ISI
Madame ,
La faveur dont votre altesse m'a honor£ eo m faisant recevoir ses commandements par écrit est : plus grande que je n'eusse jamais osé espérer ; et ' elle soulage mieux mes défauts que celle que jW rois souhaitée avec passion , qui étolt de tes rece- | voir do bouche, si j'eusse pu être admis i Tbon- | neur de vous faire la révérence et de vous offrir | mes très humbles services, lorsque j*étols dernièrement a La Haye; car j'aurois eu trop de merveilles à admirer en même temps, et voyaot sortir des discours plus qu'humains d'unoorpssi semblable à ceux que les peintres donnent aax anges, j'eusse été ravi de même façon que me semblent le devoir être ceux qui , venant de la terre , entrent nouvellement dan* le ciel : ce qui m'eût rendu moins capable de répondre à totre altesse, qui sans doute a déjà rottirqué en moioe défaut, lorsque j'ai eu ci-devant l'honneur de loi parler; et votre clémence l'a voolii ieitlager,ea me laissant les traces de vos pensées sur un papier, oà les relisant plusieurs fols et tn'accotftamant i les considérer, j'en sufe vérltablemeot moins ébloui , mais Je n'en al que d'autant plos d'admiration , remarquant qu'elles ne paroisseot pas seulement Ingénieuses à l'abord , mais d'aatant plus Judicieuses et solides que plus on les examine. Et je puis dire avec vérité que la question que votre altesse propos me ^mble être celle qu'on me peut demander avec le plus de raison ed suite des écrits que j'ai publiés. Car f ayant deux choses en Tàme humaine, desquelles dépend toute la connolssdnce que nous pouTODi avoir de sa nature, Tune desquelles est qu'elle pense , l'autre, qu'étant unie au corps, elle peut agir et pâtfr avec lui , Je n^àl quarf rien dit dô
(f) « Cette lettre n*e8( p&$ datée; mab comme dans b aolvaiNe» qui ert de Julii, tKeeesrtee maeitfe b prtoeesse de d fiu'aprte »'èlro mat ttpà^ da» te yrécMeMe die Mae rcniendre encore sur le même sujet, cl que ceue prtcédert* est évldemmeot ceUc-ci, f ai raison de fixer ceOe-cl du 15 no, te princesse el les grands selgoeors ne récrffaat pas stoc IMI dediafeace,€liy ftUMWMte dedMHMeeitwc" dcun lettres. »
ÈSmBE iU9.
Ml
celte (hrnière, et mé sais teafcmMit ftudif à (lire bien entendre la preibière ; à cause que mon prlUdiMd deMin étôit de prouret* la distibction qui M entre Tâme et le corps, à quoi celle-ei teiH lemefit a pa fterf Ir , et Tantre y àuroit été nuisible; Mais pohrce qœ votre altesse teit si elair qu'on M lui petit dissimuler aucune ebose, Je iicberal ici d'eipliquer la façon dont je eonçois l'union de ràms atee le corps et tomment elle a la fbit^e de lemoutoir^ Prebiièremént , Je considère qu'il f a efl dous Certaines notions primitives , qui sent comme des originaui sur le patron desquels nous [bridons todtes nos autres conneissaUcës ; et il nj iquelbrlpeu de telles notions; car» après les )ilos générales de l'être^ dû nombre, de la durées qui conviennent i tout oe que nous pouvons coil* nteir, etc., nous n'avotiié pour le eorps en parti* caller que la notion de l'extension , de laquelle Mitent erïles de la figure et du ineutemeni ; et pour l'éme seule, news n'avons que celle de Id pensée, 0n laquelle sont comprises lès peroet)Uods de renteodement et ies Inclinations de la volonté) enio pour l'âme et le corps ensemble^ nous n'a* Toosque celld de leur union , de laquefle dépend celle de la fort» qu*a l'âmë de mouvoir le corps et le corps d'agir sur Time, en causant ses sentimeots et ses paëslonsi le considère aussi que toute la ideooit des hommes de consiste qu'à bien dis-" lisguer ces tiotions et à n'attribuer chacune d'elles qu'aui èhoses auiqueiles elles appartienoeDt; car lorsque nous voulons expliquer quelque dillBculté flàr le moyen d'une notion qui ne lui appartient pas^ nous ne pouvons manquer de BOUS méprendre ; eodime aussi lorsque nous vouioDs expli^iier nde de ose notions par une autre; car, étant prlmHives, chacune d'elles ne peut être estesdue que par eile-inédie. Et d'autant que Tusage des sens noiis a rendu les notions de l'éxtension, des figures et des mouvements beaucoup plus familières que les autres, la principale anse dé nul erreurs est en ce que nous voulods erdioairement bous servir de ces notions poo^ ikpiiquer les cfaoses à qui elles b'appartleonent pas^ comme lorsqu'on se veut servir de l'ImagilatioD pour concevoir la nature de Time, ou bien lorsqu'on veut concevoir Id flacon dont l'âme meut k eorps pér celle dont un odrps est mft par un tulre eorps. C'est pourquoi , puisque dans loi Méditations que votive altesse a daigné lire j'ai ta* abé de foire eonœvolr les notions qui appartien* neot à l'âme seule, les distinguant de celles qui appartiennent au corps seul , la première diose que je dois expliquer ensuite est la façon de co6- <^oir celles qui appartiennent à l'union de l'âme aree le corps, sans celles qui appartienoeni an •<trps se^l ou à l'âipe seule. A quoi il me seml^e
que peut servir te que j*al écrit i In fin dyua réponse aux six objections, page 384 de rédiïïjs franfolse \ car nous ne pouvons chercher ces uu« tiens simples ailleurs qu'en notre âme qui les 4 toutes en sol par sa nature, mais qui ne les é'm^ tingue pas toujours asseï les unes des autres, ou bien ne les attribue pas aux objets auxquels on les doit attribuer. Ainsi, je crois que nous avons ci-devant confondu la notion de la force dont l'âmë ttglt dâua lé tk)r|)l avec celle dont un ébrps agit dans un autre; et que nous avons attribué l'une et ^au(^ë , huh (mft à l'âme, èdr nous ne la connoisslons pas encore, mais aux diverses qualités des corps, comme à la pesanteur, à la chaleur et aux autres, que nous avons imaginées être réelles, c'est-à-dire avoir une existence distincte de celle du corps, et par conséquent être des substances, bien que nous les ayons nommées des qualités; Et nous nous sommes servis pour les eoncetoir; tantôt des notiohs qui stot en nous pour connottre le corps, et tantÂt de celles qui y sont pour connottre l'âme^ selon que ce que nous leui* avohs attribué a été matériel ou immatériel. Par exemple, en supposant que la pesanteur est une qualité réelle dont nous n'avons point d'autre connoissaoce, sinon qu'elle a la force de mouvoir le corps dans lequel elle est vers le centre de la terre 4 ndus n'avons pas de peine â concevoir comment elle ment ce corps ni commeht elle lui est jointe ; et%nous ne pensons point que cela êé fasse par un attachement ou attouchement réel d'une superficie contre une autre ; car nous etpé^ rimentons en nous-mêmes que nous avons une notion particulière pour concevoir cela ; et Je croift que nous usons mal de cette notion, en l'appliquant à la pesanteur, qui n'est rien de réellement distingué du corps, comme j'espère montrer en la physique , mais qu'elle nous a été donnée pou^ concevoir la façon dont l'âme meut le corps. Je témoignerols ne pesasses connottre rincompara-* ble esprit de votre altesse si j'employois davan*tage de paroles à m*expllqner, et je serols trop présomptueux si j'osols penser que ma réponse kl doive entièrement satisfaire ; mais je tâcherai d'éviter l'un et l'autre, en n'ajoutant rien ici de plud, sinon que si je suis capable d'écrire ou de dire quelque chose qui lui (misse agréer, je tiendrai toujonrsàtris grande faveur de prendre li pliimé, eu d'aller à U Haye pour de sujet , et qti'll U'jr à rien au molnde qui me soit si cher que de pou-^ volf obéir à ses commandements. Maiê je ne pm id trouver place I l'observatkm du Hèrment d'Harpocrate qu'elle m'edjolnt, puisqu'elle ne m'a rien communiqué qui ne mérite d'être vu et ad^ miré de tous les honmies* Seulement puis-je dire sur ee sujet qu'eetiinitnt Itifinteent l« vêt^ que
CORRESPONDANCE
J'ai reçue , j'en userai comme les avares foot de leurs trésors, lesquels ils cacheot d*autant plus qulls les estiment, et, en enviant la vue an reste du monde, Ils mettent leur souverain contentement ft le regarder. Ainsi je serai bien aise de jouir seul du bien de la voir; et ma plus grande ambition est de me pouvoir dire et d'être véritablement, etc.
