein qu'il propose de ramasser dans un seul livre tout ce qu*il y a d'utile en tous les autres ttroit aussi fort bon s'il étoit praticable; mais j'appréhende qu'il ne lô soit pas : car outre qu'il est souvent très malaisé de bien juger de ce que les autres ont écrit et d*en tirer le meilleur sans rleu prendre avec cela de mauvais, les vérités particulières qui sont par-ci par-la dans les livres soût si détachées et si indépendantes les unes des autres que je croîs qu'il seroit besoin de plus d'esprit et d'Industrie pour les assembler en un corps blea proportionné et bien en ordre, suivant le désir de l'auteur, que pour composer un tel corps de ses propres inventions. Ce n'est pas qu'on doive pour cela négliger celles d'airtrui, Jûrsqu'on en rencontre d'utiles; mais je ne crois i^ qu'on doive employer son principal temps à les recueillir. Enfin, si quelques-uns étoient capables de trouv^er le fond des sciences, ils auroient tort d'user leur vie à en chercher les petites parcelles qui sont cachées par-ci par-là dans les recoins des bibliothèques; et ceux qui ne seront propres qu'i ce travail ne seront pas capables de bien choisir et de bien mettre en ordre ce qu'ils 'fouveront. Il est vrai que 'Fauteur assure avoir ^ii fait ou commencé un tel livre, et je veux teu croire qull s'en peut acquitter mieux que personne, mais les échantillons qu'il en fait voir »cl ne suffisent {mis pour en donner grande espé- !j«ïce! car pour les aphorismes, page 31, etc., « De coriUennent que des pensées si générales Vil semble avoir beaûcqup de chemin à faire •Tant que de parvenir aux vérités particulières Paont seules requises pour l'usage; et outre cela

dMfcîiïliî?5!* •"**«<»' >» »««» cette lettre noa

je trouva den Aom en aee pftunHlons que je ne saurois entièrement approuver t la jmwUm est qu'il semble vouloir trop joindre* la religion et les vérités révélées avec les scieooN qvl t 'ae^ quièreot par le raisonnement naturel ; el l'antre^i qu'il Imagine une science universelle dont ke jeunes écoliers soient oapablee, et qu'Us poissent avoir apprise avant rfige de vingt-quatre ans. It quoi il me semble ne pas remarquer qu'il y o grande dinérence entre les vérités acquises et let révélée», en ce que la coonoissanoe de eelles-el ne dépendant que M la grâce (laquelle Dieu n* dénie à personne, encore qu'elle ne soit pas eiBcaoe en tous), les plus Idiots et les plus simphi f peuvent aussi bien réussir que les plus subtils;' au lieu que sans avoir plus d'esprit que le commun* on ne doit pas espérer de rien faire d'extraordir* naire touchant les sciences humaines. Et enfin,. bien que nous soyons obligés a prendre garde que. nos raisonnements ne nous persuadent aucunechose qui soit contraire à ce que Dieu a voulu que nous crussions, je crois néanmoins que c'est a^* pliquer l'Ecriture sainte à une fii^ pour laquello Dieu ne l'a point donnée, et par conséquent en abuser, que d'en vouloir tirer la connoissanee des vérités qui n'appartienneut qu'aux sciences hu-. ooaines et qui ne servent point à notre salut; mais peut-être aussi que cet auteur n'entende point user de la Bible en ce sens^là^ ni mêler les, choses saintes aux profanes; et en tout le reste-, ses intentions paroissent si bonnes qu'encoremême qu'il manquât en quelque chose, il ne laisse, pas d'être grandement à estimer. Je vous remercie de l'avis que vous me donnez des médisances de N.; elles sont si foibles et si mal trouvées, que je crois qu'elles lui (ont plus de tort, en ce^ qu'elles découvrent là maladie de son esprit », qu'elles n'en sauroient faire a aucun autre. Je suis, etc.

( Lettre XXXIV du tome I. } Monsieur,

J'avoue quMl y a un grand défaut dans l'écrit que vous avez vu , ainsi que vous le remarquez, et que je n'y ai pas assez étendu les raisons par lesquelles je pense prouver qu'U n*y a rien au monde qui soit de soi plus évident et plus certain ' que l'existence de Dieu et de l'âme humaine, pour les rendre faciles à tout le monde ; mais je n'ai

(1) La date de cette leiu« o*est fliée ni dans IHnpriiBé al dans left noies de reiemplaire de la blblioUièque de IlosUtot. |*ai cru pouvoir, A caïue da si^et, qui se rapporte évidem*

|l.€0«iB.|

Mtft

CORRESPONDANCE

osé tâcher de le faire, d'autant qa'il m*efit falla eiKpliqaer bien au long les plus fortes raisons des sceptiques «pour faire Toir qu'il n'y a aucune cliose matérielle de l'existence de laquelle on soit assuré, et luir même moyen accoutumer le lecteur i détacher sa pensée des choses sensibles, puis montrer que celui qai doute ainsi de tout ce qui est matériel ne peut aucunement pour cela douter de sa propre existence ; d'où 11 suit que celui-li, c'est-i-dire l'âme, est un être ou une substance qui n'est point du tout corporelle, et que sa nature n'est que de penser, et aussi qu'elle est la première chose qu*on puisse connoître certainement; même en s'arrétant assez longtemps sur cette méditation , on acquiert peu à peu une connoissance très claire, et, si j'ose ainsi parler, intuitive, de la nature intellectuelle en général; l'Idée de laquelle étant considérée sans limitation est celle qui nous représente Pieu , et limitée, est celle d'un ange ou d'une âme humaine ; or il n'est pas possible de bien entendre ce que j'ai dit après de l'existence de Dieu si ce n'est qu'on commence par là, ainsi que j'ai assez donné à entendre en la page 48. Mais j'ai eu peur que cette entrée, qui eût semblé d*abord vouloir Introduire l'opinion des sceptiques, ne troublât les plus foibles esprits, principalement à cause que j'écrivois en langue vulgaire ; de façon que je n'en ai même osé mettre le peu qui est à la page 41 qu'après ayolr usé de préfoce ; et pour vous, monsieur, et Tos semblables, qui sont des plus intelligents, j'ai espéré que s'ils prennent la peine, non pas seulement de lire, mais aussi de méditer par ordre les mêmes choses que j'ai dit avoir méditées, en s'arrêtant assez longtemps sur chaque point pour voir si j'ai failli ou non, ils en tireront les mêmes conclusions que j'ai fait ; je serai bien aise, au premier loisir que j*aurai , de faire un efîbrt pour lâcher d'éclaircir davantage cette matière et d'avoir en cela quelque occasion de vous témoigner que je suis, etc.

( Lettre CVm du tome I. )

Monsieur,

Je sais que vous avez tant d'occupations qui valent mieux que de vous arrêter à lire des compliments d'un homme qui ne fréquente ici que des paysans, que je n'ose m'ingérer de vousécrire que lorsque j'ai quelque occasion de vous importuner. Celle qui se présente maintenant est pour

li) Aucune iocUcaUoD sur te date prédse de cette lettre et de la suivante.

TOUS donner snjet d'exercer votre charité en la personno d*un pauvre paysan de mon voisina^ qui a eu le malheur d'en tuer un autre. Ses parents ont dessein d'avoir recours a la clémence de son altesse, afin de tâcher d'obtenir sa grâce, e( ils ont désiré aussi que je vous en écrivisse pour vous supplier de vouloir seconder leur requête d'un mot favorable en cas que l'occasion s'en présente. Pour moi, qui ne cherche rien tant que la sécurité et le repos, je suis bien aise d'être en un pays où les crimes soient châtiés avec rigaeor, pource que l'impunité des méchants leur doooe trop de licence ; mais pource que tous les IIUHI>^ ments de nos passions n'étant pas toujonrs en notre pouvoir, il arrive quelquefois que les meilleurs hommes commettent de très grandes fautes, pour cela l'usage des grâces est plus utile que celui des lois, à cause qu'il vaut mieux qu'un homme de bien soit sauvé que non pas que mille méchants soient punis ; aussi est-ce l'action la plus glorieuse et la plus auguste que puissent faire les princes que de pardonner. Le paysan pour qui je vous prie est ici en réputation de n*être nullement querelleur et de n'avoir jamais fait de déplaisir à personne avant ce malheur. Tout ce qu'on peut dire leplus à son désavantage est que sa mère étoit mariée avec celui qui est mort ; mais si on ajoute qu'elle en étoit aussi fort oatrageusement battue, et l'avoit été pendant plusieurs années qu'elle avoit tenu ménage avec lui, jusqna ce qu'enfin elle s'en étoit séparée, et ainsi ne le considéroit plus comme son mari mais comme son p^ersécuteur et son ennemi , lequel m^tnBf pour se venger de cette séparation , la raenacoit d'flter la vie à quelqu'un de ses enfants ( l'un desquels est celui-ci), on trouvera que cela mètae sert beaucoup à l'excuser. Et comme vous savez que j'ai coutume de philosopher sur tout ce qui se présente , je vous dirai que j'ai voulu rechercher la cause qui a pu porter ce4)auvre homme à lajre une action de laquelle son. humeur paroissoil être fort éloignée, et j'ai su qu'au temps que ce malheur lui est arrivé il avoit une extrême affliction à cause de la maladie d'un sien enfant dont il a tendoit la mort à chaque moment, et que pendant qu'il étoit auprès de lui on le vint appeler pour secourir son beau -frère qui étoit atlaqu par leur commun ennemi. Ce qui fait que je d^ trouve nullement étrange de ce qu'il ne fut P^^ maître de soi-même en telle rencontre : car lorsqu'on a quelque grande affliction et qu'on^ mis au désespoir par la tristesse, H est certain qu'on se laisse bien plus emporter à la colère, s ^ en survient alors quelque sujets qu'on ne feroi^ en un autre temps. Et ce sont ordinaireropnt^^^ meilleurs hommes qui, voyant d'un cùié la i»

d'an Bis, et de Pautre le péril d'an frère, en sont le plus violemment émus. C'est pourquoi les foutes ainsi commises , sans aucune malice préméditée, sont, ce me semble, les plus excusables ; aussi lui fut-il pardonné par tous les principaux parents du mort, au jour même qu'ils étoient assemblés pour le mettre en terre. Et de plus les juges d*ici Font absous, mais par une faveur trop précipitée, laquelle ayant obligé le fiscal à se porter appelant de leur sentence, il n'ose pas se présenter derechef devant la justice, laquelle doit suivre la rigueur des lois, sans avoir égard aux personnes ; mais il supplie que l'innocence de sa vie passée loi puisse faire obtenir grâce de son altesse. Je sais bien qu'il est très utile de laisser quelquefois faire des exemples poor donner de la crainte aux médiauts ; mais il me semble que le sujet qui se présente n'y est pas propre; car, outre que le criminel étant absent, tout ce qu'on lui peut faire n*est qoe de l'empécber de revenir dans le pays, et ainsi punir sa femme et ses enfants plus que lai, j'apprends qu'il y a quantité d'autres paysans en œs provinces qui ont commis des meurtres moins excusables et dont la vie est moins innocente, qni ne laissent pas d'y demeurer sans avoir aucun pardon de son altesse (et le mort étolt de ce Dombre), ce qui me fait croire que si on commençoit par mon voisin à faire un exemple, ceux qo! soni plus accoutumés que lui à tirer le couteau dirolent qu'il n'y a que les innocents et les idiots qui tombent entre les mains de la justice, et seroient confirmés par là en leur licence. Enfin, si vous contribuez quelque cbose à faire que ce pauvre bomme puisse revenir auprès de ses enfants, je puis dire que vous ferez une bonne action, et qoe ce sera une nouvelle obligation que vous aura, etc.

N* 31.— A M. DE BEADNE.

(Lettre XXVI du tome II. Version.)

10ji]iol699.

MoDsiew,

Vous avec un extrême pouvoir sur mol, et j*ai grande honte de ne pas faire ce que vous témoignez désirer ; mais il faut, s'il vous plait, que vous excusiez ma désobéissance, puisque c'est l'estime que je fais de vous qui la cause ; et que vous me permettiez de vous dire que, bien qoe les raisons pour lesquelles vous me mandez que je dois publier mes rêveries soient très fortes pour IMnté^ rét de mes rêveries mêmes, c'est-à-dire pour ^re qu'elles soient plus aisément ragues et mieux entendues, je n'examinerai point celles que vous apportez, car votre autorité est suffisante peor

DtSCARTBS.

me les faire croire très fortes *. mais je dirai seulement que les raisons* qui m'ont ci-devant empêché de faire ce que vous me voulez persuader n'étant point changées, je ne saurois aussi changer de résolution sans témoigner une inconstance qui ne doit pas entrer en l'âme d'un philosophe; et cependant je n'ai pas juré de ne permettre point que mon Monde voie le jour pendant ma vie, comme je n'ai point aussi juré de faire qu'il le voie après ma mort ; mais que j'ai dessein, tant en cela qu'en toute autre chose, de me régler selon les occurrences et de suivre autant que je pourrai les conseils les plus sArs et les plus tranquilles. Et pour la mort dont v6us m'avertissez, quoique je sache assez qu'elle peut à chaque moment me surprendre, je me sens toutefois encore, grâces à Dieu, les dents si bonnes et si fortes que je ne pense pas la devoir craindre de plus de trente ans, si ce n'est qu'elle me surprenne : et comme on laisse les fruits sur les arbres aussi longtemps qu'ils y peuvent devenir meilleurs, nonobstant qu'on sache bien que les vents et la grêle, et plusieurs autres hasards, les peuvent perdre à chaque moment qu'ils y demeurent, ainsi je crois que mon Monde est de ces fruits qu'on doit laisser mûrir sur Tarbre et qui ne peuvent trop tard être cueillis. Après tout, je m'assure que c'est plutôt pour me gratifier que vous m'invitez à le publier que pour aucune autre occasion ; car vous jugez bien que je n'aurohi pas pris la peine de l'écrire, si ce n'étoit à dessein de le faire voir, et que par conséquent je n*y manquerai pas, si jamais j'y trouve mon compte, et que je le puisse faire sans mettre au hasard la tranquillité dont je jouis. C'est pourquoi, encore que cela n'arrive pas sitêt, vous ne laisserez pas, s'il vous plaît, de me croire, etc.

16 octobre less.

Mon révérend Père,

Il y a environ six mois que je donnai au Maire on exemplaire de ma Géométrie pour M. de Beaune, et je vous l'adressols avec un mot de lettre. Le Maire m'a dit depuis qu'il l'avoit donné au sieur Pelé pour vous porter ; si vous ne Tavez point encore reçu (comme il est vraisemblable, vu que vous ne m'en avez rien mandé), je vous prie de lui en demander des nouvelles. Je

(t) «La prison de GalSée. »

(S) Cette lettre est coçif» sar l'exemplaire de la tMoilièqae de rinttitat, oCteOe ae trouve en manoscrit

tm

COJUH^PPISPANCE.

TOUS prie «Uiii, eq cw qn^ QI^P i|6V^t Qvl ^ 8l8 4e me^ sœur dq Crefis, ¥Qua retourna yoir, 4^ lai dire qu'il roe fera plaisir de me mander qaeU quefoia de sea nomrelles et de celles de ses parentii et que a*i| m'apprend l'adresse de son logis, je lui doDoerai une partie des eomiqissioDs dont je yoi)8 importune, comme je lui donnerois maintenant celle d'adresser la lettre que je tous envoie pour M. de M. , conseiller au présidial de Poitiers, i cause que je ne sais si vous le ponnoisses. Je l'ai tu autrefois demeurer vis-à-Tis du )Petit*Saint-Antoine ; je ne sais s'il y s^a çqoore.

