‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 273 sur 306 · AU R. P. CHARLET · texte numérisé non relu

AU R. P. CHARLET

iisUITB.

( Lettre XXn du tome m. )

4S déoenriM ML

Mon révérend Père,

J'ai une très grande obligation au R. P. Boordin de ce qu'il m'a procuré le bonheur de recevoir de vos lettres, lesquelles m'ont ravi de joie, en m'apprenant que vous prenez part eo mes intérêts, et que mes occupations ne vous sont pas désagréables. J'ai eu aussi une très grande satisfaction de voir que ledit Père étoit disposé à me donner part à ses bonnes grâces, lesquelles je lâcherai de inériter par toutes sortes de services. Car, ayant de très grandes obligations à ceux de votre compagnie, et particulièrement à vous qui m'avez tenu lieu de père pendant tout le temps de ma jeunesse, je serois extrêmement marrid'étre mal avec aucun des membres dont vous êtes le dief au regard de la France. Ma propre iDclination, et la considération de mon devoir, me porle à désirer passionnément leur amitié ; et outre cela le chemin que j'ai pris en publiant une uouTelle philosophie fait que je puis recevoir tant d'avantage de leur bienveillance, et au contraire taot de désavantage de leur froideur, que je crois qu'il suffit de connoître que je ne suis pas tout-â-fait hors de sens, pour assurer que je ferai toujours tout mon possible pour me rendre digne de leur &veur. Car, bien que cette philosophie soit tellement fondée en démonstrations que je ne puisse douter qu'avec le temps elle ne soit généralemeot reçue et approuvée, toutefois à cause qu'ils foDt la plus grande partie de ceux qui en peuvent juger, si leur froideur les empêchoit de la vouloir lire, je ne pourrois espérer de vivre assez pour Toir ce temps-là; au lieu que si leur bienveillance les convie à Texaminer, j'ose me promettre qu'ils y trouveront tant de dioses qui leur sembleront vraies, et qui peuvent aisément être sub* stituées au lieu des opinions communes et servir avec avantage à expliquer les vérités de la fol, et même sans contredire au texte d'Aristote, qu'ils ne manqueront pas do les recevoir, et ainsi que dans peu d^années cette philosophie acquerra

(1) « Peut-^re FlOean. s

toat le crédit qu'elle Depourroit acquérir sans cela qu*aprés on siècle. C*est en quoi j'avoue avoir quelque intérêt; car étant homme comme les autres, je ne suis pas de ces iosensibles qui ne se laissent point toucher par le succès ; et c*est aussi en quoi vous me pouvez beaucoup obliger. Mais j*ose croire aussi que le public y a intérêt, et particulièrement votre compagnie ; car elle ne doit pas souffrir que des vérités qui sont de quelque importance soient plutêt reçues par d'autres que par elle. Je vous supplie de me pardonner la liberté avec laquelle je vous ouvre mes sentiments; ce n'est pas que j'ignore le respect que je vous dois, mais c^est que, vous considérant comme mon père, je crois que vous n'avez pas désagréable que je traite avec vous de la même sorte que je ferois avec lui s'il étoit encore vivant. Et je suis avec passion, etc.

(Lettre XXIU du tome IH.)

Mon révérend Père,

Je ne vous saurois exprimer combien J*d de ressentiment des obligations que je vous ai, lesquelles sont extrêmes; en ce que je me persuade que votre faveur et votre conduite sont cause qu'au lieu de Taversion de toute votre compagnie, dont il sembloit que les préludes du R. P. Bourdin m'avoient menacé, j'ose maintenant me promettre sa bienveillance. J'ai reçu des lettres du R. P. Charlet qui me la font espérer, et outre que mon inclination et lesobligationsquej'ai à votis et aux vêtres de l'institution de ma jeunesse me la font désirer avec affection, il faudroit que je fusse dépourvu de seus pour ne la pas désirer pour mou intérêt : car m'étant mêlé d'écrire une philosophie, je sais que votre compagnie seule peut plus que tout le reste du monde pour la faire valoir ou mépriser; c*est pourquoi je ne crains pas que des personnes de jugement, et qui ne m'en croient pas entièrement dépourvu, doutent que je ne fasse toujours tout mon possible pour la mériter. Je n'ai pas peu de satisfaction d'apprendre que vous avez pris la peine de la lire et qu'elle ne vous est pas désagréable; je sais combien les opinions fort éloignées des vulgaires choquent d'abord, et je n'ai pas espéré que les miennes reçussent du premier coup l'approbation de ceux qui les liroient; mais bien ai-je espéré que peu à peu on s'acooutume-

(0 « ce doit être un homme de grande amorité dans la compagnie, et Je me persuade que c'est te P. Dioet, proTindai et confesseur du roi.» (Note de rexemplaire de rioBtitat.)

