N' 67.— A M. REGIUS
( Lettre XG Y du tome L Y eroion. )
SJalnieii.
Moastour,
Je suis ravi que notre histoire de Yoêtius n'ait pas déplu à vos {imis. Je n'ai encore vu per* Boiinp, pas mime parmi les théologiens, qui n'ait été bien aise de lui yoir donner sur les oreilles. On ne peut pas m'aocuser d'avoir été trop piquant dans ma narration ; je n'ai fait que raconter la chose comme elle s'est passée. J'ai écrit encore avec plus de vivacité contre un père jésuite. J'ai lu en courant ce que vous m'avez envoyé, je n'y al rien trouvé qui ne fût fort bon et qui n'allât droit i la chose, excepté ceci qui est peu de chose : !• Le style n'est pas assez châtié en bien des endroits*! outre cela, page 46, où vous dites que la matière n'est pas un corps naturel, j'^uterols : Selon le sentiment de ceux qui définissent le corps naturel de cette manière, etc. ; car selon nous, qui croyons qu'elle est une substance véritable et complète, je ne vois pas pourquoi noua dirions que la matière n'est pas un corps naturel. Et page 66, il parolt que vous établissez une plus grande différence entre les choses vivantes et celles qui ne le sont point qu'entre une horloge, ou tout autre automate, et une clef, une épée, et tout autre instrument qui ne se remue pas de luimême, ce que je n'approuve point; mais comme se mouvoir de m-même est genre à l'égard des machines qui se remuent d'elles-mêmes, &
i'éxcinsion des aùtrw madilnes qui ne se k* muent pas ainsi , de même la m« ne peut ^ire prise pour le genre qui embrasse les formes de tous les êtres vivants. Et page 96, où vous dites: certé multô majorem efficaciam, gue $mefH est beaucoup plus ffrand, el4?.,j'aimeroismieQx, cerlè non minorem ef/icaciam^ etc., jueMi effet n'est pas moindre: car 11 n'est pasplm grand dans l'un que dans l'autre. EoOn, pige 106, vous dites que dans cet endroit de TEcdésiaste Salomon fait parler les impies, et moi, page 303, tome II des Méditations, j'ai expliqué le même endroit prononcé par le môme Eodésiaste en tant que pécheur lui-même ; mais Je oe vois pas de quelle utilité pourra être votre réponse, parce que le Cappadocien ne la mérita pas, à moins qu'il ne fasse quelque nooTeile équipée, et en ce cas-là elle pourroit paraîtra avec votre réponse à ce qu'il pourroit dire (k nouveau sous le nom de quelqu'un de vos dii* clples. Présentement je crois qu'il faut se tenir en repos; vous ne devez pas même mêler daoi vos leçons mes sentiments avec ceux de Gaileoel d'Aristote, à moins que vous ne sachiez qae oeb ne déplaît pas au magistrat qui vous prot^ J'aimerois mieux que vous n'eussiez polat d'au* diteurs et cela ne vous tourneroit pas i désboo* neor. Quant à la solution que vous demaDdei sur l'idée de Dieu, il faut remarquer qu'il ne s'agit point de l'essence de l'idée selon laquelle elle est seulement un mode existant dans l'âme (ce mode n'étant pas plus parfait que l'homme), maisqnil 9*agit delà perfection objective, que les principes de métaphysique enseignent devoir être cooteoui formellement ou éminemment dans sa cause. Se même qu'il faudroit répondre i celui qui diroit que chaque homme peut peindre un tableau aussi bien qu'Apelies, puisqu'il ne s'agit que dei couleurs diversement appliquées , et que chacap peut les mêler en toutes sortes de manières, il faudroit, dis-je, répondre & cette personne-li que , lorsque nous parlons de la peinture d^Apelles, nous ne considérons pas seulement eo elle un certain mélange de couleurs, mais ce m^ lange qui est produit par l'art du peintre pour représenter certaines ressemblances des cbosesi mélange par conséquent qui ne peut être eiéooM que par les plus habiles de l'art. Je réponds au second que, de ce que vous avouez que Is peoiés est un attribut de la substance qui n'eoferina aucune étendue, et qu'au contraire l'étendue en l'attribut de la substance qui n'enferme aucune pensée, il faut par là que vous avouiez aussi que la substance qui pense est distinguée de celle qw est étendue ; car nous n'avonspoint d'autre marqua pour connoâtre qu'une substanoe diflère de i'^utr*
^ue de ce que dous oompreDons runeindépendamnient de loutre, et, en effet, Dieu peut faire tout oe que ÉouspouTons comprendre dalremetit ; ei s'il y a d'autres choses qu*on dit que Dieu ne peut faire, c^est qu'elles impliquent contradiction dans leurs idées« c'est-ft-dire qu*elle8 ne sont pas int^igibles. Or nous pourons comprendre clairement une substance qui pense et qui ne soit pas étendue, et une substance étendue qui ne pense pas, comme tous i^atouez; cela étant, que Dieu lie et unisse ces substances autant qu*il le peut, il ne pourra pas pour cela se prirer de sa toutepoîasance ni s*Ater le pouvoir de les séparer, par conséquent elles demeureront distinctes.
Je n*ai pu remarquer dans Totre écrit si par Cappadocien vous entendez Lemoine ou Voëtius. J*ai trouvé cela bien. Se rappliquera qui voudra, mais j'apprends qu*on ne sait pas ie pays de Voëtius ; ainsi vous lui procureriez un bien de lui assigner la Cappadoce pour patrie. Vous avez beauooup d'obligation an Moine de ce qu'il grossit vetre auditoire. Au reste, j'ai appris de M. P. que vous aviez dessein de nous venir voir; je vous y Invite de tout mon cœur, non-seulement vous, mais madame votf e épouse et mademoiselle votre fille ; je me ferai un plaisir tr&s sensible de vous recevoir. Les arbres sont déjà rcYétus d*un nouTeau feuillage, et bientét nos cerises et nos poires seront mûres. Adieu, et aimez -moi toujours un peo.
N» 68. — A M. DE 2tIITLICHEN.
(Lettre CXX du tome HL)
• ooiebreiSM.
Monsieur 9
J'employai la journée d^hier à lire les dialogues ie Mundo qae vous m'avez fait la faveur de m'envoyer, mais je n'y ai remarqué aucun lieu où l'auteur ait voulu me contredire; car pour celui où il dit qu'on ne sauroit faire des lunettes d'approche plus parfaites que celles que l'on a déjà, 11 y parle si avantageusement de moi que je serois de mauvaise humeur si je le prenois en mauvaise part. II est vrai qu'en plusieurs autres endroits il a des opinions fort différentes des miennes, mais il ne témoigne pas là qu'il pense à mol, non plus qu'en ceux où il en a de conformes i celles que j'ai ; et j'accorde volontiers aux autres la liberté que je leur demande pour moi, qui est de pouvoir écrire ce que l'on croit être le plus trai, sans se soucier s'Û est conforme on différent de quelques autres.
le trouve plusieun dmies /or( ^mm dans ses
trois dialogues ; mais pour le second , oA 11 a voulu imiter Galilée, je le trouve trop subtil. Je voudrois bien pourtant qu'on publiât quantité d'ou^ vrages de cette sorte ; car je crois qu'ils pourroient préparer les esprits à recevoir d'autres opinions que celles de l'école, et je ne crois pas qu'ils puissent nuire aux miennes.
Au reste, monsieur, je tous suii doublement obligé de ce que ni votre affliction, ni la multitude des occupations qui; comme je crois, l'accompagnent, ne vous ont point empêché de penser à mol et de prendre la peine de m'envoyer ce livre. Je sais que vous avez beaucoup d'affection pour vos proches, et que leur pef te ne peut man<» quer de vous être extrêmement sensible; je sais bien aussi que vous avez l'esprit très ibrt, et que vous n'Ignorez aucun des remèdes qui peuvent servir à adoucir votre douleur ; mais je ne saurois m'abstenir de vous en dire un que j'ai trouvé très puissant, non-seulement pour me ftiire supporter la mort de ceux que j'ai le plus aim&, mais aussi pour m'empêcher decraindre la mienne, nonobstant que j'estime assez la vie; Il consiste dans la considération de la nature de nos âmes, que je pense connoître si clairement devoir duref après cette vie et être nées pour des plaisirs et des félicités beaucoup plus grandes que celtes dont nous jouissons en ce monde, pourvu que per nos dérèglements nous ne nous en rendions point indignes et que nous ne nous exposions point Aux diâtiments qui sont préparés aux méchants, que je ne puis concevoir autre chose de la plupart dé ceux qui meurent, sinon qu'ils passent dans une vie plus douce et plus tranquille que la nêtre, et qtti> nous les Irons trouver quelque jour, même avecla souvenance du passé; car je trouve en nous une mémoire Inteliectuelie qui est assurément indépendante du corps; et quoique la relit glon nous enseigne beaucoup de choses sur ce sujet, j*avoue néanmoins en mol tine infirmité qui m'est, ce me semble, commune avec la plupart des hommes, à savoir que, nonobstant que nous voulions croire et même que nous pension! croire très fermement tout ce qui nous est enseigné par la religion, nous n'avons pas néanmolna coutume d'être si touchés des choses que la seule fol nous enseigne et oà notre raison ne peut at-^ teindre, que de celles qui nous «K>nt avec cela persuadées par des raisons naturelles fort évidentes. Je suis, etc. ,
œRRÈSPONDAÎ<CE.
N« 69. — AD R. P. DINET,
PfiOVINaAL DES JÉSUITES, ÉCBITE A l'oCCASION DBS SEPTIÈMES OBJECTIONS.
(Tersion.) MoD révérend Père,
Ayant témoi^^né au R. P. Mersenne, par la lettre que je me donnai l'honnear de lui écrire ces jours passés, que j*aurois fort souhaité que le R. P.^ eiit fait imprimer la dissertation que j*avois appris qu'il avoit faite contre mes Méditations, ou du BioiDs qu*ll me l'eût envoyée pour la joindre avec les objections que j'avois déjà reçues d'ailleurs, afin de foire imprimer le tout ensemble ; et Tayaint prié qo'ii tâchât d'obtenir cela de lui, ou, en cas qu'il le refusât, de s'adresser à votre révérence, il me fit réponse qu'il vous avoit mis ma lettre entre les mains, et que non*seulement vous l'aviez favorablement reçue, mais que vous aviex même témoigné avoir pour moi beaucoup de bienveillance et de bonté, ce que j'ai fort bien reconnu •D cette renoontre^i même, par le soin que vous avez eu de me faire tenir aussitôt après ces nouvelles objections. Ce qui m'oblige non-seulement é de grands remerclments envers votre R., mais même cela m'invite à lui dire ici librement ce que j'en pense et à vous demander avis touchant le dessein de mes études. Et à dire le vrai, je vous avoue que je n'eus pas plus tât cette dissertation entre les mains que je ne m'en réjouissois pas Bsoins que si j'eusse possédé quelque riche trésor ; car comme je ne souhaite rien tant que d'éprouver la certitude de mes opinions et de me con- Armer dans leur vérité si , après avoir été examinées par tous les savants, elles se trouvent à l'épreuve de leurs atteintes, ou d'être averti de mes erreurs afin de m'en corriger, je croyois y trouver de quoi contenter une si juste attente, m'imaginant qu'elle ne contiendroit autre chose qu*nn examen très fidèle des choses que j'ai écrites, on du moins un avertissement charitable des fautes que mon insuffisance y auroit laissé glisser. Et comme dans les corps bien disposés il y a une telle union et communication de toutes les parties entre elles que jamais pas une n'agit simplement avec les forces qui lui sont propres et particulières, mais que la force qui est commune à tout le corps se joint et s'unit pour concourir ensemble i son action, ainsi, sachant l'étroite union qui a coutume d'être entre tous les membres de votre ■odété, je ne croyois pas, lorsque je reçus l'écrit en R. P., recevoir le sentiment d'un seul, mais
(DccLep.Bourdm.»
je m'attendois que ce seroit un jugement exact et équitable de tout le corps de votre société Uxh chant mes opinions. Néanmoins, après l'avoir la, je fus fort étonné que mon attente étoit déçue, et Je commençai dès lors à reconnoitre qu'il en falloit juger tout autrement que je ne m'étois imaginé jusques ici ; car sans doute que si cet écrit étolt venu de la part d'une personne qui fût animée du même esprit que toute votre société, oo n'y remarqueroit pas moins de bcuté, de douceur et de modestie que dans ceux des particuliers qui m'ont écrit sur la même matière ; mais, bien ioii de cela, si vous le comparez avec leurs objectiODi, il n'y a personne qui ne juge que celles-ci vieo' nent plutôt de la part de quelques personnes religieuses que non pas le sien ; car il est conçu eo termes si pleins d'aigreur qu'un particulier même, et qui ne seroit tenu par aucun vœu soleouel de pratiquer la vertu plus que le commun des hom* mes, ne pourroit avec bienséance se donner la licence d'écrire de la sorte. On y remarqueroit aussi un amour de Dieu et un zèle ardent poor l'avancement de sa gloire ; mais tout au coutraire il semble qu'il ait pris plaisir à impugner, contre toute sorte de raison et de vérité, par de pures fictions et des autorités mal fondées, les principes dont je me suis servi pour prouver l'eiisteuce de Dieu et la réelle distinction de l'âme de rhomme d'avec le corps. On y remarqueroit outre cela de la science, de la raison et de l'esprit; mais, i moins de vouloir mettre au rang de la science une médiocre connoissance de la langue latine, telle que l'avoit autrefois la populace dans Rome, je n'en ai vu aucune marque dans son écrit, dod plus que de raisonnement qui ne fût, ou mal déduit, ou mal fondé, ni enfin aucune pointe d'esprit qui ne fût plutAt digne d'un artisan que d'uo Père de la société. Je ne parle point de la prudence ni de tant d'autres vertus qui sont si admirables et si communes parmi vous, dont néanmoins cette dissertation ne fait voir non plus aucune marque; mais* du moins y remarqueroit-on du respect pour la vérité, de la probité et de la candeur. Et tout au contraire l'on verra manifes^ tement, par les notes que j'ai faites dessus, qu'on ne sauroit rien inventer qui soit plus éloigné de toute apparence de vérité que tout ce qu'il m'impute dans cet écrit. Et partant, comme lorsqu'une des parties de notre corps est dans une telle disposition qu'elle est quasi dans l'impuissance de pouvoir suivre la loi qui est commune à son tout, nous jugeons qu'elle est atteinte de quelque ma^ ladie qui lui est particulière, ainsi la dissertation du R. P. fait voir très manifestement qu'il ne jouit pas de cette louable santé et vigueur qui est répandue dans tout le reste du corps de votre so-
AMINEE 1642.
eiété. Ce qui toutefois m diminue en rien reetlme et le respect qae J*ai pour totre R.; car, comme Doos ne faisons pas moins d*état de la tête d*un homme, ou même d*un homme tout entier, de ce que quelques mauvaises humeurs sont coulées par hasard ou dans son pied ou ailleurs, malgré lui et eoDtre sa volonté, mais plutôt que nous louons la coDStance et la générosité avec laquelle il se présente pour souffrir les douleurs de sa cure ; et comme personne ne s*est jamais avisé de mépriser Caios Marius pour avoir des varices aux jambes, mais qu'au contraire il est souvent plus loué par lei auteurs, pour avoir souflert courageusement qu'oD lui en coupât une seule que pour avoir obtenu par ses triomphes sept fois le consulat, et pour avoir remporté plusieurs victoires sur ses ennemis; de même, nignorant pas avec quelle pieuse et paternelle affection vous chérissez tous lesvAtres, plus la dissertation du R. P. me semble mauvaise, d^autant plus fais-je d'estime de Totre intégrité et de votre prudence d'avoir bien Toolu qu'elle me fût envoyée, et d'autant plus amsl ai-je de vénération et de respect pour toute Totre compagnie. Mais d'autant que le R. P. a pris le soin de m'envoyer sa dissertation, de peur qu'il ne semble que ce soit témérairement que je juge qu'il ne Ta pas fait de lui-même, mais par un oommandement exprès qu'il en a reçu de la part de votre R. vous me permettre! de déduire ici les raisons qui me portent à le croire ; et pour cela je TOUS ferai le narré de tout ce qui s'est passé entre loi et moi jusqu'ici.