Au ropte, depuis mes derniires, j'ai prl^ le teippa 4^ Uro le llyre que tous m'aTes ^it |a faTeur de m'envoyer. Et pource que Tpus m'en ^Tei dp9papdé mon sentiment et qu*il trai^ d'un spjet auquel j'^i traTaillé toute ipa Tie, je pense youa eu deToir ici écrirOf J'y trouve plusieurs choses fort bonnes, sed nonpublic\ sc^oris ; c^r il y a peu de personnes qui soient c$ipal:Aes d'entendre la métaphysique. Et, pour le général du Uyre^ il tient un chemin fort différent de celui qu^ j'ai suivi. Il exautine ce que c'e^t que la vérité ; et pppr moi je n'ep ai jamais doqté, iqe semblant que c'est une potion si transcepdantalement claire qu'il est iqipossible de l'ignore^. En effet, on a bien des moyens pour examiner une balance avant que de s'en servir ; mais on n'en auroit point pour apprendre ce que c'est que la vérité, si l'on ne la cpnnoissoit de nature : car quelle raison aurions*nous de consentir a ce qui nous l'apprendroit si nous ne savions qu'il fût yrai, e'est-^-dire si uous ne connoissions la vérité? Ainsi en peut bieu e^pliqupr qui4 nomini à cen^ qui n'entendent pas la langue, et leur dire que ce mot t^énié en sa propre signification dénote la conformité de la pensée avec l'objet , mais que Iorsqu*OQ Tattribue aux choses qui sont hors de la pensée 11 signifie seulement que ces choses peuvent servir d'objets à des pensées véritables, soit aux nétres, soit à celles de Dieu; mais on ne peut donner aucuue définition de logique qui aide à connoitre sa nature. Et je crois le 4)£jpe de plmsieprs autres choses qui sont fort simples §t se connolssent naturellement, comme sont )a figure, la grandeur, |e mouvement, le lieu, le temps, etc. ; en sorte que lorsqu'on veut définir ces choses, on les obscurcit et on s'embarrasse ; car, par exemple, celui qui se promène dans une salle fait bien mieux entendre ce que c'est que le mouvement que ne fait celui qui dit, en aetus entis in potentid proùt in potentid\ et ainsi des autres.

L'auteor prend pour règle de ses vérités le consentemaat oalyerseU Poar mol, je n'ai pour

rjigifi des mleavea gna la lumière uatm^let ee qui convient bien en quelque chose ; car tous la hommes ayaut une même lumière paturelle, ils semblent devoir tous avoir les mêmes aotioDi. Mais il est très différent, en ce qu'il n'y a prêt* que persoune qui se serve bien de cettQ lumière. D'où viept que plusieurs (par exemple tous oeoi que nous connuissons) peuvent eoqsentir à ooe même erreur ; et il y a quantité d^ eboies qoi peuvent être connues par la lumière Dsiurelle auxquelles jamais personne n'a encore fait de tiflexion.

Il veut qu'il y ait en poua autant de hM qu'il y a d^ diversités à ponnçiitr^, ce que je ne puis entendre autrement que comfpe ai > à cause que la cire pept recevoir ppe InQuité de Qgurei, on disoit qu'elle a ep poi ime (ngpité de facultés pour les recevoir ; ce qui est yi^i en ce seui-là. Mais je ne vois point qu'pn puisse tir^r Aucane Utilité de cette façon de parler, et il me semble plptêt qu'elle peut nuirp en dpnnapt sujet au ignorants d'imaginer autant de diverses petilei entités en notre âme. G'eçt pourquoi j'aime miesi concevoir que la cire, par sa spule flexibilité, re- ' {Oit toutes sortes de figures, el que l'âme acquiert toutea ses connoissances par la réflexieo qu'elle faiti ou sur soi-même pour les choses iotelleetpelles, ou sur les diverses dispositions du cerveau auquel elle est jointe pour les corporelles, soit que oea dispositions dépendent des sens oo d'autres causes. Mais il est très utile de ne rleo recevoir en sa créance sans considérer à quel titre ou pour quelle cause on l'y regoit ; ce qui revient à çç qu'il dit, qu'on doit toujours coosldérer de qpelif) fs^tp on se sert, etc.

Il n'y a point de doute qu'il but anssi,ooiDBa il dit, prendre garde que rien ne manque de li part de l'objet, ni du milieu, ni de l'organe, etc., afin de. Q*être pas trompé par Isa sens. II îeot qu'on suive surtout Tinstinct naturel , duquel il tire toutes ses notions communes. Pour moi, j» distingue deux sortes d'instincts : l*un est en nous en tant qu'hommes, et est purement intellectuel, c'est la lumière naturelle, ou intuitus mentis, auquel seul je tiens qu'on se doit fier ; l'autre est en noua en tant qu'animaux, et est une certaioe impulsion de la nature i la conservation de notre corps, à la jouissance des voloptéscorporelles, etc. , lequel ne doit pas toujours être suivi. — Ses liteliques sont fort bons pour aider i faire les dénombrements dont je parle en la page 20, car lorsquVm aura dûment examiné tout ee qulh contiennent, on pourra s'assurer de n'avoir riea omis.

Pour ce qoi est de la religion, j*en laisse reia* DM| à MM. de la Sorbonne, et je puis seelemeot

année; 1639.

dire que j*y ai trooTé beaucoup moins de difBevlté M le Usant en françois que Je n'aveis fait d-devant en ie pareourant en latin, et quHl a plairieaN mailmes qui me semblent il pieuiee et d aenlbraies au sens eemnun que Je souhaite 4ii*elles puisseut Atre approuvées par la théologie orthodoxe. Enfin , pour oonolusion , enoore que )b B9 puisse ip'afloorder en tout aux sentiments ém cet auteur, Je ne laisse pas de Testimer baaoaqup au-dessus des esprits ordinaires. Je folB, ete.

» as;-^AU B. p. MBRSENNB.

(Lettr<; JUOOO. du tome H.)

IsiMfembre I68S.

IfoD réTérend Père,

L'intention de la pompe dont tous m'écfivez ne m'a point trompé, car elle sera sans doute moins durable et moins utile pour Tusage que si on Ihlsoit monter Teau à vingt toises par interruption « e'esl-i'dire qu'on employât une pompe ou autre machine pour les deux ou trois premières toises, puis une autre pour les deux ou trois suivantes, etc.; et la force qui Ibroit mouvoir toutes ces inaohines pourroit être au haut en P, ou D, tout de Hième qu'en votre figure. La raison pourquoi rinterruption vaudroit mieux est que le cuir qui est au-dessous doit porter toute une colonne d*ean de la hauteur de vingt toises, qui est un si grand poids qu'il ne peut durer longtemps sans se crever.

Pour les corps noirs, vous savez que je ne conçois autre chose par la lumière qui donne contre oea corps que Taction ou rincHnation à se mouvoir vers eux qu*ont les parties de la matière subtile qui sont poussées par les corps qu'on nomme lumineux vers ces corps qu'on nomme noirs ; or cette action peut être amortie p^r les parties de ces corps noirs, à cause qu'elles la reçoivent en ellesmêmes et ne la renvoient point, au lieu que les parties des corps blancs ne la reçoivent point en elles, mais la renvoient: ainsi qu'une tapisserie reçoit en soi le mouvement de la balle qu'on pousse contre elle, et pour ce sujet ne la renvoie point; mais une muraille dure, qui n'est aucunement ébranlée par cette balle, ne le reçjoit point j c'est pourquoi elle la Mt réfléchir.

Tous avez très bonne raison de maintenir que dans le vide même, s'il est possible , une pierre iroit pins lentement oi| plus vite, selon qu'elle auroit été mue lentement ou vite ; e\ il n'y a nulle apparence de dire que son mouvement ne peut être déterminé i être plus }eqt ou plus vite que

Pirki divifff MUiMMiaNitodo nûUoiiaoar ai

cela étoit, la même pierre iroit toujours d'une même vitesse dans ie même air, à cause qu'elle j trouve toujours les mêmes empêchements ; ma^ cela est contre l'expérience, etc. Pour les pierres qui semblent du bois brun, ce n'est rien d'extra-» ordinaire, et il y a des endroits en Bretagne où J'en ai vu quantité de cette sorte. Je vous remercie de votre offre pour la graine de Therbe sens!tive ; ils ont eu de cette herbe au Jardin de Leyde, mais la graine n'y a pu mûrir, et on dit qu'il se* roit maintenant temps de la semer. Je ne serolf pas marri aussi d^avoir un catalogue des plantes rares qui sont dans le jardin royal, s'il se pouvoll avoir facilement; et si on en veut un, en revanche, de celles qui sont au jardin de Leyde, on m'a olTert de me ie donner. Pour les bluettes d'air ou de feu, vous en pouvez mieux juger que moi, à cause que vous les avez vues; mais 11 ftut remarquer que la réfraction ou réflexiop qui ar-« rive en quelques nues fort hautes peut felre ^qe les rayons du soleil parviennent à l'œil plus d'unçi heure ou deux après qu'il est couché.

Pour celui qui dit que je vais au prêche des calvinistes, c'est bien une calomnie très pore; e^ en examinant ma conscience pour savoir sur quel prétexte on l'a pu fonder, je n'en trouve aucun aqtre, sinon que j'ai été une fois avec M. de N. et M. Hesdin à une lieue de Leyde, pour voir p^ curiosité Ta^isemblée d'une certaine secte de gens qui se nomment prophètes, et entre lesquels il n'y a point de ministre ; mais chacun prêche qui veut, soit homme ou femme, selon qu'il s'imagine être inspiré : en sorte qu'en une heure de temps pou^ ouïmes les sermons de cinq ou six paysans ou gens de métier : et une autre fois nous fûmes entendre le prêche d'un ministre anabaptiste, qui disoit des choses si impertinentes et parloit un françoissi extravagant, que nous ne pouvions nous empêcher d'éclater de rire ; et je pensois être plutêt à une force qu'à un prêche. Mais pour ceux des calvinistes je n'y ai jamais été de ma vie que depuis votre lettre écrite, que me trouvant a Lj^ Haye le neuvième de ce mois, qui est le jour qu'on remercie Dieu et qu'on fait des feux de jqie pour la défaite de la flotte espagnole, je fus entendre un ministre françois dont on fait état ; mais ce fut en telle sorte qu'il n'y avoit là personne qui m'ai)er* çût qui ne connût bien que je n'y allois pas poqr y croire : car je n'y entrai qu'au moment que la prêche commeoçoit ; j'y demeurai contre la portai et en sortis au moment qu'il fqt achevé^ sans vouloir assister à aucune de ieurs cérémonies. Que si j'eusse reçu lotre lettre auparavant, je n'y aurols pas été du tout : mais II est impossible d'éviter les discours de ceux qui veulent parler raison ; et i celui dent vous m'écrivez doit avoir Tesprit bien

CORRESPONDANCE

fcible, de m'aocaser d*aller par les Tillages pour ▼oir tuer des pourceaui, car il s'en tue bien plus dans les Tilles que dans les villages, où je n'ai jamais été pour ce sujet. Mais, comme vous m'écrirez, ce n*est pas un crime d'être curieux de l'anatcunie ; et j'ai été un hiver à Amsterdam que j'allois quasi tous les jours en la maison d'un boucher pour lui voir tuer des bétes, et faisois apporter de là en mon logis les parties que je Toulois anatomiser plus à loisir ; ce que j'ai encore fait plusieurs fois en tous les lieux où j'ai été , et je ne crois pas qu'aucun homme d'esprit m'en puisse blâmer.

Votre raison pourquoi un tableau semble regarder de tous cAtés est subtile, mais elle ne me semble pas solfisante; car encore que la prunelle soit ronde en un tableau, elle n'y paroit pas ronde pour cela lorsqu'elle est regardée de côté ; il est Trai qu'elle n'y peut paroitre si fort en ovale que oelle d'un homme vivant : c'est pourquoi cela y fait quelque chose. Mais je crois qu'on y peut lyouter que« de quelque cAté qu'on regarde un tableau, on y voit toujours toutes les mêmes parties de l'œil qui y est peint, et que ces parties •ont celles qu'on voit aussi dans l'œil d'un homme Tivant lorsqu'il regarde vers nous, et qu'on n'y voit |M8 si bien que dans un tableau lorsqu'il regarde d'un autre côté ; à cause qu'étant relevé en bosse, ses parties se couvrent ou se découvrent beauisoup davantage que celles d'une plate peinture. J'ai reçu le Philolaûs, mais je ne me suis pas encore donné le temps de le lire, ni je ne crois pas le faire de plus de six mois, à cause que je m'occupe i d'autres études.

Les opinions de vos analystes touchant l'existence de Dieu et l'honneur qu'on lui doit rendre sont, comme vous écrivez, très difficiles à guérir, non pas qu'il n'y ait moyen de donner des raisons assez fortes pour les convaincre, mais pource que ces gens-là, pensant avoir bon esprit, sont souvent moins capables de raison que les autres : car la partie de l'esprit qui aide le plus aux mathématiques, à savoir l'imagination, nuit plus qu'elle ne sert pour les spéculations métaphyidques. J'ai maintenant entre les mains un discours où je tftche d'éclaircir ce que j'ai écrit cidevant sur ce sujet; il ne sera que de cinq ou six feuilles d'impression ; mais j'espère qu'il contiendra une bonne partie de la métaphysique : et aGn de le mieux faire, mon dessein est de n'en faire imprimer que vingt ou trente exemplaires, pour les envoyer aux vingt ou trente >lus savants théologiens dont Je pourrai avoir connoissance, afind'ih avoir leur jugement et apprendre d'eux ce qui sera bon d'y changer, corriger ou ajouter, tvant que de le rendre public.

Je crois bien que dans le vide, sV étoit possible, la moindre force pourroit mouvoir les plus grands corps aussi bien que les plus petits, mais non de même vitesse ; car la même force teroit mouvoir une pierre double en grosseur de la moitié moins vite que la simple.

Ce n'est pas merveille que nous puiasIoDS jeter une pierre fort haut, sans que le torrent de la ma* tière subtile qui est dans l'air nous en empêche; car la force de notre bras dépend d'un autre to^ rent de matière subtile qui est encore beaoooop plus rapide, à savoir celui qui agite nos espriti animaux, et qui diffère de l'autre en force et en activité autant que le feu diffère de i'ajr.

Votre expérience que le trou d'une deffli-ligne donne quatre fois moins d'eau que celui d'aoe ligne, mais que celui-ci n'en donne que deux fois moins que celui de deux lignes, me semble du tout incroyable, cœterisparUms, c'est-à-dire faisant que le tuyau demeure toujours plein jus^a'ao haut : car si on ne le remplit point à mesure que l'eau s'écoule, il est évident que d'autant plus que le trou sera grand, d'autant plus têt elle s'abaissera dans le tuyau ; et vous savez qu'elle coule d'autant moins vite qu'elle est i^us basse.

Votre voyage d'Italie me donne de l'inquiétode, car c'est un pays fort malsain pour les François; surtout il y faut manger peu, car les viandes de là nourrissent trop ; il est vrai que cela n'est pas tant considérable pour ceux de votre profession; je prie Dieu que vous en puissiez retourner heureusement. Pour mol, sans la crainte des maladies que cause la chaleur de l'air, j'aurois passé en Italie tout le temps que j'ai passé en ces quartiers, et ainsi je n'aurois pas été sujet à laçalomnie de ceux qui disent que je vais au prfche, mais je n'aurois peut-être pas vécu si sain qos j'ai fait. Je suis, etc.

N* 84. — A »r**- (Lettre XXXVI du tome H.)

Monsieur» -

J'eusse été le premier à vous écrire si f euaw eo le bien de vous connoître pour tel que vous tous décrivez en la lettre que vous m'avez fait la feveur de m'envoyer ; car la recherche de la vérité est si nécessaire et si ample que le travail de plusieurs milliers d'hommes y devroit concourir : et il y a* peu de personnes au monde qui l'entreprennent bon escient que ceux qui le font se doivent d autant plus chérir les uns les autres, et tacher a s en-

(i) « cette lettre e«t pour M. Mdssonnlcr, 'n*'^^i;2l envoyée an P. MerteaiM avec la prMdeoieji ("^^'^^

SBS

tr'aldert eo se communiqaant lears observations et leurs pensées ; ce que je tous offre de ma part irec toute sorte d'affection. Et afin de commeneBTr je répondrai ici à ce qu'il vous a plu me demander, touchant l'usage de la petite glande nommée eanarion: à savoir, mon opinion est que cette glande est le principal siège de l'âme et le lieu où se font tontes nos pensées. La raison qui me donne cette créance est que je ne trouve aucune partie en tout le cerveau, excepté celle-là seule, qui ne soit double. Or est^ilque, puisque nous ne voyons qu'une même chose des deux yeux , ni n'olons qu'une même voix des oreilles, et enfin que nous n'avons jamais qu'une pensée en même temps, il fout de nécessité que les espèces qui entrent par les deux yeux ou par les deux oreilles s'aillent unir eo quelque lieu, pour être considérées par rame ; et il est impossible d'en trouver aucun autre en toute la tête que cette glande ; outre qu'elle est située le plus à propos pour ce sujet qu'il est possible, à savoir au milieu, entre toutes les concavités; et elle est Soutenue et environnée des petites branches des artères carotides, qui apportent les esprits daos le cerveau. Mais pour les espèces qui se conservent en la mémoire , je n'imagine polntqu'elles soientautre chose que comme lesplis qui se conservent en du papier après qu'il a été une ibis plié ; et ainsi je crois qu'elles sont principalement reçues en toute la substance du cerveau, bienque je ne nie pas qu'elles ne puissentêtreaussi en quelque façon en cette glande, surtout en ceux qui ont l'esprit lepius hébété : car pour les esprits fort bons et fort subtils, je crois qu'ils la doivent avoir toute libre et fort mobile; comme nous voyons aussi que dans les hommes elle est plus petite que dans les bêtes, tout au rebours des autres parties du cerveau. Je crois aussi que quelques espèces qui servent à la mémoire peuvent être en diverses autres parties du corps, comme l'babitude d'un joueur de luth n'est pas seulement dans sa tête, mais aussi en partie dans les moscles de ses mains, etc. Mais pour ces effigies de petits chiens qu'on dit paroître dans l'urine de <xux qui ont été mordus par des chieus enragés, je TOUS avoue que j'ai toujours cru que ce fût une Ule, et que si vous ne m'assures de les avoir vues bien distinctes et bien formées, j'aurai encore maintenant de la peine à les croire, bien que i*il est vrai qu'elles se voient, la cause en puisse ^ quelque façon être rendue, ainsi que celle des n^ues que les enfants reçoivent des envies de kurs mfres. Je suis, etc.