PRINCESSE PALATINE, OtC.
(Lettre XXX da tome L )
18 Juin i643w
Madame,
J'ai très grande obligation à votre altesse de ce que, après avoir éprouvé que je me suis mal expliqué en mes précédentes touchant la question qu'il lui a plu me proposer, elle daigne encore avoir la patience de m'entendre sur le même sujet et me donner occasion de remarquer les choses que j'avois omises, dont les principales me semblent être qu'après avoir distingué trois genres d'idées ou de notions primitives qui se connoissent chacune d'une façon particulière et non par la comparaison de l'une à l'autre, à savoir la notion que nous avons de l'âme, celle du corps et celle de l'union qui est entre l'âme et le corps, je devois expliquer la différence qui est entre ces trois sortes de notions et entre les opérations de l'âme par lesquelles nous les avons, et dire les moyens de nous rendre chacune d'elles familière et facile. Puis ensuite, ayant dit pourquoi je m'étois servi de la comparaison de la pesanteur, faire voir que bien qu'on veuille concevoir l'âme comme matérielle (ce qui est proprement concevoir son union avec le corps), on ne laisse pas de connoître par après qu'elle en est séparable, ce qui est, comme je crois, tonte la matière que votre altesse m'a Ici prescrite.
Premièrement donc, je remarque une grande différence entre ces trois sortes de notions, en ce que l'âme ne se conçoit que par l'entendement pur j le corps, c'est-à-dire l'extension, les figures et les mouvements, se peuvent aussi connoître par l'entendement seul, mais beaucoup mieux par l'entendement aidé de l'imagination; et enfin les choses qui appartiennent à l'union de l'âme et du corps ne se connoissent qu'obscurément par l'entendement seul, ni même par l'entendement aidé de l'imagination, mais elles se connoissent très clairement par les sens. D'où vient que ceux qui oe phitosophent jamais, et qui ne se servent que
de leurs sens, ne doutent point que rime ne meuve le corps et que le corps n'agisse sur l'âme, mais ils considèrent l'un et l'autre comme une seule chose, c'est-à-dire ils conçoivent leur ooiOD; car concevoir l'union qui est entre deux àxm c'est les concevoir comme une seule. Et les pensées métaphysiques, qui exercent l'^tendemeot pur, servent à nous rendre la notion de riioe familière, etPétudedes mathématiques, qui exene principalement l'imagination en la considération des figures et des mouvements, nous accoQUime à former des notions du corps bien distinctes. Et enfin, c'est en usant seulement de la vie et da conversations ordinaires, et en s'abstenaDt dt méditer et d'étudier aux choses qui exeroHit l'imagination, qu'on apprend à concevoir l'unloo de l'âme et du corps, fai quasi peur que fotn altesse ne pense que je ne parle pas ici sérieusement; mais cela seroit contraire au respect que je lui dois et que je ne manquerai jamais de lui rendre. Et je puis dire avec vérité que la principale règle que j'ai toujours observée en mesétudes, et celle que je crois m'avoir le plus servi pour acquérir quelque connoissance, a été que je n'ai jamais employé que fort peu d'heures par jour aux pensées qui occupent l'imaglnatiOD et fort peu d'heures par an à celles qui occupeot l'entendement seul, et que j'ai donné tout le restede mon temps au relâche des sens et au repos de l'esprit, même je compte entre les exercices de l'imagination toutes les conversations sérieuses et tout ce à quoi il faut avoir de l'attention. (Test ce qui m'a fait retirer aux champs ; encore que dans la ville la plus occupée du monde je poarrois avoir autant d'heures à mol que j'en emploie maintenant à l'étude, je ne ponrrois pas (out^ fois les y employer si utilement lorsque mon esprit seroit lassé par l'attention que requiert le tracas de la vie. Ce que je prends la liberté d'écrire ici à votre altesse pour lui témoigner que j'admire véritablement que, parmi les affaires et les soins qui ne manquent jamais aux personnes qui sont ensemble de grand esprit et de grande naissance, elle ait pu vaquer aux méditations qui sont requises pour bien connoître la distinction qui est entre l'âme et le corps. Mais j'ai jugé que c'étolent ces méditations, plutôt que les pensées qui requièrent moins d'attention, qui lui ont fail trouver de l'obscurité en la notion que nom avons de leur union, ne me semblant pas que l'esprit humain soit capable de concevoir bien distinctement et en même temps la distinction d'entre l'âme et le corps et leur union, à cause qu'il faut pour cela les concevoir comme une seule chose et ensemble les concevoir comoia deux, ce qui se contrarie ; et pour ce sm'et {Jbo^
posant qne Totre altesse aTOît encore les raisons qoi prouvent la distinction de l'âme et du corps fcrt présentes à son esprit, et ne Toulant point la supplier de s'en défaire pour se représenter la notion de l'union que chacun éprouve toujours en soi-même sans philosopher, à savoir qu'il est une seule personne qui a ensemble un corps et DDe pensée, lesquels sont de telle nature que cette pensée peut mouvoir le corps et sentir les accidents qui leur arrivent), je me suis servi cidetant de la comparaison de la pesanteur et des autres qualités que nous Imaginons commnnémoDt être unies i quelques corps, ainsi que la peusée est unie au nAtre ; et je ne me suis pas soudé que cette comparaison clochât en cela que ces qualités ne sont pas réelles ainsi qu'on les imagine, à cause que j'ai cru que votre altesse étoit déjà entièrement persuadée que l'âme est UDe substance distincte du corps. Mais puisque TOtre altesse remarque qu'il est plus facile d'attribuer de la matière et de l'extension à l'âme que de lui attribuer la capacité de mouvoir un corps et d'en être mue sans avoir de matière, je la supplie de vouloir librement attribuer cette matière et cette extension à l'âme, car cela n'est autre chose que la concevoir unie au corps ; et, après aToir conçu cela et l'avoir bien éprouvé en sotmime, il hil sera aisé déconsidérer que la matière qu'elle aura attribuée à cette pensée n'est