Il écrivit en l'année 1640 quelques traités contre mol, toodiant l'optique, dont j'ai appris quil avoit fiiit des leçons a ses disciples, et même qnll les avoit prêtés pour en prendre copie, non pas peut-être i tous, car je ne le sais point, mais du moins à quelques-uns, et, comme il est croyable, i ceux qui lui étoient les plus chers et les plus affidés : car, en ayant fait demander la copie à quelqu*un d'eux entre les mains de qui on Tavoit vue, il fut tout-à-fait impossible de l'obtenir. Après cela il en composa des thèses qu'il fit imprimer, et qu'il soutint pendant trois jours avec une pompe et un appareil extraordinaires dans votre collège de Paris, où, entre autres choses dont on disputa, l'on combattit fort et ferme contre mes opinions, et remporta par ce iDoyen, sans beaucoup de peine, plusieurs victoires sur un absent. I>e plus, j'ai vu la vélitatiun ou la déclamation qui fut récitée i l'ouverture de ces disputes, enrichie de l'explication du H. P., dont tout le but n'étolt autre que d'impu- Suer mes opinions; mais néanmoins il n'y repreaoit pas un seul mot comme mien que j'aie jamais écrit ou pensé, et qcd ne soit si visiblement ab-
surde qu'il est aussi peu vraisemblable que oelt puisse jamais tomber dans l'esprit d'un homme un peu sensé que l'est tout ce qu'il m'impute dans sa nouvelle dissertation : comme je fls voir pour lors par 1^ notes que je fls dessus, lesquellee j'envoyai sous main à Tauteur, que je ne savois pas encore être du nombre de votre société. Or il est à remarquer que dans ces thèses il ne condamnoit pas seulement comme fausses quelquesunes de mes opinions, ce qu'il est permis à un chacun de faire, principalement lorsqu'il a eo main des raisons toutes prêtes pour le prouver; mais aussi, pour agir toujours avec sa candeur ordinaire, il diangeoit la signification de quelques termes : par exemple, il appeloit angle de réfraction, angulum refraciUmUj celui qui a toujours été appelé par les dioptriciens angle rompu, angulus refractus; usant en ced d'une subtilité toute pareille à celle dont il se sert dans sa dissertation, lorsqu'il dit que par le corps 11 entend ce qui pense et par l'âme oe qui est étendu. Et par cet artifice il avançoit comme venant de lui (mais en termes bien éloignés de ma façon ordinaire de parler) plusieurs de mes inventions, et me reprenoit comme si j*eusse eu touchant cela d'autres pensées fort mauvaises et fort étranges. De quoi étant averti, j'écrivis au»sitêt au R. P. recteur, et le priai que, puisque mes opinions aivoient été jugées dignes dfêtrê examinées chez eux en publie, il ne méjugeai pas aussi indigne ^ moi qui pouvois encore être censé au nombre de ses diseipks^ de voir les arguments qu'on avoit employés pour les réfuter. J'ajoutois encore plusieurs autres raisons qui me sembloient suffire pour le porter i m'accorder ce que je loi demandois, comme entre autres, que j'aimois beaucoup mieux être en^ Higné par ceux de votre compagnie que par tout autre que ce pàt être y pour ce que je les honorois tous et respectais encore comme mes maîtres et comme les seuls directeurs de met jeunesse, et de plus, qjtue j'avois prié en termes si exprés, dam mon discours de la Méthode, tous ceux qui liront mes écrits, de prendre la peine de m'avertir des erreurs qu'ils verroieni s'y être glissées, et qu'ils me trouveraient toujours disposé à m'en corriger, que je ne croyais pas après cela qu'il se dût rencontrer personne {surtout parmi une compagnie qui fait profession de piété et de religion) qui aimât fnieux me condamner d'erreur devant les autres que de me montrer à moi-même mes fautes, de la diorité duquel Une me fût au nums permis de douter. A quoi le R. P. recteur ne me fit point de réponse ; mais le R. P. m'écrivit une lettre par laquelle il me mandoit qu'il m'enverroit deas
CORRESPONDANCE
llilii joofB M trtàHê, €*eal-i-dir» les raltûns doal il t'étoit flefvi pour impugner mes opinions. A qild^ue temps de là je reçus des lettres de qaelq/m autres Pères de la société, qui me promet tii#pi de $a part, dans sii mois, la même cbose; peul-étre pource que, n'approuvapt pas ces traités (car ils 9*avouoieDt pas ouvertetnent qu'ils suMent rien de ce qu*il avoit fait oontre moi). Us demaodoieiit ce terme pour le corriger.
Enfin le R. P. m'envoya des lettres, non-seu- ISKieiit écrites de sa main, mais soellées même du sceau de la oompagnie, œ qui me faisoit Toir que ç'tvdt été par Tordre de ses supérieurs qu'il m*avoit écrit. La première chose dont il me par«* lolt dans asa lettres étoit que le R. P. recteur^ voffmU que ceUee quejehii avais ûdreuiee ne regetrdoieni que lui seiii, lui avoit commandé de mê faire iui'même rèponee^ et de me rendre ffftfon de eem proeédé ; 2. qu'il n' avoit janurie mtrtfti» m même qu'H n'entreprendrait ja^ mme tmeun combat particulier contre mee opinimi ; 3. que s'il n'avait rien accordé d la prièrû que j'ai faite dans la Méthode^ il n'en fallait accuser que son ignara$tce,paurce qu'il ne Vaieoii jamais lue; 4. que pour oe qui Hait des nfftes que j'avais faites sur le discours qui fut récité 4 l'ouverture de ses thèses^ U n'avait rien à ajouter à ce qu'il m'en avait déjà fait savait, et qu'U m'aurait même aussi écrit si ses antis ne hd eussent conseUli de n'en rien faire : e'esl-i*dire, pour parler sainement, qu'il n'tfvoit rien du tout à me dire sur mes notes, pdoree qu'il ne mVoit fliit savoir autre chose, sinon qu'B m'enverrait les raisons qu'il avoit pour combattre mes opinions; si bien qu'il me déclaroit seulement par 1& qu'il ne me les eoyerroit jamais, pource que ses amis l'en avolent dissuadé. Et bien que tontes ces choses donnassent assez à oodDOître qu'il n'avoit pas eu grande envie de parler de moi avantageusement, et que ç'avoit été de son chef et sans le consentement des au*- Ues Pires de la société qu'il avoit entrepris tout ce qu'il avoit fait, et partant qu'il agissoit par un autre esprit que celui de la oompagnie; et enfin qu'il ne voulolt rien moins que je visse oe qu'il avoit éortl oontre moi ; enoore aussi qu'il me aem* blât que o'étoit une chose toot-à-fait indigne de wir qu'un homme de sa robe, avec qui je n'avoîs jataais eu alieun démêlé, et qui même m'étoit tost^à^faît ittC(Minu, s'étoit si publiquement, si ouvertement, si extraordinairement emporté oontre moi, n'allouant pour toute excuse rien afttre chose, sinon qu'il n'avoit pas encore lu mon disoQurs de la Méthode ; œ qui néanmoins paroissoit si peu véritable que même il m'avoit aUQ^eal repris de ^mt analfse, toit dans ses
thèses, aolt^aastoiit ce diaocora qui M réeitt i leur ouverture, quoique je n'ao eusse traité suUo part ailleurs, non pas même aoulement |)arié da nom d'analyse, que dans oc discours de la Mithode qu'il disoit n'avoir point lu. Et toutefoii, pource qu'il promcttoit qu'à ravernr il cessaroit de m'inquiéter, je dissimulois très volontiers le passé et ne m'étonnola pas de oe que le R. P. recteur ne lui avoit rien ordonné de plus rode que de me rendra lui-même raison do son procédé, et de confesser ainsi Ingénument et ouvertement qu'il ne pouvoit soutenir en ma présence pas use des choses qu'il avoit avancées contre moii eoit dans ses thèses, ou pendant ses disputes, oe même dans ses traités, et qu'il n'avoit ausei ries à repartir aux notes que j'avois écrites sur et vélitatîon. Mais certes je m'étonne grandement que le R. P. ait eu un si grand désir do m'attsqoer qu'après avoir vu combien oetto première vélitation lui avoit peu heareusement succédé, et qu depuis le temps qu'il m'avoit promis de n'entreprendre plus aucun oombat particulier contre aiei opinions, il ne s'étoit rien passé de nonveau esire lui et moi, ni même entre pais un des vêtres, s'eit pas laissé cependant d'écrire «près cela ea di§sertatioD : car s'il n'y livre un oombat partieslier contre mes opinions, j'ignoro tout4-fait ee que c'est que de combattre les opinions d'autrol, si peut-être il ne s'excuse de le iiMre, en dieest qu'eh effet il n'impugne pas mes opinions, maie d'autres qui en sont tout-i-ftit éleîgoéM et que l'erreur où il est lui fait prendre pour mknosii ou bien qu'il n'aorolt jamais cru que sa diseertation eût pu me tomber entre les mains; ear il est aisé à juger, par le style dont eUe est écrite, qu'elle n'a jamais été conçue à dessein d'tire mise au nombre des objections qui ont été faitei sur mes Méditations : ce que l'on peut sus^ asseï manifestement reconnoître en œ qu'il n'a pae voulu que je visse ses autres traités; car qu'estils pu contenir de moins obligeant que ce qu'elle contient? Enfin il est trèa manifeste, par l'admirable licence qu'il se donne de m'attribuer dei opinions tout-a-bit diflérentes des miennes, qu'il ne l'a jamais écrite i ce dessein; car il ee fit montré un peu plus retenu qu'il n'a été, s'il eit jamais cru que je lui on eusse dû iaire publiquement des reproches ; c'est pourquoi je ne lai al aucune obligation de me l'avoir envoyée, luait j'en suis redevable à V. R. en particulier, et es général à toute totre compagnie. £1 l'oBe dee choses que je ^ohaitërols le plus dans cette o&* casion où je me troote obligé a un rememiuso^ ce seroit de pouvoir m'en acquitter, en dissimulant plutêt les injuros que j'ai reçues de lui qu'en votts en téosoignant le moins du monde de reseo-
AMHSe 1949»
djMiit, âê peur qu*U ne «mbto qiM je ne Tel Kcberchée que pour me satisfaire. Mais je vous puis assurer que je me serois même dispensé de m'acquitter de ce devoir, si je n'avois cru qu'il fi'y alloit de votre honneur et de oeiui de toute la société; et que je pouvois par ce moyen faire Touverture de plusieurs choses qu'il n'est peut* être pas inutile que Ton sache, pour le bien des kitres et pour la découverte de la vérité. Mais d'aotant que le B. P. enseigne les mathématiques dans votre collège de Paris, que l'on peut dire (tre un des plus célèbres de TEurope, et que les matliematiques sont les principaux fondements lor lesquels j'appuie tous mes raisonnements, osmme il n'y a personne dans toute votre société de qui l'autorité seule puisse plus combattre mes opIoioDs que la sienne, de même aussi n'y en a-t-ii point de qui l'on pourroit plus facilement y(m attribuer lee fiuites qu'il auroit commises en eette matière si je les passols ici sous silence; csr plusieurs se persuaderoient aisément qu'il auroit été choisi seul entre tous pour juger de mes opiolOQs, et ainsi qu'on pourroit li-dessus s'en rapporter autant à lui seul qu'au jugement de teate la société ; ce qui pourroit donner lieu de croire que vos sentiments ne seroient point en cela diflérentfl du sien. Et de plus, comme le oonleii qu'il a en œla suivi est fort propre pour en* pfcber el retarder pour quelque temps k cou* DolisaoGe de la vérM, aussi n'est-il pas suffisant pour la supprimer |out4-fait, et vous ne pourriez jaaiais en recevoir que du bl&me s'il vendt jamaii k tti» découvert.
Car il ne s'est pas donné la peine de réfuter i>ar raison mes opinions, mais il s'est contenté d'en propoior d'autres pour miennes, fort étranges et peu «sroyables, eonçoes en termes asses approdiants des miens, et s'en est simplement iDoqué comme indignes d'être réfutées ; et par cet artifiee il aoroit faoUement détourné de la lecture de mes écrits tons ceux qui ne me connoisleot pas, ou qui ne les ont jamais vus ; et peut- Are aussi qu'il auroit empêché par ce moyen ceux qui les ayant vus ne les entendent pas encore ânes, c'est-à-dire en nu mot la plupart de ceux qoi les ont vos, de les examiner davantage ; car en eflet Ils ne se seraient jamais doutés qu'une personne comme lui e&t osé avec tant d'assuran* ce proposer des opinions comme miennes qui en «fltt ne le seroient pas, et s'en moquer. Et à cela Hkt beancofip servi que la dissertation n'eût pas été vue de tout le monde, mais qu'il l'eût seuleiBenteommuDlquée en particulier à quelquea-uns de ses amis ; car par ce moyen il lui auroit été facile de faire en sorte qu'elle ne fût vue de pas tt éscsDi qui aunisnt pu leoaonoitre ses ic^
tiens , et les autres lui auroieat encore ^outé d'autant plus de foi qu'ils se seroient persuadés qu'il ne l'aurolt pas voulu mettre en lumière d^ peur qu'elle ne portât préjudice à ma réputation^ et ainsi qu'en cela même il me rendoit un service d'ami. Et cependant il ne se seroit pas fort soucié qu'elle eût été vue par beaucoup de personnes ; car s'il eût pu seulement persuader cela, comme il espéroit, aux amis qu'il avoit dans votre collé» gB de Paris, cette opinion auroit de là facilement passé chez tous les autres Pères de la société qui sont répandus par toute la terre, et ensuite auroit pris créance en l'esprit de Ut plupart des hommee qui auroient c\jouté foi à l'autorité de votre compagnie. Et quand cela seroit arrivé, je ne m'en étonnerois pas beaucoup : car chacun de vous étant presque incessamment occupé à ses études particulières, H est Impossible que tous puissent examiner tous les livres nouveaux qui se mettent en lumière tous les Jours en grand nombre; nmls je m'imagine que pour le jugement d'un livre on s'en rapporte au sentiment de celui de la compagnie qui le premier en entreprend la lecture, et ainsi que, selon le jugement qu'il en fait, les autres puis après ou le lisent ou s'en abstiennent. Il me semble avoir déjà éprouvé ceci à l'égard da traité que j'ai fait imprimer touchant les météores : car y traitant là d'une matière de philoso* phie que j'y explique, ai je ne me trompe , d'une manière plus exacte et plus vraisemblable que pas un des auteurs qui en ont écrit avant mol, je ne vois point qu'il y ait de raison pourquoi vos maîtres de philosophie, qui enseignent tous les ans les météores dans vos collèges, n'en parlent point, sinon pource que, s'en rapportant peut^ être aux mauvais jugements que le R. P. en a feit, ils n'ont jamais voulu se donner la peine de le lire. Et certes, tandis qu'il n'a fait qu'impugner ceux de mes écrits qui regardent la physique on les mathémaUques, je me suis fert pe« soucié de ses jugements; mais voyant que dans sa dissertation il a entrepris de détruire, non par des raisons, mais par des cavUlatious, les principes métaphysiques desquels je me suis servi pour démontrer l'existence de Dieu et la distinctioB réelle de l'àme de l'homme d'avec le corps , j'ai jugé la connoissance de ces vérités si importanla que j'ai cru que pas un homme de bien ne pourroit trouver à redire si j'entreprenols de défendre da tout mon pouvoir ce que j'en ai écrit«
Et il ne me sera pas difficile de le iaire; car ne m*ayant rien objecté antre cbose'^ trop grand et trop générai, il n'es^ pour montrer combien c'est à tort qn de l'avoir proposé, que je rapport!