BiSCiBTES.

roit à les goûter, et que plus on les examinerolt»

plus on les trouveroit croyables et raisonnables. J'étois allé cet été en France pour mes affaires domestiques, mais les ayant promptement terminées, je suis revenu en ces pays de Hollande, ou toutefois aucune raison ne me retient, sinon que j'y puis vaquer plus commodément à mes divertissements d'étude, pource que la coutume de ce pays ne porte pas qu'on s'entrevisite si librement qu'on fait en France; mais, en quelque lieu du monde que je sois» je serai passionnément toute ma vie, etc.

( Iiettre XXIV du tome 10. )

18 décembre «CM.

Mon révérend Père ;

Je vous ai beaucoup d'obligation des soins qu'il vous plait de prendre pour mol, et particulièrement de ce que vous m'avez frit voir des lettres du R. P. Charlet; car il y a fort longtemps que je n'avois eu la faveur d'en recevoir ; et c'est une personne de si grand mérite que je l'honore extrêmement et tiens à beaucoup de gloire de lui être parent, outre que je lui suis obligé de l'institution de toute ma jeunesse, dont il a eu la direction huit ans durant, pendant que j'étois à La Flèche, où il étoit recteur. Je vous remercie aussi du désir que vous témoignez avoir de me revoir i Paris; je voudrois bien que mes divertissements d'étude, qui requièrent surtout le repos et la solitude, pussent compatir avec l'agréable conversation de quantité d'amis que j'ai là ; car elle me seroit extrêmement chère si j'étois assez heureux pour en jouir : et je vous puis assurer que l'une des raisons qui me feroit principalement désirer le séjour de Paris seroit pour avoir plus d'occasion de vous y rendre des preuves de mon service, et vous foire voir que je suis de cœur et d'affection , etc.

N« 86.— A MADAME ÉLISARETH. '

PRINCESSE PALATINE, OtC.

( Lettre U du tome I.)

iOjuiltetieUi

Madame ,

La faveur que me fait votre altesse de n^avoir pas désagréable que j'aie osé témoigner en public combien je l'estime et je l'honore est plus grande

CORKESPONDAKCE.

et m*(Mgt pins 4tr*aiiaiiM 411e j« ptmttoh tecë^ Toir d'aillefors { et je 110 erâins jpas qa^on m'accuse d*aToir rien clmngé en h morale pour faire entendre mon sentiment sur ce sojet. Car ce qne j'en af écrit est si Téritable et sf clair qae je m^assure qo'il n*y aora pof dt dliotnnie raisonnable qni ne l*at<me ; mais je crains qne ce qne j*at mis an reste dti livre ne soit pins doutent et f^us obscof , puisque totre altesse y tronve des diffl-« cnltés. Celle qni regarde la penmtenr de l'argent ▼if est fort considérable; el j'eusse fftcbé de réclaircir, sinon que n'ayant pas assez examiné la nature de ce métal, j'ai eu peur de faire quelque chose conln^e à ce que je pourrai ap{iresdre ciaprès ; tout ce que j'en puis maintenant dire est que je me pemvtààe que le» petites parties de l'air, de l'eau, et de tous les autres corps terrestres, ont plusieurs pores par où la matière très subtile peut passer, et cela mH assez de la façon dont j'ai dit qu'elles sont formées ; or il suffit de dire qne let poirties du Til-argevl el d'aarires laétau ost moins de tels pores povr faire evtesdre pourquoi ces mélati sont pte pcMmts. Car, pal exempte, encore que nous aTositssieÉft que loi parti» de l'eau et ceilce du Tif^argenl lassent de même grosseur et figure, el que leurs movrcments fussent semblables, al aeolemeiit nous sopposons qne chacune des parties de l'ean est eomme one pMilë corde fort moUe el fort UklK, malt que eelles du Yif-argent ayant moins de pores soni eomme d'autres petites cordes beaucoup plus du« res et plus serrées, cela suffit powr faire «Rendre que le Yif-argent doit beaucoup plus peser que l'eau. Povr les petites parties tournées ea co* quilles, ce n'est pas merTeille ^'cUes ne soient poÎDt détruites par le feu qui est au emUre de la terre ; car œ feu-là n'étant eos^wsé que de la BMlière très subtile toute seule, il peut bien les emporter fort vite, nais non pas les faire choquer coutre quelques autres corps diirs^ ee qui seroil lequispour les rompre ou divisef. Au reste, ces parties eu ooqu'llîe ne peenuent point un troj» grand tour .pour retourner d'un pèle a i'antre; car je suppose que la plupart passent par le dedaus cfe la terre; eu sorte qu'il n'y a qfue celles qui ne trouvent point de passage plus bas qui retournent par notre aîr ; et c'est fa raison que je donne pourquoi la vertu de l'aimant ne nous paroit pas si forte en toute la masse de la terre qu'en de petites pierres d'aimant ; mais je supplie très humblement votre altesse de me pardonner si je n'écris rien ici que fort confusément ; je n'ai point encore le livre dont elle a daigné marquer les pages, et je suis en un voyage continu ; mais j^espère dans deux ou trais mois avoir l'honneur de lui bire la révérenee à La Haye. Je sois, etc.

