N» 50.— A M. REGIUS
( Lettre LXXXY du tome I. Version. ) Hai 16414
Monsienr,
Toute notre dispute sur la triple âme que vous établissez est plutôt une question de nom qu'une question réelle; mais lo parce qu'il n'est pas permis de dire à un catholique romain qu'il y a trois âmes dans l'homme, et que je crains qu'on ne m'impute ce que tous mettez dans vos thèses, j*aimerols mieux que vous vous abstinssiez de cette manière de parler; 2^ quoique la force négative et sensitive dans les brutes soient des actes premiers, ce n'est pas la même chose dans l'homme, parce que l'âme est première en lui, du moins en dignité ; 3" bien que les choses qui conviennent sous quelque raison générale puissent être admises par les logiciens comme les parties d'un même genre, cependant toute raison générale de cette sorte n'est point un véritable genre, et 11 n'y a point de bonne division, si ce n'est du véritable genre en ses véritables espèces, quoique les parties doivent être opposées et diverses ; cependant, afin que la division soit bonne, les parties ne doivent pas être trop éloignées les nnes des autres : car si quelqu'un, par exemple, distinguolt tout le corps humain en deux parties, dans l'une desquelles il mît seulement le nez, et dans l'autre tous les autres membres, cette division pècheroit comme la vêtre, parce que les parties seroient trop inégales ; A^ je n'admets point que la force négative et sensitive dans les brutes méritent le nom d'âme, comme l'âme mérite ce nom dans l'homme ; mais que le peuple l'a ainsi
voulu, parce qu'il a ignoré que les bêtes n'ont point d'âmes, et que par conséquent le non d'âme est équivoque à l'égard de rhommeetde la bête; b" enfin... {Le reste manqw.)
N. 51.— AU R. P. MERSEMME.
( Lettre CXXU du tome m. Yenioii.) AParis^oetSmaiteii;
Mon révérend Père,
Après avoir lu une fois seulement, mais pourtant avec un grand soin, les Méditations que tov avez bien voulu me confier, elles m*ont sembli tout-à-fait relevées et pleines de beaucoup d'é* ruditlon. Il est vrai néanmoins qu'en les lisant plusieurs doutes se sont présentés i mon esprit; mais il ne seroit pas juste que j'en demandasse la solution à celui qui en est l'auteur, sans les aroir auparavant relues encore plus d'une fois, et avec toute l'attention dont je suis capable, pour voir si je ne pourrai point m'en délivrer moi-même et me satisfaire la-dessus. Il n'y a qu'une seule chose dont je souhaiterois cependant d'être édairci, qui est de savoir ce qu'il faut entendre par l'idée de Dieu, par l'idée de l'âme, et généralement par les idées des choses insensibles. Le commun des philosophes par ce mot d'Idée a coutume d'entendre un simple concept, tel que peut être l'image qui est dépeinte (comme Ils disent) en la fantaisie, d'où vient qu'ils l'appellent ausâ un fantôme ; mais notre auteur dit lui-même que ce n'est pas cela qu'il entend par l'idée de Dieu; et quand il l'entendrolt ainsi, un tel fantdmeou une telle image ne pourroit pas être l'idée de Dieu: car Dieu étant Infini et incompréhensible ne peut pas être représenté par notre imagination* qui n'est capable que de représenter des choses seosibles et finies. Mais si j'ai bien compris sa peusée, par cette idée il entend une idée Intellectuelle ou raisonnable, que la raison forme elle-même en raisonnant, et que pour cela 11 n'attribue pas à la fantaisie, mais à l'esprit, à la raison, ou eofio à l'entendement; en sorte, par exemple, que 11dée fantastique du soleil, c'est-à-dire l'idée do soleil en tant qu'elle est peinte en la fanuisie, est cette Image du soleil qui a toutes ces dimensions que, par des démonstrations astronomiques, nous concevons être dans le soleil. De même, si hd V^ lygone de mille côtés se présente à nos yeux, tout aussitôt on en a l'idée qui appartient à rim^i' nation ; mais pour celle qui appartient à l'esprit, nous ne l'avons point que nous n'ayons prenl»*' ment compté ses côtés.
MafDteiiaDt, considérant par ces exemples la distiaetiott qui est entre les idées, je trouve dans le premier exemple que j*ai allégué qu'à la vérité j'ai par la vue l'idée du soleil, qui consiste dans UD cercle médiocrement grand et tris éclatant de lomlère, laquelle s'exprime par un seul mot, à sayolr, par le nom du soleil ; car les noms ne nous représentent ou ne signifient que de simples con* œpts. Mais quand, après avoir bien raisonné, je viens i conclure que le soleil est plusieurs fois pins grand que cette idée qui paroît à nos yeux, alors ou je me figure un cercle qui lui est égal, et cela n*est encore qu'une idée de Fimagination, ou, sans concevoir le soleil par une autre idée que par celle qui me le représente grand de deux pieds, je ne laisse pas de dire qu'il est beaucoup plus grand qu'il ne nous paroît.
Or, si ce qui est exprimé par œs paroles doit être appelé du nom d'idée, au même sens que ToD entend l'idée de Dieu, il s'ensuit que l'idée de Diea se doit exprimer par une proposition, par exemple par celle-d : Dieu existe, et non pas par un simple nom , qui ne sauroit être qu'une partie d'nne proposition.
Tout de même, l'idée d'un polygone qui se forme en nous par la vue est la même dans la iuitaisie, soit devant, soit après le dénombrement de ses côtés; naais l'idée qui s'en forme en moi quand j'en fais le dénombrement ( si toutefois cela se doit appeler du nom d'idée) est un concept composé, qui s'exprime par une proposition, par aemple par celle-ci ; cette figure-là a mille cités.
