‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 268 sur 306 · L'on confond id les fonctions de la volonté · texte numérisé non relu

L'on confond id les fonctions de la volonté

avec celles de l'entendement ; car ce n'est pas b propre de la volonté d'entendre, mais seolemeDt de vouloir; et encore qu'il soit vrai que nous neToa* Ions jamais rien dont nous ne concevions en quelque façon quelque chose, comme j 'ai déjà ci-devant accordé, toutefois l'expérience nous montre asseï que nous pouvons vouloir d'une même chose beaucoup plus que nous n'en pouvons connoitre. Et le faux n'est point aussi appréhendé sous l'apparence du vrai ; et ceux qui nient en nous l'idée de Dieo n'appréhendent ou n'aperçoivent point cela, quoique peut-être ils l'assurent, qu'ils le croient et qu'ils le soutiennent; car, comme j'ai remarqué sur l'article 9, Il arrive souvent que les jugements des hommes sont fort différents de leur perception ou appréhension.

12. Puisqu'on ne m'oppose ici que l'aotorlti d'Aristote et de ses sectateurs, et que je nedisHmule point que je crois moins à cet auteur qo'i ma raison, je ne vois pas que je doive me mettre beaucoup en peine de répondre.

Or il importe fort peu si celui qui estveoo aveugle au monde a en soi les Idées des couleon ou non. Et c'est eu vain que l'on apporte ici le témoignage d'un philosophe aveugle; car encore que nous supposions qu'il a des idées tout-à-foit semblables à celles que nous avons des couiears, il ne peut pas toutefois savoir qu'elles sont semblables aux nôtres, et partant elles ne doireot point être appelées les idées des couleurs, poaroe qu'il ignore quelles sont les nôtres. Et je ae vois pas en quoi je suis ici inférieur aux autres, poorce que, encore que l'esprit soit indivisible, il n'est pas pour cela moins capable d'acquérir diterses propriétés. Et il ne faut pas trouver étranges! durant le sommeil il n'invente aucunes démonstrations semblables à celles d'Archimède;caril demeure uni au corps, même pendant lesommeu, et il n'est alors en aucune façon plus libre qoe durant la veille. Et le cerveau par une longue veilla n'est pas mieux disposé à retenir les vestiges qu» sont imprimés en lui ; mais, soit durant le sommeil, soit pendant la veille, ces vestiges se retiennent d'autant mieux qu'ils ont été plus fortement jm* primés; et c'est pour cela que nous nous ressouvenons quelquefois de nos songes ; mais nous nom ressouvenons beaucoup mieux des pensées qoe nous avons eues étant éveillés, de quoi je rendm clairement la raison en physique.

13. Lorsque j'ai dit que Dieu étoitson «j^J« me suis servi d'une façon de parler fort «^^'^^ les théologiens, par laquelle on entend qu'il e« de l'esçence de Dieu qu'il existe ; ce qu'on ne pe» pas dire de même du triangle, pource que tout son essence se conçoit fort bien, encore qu'on supposât qu'il n'y en eût aucun dans la nature, v

j'ai dit que les sceptiques D*auroieDt]amais douté desTérités géométriques s*ils eussent coddu Dieu comme il faut, pource que ces vérités géométriques étant fort claires, ils n^auroient eu aucune occasion d*en douter, sMls eussent su que toutes les choses que l*on conçoit clairement sont vraies ; etc*est ce que nous apprend la connolssance que nous avons de Dieu quand elle est entière et Auffîlaote, et cela même est le moyen qu'ils n*avoient pas en main.

Enfin cette question, savoir si la ligne est composée de points ou de parties, ne sert ici de rien an sujet, et ce n'est pas le lieu d*y répondre ; mais je vous avertis seulement que, dans le lieu cité en la page 584, je n*ai pas entendu parler de tout ce qui regarde la géométrie, mais seulement de celles de ses démonstrations dont les sceptiques doutoient, quoiqu'ils les eussent clairement conçues. Et c'est mal k propos que l'on produit ici un sceptique, disant : que ce mauvais génie me trompe autant qu'il pourra^ etc.; car quiconque parlera de la sorte, dès là il ne sera plus sceptique, pource qu'il ne doutera pas de toutes choses. Et certes je n'ai jamais nié que les sceptiques même, pendant qu'ils concevoient clairement une vérité, ne se laissassent aller à la croire, en sorte qu'ils D'étoient sceptiques que de nom, et peut-être même ne persistoient-ils dans l'hérésie ou ils étoleut de douter de toutes choses que pour ne pas démordre de leur résolution et ne paraître pas inconstants et do légère créance. Mais j*ai seulement parlé des choses que nous nous ressou- TeDOQs avoir autrefois clairement conçues, et non pas de celles que présentement nous concevons clairement , ainsi qu'on peut voir en la page 84, 826 et 26.