endroUs de mea MécÛtationa où j'<
CORRESPONDANCE
tout le soio poaribie, «t, b! je ne me trompe, ayec plus de solidité que pas on autre de qui nous ayons les écrits, de TÂter et de le réfuter ; mais 41 sufflt que je tous avertisse ici de ce que j*ai écrit en termes exprès au commencement de ma réponse aux troisièmes objections, c'est à savoir que je n'avois proposé aucunes raisons de douter i dessein de les persuader aux autres, mais au contraire pour les réfuter; ayant en cela suivi entièrement Texemple des médecins, qui décrivent les maladies dont leur dessein est d'enseigner la cure. Et dites-moi, je vous prie, qui a jamais été si osé et si impudent que de blâmer Hippocrate ou Galien pour avoir exposé les causes qui ont coutume d'engendrer les maladies? Et qui est-ce qui a jamais tiré de là cette mauvaise conséquence, qu'ils n'enseignoient tous deux rien autre chose que la manière de devenir malades : certainement ceux qui savent que le R. P. a eu cette audace auroient assez de peine à se persuader qu'il n'auroit en cela agi que de sa tète et suivi son propre conseil , si je ne le témolgnois moi-même, et si je ne faisois connoître que ce qu'il avoit écrit auparavant contre moi n'a point été approuvé par les vAtres, et qu'il a fallu que votre R. ait interposé son autorité pour l'obliger i m'envoyer sa dernière dissertation. Ce que ne pouvant faire plus commodément que dans cette lettre, je crois qu'il ne sera pas hors de propos que je la fasse imprimer avec les notes que j'ai faites sur sa dissertation *.
Mais aussi, afin que j'en puisse tirer moi-même quelque profit, je veux vous dire ici quelque chose touchant la philosophie que je médite, et que j'ai dessein, s'il ne survient rien qui m'en empêche, de mettre en lumière dans un an ou deux. Ayant fait imprimer en l'année 1637 quelques-uns de ces essais, je fis tout ce que je pus pour me mettre à couvert de l'envie que je prévoyois bien, tout indigne que je suis, qu'ils atti* reroient sur moi ; ce qui fut la cause pourquoi je ne voulus point y mettre mon nom; non pas comme il a peut-être semblé i quelques-uns, X)ource que je me défiois de la vérité des raisons qui y sont contenues, et que j'eusse quelque honte ou que je me repentisse de les avoir faits. Ce fut aussi pour le même sujet que je déclarai en termes exprès dans mon discours de la Méthode qu'il me sembloit que je ne devois aucunement consentir que ma philosophie fût publiée pendant ma vie ; et je serois encore dans la même résolution si, comme j'espérois, et que la raison sembloit me promettre, j'eusse été par co moyen délivré de mes envieux. Mais il en est arrivé tout autre-
: (^)kGeMNitleft«çpUtaieeol]jecUoii8av6clesrépoiiBe8.
ment ; car telle a été la fortune de mes Essais qœ, bien qu'ils n'aient pu être entendus de plusieun, néanmoins parce qu'ils l'ont été de quelques-ons, et même de personnes très doctes et très inginieuses qui ont daigné les examiner avec plus et soin que les autres, on n'a pas laissé de recoonoitre qu'ils contenoient pluâeurs vérités qni nV voient point ci-devant été découvertes, et ce bruit, s'étant Incontinent répandu partout, a tout atssitôt fait croire à plusieurs que je savoîs qadqoe chose de certain et d'assuré en la philosophie, et qui n'étoit sujet à aucune dispute ; ce qui fat cause ensuite que la plus grande partie, dodseulement de ceux qui, étant hors des écoles, ont la liberté de philosopher comme il leur plût, mais même la plupart de ceux qui font professroD d'enseigner, et surtout les plus jeunes, et qoi se fondent plus sur la force de leur esprit qae sar une fausse réputation de science et de doctrine, et en un mot tous ceux qui aiment la vérité, me sollicitèrent de mettre au jour ma philosophie. Mais pour les autres, c'est-àrdire ceux qui aiment mieux paroître savants que Tétre en eiïet, et qni s'imaginent déjà avoir acquis quelque renom parmi les doctes pour cela seul qu'ils savent disputer fortement de toutes les controverses de Fécoie, comme ils craignent que si la vérité venoit une fois à être découverte toutes ces controverses oe fussent abolies, et que par même moyen toute leur doctrine ne devint méprisable ; et d'aiileors, ayant quelque opinion que la vérité se poorroit découvrir si je publiois ma philosophie, Ib n'ont pas à la vérité osé déclarer ouvertement qu'ils ne souhaitoient point qu'elle fût imprimée, mais ils ont fait paroître une grande animosité contre moi. Or, il m'a été très facile de reconnoltreet distinguer les uns d'avec les autres ; car ceux qui souhaitoient de voir ma philosophie imprimée se ressouvenoient fort bien que j'avois fait dessein de ne la point publier de mon vivant, et mtoe plusieurs se sont plaints à moi de ce que j'ainoois mieux la laisser à nos neveux que de la donner à mes contemporains; bien que tous les gens d'esprit qui en savolent la raison, et qui voyaient que ce n'étoit point que je manquasse de volonté de servir le public, ne m'en aient pas poarcelft moins aimé ; mais pour ceux qui apprébendoieut qu'elle ne vit le jour, ils ne se sont point da tout ressouvenus de ce dessein que j'avois pris, ou du moins ils n'ont pas voulu le croire, mais an contraire ils ont supposé que j'en avois promis la publication ; ce qui faisoit que ces gens m'appelotent quelquefois célèbre profnetUur, et qu'ils me comparoient à certains étourdis et ambitieux qui s'étoient vantés pendant plusieurs années de faire imprimer dea livres auxquels ils n'aroi^o^
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pu mis ta premlire main. Ce qui fait dire aussi au R. P. que je diffère si longtemps de publier ma Pkiloiophie que désormais il ne faut plus etpérer que jamais je la publie. Mais où est son esprit et sod jugement, sll s'imagine qu'on puisse dire d*uD homme qui n*est pas encore vieil qu'H ait pa différer longtemps l'exécution d'une chose qui n'a pu encore jusques ici être exécutée par penonne pendant plusieurs siècles? Et ne témoigne-t-ii pas aussi de l'imprudence, puisqu'en pensant me blâmer il avoue néanmoins que je rais tel que peu d'années ont suffi pour faire qu*on ait pu longtemps attendre de moi une diose que je ne me promettrois pas de lui en des siècles entiers, quand nous aurions tous deux autant à vivre. Ces messieurs donc, ne doutant poiDt que je n'eusse résolu de mettre au jour cette malheureuse philosophie qui leur donnoit tant d'appréhension sitAt qu'elle seroit en état de le poovoir souffrir, commencèrent à décrier par des calomnies et médisances, tant cachées que découvertes, non-seulement les opinions qui sont eipliquées dans les écrits que j'avois déjà publia, mais principalement aussi cette philosophie eocore tout inconnue, à dessein ou de me détourner de la faire imprimer ou de la détruire sitAt qu'elle verroit le jour, et de l'élouffer pour ainsi dire dès son berceau. Je ne faisois que rire au oofflmencement de la vanité de tous leurs deslelns, et plus je les voyois portés à combattre •Tec chaleur mes écrits, plus aussi faisoient-ils paroitre qu'ils faisoient cas de moi. Mais quand je Tii que leur nombre crolssoit de jour en jour, et qu'il s'en trouvoit beaucoup plus qui n'oubUoient rien pour chercher les occasions de me nuire qu'il n'y en avoit d'autres qui fussent portés à me protéger, j'appréhendai' que par leurs Mcrètes pratiques ils ne s'acquissent du pouvoir et de l'autorité, et qu'ils ne troublassent davantage mon loisir si je demeurois toujours dans le dessein de ne point faire imprimer ma philosophie que si je m'opposois à eux ouvertement. C'est pourquoi, pour leur Ater désormais tout sujet de crainte, j'ai résolu de donner au public toutes peu que j'ai médité sur la phiiosophie, et de travailler de tout mon possible pour faire que OKs opinions soient reçues de tout le monde si tllesse trouvent conformes à la vérité. Ce qui sera tause que je ne les proposerai pas dans le même »rdre ni du même style que j'ai déjà fait ci-devant h plus grande partie dans le traité dont j'ai expliqué l'argument dans le discours de la méthode ; lirais je me servirai d'une règle et d'une façon d'écrire plus accommodée à l'usage des écoles, en traitant par petits articles chaque question dans UQ tel ordre que pas une ne dépende pour sa
preuve que de cèHes qui l'auront précédée, aM que toutes ayant de la connexion et du rapport les unes avec les autres, elles ne composent tou* tes ensemble qu'un même corps. Et par ce moyen j'espère de faire voir si clairement la vérité de toutes les choses dont on a coutume de disputer en philosophie que tous ceux qui voudront la chercher la trouveront sans beaucoup de peine dans les écrits que je prépare.
Or tous les jeunes gens la cherchent sans difficulté lorsqu'ils commencent à s*adonner à l'étude delà philosophie; tous les autres aussi , de quelque âge qu'ils soient, la cherchent pareillement , lorsqu'ils méditent seuls en eux-mêmes touchant les matières de la philosophie, et qu'ils les examinent afin d'en tirer quelque utilité pour eux. Les princes même et les magistrats » et tous ceux qui établissent des académies ou des collèges et qui fournissent de grandes sommes de deniers pour y faire enseigner la philosophie, veulent tous unanimement qu'autant que faire se peut on n'y enseigne que la vraie. Et si les princes souffrent qu'on y agite questions douteuses et controversées, ce n'est pas afin que leurs sujets, par cette habitude de disputer et de contester, apprennent à devenir plus contentieux, plus réfractaires eC plus opiniâtres, et ainsi à être moins obéissants i leurs supérieurs et plus propres à émoavoir dee séditions, mais bien seulement sous l'espérance qu'ils ont que par ces disputes la vérité se pourra enfin découvrir ; et bien qu'une longue expérience leur ait déjà assez fait connottre que très rarement on la découvre par ce moyen , ils en sont toutefois si jaloux qu'ils croient qu'on ne doit paa même négliger ce peu d'espérance qu'on en peut avoir ; car il n'y a jamais eu de nation si sauvage ou si barbare, et qui eût tellement en horreur ie bon usage de la raison , qui ait voulu ou permis qu'on enseignât chez éL\e des opinions contraires à la vérité connue ; et partant il n'y a point de doute qu'on ne doive préférer la vérité à toutes les opinions qui lui sont opposées, pour anciennes et communes qu'eilee puissent être, et que tous ceux qui enseignent les autres ne soient obligés de la rechercher de tout leur possible et de l'enseigner après l'avoir trouvée.
Mais on dira peut-être, et cela non sans apparence de raison , qu'on ne doit pas se promettre que la vérité se rencontre dans cette nouvelle philosophie que je prépare ; qu'il n'est pas vraisemblable que j'aie vu moi seul plus clair qu'une infinité de personnes des pins habiles du monde, qui ont tous suivi les opinions communément reçues dans les écoles; que les chemins fréquentés et connus sont toujours plus sûrs que les nouveaux et Inconnus, principalement à cause de notre
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CORRESPONDANCE
diéoloefei aTec laquelle fine eipérienoe de pla-t iieurs «Doéee a déjà fait voir que ft'aocorde fort bien raocleaoe et coinmuoe philosophie , ce qui eet encore moerCain d'une nouyelle. Et c'est pour eela qu^ quelquee-^uns soutiennent qu'il faut de bonne heure en empdcber la publication et l'é* teindre avant qu'elle paroisse, de peur qu'en atti* rant à soi par les charmes de la nouveauté une multitude ignorante, elle ne croisse et ne se fortifle peu a peu avec le temps, ou qu'elle ne trouble la pai< el le repos des écoles, ou même qu'elle n'apporte avec soi de nouvelles hérésies dans TEglise.
A quoi je réponds qu'à la vérité je ne me vante de rien, et que je ne crois pis voir plus clair que les autres, mais que peut-être cela m'a beaucoup servi de ce que , ne me âant pas trop à mon propre génie, j'ai suivi seulement les voies les plus simples et les plus faciles; car il ne se faut pas beaucoup étonner si j'ai peut^tre plus avancé en suivant ees routes faciles et ouvertes a tout le monde que peut-être d'autres n'ont fait avec tout leur esprit en suivant des chemins difficiles et isspénétrables. J'ajoute de plus que je ne veux pes que Ton en croie à ma simple parole touchant ia vérité des choses que je promets , mais que je désire que l'on en juge par les essais que j'ai ûiik fHIbUés; car je n'y ai pas traité pour une question ou deux seulement , mais j'en ai traité plus de six eents qui n'avoient point encore été ainsi expliquées par personne avant moi. Et quoique jusques loi plusieurs aient regardé mes écrits de Iravert, eC qu'ils aient essayé par tontes sortes de noyens de las réfuter* personne toutefois, que je sache, n'y a encore po rien trouver que de vrai. Que l'on fssse le dénombrement de toutes las questions qui , depuis tant de siècles que les au* 1res phlkMÔpbles ont eu cours « ont été résolues par leur moyen , et peut-être s'étonnera-t-on de Yoir qu'elles ne sont pas en si grand nombre ni si célèbres que celles qui sont contenues dans mes
Mais bien davantage je dis hardiment que l'on B*a jaouds donné la solution d'aucune question suivant les principes de la philosophie péripatéti*cienne que je ne puisse démontrer être fausse ou nao reosf aMe. Qu'on en fasse l'épreuve ; qu'on SBt les propose, non pas toutes, car je n'eaiime pu qu'etlea vaillent la peine qu'on y emploie boMWOiip de temps, mais quelques-unes des plus belles el des pins célébrée, et j'ose me promettre quMl n'y aura personne qui ne demeure d'acoord de la vérité que j'avance, J'avertis seulement ici i pour 6ter tout sujet de caption et de dispute, que quand je ptrie des prineîpes particuliers à la phikMopiile péripatéHcieiine, je n'entende
rsàiapbi^ pae parler i
de ces questions dont les lohitions sent tlréei, w de la seule expérience qui est commune à toin In hommes, ou de la considération des figures et da mouvements qui est propre aux mathématicieDi, ou des notions communes de la métaphysique qui sont communément reçues de toutes tes personoa de bon sens, et que j'i^dmets, aussi bien qoetoBt ce qui dépend de l'expérience, des iigures et da mouvements, comme il paroît par mes médit»tiens.