» 35.— AD R. P. MERSENNK.

( Lettre XXXYm du tome IL)

!•' tffl MIO.

Mon révérend Père,

Quoique j'aie reçu trois de vos fettres depuis ma dernière, je n'y trouve pas toutefois assez de matière pour remplir cette feuille : car la première, du quatrième mars, ne oontient que l'observation des déclinaisons de l'aimant, qui varient en Angleterre, avec un raisonnement qu'un mathématicien que vous ne nommez point a fait sur ce sujet, lequel raisonnement est fort bon pour en découvrir la cause à l'avenir; mats si vousatten* dez que je vous dise par provision ma conjecture» comme je ne crois pas que les déclinaisons de l'aimant viennent d'aillenrs que des égalités de la terre, aussi ne crois-je point que la variation de ces déclinaisons ait une autre cause que les altérations qui se font en la masse de la terre» soit que la mer gagne d'un cêfeé et perde de l'au*-. tre, ainsi qu'on volt à l'œil qu'elle fait en ce pays, soit qu'il s'engendre d'un côté des mines de fer ou qu'on en épuise de l'autre, ou soit seulement qu'on ait transporté quelque quantité de fer, ou de brique, ou d'argile, d'un cAté de la ville de Londres vers l'autre : car je me souviens que voulant voir l'heure à un cadran ou 11 y avoit une aiguille frottée d'aimant, étant aux champs pro« che d'un logis qui avoit de grandes grilles de fer aux fenêtres, j'ai trouvé beaucoup de variation on l'aiguille, en m'éloignant même à plus de cent pas de ce logis, et passant de sa partie orientale vers l'occidentale, pour en mieux remarquer la diffé-* rence. Pour le ciel, il n'est pas croyable qu'il y soit arrivé assez de changement en si peu d'années pour causer cette variation, car lesastronomesl'auroient aisément remarquée. Je vous remercie pour la seconde fois de la graine de l'herbe sensitive que j'ai trouvéeen cette lettre, après en avoir reçu huit jours devant dans une autre. J'ai reçu aussi l'essai touchant les coniques du fils de M. Pascal, et avant que d'en avoir lu la moitié, j'ai jugé qu'il avoii appris de M. des Argues ^ ; ce qui m'a été confirmé incontinent après par la confession qu'il en fit lui-même.

Votre seconde lettre, du dixième mars, encon«. tenoit une autre de M. M.*, auquel je ferols réponse si je pensois que celle-ci vous dût enoora

(1) Des penoones qui croleot te bien satoir (tkent que oelt est Eaux : cela peut être fan ; nuito Je ne doute poiiK qui M. Descartes ne dise trai, car Q D*étolc point bonuM è eoM* tromrer des meosonsn. {HfUe de Ciermikr.)

(I) Mefsioooier.

CORRESMNûAlSfCaL.

trouver è Paris ; mats ai elle vous doit Stre envoyée plus loin, il n'y a pas d*apparence de la charger tant, et je puis mettre ici en peu de paroles tout ee que j'ai à lui faire savoir , ce qui sera, s*il vous plaît, pour lorsque vous lui écrirez; qui est (après mes remerctments pour la bienveillance qu'il me témoigne ) que pour les espèces qui fervent & la niéttioire, je ne nie pas absolument qu^elles tie puissent être en partie dans la glande nommée conantim, principalement dans lesbétes brutes et en ceut qui ont l'esprit grossier ; car pout les autfes, ils n'auroient pas, ce tne semble, autant de facilité qu'ils ont à imaginer une infinité de choses quMls n*ont Jamais vues, si leur ftme n'étolt Jointe à quelque partie du cerveau qui fût fort propre à recevoir toutes sortes de nouvelles impressions, et par conséquent foirt malpropre à les conserver. Or est-il qu'il n'y a que cette glande seule ft laquelle Tâme puisse être ainsi Jointe ; car ii fli*y a qu'elle seule en toute la tête qui ne soit point double. Mais Je crois que c'est tout le reste du cerveau qui sert le plus à la mémoire, principalement ses parties intérieures, et même aussi que tous les ner& et les muscles y peuvent servir ; en sorte que, par exemple, un joueur de luth a une partie de sa mémoire en ses mains ; car la ftcilité dô plier et de disposer ses doigts en diver* ses ikçons, qu'il a acquise par habitude, aide è soutenir dés passages pour l'exécution desquels il les doit ainsi disposer. Ce que vous croirez aiaéftient, 6'fl vous platt de considérer que tout ce qu'on nomme mémoire locale est hors de nous ; en sorte que, lorsque nous avons lu quelque livre, toutes les espèces qui peuvent servir à nous faire iouvenîr de ce qui est dedans ne sont pas en notre <^rvean, mais il y en a aussi plusieurs dans le papier de l'exemplaire que nous avons lu ; et il n'importe pas que ces espèces n'aient point de ressemblance avec les choses dont elles nous font souvenir, car souvent celles qui sont dans le cerveau n'en ont pas davantage, comme j'ai dit au quatrième discours de ma Dioptrique. Mais outre cette mémoire, qui dépend du corps, j'en reoonnois encore une autre, du tout intellectuelle, qui ne dépend que de l'âme seule. Je ne trouverois pas étrange que Ii i^hutdé eonarium se trouvftt corrompue en la dittection des léthargiques, car elle se corrompt aussi fort promptement en tous les autres ; et la fêtant vt)ir à Leyde, il y a trois ans, en une femme 4u\)ù anatomisoit, quoique Je la cherchasse fort éurteusement et susse fort bien où elle devolt fitre, comme ayant accoutumé de la trouver dans les animaux tout fraîchement tués , sans aucune diffieulté, il me fat toutefois impossible de lardconnaître ; et un vieux professeur qui fiiisoit cette auatomie, nommé Yalcher, me confessa quil ne

l*avoit jamais pu voir en aucun cof ps humain ; œ que je crois venir de ce qu'ils emploient ofdlûairement quelques jours à voir les intestins et autres parties avant que d'ouvrir la tête, t^otir h mobilité de cette glande, Je ne veux point d'autre preuve que sa situation ; car n'étant soutenue que par de petites artères qui l'envirotinent, n estoer< tain qu'il faut très peu de chose pour la moUToir; mais Je ne crois t)as pour cela qu'elle se puisse beaucoup écarter ni çà ni là.

Pour les marques d'envie, te qui vous fait croire qu'elles reteemblebt fort parfeltement m objets ne vient que de ce que vous trouvez étrange qu'elles puissent tant ressembler qu'dles font; mais si vous les compare^ avec les portraits des plus mauvais peintres, vous les trouverez encore beaucoup plus défectueuses. Mais pourl'tiriliedei enragés, c'est une question de fait en laquelle je ne vois rien d'impossible, non plus quVn œqae vous m'écrivez de la fécondité d'un grèiti de blé, après avoir été trempé dans du saug ou du iiocde fhmier. Et pour ce que le sieur N.^ vous à dit de l*aimabt, il suffit que vous m'ayez nommé votre auteur pour m'empécher d'y ajouter fol.

Je tiens à votre dernière, du vingtième ttiar!, oh vous mahdez me renvoyer le petit catalogue des plantes que je vous avois eàvoyé, qttë j6 M trouve pas toutefois avec votre lettre, mais aussi n'en ai-je nullement afRiire, non plus que de celoi des plantes du Jardin royal qtte vous avez prisU peine de m'envoyer, sans que je l'aie encore reçtt; mais J'apprsnds qu'ils l'ont à Leyde. le n'ai pofot du tout ouï parler de ce que vous me mandet qu W vous a écrit d'Atigleterré qu'un étoli sur le point de m'y foire aller. Mais je vous dirai entre nous que c'est un pays dont Je préfèrerois la dameure à beaucoup d'autres; et pour la religion, ob dit que le roi même est catholique de volonté; c'est pourquoi je vous prie de ne point détourner leon bonnes intentions. Je ne me saurols maintensflt remettre aux mathématiques pour chercher la eo^ lide de la roulette, mats Je ne le crois point impossible. Je vous at mandé en ma précédcu» l'unique raison que Je sachequi puisse empé^W qu'un mousquet ne fasse tant fort proche qo^ufl peu loin , et il n'y à aucune appaience de w» en celle que vous me mandes de M^MydoiJP*'* suis, etc.

(t) fl 9e crois que c'est Peilt. •

AiCKÉfi 164(K

N«36. — AM. REGltlS.

(Uttre ÎXXXL Ûn tomel. TeMon.

«i mai 1610.

Monsieur,

▼om m'ayez sensiblement obligé, tous et M. Emiltus, d'avoir etaminé et corrigé l'écrit que je TOUS avois envoyé*; car je vois que vous avex porté l'eiactitude jusqu'à mettre les points et les virgules, et corriger les fautes d*ortfaographe. Vous m^aorlez fait encore un plus grand plaisir si TOUS eussiez voulu changer quelque chose dans les mots et dans les pensées. Quelque petits qu'eussent ité ces changements, J'auroiS pu me flatter que ce que vous auriez laissé auroit été moins fau-» tif ; au lieu qtie je crains que vous h'ayet pas voulu tenter cette entreprise, parce qu'il y auroit eu trop è corriger, ou peut-être parce qu*il auroit fiillu tout effkcer.

A l'égard des objections, vous dites dans la première que de ce qu'il y a en nous uueique sagesse, quelque pouvoir, quelque bonté, quelque quanti tf, etc., nous tious formons l'Idée d'une sagesse, d'une puissance, d'une bonté infinie, ou da moins indéfinie, et des autres perfections que naus attribuons à Dieu comme l'idée d'une quantité infinie. Je vous accorde volontiers tout cela, et Je suis pleinement convaincu que nous n'avons point d*autre idée de Dietl que celle qui se forme en nous de cette manière; mais toute la force de ma preuve consiste en ce que je prétends que ma nature ne pourroit être telle que je pusse augmenter à rinflûi par un effort de ma pensée ces perfections qui sont très petites en moi, si nous ne tirions origine de cet être en qui ces perfections se trouvent actuellement infinies. De même que par la seule considération d'une quantité fort petite, ou d'un corps fini, je ne pourrois jamais concevoir une quantité indéfinie, ai la grandeur du monde n'étoit ou ne pouvait être indéfinie.

Tous dites dans la seconde que la vérité des axiomes qui se font recevoir dairement et distlnc^ tement à notre esprit est claire et manifeste par eile-mflme. Je l'accorde aussi pour tout le temps qu'ils sont clairement et distinctement compris, parea que notre &me est de telle nature qu'elle ne peut tebner de se rendre à ce qu'elle comprend distinetement; mais parce que nous nous souve^ fions souvent des conclusions que nous avons tirées de telles prémisses, sans foire attention aux pré* mMes même. Je dis alors que sans la connolssance

fi) c u ■ agit d'une copie maDosciite des BlédltaUom , quil tvoii envoyée à Bcglns et à Bmiliitt. »

de Dieu nous t>ourrMns feindre ^u'élleé sent tn^ certaines, bien que nous nous souvenlont qaa mué les avons tirées de principes clairs el d\%^ tincts, parce que telle est peut-être notre nature que nous ndtis sommes trompés dans lés cboM les plus évidentes, et par conséquent que noua n'avions pasune véritable science, mais une simple persuasion, lorsque nous les avons tirées de ces principes; ce que je fois pOuk* mettre une distinction entre la persuasion et la science. La première se trouve en nous, lorsqu'il reste encore quelque raison qui peut nous porter au doute; et la se-coude, lorsque là raison de croire est si forte qu'lt ne s'en présente jamais de plus puissante, et qut est telle enfin que ceux qui ignorent qu'il y a un l>ieu ne saurolent en avoit* de pareille i Ittais quand on a une fois bien compris les raisons qui pertuadent clairement i'éiistenoe de Dieu, et qu'il n'est point trompeur, quand même on ne forolt plus attention à ces principes évidents, pourvu qu'on se ressouvienne de cette conclusion, Bleu n'est pas trompeur, on aura non-Seulement la persuasion, mais encore la véritable science de Cette conclusion et de toutes les autres dont on se souviendra avoir eu autrefois des raisons fori claires.

Vous dites aussi dans votre dernière lettre, que je reçus hier, et qui m'a fait souvenir de répondre à vos précédentes, que la précipitation de noi jugements dépend du tempérament du corps, soil qu'il nous soit naturel, soit que nous l'ayons iôt* mé par tiabitude; ce que je n'admets point dd tout, parce que ce serolt Ater la liberté et l'éten« due de notre volonté, qui peut corriger une telle précipitation; ou que, ne la corrigeant pas, l'erreur qui en nait est une privation par rapport à noua et une pure négation par rapport à Dieu.

Je viens présentement aux thèses que vous m'avex envoyées * : comme Je sais que vous voulez que je vous écrive librement ma pensée, je vais vous obéir. Au lieu de ces mots, Vair voisin dont Uêpetitei parties, etc. , j'aime mieux Vair voitin fuî, etc., peut; car ce n'est pas chacune de ces parties qui se condensent, mais toute la masse de Talr, en ce que ses petites parties s'approchent plus les unes des autres que dans son état ordf-* nalre. Je ne vols pas aussi pourquoi vous préten* dez que l'Idée des universaux appartienne plutdt à l'imagination qu'à l'Intellect. Pour moi je l'attribue au seul Intellect qui rapporte A plusieurs sujets une Idée singulière. J'aurols aussi voulu que vous n'eussiez pas dit qu'il n'y a que deux affections eu passions, la joie H la îristesie; caf

(I) tf Ce« thèses devotest èut eooieimei, te fOJiHn 1610, par litéSoU^dftaeghli.à

GORBSSPONDÂNGB.

oooft sommes bien autrement affectés par la coure que par la crainte, quoique la tristesse se trouve dans i*une et dans l'autre, et ainsi du reste. Quant aux oreillettes du cœur, j^aurois ajouté, ce qui est vrai en effet, que je n*en ai pas traité à fond, parce que je les considère seulement comme les extrémités de la veine cave et de l*artère veineuse, etc. J*avois passé votre doute de la fermentation du cœur : il me paroit que vous en avez donné une solution suffisante; car, comme les parties du cœur s'affaissent d'ellesmêmes, les vaisseaux par lesquels le sang sort étant encore ouverts, le sang ne cesse d'en sortir, et ces vases ne se ferment que quand le cœur est affaissé.