14. J'ai déjà expliqué sur la fin de mes réponses aux sixièmes objections, par l'exemple de la pesanteur, en tant que prise pour une qualité réelle, comment l'esprit est co*étendu à un corps étendu, encore quMl n'ait aucune vraie extension, é'est-i-dire aucune par laquelle 11 occupe un lien et qui fait qu'il en chasse tout autre corps. Et j'ai aussi montré dans ces mêmes réponses , artideS, que lorsque l'Ecclésiaste dit qiie l'homme ^'arien de plus que la jument ^ il parle seulement du corps, pource que aussitôt après il parle séparément de l'âme en ces termes : Qui sait si fetprit des enfants éPAdam, etc.

Enfin, pour reconnoître laquelle de ces deux nanières de concevoir est la plus imparfaite, et marque plutêt la foiblesse de notre esprit ou bien celle par laquelle nous ne pouvons concevoir une *08e sans l'autre, comme l'esprit sans le corps, ou bien celle par laquelle nous les concevons disttactement Vm^ sans l'aatre, comme des «hoaes

OlSCABTES.

complètes, II fiiut prendre garde laquelle de ces deux manières de penser procède d'une faculté positive dont la privation soit la cause de l'autre ; car on concevra facilement que cette faculté-là de l'esprit est réelle, par laquelle il conçoit distinctement deux choses l'une sans l'autre, comme des choses complètes, et que c'est la privation de cette même faculté qui fait qu'il appréhende ces deux choses confusément, comme si cen*en étoitqu'une, ainsi que dans la vue il y a une plus grande perfection lorsqu'elle distingue exactement chaque particule d'un objet que lorsqu'elle les aperçoit toutes ensemble comme une seule. Que si quelqu'un ayant les yeux chancelants et non arrêtés prend une chose pour deux, comme il arrive souvent aux ivrognes, et si quelquefois les philosophes distinguent, je ne dis pas l'essence de l'existence, pource qu'ils n'ont pas de coutume de mettre une autre distinction entre ces deux choses que celle qui y est en effet, mais bien conçoivent dans un même corps la matière, la forme et plusieurs divers accidents, comme autant de choses différentes l'une de l'autre, pour lors ils reconnoitront facilement, par l'obscurité et la confusion de leur perception, que cela vient non-seulement d'une faculté positive, mais aussi du défaut de quelque faculté, si, considérant de plus près les choses, ils prennent garde qu'ils n'ont pas des idées tout-à-fait différentes de ces choses qu'ils supposent ainsi être diverses.

Au reste, s'il est vrai que tous les lieux que je n'avois pas suffisamment expliqués dans mes pré* cédentes réponses aient été marqués dans ces objections, je suis bien obligé à leur auteur de ce que par son moyen j'ai un juste sujet de n'en plus attendre d'autres. '

^LettreXCdutomelI.)

Août 1641.

Monsieur,

Je vous suis très obligé du souvenir qu'il vous plaît avoir de moi, et je tiens à honneur que vous vouliez savoir mon opinion touchant l'éducation do M. votre fils. Le désir que j'aurols de vous pouvoir rendre quelque service en sa personne m'empêcheroit de vous dissuader de l'envoyer en ces quartiers, si je pensois que le dessein que vous avez touchant ses études s'y pût accomplir; mais la philosophie ne s'enseigne ici que très mal; les professeurs n'y font que discourir une heure le jour, environ la moitié de l'année, sans dicter jamais aucuns écrits ni achever le cours en aucun temps déterminé, en sorte oue ceux qui en