Toilà ce que je conçois toucbant la distinction que notre auteur met entre l'idée qu'il dit être dans la iiintaisle, et celle qu'il dit être dans l'esprit, dans l'entendement ou dans la raison. Que li j'ai en cela véritablement atteint le sens de l^autear, il me semble que sa principale raison, (v laquelle il fonde toute sa preuve de l'existence de Bleu, n'est rien autre chose qu'une pétition de principe; car, ou bien il suppose sans le prouver que nous avons en nous l'idée de Dieu, et par cette idée de Dieu il entend une connoissance acquise par la raison de cette proposition, Dieu ^te, et ainsi il suppose ce qu'il devoit prouver ; <Ki bien il ne suppose pas, mais il prouve que Bons avons en nous rid&9 de Dieu, de ce que nous pouvons prouver par raison que Dieu existe^ et ainsi il prouve une chose par elle-même ; car c'est la même chose d'avoir l'idée de Dieu ou de prouver par raison que Dieu existe.
11 y a, ce me semble» un semblable défaut ou un vice tout pareil dans la façon d'argumenter dont il se sert pour prouver que notre âme n'est P» oocperelle; mais je erains que b grossièreté
de mon esprit ne m*ait empêché de bien pénétrer le véritable sens de l'auteur toudiant ces sortes d'idées. Je ne désire pas néanmoins qu'en mt considération vous alliez interrompre un homme que j'apprends être tout-à-fait occupé i travailler à l'avancement des sciences; il suflira que nous nous en entretenions un jour ensemble quand nous nous verrons, et que j'aurai relu son traité ; j'espère qu'alors je pourrai apprendre et décou* vrir plus parftitement ce qu'il fout entendre par sesidées,
N« 63.— AD R. P. MERSENNK.
BEPONSB A LA FBiCBOBlITB.
(Lettre CXXm du tome UL )
i«'ii]UietiS4fl.
Mon révérend Père,
Si je ne me trompe, celui dont vous m'avet fait voir la lettre latine qu'il vous a écrite n'est pas encore i prendre parti dans le jugement que nous devons faire des choses; il s'exprime trop bien quand il explicpe ses propres pensées pour croire qu'il n'ait pas entendu celles des autres; Je me persuade bien plutôt qu'étant prévenu de ses opinions, il a de la peine à goûter ce qui s'oppose à ses jugements. Ainsi je prévols que ce ne sert pas là le dernier différend que nous aurons ensemble ; au contraire, je m'imagine que cette première lettre est comme un cartel de défi qu'il me présente pour voir de quelle façon je le recevrai, et si, après avoir moi-même ouvert le champ de bataille à tous venants, je ne feindrai point de mesurer mes armes avec les siennes et d'éprouver mes forces contre lui. Je vous avoue que je prendrois iin singulier plaisir d'avoir affaire avee des personnes d'esprit comme lui, si, par ce qull m'en a fait paroitre, il ne me sembloit déjà trop engagé; mais je crains qu'à son égard tout mon travail ne soit inutile, et que, quelque soin que je prenne pour le satisfaire et pour tâcher de le retirer du malheureux engagement où je le vois, il ne s'y replonge plus avant de lui-même, en cherchant les moyens de me contredire.
Est -il croyable qu'il n'ait pu comprendre, comme il dit, ce que j'entends par l'idée de Dieu , par l'idée de l'âme et par les idées des choses Insensibles, puisque je n'entends rien autre chose par elles que ce qu'il a dA nécessairement comprendre lui-même quand il vous a écrit qu'il ne l'entendoit point? Car il ne dit pas qu'il n'ait rien conçu par le nom de Dieu, par celui de l'ime, et par celui des choses insensibles ; il dit i
CORRESPONDANCE
^11*11 ne sait pa ée ({U*U faut entendre par tour» Uéflt; mail 8*il a conçu quelque choM par cm nmo»i comme ii n*en faut point douter, il a su en Bolme tempe ce qu'il Moit entendre par leuri idées» puisqu*il ne fiiut entendre autre ebose que cela même qu*il a conçu : car Je n'appelle pas limplenient du nom d*idée les Images qui sont dé^ peintes en la fantaisie) au contraire, Je be les appelle point de ce nom en tant qu'elles sont dans b fantaisie corporelle; mais J*appe]le généreloment du nom d'idée toirt ce qui est dans notre esprit lorsque nous concevons une chose, de quelque manière que nous la concevions.
Mais j'appréheode qu'il ne soit de ceux qui croient ne ponvoir concevoir une chose quand ils ne se la peuvent imaginer, comme s'il n'y avoit en nous que cette seule manière de penser et de concevoir. U a bien reconnu que je n'étois pas de ce sentiment; et il a aussi assez montré qu'il n'en étoit pas non plus, puisqu'il dit lui-même qUe Dieu ne peut être conçu par l'imagination : mais si ce »'eet pas par l'Imagination qu'il est conçu, bii l'on IM wamt^U rien quand on parle de fiieu (ce qui aarqiieroit tin épouvantable aveoglemeni), ou •D le eonçolt d'une antre manière; mais de queN fiie mabière qu'on le conçoive^ on en a l'idée» puisque Boue ne saurions rien eiprimer par nos paroles^ lorsque nous entendons ce que nous dl^ aims* que de cela même il ne soit certain que nous avons en noua Tidée de la chose qui est signifiée par nos paroles*
Si donc il veut prendre le mot d'idée en la façon qoe j'ai dit trèa eipressément que je le prenois, sans s'arrêter à réqnlvoque de ceux qui le res* treignent aux seules images des choses matérielles qui se tonnent dans l'imagination, il lui sera fa^ die de recennoUre que par ridée de Dieu je n'entends autre cheee que ce que tous les hommes ont coutume d'entendre lorsqu'ils en parlenti et que œ qu'il iaut aussi de nécessité qu'il ait entendu lui-même; autrement, comment aoroit*il pu dire que Dieu est infini et incomprébensible, et qu'il ne peut pas être représenté par notre Imagina^ tk>n ; et comment pourroit-ll assurer que ces at« tributs, et une infinité d'autres qui nous expriment sagrandeur lui conviennent, a'il n'en avoit l'Idée} Il faut dojic demenrer d'aooord qu'on a l'Idée de piottf et qu'on ne peut pas Ignorer quelle est cette idée ni ce que l'on doit entendre par elle; car sans cria nous ne pourrions du tout rien connoftre de Dieu } et Von adroit beau dire« par exemple^ qu*on croît q«e Diêu êUf et que quelque «ttrt-» but ou perfeetlen lui appartient, ce ne seroit rien dke^ pulaqpie cela ne porteroit aucune signlfica-* lion è|Mtr# ea|rlt;ce qnl seroit la chose la pfasi Impie M k ph» ImpartiMrio te aseside.