pas la pensée même, et que l'extension de cette matière «t d'autre nature que l'extension de cette pensée, en ce que la première est déterminée à certain lieu duquel elle exclut toute autre extension de corps, ce que ne fait pas la deuxième; et ainsi yotre altesse ne laissera pas de revenir aisément à la ooDDoissance de la distinction de l'âme et du corps, nonobstant qu'elle ait conçu leur union. Kofiu, comme je crois qu'il est très nécessaire dVoir bien compris une fois en sa vie les principes de la métaphysique, i cause que ce sont <^Qxqui nous donnent la connoissance de Dieu et de notre âme, je crois aussi qu'il seroit très nuisible d'occuper souvent son entendement à les méditer, à cause qu'il ne pourroit si bien vaquer aux fonctiODs de l'imagination et des sens, mais que le meilleur est de se contenter de retenir en ^ mémoire et en sa créance les conclusions qu'on ^ a une fois tirées, puis employer le reste du temps qu'on a pour l'étude aux pensées où l'entendement agit avec l'Imagination et les sens. L*extrême dévotion que j'ai au service de votre •Itease me fait espérer que ma franchise ne lui ^^ pas désagréable, et elle m'auroit engagé Ici ^ un plus long discours où j'eusse tâché d'é- ^^*ircir à cotte fois toutes les difficultés de ta question proposée, mais une lâcheuse nouvelle
que je viens d'apprendre d'tJtrecht, où le magistrat me cite pour vérifier ce que j'ai écrit d'un de leurs ministres, combien que ce soft un homme qui m'a calomnié très indignement et que ce que j'ai écrit de lui pour ma juste défense ne soit que trop notoire à tout le monde, me contraint de finir Id pour aller consulter les moyens de me tirer le plus têt que je pourrai de ces diicaneries, etc.
«•76.— A M. DE BUITENDIICH.
(Lettre X du tome IL Yersieih)
Monsieur,
Je trouve dans les lettres que vous avez pris la peine de m'écrlre trois questions qui montrent si manifestement le soin que vous prenez pour vous instruire et la franchise avec laquelle vous agissez, qu'il n'y a rien qui me soit plus agréable que d'y répondre. La première est de savoir s'il est jamais permis de douter de Dieu, c'est^-dire si naturellement on peut douter de l'existence de Dieu; sur quoi j'estime qu'il faut distinguer ce qui dans un doute appartient à l'entendement d'avec ce qui appartient à la volonté ; car pour ce qui est de l'entendement, on ne doit pas demander si quelque chose lui est permise ou non, pource que ce n'est pas une faculté élective, mais seulement s'il le peut ; et il est certain qu'il y en a plusieurs de qui Tentendement peut douter de Dieu, et de ce nombre sont tous ceux qui ne peuvent démontrer évidemment son existence, quoique néanmoins ils aient une vraie fol ; car la fol appartient à la volonté, laquelle étant mise à part, le fidèle peut examiner par raison naturelle s'il y a un Dieu, et ainsi douter de Bleu. Pour ce qui est de la volonté, il faut aussi distinguer entre le doute qui regarde la fin et celui qui regarde les moyens; car si quelqu'un se propose pour but de douter de Dieu, afin de persister dans ce doute, il pèche grièvement de vouloir demeurer incertain sur une chose de telle importance : mais si quelqu'un se propose ce doute comme un moyen pour parvenir à une connoissance plus claire de la vérité, il fait une chose tout-à<fait pieuse et bon* néte, pource que personne ne peut vouloir la fin qu'il ne veuille aussi les moyens. Et dans la sainte iScriture même, les hommes sont souvent invités de tâcher à s'acquérir la connoissance de Dieu par raison naturelle; et celui-là aussi ne fait pas mal, qui pour la même fin été pour un temps de son esprit toute la connoissance qu'il peut avoir de la Divinité : car nous ne
COQASSPONDAMGE.
pas toi^oore Aligés de sDDger que Dieu eiMte, autremeat il ne noua serait jamais permis àe dormir ou de iaire quelque autre cliose» poarœ que toutes tes fois que nous faisons quelque autre those nous mettons à part, pour ce temps^'la, toute la eoonoIssaDce que nous DouTons afoir dé la DiYinlté.
L'autre question est de savoir s'il est permis de supposer quelque chose de faux en ce qui regarde Dieu; où il faut distinguer entre le vrai Dieu clairement eomia et les iaui dieux ; ear le vrai Dieu étant clairement connu, non-seulement il n'est pas fteriDis« mttis ffltmb H est iifipossible que l'esprit humain puisse lui attribuer quelque chose de fautf ainsi que j'ai expliqué dans les Méditations, pages 152, 159, 269, et en d'autres lieux. Mais d'attribuer aux faux dieut, ô^est-à-dire ou aux malins esprits, ou aux idoles, ou aux autres Sortes de divinités faussement imaginées par Terretir do notre entendement (car toutes ces choses dans la saibte Écriture sont souvent appelées du iioln de dieux)» et même aussi au vrai Dieu, lorsqu'il li*est que confusément connu ; de lui atlribttef, dl^Je, par hypothèse, quelque chose de hiiïy ée peut être bien ou mal fait, selon que la Kû ()0ur laquelle on fait telle supposition est lonne ou mauvaise : car tout ce qui est ainsi feint M ûttfiiiué par hypothèse n'est pas pour cela as- Èhïè pht ià volonté comme vrai, mais seulement pfopoâé i l'entendement pour être examiné ; et partant il fiô contient en soi aucune raison formelle de ûialice ou de bonté ; mais s'il ^ en a, il t'eifipruûtè de la fin pour laquelle cette supposllloil est faite. Ainsi donc celui qui feint un dieu ifoûipëur, i&énie le vrai l)ieu, mais que ni lui ni les autres pour lesquels il fait cette supposition Hé connoissent pas ebcoro assez distinctement, et ^ul hë se Sert pas de cette fiction à mauvais deslein potir tâcher de persuader aux autres quelque chose de Aux touchant la Divinité, mais seulènietft pouf éclairer davantage l'entendement, et atissi afin dé connoltre lui-même ou de donner â coftinoltre aux autres plus clairement la nature de Ùleu; celùt-là, dis-je, ne fait point de mal ÈÛn qu'il en tienne du bien, pource qu'il n'y a point du tout de malice en cela, mais il fait ab- ÈtAumètti ùri bien, et personne ne le peut répfèildrcf, si ce n'est par calomnie.