Je dis de plus, ce qui peut4tre pourra tefflUcr paradoxe, qu'il n'y a rien en toute cette philosphie i en tant que péripatéticienne et diiïéreate des autres, qui ne soit nouveau, et qu'au coitraire il n'y a rien dans la mienne qui ne soitiocien ; car pour ce qui est des principes, je m reçois que ceux qui jusques icjL ont été ooDouct admis généralement de tous les philosopbeSf s qui pour cela même sont les plus anciens de m\ et ce qu'ensuite j'en déduis paroît si msaifeste* ment (ainsi que je lais voir) être contenu et renfermé dans ces principes qu'il paroît auoi n même temps que cela est très anden, pais)Be c'est la nature même qui l'a gravé et inpriiDi dans nos esprits. Mais tout au contraire, leepm* cipes de la pbilosopliie vulgaire, du moios i k prendre du tempe qu'ils ont été iaveatéi par Aristote ou par d'autres, étoieot nouvesm,^ ils ne doivent pas à présent être estimés ma' leurs qu'ils étoient alors; or l'on n'enaencon rien déduit jusques ici qui ne soit ccatesté, et quif selon l'usage ordinaire des écoles, ne iei{ sujet à être changé tous les ans par ceux qsi e mêlent d'enseigner la philosophie, et qui par ooi* séquent ne soit aussi fort nouveau , puisqae Wê ies jours on le renouvelle.
Pour ce qui'est de ia théologie, comme w mérité ne peut jauMis être contraire à une auUB firite, ce seroit une espèce d'impiété d'apprélieodtf que les vérités découvertes en la philosoplûefi» sent contraires à celles de la fol. Et mêmejaviM hardiment que notre religion ne nous amfi^ rien qui ne se puisse expliquer aussi (àdieineot ou même avec plus de beililé, suivant m^ pù* cipes, que suivant ceux qui sont cemoHiBêaeiit reçus; et il me semble avoir d^ donné use m^ belle preuve de gela, sur la fin de ma répoeie m quatrièmes olqeetions, touchant une questieioî l'on a pour l'ordinaire le plus de peine i fù^ accorder la philosophie avec la théologie.
Et je serois eneore prêt de faire la même cboi^ sur toutes les autres questions, s'il en étoiitM*»*! même aussi de faire voir qu'il y a au oootniN plusieurs choses dans la pbileaophie vulgaire qu en efiet m s'aceordent pas avec cellas qui es tlieolegiei sont wtataiee» quaêqoa ses sfcMW ^^
nairanmit to diiiinmleot, ou qu'on ne g*eii «per- ^olw pM, k wm de U longue habitude qu'où % de les croire. Il oe fiut pas aussi appréhender «lue met opiolons prennent trop d'aooroissement, on attirant après soi , par leurs nouTeautés, une «nultitude ignorante, puisque rexpérienoe nous montre, au contraire, qu'il n'y a que les plus ha^ biles qui les approuvent \ lesquels ne pouvant être attirés i lee suivre par les charmes de la nonireauté, mais par la seule force de la vérité, détient liîire cesser l'appréhension qu'on pourroit mvoir qu'ellea ne prlùent un trop grand accrois* sèment*
EnfiUi H ne faut pas non plus appréhender qu'elle^ troublent la paix des écoles ; mais tout au contraire, la guerre étant maintenant autant al*lumée entre les philosophes qu'elle le saurait être, Il n'y a point de meilleur moyen pour établir la paix entre eux et pour retrancher toutes les hérésies jusqu'à la racine, qui renaissent tous les jours de leurs controverses, que de les obliger i recevoir dans leurs écoles des opinions qui soient irraies, telles que j*ai déjà prouvé que sont les miennes. Car la facilité qu'on aura à les oonoevoir, et la certitude qui naîtra de leur évidence, Atera août sujet de contestation et de dispute.
Or de tout ceci l'on voit dairement qu'il n'y a point d'autre raison pourquoi il y en a qui s'éto;dient avec tant de soin de détourner les autres de la coanoissance de mes opinions, sinon que, les estimant trop évidentes et trop certaines, Us ivaîgneot qu'elles ne diminuent cette value répiH talion de gpns savants qu'ils se sont acquise par la oonnoissanoe d'autres upiniotts moins proba* blés. En aorte que cette envie mèmequllstémol* gnent n'est pas une peUte preuve de la vérité et de la certitude de ma philosophie. Mais de peur qu'il ne semble peut-être ici que c'est à tort que je me vante de l'envie que l'on me porte, et que je n'en aie point d'autre témoignage que la dissercatîoa du H. P., je vous dirai Id ce qui s'est passé U n'y a pas longtemps dus ane des plus Boavellea aeadémies de ces provinces.
Un esrtain docteur en médecine, bemme d'un esprit subtil et di^rvoyant, et do nombre de ceux qui, luea qu'ils aient fort bien appris la philosophie de réosie, néansaolns, poorœqoHIs y croient fut peu et qu'ils ont de l'esprit et de l'ingénuité, ne s'en enorgueillissent pas pour cela beaucoup et ne s'imsginent iias être savants, comme font quelques autres qui en sont pour ainsi dire comme enivrés, prit la peine de lire ma Bioptrlque et mes Météores sitôt qu'ils furent mis en lumière, et jegea d'abord qu'ils contenolent et renfermolent en eux les prlucipes d'une philosophie phw vraie qas la vailgai#e( et Iss ayant toi»
ramassés le plus diligemment qu'il lui Itot pesdble, et en ayant même déduit quelques autres, n se les mit si avant dans l'esprit et travailla si heureusement, avec tant d'adresse et de vivacité, qu'en peu de temps il composa un traité entier de physiologie, lequel ayant fait voir à quelques* uns de ses amis, ils le trouvèrent si beau et leur agréa de telle sorte, qu'ils furent eux-mêmes do» mander pour lui au magistrat, et obtinrent de lui une chaire de médecine qui pour lors se trouvoit vacante, et qu'avant cela il n'avoit point redier*- Ohée, Ainsi , étant devenu professeur, il jugea qu'il étoit de son devoir de s'attacher principalement à enseigner ces choses qui lui. avoient mérité la chaire qu'il possédoit , et cela d'autant plus qu'il les croyoit être vraies, et qu'il tenoit pour faux tout ce qui leur étoit contraire ; mais comme il arriva que par ce moyen il attiroit à lui un trèf grand nombre d'auditeurs, et que cela désertoU les classes des autres, quelques-uns de ses coUà* gués, voyant qu'on le préféroit àeux, dbmmencè» rent à lui porter euvie, et formèrent souvent contre lui des plaintes au magistrat, requérant qu'on lui défendit cette nouvelle fagon d'ensei*gner. Et toutefois ils ne purent en trois années rien obtenir de lui, sinon qu'on le prierait d'enr seigner en même temps et cotuointement avec sei principes ceux delà philoeophie et de la médecine vulgaire, afin que par ce moyen il rendit aussi ses auditeurs capables de lire les écrits des autres. Car ce magistrat, qui étoit prudent, jogeoit fort bien que si ces nouvelles opinions étoient vraies^ il ne devoit pas en défendre là publication, et que si elles étoient dusses, il n'en étoit pas de besoin, pource qu'en peu de temps elles se dér truiroient d'elles-mêmea, Mais voyant qu'au contraire elles craissoient de jour en jour et se torr tiûoieot avec le temps» et qu'elles étoient suivies et embrassées principalement par les gens d'hon** neur et d'esprit, beaucoup plus que par les plus jeunes ou par les personnes de bssse conditiœ qui en étoient plus boUement détournéee par le conseil et l'autorité de ses envieux, le magistrat donna à ce médecin un nouvel emploi, qui fut d'expliquer certains jours de la semaine, hors lee leçons ordinaires, les problèmes physiques, tant d'Aristote que des autres philosophes, et par ce moyen lui donna une nouvelle et plus belle ocoir sion de traiter de toutes les parties de la pliysi*que qu'il n'avoit fait auparavant en lui donnant la chaire de médecine. Et peut-être que ses an» très collègues en seroient pour jamais demeui^ là, si un d'entre eux S qui pour lors étoit recteur de cette académie, n'eût résolu de dresser coetre lui toutes ses machines pour le débusquer.
(I) voêUua.
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CORRESPONDANCE
iMoloefe; «rec laquelle ii&e etpérlence de pla*» fleurs «Duëee a déjà fait voir que s'accorde fort bleu rancieaoe et oommuue philosophie , ce qui est encore lucerCain d'une Douvelle. Et c'est pour eela qua quelques-^uDS soutienuent qu'il faut de boDoe heure eu empêcher la publication et l'é* teiudre avaut qu'elle paroisse, de peur qu'en atti* rant à sel par les charmes de la nouveauté une multitude Ignorante, elle ne croisse et ne se fortifle peu à peu avec le temps, ou qu'elle ne trouble la paU el le repos des écoles, ou même qu'elle n'apporte avec soi de nouyelles hérésies dans l'Eglise.
A quoi je réponds qu'à la vérité je ne me vante de rien, et que je ne crois pas voir plus clair que les autres, mais que peut-être cela m'a beaucoup servi de ce que , ne me fiant pas trop à mon propre génie, j'ai suivi seulement les voies les plus simples et les plus faciles; car il ne se faut pas beaucoup étonner si j'ai peut-être plus avancé en suivant ees routes faciles et ouvertes a tout le monde que peut-être d'autres n'ont fait avec tout leur esprit en suivant des obemins difOciles et îs9pénétrables. J'ajoute de plus que je ne veux pes que Ton en croie à ma simple parole touchant ia vérité des choses que je promets , mais que je désire que Ton en juge par les essais que j'ai d^i fttbUés; car je n'y ai pas traité pour une question ou deux seulement , mais j'en ai traité plus de six eeQts qui n'avoieot point encore été ainsi expll* quées par personne avant moi. Et quoique jusques loi plusieurs aient regardé mes écrits de Iravert, eC qu'ils aient essayé par tontes sortes de noyèns de las réfuter* personne toutefois, que je sache, n'y a encore pn rien trouver que de vrai. Que l'on fuse le dénombrement de toutes les questions qui , depuis tant de siècles que les auiree phibisopbies ont eu cours, ont été résolues par leur moyen , et peut-être s'étonnera- t-on de Toir qu'elles ne sont pas en si grand nombre ni si célèbres que celles qui sont contenues dans mes essais.
Mais bien davantage je dis hardiment que l'on B*a jamais donné la solution d'aucune question suivant les principes de la philosophie péripatéticienne que je ne puisse démontrer être fausse ou IMQ reosf aMe. Qu'on en faiee l'épreuve ; qu'on ans les propose, non pas toutes, car je n'estime pu qu'etias vaillent la peine qu'on y emploie boMWOiip de temps, mais quelques-unes des plus belles el des plus célèbret, et j'ose me promettre qu'il n'y aura personne qui ne demeure d'acoord de la vérité que j'avance. J'avertis seulement ici , pour 6ter tout sujet de captton et de dispute, que quand je ptrie des principes particuliers à la pbi^ toaopiiie péripaléUcienne, je n'entends pas parler
de ces questions dont les solations sont tiré», m de la seule expérience qui est commune à tout b hommes, ou de la considération des figures et des mouvements qui est propre aux mathématleieDi, ou des notions communes de k métaphysique qui sont communément reçues de toutes les persoooa de bon sens, et que j'admets, ausBi bien qoetost ce qui dépend de l'expérience, des figures et da mouvements , comme il paroît par mes iséditations.
Je dis de plus, ce qui peutiâtre pourra sembler paradoxe, qu'il n'y a rien eq toute cette pbilwphie , en tant que péripatéticienne et diiïéresie des autres, qui ne soit nouveau, et qu'au gobtraire 11 n'y a rien dans la mienne qui ne soitaoçien ; car pour ce qui est des principes» je se reçois que ceux qui jusques ici ont été ooDooiit admis généralement de tous les philosophes, s qui pour cela même sont les plus anciens de tout; et ce qu'ensuite j'en déduis paroît si maufefte* ment (ainsi que je lais voir) être contenu et renfermé dans ces principes qu'il paroit aussi e& même temps que cela est très ancien, puisjoe c'est la nature même qui l'a gravé et impriei dans nos esprits. Mais tout au contraire, les pria* cipes de la philosophie vulgaire, du moins à k prendre du temps qu'ils ont été inventés pv Aristote ou par d'autres, étoient nouveaux, et ils ne doivent pas i présent être estimés meilleurs qulls étoient alors ; or l'on n'en a enoon rien déduit jusques ici qui ne soit contesté, et qui, selon l'usage ordinaire des écoles, ne soit sujet a être changé tous les ans par ceux qui ^ mêlent d'enseigner la philosophiot et qui par oobséquent ne soit aussi fort nouveau , puisque M les jours on le renouvelle.
Pour ce qui'est de la théologie, comme une vérité ne peut jamais être contraire à une auuv vérité, ce seroit une espèce d'impiété d>pprébeoder que les vérités découvertes en la philosophie fussent contraires à celles de la foi. Et mêmej'atsiMe hardiment que notre rdigion ne nous enseigne rien qui ne se puisse expliquer aussi jadleoeot ou même avec plus de focllilé, suivant mes principes, que suivant oeux qui sont oommuDéffleot reçus ; et il me semble avoir déji donné une asies belle preuve de cela, sur la fin de ma réponse m quatrièmes olgeetions, touchant une questîoa<^ l'on a pour l'ordinaire le plus de peine i ^ «coorder la philosophie avec la théologie.
Et je serois encore prêt de faire la même chose sur toutes les autres questions, s'il en était besoisi même aussi de faire voir qu'il y a au contraire plusieurs choses dans la pbiloaophie vulgaire qut en efiet ne s'accordent p«a avec cellss qui en theologiei sont wtataet» qnaêqua ses mM»^ ^^'
i to dittinmieoti ou qu*0Q ne s*6u «per- (oi¥a pM, i cftUM de U longue habitude qu*OD t de 1^ croire. Il ue fiut pas auasi appréhender que met oploions prennent trop d'aooroitsement, eo attirant après soi , par leurs nouveautéa, une multitude ignorante, puisque l'expérience noua montroi au contraire, qu'il n'y a que les plus ha^ biles qui les approuvent; lesquels ne pouvant être •ttîrie i lee suivre par les charmes de la nou* veauté, mais par la seule force de la vérité, doi^ ▼ent fÙre cesser l'appréhension qu'où pourroit avoir qu'elles ne prissent un trop grand accs^is* aemeskU
EofiOi il ne faut pas non plus appréhender qa*ellee troublent la paix des écoles ; mais tout au Goatraire, la guerre étant maintenant autant al^ lumée entre les philosophes qu'elle le sauroit être, 41 o'y n point de meilleur moyen pour établir la paix entre eux et pour retrancher toutes les héréaiea jusqu'à la racine, qui renaissent tous les joara de leurs controverses* que de les obliger i reoeveir dans leurs écoles des opinions qui soient vraies, telles que j'ai déjà prouvé que sont les miennes. Car la facilité qu'on aura à les concevoir, et la certitude qui naîtra de leur évidence, Atera tout sujet de contestation et de dispute.
Or de tout ceci l'on voit olairement qu'il n'y a point d'autre raison pourquoi il y en a qui s'étudieat avec tant de soin de détourner les autres de la oonnoissance de mes opinions, sinon que, les estimant trop évidentes et trop certainesi ils craignent qu'elles ne diminuent cette vaine répu^ tation Ae gpns savants qu'ils se sont acquise par la connoîssance d'autres opinions moins proba* blés. En sorte que cette envie même qu'ils témoi* gnent n'est pas une petite preuve de la vérité et de la eertitude de ma philosophie. Mais de peur qu'il ne semble peut-être ici que c'est à tort que je me vante de l'envie que l'on me porte, et que je n'en aie point d'autre témoignage que la dissertation du R. P., je vous dirai Id oe qui s*est pané il n'y a pas longtemps dans ane des plus aoovellea académies de osa provinees.