Pour ne qui est de l'flme, c*eet ên<îor6 utie chose plus claire; car n'étant, comme j'ai démontti, qu'une chose qui pense, il est impossible quefiott puissions jamais penser à aucune chose que DOtt n'ayons en même tero ps l'idée de notre ftme comme d'une chose capable de penser à tout ee que noat pensons* Il est vrai qu'une chose de cette oatore ne se aaurolt imaginer, c'est-à^^ire fie se sauroît représenter par une image corporelle; mais il oe s'en fiatut pas étonner : car notre imagination n'est propre qu'à se représenter des choses qui tombe&t sous les sens \ et pource que notre Atne n'a ni couleur, ni odeur, ni saveur, ni rien de tout ce qui appartient an corps, il n'est pas possible da se l'imaginer ou d'en former l'image; mais eili n'est pas pour cela moins concevable; au oontraire, comme c'est par elle que nous concetODi toutes choses, elle est aussi elle seule plus concevable que toutes les autres choses ensemble.
Après cela je suis obligé de vous dire que ^^ ami n'a nullement pris mon sens, lorsque, pour marquer la distinction qni eist entre les idées qol sont dans la fantaisie et oeDes qui sont dans l'esprit, il dit que celles-là s'expriment par des doos et delles-cl paf des propositions : car qu'elles s'eipriment par dës noms ou par des propositions, ce n'est pas cela qui fiiit qu'elles appartieeoeotl l'esprit ou à l'imagination : les unes et les antres se peuvent exprimer de ces deux manières; nuls c'est la manière de les concevoir qui en fiiit ii diiifSrence; en sorte que tout ce que nous concevons sans Image est une Idée du pur esprit, etqae tout ce que nous concevons avec image en est nna de l'imagination. Et oomme les bornes de notre Imagination sont fort courtes et fort étroites, an lieu que notre esprit n'en a presque point, il y & peu de choses même corporelles que nous pois* sions imaginer, bleu que nous soyons capables de les concevoir. Et même toute cette science que Ton pourroit peut-être ordre la plas soumise! notre imagination, parce qu'elle ne considère que leagrandeorSf les fignres et les mouvements, s'est nullement fondée sur ses AiotêmeSi mais senlement sur les notions daires et distinctes de notre esprit ; ce qoe savent asse2 cent qui l'ont tant soX peu approfondie^
Mais par quelle induction a-Ml pO tirer de tn« écrits que l'idée de Dieu se doit elpHm«r par cette proposition, Dim exiéU^ pour concluret comme il a fait, que la principale raison dont jo me sers ponr prouver son exiseence û'est rien autre chose qu'une pétition de p^îûdpe? H fc«| qu'il ait vu bien clair pour y voir Ce que je n'ai jamais eu intentton d'y mettre, et oe qui ne m'é- (olt Jamttb venu en pensée devant que j'eusse va an lettft. rai tir« la pfWte de rexMenc^ de Diett
AinXË& 1641.
de Ildfc ffoé J0 ifôuve en ifiot d*im être soutorflloetnent parfait, qui est ta notion ordinaire qae l'on en a ; et II est yral que la simple considéralion d^ttn tel être nous conduit si aisénient à la ooQûdssance de son existence que c'est ptesque la mime chose de concetolr Dieu et de concevoit* qti*l] etiste; mais cela n'empSche pas que ]*idée qoenoQS atons de Dieu ou d*un être souverainement parftiit te soit fort différente de cette proposition, Dieu existe, et que Tun ne puisse sertir de fnoyeti ou d'antécédent pour prouver l'aotre.
Be même, Il est certain qu'après être yenu k connoissance de la nature de notre ftme par les degrés que j'y suis venu, et avoir par ce moyen coD&u qu'elle est une substance spirituelle, parce que je vols que tous les attributs qui appartiennent 801 sub8tân6es spirituelles lui conviennent, il n*a pas fallu être grand philosophe pour conclure, comme J*ai fait, qu'elle n'est donc pas corporelle; mais sans doute qu'il faut avoif l'intet- Ii(eoce bien ouverte, et faite autrement que le comman des hommes, pour voir que Tun ne suit pas bien de l'autre et trouver du vioa dans ce raisonDement : c'est ce que je le prie de me faire voir, etceque j'attends d^apprendre de lui, quand il voudra bien prendre la peine de m'fnstruire. Quant à moi, je ne lui refuserai pas mes petits éclaircissements, s'il en a besoin, et s'il veut agir avec moi de bonne foi. Je suis, etc.
(Lettre LY du tome n.)
iKJafUetisai.