CORRESPONDANCE

veulent tant soit peu savoir sont contraints de se faire instruire en particulier par quelque maître, ainsi qu*on fait en France pour le droit lorsqu'on veut entrer en office. Or, encore que mon opinion ne soit pas que toutes les choses qu'on enseigne en philosophie soient aussi vraies que TEvangile, toutefois, a cause qu'elle a la clef des autres sciences, je crois qu'il est très utile d'en avoir étudié le cours entier, en la façon qu'il s^cnseigne dans les écoles des jésuites, avant qu'on entreprenne d'élever son esprit au-dessus de la pédanterie pour se faire savant en la bonne sorte. Et je dois rendre cet honneur à mes maîtres, que do dire qu'il n'y a lieu au monde où je juge qu'elle s'enseigne mieux qu'à La Flèche. Outre que c'est, ce me semble, un grand changement pour la première sortie de la maison, que de passer tout d'un coup en un pays différent de langue, de façons de vivre et de religion, au lieu que l'air de La Flèche est voisin du vôtre ; et à cause qu'il y va quantité déjeunes gens de tous les quartiers de la France, ils y font un certain mélange d'humeurs, par la conversation les uns des autres, qui leur apprend quasi la même chose que s'ils voyagcoient ; et enfin l'égalité que les jésuites mettent entre eui, en ne traitant guère d'autre façon les plus relevés que les moindres, est une invention extrêmement bonne pour leur êter la tendresse et les autres défauts quMls peuvent avoir acquis par la coutume d^être chéris dans les maisons de leurs parents. Mais, monsieur, j'appréhende que la trop bonne opinion que vous m'avez fait avoir de moi-même, en prenant la peine de me demander mon avis, ne m'ait donné occasion de vous l'écrire plus librement que je ne devois; c'est pourquoi je n'y ose rien ajouter, sinon que si M. votre fils vient «n ces quartiers, je le servirai en tout ce qui me sera possible. J*ai logé à Leyde en une maison où il pourroit être assez bien pour la nourriture ; mats pour les études, je crois qu'il serolt beaucoup mieux à Utrecht, car c'est une université qui, n'étant érigée que depuis quatre ou cinq ans, n'a pas encore eu le temps de se corrompre, et il y a un professeur, appelé M. Leroy, qui m'est intime ami, et qui selon mon jugement vaut plus que tous ceux de Leyde. Je suiB, etc.

K« St.— AO R. P. MERSENNE.

(Lettre XXYUI du tome lU. )

Èà décembre 1641.

Moû rétérend Père,

Vos lettres ont été gelées par les chemins, car kdate n'apprend que je les devob recevoir il y

a quinze jours, ce qui est cause que je n'ai pu r^ pondre plus têt. Je vous remercie de ce que vous m'écrivez de la part des pères jésuites, et voai verrez en ma lettre latine de quelle façon j'y réponds ; mais je vous prie de la faire voir i lear provincial; et je voudrois bien qu'une autrefois, s'ils vous prient derechef de me faire savoir quelque chose de leur part, vous le refusassiez, si ce n'est qu'ils le missent eux-mêmes par écrit, à cause qu'ils peuvent mieux désavouer leur parole que leur écriture : et je prévois déjà qu'ils désavoaeront une partie de ce que vous m'avez cette fois écrit de leur part, et à quoi j'ai été obligé de répondre; mais n'importe, cela vous servira d'ex* cuse pour ne vous plus charger de leurs commissions s'ils ne les écrivent. Je vous renvoie la lettre du père Bourdîn, que j'ai trouvée peujadicieuse, mais je n'en ai pas voulu toucher oa seul mot, à cause que vous me l'aviez défeDda.ie crois bien que son provincial l'a envoyé pour tous demander s'il étoit vrai que j'écrivisse contre eux, mais non pas pour me menacer des choses qu'Os savent bien que je ne crains pas, et qui peuveol bien plus m'obliger à écrire que m'en empfcber. Il est certain que j'aurois choisi le Compendluoi du pèreEustache comme le meilleur, si j'enavois voulu réfuter quelqu'un ; mais aussi est-il vraj que j'ai entièrement perdu le dessein de réfuter cette philosophie, car je vois qu'elle est si absolument et si clairement détruite par le seul établissement de la mienne qu'il n'est pas besoia d'autre réfutation : mais je n'ai pas voulu leur es rien écrire ni leur rien promettre, à cause qi» je pourrai peut-être changer de dessein, s'ils m'ea donnent occasion. Et cependant je vous prie de ne craindre pour moi aucune chose ; car je vous assure que si j'ai quelque intérêt d'être bien avec eux, ils n'en ont peut-être pas moins d'être blea avec moi et de ne se point opposer a mes desseins : car s'ils le faisoient, ils m'obligeroieDt d'examiner quelqu'un de leurs cours, etde^eI^ miner de telle sorte que ce leur seroit une boota à jamais. J'ai feint de n'oser pas vous prier de faire voir ma lettre au père provincial , mais je serois pourtant bien marri qu'il ne la vit point. Je suis, etc.