Je ne mettrois point dans le titre, de la triple coctton^ mais seulement de la coctian. Je vous prie aussi d'effacer toute la neuvième ligne. U ne sert de rien de citer ici l'exemple d'Hervœus, qui est plus éloigné de cet avis que moi, et qui n'est pas si uni à Vallée que je le suis à vous ; et quand même la chose seroit, l'exemple ne me touche pas tant que la cause. Dans la première ligne de vos thèses, j'êterois ces paroles, de la chaleur vivi^ fiante, etc. Et à la fin, au Heu de ces paroles, Dans la droite conformation, etc., j'almerois mieux, Dans la préparation des petites parties insensibles dont les aliments sont composés, afin qu'elles acquièrent une conformation propre 1 composer le corps humain. Cette préparation est» ou commune, ou moins importante, qui se &it dans toutes les voies par lesquelles passent les petites parties, ou particulière et spécifique, qui est triple : !<> dans le ventricule et dans les intestins, 2<» dans le foie, 3^ dans le cœur. La première se fait dans le ventricule et dans les intestins, lorsque la nourriture broyée par les dents et avalée par la bouche, ce qui s'entend du boire et du manger, est dissoute et convertie en chyle par la force de la chaleur que le cœur lui communique et de l'humeur que les artères y ont poussée. La seconde se fait dans le foie lorsque le chyle y étant porté, non par june force attractrice, mais par sa seule fluidité et par la compression des parties TOJsines, et étant mêlé au reste du sang, s'y fermente, s'y digère, et se change en chyma, c'està-dire en suc. La troisième se fait dans le cœur, lorsque le chyme, mêlé au sang qui retourne du reste du corps au cœur, est préparé avec lui dans le foie, se change en un sang parfait et véritable, par une fermentation qui cause le battement du pouls et cette troisième coction, etc. Vous comprenez aisément pourquoi j'ai dit que je mettrois dans le titre la coction générale qui se fait dans toutes les voies, et par conséquent dans chaque partie du corps, parce que partout ou il y a du

! mouvement, il peut s'y faire quelque altératioQ j des parties qui sont mues, et je ne vois pas que la coction puisse être autre chose qu'une telle altération. Je ne vois pas pareillement pourquoi vous voulez qu'elle se fosse plutêt dans les veines gastriques et mésaraiques que dans toutes les autres. Je ne voudrois pas me so^Ir de ces termes, suc spiritueux, parce que je ne comprends pas clairement ce qu'ils signifient. Je ne me servirois pas non plus de ces autres, les meilleures partia du chyle : mais je dirois simplement le cfcyfe, parce que toutes ses parties servent à la noorrlture du corps; et à bien examiner les choses, les excréments même, surtout ceux qui sont poasséi hors des veines, doivent être censés partie da chyle, au moins tant qu'ils sont dans le corps, car ils y ont leurs fonctions, et il n'y en a aucune qui ne s'en aille enfin en excréments, pourvu quevoui appeliez excréments ce qui sort par la transpiration insensible. Quant au chyme, je crois qui! fermente dans le foie, et qu'il s'y digère dans le sens que les chimistes donnent à ce mot ; c'est-idire qu'il y est altéré a cause de quelque séjour qu'il y fait.

A la page 5 j'effacerois ces mots, qui naît è^ ces esprits abondants et (ftin suc huiUux modéré;-car cela n'explique pas bien la chose. Je trouve une seconde fois mon nom à la fin de II huitième page, ce que ma modestie peut mieux souffrir que dans le titre, pourvu, s'il vous plaît, que vous n'y ajoutiez pas tant d'épithètes; j'aime mieux aussi qu'on m'appelle par mon véritable nom, Descartes, cjue par cet autre qu'.oo a forgét Cartesius. A l'endroit ou vous dites pourquoi Pl.^ a tronqué mes réponses, on pourroit peut^ être en ajouter la preuve, savoir que plusieurs les ont vues et transcrites deux ans avant que soo livre parût. Il me paroît même qu'il faudroit effacer ces paroles, vel callido vel ignorante; que c'est un trait ou de mauvaise finesse ou d'ignorance. Les termes les plus honnêtes prouveront mieux la justice de votre cause. Je changerois aussi de cette sorte la fin de la neuvième page: <« En second lieu, parce que le fœtus qui est en» core dans le sein de la mère, où il est privé de l'usage de la respiration, a deux conduits qui se ferment d'eux-mêmes dans les adultes : l'un qui ressemble à un petit canal par lequel une partie du sang se raréfie dans la cavité droite du cœur, passe dans l'aorte, et l'autre partie coulant veis les poumons; et le second, par lequel une partie du sang qui doit se raréfier dans la cavité gauche du cœur sort de la veine cave et se mêle à cette autre partie qui revient du poumon : car on oe

(i)P]eiiviiii.:

peut pas nidr qae dans le foetos une partie du aog ne passe par les poumons. » Oatre cela Texplicationde l'usage de la respiration, qui est page 10, doit précéder ses causes qui sont a la page 8. Je ne définis rien sur les Teines lactées, parce que je ne les al pas encore vues; mais je connois ici deux jeunes docteurs en médecine, MM. Silyius et Schagen, qui parolssent avoir de la science, et qol assurent les avoir observées plusieurs fois, et que leurs valvules empêchent le retour de la liqoear vers les intestins; tellement qu'ils sont d'oD sentiment tout différent du vAtre. Pour moi je penche beaucoup pour eux, en sorte que je crois que les veines lactées diffèrent seulement des mésaralqaes en ce qu'elles ne sont jointes à aucune artère, ce qui fait qu*en elles le suc des viandes est blanc, et qu*il devient sur-le-champ rouge dans les autres, parce qu'il se mêle au sang qui a drcolé par les artères. Nous les chercherons enlemble à la première occasion dans un chien en Tie. £q attendant, si vous me croyez, vous effacerez tout ce corollaire. Quant i la difficulté cornmeut le cœur peut se désenfler s'il y reste une partie de sang raréfié, elle est aisée i résoudre, parce qu'il n'eu reste qu'une autre très petite partie, qui ne suffit pas pour remplir les ventricules ; car l'effort avec lequel il sort sufOroit i l'en &ire tout lortir, si les valvules de la grande artère et delà veine artérieuse ne se fermoient avant que tout le sang fût échappé, et la plus petite quantité qui reste dans les ventricules suffit pour la fermentation.

Enfin, après avoir bien attendu, j'ai reçu aujourd'hui la sentence pour I. A. W.^ Je lui enverrai l'original dès que j'en aurai fait tirer une copie, c'est-à-dire dans deux jours au plus tard. Elle est conçue en termes si doux et si modérés que les juges n'auroient pu s'exprimer autrement sllleur avoit fallu condamner quelque homme de grande qualité; cependant ils approuvent tout ce que W. a écrit et condamnent tout ce qu'a dit son adversaire. S'il y a quelque autre chose sur quoi TOUS demandiez une explication plus ample, Yoos me trouverez toujours prêt à vous servir ou de ma plume ou de ma langue. Bien plus, si TOUS trouvez à propos que je me rende a Utrecht ionqu*on soutiendra ces thèses, je le ferai avec plaisir, pourvu que personne ne le sache, et que jo puisse me tenir caché dans les écoutes d'où nademoiselie de Schurmans a coutume d'entendre »08 leçons. Adieu.

N* 37/— A M. DE ZUITLICHEN.

(Lettre GYn du

flSJaitteCMia.

Monsieur 9

Je tiens i une extrême faveur que parmi tant de diverses occupations , et tant d'importantes affaires qui doivent passer par votre esprit» vous daigniez encore vous souvenir d'une personne si inutile comme je suis, et je ne doute point que les lettres que vous avez pris la peine de procurer pour Le Tourneur n'aient porté coup ; mais il n'en a pas encore senti les effets, sinon en tant que messieurs de cette ville n*ont jusqu'ici donné i personne la place qu'il désire, et que le visage de ceux auxquels il a parlé ne lui eu a point été l'espérance. Je m'étonne qu'on vous ait dit que je faisois imprimer quelque chose de métaphysique, pource que Je n'en ai encore rien mis entre les mains de mon libraire, ni n'ai mémo rien préparé qui ne soit si peu qu'il ne vaut pas le parler; et enfin, on ne peut vous en avoir rien rapporté qui soit vrai, si ce n'est ce que je me souviens vont avoir dit dès l'hiver passé, à savoir, que je me proposois d'éclaircir ce que j'ai écrit dans la quatrième partie de la Méthode, et de ne le point publier, mais d'en faire seulement imprimer douze ou quinzeexempiaires, pour les envoyer à douze ou quinze des principaux de nos théologiens, et d'en attendre leur jugement ; car je compare ce que j'ai fait en cette matière aux démonstrations d'Apollonius, dans lesquelles il n'y a véritablement rien qui ne soit très clair et très certain , lorsqu'on considère chaque point à part ; mais à cause qu'elles sont un peu longues, et qu'on ne peut y voir la nécessité de la conclusion, si l'on ne se souvient exactement de tout ce qui la précède, on trouve à peine un homme en tout un pays qui soit capable de les entendre; et toutefois, à cause que ceuxquilesentendentassurent qu'elles sont vraies» il n'y a personne qui ne les croie. Ainsi je pense avoir entièrement démontré l'existence de Dieu et l'immatérialité de l'âme humaine ; mais pource que cela dépend de plusieurs raisonnements qui s'entre-suivent, et que si on en oublie la moindre circonstance on ne peat bien entendre la, conclusion, si je ne rencontre des personnes bien capables et de grande réputation pour la métaphysique, qui prennent la peine d'examiner curieusement mes raisons, et qui, disant franchement ce qu'ils en pensent, donnent par ce moyen le branle aux autres pour en juger comme eoii oo du moins pour avoir honte de leur contredire sans raiiooy je prérois qu'elles feront fort pea de fruR ;

CORREâKïNOÂNCE.

et n mé dflfiOlé qttd je tmte obligé d*avotr plttB de soin de donner quelque crédit à ce traité qui regarde la gloire de Dièti t)ue mon humeur ne me permettroit d'en avoir si! 8*agissoit d'une autre matière. Au reste, je crois que je m'en Tais entrer en guerre avec les jésuites ; car leur mathématicien de Paris a réfuté publiquement ma Dioptrique en ses thèséH, Hdi* quoi j'éi écflt à son supérieur, afin d'engagée tout leuft* corps en cette querelle ; car bien que je sÂche Assez il y a longtemps qu'il ne fait pas bon É*attirer des adversaires, je crois pourtant que, puisqu'ils s'irritent d'eUx-mAmes et que je ne le puis éviter, il vaut mieui une bonne fois que je les rencontre tous ensemble que de les attendre l'Un après l'autre, en quoi je n'aurois jamais de fin. Cependant mes affaires domestiques m'appellent en France, et èi je puis trouver commodité pour y aller dans cinq ou six semaines, je me ptDpose de faire le voyage ; mais Wassenaer ne désire pas quô je pàtle avaui l'impression dé Ce que Topinlâtreté de son adversaire Ta contraint d^écrtre*, et quoique Ce soit une drogue dont je suis fon las, l'honneur toutefois ne tne permet pas de In'exemptei* d'en Voir la fin, ni le service que je dois à ce pays d'en dissimuler la vérité. Vous la trouverez ici dans sa préface, dont je lui ferai eUcore différer impression quinze jours, ou plus s*il est besoin, afin d'en attendre votre jugement, s'il vous plaît me faire la faveur de me l'écrire, et il nous Servira de loi inviolable. Cependant je vous prie de croire très assurément que son ad-^ versaire a très bien sU que tout son livre ne valolt rien Avant mômé que de le publier, comme les subterfuge» de sa gageure l'ont asse^ montré, et quil a eu la scleuce de Socrate, en ce qu'il a su qu'il ne savoit rien ; mais il a avec cela une Impu^ dence incroyable à calomnier, et & se vanter de savoir des choses impossibles et extravagantes, qui est à mon jugement la qualité la plus dangereuse et la plus nuisible qu'un homme de sa condition sauroit avoir; et je pense être obligé de vous ttander en cela mon jugement, car je suis, etc.

N* 38.— AD k. P, MERSENNÊ.

(Lettre ÏX du tome UI. Tersfoa. )

Mon révérend Pèro,

Paii^se les lettres que j'avois écrites au révA** raid Père reoteur du ooUége de Clermont ne lui rat pai «More été rendues, mais qw'eiiM ont été Idaséet vùtse les maint de votre révéreiloe par M« HydonsB»! daae la pensée pout-tlre qa'U avoit

tUnStSiqpioa.»

(^«itolsDt.»

àWet flUl eiiamps, h est tdupôrtant «pie Je lOtM fasse savoir ici le dessein que j'ai en en les écrivant ; car j'estime que ce qui a empêché ce j^rodent et fidèle ami à qui je les avois entoyéei de les rendre à leur adresse^ a été la craitite qo'll i eue que toUs les Pères de cette société ne se soulevassent contre moi, et que je ne fusse pas anei fort pour soutenir le choc de tant d'adversaires; mais tant s'en faut que j'aie sujet dé rien appré* hender de ce cOté-Ià, qu'au contraire je ne dkin rien tant que de m'acquérir par là leur bieo?eillance, et j'ai même sujet de Tespérer ; car amant que je tes ai pu connoître, il m'a toujours semblé qu'ils sont bien aises d'avoir affaire avec des personnes d'un esprit docile, et que jamais ils ne re* (Usent de leur fkire part de ce qu'ils savent. Or dans la lettre que j'ai écrite au R. P. recteur, je ne témoigne rien tant que le grand désir que fa! d'apprendre, et même d'apprendre d'aux plutfl que d'aucun autre, parce qu'ils ont été aati^oii mes maîtres, et que comme tels je les aime et les respecte encore. Et je h'appréhende j^s qu'fli croient qUe j'use ici de dissimulation, parce qve j'ai toujours témoigné par ma façon do vitre que j'avois un respect et une vénération toute partidUlièré pour eui, et qUë je n'àvOls rien tant i cœur que de m'instruire. Je ne crains pas auni qu'ils me blftmebt de ce que J'ai plutôt adressé loa lettre au R. P. reeteur qu'à l'auteur de ces thèsM qui m'ont donné occasion de leur écrire ; car pre* mièrement je né le connoissois point, et poar dits la vérité je ne savois point qu'il fût rempU du sèlé qu'on dit iqu'li a pour la charité chrétienne. Car j*ai prié en termes si exprès dans mon discours delà Méthode tous ceux qui trouverolent quelques er-* reurs à reprendre dans mes écrits de me faire la faveur de me les montrer, et j'ai, ce me semble, témoigné si ouvertement qu'on me trouTerolt toujours prêt de les corriger, que je n'ai pascro qu'il y en eût aucun qui ftt profession d'une vie religieuse qui almftt mieux en mon absence me condamner d'erreur devant les autres que de me les montrer à moi-même, de la charité duquel il ne me fût au moins permis de douter. Et je os pense pas que pour Cela les autres Pères de la société Se puissent fâcher contre moi, car je ne me suis plaint de lui en aucune façon dans mes lettres» et tout le monde sait qu'il n'y eut jamais de oorjM si sain qui n'eût quelquefois quelque partie un peu malade* Enfla j'ai toi^ourt espéré que je re* cevrois des objections en bien plus grand nombre, de bien plus fortes et bien plus solides, de toute sa compagnie que de lui seul ; et je he pense pas qu'ils bifiment en cela le désir que j'ai d'apprendre le plus de choses et les meilleures qu'il m'est possible. Je ne crains pas aussi que peuMire ils ne

ANNIUE 1640.