Mon révérend Père,
Je vous renToie les siilèmes objections avec mes vqionses, et pource que ces objections sont de plu* «leurs pièces, que vous tn^avei envoyées à diverses fois, je les ai transcrites de ma main, en la façon ¥\\ m'a semblé qu'elles pouvolent le plus oom- AKKlément être jointes ensemble; à savoir, vous m'aviez envoyé deux nouveaux articles en l'une deTos lettres, l'un desquels j'ai ajouté à la fin du <ÂQquième point, après les mots non poterit re- F^y ainsi que vous m'aviez mandé; et pour I|autre, i cause que vous n'aviez point marqué le ^u ou il devolt être, j'ai trouvé i.propos de le (iiTiaer en deux parties, et de faire le septième point de h première, et de mettre la seconde à la k du trolsîèdie; puis enfin j'ai trouvé une noo- ^<|le objection dans la seconde copie que vous >^'am envoya, de laquelle J'ai composé le huiftwpOlM.
Pour lee fautes de l'impression, je sats bien qu'elles ne sont pas de grande importance, et je Vous assure que je ne vous suis pas moins obligé des soins que vous avez pris de les corriger que s'il n'en étolt resté aucune; car je sais que cela Vous a donné beaucoup de peine, et qu'il est moralement Impossible d'empêcher qu'il n'en demeure toujours quelques-unes, principalement dans les écrits d'un autre. Tapprouye fort que vous ayez retranché ce que j'avols mis à la fin de ma réponse à M. Arnault, principalement si cela peut aider à obtenir une approbation, et encore que nous ne l'obtenions pas, je m'assure que je ne m'en mettrai pas fort en peine.
Pour M. Cas., il me semble qu'il seroit fort Injustes'il s'ofTensoit de la réponse que je lui al faite^ car j'ai eu soin de ne lui rendre que la pareille, tant à ses compliments qu'à ses attaques, nonobstant que j'aie toujours oui dire que le premier coup en vaut deux ; en sorte que, bien que je lui eusse rendu le double, je ne l'aurois pas justement payé; mais peut-être qu'il est touché de mes réponses, icause qu'il y reconnoît de ta vérité, et moi je ne l'ai point été de ses objections pour une raison toute contraire; s! cela est, ce n'est pas ma faute. Pource que j'ai mis que $a1is çom^ modipossum respondere^ le mot ^afis commode ne regarde pas la force des faisons, mais seulement la facilité que j'aurai à les trouver, et ainsi il ne signifie autre chose que facile , mais il m'a semblé plus modeste. Et l'autre, que existerUia Dei partem divinœ essefUiœ facit^ Il est bien dair que je n'entends pas parler de parte pky* ticd, mais seulement qa^eaistentia est, comme vous dites, de intrinseco conceptu essentiœ di-*vinœ. Et pour ceux qui voudroient fonder des objections sur de telles pointillés, ils ne feroient que témoigner par là qo'ils n'aurolent rien à diie qui fût solide, et ainsi se feroient plus de tort qu'à mol. Au reste j'ai lu votre Hyperaspistes, auquel je répondrai très volontiers; mais pouros que ces réponses se font pour être imprimées, et Ainsi que je dois considérer Tintérêt du lecteur, lequel s'ennuieroit de voir des redites ou des choses qui sont hors de sujet, obligez-moi, s'il vous plait, de le prier auparavant de ma part de revoir ses objections, pour en retrancher ce à quoi j*ai déjà répondu ailleurs, et ce où il a pris tout le contraire de mon sens, comme en son huitlème article et ailleurs ; ou du moins, s'il juge que ces choses ne doivent point en être retraocbéës « qu'il permette qu'on imprime son nom, pour sm servir d'excuse envers les lecteurSi ou bien enfic je lui répondrai pour vous prier de lui taire vok ma réponse, et à ceux qui auront va ses objec^ tiens, mais non point pour les faire imprimer, ds
ssa
COBaESPONDANGE.
crdnte qo'on ne m*aocQM d'ayolr Toula grossir le livre de clioses superflues.
Je n*eDteDds pas bien la question que tous me faites, savoir si nos idées s'expriment par un simple terme, car les paroles étant de l'invention des hommes, on peut toujours se servir d'une ou de plusieurs pour expliquer une même chose : mais J'ai expliqué en ma réponse ad primai objectionés comment un triangle inscrit dans un carré peut être pris pour une seule idée ou pour plu- «ieurs, et enfin je tiens que toutes celles qui n'en- Teloppent aucune affirmation ni négation nous •ont innatœ; car les organes des sens ne nous rapportent rien qui soit tel que l'idée qui se réveille en nous à leur occasion, et ainsi cette idée â dû être en nous auparavant. Je suis, etc.
IP 54.— A M. L'ABBÉ DELAUNAT.
( Lettre LYIda tome U.)