Un certain docteur en médecine, bemase d'un esprit snbtU et didrvoyant, et du n<H&bre de ceux qui, }àtu qu'ils aient fort bien appris la philosophie de l'éooie, néanmoins, pooroe qu'ils y croient fM-t peu et qu'ils ont de l'esprit et de l'ingénuité, ne s'en enorgueillissent pas pour cela beaucoup et ne s'imaginent pas être savants, comine font quelques autres qui en sont pour ainsi dire comme enivrés, prit la peine de lire ma Bioptrlque et mes Météores sitôt qu'ils furent mis en IsmiAre, et jugea d'abord qu'ils cootenoient et Fenfermoient en eux les principes d*une philosophie phw traiaqae la vailgalte ( et Isa ayant tons
ramassés le plus diligemment qu'il lui Ibt pesdble, et en ayant même déduit quelques autres, n se les mit si avant dans Te^^rit et travailla si heureusement, avec tant d'adresse et de vivacité» qu'en peu de temps U composa un traité entier de physiologie, lequel ayant fait voir à quelques^ uns de ses amis, ils le trouvèrent si beau et leuf agréa de telle sorte, qu'ils furent eux-mêmes do» mander pour lui au magistrat, et obtinrent de lui une chaire de médecine qui pour lors se trpuvoit vacante, et qu'avant cela il n'avoit point redierr (Aée. Ainsi , étant devenu professeur, il jugea qu'il étoit de son devoir de s'attacher prinqipaloment à enseigner ces choses qui lui. avoient mérité la chaire qu'il possédoit , et cela d'autant plup qu'il les croyolt être vraies, et qu'il tenoit pour faux tout ce qui leur étoit contraire ; mais comme il arriva que par ce moyen U attiroit à lui un tràf grand nombre d'auditeurs, et que cela désertoit les classes des autres, quelques-uns de ses coIUh* gués, voyant qu'on le préféroit àeux, dèmmencè* rent à lui porter euvie, et formèrent souvent contre lui des plaintes au magistrat, requérant qu'on lui défendit cette nouvelle façon d'ensei^ gner. Et toutefois ils ne purent en trois années rien obtenir de lui, sinon qu'on le prieroit d'eOT seigner en même temps et co^joiniement avec ses principes ceux de la philosophie et de la médacint vulgaire, afin que par ce moyen il rendit aussi ses auditeurs capables de lire les écrits des autrea. Car ce magistrat, qui étoit prudent, jugeoK fort bien que si ces nouvelles opinions étoient vraleei il ne devoit pas en défendre la publication, et que si elles étoient dusses. Il n'en étoit pas de besoin, pource qu'en peu de temps elles se dér truiroient d'ellee-mêmea, Mais voyant qu'au contraire elles croissoient de jour en jour et se for«tifloient avec le temps, et qu'ellea étoient suivies et embrassées principalement par les ge&s d'hon*neur et d'esprit, beaucoup plus que par les plus jeunes ou par les personnes de imse condition qui en étoient plus boUement détournées par le conseil et l'autorité de ses envieux, le magistrat donna à ce médecin un nouvel emploi, qui fut d'expliquer certains jours de la semaine, hors ke leçons ordinaires, les problèmes physiques, tant d'Aristote que des autres philosophes, et par co moyen lui douna une nouvelle et plus belle ocour sion de traiter de toutes les parties de la physl«* que qu'il n'avoit fait auparavant en lui donnant la chaire de médecine. Et peut-être que ses aor très collègues en seraient pour jamais demeui^ là, si un d'entre eux^, qui pour lors étoit recteur de cette académie, n'eut résolu de dresser coatre lui toutes ses machines pour le débusquer.
(i; voêUua.
CX>R]IESPONDAllCE.
Or, afln qoe r<m ndie de qodle qualité mmi mes adTenalres, je teax toos en idie ici en pea de mots le portrait. C^est un homme qui passe dans le monde pour théologien* poor prMicatear« et ponr un homme de controTerse et de dispule, lequel s'est acquis un grand crédit parmi la popu* lace« de ce que déclamant tantAt contre la religion romaine, tantAt contre les autres qui sont différentes de la sienne, et tantAt invectivant contre les puissances du siide, il fait éclater un zèle ardent et libre pour la religion, entremêlant aussi quelquefois dans ses discours des paroles de raillerie qui gagnent Toreille du menu peuple; et de ce que mettant tous les jours en lumière plusieurs petits livrets, mais qui ne méritent pas d*Atre lus; et que citant divers auteurs, mais qui font plus souvent contre lui que pour lui, et que peut-être Il ne connoit que par les tables; et enfin que, parlant très hardiment, mais aussi très impertinomment, de toutes les sciences, comme s*il y éloit fpri savant, il passe pour docte devant les Ignorants. Mais les personnes qui ont un peu d'eq>rit, et qui savent combien il s*est toujours montré importun à faire querelle à tout le monde, et combien de fois dans la dispute il a apporté des injures au lieu de raisons, et s'est honteusement retiré après avoir été vaincu, s*ils sont d'une tellgion différente de la sienne, ils se moquent ouvertement de lui et le méprisent, et quelquesuns même l'ont déjà publiquement si maltraité qu'il semble qu'il ne reste plus rien désormais i écrire contre lui ; et s'ils sont d'une même religion, encore qu'ils l'excusent et le supportent autant qu'ils peuvent, ils ne l'approuvent pas toutefois en eux-mêmes.
Après que ce personnage eut été quelque temps recteur, il arriva que ce médecin faisant soutenir des thèses par qnelquesmns de ses disciples, auxquelles il présidoit, on ne leur donna pas le loisir de répondre aux arguments qui leur étoient proposés, et qu*on les troubla continuellement par des bruits scolastlques et Importuns, lesquels je ne dis pas avoir été excités par les amis de ce théologien, car je n'en sais rien, mais seulement je dis qu'ils n'avoient pas coutume de se faire auparavant. Et j'ai su même depuis, de quelques personnes dignes de foi qui étoient présentes à ces disputes, qu'ils n'ont pu avoir été excités par la bute du président ou des répondants, puisque ces bruits commençoient toujours avant qu'ils se fussent mis en devoir d'expliquer leurs pensées; et cependant le bruit couroit que la philosophie nouvelle s*y défendoit mal, afln de faire conclure à un chacun qu'elle ne méritolt pas qu'on renseignât publiquement.
Il arriva aussi que comme il se fiJsolt souvent
des disputes on ce médedn préâM^lfala thèses étoient remplies de diverses (putoft n'avoient point de rapport ni deliaiWDsii! elles, selon la fantaisie de ceux qui ks sûatenai, que quelqu'un d'eux mit IncoDsidéréneniiai Tune de leurs assertions, que de l'wimitlk et du corps ilneu /aûoil pas unélrepffs, mats seulement par accident, appdaDttoi|« accident tout ce qui étoit composé de émik, stances tout-i-fait différentes, sans pou et nier Funion substantielle par laquelle ïtsté jointe avec le corps, ni cette aptiUide(niiè| nation naturelle que l'une et l'autre deœspi ties ont pour cette union ; comme Ton ^àl^ ce qu'ils avoient ajouté aussitêt ensuite, fti substances étaient dites incomplèUêt es i au composé qui résultait de leur wMiij bien que l'on ne ponvoit trouver rien à i dans l'une ou dans Tautre de ces deux pn sinon peut-être la manière de parler quinéi pas en tout conforme à celle de réoole. Maisa occasion sembla asseï grande à ce recteuril logien pour faire niche au médecin et le ( damner d*hérésie, et pour lut êter par ce i sa chaire, si la chose eût réussi comme il e roit, même malgré le magistrat. Et il ne f de rien à ce médecin, sitAt qu'il eut recoDDQii le recteur n'approuvoit pas cette thèse, de ft ^ voir été lui-même trouver, et tous les vm professeurs de théologie, et, leur ayant eiplitlii sa pensée, de les avoir assurés qu'il D'avoitji: mais eu intention de rien foire ni direqaici»quât leur théologie ou la sienne ; car, nonobsoil cela, ce recteur ne laissa pas, peu de jours aprÀ, de faire imprimer des thèses auxquelles (oomsi l'on m'a assuré) il avoit dessein de mettre o titre : Corollaires proposés par Vautoriii i la sacrée faculté de théologie à tous k$ éH diants, pour leur servir d^avertissemenj ^ d'instruction; avec cette addition que l'(f nion de Taurellus, que les théologiens <f H^ delberg appellent le médecin athée, et dujef» étourdi Gorlœus, qui dit que ITunnme esl^ être par accident, choque en plusiet^s n niéres la physique, la métaphysique, lapu^ matique et la théologie, etc. ; afin qu'apris I avoir fait signer à tous les autres professeurs < théologie, et même à tous les prédicateurs toutefois il eût pu les y porter, dont je doute for il députât aussitAt quelques-uns de ses collègi vers le magistrat, pour l'avertir que ce médei avoit été condamné d'hérésie par un oooc ecclésiastique et mis au rang de Taurellus et Gorlaeus, auteurs que peut-être il n'a jamais ii et qui pour moi me sont tout-à-fait inconnus, que par ce moyen la magistrat ne pût plus
bonne grftce loi laisser |du8 longtemps la chaire. Mais comme ces thèses étoient encore sous la presse, elles tombèrent par hasard entre les mains de quelques-ons des magistrats qui, ayant fait Tenir le théologien, Tayertirent de son devoir et lui encbargèrent qo'il eût du moins i changer le titre, et à ne pas abuser ainsi publiquement de Tautorlté de la faculté de théologie pour appuyer ses calomnies.
Mala, nonobstant cela, il continua de faire Imprimer ses thèses, et, à Timitation do R. P., il lesfitsootenir doranttrols jours. Et pouroe qu'elles anroient été trop stériles sUl n*y eût traité que cette question de nom, savoir : Si un composé de deux substances doU être appelé un être par accideni^ il en ajouta à celle-ci quelques autres dont laplusconsidérableétoit fottcAanlfes/brme^ substantielles des choses matérielles^ que ce médecin avoit niées, excepté Vdme raisonnable, mais que lui au contraire avoit tâché d'appuyer et de défendre par toutes les raisons qu'il avoit pu, comme le paUadium et le bouclier de l'école péripatéticienne. Et afin qu'on ne croie pas ici que c'est à tort que je m'intéresse dans toutes ces disputes, outre que ce théologien avoit mis mon nom dans ses thèses» comme avoit fait aussi souvent le médecin dans les siennes, il me nommoit encore dans la chaleur de sa dispute, et demandoit à son opposant si ce n'étoit point moi qui loi avols fourni et suggéré ses arguments; et, se servant d'une comparaison tout-à-fait odieuse, il disoit que ceux à qui là manière commune de philosopher déplaisolt en attendoient de moi une autre, comme les Juife font leur Elle, qui leur devoit enseigner toute vérité.
Ayant donc ainsi triomphé pendant trois jours, le médecin, qui prévoyoit bien que s'il ne disoit mot plusieurs s'imagineroient qu'il auroit été vaincu, et, d'un autre côté, que s'il entreprenoit de se défendre par des disputes publiques on ne manqueroit pas, comme auparavant, de faire du bruit pour empêcher qu'il ne fût entendu, prit résolution de faire réponse par écrit aux thèses de ce théologien, dans laquelle, quoiqu'il réfutât par de bonnes et de solides raisons tout ce qui avoit été dit contre lui ou contre ses opinions, il ne lalssoit pas cependant de traiter leur auteur si doucement et avec tant d'honneur qu'il laisoit bien voir que son dessein étoit de se le rendre favorable, ou du moins de ne le pas aigrir. Et en effet, sa réponse étoit telle que plusieurs de ceux qui l'ont lue ont jugé qu'elle ne contenoit rien dont le théologien eût sujet de se plaindre, sinon, peot-être, de ce qu'il l'avoit appelé homme de bien et ennemi de toute sorte de médisance.
Mali encore qu'il n'y eût point été maltraité
de paroles, il crot néanmoins que ce médecin loi avoit fait une fort grande injure poorce qu'il l'avoit vaincu i force de raisons, et même de raisons qui lui faisoient voir clairement qu'il étoit un calomniateur et un ignorant ; et pour remédier à ce mal, il crut ne pouvoir mieux faire qoe d'user de son pouvoir et de défendre dans sa ville la vente d'une réponse qui lui étoit si odieuse. Peut-être avoit-il oui dire ce que quelques-uns reprochent à Arîstote, que n'ayant point d'asses bonnes raisons pour réfuter les opinions des philosophes qui l'avoient précédé, il leur en avoit attribué quelques autres fort absurdes, à savoir celles qui se voient dans ses écrits; et que, pour empêcher que ceux qui viendrolent après lui ne découvrissent sa fourbe, il avoit fait jeter dans le feu tous leurs livres qu'il avoit fait auparavant soigneusement rechercher. Ce que notre théologien, comme fidèle sectateur de son maître, tA« chant d'imiter, il convoqua l'assemblée générale de son académie où il se plaignit du libelle qui avoit été folt contre lui par un de ses collègues» et dit qu'il falloit le supprimer et exterminer en même temps toute cette philosophie qui troubloit le repos de l'académie. Plusieurs souscrivirent i cet avis, et trois d'entre eux forent députée vers le magistrat qui lui firent les mêmes plaintes. Le magistrat, pour les satisfaire en quelque iaçon, fit enlever de diez le libraire quelques-uns des exemplaires, ce qui fit que les aotres qui resté* rent se vendirent plus cher, qu'on les rechercha avec plus d'empressement et qu'on les lut avec plus de soin. Mais comme personne n'y trouva rien dont le théologien eût droit de se plaindre que la seule force des raisons qu'il ne pouvolt éviter, il fut moqué de tout le monde.
Cependant il ne se donnoit point de repos, et assembloit tous les jours son sénat académique pour lui faire part de cette infamie. Il avoit une grande affaire sur les bras, il lui falloit rendre raison pourquoi il voulolt que la réponse du médecin et toute sa philosophie fût condamnée, et 11 n'en avoit point. Mais néanmoins il parut enfin on jugement rendu au nom de toute l'académie ; mais que l'on doit plotêt attribuer au recteur seul ; car, comme dans toutes assemblées qu'il convoquoit , Il y prenoit séance en qualité de juge, et tout ensemble d'accusateur très sévère, et que le médecin au contraire n'y étoit ni oui pour se défendre, ni pas même reçu pour y assister, qui doute qu'il n'ait facilement entraîné la plus grande partie de ses collègues du côté où il a voulu, et que le grand nombre des suffrages qu'il avoit pour lui n'ait prévalu sur le petit nombre des autres , vu principalement qu'il y en avoit parmi eox quelques-uns qui avoient autant et
CORRESPONDANCE
même plus de sujet de toulolr mal au roédedo, et que les autres qui étoient paisibles et pacifiques, saciiaut de quelle humeur étoit leur recteur, De luicontredisoient pas volontiers. Et il y eut ceci de remarquable, que pas un d'eux ne voulut être nommé comme approbateur de ce jugement, et même qu'il y en eut un, qui n*étcilt ni ami du médecin ni de ttia oonnoissance , lequel, prévoyant bien Tinfomie que Tacâdémie en recevroit un jour , voulut expressément , pour s'en garantir, que son nom y fût mis comme ne l'approuvant pas ; et je mettrai ici la copie de oê jugement, tant parce que peut-être Y. R. sera bien aise d'apprendre ce qui se passe en ces quar^ tiers entre les gens de lettres, comme aussi pouf empêcher, autant quMl me sera possible, que dans quelques années, quand les exemplaires auront été tous distribués, quelques malveillants ne êè servent de son autorité et ne fassent accroire qu'il contenoit des raisons assetf Justes et valables pour condamner ma philosophie. Je tairai seules ment le nom de l'académie, de peur que ce qui est arrivé depuis peu par l'imprudence d'un recteur turbulent, et qu'un autre pourra peut-être dianger et réparer dans peu de temps, ne la fende méprisable chez les étrangers.