N. 87. — AD R. i*. MESLAND,

léSCITE.

(Lettre XXY d« tomelB.;

snri iiUi

Mon révérend Père,

La lettre que tons nf'atesl ISift l'homieuf k m'écrire, en date du quatrième mars, ûemkhi envoyée avec nue autre du R« P. CbaHet, «o date &tt troisième avril, que depnts huit jours, en sorte qu'If Semble qtfe te cot/trier de flome i Paris ift moins fardé par les chemins que cehfi d'Ortéans; mais cela Importe peu. Je vous ai oMrgitioD dé k fevettr que vous m'avez faite de me maDder votre sentiment touchant mes Principes; ifiai^ j'eusse souhaité que vous m'eussiez spécifie m difficultés, et je vous avOus que je n'es poIscoDcevoir aucune touchant la raréfaction ; carilfl'y a rien, ce me semble, de t^us aisé i coDcevoir que la façon dont une éponge se dilate daDsTeao et se resserre en se séchant. Pour TeiplicattoD de la façon dont Jésus-Christ est au saint sacrement, i& esi certain qu'il n'est nullement besoiQ desiivre celle que je vous al écrite pour l'aoeorder vrei mes Principes ; aussi ne l'avois-je pat profNsb à cette occasion , mais comme l'estàosiit a«f commode pour éviter les objections des héréth qoes, qui disent qu'il y a de l'impsssiirfllt^ ^ contradiction à ce que l'Eglise croit. Yoos iem de ma lettre ce qu'il vous piairs, et poorœ qo^ella ne vaut pas la peine d*étre gardée, je vous prie seulement de la rompre sans prendre la fts» de me la renvoyer. An reste, je soithsiltNii ^« vous cassiez assez de loisir pour examiiM' piu< particulièrement mes Principes ^ j'ose croire^ vous y tf ouveries au moins de la liaisen et de li suite ; en seste qu'il faol nier toutes qoi^^'''' teuH dans les deux derni^ss parlieSf et ai I0 prendre que pour une pure hypsAhèsriuin'B' pour uue ùt\»^ ou bien l'approuver teut. Et es* core qu'on ne le prit qne puur une hjptUhèsBt ainsi que je l'ai ptopos^ Il mo seaiUe wéêUBfi^ qae, jusques i ee qu'on en ait trouvé 4^^'^"^ tre meilleurs pour expliquer tous les phéoêineD* de la nature, on ne la doit pas rqeter. ii»M n'ai pas sujet de me plaindre jssqu'id ^J^ UKm ; car depuisque ce dernier traitéestpsIiiUfP

n'ai point appris que persoous ait eoHefri*

àfiW

blâmer ; et il semble qne j'ai au mofns gagai^ sur plusieurs qu'ils doutent si ce que j'ai ^cj*'^^ pourroit point être vrai. Toutefois je n*^*^^ ce qui se dit en mou aiMeues, et je sais i€r ^ ^

coin du monde ai je ne Msserols pas * ^"

A!mÉË 1646.

brt en repos et fort content^ etiooré que les Jtt^é<^ meots de tons les doetes fussent eontfe liioi. Je n*«i nulle passion au regard de ceoi qui ttie haïs-* sent ; j'en ai seulement pour ceui qui ine teUlent du bien, lesquels je désire servir en toutes sortes â*oebasions; et comme je tous ai toujours tecon^ DU être de ce oombret flussi suis-je de tout inon QQSar, etc.

ir 9».^A MADAME ELISABETH^

PRINCESSE PALATUIB9 etc.

( Lettre XXlIl du tome L)

is iliÉft leiSL Madsme ,

te r«i pu lire la Mité qdë tdtfe altésso tb'd fltàt l*botinetfr dé m'éerire sans Stoir des Ressenti- ■mis ettrêmes de tolr qu'une terta Si rare et si âocomplle ne soit pas aeeompagnée de la santé ni des prsttpérltés qu'elle mérite, et je conçois aisé^ neot la'multitude des déplaisirs qui se présentêiit eoDtiQueli0ffi«Dt à elle, et qui sotlt daatant plus difficiles à surmouter que sMivèiit ils sont de telle Mture que la traie raison n'cirdoutie pas qu*ou s'oppose dir^cteuièùt à eux et qu*Mi (âehé dé les cliaûer ; ee sent des ennemis domestiques arec leaquels, étant contraint de conrerser, on est sMIgé de as téulr sënS cesse sur Ses gardes, afin d'empècber qu'ils ne nuisedt; et je Éie troute i eda qu'un Seul remède, qui est d'en dirertfr son hnagination et ses sens le plus qu'il est possible, et de D'employer que l'entendement seul à les con* Mérer lorsqu'on y est obl^é pa^ la prudence. On peut, cè me semble , aisément remarquer foi la différeaoe qui est entre l'entendement et l'ima^ glnation ou fe sens; car elle est telle que je crois qu'une personne qui auroit d'ailleurs toute sorte de sujet d'être contente, mais qui terroit cotittnoeilement représenter devant soi des tragédies dont tous les actes fussent funestes, et qui ne s'occuperoit qu'à considérer des objets de tristesse et de pitié qu'elle sût être feints ou fabuleux, en sorte qu'ils ne fissent que tirer des larmes de ses yeux et émouvoir son imagination sans toucher son efitêndement, je crois, dis*je, que cela seul sttffiroit pour accoutumer son cœur i se resserrer et à jeter des soupirs; en suite de quoi la circulatien dti sang étsnl retardée et alentle, tes plus groasUm parties de ce sang, s'attachant les unes att avireé, pourrofent fecilèmetit lui opiler la rate, en s^embarrassant et s'arrêtent dans ses pores ; et les plus subtiles, retenant leur agitation, lui pêurtoleflfl altérée le pofumon et Cftoser Une t0U^k]Êkm(fi»mdn fért icratbdtre. Et sa