15 Juillet 1641.
MondeuTt
Je tiens i très grande faveur d'être en la souvenance d'une personne de votre mérite, et je suis tris obligé an R. P. Gibieuf des soins qu'il daigne prendre pour moi; ce n'est pas d'aujourd'hui qu'il a commencé à me témoigner de la bienveillance, comme aussi l'éminencedesa vertu et de son savoir m'a donné il y a longtemps une tris particulière inclination à l'honorer. La réputation du R. P. de La Barbe a passé aussi jusqu'à moi dans le désert, et je serois bien aise de pouvoir entiirement satisfaire aux trois points où vous avez pris la peine de m'avertir qu'il trouve principalement delà difficulté dans ces petits commencements de métaphysique que j'ai ébauchés ; mais pource que vous ne les avez touchés qu'en trois mots, j'ai peur de n'avoir pu deviner la source des difficultés qu'il y trouve, ce qui est cause que j'ai seulement parlé à la fin des dernières objections que j'envoie au R. P. Mersenne de la plus générale occasion pour laquelle il me semble que la plupart ont de la peine i remarquer la distinction qui est entre l'âme et le corps ; c'est à savoir, que les premiers jugements que nous avons faits dès notre enfance, et depuis aussi la philosophie vulgaire, nous ont accoutumés à distribuer au corps plusieurs choses qui n'appartiennent qu'à l'âme, et d'attribuer à l'âme plusieurs choses qui n'appartiennent qu'au corps ;. et qu'ils mêlent ordinairement ces deux idées du corps et de l'âme en la composition des idées qu'ils forment des qualités réelles et des formes substantielles, que je croîs devoir être entièrement rejetée ; au lieu
qu'en bien examinant la physique, on y peut li- | duire toutes les choses qui tombent sous la coqnoissance de l'entendement à si peu de genres, et desquels nous avons des notions si claires et il distinctes les unes des autres, qu'après les avoir considérées, il ne me semble pas qu'on poiae manquer à reconnoître si , lorsque nous conceToos une chose sans une autre, cela se fait seulement par une abstraction de notre esprit, ou bien i cause que ces choses sont véritablement dlTersa*, car en tout ce qui n'est séparé que par abetrsotion d'esprit, on y remarque nécessairement di la conjonction et de l'union, lorsqu'on les considère l'un avec l'antre ; et on n'en sauroit remarquer aucune entre l'âme et le corps, pourvu qu'oi^ ne les conçoive que comme Q les faut oonoeToir, à savoir l'un comme ce qui remplit l'espace, et l'autre comme ce qui pense ; et en sorte qu'aprit l'idée que nous avons de Dieu, qui est extrêmement diverse de toutes celles que nous stods des choses créées, je n'en sache point d«ix ea toute la nature qui soient si diverses que cet deux -là; mais je ne propose en ceci que moa opinion, et je ne l'estime point tant, que je ne fusse prêt de la dianger, si je pouvois apprendre mieux de ceux qui ont plus de lumière. Et je suis, etc.
N* 56.— RÉPONSE DE M. DESCARTES
k PLUSIEURS OBJECTIONS FAITES CONTIE M MÉDITATIONS.
(Lettre XVI du tome II. Version.)
ssioflletieil.
Encore que j'eusse résolu, en mettant sous la presse les objections qui m'ont ci-devant été fai^ tes, de réserver pour un autre volume celles qui pourroient survenir de nouveau, toutefoiSi ponrce que celles-ci me sont proposées comme les dernières que l'on me puisse faire, je me hâterai très volontiers d'y répondre, afin qu'elles paiisent être imprimées conjointement avec les aa^ très.
1 . Il seroit à souhaiter autant de certitude dans les choses qui regardent la conduite de la ^w qu'il en est requis pour acquérir la science; ma» néanmoins il est très facile de démontrer qu'il n'y en faut pas chercher ni espérer une si grande. Et cela par cette sorte de preuve que les philosophes appjBllent à priori, c'est-à-dire qui prouve les effets par leurs causes : c'est à savoir, d'autant que le composé de l'homme est de sa nature
corraptible, et que Tesprit est Inoorraptible et iomortel. Mais cela peut encore être démontré plus facilement par cette autre sorte tle preuve qa'ils appellent â posteriori , à savoir par les conséquences qui s'en ensuivroient. Comme, par exemple, si quelqu'un vouloit s'abstenir entièrement de prendre aucune nourriture , tant et si longtemps qu'enfin il mourût de faim, sous ce prétexte qu'il ne seroit pas assuré qu'il n'y auroit point de poison mdlé parmi, et qu'il croiroit n'être point obligé de manger, pource qu'il ne connoitroit pas clairement et évidemment qu*il aurait présent devant lui de quoi sustenter sa vie , et qu'U vaut mieux attendre la mort en s'abstenant de manger que de se tuer soi-même en prenant des aliments, certainement celui-là devroit ttre accusé de folie et condamné comme l'auteur de sa mort. Que si au contraire nous supposons que cet homme ne puisse avoir d'autres aliments que des yiandes empoisonnées, lesquelles toutefois ne lai semblent pas telles, mais au contraire tris agréables et salutaires , et que nous supposions aussi qu'il a reçu un tel tempérament de la Bature que l'abstinence entière du boire et du manger serve à la conservation de sa santé, bien qn'il lai semble qu'elle ne lui doive pas moins nuire qu'aux autres bommes, il est certain, nonobstant cela, que cet bomme sera obligé de manger et d'oser de ces viandes, et ainsi de faire plutôt oe qai paroît utile que ce qui l'est en effet. Et cela est de soi si manifeste que je m'étonne que le contraire ait pu venir en l'esprit de quelqD'un.