La itùUtitùe question est touchant le mouvcinettt que vous croyez que j'attribue pour âtoe aux feêt^. Mats je ne me souviens point d'avoir jamais écfft que le mouvement fût l'âme des brutes, et ]e ne ttie suis pas encore expliqué ouvertement là-d(^ds. Mais d'autant plus que par le mot a'âffté fious avons coutume d'entendre une sub- SKaitoe, et ([ue ma pensée est que le mouvement
Mo&sleuri
est seuleiiieDt m mode da eorpe (au reste je a'id* mets pas diverses sortes de mouvements, mib i seulement le mouvement local qui est conuBSBl tous les corps, tant animés qu'inanimés), je db voudrois pas dire que le mouvement fût Time des brutesi mais ptutét avec la sainte ficritare) h Deutéronome) chap. 12, verset 2S, çuêkswi €êî leur émei Car le sang est un corps fluide qui se meut très vite» duquel la partie la plus subtile s'appelle espriti et qui, eoulaot centiBaelleBMïDt des artères par le cerveau dans les nerfii et difli ' les musolesf sieut toute la machine du eorps. Adieu. Je vous prie de me eompter au nedibrede vos serviteursi ete*
N« 7«. — AM**\ (Lettre L^XtX ilu tome llL)
Encore que les propositions du R. P. jésaiti que vous avies pris la peine de m'envoyer soient très vraies, je n'espère pas pour cela qu'il es puisse déduire la quadrature du cercle, eomna il me semble q«e vous m'avies mandé qu'il prétend : de façon que s'il en publie quelque livre, il est oroyable que le sieor W* y pourra trotfrer à reprendre ; mais il seroit assea plaisant sH s'imusoit à y reprendre ce qui Q'est pas fsai, et qu'il omît ce qui l'est. Je ne vous ai rien msudé touchant ce qu'il a écrit de ma réponse i ms questions, que tout simplement oe que j'en pen* sois et comme l'écrivant à vous seul ; car je ne savois point qu'on vous eût donné son écrit pour me le faire voir ; mais je ne crois pas pour cela vous avoir rien écrit que je me soucie qu'il sache, et je laisse entièrement à votre discrétion de lai faire voir ma lettre, ou un extrait d'ioelleiOU rien du tout. Je ne puis en aucune façon satisfaire à ce que vous désirez de la part de M. Friquet ; car je ne suis point assez habile pour porter jugement d'un livre, sans en rien voir que le titre des chapitres. Tout oe que j'en puis dire est que Yiète a été sans doute un très excellent mstbé' maticien, mais que les écrits qu'on a de lui w sont que des pièces détachées qui ne composest point un corps parfait, et dans lesquelles il bj s'est pas étudié i se rsDére intelligible â test !• monde; c'est pourquoi si toute sa doclrise ^ mise par ordre par quelque savant homme qol prenne la peine de l'expliquer fort clairemeuti l'ouvrage en sera fort beau et fort utile. Néaa moins si on n'y met rien de plus que ce qui ^ contenu dan9 les écrits de Yiète qui ont déjà tu
ANNSfi 1644»
le JonTt U Metenblt qu'oo ne portera pas si avant ralgèbro que d'autres ont fait. Pour des queitisQi, wllo des quatre globes que vous me maudez avoir eovoy&d est fort bonne» afin d'éprouver li on sait bien le caleul ; mais pour remarquer au88i l'industrie de bien d^mAler les équationsi je s'en sache point de plus propre que celle des trois bfttons, dont la solution n'a peut-être point esoore passé jusqu'en Bourgogne. Très haculi mcU iUfU ad perpendiculumj in horxêonlali fkno, ixpunctis À^ B, C. Et haculus A ut \fei\m, È ISptdUm^ C 8 pedumi Et lima ÀB eit ii pedum; et unâ atqu$ eâdem diê ern^ tremitas umbrœ salarié quam facit baculuê À transit per puncta B et (7, extremitas umbrœ haculi iper À et C; et ex comequenti etiam hactdi C, per À et B. Quceritur in qudnam foli aliitudinêf et qud die anni id contingatf ii tupponimus illas umbrcu describere accuraté conicas sectiones^ ut quasiio sit geomêitica, non tMchanica, Et pour faire preuve des divers usages de l'algèbre on pourroit proposer touchant les nombres, Invenire numerum eufus fartes aliquotœ faciant triplum. En voici deux t 32,760, dont les parties aliquotes font 98,280 ; et 30,240, dont les parties font 90,720. On ea demande un troisième, avec la façon de les trouver |Mir règle ; ou bien, si on ne veut pas donner b rij^ie, je demande sept et tauit tels nombres, pource que j'en ai autrefois envoyé six ou sept à hm qui peuvent avoir été divulgués. Et tondant les lignes courbes on pourroit proposer cell&-d :
Daté qtMibet lined rectd iV, et duetis aliis iuabus lineis indefiniliSy ut GD et F£, quœss in puncto A Ud intersecent ut angulus EAD lil 45 graduum, quairitur moduê describendi Imeam curvam ABO^ quœ sit talis naturm^ uê s quocumque ejus puncto ducantur tangens H wiinata ad éUametrum GD {quemadmodum Uo â puncto B duetm sunt tang&ns BL et orimata BC)^ stmper sit ecdem ratio isHiu or^ iinatm BC, ad CL, ngmentum diametri inter iptam et tangentem iniereeptit qum est lineœ iatœ Nf ad BI, scgmentum ordinaêœ à eurvà ai rectum FE porrectœ*
Cette question me fut proposée il y a cinq o« lii ans par M« de Beaunoi qui la proposa aussi lux plus cil&bres natbématicieB» de Paris et de Touloase ; mais je ne sadie point qu'aucun d'eux lui en ait donné la soltftioni Ai iusai quil leur ait Ut v<^ oelle que je lui ai envoyée. J'ai vu depan deux jours ultimam patientiam Ifar.^, ^ me senUe être fort boime pour achever de
peindre foe, ^ et pe«l4tre qu'eHe in*eieMplMi d'écrire beaucoup de ehoses à quoi j'eusse été obligé. Au reste* je vous assure que je n'ai au* cune envie d'aller ou vous êtes, si je ne vouli f pouvois rendre serviee^ non pas que je pense que mes ennemis m'y pussent nuire en auoune tsnqon^ mais pource que n'y ayant point aflaire^ il sem*bieroit que j'irois à dessein de les braver* ce qui n'est pas convenable k mon humeur ) j'aime mieux qu'ils sachent que je les méprise ; et pour etf sujet je n'ai pas aussi envie d'avoir aucunes copies au» thentiques des pièces produites par Schooliius; Il y en a asseï dans ce dernier livre< Je sulsi etc.