imtnité, ufaé jjsrtodtie t)ul éùrott dué Idflntté M téritables sujets de déplaisir, mais qui s'étudieroit avec tant de soin à en détourner son Imagination qu'elle ne pensât jamais à eux que lorsque la nécessité des éfAilres l'y obligeroit, et qu'elle employât tout le reste de son temps à ne cObstdérer que des objets qui lui pussent apporter dd contentement et de la joie, outre que cela lui seroit grandement utile pour juger plus saiiiemént des choses qdl lui importeroient, pource qu'elle les regarderoit sstis passion, je ne dodte point que cela seul ne fût capable de la remettre en santé, bien que sa rate et ses poumons fhssent déjà fôri mal disposés par le mautSis tempérament du sang qiie cause la tristesse; principalement si elle se servoit atfsSi des remèdeS de la médeicine pour résoudre ceitè partie du sang qui cause deà obstructions ; à quoi je juge que les eadx de Spa sont très propres; surtout si votre altesse Obseffe en les prenant ce que les médecins ont coutudje ^e recommander, qui est qu'il se fatit efatléréfùèùt délivrer l'esprit de toutes sortes de pensées tristes, et nlême aussi de toutes sortes de méditations sérieuses touchant les sciences, et ne s'occuper qu'à imiter ceux qui, en regarddtit la verdeur d'un bols, les couleurs d'une fleur, le vol d'un oiseau, et telles choses qiii ne requièrent aucune attention, se persuadent qu'ils ne pensent à rien ; ce qui n'est pas perdre le temps, mais le bien employer; car on peut cependant se satisiiire, par l'espérance que par ce moyen on recouvrera une parfaite santé, laquelle est le IbndeméAft de tous les autres biens qu'oli peut avoir en cette "fie. Je sais bien que je n'écris rien ici que votre afitessé ne sadie mieux que meH, et que ce ft'est pds tàirf la théorie que la pratique qiA est dMfietlé ètr cecf i mdis IS faveur extrême qu'elle me fait dé témofgner qu*elle n'a pas désagréable d*en iettdfe ftieê sentiments me fait prendre la liberté de les écrire tels qu'fis sont/ et Sk donffé encore Oèlfé^ ë^é^dfiiët ici que j'ai elpérimenté en moi-même qà'uïï inal presque semblable, et même plus danfgeren^, f est ' guéri par le remède que je viens de dire ;- Ca^ itëM né d'une mère qui mourut peu de jouté ttptès ma naissance d'us mal de fi^umon euMé pêf ^élqueS déplaisirs, j'avois hérité d'elle une foux séché et une couleur pâle que j'ai gardées jusqu'à Fâge de plus de vingt ans, et qui fa^soiettt que te#r le^ médecins qui m'ont vu avant ce Mmps^M tué condaranoient à mourir jeune ; mais je^ crois que Tinclination que j'ai toujours eue à regarder les éhoses qui se présentoient du biais qui me les pouvoM rendre le plus agréables, et à liiire qtfé teon prin* cipal contentement ne dépendît que de moi seul, est cause que cette indisposition, qu! m*étoit comme naturelle, s'est peu à peu entièrement

CORRESPONDANCE

passée. J'ai beaucoup d'obligation ft TOtre altesse de ce quMl lu! a plu me mander son sentiment du livre de M. le chevalier d'Igby, lequel je ne serai point capable de lire jusqu'à ce qu'on l'ait traduit en latin, ce que M. Jouson ^, qui étoit hier ici, m'a dit que quelques-uns veulent faire. Il m'a dit aussi que je pouvois adresser mes lettres pour votre altesse par les messagers ordinaires, ce que Je n'eusse osé faire sans lui, et j*avois difTéré d*écrire celle-ci pourco que j'attendois qu'un de mes amis allât à La Haye pour la lui donner. Je regrette infiniment l'absence de M. de Pollot, pource que je pouvois apprendre par lui l'état de votre disposition ; mais les lettres qu'on envoie pour moi au messager d'Alcmar ne manquent point de m'étre rendues, et comme il n'y a rien «u monde que je désire avec tant de passion que de pouvoir rendre service i votre altesse, il n'y a rien aussi qui me puisse rendre plus heureux que d'avoir l'honneur de recevoir ses commandenents. Je suis, etc.