tfMmot ritD dtnt meié<ritiqii*nipiiii8eBl 8ott>

dément réfuter, et que pour cela ils me yeuillent du mal, ooifittie fil je les atois Invités ft entreprendre une chose dont je croirois quMls nepourroient jamais venir k bout ; car je n*ose pas tant me promettre de mes inventions que de croire qu'elles soient exemptes de faute; et même quand cela seroil, tant s'en but que je crusse mériter pour cela la colère ou la haine de personnes si religieuses et si dévouées à la défense de la vérité, qu'au contraire je croirois plutôt avoir mérité par là leur amitié et bienveillance. C'est pourquoi je ne vois riea qui puisse empêcher que ces lettres ne soient rendues au R. P. recteur. Et même depuis qu'elles sont écrites» il n'est rien survenu de nouveau qui me donne aiyourd'hui moins de sujet qu'auparavant de souhaiter qu'elles lui soient rendues; au contraire, depuis que j'ai su que cette boite véliution i laquelle j'ai répondu venoit du indme auteur que les thèses» et que j'ai ici un té^ moîn auriottlaire et oculaire, qui m'a dit avoir été présest quand elle fut récitée en pleine assemblée d'un ton déclamatoire, et que là, sous la personne d'un anonyme» mais que tout le monde presque ouinoicsolt, j'y fus un ^u mal mené ; et qu'on y proposa plusieurs choies pour miennes, que je n'ai pourtant jamais écrites, qu'on disoit être des monstres d'opinions; depuis, dis-ge, que par là j*ai surpris l'auteur de Ces thèses dans une catil^ btioB très manifeste et toUt-à-fait ineicttsable, pour D0 rieti dire de plus, si je n'avols d^à en«voyi mes premières lettres, je croirois qu'il seroit de mon devoir d'en écrire de non voiles, pour avertir set aupérieurs d'un procédé qui, selon mon ju*lement, est peu digne d'une telle société. Car il n'y a personne qui puisse oohnoître mieux que moi œ qu'il m'a attribué à faux ; et il est de leur intérêt de savoir les mauvais moyens qu'il a tenus pour obseuroir la vérité et pour attaquer la réputation d'un homme qui n'a jamais désobligé Ai lui ni les siens CB quoi que ee solt« Et pour M qui est de la réponse que j'ai reçue naguère comme de leur part» à nvoir que ces thèses ont été faites par le P. B. iBui» sans l'avis d'aucun de leurs Pères« BMis qu'il n'avoit en en oela aueun dessein de B'offeoeer« et eHin que dans sis mois il pourroit éoiro quelque chose qu'il ne mettroit point au jour que je ne l'eusse voe. C'est cela même qui fait que jo délire davantage qu'on fasse tenir au R. P. recteur les lettres que je lui ai ci-devant écritesi parce qu'il verra par là qu'il n'est point question de tout cela. Car je ne me suis point informé si le P» B. uveit eommuniqué son dessein aux au* très, pouite qpè je n'ai point «m que cela fit rien à l'afliire; et après avoir vu sa vélitation , je eroyoia leur iaito frand lort ai j'en avois le moin-

dre iDtt|lçoil t MiiMflMi«ht fil pris le n ooca« slon de les inviter tous le plus civilement que j'af pu à exâultter meé écrite. Je &e tttë suis pdibt aussi informé s'il avoit eu dessin de m'otTenéer; car je ne suis nullement de celix i]ul s'oflbottetit de ce qu'on réfute leurs opinions ; au contraire je tûé tiendrai toujours très obligé à ceux qui tout da bon et sans chicaner entreprendront de les impti^gner; et si quelqu'un me faisoit la faveur de ma montrer quelque chose en quoi je me fusse trompé, il ne pourroit m'obllger davantage. Et m6me ceux qui tâcheront par leurs sophismesetcavilla'» tiens de combattre mes opinions pourront s'assurer que si je ne fais pas grand compte d'eux, au moins je he m'en tiendrai point offensé, car par là Ils en confirmeront la vérité; et plus Ils feront paraître d'envie, plus j'aurai sujet de croire qu'ils m'estiment ou qu'Us me craignent. Et enfin je ne me mettrois pas fort en peine de voir l'écrit du P. B. si o'étoit de loi seul qu'il dût venir; car je le dis bardlmenti après avoir vu sa vélitation, oA il parolt manifestement qu'il n'a eu aucun soin de rechercher la vérité^ mais où il est très constant qu'il m'attribue des opinions que je n'ai jamais pensées ni écrites^ je pense avoir droit de ne pas beaucoup estimer tout de qui ne viendra que de lui seul, et de le juger indigne qu'on le lise et qu'on y réponde. Mais après que le fti P. recteur aura reçu mes lettres, j'attendrai avec Impatience, et verrai même avec plaisir et estime tout ce que non-seulement le R. P. B., mais aussi les autres Pères de sa société écriront contre mes opinions; car pour lors je serai assuré que, quoi que ce soit, et quelque nom qu'un tel écrit porte, ce ne sera pas l'ouvrage d'un seul, mais qu'il aura été composé, examiné et corrigé par plusieurs des plus doctes et des plus sages de sa compagnie; et par eonséqdent qu'il ne contiendra aucunes cavillatiens, aucuns sophismes, aucunes invectives ni aucun discours Inutile, mais seulement de bonnes et solides raisons t et qu'on n'y aura omis pas un dm arguments qu'on peut légitimement Apporter contre moi ; eft sorte que par ce seul écrit j'aurai sujet d'espérer de pouvoir être délivré de toutes mes erreurs; et même è\ dans le grand nombre des choses que j'ai éeritas et expliquées il y eil avoil quelqu'une qui tie s'y trouvât point réfutée, j'aurai lieu de eroife qu'elle ne le peut être par personne, et partant qu'elle est entièrement vraie et indublublOi car les choses que j'ai écrites sont tetlea que, n'étant appuyées que sur des ralsona ftnatiiiffiatlquea ou sur des etpérieuces certaines, ellsa ne peuteni rien ceiitetiir dé faux qu'il ne soit très facile à des personnes si pleines d'eeprH et si savantes de le réfuter par une démonstration très évidente; et ils ne négligeront pas, comme

GOR&eSFOimAHCB.

J*«fpiii, de tes eiaoïioer , qiiii(|«ê Je les aie proatées ptr des raisons mathémaUques, et que, faisant distinction entre la mathématiqœ et la philosophie, *l8 ^asseat une plus oinrerte profession de ceUe-ci que de l'autre ; car j*ai traité de plusieurs <Aos0s qu'on n'a coutume de traiter qu'en pUlo- Sophie» comme entre autres de tous les météores ; et je pense qu'on ne sauroît rien souhaiter de plus en une matière de philosophie que d'en pouvoir donner une démonstration mathématique. Or, encore que je me sois peut-être trompé en beaucoup de choses, je ne pense pas toutefois m'étre trompé en tout. Je ne me moque point; mes ennemis même avouent tous d'un commun accord que je ne suis pas tout-i-fait ignorant dans ks mathématiques, quoique dans les autres ehOBSs ils tâchent autant qu'ils peuTont de dé^ crier oe qne mes amis disent de moi. Mais si toute ma m^ématique ne m'a point trompé, et si par son moyen j'ai seulement découvert la vérité dans une on deux questions de philosophie, je puis prétendre quelque part aux bonnes grâces de ces révérends Pères, qui emploient une bonne partie de teur temps i une si utile recherche. Et encore qu'il n'y en eût aucune où je ne me fusse trompé, ils ne pourront toutefois s'empêcher de me vouloir du bien et de louer mon entreprise, qui ne tend qu'à rechercher la vérité avec candeur et à satisfaire au désir que j'ai de m'instruîre sans opiniâtreté. Enfin, puisque ma réponse i la vélitatlon du R. P. B. lui a été non-seulement montrée, mais aussi au R. P. Phelippeaux, les autres Pères de la société ne peuvent pas maintenant ignorer ce qu'elle contient; et je me souviens que J'y ai fait mention des lettres que j'avois écrites au R. P. recteur, en sorte qu'il peut avoir sujet de s'étonner de ne les avoir point encore reçues , et même aussi de l'interpréter à mal, à cause que j'ai répondu assez librement à cette vélitatlon, ne me doutant point qu'elle vint d'aucun des Pères de cette société. Et certes on ne m'a point en cela fait de plaisir de leur avoir montré une réponse qui ne saurolt leur être fort agréable, et de ne leur avoir pas montré mes lettres par lesquelles je tâchois de me concilier leur bienveillance. C'est pourquoi je prie très instamment votre révérence de faire rendre au plus têt ces tettres au R. P. recteur, ou même, si elle n'y a point de répugnance, de prendre elle-même la peine de les lui porter, et en même temps aussi de lui faire voir la présente, afin qu'il connoisse d'autant mieux ce qui m'a porté à lui écrire, et cooiLien j'ai de respect et de soumission pour toute sa sodété.

ir S9.--AD R. P. BOURBIN, JtSlIITE.

(Lettre XYl du tome DL Venioa.) VMptQnbraisaii

Mon révérend Père

Je ne reçus vos dernières, datées du septlime août, qu'avant-hler, qui étoit le sixième sept^bre. Et il y a trois semaines que je fis réponse i vos précédentes, qui m'avoient aussi été rendoes plus tard qu'elles ne dévoient, eu égard i la distance des lieux. Et je m'étonne fort que toqs n'ayez point fait de difficulté d'impugner, et même de condamner comme busse et ridicoii une doctrine que vous dites vous *avoir sembii douteuse, vu que vous me reprenez d'avoir réfoté un écrit que je n'ai point douté être absolament faux. Et il importe fort peu que cet écrit fût achevé, ou seulement commencé ; car o'ai-je pas trouvé dans le commencement assez û'bi^ ments pour pouvoir hardiment le condamner de fausseté ; et vous, n'avouez- vous pas que dans le mien, qui étoit complet, vous n'en avez pa trouver assez que pour vous faire douter de sa do^ trine. J'omets le reste du contenu de votre lettre, pource que j'y ai déjà assez répondu dans mei précédentes. Mais j'ai une prière à vous laire, qui est que, comme j'ai fait imprimer votre écrit avec les notes que j'ai laites dessus, tel que je l'avois reçu, sans y changer une seule lettre; de même aussi, s'il vous prend envie d'écrire quelque chose contre mes remarques, je vous prie de ne les point proposer estropiées et imparfaites, mais de les faire voir tout entières et telles qu'elles sont, avec la lettre que j'y ai jointe. Ajoutez-y aussi, si bon vous semble, toutes vos autres questions ; mais A vous en ajoutes quelqu'une, gardez-vous bi^ d'oublier celle où voui devez parler de l'existence de Dieu. Vous savei combien les athées et les libertins sont malicieai et médisants ; et si, après avoir rejeté mes arguments, vous n'en apportez point de meilleurs, sans doute qu'ils diront que vous n'en avez point; et peut-être même (ce qu'à Dieu ne plaise) qu'il» rejetteront cet opprobre sur tout le corps de vous société. Enfin, vous ne devez point craindre que de mon côté je tâche à faire en sorte qu'on tous empêche d'achever et de publier les écrits qu« vous voulez faire contre moi ; car, au co»^^ si vous me voulez croire, je vous conseille plutw de le-faîre que de vous amuser plus longtemps » écrire des lettres ; car cela pourrolt donner o^

slon à ceux qui vous voudroient «J»"^ f ^ que vouscherchaàreculeretèruser, DétauiF»

iort pour 0Q venir à un oumbat oavert.

ANNÉC 1640b

fi^kppréhende point aussi raigrear da style ni la mahitode ou la reDommée de mes adversaires. Il j a longtemps que j*al tâché de faire en sorte qo*OD De pût rien dire de moi de véritable que je ne Toulusse bien entendre. Mais si quelques-uns osent de calomnies, j'espère qu'il me sera facile de découvrir leurs fiçesses, et ils ne le pourront &ire sans s'exposer au mépris et à la risée de toutes les personnes sages, et même plus le nombre de mes adversaires sera grand et plus leur nom sera célèbre, d'autant plus aussi aurai-je sujet de me glorifier de la grandeur de leur envie. Mais pour ceux qui aimen^t la vérité, tels que sont sans doute tous les Pères de votre société, je ne doute point qu'ils ne me soient tous amis. Et comme je fais une estime toute particulière de tous ceux qui excellent en piété ou en doctrine , aussi suis-je entièrement au service de ceux qui me font l'honneur de me mettre an rang de leurs

SHliS.

(Lettre XLm du tome II.)

lOteiMaiibreieia»

Mon révérend Père,

Je ne vous eusse peint encore écrit à ce voyage, sinon que je me suis avisé d'une chose dont je serai bien aise d'avoir votre avis et instruction. Cest que je m'étois ci-devant proposé de ne faire imprimer que vingt ou trente exemplaires de mon petit Traité de métaphysique, pour les envoyer i autant de théologiens et leur en demander leur opinion ainsi que je vous avois mandé ; mais pource que je ne vois pas que je puisse faire cela sans qu'il soit vu de tous ceux qui seront curieux de le voir, soit qu'ils l'aient de quelques-uns de ceux à qui je l'aurai envoyé, soit du libraire, qui ne manquera pas d'en faire imprimer plus d'exemplaires que je ne voudrai, il me semble que je ferai peut-être mieux d'en faire faire une Imprestion publique du premier coup ; car enfin je ne crains pas qu'il y ait rien qui puisse désagréer aux théologiens ; mais j'eusse seulement désiré avoir l'approbation de plusieurs pour empêcher les cavlllations des ignorants qui ont envie de contredire, et qui pourront être d'autant plus éloquents en cette matière qu'ils l'entendront moins et qu'ils croiront qu'elle peut être moins •nteodae par le peuple, si ce n'est que l'autorité de plusieurs gens doctes les retiennent ; et pour cela j'ai pensé que je ne ferois peut-être pas mal si je vous envoyois mon traité en manuscrit, et que vous k fissies voir au R. P. Gibieuf, auquel

fè ponrrolsansU éerifé pouf 1è prier de l*exlml« ner, et je suis fort trompé s*il manque à me faire la faveur de Tapprouver ; pais vous le pourries aussi faire voir k quelques autres sek*n que vous le jugeriez à propos ; et ainsi «ayant l'approbatloa de trois ou quatre ou de (dusleurs, on le feroH imprimer ; et je le dédierois, si vous le trouves bon, à MM. de Sorbonne en général, afin de les prier d'être mes protecteurs en la cause de IMeu: car je vous dirai que les cavlllations de quelquesuns * m'ont fait résoudre à me munir dorénavant le plus que je pourrai de l'autorité d'aatrul, puisque la vérité est si peu estimée étant seule. Je Qe ferai point encore mon voyage pour cet hiver; car, puisque je dois recevoir les objections des PP. jésuites dans quatre ou cinq mois, je crois qu'il faut que je me tienne en posture pour les attendre ; et cependant j*al envie de relira un peu leur philosophie (ce que je h'ai pas fait depuis vingt ans), afin de voir si elle me semblera maintenant meilleure qu'elle ne ihlBOit autrefois : et pour cet elfet je vous prie de me mander les noms des auteurs qui ont écrit des court de philosophie, lesquels sont les plus suivis par eux, et s'ils en ont quelques nouveaux* ; je ne me souviens pkis que des conimbres >. Je voudrois savoir ami s'il y en a quelqu'un qui ait fait un compendium de toute la philosophie de l'école et qui soit suivi, car cela m'épargneroit le temps do lire leurs gros livres. Il y avoit, ce me semble, un feuillant ou chartreux qui l'avoft Mt, mais je ne me souviens plus de son nom. Au rerte. Si vous trouvez bon que je dédie mon Traité de métaphysique à la Sorbonne, je vous prie aussi de me mander comment il fandroit mettre au titre de la

lettre dédicatoire

Ce qu'on vous a écrit de Blaye, que tofitce que nous concevons distinctement comme possible est possible, et nous concevons distinctement qu'il est possible que le monde ait été produit, donc il a été produit : c'est une raison que j'approuve entièrement ; et il est certain qu'on ne sauroit concevoir distinctement que le soleil ni aucune autre chose ^ soit indépendante^, si ce n'est qu'on y conçoive une puissance infinie laquelle n'est qu'en Dieu ; mais on se trompe bien fort de penser concevoir distinctement que chaque atome , on même chaque partie de la matière est indiiïérente a occuper un plus grand ou un mohidre espace; car® en la pensée distincte d'une partie de la

(1) aCavUlalkm 4h P. SoNnttn. »

(S) «r Depuii vmgt am, »

(3) « Tokibu ei JUiMiu. i*

(4) « Finie, »

m *Car nnd^pentUmee, êtam conçu» dtedwfemaïf, eosiprend m tok VinfinUé, Si oo se ttompe...» (Variante.) (SI icCar^ firemkrtmem, po» «n sfomc, S se jmhI josMtff

CORftSSPQNJtHIfCE.

ipiitier^ la quantité 4étm»iP4^4«r«fMf)^ q«>llf occupe doit Décessairement étra otippriio. }*^ priDCipal but da ipa Métaphysique i|*^st qvie 4'axv piiqvar lea çhos^a qu'où pa«i< ^sofifair dlftioq* tament, Pour le flux et reflux, je m'assqre que si iN)i}8 aYi^z Yu ce que je ifous ep ai écrit, avec le reste de la pièce dont il est tiré, tous n'eu chercheriez pojpt d*autre cause; celMà est trop évidente ^t ae rapporte exactement à toute» les expériences ; car le flux, qui se foit également en tout le corps de la ipar, paroit diversement aux diverses oâtes selon qu'ellea sont diversement situées et disposées. Comme en la mer qui est ici le Ipqg de U SQUaude, V^n est baaucQup mo)R8 4 monter qu'à despendre, ce qui vient de ce qu*elie se décharge par le Texel dans le 2uyder* aée et par la l^élaPda dans le Rhi» : et le rpars* caret vie^t de œ que toute l'eau que }e flq^ apr porte aptr^ les câte9 d*Sipagne et 49 Rratfgne ae Ta décharger epsemble vera la Pordogpe, oomma voua poQvea voir daoa la carte ; et aiqsi, en cpqnoissaqt bieq partloulièremeqt toutes les cdtes, la raison partièulière du flux qqi s'y ob^ aerve se peut aisément dédMîre de la ^énéraîa qua j*ai donnée,

Poqr les abjections de rhoiqme de Nismea, je jMge, ilu peu que vous m'en écrivei, qu'elles ne doivent guère yaloir; <»r de dire qu*oq pe doit pas supposer qqe la balle p*ait ni pemnfeur qi flgl4re, etc , c'est moptrer qq*il pe sait ce qqe c'eat qqe scieufie, On sait bieq qu'qne balle n'ept paa sans pesanteur ni parfaitement dure , et que sont mouyement diminue toqjoqrs, d'où il sqitque ja^ mais aa réflexion ne se fait à angles parfaitement égaqx ; mais c'est être ridieide que de ne vouloir pas qu'on examine ce qui arriveroit eq cas qu'elle fût telle; et en l'action de la lumière je ne considère pas le mouvement, mais Taction, qui, étant Instantanée, ne peut ainsi diminuer^. Je prévois que j'aurai assez de cavillations du père N*^ en cette matière, c'est pourquoi je n'ai point epvie d'eu voir d'autres. Pour la graoda quaqtlté des odeurs qui s'exhalent des fleura, elle 00 viont que de l'extrême petitesso dea partiaa qui lei portent. )0 auia» etc. ^

0^eouatdUUnclmau^àcamqm la seuk 4ignificimon di^ mot impMiue cmUradiaion, à savoir (Péire corps et a'étre (néMsiùie, Et pour une vrak parUeùe la matière, la quantité deprntàniê de FispacB qu'elle 0€ct^ M uéee$talrmeaicmipriâê m la pentée dUtincle tpfon en puiiae avofr. Le princ^ but, de ma... » (Variaote.)