2. Je n'ai dit nulle part que de ce que l'esprit igit plas imparfaitement dans un petit enfant quedans un adulte, il s'ensuivoit qu'il n'étoit pas pins imparfait, et par conséquent je ne dois point en être repris ; mais pource qu'il ne s'ensuit pas ensH qu'il soit plus imparfait, celui qui avoit trancé cela en a été, ce me semble, justement repris. Et ce n'est pas aussi sans raison que j'ai Mré que l'âme bumaine , quelque part qu'elle >oit, pense toujours, même dans le ventre de nos iBires. Car quelle raison plus certaine ou plus évidente pourroit-on soubaiter que celle dont je ne sols servi, puisque j'ai prouvé que sa nature ^ son essence consistoit en ce qu'elle est une c|iose qui pense, comme l'essence du corps consiste en ce qu'il est une cbose étendue ; car il i^*est pas possible de priver aucune cbose de sa (^pre essence : et partant il me semble qu'on ne fcit pas foire plus de compte de celui qui nie que son ime ait pensé au temps auquel il ne se ressouTlent point d'avoir aperçu qu'elle ait pensé Ve s'il nioit que son corps ait été étendu pen- ^^ qu'il ne s'est point aperçu qu'il y a eu l'é-
tendue. Ce n'est pas que je me persuade que Tesprit d'un petit enfant médite Ûans le ventre de sa mère sur les choses métaphysiques : au contraire, s'il m'est permis de conjecturer d*nne cbose que l'on ne connolt pas bien, puisque nous expérimentons tous les jours que notre esprit est tellement uni au corps que presque toujours il souffre de lui, et quoiqu'un esprit agissant dans un corps sain et robuste jouisse de quelque liberté de penser à d'autres choses qu'à celles que les sens lui offrent, toutefois l'expérience ne nous apprend que trop qu'il n'y a pas une pareille liberté dans les malades, dans ceux qui dorment, ni dans les enfants, et même qu'elle a de coutume d'être d'autant moindre que l'âge est moins avancé : il n'y a rien de plus conforme à la raison que de croire que l'esprit nouvellement uni au corps d'un enfant n'est occupé qu'à sentir ou à apercevoir confusément les idées de la dquleur, du chatouillement, du chaud, du froid, et semblables qui naissent de l'union ou pour ainsi dire du mélange de l'esprit avec le corps. Et toutefois en cet état même l'esprit n'a pas moins en sol les idées de Dieu, de lui-même, et de toutes ces vérités qui de sol sont connues, que les personnes adultes les ont lorsqu'elles n'y pensent point : car il ne les acquiert point par après avec l'âge. Et je ne doute point que s'il étoit dès lors délivré des liens du corps, il ne les dût trouver en soi. Et cette opinion ne nous jette en aucunes difficultés; car il n'est pas plus difficile de concevoir que l'esprit, quoique réellement distingué du corps, ne laisse pas de lui être joint et d'être touché par les vestiges qui sont Imprimés en lui, ou même aussi d'en imprimer en lui de nouveaux, qu'il est facile à ceux qui supposent des accidents réels de concevoir (comme ils font d'ordinaire) que ces accidents agissent sur la substance corporelle, encore qu'ils soient d'une nature totalement différente d'elle. Et il ne sert de rien de dire que ces accidents sont corporels : car si par corporel on entend tout ce qui peut en quelque manière que ce soit affecter le corps, l'esprit en ce sens devra aussi être dit corporel ; mais si par corporel on entend ce qui est composé de cette substance qui s'appelle corps, ni l'esprit ni même ces accidents, que Ton suppose être réellement distingués du corps, ne doivent point être dits corporels : et c'est seulement en ce sens qu'on a coutume de nier que l'esprit soit corporel. Ainsi donc, quand l'esprit étant uni au corps pense à quelque chose de corporel, certaines particules du cerveau sont remuées de leur place, quelquefois par les objets extérieurs qui agissent contre les organes des sens, et quelquefois par les esprits animaux qui montent du cœur au eerveau ; mais quelquefois
COlUltSrOKDÀMÇE.
aussi par Tesprit mfiine, i savoir lorsque de lalmflme et par sa propre liberté il se porte à quelque pensée. Et c'est par le mouyement de ces particules du cerveau qu*il se fait un vestige duquel dépend le ressouvenir. Mais pour ce qui est des choses purement intellectuelles, à proprement parler on n'en a aucun ressouvenir ; et la première fois qu'elles se présentent h l'esprit, on les pense aussi bien que la secondé, si ce n'est peut-être qu'elles ont coutume d'être Jointes et comme attachées à certains noms qui, étant corporels, font que nous nous ressouvenons aussi d'elles. Mais il y a encore plusieurs autres dioses à remarquer en tout ceci qu'il n'est pas nécessaire d'expliquer plus exactement, pource que ce n'en est pas ici le lieu.
3. De ce que j'ai mis distinction entre les choses qui m'appartiennent, c'est-à-dire à ma nar ture, et celles qui appartiennent seulement à la connoissance que j^ai de moi-même, on ne peut avec raison inférer que ina métaphysique n étor blit rien du tout de ce qui appartient à cette connoissance f ni aucunes des autres choses qui me sont Ici objectées. Car le lecteur peut facilement reconnoître quand j'ai traité seulement de la connoissance que J'ai de moi-même et quand j'ai en eflet traité de la vérité des choses. Et je ne me suis servi en aucun lieu du mot de croire, où. il a fallu employer celui de savoir; et même dans le lieu Ici cité, le mot de croire ne s'y trouve point. Et dans ma réponse aux secondes objections J'ai dit qu'étant éclairés êumaturellemehi de Dieu^ nous avions cette confiance que les choses qui nous sont proposées à croire ont été révéiées par lui , pource qu^en cet endroit-là il étoit question de la foi et non pas de la science humaine. Et je n'ai pas dit que, par la lumière de la grâce, nous connoissions clairement les mystères de la foi (encore que je ne nie pas que cela ne se puisse faire) , mais seulement que nous avions confiance qu'il les faut croire. Or personne ne peut trouver étrange, s'il est vraiment fidèle, et ne peut même douter qu'il ne soit très évident qu'il faut croire les choses que Dieu a révélées, et qu'il ne faille préférer la lumière de la grâce k celle de la nature. Et tout ce que vous me demandez ensuite ne me regarde point, puisque je p'ai donné aucune occasion en mes écrits de me faire de telles demandes. Et pource que j'ai déjà ci-devant déclaré, en ma réponse aux sixièmes Objections, que je ne répondrois point à de telles questions, je n'ajouterai ici rien davantage.