JOGEMENT tupmiii sotfs Lc noM du sénat AGAnéinQirB nn***.
n Les professeurs de l'académie de ***, n'ayant pu voir sans grande douleur le libelle qui parut âu jour du mois de février de l'année 164S, qui portoit ce titre, Responsio êeu notœ ad eorolhh fia ikeologieo-philosophieay eic,^ et ayant reconnu qu'il ne tendolt qu'à la ruine et à la honte de l'académie, et qu'il n'étoit propre qtt'é faire nattre de mauvais soupçons dans les esprits des autres, ont jugié à propos de certifier tous et un chacun de ceux qu'il appartiendra :
•* Premièrement, qu'ils n'approuvent point ce procédé qu'un collègue se donne la licence de faire imprimer publiquement, contre un autre de tes collègues, des livres ou des libelles qui portent le nom de celui contre qui ils sont faits, et cela i l'occasion seulement de quelques thèses ou corollaires qui ont été faits et Imprimés sans au^ eun nom, touchant des matières controversées dans l'académie ;
« 2. Qu'ils n'approuvent pas non plus cette façon superbe de défendes la nouvelle et préCen^ due philosophie dont l'auteur se sert dans le susdit libelle, pource qu'étant insolente en ses termes die charge de honte et d'opprobre ceux qui ici wi ailleurs enseignent une philosophie contraire
À celle-ll, et qui l'attâciient à la vulgàh^ eomiai la plus vraie et celle qui est la plus uoivenelletnent reçue; comme lorsque l'auteur do sonilt libelle, page 6, dit : Car il y a déjà longtempi t]tte je m'aperçois que les grands progrès que fool sous moi mes auditeurs en fort peu de temps font jalousie à quelques-uns. Page 7 : Que les termei dont les autres se servent d'ordinaire poorrt* soudre les difGcuUés ne satisfont jamais pleine* ment des esprits tant soit peu éclairés et clairvoyants ; mais au contraire ib les obsco^daBent et les remplissent de ténèbres et nuages. A M même endroU / L'on apprend chef moi bien plu aisément et plus promptement à conosvoir le ntl sons d'une difficulté qut l'on ne fait ordlDSlr»* ment chet les autres ; ce que l'expérience fait voir très clairement, car il est donstant que pluiteun de mes disciples ont déjà fort souvent paru itei honneur dans les disputes publiques, sans atolr donné sous mol à l'étude que quelques mois da leur temps. Et je ne fais point de doute que totita personne qui aura l'esprit bien h\X ne juge qu'il n'y a rien du tout à reprendre en ced, mais qu'an contraire tout y est digne de lottango. Page 9: Nous avons redoùnu que œs mMrablsé êtres (si> voir est les fbrmes sttbatàntièlles et les ifMik réelles) ne sont propres k rien du tout, aiooti peut-être à aveugler les esprits it Oettt qui éttt* dient, et à faire qu'au Heu de celte docte ignO'* rance que vous estimez et vantes tanti leur eèprit ne se remplisse que d'une certaine autre ignorance toute boufSe d'orgueil et de vanité. Pùgeilt Mais au contraire de l'opinion de ceux qui admettent et établissent les formes substantiellei, l'on tombe facilement dans l'opinion de oeui qui disent que l'âme est corporelle et mortelle. Page 20 t On pourrolt demander si dette hooB de philosopher, qui a coutuUie de réduire toute! choses à un seul principe actif, à savoir è la forme substantielle, n'est point plutôt digne de quelqae malotru maître à danser qut ne sait qu'an aires qu'une chanson. Page 25 : D'où II suit clairement que ce ne sont pas ceux qui nient les fbnnea substantielles, mais bien plutôt ceux qui les établissent, qu'on peut par de bonnes conséquencea réduire à un tel point qu'ils auroledt de la peine à se défendre de n'être pas des bétes ou dea athées. Page 89 : Pource que les principes qsl ont été jusqu'ici établis par les autres pour t^ dre raison des moindres effets de la nature soni pour la plupart très stériles et peu vraisemblables, et ne satisfont point un esprit qui recherché la vérité :
« 1. QuMls rejettent et condamnent cette »odvelle philosophie, premièrement, parce qu'elle eil contraire è Pattdcnne, laqueltei avec beaucoup
ANKË& 1649.
^ raifloD V a été jusqikes ici Mset^ée dans toutes leB académies du monde , et qu*elle renverse ses foodemeots; eeooDdement, parce qu'elle détourne la jeunesse de Tétude de raDCieuDe et de la vraie philosophie, et qu'elle l'empêche de parvefiir an comble de TéruditioB, a cause qu'étant une fois imbue des principes de cette prétendue phlioso*phie, elle n'est plus capable d'entendre les termes qai sont usités cbek les auteui^ et dont les pro*^ feswars se servent dans leurs leçons et disputes ; et eofin parce que non* seulement plusieurs fausses et absurdes opinions suivent de cette phi'losophie, mais même qu'une jeunesse imprudente en peut aisément déduire quelques-unes qai soient opposées aux autres, disciplines et fk* jNiltés, et principalement i la vraie théologie ;
«Que pour ces causes ils veulent et entendent qoe tous ceux qui enseignent la philosophie dann eeCto académie s'abstiennent dorénavant d'un pa^ reil dessein et d'une telle entreprise, se conten"^ tant de cette médiocre liberté que chacun a de contredire sur quelques points particuliers les opinions des autres, ainsi qu'il se pratique dans les académies les plus célèbres, sans pour cela dioquer ou ruiner les fondements de la phlloso* phia communément reçue, travaillant de tout leur pouvoir i conserver en toutes choses le re-* pos et la tranquillité de l'académie. Rendu cejourd'hui 16 mars 1642. »
Or, o*est une chose digne.de remarque que ce jugement ne parut que quelque temps après qu'on s^étoit déjà moqué de ce que le recteuf avoit mieux aimé faire supprimer le livre du mé* decin que d'y répondre ; et partant, qu'il ne faut IKkiot douter qu'il n'y ait mis, sinon toutes les nisoQs possibles « du moins toutes celles qu'il avoit pu inventer pour excuser son procédé. ParcourooB-ies donc toutes» s'il vous pJait, les unes titrés les autres.
1. Ce jugenaent porte» «que le livre du mé-* decin tend à la ruine et à la honte de l'académie» et à faire naître de mauvais soupçons dans les «priu des autres : *» ce que je ne puis interpréter autrement, sinon que de la on prendra occasion de soupçonner, ou plutdt que l'on reoonnoitra que le recteur de l'aoïdémle a été imprudent de >*opposer à la vérité connue, oU même malicieux, de ce qu'ayant été vaincu par raison il tâohoit de vaincre par autorité. Nais cette honte et Igno* Qinie a maintenant cessé , parce qu'il n'est plus recteur, et que l'académie souffre moins de désknoeur d'avouer encore celui-ci pour Tun de ses maîtres qu'elle ne reçoit d'honneur d'avoir aussi le médecin, pourvu toutefois qu'elle ne B*en rende pas indigne.
•2. Qu'on trouve mauvais qu'un coUégoe fasse
Imprimer eontrê un autre de ses collègues des livres qui portent le nom de celui contre qui \\i «>nt faits. » Mais , pour cette raison , le recteuf méiud) qui dans ce jugement étolt accusateur et président tout ensemble, devoit ttrè le seul coi^> pable et le seul qui devoit être condamné. Caf lui-même auparavant, satis qu'on l'y eftt provo-^ que, avoit fait imprimer contre son collègue deut petits livrets en forme de thèses, et même avoit tâché de les appuyer et fortifier de la faculté dé théologie, afin de circonvenir un innocent et dé l'opprimer par calomnie. Et 11 est rididule s'il s'excuse sur co qu'il ne l'a pas nommé, puisqu'il a cité les mêmes paroles que ce médechi avoit fait imprimer auparavant, et qu'il l'a tellement dépeint que personne ne pouvoit douter que os ne fût lui à qui 11 en voulolt. Mais le médecin au contraire lui a répondu si modestement et a parlé de lui avec tant d'éloges, qu'on pouvoit plutôt croire qu'il lui avoit écrit en ami et comme à une personne de qui le nom même lui étoit en vénération, que non pas comme un ad versaire ; ce qu'en effet tout le monde auroit crtf , si le théologien, au lieu d'user de son autorité, se fût servi de raisons tant soit peu probables pouf réfuter celles que le médecin avoit apportées. Mais qu'y a*t*il de plus Injuste que de voir un recteur accuser un de ses oollègues d'avoir dil des injures à un autre de ses confrères, pour cela seul qu'il a apporté des raisons si manifestes et si véritables pour se purger du crime d'hérésie et d'aâiéisme dont il l'avoit chargé , qu'il a parce moyen empêdié qu'il n'ait été par lui circonvenu.
3. Mais le théologien « n'approuve pas cette (iiçon de défendre la nouvelle et prétendue philosophie » dont se sert le médecin dans le susdit libelle, « parce qu'étant Insolente en ses termes, elle charge de honte et d'opprobre ceux qui enseignent la philosophie vulgaire comme la plus vraie. » Mais cet homme très modeste ne prend pas garde qu'il reprend dans un autre l'Insolence des paroles, dont je suis assuré néanmoins que personne ne pourra voir la moindre marque, pourvu seulement qu'on veuille considérer les lieux qui sont ici dtés, et qui ont été triés de côté et d'autre du livre du médecin, comme les plus insolents et les plus propres à attirer sur lui l'envie d'un chacun $ principalement si l'on veut aussi prendre garde quil n'y a rien de plus usité dans les écoles des philosophes que de voir un chacun dire llhrement, et sans aucun déguise* ment ou adoucissement de paroles, ce qu'il pense; d'où vient qu'on ne s'étonne point de voir un philosophe soutenir hardiment que toutes les opi- .nions des autres sent fausses, et que les siennes
CORRESPONDANCE
seules soDt véritables ; car Thabitade qu'ils ont contractée par leurs fréquentes disputes les a in- •ensiblement accoutumés à cette liberté^ qui peutêtre pourroit sembler un peu rude i ceux qui mènent une yie plus civile* Comme aussi que la plupart des choses qui sont ici rapportées comme ayant été dites par une espèce d*envie contre tous ceux qui professent la philosophie ne doivent être entendues que du seul théologien, ainsi qu*il est manifeste par le livre du médecin; et qu'il n*a parlé au pluriel et à la troisième personne qu'afin de l'épargner. Et enfin, que s'il a fait cette injurieuse comparaison d'un maître à danser « et s'il a parlé de bêtes et d'athées, etc.» ce n'a point été de gaité de cœur, mais après avoir été honoré de ces beaux titres par le théologien, dont il n'a pu rejeter Topprobre qu'en faisant voir par de bonnes et évidentes raisons qu'ils ne lui oonvenoient point du tout, mais plutêt i son adversaire. Et, je vous prie, qui pourroit souffrir l'humeur d'un homipe qui prétendroit qu'il lui fût permis d'appeler les autres par calomnie athées ou bêtes, et qui cependant ne pourroit souffrir que par de bonnes et convaincantes raisons on repoussât modestement ces outrages?
Mais je viens aux choses qui me regardent le plus. Il allègue trois raisons pour lesquelles il condamne ma nouvelle philosophie : la première est pource qu'elle est opposée à l'ancienne. Je ne répète point ici ce que j'ai déjà dit ci-dessus, k savoir que ma philosophie est la plus ancienne de toutes, et qu'il n'y a rien dans le vulgaire qui lui toit contraire qui ne soit nouveau. Mais seulement je demande s'il est croyable qu*un homme entende bien cette philosophie qu'il condamne, qui est si impertinent, ou, si vous voulez, si malicieux que d'avoir voulu la rendre suspecte de magie à cause qu'elle considère les figures. Je demande outre cela quelle est la fin de toutes ces disputes qui se font dans les écoles; sans doute, me dira-t-on, qu'elles ne se font que pour découvrir par leur moyen la vérité : car si on Tavoit une fois découverte, toutes ces disputes cesseroient et n'auroient plus de lieu, comme l'on voit dans la géométrie, de laquelle pour l'ordinaire on ne dispote point. Mais si cette évidente vérité, •I longtemps recherchée et attendue, nous étoit enfin proposée par un ange, ne faudroit-il point aussi la rejeter, pour cela même qu'elle sembleroit nouvelle à ceux qui sont accoutumés aux disputes de Técole? Mais peut-être me dira-t-il que dans les écoles on ne dispute point des principes, lesquels cependant sont renversés par notre prétendue philosophie : mais pourquoi les souf- Cre-t-il ainsi abattre sans les relever? pourquoi
ne les soutient-Il pas par de bonnes raisons? Et i ne reoonnoît-on pas assez leur incertitude, puii» que, depuis tant de siècles qu'on les cultive, od n'a encore pu rien bâtir dessus de certain et d'assuré.
' L'autre raison est pource que la jeunesse étaot une fois imbue des principes de cette prétendoe philosophie, elle n'est plus après cela capable d'entendre « les termes de Fart • qui sont en usage chez les auteurs. Comme si c'étoit anedMse nécessaire que k philosophie, qui n'est instituée que pour connoUre k vérité, enseignât ancoos termes dont elle-même n'a point de besoin. Poor* quoi ne condamne-t-il pas plutôt pour cela la , grammaire et la rhétorique, puisque leur prind* pal office est de traiter des mots, et que cependant, bien loin de les enseigner; elles les rejettent comme étant impropres et barbares. Qu'il se plaigne donc « que ce sont elles qui détonrneDt la jeunesse de l'étude de la vraie philosophie, el qui empêchent qu'elle ne puisse parvenir ao comble de l'érudition, i» Il le peut faire saos craindre que pour cela il se rende plus digne de risée que lorsqu'il forme les mêmes plaintes cootre ma philosophie ; car ce n'est pas d'elle qu'on doit attendre l'explication de ces termes, mais de ceox qui s'en sont servis, ou de leurs livres.
La troisième et dernière raison contient deox parties , dont l'une est tout-à-fait ridicule et l'autre injurieuse et fausse : car qu'y a-tnl ded vrai et de si clair « dont une jeunesse mal avisée ne puisse aisément déduire plusieurs opinions fausses et absurdes. » Mais de dire « que de ma philosophie il s'ensuive en effet aucunes opinioBS qui soient contraires à la vraie théologie, » c'est une chose entièrement fausse et injurieuse. Et je ne veux point me servir ici de cette exception, que je ne tiens pas sa théologie pour vraie et poar orthodoxe : je n'ai jamais méprisé personne ponr n'être pas de même sentiment que moi, prindpaiement touchant les choses de la foi, car je sais que la foi est un don de Dieu ; bien ao contraire. je chéris même et honore plusieurs théologiens eC prédicateurs qui professent la même religion que lui. Mais j'ai déjà souvent protesté que je ne voulois point me mêler d'aucunes controrenei de théologie : et d'autant que je ne traite aaasi dans ma philosophie que des choses qui sont connues clairement par hi lumière naturelle, elles ne sauroient être contraires à la théologie de personne, à moins que cette théologie ne fài ellemême manifestement opposée à la lumière de a raison ; ce que je sais que personne n'avouera de la théologie dont il fait profession.