(1) « Et encore qu'elle diminueroitt il est certain que ce doit être de fort peu, vu qtteUe ue te perd pae louée en venant du toleU Jusqu'à nous, et ainsi que cela ne éfM point 0re cofwidéré. Je préTob..j» (VaiiaDte.)

(^ «BourdiD.;

SORPONNK^

(I<ettre XLVI 4a tome H,) Monsieur et révérend Père,

L'honneur que vous m'avea fait, il y a pluieun années, de me témoigner que mes sentiments touchant la philosophie ne vous sembloieot pas incroyables, et la oonnoissanoe que j'ai de Totra siqgulière dootrine, me fait extrêmement dèsiiw qu^il vous plaise prendre la peine de voir récrit de métaphysique que j'ai prié le révérend pire Mersênne de vous communiquer. Mon opiaisD est que le chemin que j*y prends pour faire oofiDohn la nature de l'Âme humaine , et pour démontrer l'existence de Dieu, est l'unique par lequel on en puisse bien venir i bout ; je juge bien qu'il snpolt pu être l^eaucoup mieux âutvi par un autre, et que j'aurai omis plusieurs choses qui avoleBt besoin d'être expliquées, mais je me fais fort de pouvoir remédier i tout ce qui manque, en cas que j'en sois averti, et de rendre les preuves dont je me sers si évidentes et si certaines qu'elles pourront être prisée pour des démonstrations. Il y manque toutefois encore un point, qui est que je ne puis faire que toutes sortes d'esprits soient capables de les entendre, ni même qu'ils preoneDt la peine de les lire avec attention, si elles ne leur sont recommandées par d'autres que par mol; et d'autant que je ne sache personne au monde qui puisse plus en cela que messieurs de Sorbonne, ni de qui j*espère des jugements plus sincères, je me suis propdsé de chercher particulièrement leur protection ; et pource que vous êtes l'an des principaux de leur corps, et que vous m'atei toujours fait l'honneur de me témoigner de l'af* fection, et surtout à cause que c'est la cause de Dieu que j'ai entrepris de défendre, j'espère beaucoup d'assistance de vous en ceei, tant par votre conseil, en avertissant le père Mersênne de hi façon qu'il doit ménager cette affaire, que par votre faveur, en me procurant des juges fayorS' blés et en vous mettant de leur nombre. Ed quoi vous m'obligerez à être passionnément toute ma vie, etc.

N« 42, — AU R. P. MEKSSNNIl.

( Lettre XL?I] da tome H.) MoB révérend Fèrtt je voua epvoie enfin mon écrit <fe métapb}*i'

(<) «cette leura est ad^f8,f|a0 ^dfinrao^

AS^m 164Q.

que, auquel je D*ai point mis tfe titre, aQo de voqs en faire le parrain et tous laisser la puissance de le baptiser. Je crois qu*on le pourra nommer, ainsi que je vous ai écrit par ma précédente, Meditatianes de prima philosophiâ; car je n'y traite pas sealemeut de pieu et de Tâme, mais en général de toutes les premières choses qu*OQ peut connoître eu philosophant par ordre ; et mon uom est connu de tant de gens que si je ne le voulols pas mettre ici on croiroit que j'y entendrois quelque finesse, et que je le ferols plutdt par vanité que par modestie.

Pour la lettre à messieurs de Sorbonne, si j*ai manqué an titpe, 014 qq'il y fa|lle quelque souscription ou autre cérémonie, je vous prie d*y vouloir suppléer, et je crois qu'elle sera aussi bonne étant écrite de la main d'un autre que de la mienne. Je vous l'envoie séparée du traité, à cause que si toutes choses vont comme elles doi- Tent, il me semble que le meilleur seroit, après que tout aura été vu parle père G.S et, s'il vous plaît, par un ou deux autres de vos amis, qu'on imprimât le traité sans la lettre, à cause que sa copie en est trop mal écrite pour être lue de plusieurs, et qu'on le présentât ainsi imprime au corps de la Sorbonne avec la lettre écrite à la main. Ensuite de quoi il me semble que le droit du jeu sera qu*ils commettent quelques -uas d'entre eux pour l'examiner, et il leur faudra donner autant d'exemplaires pour cel^ qu'ils ep auront besoin, ou plutdt autaut qu'ils sont de docteurs, et s'ils trouvent quelque chose à objecter, qu'ils me renvoient aiin que j'y réponde, ce qu'on pourri^ faire imprimer à la fin du livre. Et après cela il me semble quMls ne pourront refuser de donner leur jugement, lequel pourra être imprimé au commencement du livre avec la lettre que je leur écris. Mais les choses iront peut-être tout autrement que je ne pense, c'est pourquoi je m'en remets entièrement à vous, et au père G., que j^ prie p^r m^ lettre de vous vouloir ()ider à ménagof cette affaire : car la vélitation que vous savez m'a fait connoître que, quelque bon droit qu'on puisse avoir, on ne laisse pas d'avoir toujours besoiq d'amis pour le défendre. L'importance est en ceci que, puisque je soutiens \e^ cause de Dieu, on ne sauroit rejetef ines raisons, si ce n'est qu*pn y montre du paraiogisipe, ce que je crois être impossible, ni les mépriser, si' ce n'est qu'pn n*aii donne de noeilleures, à quoi jo P^nse qu'on aura ; de peine. Je suis, etc.

écrite, comme ta saWante, au P. Heneime, te 11 Dovemfareisio, etcDmoi» IsIS* envoTée le 19 aoiFcnbm ISie.» (Note de rexemplalre ^ llDsUtuU) (I) «Gibieur.»

( Lettre CXYU du topie II. Tsnion. )

Moosieup,

You^ me comb1^7 toiuourf de tan( de civilité et de bons offices que vous me réduis^ ail poipt de ne vous pouvoir jamais satisfaire : mais, à dire le vrai, ce m'est une chose bien agréable et bien avantageuse d'être vaincu ie la sorte* Je suivrai le plus epctement qu'il me sern pns&ible vos ordres e( vos avj^, principat^mep^ daP9 1^ chosfs qui regardent I4 théologie et 1^ reiigiop, où je ne pense pas qu'il y ait rien avec quoi ipa philosophie ne s'accorde be^ucqup m^ui^ que lf| vulgaire. Et pour ce qui est de ce^ CQRtrovers^s qui s'agitei|t aujourd'hui dans la théologie, 4 pause des f|iqx principes de philosophie ^ur lesquels elles sont fondées, je ne m'ingérerai pojpt ie le^ vouloir éclaircir, de peur de pass^ les bornes de ip(^ profession : mais s'il arrive jaipais que mes opinioQs soient reçues, j'ose croire qu^ toutes ces controverses cefs^fout, et qu'elles tomt>eront d'^l§|mêmes. Il p^ me reste plufi ^ présent q\\W l^iil scrupule, qui pst touch^^ut If) q)uuveu)ent 4o (a terre ; of pour ce\^ j'ai iu« of dfe % ce qu'qp pp^sultat pour nioi up cardinal qpi me f^it l'ijouneur Î0 m'avouer pour un de «es 9^m|s il y a plufleuni lapées, et qui est Ynu ((e çett^ PQPgi^tiun^ qui a condamné Galilée; j'apprendrai vojoptjers de lui comment je me dois comporter en cela ; et ppurvu que j'aie de mon cdté Rome et la Sorbonne, ou dp 'moins que je ne les aie pas contre ipoj, j'espère de pouvoir tout seul soutenir saps beaucoup de peiue tous les efforts de (u^ envieux. Quant aux philosophes, je ne leur dédare la guerre que pour les obliger à une p^ix ; car m'aperoevant déjà que secrètement ils nie yeulent du mftl et qu'ils me dressent des embucl^es, j'aime bien mieux leur faire une guerre ouverte, afin qu'ils ^ieut 011 victorieux ou vaincus, qq^ d'atteudre 4 les f^r cevoif à mou (|ésav^ntage, Je ne pen^ pM 4U«|i que ma philosophie me dojve faire da pQUYpau|p ennemis ; bjen ^u contraire^ j'espère qu'elle iu# procurera de nouveaux amis et de nouveaux iét fepseurs ; que si péanmoins Ip ^ntrair^ firrlypit, mon esprit n'en sera point abattu pour cela. Pi je ne laisserai pas durant l9^ guerre da jouir epi mon intérieur d'une paix et d'une tranquillité aussi profonde que j'ai fait jusqu'^ présent M milieu dp mon repos.

^e Gompieoce giaintep^nt i m'aperoev^if qm je ne suis pas tout-à-fait malheureux ; et je voo^

(i) «Barborli^gffpafrtBff ^^m*f

CORRESPONDANCE

confesse qae j'aurais (oH de me repentir d*aToir mis mes écrits en lumière, sachant qu'une personne de votre mérite se donne la peine de les lire avec attention, s'étudie à les bien comprendre , et me sait gré de les avoir publiés. Mais comme il y en a fort peu qui vous ressemblent en cela, j'ai sujet de vous rendre grâces, et vous suis infiniment obligé de l'insigne faveur que je reçois de vous d'avoir bien voulu vous mettre de ce petit nombre, et même d'y paroître comme un des plus considérables ; ce que je dis, non -seulement eu égard aux assurances que vous me donnez de votre amitié, mais aussi pour les belles et savantes remarquas dont vous avez accompagné votre lettre. Et véritablement mes pensées sont si conformes i celles qui sont coudiées dans cet écrit que je ne me souviens point d'avoir rien vu jusqu'ici où tout ce qu*il y a de moelle et de substance (pour ainsi dire) dans ma Métaphysique soit mieux compris et renfermé que là-dedans. Et afin que vous ne croyiez pas que je ne dis ceci que par manière de compliment et que je ne parle autrement que je ne pense, je marquerai ici deux ou trois endroits qui sont les seuls où j'ai remarqué que vous étiez éloigné, non pas de mon sens, mais de la façon ordinaire dont je m'exprime. Il y en a deux en la quatrième colonne; le premier contient ces mots : ni Dieu n^apas non plus ta faculté de se priver de son existence; car par ce mot de faculté nous entendons ordinairement quelque per/êch'on; or ce seroit une Imperfection en Dieu de se pouvoir priver de sa propre existence : c'est pourquoi, pour obvier aux calomnies des médisants, je serois d'avis que vous vous servissiez de ces mots, et il répugne que Dieu se puisse priver de sa propre existence^ ou qu'U la puisse perdre d'ailleurs, etc.

Le second est où vous dites que Dieu est la cause de soi-même : mais pource que ci-devant quelques-uns ont mal interprété ces paroles, il me semble qu'il est à propos de les éclairclr en leur donnant l'explication suivante : être la cause de soi-même, c'est-à-dire être par soi et n'avoir point d'autre catue de soi-même que sa propre tsssence, que Von peut dire en être la cause formelle.

Le troisième endroit que j'ai remarqué est vers la fin de vos annotations , où vous dites que la matière est la machine du monde; au lieu de quoi j'aurois mieux aimé dire que le monde, comme une macMne, est composé de matière, ou bien que les choses naturelles n'ont point d'autre caisse de leur mouvement que les arltficielles, ou quelque chose de semblable.

Mais ces fautes sont si légères et de si petite eonséquenoe que j'en trouve beaucoup plus à

corriger toutes les fols que je repasse lesyeaiSQr mes propres écrits ; et nous ne pouvons jamali étpe si exacts en ce que nous faisons que nous ne laissions aux chicaneurs aucune matière pour exercer leur style. Au reste, je ne pense pas qu'il y ait rien qui porte plus les hommes à une mutuelle amitié que la conformité de leurs pensées: c'est pourquoi, comme je me persuade aisément que vous tiendrez la promesse que vous me M\a d'une parfaite amitié, de même aussi je vous prie de ne point douter du zèle et de l'affectioD que j'ai pour vous. Je suis, etc.

fT 44. — A M. M***.

(Lettre CXYIII du tome 0.)

Monsieur,

Je suis bien aise que la liberté que j'ai prise de vous écrire mon sentiment ne vous ait pas t\i désagréable, et je vous suis obligé de ce que tous témoignez le vouloir suivre, nonobstant que tous ayez des raisons au contraire que je confesse être très fortes : car je ne doute point que votre esprit ne vous puisse fournir de meilleurs divertisaements que ne fait le tracas du monde; et bien que la coutume et l'exemple lassent estimer le métier de la guerre comme le plus noble de tous, pour moi, qui le considère en philosophe^ je ue l'estime qu'autant qu'il vaut, et même j'ai bleu de la peine à lui donner place entre les professiODi honorables, voyant que l'oisiveté et le libertioiige sont les deux principaux motifs qui y portent aujourd'hui la plupart des hommes, ce qui fait que j'aurois un regret inconsolable s'il vous y mésarrivoit. Enfin j'avoue qu'un homme incommodé de maladie se doit estimer plus vieux qu'un autre, et qu'il vaut mieux se retirer sur son gain que sur sa perte. Toutefois, pource qu'au jeu dont il est ici question je ne crois point qu'il y ait aucuo hasard de perte, mais seulement de gagner ou ne gagner pas, il me semble qu'il est assez à temps de s'en retirer lorsqu'on n'y gagne plus. Et pource que j'ai vu souvent des vieillards qui m'ont dit avoir été plus malsains en leur jeunesse que beaucoup d'autres qui sont morts plus tAt qu'eux, il me semble que, quelque foiblesse ou disposition du corps que nous ayons, nous devons user de la vie et en disposer les fonctions en même façon que si nous étions assurés de parvenir jusqu'à ooe extrême vieillesse : bien qu'au contraire, quelque force ou quelque santé que nous ayons, nous devions aussi être préparés à recevoir la mort sans regret quand elle viendra, parce qu'elle peut venir à tous moments, et que nous ne saurions faire aucune action qui ne soit capable de la causer:

si nous mangeons an morceau de pain, il sera peat-étre empoisonné; si nous passons par une rue, quelque tuile peu^étre tombera d'un toit qui BOUS écrasera, et ainsi des autres. C*est pourquoi, puisque nous vivons parmi tant de hasards inévitables» il me semble que la sagesse ne nous défend pas de nous exposer aussi a celui de la guerre, quand une belle et juste occasion nous y oblige, pourvu que ce soit sans témérité, et que nous ne refusions pas de porter des armes à répreuve autant qu'il se peut. Enfin, je crois que, quelque agréables que soient les divertissements que nous choisissons de nous-mêmes, ils ne nous empêchent point tant de penser à nos Ihcommodites que font ceux auxquels nous sommes obligés par quelque devoir, et que notre corps s*aoooutume si fort au train de vie que nous menons qu'il arrive bien plus souvent qu'on s'incommode en sa santé lorsqu'on le change que non pas qu'on la rende meilleure, principalement quand le changement est trop subit : c'est pourquoi il me semble que le meilleur est de ne passer d'une extrémité à l'autre que par degrés. Pour moi, avant que je vinsse en ce pays pour y chercher la solitude, je passai un hiver en France à hi campagne, où je fis mon apprentissage; et si j'étois engagé en quelque train de vie dans lequel mon indisposition ne me permit pas de persister longtenips, je ne voudrois point dissimuler cette indisposition, mais plutôt la faire paroître plus grande qu'elle ne seroit, afin de me pouvoir dispenser honnêtement de toutes les actions qui lui pourroîent nuire, et ainsi, prenant mes aises peu à peu, de parvenir par degrés i une entière liberté.