«• 77.— A IJNH.P.JÉSCItÉ».
(Lstite xra du tMnein.)
ajaavisrlSM.
Mon révérend Père,
Je sais plus heureux que je ne savois, en ce que J*at Thonneur d'être allié d'une personne de votre mérite et de votre société, et qui est particulière* ment versé dans les mathématiques. Car c'est tine sciobce que j'ai toujours tant estimée, et 4 laquelle je me suis tellement appliqué, que j'honore et chéris extrêmement tous ceux qui les savent, et pense aussi atbif quelque dtoll'.d'espé* rer leur bienveillance, au moins de ceux qui sont mathématiciéné d'effet autant que de nom ; car il n'appartient qu'à ceux qui le veulent paroître et ne le sont pas de haïr ceux qui lâchent i l'être véritablement. C'est ce qui m'a fait étonner du R. P. Bourdin, duquel je ne doute point que vous n'ayez remarqué la passion ; et j'oserois vous sup* plier de ilie vouloir mettre en ses bonnes grâces si je petisols que ce fàt une chose possible : mail comme il a fait paroître quelque anlmosité contre ffio! sans aucune raison, et avant même que je susï^e qtx*ll flUt ad ihonde, ainsi je ne puis quas( espérer que la raison le change. C^est pourquoi je veux seulement vous protester qu'eu ce qui s'est passé entre lui et mol je ne le considère en aucune façon comme étant de votre compagnief, & laquelle j'ai Une Infinité d'obligations qui ne peuvent entrer en comparaison avec le peu eu quoi il m*a désobligé. Et pource que je suis encore plus particulièrement obligé â vous qu'aux, autres, à cause de ralliance de mon frère» je se-
H, « VoeUas. »
{fi « Cette retire est adressée à on ^. Jésukc dont 8 éCoit atné par sa bellc-sœttr, femme du sîcur de la TrebaKcre. Ce|ésotte éioH assez habOe OiaUiéi&aacieo. » (Noie do reienpbire deriiisli(ù(.^ I
œRRESPONDANCE.
Tob ravi si Je poorots avoir occasion de tous témoigner combien je tous honore et désire obéir en toutes choses. Et je ne manquerois pas Ici de TOUS écrire ce que j'ai pensé touchant le flui et reflux de la mer, s^li m'étoit possible de l'expliquer sans user de plusieurs suppositions qui sembleroient peut-être plus difficiles à croire que le reflux même pour ceux qui n'ent point encore vu mes Principes, lesquels j'espère de publier dans peu de temps, et de vous satisfaire alors touchant cette partie, et peut-être aussi touchant plusieurs autres.
Tout ce que je puis dire du llTre de Cive est que je juge que son auteur est le même que celui qui a fait les troisièmes objections contre mes Méditations, et que je trouTe beaucoup plus habile en morale qu*en métaphysique ni en physique^ nonobstant que je ne puisse aucunement approuTer ses principes ni ses maximes qui sont très mauvaises et très dangereuses, en ce qu'il suppose tous les hommes méchants ou qu'il leur donne sujet de l^être. Tout son but est d'écrire en faveur de la monarchie, ce qu'on pourrolt faire plus avantageusement et plus solideiAent qu'il n'a liift en prenant des maximes plus vertueuses et plus sdlldes. Et 11 écrit aussi fort au désavantage de l*Eglise et de la religion romaine.
<Letti6CXydntomeI.)
Mal 1644.
Mon révérend Père,
le sais qu'il est très malaisé d'entrer dans les pensées d'autrui, et Texpérience m*a fait connoître combien les miennes semblent difficiles à plusieurs, ce qui fait que je tous ai grande obligation de la peine que tous aTez prise à les examiner; et je ne puis avoir que très grande opinion de TOUS, en Toyant que tous les possédez de telle sorte qu'elles sont maintenant plus vétres que miennes. Et les difficultés qu'il vous a plu me proposer sont plutôt dans la matière et dans le défltut de mon expression, que dans aucun défaut de votre intelligence ; car vous avez joint la solution des principales, mais je ne laisserai pas de dire Id mes sentiments de toutes.
J'avoue bien que dans les causes physiques et
(1) « Les derniers moU de cette lettre, où H. Descartes prie ceM Sqni Uécrit do ne pas se donner la peine dehd envoyer œ qu*ll a écrit sur ses Médlutlons, font oonnoitre que cette lettre est adressée an P lieslaiid.»(lfotoderexeiDplaire de llnstilug
morales, qui sont particulières et ttmitéei, œ éprouve souvent que celles qui piodoisent quelque effet ne sont pas capables d'en prodiiire phh sieurs autres qui nous paroissent moindres; ainsi un homme qui peut produire un autre ItomiDe ne peut pas produire une fourmi, et un roi ipiin fait obéir par tout un peuple ne se peut qnelqoe* fois bire obéir par un cheval. Mais quand il est question d'une cause universelle et indétennio^, il me semble que c'est une notion commuDetris évidente que quodpçtesi plus poiest eliammniu, aussi bien que Mum est majussuâfort Et même cette notion entendue s'étend aussi ï toutes les causes particulières tant morales qoe physiques ; car ce seroit plus à un homme de posvoir produire des hommes et des fourmbqoede ne pouvoir produire que des hommes ; et œ senit une plus grande puissance i un roi de command^ même aux chevaux que de ne commander qo^i son peuple ; comme on feint que la musique dOrphée pouvoit émouvoir même les bêtes, pour loi attribuer d'autant plus de force.
Il importe peu que ma seconde démonstratioo, j fondée sur notre propre existence, soit consldéRe , comme différente de la première, oo seuleofiot i comme une explication de cette première. Ifaii ainsi que c'est un effet de Dieu de m'avoir ctit, aussi en esVce un d'avoir mis en moi son idée; et il n'y a aucun effet venant de lui par lequel oo ne puisse démontrer son existence. Toutefois il ne semble que toutes ces démonstrations prises des effets reviennent i une, et même qu'elles ne sont pas accomplies si ces effets ne nous sont évideoti (c'est pourquoi j'ai plutêt considéré ma propre existence que celle du ciel et de la terre, delàquelle je ne suis pas si certain), et si nous d'j joignons l'idée que nous avons de Dieu ; car mon âme étant finie, je ne puis connoître que l'ordre des causes n'est pas infini, sinon en tant que j'ai en moi cette idée de la première cause; et encore qu'on admette une première cause qui me conserve, je ne puis dire qu'elle soit Dieu si je D*ai véritablement l'idée de Dieu; ce que j'ai inslooi en ma réponse aux premières objections, mais es peu de mots, afin de ne point mépriser les rai* sons des autres, qui admettent communément que non datur progressus in infinitum. Et mol je ne l'admets pas ; au contraire, je crois que daiMir reverà talis progressus in divisions pariim materiœ, comme on verra dans mon traité de philosophie qui s'achève d'imprimer.