Ro 58.A M. REGIOS.

(Lettre xa da tome L TeiatOD.)

Sjanvierieii.

Monsietir,

Je vous attendois ces jours passés, et J'apprendi aujourd'hui une nouvelle qul^ bien que de peo de oopséquoDoei fie Itiise p«s de md fldn oni»':

dre qu'elle n'ait été la cause de votre retardement; cela redouble l'empressement que j*ai dé TOUS Toir pour prendre ensemble là-dessus de justes mesures. J'apprends donc que vos ennemis ont enfin lé dessus, et qu'ils sont tenus à bout de tons faire défendre d'enseigner mes Principes. Je ne sais comment tous prenez la chose, mais, si tous m'en croyes, vous ne ferez qu'en rire et mépriser tout cela. Vous regarderez la Jalousie qu'on fait paroîtrë contre vous comme plus glorieuse que tons les applaudissements des ignorants; et certes il n'est pas surprenant que, dans une affaire qui se décide à la pluralité des voix, TOI» n'ayez pu résister avec le seul secours de la TJrlté et de quelques-uns de ses partisans à là multitude dd ros adversai^es. SI, pour toute vengeance, vdûs prenez le parti d'en rire en votre particulier, de garder un proibnd silence et de tons tenir en repos, j'y (lionne leë mains. Si vous Toulez vous servir d'autres moyens , je ne vous manquerai point au besoin. Je vous prie cependant de m'âpprendre au plus tAt par lettres, ou de vive Voix, quelles sont vos résolutions. Adieu, almez-mol toujours un peu. Si vous venez me Toir, apportez, je vous prie, avec vous le plus de thèses que vous pourrez de vdtrë adversaire. Adieu.

If 59.— A UN R. P. DE L^OftATOIRES

MiCTBim DI SOftlIOlIKË.

(Lettre CY du tome I.} Monsieur et révérend Père,

J'ai assez éprouvé combien vous favorisiez le désir que j'ai de faire quelque progrès en la recherche de la vérité, et le témoignage que vous m'en rendez encore par lettres m'oblige extrêmement. Je suis aussi très obligé au R. P. de la Barbe pour avoir pris la peine de lire mea pensées de métaphysique, et m'avoir fait la faveur da les défendre contre ceux qui m'accusoient de metr tre tout en doute : il a très parfaitement pris mon intention; et si j'avois plusieurs protecteurs tels que vous et lui , je ne douterois point que mon pftrti ne se rendit bientôt le plus fort ; mais quoi* <iBe je n'en aie que fort peu, je ne laisse pas d'à* ^oir beaucoup de satisfaction de ce que ce sont les plus grands hommes et les meilleurs esprits ^ul goàtcnt et lavorisent le plus mes opinions. Je

(l)«^lDt de doute qoe cette lettre ne aoit adressée m ^•Oibieaî, père de roratoire. Elle est écrite depuis 1641 ; car ■• Descaries y parle de M. Arnauld comme n'éiaoi docteur JJ'^^<l»bpeo,etUe8tcoi»taotqiieM. Arotold o*a pris le *^mqpir« Ma »|NM deregMovisIfe df riMttaU

me laisse aisément persuader que si le R. P. 6.* eût vécu, il en auroit été des principaux, et bien qu'il n'y ait pas longtemps que M. Arnauld soit docteur, je ne laisse pas d'estimer plus son jugement que celui d'une moitié des anciens. Mon espérance n'a point été d'obtenir leur approbation en corps; j'ai trop bien su et prédit. Il y a longtemps, que mes pensées ne seroient pas an goût de la multitude, et qu'où la pluralité ié^ voix auroit lieu, elles seroient aiséraeat cendambées. Je n'ai pas aussi désiré celle dés particuliers, à cause que je serois marri qu'ils lissent rien à mon sujet qui pût être désagréable i leurs con* frères, et aussi qu'elle ^'obtient si facilement pour les autres livres que j'ai cru que la cause pour laquelle on pourroit juger que je ne l'ai pas ne me seroit point désavantageuse ; mais cela ne m*a pas empêché d'offrir mes Méditations à votre faculté, afin de les faire d'autant mieux examiner* et que si ceux d'un corps si célèbre ne trouvolent point de justes raisons pour les reprendre, cela me pût assurer des vérités qu'elles contiennent.