Au reste, de peur que l'on ne croie que c^esl sans fondement que je juge que le théologien n'a
1» réfoter aucone aes raisons dont le médecin i^est servi, j'apporterai ici deux ou trois exemples qui semblent le confirmer clairement : car 11 y a déjà eu deux ou trois petits livrets qui ont été imprimés pour ce sujet, non pas à la vérité par le théologien, mais pour lui, et par des personnes telles, que s'ils eussent contenu quelque chose de bon, elles lui en anroient fort yolontiers attribué la gloire; et ainsi il est à croire qu'il n'auroit pas voulu permettre, en se couvrant comme U fait de lear nom, qa*ils eussent dit des choses impertinentes s'il en eât eu de meilleures à dire.
Le premier de ces libelles fut imprimé en forme de thèses, par son fils, qui étoit professeur en la même académie» dans lequel n'y ayant fait que répéter les mauvais arguments dont son père s'étoit servi pour prouver et établir les formes sobstanttelles, ou même y en ayant ajouté d'autres encore plus vains et inutiles, et n'y ayant du tout fait aucune mention des raisons du médecin par lesquelles il avoit déjà réfuté tous ces mauvais arguments, on ne peut rien de là conclure, sinon que son auteur ne les comprenolt pas, ou du moins qu'il n'étoit pas docile et traltable.
L'autre libelle, et qui en comprend deux, parut sous le nom de cet étudiant qui avoit répondu dans cette séditieuse dispute qui dura trois jours, i laquelle le recteur présldoit, dont voici le titre : Prodromus, Hve examen iutelare orthoi^œ fhilosophuB jpfincipiorum : Examen ou défense des principes de la vraie et orthodoxe philosophie. U est vrai que dans ce libelle on y mit toutes les raisons qui jusques Ici avoient pu être inventées par son auteur ou par ses auteurs, pour réfuter celles du médecin ; car même on y ajouta une seconde partie ou une nouvelle défense, afin de ne rien omettre de tout ce qui pou- Toitétre venu en pensée à l'auteur pendant qu'on felsolt imprimer le premiei". Mais néanmoins on ne v^ra point que dans pas un de ces deux libelles la moindre raison apportée par le médecin ait été, je ne dirai pas solidement, mais même vraisemblablement réfutée. Et ainsi il semble que leur auteur n'ait point eu d'autre dessein, en compoaant ce gros volume de pures inepties, et l'intitu- ^t IVodromt», afin d'en faire encore attendre linéique autre, sinon d'empêcher que personne *^ voulût donner la peine d'y répondre; et par ce moyen de triompher devant une populace ignorante qui croit que les livres sont d'autant meilleurs qu'ils sont plus gros, et que ceux qui parient le plus haut et le plus longtemps ont tonjours gain de cause.
lUis pour moi qui ne recherche point les bon- DM grioes de la populacoi et qui n*al point d'au-
DlSaRTBS.
tre but que de contenter les honnêtes gens et satisfaire à ma propre conscience en défendant autant qu'il m'est possible la vérité, j'espère de faire voir si à découvert toutes ces finesses et menées extraordinaires dont nos adversaires ont coutume de se servir, que personne dorénavant n'osera les mettre en pratique, à moins qu'il n'ait assez d'effronterie pour ne point rougir d'être connu de tout le monde pour un calomniateur et pour une personne qui n'aime pas la vérité. Et à vrai dire, cela n'a pas peu servi jusques ici pour retenir les moins effrontés, de ce que dès le commencement de mes ouvrages j'ai prié tous ceux qui trouveroient quelque chose à reprendre dans mes écrits de me faire la laveur de m'en avertir, et qu'en même temps j'ai promis que je ne manquerois pas de leur répondre; car ils ont fort bien vu qu'ils ne pouvoient rien dire de moi devant le monde qu'ils ne m'eussent point auparavant fait savoir, sans se mettre en danger de passer pour des calomniateurs.
Mais il est arrivé néanmoins que plusieurs e'en sont moqués, et qu'ils n'ont pas laissé de censurer secrètement mes écrits, bien qu'en effet ils n'y trouvassent rien qu'ils pussent convaincre de fausseté, ou même que peut-être ils ne les eussent jamais lus ; jusque-là même que quelques-uns ont composé des livres entiers, non pas à dessein de les publier, mais qui pis est à dessein de les communiquer en particulier à des personnes cré« dules, et ils les ont remplis en partie de fausse* raisons, mais couvertes du voile et de l'embarras des paroles, et en partie aussi de vraies, mais dont ils combattoient seulement des opinions qu'ils m'avoient faussement attribuées.
Or, je les prie tous maintenant et les exhorte de vouloir mettre leurs écrits en lumière; car rexpérlénce m'a fait connoitre que cela sera beaucoup mieux que s'ils me les adressoient à moimême, comme je les en avois priés auparavant ; afin que si peut-être je ne les jugcois pas dignes de réponse, ils n'eussent pas lieu de se plaindre que je les aurois méprisés, ou de se vanter faus* sèment que je n'aurois pu les satisfaire ; et même pour empêcher que d'autres de qui je publierois les écrits ne s'allassent imaginer que je leur ferols injure d'y joindre en même temps mes réponses, parce que, comme j'entendois dire dernièrement à quelqu'un qui paroissoiten cela intéressé, ils seroient privés par ce moyen du fruit qui leur en pourroit revenir s'ils les falsoient imprimer euxmêmes, qui seroit de les faire courir pendant quelques mois parmi le monde, et de prévenir ainsi, préoccuper les esprits de plusieurs avant que j'eusse le temps d'y répondre. Je ne veux donc point leur envier ce fruit qu'ils espèrent de ro<
cobb»pqmdâmge.
caeiUir : aa ooDtralre, Je ne promets point de leur Éépoodre, si je ne trouve que leurs raisoDs soient telles qae je craigne qu'elles ne puissent que diffldlement ttre résolues par ceux qui viendront à les lire; car pour ce qui est des cavillatlons ou des BQédisanees, et de toutes les autres choses dites hors du sujet, je croirai qu^clles sont plutôt pour moi que contre moi, pouroe que je ne pense pas qu'aucun s^en i^euille servir dans une rencontre pareille à celle-ci, sinon celui qui voudra persuader plus 4e choses qu'il n'en pourra prou* ver, et qui par cela mAme donnera manifestemeut i connohre quUI ne cherche pas la vérité, mais que tout son but n^es^ que do l'impugner; et partant qu*il n'est pas homme d^honneur.
Je ne doute point aussi que plusieurs honnêtes gens ne puissent avoir mes opinions pour suspectes, tant parce qu'ils voient que plusieurs les rejettent que parce qu'pn les fait passer pour nouvelles,.et que peu de personnes jusqu'ici les ont bien entendues. Et même diflBcilement se pour* roit<il rencontrer aucune compagnie dans laquelle, si on venoit à délibérer pur mes opinions, il ne s'en rencontrât beaucoup plus qui jugerolent qu'on doit les rejeter que d'autres qui osassent les approuver : car la prqdence et la raison veulent qu'ayant à dire notre avis sur nqe chose qui ne nous est pas tout-à-fait connue, nous en ju-^ gions suivant ce quia coutume d'arriver dans une semblable rencontre. Or, il est tant de fois arrivé que l'on a voulu introduire de nouvelles opinions en philosophie, lesquelles on a reconnu par après u'fitre pas meilleures, voire même être plus 4an-£ gerauses que celles qui sont oommunémeni re^çues, que ce ne seroit pas sans raison si ceux qui ne fldntoivent pas encore assez clfiirement les miennes jugeoient qu'il les faut rejeter et en em-: pécher la publication. Et partant, pour vrfiiea qu'elloi soient, je croirois néanmoins avoir spjet 4'apprébepder qu'à Texemple de cette académie dont je vous ai parlé ci-de^us, elles ne fqssent peut-être condamnées da votre société et généralement de tous oeux qui font profession cfenr soigner, ^ je ne me profuettois de votre bonté et prudence que vous les prendrez en votre proteoiion,
Mais d'autant yue v^us êtes le supérieur d'upe oompagnie qui peut plus facilement que beaur coup d'autres lire mes essais, dont la plus grande partie est écrite en franfois, je ne doute point que vous ne puissiez seul beaucoup en cela. Et je ne vous demande point ici d'autres grâces, sinon que f pus preniez vous-même la peine (le les examiner, ou, si vos aflfiires ne voua le permettent pas, que vous n'en donniez pas le soin et la charge m R. P. seul| mais à d'autres plus sincè*
res ou moins préoccupés que loi. Et eomme daoi les jugements qui se rendent au barreau, lorsque deux ou trois témoins dignes de fol dtseot avoir vu quelque chose, on les en croit plus qae toute une multitude qui , portée peut-être par de simples conjectures, s'imagine le contraire, de même je vous prie d'ajouter loi seulemest i ceux qui se feront fort d'entendre parfeitemest les choses sur lesquelles ils portèrent leur jofement. Enfin, la dernière grâce que je vous demande est que, si vous avez quelques raisons pour lesquelles vous jugiez que je doive ehaoger le dessein (}ue j'ai pris de publier ma Philosophie, vous daigniez prendre la peine de me la faire savoir.
Car ce petit nombre de méditations qoe j'ij mises au jour contient tous les principes deoetta philosophie que je prépare; et la Bioptriqueel les Météores, où j'ai déduit de ces principes 1m raisons de plusieurs choses particulières qui arrivent tous les jours dans le monde, font torr quelle est ma manière de raisonner sur les effels de la nature. C'est pourquoi, bien que je ne fesse pas encore parettre toute cette philosophie, j'estime néanmoins que ce peu que j'en al déjà feit voir est suffisant pour faire juger quelle elle doit être, pt je pense n'avoir pas eu mauvaise raisoo d'avoir mieux aimé faire voir d'abord quelquesuns de ses essais que de la donner tout entière, avant qu'elle fût souhaitée et attendue ; car, pour en parler franchement, quoique je pe dout^ poiDf de la vérité de ma philosophie, néanmoins pouros que je sais que très aisément la vérité même, po«' être impugnée par quelques envieux sous préteits de nouveauté, peut être condamnée par des personnes sages et avisées, je ne suis pas entièrement assuré qu'elle soit désirée de tout le monde, et ja ne vpux point la donner à ceux qui ne la louiiaitent point, ni contraindre personne à la rewTOir. C'est pourquoi j'avertis longtemps auparavant oa diaoun que je la prépare ; plusieurs particoli^ la souhaitent et l'attendent, uw seuleaeadéiDiea Jugé à la vérité qu'il la falloit rejeter : nalspour^ 00 que je sais qu'elle ne l'a fait qu'à la solllcItatloB de son recteur, homme turbulent et peu jodi* eleux, je ne fais pas grand compte de son i^^ ment. Mais si plusieurs autres célèbres compagniei ne la vouloient pas npn plus, et quelles eosseat des raisons plus justes de ne la pas vouloir i^ê ces particuliers n'en ont de la vouloir, je ns ^ point de doute que je ne dusse plutôt lessallswna que œux-ei. .
Et enfin je dédare sipoèrement qoe je ne fm jamais rien de propos délibéré ni centre If! oûfl^ seii des sages, (wntra Tautorlté ou te ^^^^ ^^ puissants. El oompia ie an ^pte ttàuî q^ »
AHNKE 1643.
av
parti ûA ^tM MéMté m vtBgtra m doh • Vem* poriar p«r*d6«iw tous lei autr es, vous m*obll9e*< rei iDllDiment d« me mander quel est en cela votre avis, et ealui dea yAtree ; afin que, comme d-^deyant Je ▼ooa al toujoura prinolpalemeot ho* noi^s et reapeotis, je n'entreprenne enoore main«tenant ritD dana oette aflklre, que je penae être de quelque Importanoa, lans tous avoir en mAme tempa pour oonaelllers et pour oiotecteurs. Je •niiteto.
N^70.--A CNR, P. JÉSUITE*,
(lettre CXVï du toBnel.)
Mwi^véfeAdFëro»
Je M me soo? leas potait que jamais personne iD*«it dll que vous ayiea denein de censurer mes éorUa, et je n'en «I eu aussi aucune opinion ; ear je lie suis paa d'kumeur à m'imaginer des choses dont j9 ii*ai point de preuves, prineipatement de ooUea q«i me pourroieot Atre déplaisanies» somme jo vous aYOue que oe seroit ealte-ià, pouree que» vous «yaut en tria fraude estime, je ne ponrrois penser que voue ewsies dosaete de me blâmer qw ja 01» cnuae par mtee me]r«a la mériter; et bieq ii«e je «e doute point que «e que j'ai éorit m cootisono plusieurs fautes, je me suis touteftûa persmadA qu'il eonieoolt aussi quelques f érités qui doBveroient aiùe4 aui «aprita de la trempedu v4tro, at qui auroient autant de (ranobiae que TOUS, d'en «leuset lee difauls* Qe fte je sm suia persuada de telle sorte qu*ea éorlvant, il y a quatre m atuq moia« au R. P« Charlet, touchant ke otûeetious du P. Bourdio , je le priai , si ses oQoupatioHa le lui p^rmetloient, qu'il examin&t kii^saAme lea piiees do mon procès, quil voua en vuulût oroîre, voua et vos semblables, plutôt que les eemUables de mon adversaire, et ne nommant que vous eu OQ lieu-la, il me semble que je okmi* trois asseï que vous êtes celui de tous oeui de votre Qosspaguie que j ai rhoaueur de coanoitre, duquel j'ai espéré le plus iavorable jugement, tt y a quatre ou cinq ans que vous me fîtes rhon* neur de m'écrire une lettre qui sm doaaa cette espérance, et j'ai été maintenant ravi d*en recevoir uDo seconde qui me la oonirme. Je voua supplie très humUemeat de croire que ce n'a été qu'avec une tréa grande répugnance que jal répondu 4 ces septièmes objections qui précèdent ma lettre au R. P. Biaet, laquelle vouaaves vue; et U ml a Muempleytr lamAmaréeohitioB qy'à
U) U p. VaUer.
me Mre couper un bras ou une Jsmbe, si j*y. avols quelque mal auquel je ne susse pdnt da remède plus doui ; car j'ai toujours eu une granda vénération et affection pour votre oompaguiat. mais ayant su le pe#d'estlme qu'on avolt dit da mes écrits en des disputes publiqnes i Paris, H y a deui ans , et voyant que nonobstant les tris humbles prières que j'avois faites qu^on me vou« lût avertir de mes fautes si ou les oonnoissolt , afin que je les corrigeasse, plutét que de les blâ^. mer eu mon absence et sans m'ouîr, on oontl<nuolt à les mépriser d'une iaçon qui pourroit ma rendre ridicule auj^ès de ceui qui ne me oon«. noivent pas, je n*ai pu imaginer de meilleur re-* mède que celui dont je me suis servi. Je nte tiena extrêmement obligé au R. P. Binet de la fraa* ohise et de la prudence qu'il a témoignéea en cetta occasion , et je ne me promets paa moins de fs-* vear duR. P. Filleau qui lui a succédé, bien qaa je n'aie point eu ci-^devant rbonneur da le aon% nottre; car je sais que ce ne sont que lea plua émiuents eu prudence et en vertu qu'on a coa^ tume de dmlsir pour la charge qu'il a ; je cralaa seulement que mon adversaire n'ait des amil à Paria qui fusent entendra la ehoss aux sapé*, rieurs d'autre ihçoa qu'elle n'est Je soiriMitaraia pour ce sujet que vous y fuaiiss platAt qu'à Qa» féana, car je m'assure que vaua um les readrtsa fiivorabiss. Je ne saurais troavar étrange qaa pla*. sieura a^enteadent paa mes M éditatioaa, paisqua, aftême M. de Beaune y a de la difBoulté ) car j'ea* lime eitrAmement son eaprit î et aacara qu'o» lea entendit, je croirais être ii^asta si je déairola qu'on lee approuvât avant qu'an sache csawamal dles seront reçues du public, ou bien qu^aa sa déclarât pour ma philesophie avant que de l'avoir toute vue et entendue. Ce n'esl pas cetta fsvear^ li que je demande, mais secdemeul qa^oa a'aha« tienne de blâmer ce qu'on n*entaod paa, el si ait a quelque. chose à dira aoatra mes éertls, aa. oantresMiy qu'aa am la vaaMedire âmci ssâms» phrtAt que d'eu sMira en ssoa abasata» ai y cMsplayer des moyens qai aa pewreul taiiraar. qu*è la honte et à la coataaioo da asax qal a*aa servent.