PUNCESSE PALAT1N£, OtC.

( Lettre XXXIY du tome L)

!•' aTiil 1645.

Madame,

Je supplie très hamblement votre altesse de me pardonner si je ne puis plaindre son indisposition lorsque j'ai l'honneur de recevoir de ses lettres, car j'y remarque toujours des pensées si nettes et des raisonnements si fermes qu'il ne m'est pas possible de me persuader qu'un esprit capable de les concevoir soit logé dans un corps foible et malade. Quoi qu'il en soit, la connoissanoe que votre altease témoigne avoir du mal et des remèdes qui le peuvent surmonter m'assure qu'elle ne manfoera pas d'avoir aussi l'adresse qui est requise pour les employer. Je sais bien qu'il est presque impossible de résister aux premiers troubles que les nouveaux malheurs excitent en nous, et même que ce sont ordinairement les meilleurs esprits dont les passions sont plus violentes et agissent plus fort sur leurs corps ; mais il me semble que le lendemain, lorsque le sommeil a calmé rémotion qui arrive dans le sang en telles rencontres, •n peut commencer à se remettre l'esprit et le endre tranquille ; ce qui se fait en s'étudiant à considérer tous les avantages qu'on peut tirer de

(«) «Samson jouson, prédicateur de la rdnc de Boh6me, •ttre de la priocesie ÊlisabeU). »

la chose qu'on avoit prise le jour précédait pwr un grand malheur, et à détourner son atteslioD des maux qu'on y avoit imaginés. Car il n'y a poiot d*événements si funestes ni si absolument nua- | vais au jugement du peuple, qu'une penoniM d'esprit ne les puisse regarder de quelque lùiii qui fera qu'ils lui paroitront favorables. EtTotn ! altesse peut tirer cette consolation générale de> disgrâces de la fortune, qu'elles ont peot-étn beaucoup contribué à lui faire cultiver son esprit au point qu'elle a fait ; c'est un bien qu'elle doit estimer plus qu*un empire. Les grandes prospérités éblouissent et enivrent souvent de telle sorte qu'elles possèdent plutôt ceux qui les ont qu'elles ne sont possédées par eux; et bien que cela n'arrive pas aux esprits de la trempe du vétre, ellei leur fournissent toujours moins d'occasions de s'exercer que ne font les adversités ; et je crois (^ comme il n'y a aucun bien au monde, excepté le bon sens, qu'on puisse absolument nommer bieo, il n'y a aussi aucun mal dont on ne puisse tirer quelque avantage, ayant le bon sens. J'aitâd» ci-devant de persuader la nonchalance à votro altesse, pensant que les occupations trop sérienseï affoiblissent le corps en fatiguant l'esprit; mais je ne lui voudrois pas pour cela dissuader les soins qui sont nécessaires pour détourner sa pensée des objets qui la peuvent attrister, et je ne doute peint que les divertissements d'étude, qui seroieot fort pénibles à d'autres, ne lui puissent quelquefois servir de relâche. Je m'estimerois extrémemeot heureux si je pouvois contribuer à les lui rendre plus faciles, et j*ai bien plus de désir d'aller apprendre à La Haye quelles sont les vertus deseaax de Spa que de connoitre ici celles des plantes de mon jardin, et bien plus aussi que je n'ai soin de ce qui se passe à Groningue ou à Utrecht, àœon avantage ou désavantage; cela m'obligera de soivre dans quatre ou cinq jours cette lettre, et je serai tous les jours de ma vie, etc.

PRINCESSE PALATINE, CtC.

(Lettre m du tome L)

ioatril«6A

Madame,

L'air a toujours été si Inconstant depuis qoej« n'ai eu l'honneur de voir votre altesse, et il M eu des journées si froides pour la saison, que j'&l eu souvent de l'inquiétude et de la crainte que ief eaux de Spa ne fussent pas aussi saines et aussi utiles qu'elles auroient été en un temps plus se rein; et pource que voua m'aves fait rbooneur

ÂimËE 1645.