Pour ce qui est du principe par lequel il mé semble connoitre que l'idée que j*al d*uoe chose, non reddiiur à me înadœquata per ahilraciûmem iniellectûSf je ne le tire que de ma propre pensée ; car étant assuré que je ne puis avoir aucune connoissance de ce qui est hors de mot que par l'entremise des Idées que j'en ai en mol, je me garde bien de rapporter mes jugements immédiatement aux choses, et de leur rien attribuer de positif que je ne l'aperçoive auparavant en leurs idées : mais je crois aussi que tout ce qui se trouve en ces idées est nécessatremëni dans les choses ; ainsi pour savoir si mon idée n'est point rendue non complété, ou inadœquaia^ par quelque abstraction de mon esprit, j'examine seulement si je ne l'ai point tirée, non de quelque sujet plus complet, mais dé qiielqub autre idée plus complète et plus parfaite que j'aie en moi, et si je ne l'en ai point iivée per abstracliohem intelieclùê, c'est-à-dire en détournant ma pensée d*une partie de ce qui est compris en cette idée complète pour l^appliquer d'autant mieux et me rendre d'autant plus attentif à l'autre partie, comme lorsque je considère une figure sans penser à la substance ni à la quantité dont elle est figure, je fais une abstraction d'esprit que je puis aisément reconnoltre par après, en examinant si je n'ai point tiré cette idée que j^ai de là figure de quelque autre que j'ai eue auparavant, et à qui elle est tellement jointe que, bien qu'oh puisse penser i l'une sans avoir aucune attention

(!) «GoDdrand ; le t>. tableof n*e8t mon à Sabit Itas^

CORRESPONDANCE

k l'autre, on ne puisse toutefois la nier de cette autre lorsqu'on pense à toutes les deux ; car je vols clairement que Tidée de ia figure est ainsi jointe à Tidée de l'extension et de la substance, ▼u qu'il est impossible que je conçoive une figure en niant qu'elle ait aucune extension et en niant qu'elle soit l'extension d'une substance; mais l'idée d*une substance étendue et figurée est complète, à cause que je la puis concevoir toute seule, et nier d'elle toutes les autres choses dont j*ai des idées.Or il est, ce me semble, fort clair que l'idée que j'ai d'une substance qui pense est complète en cette façon, et que je n*ai aucune autre idée en mon esprit qui ia précède et qui lui soit tellement jointe que je ne les puisse bien concevoir en les niant l'une de Tautre ; car il ne peut y en avoir de telle en moi que je ne la connoisse. Et enfin ce ne sont que les modes seuls, dont les fdées sont rendues non complètes par Tabstraclion de notre esprit lorsque nous les considérons aans la chose dont ils sont modes; car pour les substances elles ne peuvent n'être pas complètes, et mdme il est impossible de concevoir aucune de ces qualités qu'on nomme réelles, que par cela seul qu'on les nomme réelles , on ne les conçoive comme complètes, ce qui fait aussi qu'on avoue qu'elles peuvent être séparées de la substance, sinon naturellement, au moins surnaturellement, ce qui suffit. On dira peut-être que la difficulté demeure encore, i cause que bien que je conçoive Tâme et le corps comme deux subtances qui peuvent être l'une sans Tautre, je ne suis pas tctttefoîs assuré qu'elles soient telles que je les crois. Mais il en faut revenir à la règle cidevant posée, à savoir, que nous no pouvons avelr aucune connoissance des choses que par les idées que nous en concevons, et que par conséquent nous n'en devons juger que suivant ces idées, et même penser que tout ce qui répugne à ces idées est absolument impossible et implique contradiction. Ainsi nous n'avons aucune autre raison pour assurer qu'il n'y a point de montagne sans vallée, sinon que nous voyons que leurs idées ne peuvent être complètes quand nous les considérons l'une sans l'autre, bien que nous puissions par abstraction avoir l'idée d'une montagne ou d'un lieu par kquel on monte de bas en haut, sans considérer qu'on peut aussi descendre par le même de haut en bas. Ainsi nous pouvons dire qu'il implique contradiction qu'il y ait des atomes ou des parties de matière qui aient de l'extension , et toutefois qui soient indivisibles, à cause qu'on ne peut avoir ndée d'aucune extension sans avoir aussi celle de sa moitié ou de son tiers, ni par conséquent sans la concevoir comme divisible en deux ou en trois ; car de cela soûl que je considère les ûmj.