iPour ce qai est da la distiadioa ealsa IW sence et reiistence , je ne me aoavieaa paa d« lieu où j'en ai parlé^; mais je distioguatalir UMN dos fT^prié dtdos, ei aifritela itaa fMîèiÉS faa gaaram sanl aUnbuêa §$m nrni pasnil; i ' inier mados rtrum ipêmrum #1
(i) « Le reste n^est pas de la letu« CXVI«, pulaque oette leurs est certainement datée de l'an 104S, et que dans oette tiilto M. DeBcariaa cUe OK Bgwe de ses prlodpes qui B*oM élé IMN prim^ qtt*eD 1644 ; marque ^videets que cet alle^» ei4 «a frasmeDt détaché qu'on ne peut fixer ao aucone oaaiiièrSi • (Sote de reK€iuf4aire de rtastUnt. >
CORRESPONDANCE
tandi* Pardonnei^moi si je change ici de langue pour tâcher de m'eiprimer mieux. Ita figura et motui êunt modi proprié dicii iuhsiantiœ corporeœ, quia idem corpus potest existerez nune €um kâc figuré, nunc cum alià, nunc cum moiu, nunc sine moiu, quamvis ex adverso neque hœe figura, neque hic motus possint esse êine hoc a^rpore; ita amor, odium, affirmation éubitatio^ etc. y sunt veri modi in mente; exisieniia autem, duratio, magnitudo^ numerus, ei ufiiversalia omnia, non miki videntur esse modi propriè dicti, ut neque etiam in Deojus- Êitia^ misericordia^ etc. Sed latiori vocalmh dieuntur attributa^ sive modi cogitandi, quia inieUigimus quidem aliomodo rei alicujus essentiam, abstrahendo ab hoc, quod existât, vel non existât^ et aIio« considerando ipsam ut existmtem; ud res ipsa sine existeniid sud esse non potesi extra nostram cogitationem , Ml neque etiam sine sud duratione^ vel sud magnUudine , etc. Atque ideà dico quidem figuram, et alios simUes modos, distingui propriè modaliter d substantid cujus sunt modi , $ed tnler alia attributa esse ndnorem distinc- Êienem, quœ, nonnisi latè usurpando nomen snodiy vocari potest modalis, ut illam vocavi imfine meœ responsionis ad primas objections, et melius forte dicetur formalis; sed ad eonfusionem evitandam , in primé parte meœ phUosophiœ, articulo 60, inquddeipsd expresse ago, iUam voco distinctionem ratUmis {nempê rationis ratiocinatœ) ; et quia nullamagnosco rationis ratioeinantis^ hoc est quœ non habeat fiÊSidamenium in rébus {neque entm quicquam possumuscogitare absque fundamento),idcircô in iUo arti^Uo verbum ratiocinai» non addo. Nihil autem aliud miki videtur m hdc materid parère difficuUatem, nisi quod non satis distinguamus res extra cogitationem nostram exis- Untes à rerum ideis quœ sunt in nostrd cogi^ UUùme : ita dm cogiio essentiam trianguli, et existentiam ejusdem trianguli, duœ islœ cogitaiioneSi quatenùs sunt eogitationes, etiam objectivé sumptœ, modalUer differunt, stricte sumendo nomen modi; sed non idem est de triangulo extrd cogitationem existente^ in quo manifesium miki videtur essentiam et exis- Itnlûim nuUo modo distingui: et idem est de Ofiifttfticf unioersalibus; ut ciim dico, Petrus M Komo, cogitatio quidem qud cogito Petrum âiffert modaliter ab ed qud cogito hominem , êedin ipso Petro nihil aliud est esse hominem quam essePelrum.etc. Sic igitur pono tantùm très distinctiones : realem, quœ est inter duos substaniias; modalem et formalem, sive rationis ratiocinatœ ; quœ tamen res^ siopponan-
tur distinetioni rationis ratioeinantis, cKci possunt reaies, et hoc sensu did poterit esMiitia realiter distingui ab existeniid; ut etiam ^ ciim per essentiam intelligimus rem proiU oijectivé intelleclu, per existentiam vero rrn eandem, proùi est extrd intellectum, tnani/btum est illa duo realiter distingui. • Ainsi ^ la figure et le mouyement sont des modes proprement dits de la substance corporelle , parce que le même corps peut exister tantAt sous une figôre et tantOt sous une autre; tantAt avec du moufement, tantAt sans mouyement; au lieu que ni cette figure ni ce mouvement ne sauroient être sans corps. De mAme l'amour, la haine, Taffinnation, le doute, etc., sont de véritables modei dans rame : mais je ne crois pas que l'existeDoe, la durée, la grandeur, le nombre et tous les universaux soient proprement des modes; dob plus que la justice, la miséricorde, etc., en Bleo; mais on les appelle d*un nom plus général attributs, ou manière de penser : car il y a de la dit férence entre connoître l'essence de quelque diose, sans considérer si elle existe ou non, et cooDoitre ce même être comme existant ; mais cette mtme chose ne sauroit être hors de notre pensée saju existence, non plus que sans durée ou graDdeur, etc. C'est pourquoi je dis que la ^re et lei autres modes sont proprement distingués moda- Icment de la substance dont ils sont modes, et qu'entre les autres attributs il y a une moindre distinction qui ne sauroit être appelée modale qu'en prenant le nom de mode d'une manière plus générale, comme je l'ai appelée a la fin de ma réponse sur les premières objections, et qui mériteroient peut-être mieux le nom de formelles: mais pour éviter la confusion dans la première partie de ma philosophie, art. 60, où je traite expressément cette question , je l'appelle distinction de raison, c'est-à-dire raisonnÀe ; et comme je ne connois aucune distinction de raison raisonnante, c'est-à-dire qui n'ait aucun fondement dans les choses, car nous ne saurions tUm penser sans fondement, c'est pourquoi je n'ajoute point dans cet article le nom de raisonnée, et la seule chose qui me paroît faire une diffi* culte sur cette matière est que nous ne distinguons pas assez les choses qui existent hors de notre pensée des idées des dioses qui sont dans notre pensée; ainsi lorsque je pense à l'essence d'un triangle et à sou existence, ces deux pensées, en tant que pensées, même prises objectivement, diflirent modalement en prenant le nom de mode d'une manière moins générale; mais il n'en est pas de même du triangle qoî
(I) venaon.
existe hors de la pensée daos lequel il me paroît clairement que res«ecce et TexisteDce ne sont ' distiDguées en aucune façon ; disons la même chose de tous les unlvcrsaux ; comme lorsque je dis que Pierre est homme, la pensée par laquelle je pense i Pierre diffère modalcment de celle par laquelle je pense h un homme ; mais dans Pierre , homme et Pierre sont h môme chose , etc. Ainsi, je n'admets que trois distinctions, la réelle qui est entre deux substances, la modale et la formelle ou de raison raisonnée, qui toutes trois néanmoins, en tant qu*opposées i la distinction de raison raisonnante, peuvent être appelées réelles, et en ce sen^ on pourra dire que l'essence est réellement distinguée de l'existence; en sorte que lorsque par l'essence nous entendons une chose en tant qu'elle est objectivement dans Tlntellect, et que par existence nous entendons la mémechoseen tant qu'elle est hors de l'intellect, il est certain que ces deux choses sont réellement distinctes.» Ainsi quasi toutes les controverses de la philosophie ne viennent que de ce qu'on ne s'entend pas bien les uns les autres. Excusez si ce discours est trop confus ; le messager va partir , et ne me donne le temps que d'ajouter ici que je me tiens extrtmement votre obligé de la souvenance que vous atei de moi , et que je suis , etc.
If 71 —A. M***.
(Uttre GYm do tome m.)
Monsieiir,
Je sais bien glorieux de l'honneur qu'il vous a plu me faire en me permettant de voir votre traité flamand touchant l'usage des orgues en l'égiise, comme si j'étois fort savant en cette langue ; mais quoique Tlgnorance en soit fatale à tous ceux de ma nation, je me persuade pourtant que l'idiome ne m'a pas empêché d'entendre le sens de votre discours, dans lequel j'ai trouvé un ordre si clair et si bien suivi qu'il m'a été aisé de me passer du mélange des mots étrangers qui n'y sont point et qui ont coutume de me faciliter notelligence du flamand des autres. Mais ce n'est P^ i moi à parler du style, et j'aurois mauvaise grâce de Tentreprendre ; mais pour vos raisons je puis dire qu'elles sont si fortes et si bien choisies que vous persuadez entièrement au lecteur tout ce que vous avez témoigné vouloir prouver; ce que j'avoue Ici avec moins de scrupule, à cause ^ je n*y ai rien remarqué qui ne s'accorde avec noire église. Et pour les épithfctes que vous nous donnez cependant en divers endroits, je ne crois l'iisque nous devions nous en oiTenser davantage IQ'on seniteur s'offense quand sa maîtresse l'ap-
pelle schelme pour se venger d'on baiser qofl lui a pris, on plutAt pour couvrir la petite honte qu'elle a de le lui avoir octroyé. Il est vrai que ce baiser n'avauce guère, et je voudrois qu'en nous disant de telles Injures vous eussiez aussi bien déduit tous les points qui pourroient servir à rejoindre Genève avec Rome. Mais pource que' l'orgue est l'instrument le plus propre de tous pour commencer de bons accords, permettez à mon zèle de dire Ici omen cLCcipio sur ce que vous l'avez choisi pour sujet. En effet, si quelque» Indiens ont refusé de se rendre chrétiens, pour la crainte qu'ils avoient d'aller au paradis des Espa* gnols, j'ai bien plus de raison de souhaiter que le retour à notre religion me fasse espérer d'éîre après cette vie avec ceux de ce pays avec lesquels j'ai montré par effet que j'aimois mieur vivre que dans le mien propre. Et pardonnez-moi si je me plains un peu de vous à ce propos, de œ que vous m*avez estimé être une fera bestia lorsque vous avez su que j'avois dessein d'aller en France ; car, si je m'en souviens, c'est ainsi que Justinien nomme ceux qui n'ont pas animum redetmdij et je me propose de ne faire qu'une course de quatre ou cinq mois. Je me plains aussi du sujet que vous dites avoir appris de mon départ ; car je ne suis pas, grflce i Dieu, d'humeur si déraisonnable ni si tendre; je sala très bien que les plus beaux corps ont toujours une partie qui est sale, mais 11 me suffit de ne la point voir, ou d'en tirer sujet de raillerie si elle se montre i mol par mégarde ; et je n'ai jamais été si dégoût j que d'aimer on estimer moins pour cela ce qui m'avoit semblé beau ou bon auparavant. Au reste, monsieur, en me plaignant de ce que vous m'avez jugé d'autre humeur que je ne suis, je ne. laisse pas de me sentir très obligé de la bienveillance qu'il vous plaît me témoigner par cela même, et je vous supplie très humblement de croire que je serai toute ma vie, etc.
( Lettre LIX du tome II.)
Monsieur,
Je ne m'étonne plus qu'on contredise i mes écrits, et que mes opinions rencontrent beaucoup d'adversaires, puisque votre Innocent traité de
(1) «cette lettre est adressée i mie penoone deb relIglOB protestante qui aYOlt fait uo traité des orsoes; il est asseï dilBcUe de saToir quand ceue lettre a été écrite, je me persuade que c^est au mois de mars 104S, auquel temps parui le livre intitulé PMIo9opMa cortetiana, par VoéUos; car |e crois que c'est i& récrit dont TeuiidpailQrDeKanes^iNela de reiemplaire de rinsUtut.)
CORRESPONDAirCE.
Pufage des orgues, qui est plus doux que leur harmooie , et que je ne croyois pas moins puissant que la harpe de David pour chasser les esprits mallos , a trçuvé des amateurs de discorde qui l'ont impugoé. J'ai pris plaisir de voir i la fin du livre que vous m'avez fait l'honneur de m'en^ Toyer comment la seule ombre de votre nom peut fulminer et frapper de haut oeui qui le méritent; TOUS n'eussiez su choisir une meilleure façon de répondre aux impertinences d'un étourdi; et pour les NB. que j'ai vus au commencement de ce même livre, je veux bien croire qu'ils viennent d'un savant homme, mais je ne vois point qu'ils contiennent des démonstrations, et il me semble que c'est vouloir un peu trop faire le pédagogue ou le censeur en des matières où il y a des raisons à dire de part et d'autre, que de se vouloir opposer à celles qui ont déjà été écrites par un honnête homme ; mais je ne sais rien de l'histoire, et je ne puis si bien juger des raisons.
Pour le traité de l'aimant, je ne me repens pas non plus que vous de l'avoir lu, bien que les rai* aonnements ne vaillent rien du tout, et que je n'y trouve qu'une seule expérience qui soit nouvelle, i savoir que l'acier de l'aimant étant perpendiculaire sur l'horizon , un certain point de son équateur, qui est toujours le même en quelque quartier du monde que ce soit , se tourne naturellemeot vers le pâle ; car cette expérience vaut beaucoup* Mais je crains qu'il ne se soit mépris, en ce qu'il Assure que ce point de l'équateur de l'aimant ne décline jamais du pAle du monde, ainsi que fout les aiguilles des boussoles ; et si je pouvois jouir pour quelque temps d'un aimant spbérique, je tâcherois d'en déchiffrer la vérité, et trouverois peut-être quelque autre chose; mais je ne me souviens point d'en avoir vu à feu M. Reael , ce qui me fait croire que peut-être il n'y en a aucun en ce pays.
Au reste j'ai maintenant reçu l'écrit que j'attendois de votre part ; c'est un prisonnier que j'ai entre mes mains et que je désire traiter le plus courtoisement que je pourrai, mois je le trouve si coupable que je ne vois aucun moyen de le sauver. J'assemble tous les jours mon conseil df guerre sur ce sujet , et j'espère que dans peu de temps vous en pourrez voir le succès. Peut-être que ces guerre» scolastlques seront cause que mon Monde sera bientôt vu dans le monde» et je crois que ce seroit dès à présent ^ sinon qu'il doit auparavant apprendre à parler latin , et prendre le nom de $ummaphilo»ophiœ pour être plue aisément admis en la eonversatioo des gens de l'école qui le persécutent et tâchent i rétonffer avant sa naissance, aussi bien que lei Biftislm el kt Mures. M. de Pollot votis en peat
dire des nouvelles; il nous a aidé à gagner dti batailles à Utrecht , ou plutôt a nous retirer bègues sauves , car nous n y avons guère gagnf. Je suis , etc.
N' 73.— A MADAME ÉLISABITHS
•PBINGBSSB PALATINE, OtCi
(Lettre XXIX dtttetne h)