4. Je p'ai rien avancé que je sache qui ait pu iervir de fondement à cette quatrième objection qui est que le plus haut point de ma certitude est lorsque nous pensons voir une chose si etai*
rement que nous Vesi^mons ^autant pb» vm que nous y pensons davantage ; et par conséquent je ne suis point obligé de répondre à ce que vous ajoutez ensuite, quoiqu'il no seronp» fort dlfSche à une personne qui (ait distinguer Ii lumière de la fol de la lumière naturelle, et qoi préfère l'autre à oelle-cl.
5. Je n'ai aussi Hen avancé qui ait pusenlrde fbndement à cette cinquième objection, et je «le tout net que nous Ignorions ce que c'est qQ'ope chose, ce que c'est que la pensée, op qall soit besoin que ^e l'enseigne aux autres, pource ()Im tout cela est de sol si manifeste qu'il n'y a fia par quoi on le poisse expliquer plus dairemeot; et enfin je nie que nous ne pensions i rleo qui des choses corporelles.
6. D est très vrai de dire que aoqs ne cosoevous pas l'infini par la nég:ation du fini ; eKi^et que la Imitation contient en soi la ni^atim iit Pinfini, c'est en vain qu'on infère que la nidation de la limitation ou du fin% contient k connoissance de l'infini; pource que ceparqooi l'infini diffère du fini est réel et positif, et qu'au contraire la limitation, pat laquelle le fini dilTire de l'infini, est un non-être ou une négation dltre; or ce qui n'est point ne nous peut condoire i la connoissance de ce qui est, mais au oootraîret par la connoissance d'une chose, il est tiséde concevoir sa négation. Et lorsque j'ai dlf, en It page 564, qu'il suffit que nous concevions ud9 chose qui n'a point de limites pour concevoir TiDfini , j*ai suivi en cela la façon de parler la plus usitée, comme aussi lorsque j'ai retenu le ooin d'être tn/Sm, qui plus proprement anrpit pu être appelé Yétre très ample, si noiis voulions que chaque nom fàt conforme à la nature de chaque chose; mais l'usage a voulu qu'on Tei* primât par la négation de la négation, de même que si, pour désigner une chose très grande, je disois qu'elle n'est pas petite ou qu'elle n'a point du tout de petitesse, mais par là je n'ai pas pn^ tendu montrer que la nature positive de rinfioi se connoissoit par une négation, et partant je ne me suis en aucune façon contredit.
Je demeure bien d'accord que notre esprit s la faculté d'agrandir et d'amplifier les Idées des choses, mais je nte que ces Idées, ainsi agrandies, et même la faculté 4e les agraridlr de la sorte, pussent être en lui, si l'esprit mêipe ne tiroltsoa origine de Dieu dans lequel toutes les perlbctîoos où cette ampllation peut atteindre existent véritablement. Ce que j'ai souvent inculqué et prouva par cette raison très daire et accordée de tout le monde, à savoir qu'un eCTet ne peut avoir au cnne perfection qui n'ait été auparavant dans sa cause. Et 1^ n'y à ^rs^inne qui croie qu« 1^
ANHEE 164 t.
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mme$ soicQt d^eiu-mfimea, qp\ pnisse |iMier en cela pour très subtil philosophe, pouroe qu*U est naDifeste par la lumière natuiielle qu*il ne saaroit y avoir qu*un seul être souverain indépendant de tout autre. Et quand on dit qu*un sabot n'agit pas sur soi-môme lorsquUl se tourne en roDd, mais senlement qu*il souffre par le fouet , encore qu'il so^t absent , je voudrois bien savoir de quelle manière un corps peut souffrir d'un autre qui est absent, et comment l'action et la passioD sont distinguées l'une de l'autre; car j*a- Toaeque je ne suis pas assex subtil pour pouvoir comprendre comment une chose peut souffrir d'une autre qui n'est point présente, et même qu'on peut supposer p'étre plus, si, par exemple, aussitiJt que le sabot a reçu le coup de fouet, le fouet cessoit d'être. Et je ne vois pa9 ce qui pourroit empêcher qu'on ne pût aussi pareillement dire qu'il n'y a plus maintenant d'actions dans le monde, mais que tout ce qui se fait sont des passions des premières actions qui ont été dès la créatioD de l'univers. Pour moi j'ai toujour9 cru que l'action et la passion ne sont qu'une seule et mim chose a qui on a 4onné deux noms différents, selon qu'elle peut être rapportée, tantêt au terme d'où part l'action, et tantôt à celui où elle se termine ou en qui elle est reçue, en sorte qu'il répugne qu'il y ait durant le moindre moment une passion sans action. Enfin, bien que je demeure d'accord que les idées des choses corporelles peuvent dépendre de l'esprit, et même que j'accorde, non pas à la vérité que tout ce monde visible, ainsi qu'on m'objecte, mais bien que l'idée d'autant de choses qu'il y en a dans ce monde vlsll>le peut être produite par l'esprit humain , c'est toutefois mal raisonner que d'inférer de là que nous ne pouvons savoir s'il y a quelque chose de corporel dans la nature. Et mes opinions ne Dous jettent dans aucunes difficultés, mais seulement les conséquences qui en sont mal déduites ; car je n'ai pas prouvé l'existence des choses matérielles de ce que leurs idées sont en nous, mais de œ qu'elles se présentent i nous de telle sorte qoe nous oonnoissons clairement qu'elles ne sont F^ laites par nous, mais qu'elles nous viennent tirailleurs,
7. Je dis ici prenûèremeni que la lumière di^ ^^ ne se conserve pas dans cette pierre de Bou- ^e, mais qu'une nouvelle lumière s'allume en elle par les rayons du soleil, laquelle est vue par ^rès dans l'ombre ; et secondement que c'est, inal conclure de vouloir inférer de là que chaque <^ peut être conservée sans le concours de Dieu, parce que souvent il est permis d'éclaircir <!« choses vr^es par des exemples faux, et il est b«QCQttp plus certaiA gu'^^n» cteso m POtt(