Je ne sache point avoir déterminé que Dieu fait toujours ce qu'il connoit être le plus parfait, et il ne me semble pas qu'un esprit fini puisse juger de cela; mais j'ai tâché d'édaircir la difficulté proposée touchant la cause des erreurs, en supposant
|oe Dieu tài créé le monde très parftlt; pouroe lue supposant le contraire cette difficulté cesse mtièrement.
Je TOUS sais bien obligé de ce qae tous m'apprenez les endroits de saint Augustin qui peuTont serTir pour autoriser mes opinions; quelques autres de mes amis avoient déjà fait le semblable; et j*ai très grande satisfaction de ce que mes pen« ■ées B*acoordeot avec celles d'un si saint et si ex* cellent personnage. Car je ne suis nullement de l'humeur de ceux qui désirent que leurs opinions paroissent nouvelles ; au contraire, j'accommode les miennes à celles des autres, autant que la vérité me le permet.
Je ne mets autre différence entre l'âme et ses idées que comme entre un morceau de cire et les diverses figures qu'il peut recevoir ; et comme ce n'est pas proprement une action, mais une passion en la cire de recevoir diverses figures, il me semble que c'est aussi une passion en l'ftme de recevoir telle ou telle idée, et qu'il n'y a que ses Tolontés qui soient des actions; et que ses idées sont mises en elle, partie par les objets qui touchent les sens, partie par les impressions qui sont dans le cerveau, et partie aussi par les dispositions qui ont précédé en i'ime même et par les mouvements de sa volonté; ainsi que la cire reçoit ses figures, partie des autres corps qui la pressent, partie des figures ou autres qualités qui sont déjà en elle, comme de ce qu'elle est plus ou moins pesante ou molle, etc., et partie aussi de son mouvement, lorsqu'ayant été agitée elle a en soi la force de continuer à se m.ouvoir.
Pour la difficulté d'apprendre les sciences, qui est en nous, et celle de nous représenter clairement les idées qui nous sont naturellement connues, elle vient des faux préjugés de notre enfance et des autres causes de nos erreurs, que j'ai tâché d'expliquer assez au long en l'écrit que j'ai sous la presse. Pour la mémoire, je crois que celle des dioses matérielles dépend des vestiges qui demeurent dans le cerveau , après que quelque image y a été imprimée ; et que celle des choses inteUeetuelles dépend de quelques autres vestiges qui demeurent en la pensée même, mais ceux-ci sont tout d'un autre genre que ceux-là, et je ne les saurols expliquer par aucun exemple tiré des choses corporelles qui n'en soit fort différent ; au Ueu que les vestiges du cerveau le rendent propre à mouvoir l'âme en la même iaçon qu'il l'avoit mue auparavant, et ainsi à la &ire souvenir de quelque chose, tout de même que les plis qui sont dans un morceau de papier ou dans un linge font qu'il est plus propre à être plié derechef comme il a été auparavant, que s'U n'avoit jamais été ataisl plié.
L'erreur morale qui arrive quand on erolt avec raison une chose fausse, pouroe qu'un homme de bien nous l'a dite, etc., ne contient aucune priTation lorsque nous ne l'assurons que pour régler les actions de notre Tie, en choses que nous ne pouvons moralement savoir mieux; et ainsi ce n'est point proprement une erreur; mais c'en seroit une si nous l'assurions comme une vérité de physique, pource que le témoignage d'un homme de bien ne suffit pas pour cela.
Pour le libre arbitre, je n'ai point vu ce que le R. P. Petau en a écrit ; mais de la façon que tous expliquez votre opinion sur ce sujet, il ne me semble pas que la mienne en soit fort éloignée. Car premièrement je vous supplie de remarquer que je n'ai point dit que l'homme ne fAt indifférent que là pu il manque de connoissance, mais bien qu'il est d'autant plus Indifférent qu'il connolt moins de raisons qui le poussent à choisir un parti plutAt que l'autre ; ce qui ne peut, ce me semble^ être nié de personne. Et je suis d*acoord avec vous en ce que vous dites qu'on peut suspendre son jugement ; mais j'ai tâché d'expliquer le moyen par lequel on le peut suspendre; car il est, ce me semble, certain que ex fnagnd luce m intelleelM sequitur magna propenrio in voluniaU; en sorte que, Toyant très clairement qu'une chose nous est propre, il est très malaisé, et même, comme je crois, impossible, pendant qu'on demeure en cette pensée, d'arrêter le cours de notre désir. Itfais pource que la nature de Tâme est de n'être quasi qu'un moment attentlTe à une même chose, sitêt que notre attention se détourne des raisons qui nous font connoitre que cette chose nous est propre, et que nous retenons seulement en notre mémoire qu'elle nous a paru désirable, nous pouvons représenter à notre esprit quelque autre raison qui nous en fasse douter et ainsi suspendre notre jugement, et même aussi peutêtre en former un contraire. Ainsi, puisque vous ne mettez pas la liberté dans l'indifférence précisément, mais dans une puissance réelle et positive de se déterminer, il n'y a de différence entre nos opinions que pour le nom ; car j'avoue que cette puissance est en la volonté ; mais pource que je ne vols point qu'elle soit autre quand elle est accompagnée de l'indifférence, laquelle vous avoues être une imperfection, que quand elle n'en est point accompagnée et qu'il n'y a rien dans l'entendement que de la lumière, comme dans celui I des bienheureux qui sont confirmés en grâce, je ! nomme généralement libre tout ce qui est volontaire, et vous vouiez restreindre ce nom à la puissance de se déterminer, qui est accompagnée de rindiflSrence. Hais je ne désire rien tant, touchant les nomsi que de suivre l'usage et l'exemple*
œRAEiPOKDAÎVCE.
Pour Im âBlnam mbb raison , tl est évLdeot quMIt De soDt pas libres, à oause qu'ils B*ODt pas cette buissanoe positive de se déterminer ; mais c'est eo eux une pure négatiou de urètre pas ft>poés ni contraints. Rien ne m'a emptehé de parle» de la liberté que nous aYons à suivre le bien ou le mal, sinon que J^ai voulu éviter autant que J*ai pu les fontroverees de la théologie et me tenir dans les bornes de la philosophie naturelle. Mais je vous avoue qu'en tout œ où 11 y a occasion de péêher. Il y a de rindllTérence ; et Je ne crois point que pour mal feire il soit besoin de voir clairement que oe que nous faisons est mauvais; il suffit de le voir confusément, ou seulement de se souvenir qu'on a jugé autrefois que cela Tétolt, sans le voir en aucune façon , o'est-à-dlre sans avoir attention aui raisons qui le prouvent \ car si nous le voyons clairement , 11 nous seroit im« possible de pécher pendant le temps que nous le Terrions en cette sorte ; c'est pourquoi en dit que Onmiê peeeuns e$$ ignorant, Kt on ne laisse paa de mériter, bien que, voyant très clairement oe qu'il faut fiiire, on le fiisse inliiihblement et sans aucune indifférenoe, comme a ftiit Jàsus^ Qmn en cette vie; c^r Thomme pouvant nV voir pas toujours une parfaite attention aux ckoasi qu^H doit faire, c^est une bonne action que de Favelr, et de faire par son moyen que notre vo* lonié suive si fort la lumière de notre entende ment qu'elle ne soit point du tout Indifiérente. Ao reste, je n'ai point écrit que )a grice emp^ cMl entièrement rindiflérenee; mais seulement qu'elle noue lait pencher davantage vere un cAlé que vers Tautre, et alnel qu'elle la diminue, bien qu'elle ne diminue pas la liberté ; d'où il sait, ce me semble, que cette liberté n^ conabte point en rindifiérenoe.