de me témoigner que mes lettres tous pourrolent seirir de quelque divertissement, pendant que les médecins tous recommandent de n*occuper Totre esprit à aucune chose que le travail, je serois mauvais ménager de la faveur qu'il vous a plu me faire en me permettant de vous écrire, si je manquois d*en prendre les premières occasions. Je m'imagine que la plupart des lettres que vous recevez d'ailleurs vous donnent de Témotion, et qu'avant même que de les lire vous appréhendez d*y trouver quelques nouvelles qui vous déplaisent, à cause que la malignité de la fortune vous a dfa longtemps accoutumée à en recevoir souvent de telles ; mais pour celles qui viennent d*ici , vous êtes au moins assurée que si elles ne vous donnent aucun sujet de joie, elles ne vous en donneront point aussi de tristesse, et que vous les pourrez ouvrir à toute heure, sans craindre qu'elles troublent la digestion des eaui que vous prenez. Car, n'apprenant en ce désert aucune chose de ce qui se fait au reste du monde, et n'ayant aucunes pensées plus fréquentes que celles qal, me représentant les vertus de votre altesse, me font souhaiter de la voir aussi heureuse et aussi contente qu'elle mérite, je n'ai point d'autre sujet pour vous entretenir que de parler des moyens que la philosophie nous enseigne pour obtenir cette souveraine félicité que les âmes Yulgûres attendent en vain de la fortune, et que fious ne saurions avoir que de nous-mêmes. L'un de ces moyens, qui me semble des plus utiles, est d'examiner ce que les anciens en ont écrit, et tâcher à renchérir par- dessus eux, en ajoutant quelque chose à leurs préceptes ; car ainsi on peut rendre ces préceptes parfaitement siens, et se disposer à les mettre en pratique. C'est pourquoi, Afin de sappléer au défaut de mon esprit, qui ne peut riea produire de soi-même que je juge mériter d'être lu par votre altesse, et afin que mes lettres ne soient pas entièrement vides et inutiles, je me propose de les remplir dorénavant des cour sidérations que je tirerai de la lecture de quelque llrre, à savoir de celui que Sénèque a écrit, de ^id beatdf si ce n'est que vous aimiez mieux en dkoislr un autre, ou bien que ce dessein vous soit désagréable. Mais si je vois que vous l'approuviez, ^081 que je l'espère, et principalement aussi s'il vous plait de m'obliger tant que de me faire part de vos remarques touchant le même livre, outre qu'elles serviront de beaucoup à m'instruire, elles iQe donneront occasion de rendre les miennes plus exactes, et je les cultiverai avec d'autant plus ûe soin que je jugerai que cet entretien vous sera P|u8 agréable ; car il n'y a rien au monde que je ûesire avec plus de zèle que de témoigner en tout oe qoi peut être de mon pouvoir que je suis, etc.

PRINCESSE PALATINE, OtC.

( Lettre ITdtt tome I.)

i^viulieM

Lorsque j'ai choisi le livre de Sénèque de vild beatd, pour le proposer à votre altesse comme un entretien qui lui pourroit être agréable^ j'ai ea seulement égard à la réputation de l'auteur et i la dignité de la matière, sans penser à la Ikçon dont il la traite ; laquelle ayant depuis considérée, je ne la trouve pas assez exacte pour mériter d'être suivie. Mais afin que votre altesse en puisse juger plus aisément, je tâcherai ici d'expliquer en quelle sorte il me semble que cette matière eût dû être traitée par un philosophe tel que lui, qui» n'étant point éclairé de la foi, n'avoit que la raison naturelle pour guide. Il dit fort bien au commencement que vivere omnes beaiè voluni^ $ed ad pervidendum quid Ht quod beatam vitam effidaty caligant. Mais il est besoin de savoir ce que c'est que vivere beatè^ je dirois en françofs vivre heureusemenij sinon qu'il y a de la différence entre l'heur et la béatitude, en ce que l'heur ne dépend que des choses qui sont hors de nous, d'où vient que ceux-là sont estimés plus heureux que sages, auxquels il est arrivé quelque bien qu'ils ne se sont point procurés ; au lieu que la béatitude consiste, ce me semble* en un parfait contentement d'esprit et une satisfaction intérieure que n'ont pas d'ordinaire ceux qui sont les plus favorisés de la fortune, et que les sages acquièrent sans elle. Ainsi vivere beaiè, vivre en béatitude, ce n'est autre chose qu'avoir l'esprit parfaitement content et satisfait. Considérant après cela ce que c'est quod beatam vitam effciat, c'est-à-dire quelles sont les choses qui nous peuvent donner ce souverain contentement, je remarque qu'il y en a de deux sortes, à savoir de celles qui dépendent de nous, comme la vertu et la sagesse, et de celles qui n'en dépendent point, coDune les honneurs, les richesses et la santé ; car il est certain qu'un homme bien né, qui n*est point malade, qui ne manque de rien, et qui avec cela est aussi sage et aussi vertueux qu'un autre qui est pauvre, malsain et contrefait, peut jouir d'un plus parfait contentement que lui. Toutefois, comme un petit vaisseau peut être aussi plein qu'un plus grand, encore qu'il contienne moins de liqueur, ainsi prenantlecontentementd'un chacun pour la plénitude et l'accomplissement, de. ses désirs r^lés selon la raison, je ne doute point qoe les plus pauvres et les phis disgraciés de la fortono

CORHESPQIÏOAIÎCE.

oa de b natare nepoisseot être entièremeotcontents et satisfaits aussi bien que les autres, encore qu'ils ne jouissent pas de tant de biens. Et ce D*est que de cette sorte de contentement dont il. est ici question ; car puisque l^aotpe n'est aucunemeut ^ notre pouvoir, la recherche en seroit superflue. Or il me semble qu'un chacun se peut rendre content de soi-même, et sâna rien attendre d'ailleurs, pourvu seulemeut qu*il observe trois choses, auxquelles se rapportent les trois règles de morale que j*^ mises dans le discours 4p 1^ Métboda.