Je sais bien que vous n'avez point affaire de ces gros liyres ; mais afin que vous né me blAmIes pas d'employer trop de temps i les lire, je ne les al pas voulu garder davantage : O est vrai que je ne les ai pas tous lus, mais je crois néanmoins avoir vu tout ce qu'ils contiennent. Ledit N. a quantité de forfanteries, et est plus charlatan que savant : il parle entre autres choses d'une matière qu'il dit avoir eue d'un marchand arabe, qui tourne nuit et jour vers le soleil. Si cela étoit vrai la chose seroit curieuse; mais il n'explique point foelle est cette matière. Le père Mersenne m'a iotrefiois mandé que c'étoit de la graine d'héliotropium, ce que je ne crois pas véritable, si ce D'est que cette graine ait plus de force en Arabie <ia*en ce pays; car j'eus assez de loisir pour en Ûre Texpérienoe, mais elle ne réussit point.

Pour la variation de l'aimant, j'ai toujours cru qa'elle ne procédoit que des inégalités de la terre, en sorte que l'aiguille se tourne vers le cAté où il y a le plus de la matière qui est propre i l'attirer,

DiSCAATES.

et pouroe que cette matière peut changer de lieu dans le fond de la mer ou dans les concavités de la terre, sans que les hommes le puissent savoir, il m'a semblé que ce changement de variation, qui a été observé à Londres, et aussi en quelques autres endroits, ainsi que rapporte votre Kirkerus, étoit seulement une question de fedt, et que la philosophie n'y avolt pas grand droit.

Vous m'avez obligé de m'avertir du passage de saint Augustin auquel mon je penêe^ donc je niis, a quelque rapport ; je l'ai été lire aujourd'hui en la bibliothèque de cette ville, et je trouve véritablement qu'il s'en sert pour prouver la certitude de notre être, et ensuite pour faire voir qu'il y a en nous quelque image de la Trinité , en ce que nous sommes , nous savons que nous sommes , et nous aimons cet être et cette science qui est en nous ; au lieu que je m'en sers pour faire conno!tre que ce fiioî qui pense est une êubstanee «m* fnaiérieUey et qui n'a rien de corporel, qui sont deux choses fort différentes; et c'est une chose qui de soi est si simple et si naturelle à inférer qu'on est, de ce qu'on doute, qu'elle auroit pu tomber sous la plume de qui que ce soit; mais je ne laisse pas d'être bien aise d'avoir rencontré avec saint Augustin, quand ce ne seroit que pour fermer la boudie aux petits esprits qui ont tichi de regabeler sur ce principe. Le peu que J'ai écrit de métaphysique est déjà en chemin pour aller i Paris, où je crois qu'on le fera imprimer; et il ne m'en est resté ici qu'un brouillon si plein de ratures que j'aurois moi-même de la peine à le lire, ce qui est cause que je ne puis vous l'offrir; mais sitAt qu'il sera imprimé, j'aurai soin de vous en envoyer des premiers, puisqu'il vous phiit me fiiire la faveur de le vouloir lire, et je serai fort aise d'en apprendre votre jugement.

Encore* que la principale raison qui m'a lait vous Importuner pour l'adresse de mes rêveries de métaphysique soit que j'ai recherché cette occasion pour les pouvoir soumettre à votre censure, et vous prier de m'en apprendre votre jugement, si est-ce que pensant aux affaires infinies qui, si dles ne sont suffisantes pour voos occuper, ne peuvent au moins manquer de vous interrompre, j'appréhende bien fort que vous n'y puissiez prendre de goût ni de plaisir, à cause que je ne me persuade pas qu'il soit possible d'y en prendre aucun, je dirois, à méditer sur les mêmes matières que j'ai traitées, si je ne craignois par l& de vous

(I) «ce denier aHiiéaputjtt être im fragment <faiie lettre adressée & M. de ZuitUcheii, d^autaot que œ fat par son moyen et par son adresse que Descanes Toulat envoyer d*a* bord i Paris son Traité de MétaphuUgue. On peut dater ce fragment du 11 noTembre IMO .» ( Hôte de rexenqilaire de rinsUuu.)

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ea d%>flter de tdle sorte que tous ne dalgnas- Éei les regarder ; mais je dirai, si ce n'est qu'on prenne au moins la peine de lire tout d'une haleine les cinq premières méditations , avec ma réponse de ce qui est à la fin des sixièmes objeclions, et qu'on n'écrire brièvement sur un papier les principales conclusions, afin qu'on en puisse mieui remarquer la suite. Je serols malavisé de vous avertir de cela, si Je le falsois comme pour vous donner quelque instruction que vous pouvez prendre meilleure de vous-même ; mais pource que cette instruction vous coûteroit nécessaire^ ment le temps et la peine de parcourir une partie de cet écrit, et qne Je ne le fais que pour voqs épargner l'un et l'autre, je ip'assure que vous trouvères bon que je vous prie de ne point commencer à lire ces rêveries que lorsqu'il vous plaira y perdre deux heures de suite, sans être diverti par personne, et je serai toute ma vie, etc.

N^ 45.— A M. DE «niTLICHEN.

(Lettre XXXI dQtoaen.)

Monsieur ,

tt voua n^vies Jamais dit auMin bien de moi, Je n'aurols peut-être jamais eu de familiarité avec AQMin prêtre de oes quartiers, car je n^en ai qu^avec deux, dont l'un est M. Bannius, de qui j'ai aoquis la eonnoissaoce par l'estime qu'il avolt oui que vous faisiez du petit Traité de musique qui est autrefois échappé de mes mains ; et l'autre «Il sttD intime ani, M. Bloemert, que j'ai aussi connu par même occasion. Ce que je n'écris pas à desaefai de vous en faire des reproches ; car au contraire je les ai trouvés si braves gens, si vei^ tueux et si exempts des qualités pour lesquelles j'ai ooutume en œ pays d'éviter la fréquentation de oeux de leur robe, que je compte leur oon* noîssance entre les obligations que je vous ai ; ouMa je suis bien aise d'avoir ce prétexte pour excuser un peu i'importonité de la prière que j*ai Ici à iKHis Atire en leur iiveur. Us désirent une 9râce de son Altesse, et pensent la pouvoir obtenir de s^ démence par votre intercession. Je ne aaia p«4nt le particiilier de leur affaire; mais si voua permettez à M. Bloemert de voua en entre* tenir, je n'assure qu'il voue l'exposera en telle sorte ^/OB loqs bo trouvefei rien d'inolvil en sa requête, ni moins de prudence et de raison en ses discours qu'il y a dVt et de beauté dans les airs que compose son ami ; et je dirai seulement Ici que je crois les avoir assez fréquentés pour OOQ^ noitro qu'ils ne sont paa de ces simples fii et

persuadent qu'on ne peut être bon catholique qu'en favorisant le parti du roi qu'on nomme catholique, ni de ces séditieux qui le persuadent aux simples , et qu'ils sont trop dans le bon sens et dans les maximes de la bonne morale. A quoi j'ajoute qu'ils sont Ici trop accommodés et trop à leur aise dans la médiocrité de leur condition ecclésiastique, et qu'ils chérissent trop leur liberté, pour n'être pas bien affectionnés à Tétat dans lequel ils vivent. Que si on leur impute à crime d'être papistes , je veux dire de recevoir leur mission du pape, et de le reconnottre en mbe façon que fbnt les catholiques de France et de tous les autres pays où il y en a, sans que cela donne ^e jalousie aux souverains qui y commandent, c'est un crime si commun et si essentiel i ceuide leur profession que je ne me saurols persuader qu'on le veuille punir i la rigueur en tous ceui qui en sont coupables ; et si quelques-uns en peuvent être exceptés, je m'assure qu'il n'y en a point qui le méritent mieux que ceux-ci, ni pour qui vous puissiez plus utilement vous employer envers son Altesse ; et j*ose dire qMe ce seroitun grand bien pour le pays que tous oeux de leur profession leur ressemblassent. Tous trouvère] peut-être étrange que je vous écrive de la sorte de cette affaire, principalement si vous savez que je le fols de mon mouvement, sans qulls m'en aient requis, et nonobstant que je juge quMlsont plusieurs autres amis dont ils peuvent penser que les prières auroient plus de force envers voqs qqe. les miennes, et même que je sais que Tun d'eux vous est très connu ; mais je vous dirai qu\)utre Testlme particulière que je fais d'euj et le désir que j'ai de les servir, je considère aussi en c^i mon propre intérêt ; car il y en a en France entre mes faiseurs d'objections qui me reprochent la demeure de ce pays, à cause que l'exercice de ma religion n'y est pas libres m^nie ils disent que je ne suis pas en cela si excusable que ceux qui portent les armes pour la défense de cet État, pource que les Intérêts en soirt joints i ceux de la France, et que je pourrois (aire partout ailleurs le même que je fais Ici ; à quoi jeu'ti rien de meilleqr à répondre, sinon qu'ayant icilt libre fréquentation et l'amitié de quelques ecclésiastiques, je ne sens point que ma coqscience } soit contrainte. Mais si ces ecclési{|stiques étoient estimés coupables, je n*espère pas en trouver d'autres plus Innocents en ce pays, ni dont la fréquentation soU plus permise à un homme qui aime si passionnément le repos qu'il veut éviter même les ombres de tout ce qui pourrolt le troubler, mais qui n'est pas pour cela moins passionné pour le service de tous ceux qui lui témoignent de raffection, et vpus m'en meiàéH

témoigné en tant d'occasions qn*encore que je ne pourrais rien obtenir de vous en celle-ci, je ne lainerols pas d^Stre tonte ma vie, etc.

(Lettre L du tome U.)

81 décembre 1640.

Mon réyérend Père,

Je ne viens qne de reoetoir vos lettres nne heare oo deux avant que le messager doive re* tourner, ee qui sera cause que je ne pourrai pour oette fois répondre 4 tout ponctuellement ; mais pouroe que la difliculté que vous proposes pour lo conarium semble être ce qui presse le plus, et que rhonneur que me fait oelui qui veut défen* dre publiquement ce que j'en ai touché en ma Bioptrique m'oblige à taoher de lui satisfaire, je ne veux pas attendre à l'autre voyagea vous dire que fflandula piiuUarim a bien quelque rapport cum glanduld pineali , en oe qu'elle est située comme elle entre les carotides et en la ligne droite par 011 les esprits viennent du cœur vers le cerveau, mais qu'on ne sauroit soupçonner pour cela qu'elle ait même usage, à cause qu'elle n'est pas comme l'antre dans le cerveau, mais au-dessous et entièrement séparée de sa masse dans une concavité de l'os sphénoïde qui est faite exprès pour la recevoir, etiam infrà duram meningem, si j'ai bonne mémoire, outre qu'elle est entièrement immobile, et nous éprouvons en imaginant que le sîégo du sens eommun, c'est-à-dire la partie du cerveau en laquelle l'âme exerce tontes ses principales opérations, doit être mobile. Or ee n'est pas merveille que cette glandula pituiia* ria se rencontre où elle est, entre le cœur et le conarium^ à cause qu'il s'y rencontre aussi quantité de petites artères qui composent le plexus mirabilis^ et qui ne vont point do tout jusqu'au cerveaa ; car c'est quasi une règle générale partout le corps qu'il y a des glandes où plusieurs branches déveines ou d'artèses se rencontrent ; et ce n'est pas merveille aussi que les carotides envoient en ce lieu-là plusieurs branches, car il y en iaut pour nourrir les os et les antres parties, et aussi pour séparer les plus grossières parties du sang des plus subtiles qui montent seules par les branches les plus draitesde ces carotides, jusqu'au dedann du cerveau où est le eanarium. Et il ne Huit point concevoir qne cette séparation se fasse aattenenl qne mediâmcè^ de même que sil totte des jDDCB et de l'écume sur on torrent, lequel se djfise quelque part en de!nx branches, on verra qna ton» «s joncs et oetle écume front se rendre

en celle où l'eau coulera le moins en ligne droite. Or c'est avec grande raison que le eùnarium ett semblable à une glande, à cause que le prindpal office de tontes les glandes est de recevoir les plui subtiles parties du sang qui exhalent des vaisseaux qui les environnent, et le sien de recevoir en même façon les esprits animaux. Et d'autant qu'If n'y a que lui de partie solide en tout le cerveau qui soit unique, Il faut de nécessité quil soit le siège du sens commun, c'est-à-dire de la pensée, et par conséquent de l'âme. Car l'un ne peut être séparé de l'autre ; ou bien il faut avouer que l'âme n'est point immédiateinent unie i^ aucune partie solide du corps, mais seulement aux esprits aqimaux qui sont dans ses concavités et qui rentrent et sortent continuellement ainsi que l'eau d'une rivière, ce qui serolt estimé trop absurife; outre qne la situation du conarium est telle qu'on peut fort bien entendre comment les Ima* ges qui viennent des deux yeux ou les sons quf entrent par les deux oreilles, etc. , se doivent unir an lieu où il est , ce qu'elles ne saurdent fkire dans les concavités, si ce n'étoit en celle du mi* lieu ou dans le conduit au-dessus duquel est le conarium, ce qui ne pourroit suffire, à cause que ces concavités ne sont point distinctes des autres où les Images sont nécessairement doubles. SI Je' puis quelque antre diose pour celui qui vous avoit proposé ceci, je vous prie de l'assurer que je ferai très volontiers tout mon possible pour te satisfaire.

Pour ma Métaphysique, vous m'obligez extrêmement des soins que vous en prenez, et je me remets entièrement à vous pour y corriger ou changer tout ce que vous jugerez à propos; malt je m*étonne que vous me promettiez les objections de divers théologiens dans huit jours, à cause que je me suis persuadé qu'il falloit plus de temps pour y remarquer tout ce qui y est ; et celui quf a fait les objections qui sont à la fin l'a jugé de même. C'est un prêtre d*AlcmaerS qui ne veut point être nommé ; c'est pourquoi si son nom se trouve en quelque Heu, je vous prie de reHhoer. Il faudra aussi, s'il vous plaît, avertir l*fmprlmear de changer les chiffres de ses objections où les pages des Méditations sont citées, pour les faire accorder avec les pages imprimées.

Pour ce que vous dites qne je n'a! pas mis uit mot de l'immortalité de l'âme, vous ne voos en devez pas étonner ; car je ne saorois pas démontrer que Bleu ne la puisse annihiler, mais seulement qu'elle est d'Une nature entièrement âl»^ tinole de celle du corps, et par oonséqnent qu'elle n'est point naturellement sujette à moorir tfoe

(f) a Sans doute If. GaterM.s

CORRESPONDANCE

lui, qui est tout ce qui est requis pour établir la religion ; et c'est aussi tout ce que je me suis proposé de prouver. Vous ne devez pas aussi trouver étrange que je ne prouve point en ma seconde méditation que l*âme soit réellement distincte du corps, et que je me contente de la faire concevoir sans le corps, i cause que je n*ai pas encore en ce lieu-là les prémisses dont on peut tirer cette conclusion ; mais on la trouve après en k sixième méditation : et il est à remarquer en tout ce que j'écris que je ne suis pas l'ordre des matières, mais seulement celui des raisons, c'està-dire que je n'entreprends point de dire en un même lieu tout ce qui appartient à une matière, à cause qu'il me seroit impossible de le bien prouver, y ayant des raisons qui doivent être tirées de bien plus loin les unes que les autres ; mais en raisonnant par ordre, à facilioribus ad diffdiiofa^ j'en déduis ce que je puis, tantôt pour une matière, tantêt pour une autre, ce qui est à mon avis le vrai diemin pour bien trouver et expliquer la vérité; et pour Tordre des matières, il n'est bon que pour ceux dont toutes les raisons •ont détachées, et qui peuvent dire autant d'une difficulté que d'une autre. Ainsi je ne juge pas qu'il soit aucunement à propos, ni même possible, d'insérer dans mes Méditations la réponse aux objections qu'on y peut faire ^ car cela en interromproit toute la suite et même êteroit la force de mes raisons, qui dépend principalement de ce qu'on se doit détourner la pensée des choses sensibles, desquelles la plupart des objections seroient tirées : mais j'ai mis celles de Caterus à la fin, pour montrer le lieu où pourront aussi être les autres s'il en vient; mais je serai bien aise qu'on prenne du temps pour les faire, car il importe peu que ce Traité soit encore deux ou trois ans sans être divulgué : et pource que la copie en est fort mal écrite et qu'elle ne pourroit être vue que par un à la fois, il me semble qu'il ne seroit pas mauvais qu'on en fît imprimer par avance vingt ou trente exemplaires ; et je serai fort aise de payer ce que cela coûtera, car je Taurois fait faire dès ici, sinon que je ne me suis pas fié à aucun libraire, et que je ne voulois pas que les ministres de ce pays le vissent avant nos théologiens. Pour le style, je serols fort aise qu'il fût meilleur qu'il n'est ; mais réservé les fautes de grammaire, s'il y en a, ou ce qui peut sentir la phrase françoise, comme in dubium ponere pour revocaré, je crains qu'il ne s'y puisse rien changer sans préjudice du sens, comme en ces mots, nempê quicfuid hactenùs ut maxime verum admisi, vel à setuibus vel per sermu accepi , qui ajouteroit falium esse^ comme vous me mandez, changerolt entièrement le sens, qui est que j'ai reçu des

sens ou par les sens tout ce que j'ai cru jusqu'ici être le plus vrai. De mettre erutis fundametutiê, au lieu de mffossis, il n'y a pas si grand mal, i cause que l'un et l'autre est latin et signifie quasi le même ; mais il me semble encore que le dernier n'ayant que la seule signification en laquelle je le prends , est bien aussi propre que l'autre qui en a plusieurs. Je vous enverrai peut-être dans huit jours un abrégé des principaux points qui touchent Dieu et l'âme, lequel pourra être imprimé avant les Méditations, afin qu'on TOie où ils se trouvent ; car autrement je vois bien que plusieurs seront dégoûtés de ne pas trouver en un même lieu tout ce qu'ils cherchent. Je serai bien aise que M. des Argues soit aussi un de mei juges, s'il lui plait d'en prendre la peine, et je me fie plus en lui seul qu'en trois théologiens. On ne me fera point aussi de déplaisir de m faire plusieurs objections, car je me promets qu'elles serviront à faire mieux connoitre la vérité, et grâces à Dieu je n'ai pas peur de n'y pouvoir satisfaire : l'heure mo contraint de finir. Je suis, etc.