Four la difficulté de concevoir comment il a été libre et indifférent è Bleu de Mre qu'il nefftt pas vrai que les trois angle» d'un triangle fussent égaux à deux droite, ou. généralement quelea contradictoires ne peuvent être ensemble^ on la pent aisément éter, en eopsidérant que la puisn sance de Dieu ne peut avoir aucunes bornes, puia aussi en considérant que notre esprit est ini, et créé de telle nature qu'il peut concevoir comme possibles les chosee que Bleu a voulu être Yérltablement possiblee, maia non pas de telle aorte qu'il puisse aussi concevoir comme poisiMee celles que Bieu aurolt pu rendre possible», mais quii a toutefois voulu rendre impossibles. Oar la première considération nous fait connohro que Bien ne peut avoir été déterminé à faire qu'il fAt vrai <|ue les contradictoires ne peuvent être ensemble» si que par conséquent il a pu flsire le eoatraire ; puis l'autre nous aaswpè que, bien que eela soM
vrai, Bops ne defons point llstasr 4s le soBprsa. dre, pouroe que notre nature n'en est pst capa< ble. Et encore que Bieu ait voulu que quelques vérités Aissent péeessaires, ee n'est pu i dir« qu'il les ait nécessairement voulues; esr c'eit toute sutre chose devoulolrqu'elles Missent néoM* salres, et de le vouloir nécessairement, on d'tUs nécessité à le Toûlolr. J'avoue bien qui! y a to contradictions qui sont si évidentes que noai ni les pouvons représenter è notre esprit sans que nous les jugions entièrement iRqposribles, osaum celle que vous proposes i Que Bleu aurolt po liiii que les créatures ne fussent point dépendantei de lui ; mais nous ne nous les devons point rsprl* senter pour connottre l'immensité de sa puisiSDM, ni concevoir aucune préférence ou prlorlti eotri son entendement et sa volonté; car lldéeqw nous avons de Bleu nous apprend qu'il n'y i es lui qu'une seule action toute simple et toute pofei ce que ces mots de saint Anigustln exprimaot fcit bien, quia vides ^a, stmt, etc., pouroe que es Bleu viàerê et velU ne sont qu'une même ohoie.
Je distingue les lignes des superides et les points des lignes , comme un mcûde d'un autre mode ) mais je distingue le corps des soperflolii, des lignes, et des points qui le modifient, esnae une substance de ses modes; et II n'y a point de doute que quelque mode qui appartenolt ao peîi demeure au saint sacrement, vu que sa 4Fie extérieure, qui est un mode, y deîneura. Peur l'extension deJésusCBusT so es satot sacisment, je ne l'ai point expliquée, pemsa qoeje n'y ai pas été obligé, et que Je aa'abaliensle^oe qu'il m'est possible des questkuM d^thésiogie, et messe que le concile de Trente a dit qn'll y eil eâ êxiêietM mime fUMi verèis eMprinm vix pasiumui,^ lesquels mots J>ai Insérés i àm* sein à la te de ma réponse aux quatrltaMeob* jections, pour m>exempler de l'expliquer. Mab j'ose dire que si les hommes étolent wi peu plue accoutumés qu'ils ne sont 4 bm ftifon de pMese* pher, on pourroil leur ftiire entendre M Boyea d^xpllquer ce mystère qui fbrm^oit la beoche aux ennemis de notre religion, et auquel Us se pourrelent contredire.
Il y a grande difMrenee entre raMra^lîwt^ l^exthmon. SI je disols seulement que rkMeqse j'ai de mon âme ne me la représente pas dépea* dante du corps et Ide&tMée aveo lut, ee se ta* roit qu'une abstraction, de laquelle je ne peurroia fbrmer qu'un argument négatif qui c^aelsiell mal ; mais je dis que cette Idée lae la rspréseate comme une substance qui peul exister, eoœrs que tout ce qui appartient au cerpe en sell ei« dus} d'eè Je ibrose un argusseail postlî^ et isb« dus qu*e1le peut exister sans le cofpsk II «^
eicipsioa de Te^leosloq ae voit for» <ib|ir«ii|0Ql<ui b nature de Tâme, de ce qu'on «e peut conmoir de moitié d'une chose qui pense, ainsi que yoms •yez très bien remarqué. Je ne voiidrois pas vpqs donner la peine de m'envoyer ce qu'il vous a plu écrire sur le sujet de niesMédJtatiop^, ^urceque Tespére aller en France bientôt, où j'aurai, si je puis, l'honneur de. vous voir, et cependant je vous supplie de me croire, etc.
ÀNUfB 1044. ^3^
N^M. — AONR. P.JiîsoiTBf.
(U^tiemXdutonani.)
r octobre ia4|.
Mon révérend Père,
n-7?.-TA UN R. p. JÉSUITE.
( Lettre XVIIl du tome Ifl. )
15 mal 1644.