exister sMis leeoacoursdeDieo qu'il n*est certain qu'aucune lumière du soleil ne peut exister sans le soleil. Et il ne faut point douter que si Dieu retiroit une fois son concours, toutes les choses qu'il a créées retourneroient aussitêt dans le néant, pource que, avant qu'elles fussent crMes et qu'il leur prêtât son ooncours, elles n'étoient qu'un néant; mais cela n'empêche pas qu'elles ne doivent être appelées des substances, parce que quand on dit de la substance créée qu'elle sul»siste par elle-même, on n'entend pas pour cela exclure le concours de Dieu duquel elle a besoin pour subsister, mais seulement on veut dire qu'elle est telle qu'elle peut exister sans le secours d'aucune autre choie créée, œ qui ne se peut dire de même des modes qui accompagnent les choses, comme sont la figure ou le nombre, etc. Et Pieu ne ferait pas paroltre que sa puissance est immense s'il créolt des choses telles que par après elles pussent exister sans lui ; mais, au contraire, il montreroitpar là qu'elle serolt finie, en ce que les choses qu'il aureit une fois erééet ne dépendroient plus de lui pour être. Kl Je ne retombe point dans la fosse que J'avels préparée lorsque je dis qu'il est Impossible que Pieu détruise quoi que ce soit d'une autre façon que par la oessation de son concours, pource que au* trament il s'ensuivroit que, par une action posi* tive, il tendroit au non -être; car il y a une très grande différence entre les ehoses qui se font par l'action positive de Bleu , lesquelles ne saurcdeni être que très bonnes, et celles qui arrivent à cause de la cessation de eette action positive, comme tous les maux et les péchés, et la destru^ tion d'un être, ai jamais aucun être existant étoit détruit. Et ce que vous ajoutes de la nature du triangle n'a point de force; car, oomme j'ai dit souvent, quand il est question des dièses qui re^ gardent Dieu ou l'infini, il ne faut pas considérer ce que nous en pouvons comprendre (puisque nous savons qu'elles ne doivent pas être comprises par nous), mais aaulement ee que neus eo peu-^ vons concevoir ou atteindre par quelque raisov certaine. Maintenant, pour savoir en quel genre de cause ces vérités dépendent de Dieu, voyet ma réponas aux sixièmes objeetlons, article 8.
8. Je ne me souviens point d'avoir jamais éorll ni même pensé ce que l'on m'attribue id.
9. Je ne me ressouvieaa point aussi que Je bm sois jamais étonné (fo ee fu$ tout le mande n'0* ferçoHfOi en soi Vidie de Diâu; car J'ai si seiH vent feeonnu que les oboset que les hommes Ju^ gent sont différentes de celles qu'Us coafoivent, qu'encore que je ne doute point qu'un chacun n'ait en soi l'idée de Ilieu, du moins implleitet c'M-à-iUre q«*il m'ekk m soi la AqMMWon peur
œRRESPONDANCE.
la concevoir explicitement et distinctement, Je ne m'étonne pas pourtant de Toir des hommes qui ne sentent point avoir en eux cette idée, ou plutAt qoi ne s*en aperçoivent point, et qui peut-être ne s'en apercevront pas encore apr^ avoir lu mille fois, si vous voulez, mes Méditations. Ainsi, lorsqulls jugent que l'espace, quils appellent vide, n'est rien, ils le conçoivent néanmoins comme une chose positive; et lorsqu'ils pensent que les accidents sont réels, ils se les représentent comme des substances, encore qu'ils ne jugent pas que ce soient des substances. Ainsi, quoique dans la notion qu'ils ont de l'âme ils ne remarquent rien qui ait du rapport avec le corps ou rétendue, ils ne laissent pas de se la représenter comme corporelle, et de se servir de leur imagination pour la concevoir, et ensuite d'en juger, et d'en parler comme d'un corps; et ainsi souvent en l)eaucoup d*autres choses les jugements des hommes dilTèrent de leurs perceptions. Mais ceux qui ne jugent jamais que des choses qu'ils conçoivent clairement et distinctement, ce que je tâche toujours de faire autant que je puis, ne peuvent pas juger d'une même cliose autrement en un temps qu'en un antre. Et encore que Us choses qui sont claires et iiidubitables noiM paraissent d'autant pltu certaines que nous les considérons plus souvent et avec plus d^attentUm^ je ne me souviens pas néanmoins d'avoir jamais donné cela pour la marque d'une certitude claire et indubitable; et je ne sais pas aussi en quel endroit est ce mot de toujours^ duquel il est ici fait mention ; mais je sais très bien que lorsque nous disons qu'une certaine chose se fait toujours par nous, on n'a pas coutume par ce mot de toujours de dénoter réternlté , mais seulement que nous la faisons toutes les fois que l'occasion se présente de faire la même chose.
10. C'est une chose qui de soi est manifeste, que nous ne pouvons connoître les fins de Dieu, si lui-même ne nous les révèle; et encore qu'il soit ▼rai, en morale, eu égard à nous autres hommes, que toutes choses ont été faites pour la gloire de Dieu, à cause que les hommes sont obligés de louer Dieu pour tous ses ouvrages, et qu'on puisse aussi dire que le soleil a été fait pour nous éclairer, pource que nous expérimentons que le soleil en effet nous éclaire, ce seroit toutefois une chose puérile et absurde d'assurer en métaphysique que Dieu, à la façon d'un homme superbe, n'auroit point eu d'autre fin en bâtissant le monde que celle d'être loué par les hommes, et qu'il n'auroit créé le soleil, qui est plusieurs fois plus grand que la terre, à autre dessein que d'éclairer l'homme, qui n'en occupe qu'une très petite partie.