(Lettre LI du tome II.)

s Janvier 1641.

Mon révérend Père,

Je n'ai point reçu de vos lettres à ce voyage, mais pource que je n'eus pas le temps il y a huit jours de vous répondre à tout, j'ajouterai ici ce que j'avois omis. Et premièrement je vous envoie ud argument de ma Métaphysique, qui pourra, ai vous l'approuvez, être mis au-devant des six Méditations ; en suite de ces mots qui les précèdent, easdem quas ego ex iis conclwiones deiucNr ros, on ajoutera sed quia in sex sequentibw Med.^ etc. On pourra voir là en abrégé tout ce que j'ai prouvé de l'immortalité de l'âme, et tout ce que j'y puis ajouter en donnant ma Physique; et je ne saurois sans pervertir l'ordre prouver seulement que l'âme est distincte du corps avant l'existence de Dieu. Ce que vous dites, qu'on ne sait pas si Vidée d'un être très parfait n'est point la même que celle du monde corporel, est aisé à résoudre, par cela même qui provoque que l'âme est distincte du corps, à savoir, parce qu'on conçoit toute autre chose en l'un qu'en l'autre; mais il est besoin pour cela de former des ideei distinctes des choses dont on veut juger, ce qua l'ordinaire des hommes ne fait pas, et c'est principalement ce que je tâche d'enseigner par mes Méditations ; mais je ne m'arrête pas davantag» sur ces objections, à cause que vous me promet-

In de m'aoToyer dans pen de tempi toutes celles qui se poarroDt fidre, sur quoi j*ai seulement à TOUS prier qu'on ne se hâte point; car ceux qui ' ne prendront pas garde à tout, et se seront contentés de lire la seconde méditation pour savoir ce que j'écris de l|ftme, ou la troisième pour savoir ce que j'écris de Dieu, m'objecteront aisément des choses que j*ai déjà expliquées. Je vous prie, en l'endroit où j*ai misjuxtà legeslogioœ meœ^ de mettre au Wen juxtà Uges verœ hgicœ: c'est environ le milieu de mes réponses ad Caterum^ où 11 m'objecte que j'ai emprunté mon argument de saint Thomas; et ce qui me fait ajouter meœ on verœ au mot logicœ est que j'ai lu des théologiens qui, suivant la logique ordinaire, qucBrurU priùs de Deo quid tit, quam guœsiverint an êit. Vous avez raison qu'où j'ai mis quod facultas ideam Dei in se hahendi esse non fosset in nastro inteUectu^ si ille^ etc. , au lieu de UU il Taut mieux dire hic; c'est environ la quatrième ou cinquième page de ma réponse aux objections, et il est bon aussi de mettre sui cattsam au lieu de eausam en la ligne suivante, comme vous remarquez. Pour ce que je mets ensuite que nikil potest esse in me, hoc est in fnente, cujus non tim conscius^ je l'ai prouvé dans les Méditations, et il suit de ce que l'âme est distincte du corps et que son essence est de penser. Pour la période où vous trouvez de l'obscurité, que ce qui a la polssanoe de créer ou conserver quelque chose séparé de soi-même a aussi i plus forte raison la puissance de se conserver, etc. , je ne vois guère de moyen de la rendre plus claire, sans y ajouter beaucoup de paroles qui n'auroient pas si bonne grâce en une chose dont je n'ai touché qu'un mot en passant. Il est bon où je parle de infinito de mettre, comme vous dites, in/initum, guatenùs infnitum est, nullo modo à nobis comprehendi; le monde forUusè limitilms caret ratione extensioniSf sed non ratione potentiœ, intelligentiœ^ etc. Et sic non omni ex parte limitibus caret. Un peu après on peut mettre, comme vous dites, qud de re nullum dubium esse potest^ après le mot aliquid reale^ en l'enfermant entre deux parenthèses ; mais il ne me semble pas obscur de la façon qu'il est, et on trouvera mille endroits dans Cicéron qui le sont plus. 11 me semble bien clair (^'existeniiapossibilis continetur in omni eo quod claré intelligimus^ quia ex hoc ipso quod clare intelligimus, sequitar illud à Deopossecreari. Pour le mystère de la Trinité, je juge avec saint Thomas qu'il est purement de la foi et ne se peut connoltre par la lumière natorelle ; mais je ne nie point qu'il n'y ait des choies en Dieu que nous n'entendons pas, ainsi qu'il y a même en un triangle plusieurs propriétés que

jamab aucun mathématicien ne connoltra^ bisn que tous ne laissent pas pour cela de savoir ce que c'est qu'un triangle. Il est certain qu'il n'y a rien dans l'effet quod non contineatur formaliter vel eminenter in causa efficiente et totau, qui sont deux mots que j'ai ajoutés expressément; or le soleil ni la pluie ne sont point la cause totale des animaux qu'ils engendrent. Tachevois ceci lorsque j'ai reçu votre dernière lettre, qui me Ut souvenir de vous pri^r de m'écrire si vous avec su la cause pourquoi vous ne reçûtes pas ma Métaphysique au voyage que je vous l'avois envoyée, ni même sitêt que les lettres que je vous avois écrites huit jours après, et si le paquet n'avoit point été ouvert, car je l'avois donné an même messager. Je vous remercie du majorem que vous avez changé en majus^ comme il falloit. Je ne m'étonne pas qu'il se trouve de telles fautes en mes écrits ; car j'y en ai souvent rencontré moi-même de telles , qui arrivent lorsque j'écris en pensant ailleurs; mais je m'étonne que trois ou quatre de mes amis qui ont lu cela ne m'svoient pas averti du solécisme. Je ne serai pas marri de voir ce que M. Morin a écrit de Dieu, i cause que vous dites qu'il procède en mathématicien, bien qu'mfer nos je n'en puisse beaucoup espérer, à cause que je n'ai point ci-devant ouï parler qu'il se mêlât d'écrire de la sorte, non plus que l'autre imprimé à La Rochelle. M. de Z. est de retour, et si vous lui envoyez cela avec le dis* cours de l'Anglois^, je les pourrai recevoir par lui, pourvu toutefois qu'il soit prié de me les en* voyer promptement, car il a tant d'autres affaires qu'il les pourroit oublier. Au reste, réservé ce qui touche ma Métaphysique, à quel je ne manquerai pas de répondre sitêt que vous me l'aurez envoyé, je serai bien aise de n'avoir que le moins de divertissements qu'il se pourra, au moins pour cette année, que j'ai résolu d'employer à écrire ma Philosophie en tel ordre qu'elle puisse aisément être enseignée; et la première partie que je fais maintenant contient quasi les mêmes choses que les Méditations que vous avez, sinon qu'elle est entièrement d'autre style, et que ce qui est mis en l'un tout au long est plus abrégé en l'autre, et vice versé.

Jecrois n'avoir plus rien à répondre au Père h.\ sinon que pour ce qu'il met que d'autres des leurs pourroient encore me réfuter devant leurs disci« pies, sans m'apprendre leurs réfutations, faute d'avoir lu le lieu de la Méthode ou je les en prie, je tiens cela pour une défaite, et je vous assura que si je puis apprendre qu'aucun d'eux me ftise injustice, je le saurai faire éclater en bon lieu, si

(1) Thomas Hobbei. (S) BouidliL

CORRESPONDANCE

Il faudra que je tâche d*ayoir ce qu^il dicte maintenaot touchant la réflexion à ses disciples. Pour la billet du père Gib.^, je n*y réponds aussi encore rien ; par puisqu'il veut m*ëcrire et faire voir mes Méditations à leur général, je dois attendre cela, et je serai bien aise qu'ils ne se bâtent point. Je vous souhaite une heureuse nouvelle année.

Je ne manquerai d'envoyer un transport â M. Soly, pour le privilège, sitôt qu'il en sera besoin, et aussi la copie du privilège si vous ne l'avei. Je crois que dans l'impression il me faudra nommer Cariesxtu, à cause que le nom françois est trop rude en latin. Je prie Dieu pour les fimes de MM. Dounot et de Beaugrand ; mais pour M. de Beaune, je prie Dieu qu'il le conserve, car, puisque vous n'avez point de nouvelles de sa mort, je ne la veux pas croire ni m'en attrister avant le temps, et je le regretterois extrêmement, car je la tiens pour un des meilleurs esprits qui soient iti nonae. Je suis, etc.

W 48.-*An H. P. MERSENNE.

(MiMUldutomelL)

li Janvier Mil.

Von révérend Père,

Lei giaoes sont maiotenaot cause que Dotr« Messagtr arrive si tard que je ne reçus il y a huit jours votre dernière, du troisième jour de l'an, qo^ i*heiir« mAme que l'ordinaire devoit retourner. J'ai été bien aise d'avoir les objections que iFOOft m'aves envoyées, et je suis obligé à ceux qui Mi pris la peine dotes feire. La lettre qu'on vous avoit adresâéo pour oioi vient de Rennes, de ce^ loi auquel j'avols ci-devant écrit, qui vous en •drenera eocore ci-après plusieurs autres si cela Bevoosinportun6,car c'est un mien intime ami^ aoqiMlj'al réeola de laisser tout le soin des affaires que la mon de moD père me peut avoir laissées M4>epsyt-lè, «an de n'être point obligé de partir élei 4M laa Pbilosc^hle ne soit achevée et imprlmée^ Je serai bien aise do recevoir encore d'autres objections dee docteurs, des philosophes et des géomètres, comme vous me faites espérer; mais il sera bon que les derniers voient celles des immlers, et aussi celles qui m'ont déjà été en- Toyéee, afin qu'ils ne répètent point les mêmes «hoees; et c'est, ce me semble, la meilleure invention qttll est possible pour Âiire que tout ce en quoi là lecteur pourroit trouver de difficulté se tnNife éelairci par mes réponses; car j'espère qa'll B'y aura rien en quoi je ne satisfasse entière- UMit avec l'aide de Dieu ; et j'ai plus de peur que

(1) GIbieur.

(S) « M. di la Villeneuve du BouCiic. »

les objections que l'on me fera soient trop fmbb que non pas qu'elles soient trop fortes. Mais, comme vous me mandez de saint Augustin, je ne puis pas ouvrir les yeux des lecteurs, ni les foreer d'avoir de Tattention aux choses qu'il faotcoDiidérer pour connoître clairement la vérité ; toutee que je puis est de la leur montrer comme dg tloigt. M. de Zuit. m'envoya hier le livre de M. Morin avec les trois feuilles de l'Anglois;^ n'ai pas encore lu le premier ; mais pour les dernières, vous verrez ce que j'y réponds. Je Talmb en un feuillet à part, afin que vous lui pulssiâ faire voir si vous le trouvez à propos*, et aosd afin' que je ne sois point obligé de répondre ao reste de la lettre que je n'ai pas encore ; car, eDtr« nous, je vois bien qu'il n'en vaudra pas la peioe; et puisque c'est un homme qui témoigne faire quelque état de moi, je serois marri de le àiM ger. Je n'ai pas peur que sa philosophie semble la mienne, encore qu'il ne veuille considérer conu» moi que les figures et les mouvements ;*ce soot bien les vrais principes, mais si on commet da fautes en les suivant, elles paroissent si clairemeDt à ceux qui ont un peu d'entendement qu'il oe faut pas aller si vite qu'il fait pour y bien réussir. Je prie Dieu qu'il vous conserve en santé ;doss avons aussi eu Ici plusieurs malades, et je n*aié(< occupé tous ces jours qu'à en visiter et à écrire des lettres de consolation.

Je reviens i votre lettre du vingt-troisième décembre, a laquelle je n'ai pas encore fait réponse. Le passage de saint Augustin touchant ceci, i savoir, que Dieu est ineffable, ne dépend que ù'm petite distinction qui est bien aisée â entendre: Non p9s$ufMM omnia quœ m Deo iun^ v«r^ compleeti, nec etiam mente comprehenàre, ideoque Deu$ est ineffabilis et incompreiensi' bilis; sed multa tamen suni reverà in dto, sive ad Deum pertinent, quœ posswfius mf^ attingere, ac verbis exprimerez imà etiam pi*' ra quam in uUd alid re, ideoque hoc sensu Ikat est maxime çognoseibiUs et effabilis.

Assurez-vous qu'il n'y a rien en ma Métaphysiqw que je ne croie étrei?el lumine naiuralinoiis»' mum^ vel accuratè demonstratum: et que je œe fais fort de le faire entendre & ceux qui voudront et pourront y méditer; mais je ne puis pas donner de l'esprit aux hommes, ni faire voir ce qo est au fond d'un cabinet a des gens qui ne veulent pas entrer dedans pour le regarder, ^

le crois bien qu'in(er corpara physicall a y ÇJ a guère quœ non atterantur una ab flfit*,}»» constant exparticulis variarum figufarum.t fieri potest ut aeris vel cujuslibet altefiusUnu^ «m* corporiê particula sit talis /i^ur^f ^^/^' currat tali modo in particuïam aerxSf vel «y«

Hbèt aUerius èorpùriê dêHsiÉdmi àtU (Êmialmiy m in ttlam pouit agere; mais oé o*est pas à dire t)OUr Mlà que nUniim tis pOê$i$ aliquantulùm ffiotefe id quod madtimêtéMtU: et aussi nullum corpus movetj nisi moveatur; et votre iostancdde l'alibâût oe presiK pià ; earon peut dire que ce n'est pas lui immédiatemeut qui tire le fer, mais qu'M le fait paf l'eutreinise de quelque ma* tiire subtile qui se meut pour lui : sed et si hoc venun Ht dé rorportfttls, quis dixit ilK authori idem esse de omni alid suhstantid? nempè ntUlam aliam agnoscit, sed in éo errât De dire que les peosées ne sont .que des mouvements du corps» c'est chose aussi apparetite que de dire que le feu est glace ou que le blanc est noif, etc., car nous n*âV0ns point dent Idées plus diverses dit blanc et du noir que nous en avons du mouvetuent et de la pedsée; et mus n*avons poltit d*autre vole pour connoftre si deux choses 'sont diverses on ane tndme que de considérer si nous en avons deux diverses Idées ou une seule. Je ne serois pds marri desavoir qui tous a dit que j*avols ici deâ ouvriers; cai* bien que ce soit une Chose si éloignée de la vérité quil t'y a personne qut me connoisse tant soit peu qui ne sache assez le contraire, Je serols toutefois bien aise de savoir qui sont cent qui se plaisent à mentir ainsi à meé dépens. Je suis marri de la tnort du Père Eustaelle, car' encore que cela Ine donne plus de liberté de faire tnes tîntes sur sa Philosophie, j*eusse toatefois mieui aimé le faire par sa permission, et lui vivant. Je vous prie d'assurer M. de Beaune que Je suis eitrêmement son serviteur, mais que |e n'ai aucune espérance en ses verres concaves et convexes. Si Je fusse allé en France Tété passé, comme je pensols, il eût été Tun des premiers que j'eusse été vdir, car J'eusse pris mon chemin par filois tout exprès, et peut-être que nous eussions pa aviser ensemble à quelque moyen pour les hyperboliques, plutét en les rendant convexes des deux celés; mats de faire un concave et un convexe, c'est une chose qui me semble trop dilBcile. Je tï*ki pas le loisir d'achever ma réponse aux objections contre ma Métaphysique, ce qui me contraint d'attendre au prochain voyage i vous les elitoyer. Je suis, etc.

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