L^ premjèrç est qu'il tâche toujours de se servir le mieux qu'il lui e^t possible de son esprit, pour cpnnoître ce qu'jl doit faire ou ne pa$ faire en toutes 1^ occurrences de la vie.

l4 seconde est qu'il ait une ferme et constante résolution d'exécuter tout ce que s^ raison lui conciliera, s^ns que ses passions ou se^ appétits Ten détournent ; et c'est la fermeté de cette réflolutioji que je crois devoir être prise pour la yertu, bien que je ne sache point que personne Tai^ jamais ainsi expliquée; mais on Ta divisée •n plusieuri^ espèces, à qui l'on a donné direr^ noms à cause des divers objets auxquels elle 8'étand.

I^a troisième, qu'il considère que pendant qu'il se conduit ainsi autant qu'il peut selon la raison, tous les biens qu'il ne possède point sont aussi entièrement hors de son pouvoir les uns que les autres, et aue par ce moyen il s'accoutume a ne 1^ point désirer; car il n'y a rien que le désir et le TOfTet ou le repentir qui nous puissent empêcher d*étre contents. Mais si nous faisons toujours ce que nous dicte notre raison, nous n'aurons jamais aucun sujet de nous repentir, encore que les événements nous fissent voir par après que nous nous sommes trompés, pource que ce n'est point par notre faute. Et ce qui fait que nous ne désirons point d'avoir, par exemple, plus de bras ou plus de langues que nous n'eu avons, mais que nous désirons bien d*avoir plus des^pté ou plus de richesses, c'est seulement que npos nous imaginons que ces choses-ci pourroient être acquises par notre conduite, ou bien qu'elles sont dues h notre nature et que ce n'est pas le inéme d^ autres. De laquelle opinion nous pouiQn^ nous dépouiller, en considérant que, puisque Doos avons toujours suivi le conseil de notre raison, nous p'avons rien omis de ce qui étoit en iJQtre poijvpir, et que les maladies et les infor- ^M^^ n9 ^nt^ pas moins naturelles à Thomme que les prospérités et la santé. Au reste toutes sortes de désirs ne sont pas incompatibles avec la béailtwdp, il û'y a que ceu^ qui sont accompagnés %*ffl8Sl^ff ç« ^t ^ wm^m* \l n'e^t pas nécessaire

aussi que notre raison ne se trompe point, il spffit que notre conscience nous témoigne que doos n'avons jamais manqué de résolution et dp yçrta pour exécuter toutes les choses que nous avom jugées être les meilleures, et ainsi la vertu seule est suffisante pouf npus rendre contents en cette vie.

Mais néanmoins pource aue notre vertu, lors '■ qu'elle n'est p^ assez éclairée par l'entendeipeDt, peut être fausse, c'est-à-dire que la r^solutloa çt U volonté de bien faire nous peut porter à des chos^ mauvaises quand nous les croyons boDoes, le contentement qui en revient n'est pas solide, ^ pource qu'on oppose ordinair^tment cette Tertq aux plaisirs, aux appétits et aux passions, ^le est très difficile à mettre en pratique^ an Heu qqele droit usage de la raison, donnant nne vraie connoissance du bien, empéchp q^e la T^ftH ^^^^ fausse, et même, l'accordant avec les plaisirs licites, il en rend l'usage si aisé, çt, nous faisant connoître la condition de notre naturel il borne tellement nos désirs qu'il fyuX ayon^r quelaplos grande félicité de rbomma dépend d^ oe droit usage de la raison, et par conséquent que riti}de qui sert à l'acquérir est )a pins Utile occupttloQ qu'oq peut avoir, cpinme elle est aussi ^QS doute la plus agréable et la plus douce. En suite de quoi il me semble que Sénèque eût d() nm ^'' seigner toutes les principales vérités dont b codnoissance est requise pour faciliter Tusage de U vertu et régler nos désirs et nos paçsionst et aiosi jouir de ta béatitude naturelle, ce qui suroît rendu son livre le meilleur et le plus utile qu'un philosophe païen eût su écrire. Toutefois ce uW ici que mon opinion, laquelle je soumets au jugement de votre altesse, et si elle roe M taotdo faveur que de n^'avertir en quoi je manque, je Itii en aurai une très grande obligation et je témoignerai en me corrigeant <\]xq jp m^^^

Pi» 92, — A MADAME ÉLïSAÇITH»

PRIKCESSE PALATINE, CtC

( Lettre V du tome I.)

iSiMiiAff.