moitiés d'une partie de matière, tant petite qu'dle puisse être, comme deux substances complètes, et quarum ideœ non redduniur à me inadœqwiUt per abstraetionem intellectuel je conclus certainement qu'elles sont réellement divisibles; et d l'on me disoit que, nonobstant que je les pois concevoir l'une sans l'autre, je ne sais pas pour cela si Dieu ne les a point unies ou jointes l'oDei l'autre d'un lien si étroit qu'elles soient entièrement inséparables, et ainsi que je n'ai pas raisoD de l'assurer, je répondrois que, de quelque Uea qu'il puisse les avoir jointes, je suis assuré qall les peut séparer, et ainsi , absolument parlant, qu'elles peuvent être séparées, puisqu'il m'a doDoé la faculté de les concevoir comme séparées; et je dis tout de même de l'âme et du corps, et généralement de toutes les choses dont nous avons dei idées diverses et complètes ; mais je ne nie pu pour cela qu'il ne puisse y avoir dans Tâme oo dans le corps plusieurs choses dont je n'aiaoca* nés idées; je nie seulement qu'il y ait rien qui répugne aux idées que j'en al , car autrement Biea seroLt trompeur, et nous n'aurions aucune rigle pour nous assurer de ia vérité.

La raison pour laquelle je crois quel'imepeDie toujours est la même qui me fait croire qui la lumière luit toujours, bien qu'il n'y a point d'yeux qui la regardent; que la chaleur est toujours chaude, bien qu'on ne s'y chauffe point; que le corps ou la substance étendue a toujours de l'extension, et généralement que ce (fui constitue la nature d'une chose y est toujours pendant qu'elle existe ; en sorte qu'il me seroit bien pios aisé de croire que Tâme cesseroit d'être quand on dit qu'elle cesse de pen^r que non pas de concevoir qu'elle soit sans pensée. Et je ne Toii ici aucune difficulté, qu'a cause qu'on juge superflu de croire qu'elle pense lorsqu'il ne nooseï reste aucun souvenir par après ; mais si on considère que nous avons toutes les nuits mille pensées, et même qu'en veillant nous en avons eu mille depuis une heure dont il ne nous reste aucune trace, et dont nous ne voyons pas miem l'utilité que de celles que nous pouvons avoireœi avant que de naître, on aura bien moins de peine a se le persuader qu'à juger qu'une subsUinoedoDt la nature est de penser puisse exister et toutefois ne point penser. Je ne vols aussi aucune di.îGailté à entendre que les facultés d'imaginer et desâh tir appartiennent à l'âme, à cause que ce sont des espèces de pensées; et néanmoins elles n'appartiennent à l'âme qu'en tant qu'elle est jointe au corps, à cause que ce sont des espèces de pensées sans lesquelles on peut concevoir l'ftme toute pure. Pour ce qui est des animaux, nous conooissoos bion en eux des mouvements semblables i cem

qui suiTeot de nos imaginations ou sentiments, mais non pas pour cela des imaginations ou sentiments ; et au contraire, ces mêmes mouvements se pouvant faire sans imagination, nous avons raison de croire que c'est ainsi qu'ils se font en eux, ainsi que j'espère faire voir clairement en décrivant par le menu toute l'architecture de leur corps et les causes de leurs mouvements. Mais je crains que je ne vous aie déjà ennuyé par la longueur de cette lettre ; je me tiendrai très heureux si vous me continuez l'honneur de votre bienveillance et la faveur de votre protection, comme i celui qui est, etc.

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