Von révérend Père,
m x>n f ittupe, o^ je ipe propose (|'aUer (jfias '**'*' ™auv^ise opinion. £t pource que je vols déjà
de |cmp«, et s'il m'e^f aqcMnepîent paisible, P^^ expérience qi^e le^ cbosea que j'ai écriiea ont
e manquerai pas de me donner ri^onqpnf ^ ^"^^^^obeurd'ôtrereçueaetapprouvéead^uaasseï
s y voir: carie serai ravi tIa r<.iA.iPn^^ a t. ffrandnomhroHAnArcnnnAa s^..*»: l y
J*ai éléextrômpment aise de voif ^ea i^^rqq^ dasoqveqir <}H'i| yous pl^ît iypir ^e pjoi, f^t de recevoir je^ ^^pellentes lettres ((u p. f, Mpsl^ipri. Je lâche de lu j répondre tout ffaqchepj^t e( w)P rien dissimuler de mes pensées, ip^js ce'p'e^f pas avec tant de soin que j'eusse déî^jré, p§r jp ^yin |pj en un lieu où j'ai beaucoup deiJlYertissemenM el peu dp l9i5ir, ayant depuis peu q^jné gia dtr meure ordiqaîrçs pp«r chercher la çQffîmodité ^ passer en France, oîj je nje propose (|*aller dans
jeoe
vous y voir; parjp ser^i ravi ^^ retoufpér"^' Ui flèche, où j'ai ilpmeqré bui» pq npqf ^us ()e m\^^ eoma jeunesse, ^( c'e^l là que j'ai reçq les preniières semences de touf ce que j'ai jguiajs appris, aequo! j ai tpute l'obligatipn à votre coippaguje. Si le témoignée de %, dp Beaune suOif pPMf faire jaloir ma Géoipétrie, ppcorp qu'il y en ait pe(i d autres qui l'emendent, je ipe prompts qup cp|uj <iu R. P. lijesland i^e sera pas moipjiiiffic^ce pour aulonser mes ftfpdiKiUûnîi , vp priDcip^lpweui •juila pris la peine (Je les ^ccomipoder ^q s|y|jj ûûton acoptpme çje se servir pour i?o^|Jigqpr |j« quoi je lui ai «ne très grande ojîljg^iion j et i^pere qu'on verra par expérience qqp mes ppi- ^m n'ont rien qui les doive faire apprébender «rejeter par ceqx qu| ei^seignen^; p^ais au popr ^re, quelles se trouverpnt fort Utilps pt coififflMes. Il y ^ deqx mois qpo ^ Prlqcjpe^ de Dm
te hbrairij m'eût tpnu parole; n,^ls il a été Z
r Çf *^ ^"^^^ q«'» o> P" foire tailler ai ^quii pensoitî j'espèrp pouftapl 4p vpqs jea Jer hieniât. si Ip vent ne ip'pfflfiorte d'ici "»ût qu'Us soient acbpvés. Je suis, etc.
Ayant enfin publié les Principes de cette phllosopbie qui a donné de l'ombrage à quelques-uns. vous êtes un de ceux à qui je désire le plus de 1 Offrir, tant à cause que je vous suis obligé de tous les fruits que je puis tif er de mes étuiles, vu les soins que vous avea pris de mon institution en m jeunessp, comme auisi à cause que je sais oom- ^m vpMs pouvea poup eippâcber que mes bonne? intpuMops pe aoippt mal interpnétées par ceui Je vptrp compagnie qpi «e me oonnoissent pas h pe oraiqa point que mes écrits soient blâmée QU méprisés par ceux qui les examineront ; car je sera» topjoura bjeq aiae de recwnnohre me« (autet ^ de Ips corriger, lorsqu'on me fera la ftveur de m les apprendre ; mais je désire éviter autant que je pourrai les faux préjugés de oepx i qui c'est Wz de savoir que j'ai écrit quelque chose toucitant 1^ philosophie (en quoi je n'a| pasentiipemeut suivi le style commun) pour en ooooevolf qpe mauvaise opinion. £t pource que je vols déjà
grand noinbre de personnes, je n'ai pas beaucoup à craindre qu'on réfute mes opiQions. Je vois même qup ceqx qu| ont |e sens commun a8.>es bon, et qui ne sppt ppipt epcpre imbus d'opinions contra^rps , spqt tellement portés à les embrasser quil y a apparencp qu'elles ne pourront manquer avec le temps d'être reçues de la plupart des hommes, et j'qse fpéipe dire des mieux sensés. Je sais qu'on a cru que mes opinions éioient nouvelles, et toutefois on verra ici que je ne me sers d'aucun principe qui n'ait été reçu par Aristote et par tous ceux qui se sont jamais mêlés de philosopher. On s'est aussi imaginé que mon dessein étoit de réfuter les opinions reçues dans les écojes et de tftcher k les rendre ridicules, mais on verr^ que je n'en parle non plus que si je ne les avois jamais apprises. Enfin on a espéré que lorsque ma philosophie parohroit au jour, on y trouveroit quantité de fautes qui la rendroient facile à réfuter ; et mol au contraire je me promets que tpu« les meilleurs esppiu la jugeront si raisonnable qqe ceux qui entreprendront de Timpugner n'en re-r cevront que de la honte, et que les plus prudents feront gloire d*être des premiers à en porter un favorable jugement qui çera suivi par après de i^
CORRESPONDANCE
po0t<rilé 8*il se trouve TéritaUe. A quoi si vous oontribaei quelque chose par TOtre autorité et votre conduite, comme je sais que vous y pouvez beaucoup, ce sera un surcroit aux grandes obligations que je vous ai déjà, et qui me rendent, etc.
M* 81. — A UN R. P. JÉSUITE», (lettre XX du tome m.)
s octobre 1644.
Mon révérend Père,
Voici enfin les Principes de cette malheureuse philosophie, que quelques-uns ont, tâché d*étonffer avant sa naissance; j*espère qu'ils changeront d'humeur en la voyant, et qu'ils la trouveront plus innocente qu'ils ne s'étoient imaginé. Ils y trouveront peut-être encore à redire, sur ce que je n'y parle point des animaux ni des plantes et que j'y traite seulement des corps inanimés ; mais ils pourront remarquer que ce que j'ai omis n'est en aucune façon nécessaire pour l'intelligence de oe que j*ai écrit Et encore que mon traité soit assez court, je puis dire pourtant que j'y ai com pris tout ce qui me semble être nécessaire pour l'intelligence des matières dont j'ai traité, en sorte que je n'aurai jamais plus besoin d'en écrire. J'ai eu ces jours passés beaucoup de satisfaction d'avoir eu l'honneur de voir le R. P. Bourdîn, et de ce qu'il m'a fait espérer la faveur de ses bonnes grâces. Je sais que c'est particulièrement à vous que je dois le bonheur de cet accommodement, aussi vous en ai-je une très particulière obligation, et je serai toute ma vie, etc.
Lettre XXI du tome III.)
9 octobre €644
Mon révérend Père,
La bienveillance que vous m'avez fait la faveur de me promettre, lorsque j'ai eu l'honneur de vous voir, est cause que je m'adresse ici à vous, pour vous supplier de vouloir recevoir une dou- «aine d'exemplaires de ma Philosophie, et, en ayant retenu un pour vous, de prendre la peine de distribuer les autres à ceux de vos Pères de qui j'ai l'honneur d'être connu ; comme particulièrement je vous supplie d'en vouloir envoyer un ou deux au R. P. Charlet, et autant au R. P. Dî-
CI) «Je croîs que ce Jésuite est le P. Dinel; car la Icctare de ceue leilre (ait toIp qae celui à qui il écrit aToU,par sod aiiunue, oootriboé plus que personne à le faire devenir ami te Jéraiies. » (Noie de reiemplalrc de nnsiUut.)
net, avec les lettres que je leur écris, et les autres seront, s'il vous plaît, pour le R. P. P.*, mon ancien maître, et pour les R. P. Yatier, Fooroier, Mesland, Grandamy, etc.