Madame,

Encore que je ne sache point si mes dernière» ont été rendues & votre altesse et que je ne putfs» rien écrire touchant le $njet que jVoiipr»*!^"^ avoir l'honneur de vous entretenir que jo P doive penser que vous savez mieux que rne»»i" ne laisse pas toutefois de continuer, spr la créan^^ quj8 j'ai que mes .lettres ne vous wan^ P*' P

ANNÉB 1645.

iBiiportiiip«8 que 1m Un^es qui mm» es TcHre Mkliothèque. Car d'autaot qu'elles ne contieDDeol aucunes Douvelles (^ tous ayai jBtérêt de savoir prouptemeot, rieu ne tvnui «oQviera de les lire aui beurea que voua aurai quelques affoires, et je Ueudrai le lempa que je mêla à les écrire très Ueu employé si vo«a leur deuDes seulenent ee^ jui que vous aurez euvie de perdre. J*aî dit d* devapt oe qu'il jne sembloit que Sénèque eût dâ traiter eu aou livre ; j'exainioerai maloteuafit œ qu*il y traite. Je Q*y remarque eu géuéral que trois cboaea ; la première est qu'il tâche d*^pliquer ce que c'est que le souTerain bien et qu'il en doBue diverses déluitions ; la seconde, qu'il dispute centre TopiDjou d'Epicure; et la troisième, qu'il répond à ceux qui objeelent aux philosophes qu'ils ne vivent pas sebn les règles qu'ils prescrivent, liais afin de voir plus particulièrement en quelle façon il traite nés choses, je m'arrêterai un peu sur chacun de ses chapitres. Au premier, il reprend ceux qui sui- Tent la coutume et l'exemple plutAt que la raison : nunquamdevildjuiicaiur^ dit-il, sempercrediiur. Il approuve bien pourtant que l'on prenne conseil de ceux qu*on croit être les plus sages « mais il veut (ju'on use aussi de son propre jugement pour examiner leurs opinions, en quoi je suis fort de son avis ; car encore que plusieurs ne soient pas capables de trouver d'eux-mêmes le droit chemin, il y en a ppfi toulefiMa qiii ne le puissent asses reconnoitr e Lorsqu'il leur est dai-^ rement montré par quelque autre ; et quoi qu'il eu aoit, on a sujet d'être satisfait ep sa consci^ce et de s'assurer que les opiniops que l'on a touchant la morale sopt les meilleures qu'oQ puisse avoir, lorsqu'au lieu de se laisser conduire aveuglément par l'exemple on a eu soin de rechercher le conseil des plus habiles et qu'on a employé toutes les forces 4e son esprit à examiner ce qii'op deyoit suivre. Mais pendant que Séuèque ^'étudie ic| i orner sqq élocution, il n'est pas toujours assez exact en l'expression de sa pensée; comipe lorsqu'il dit sanabi^Mir $i modo séparemur d cwtu, il semble enseigper qu'il suffit d'être extruTagant pour être sage, ce qui n'est pas toutefois son intentipp. Au secopd chapitre il ne fait que redire en d'autres termes ce qu'il a dit au premier, il ajoute seulement que ce qu'on estime communément être bien ne l'est pas. Puis au troisième, après avoir encore usé de beaucoup de mots superflus , il dit enfin son opinion tou* chant le souverain bien» à savoir que rerumnalurœ asimiitur^ et que ad illiw legem eœemr plumqtu farmari sapientia est, et que beata vtta €it Goni^eniens naiurm stMP. Toutes lesquelief ^jjUifx^^QUfk me semblent (prt obscures:

dôme que par la Batow il m tout pas entendre nos inclinations naturelles, vu qu'elles nous portent ordinairement à suivre la volupté contre laquelle il dispote, mais la saite de son discours lait juger que par nrwn natutram ■ eatead l'ordre éubli de Dieu en toutes les dioseB qui sont au monde, et que, oonsidérant csC ordra comme infaillible et indépendant de notre vo^ lonté, il dit que rerum naturœ autniiri et ai UHtu legem exempkimque fàrmari sapimtim eH. C'estr-à-dire que c'est sagesse d'scquieScer i Tordre des choses et de fidre œ pourquoi nous croyons être nés, ou bien, pour parler en chrétien , que c'est sagesse de se soumettre i la volonté de Dfeo , et de la suivre en toutes nos actions ; et qqa beaim mia ut eùM>emen$ naiwrm tiMS, c'est-à<^ dire que la béatitude consiste à suivre ainsi l'or* dre du monde, et à prendre an bonne part toutes les choses qui nous arrivent, ce qui n'expliqua presqœ rien ; et on ne voit pas asses la oonnexlon avec ee qu'il ajoute incontinent après, que œtta béatitude ne peut arriver niti êo/na men» est, etc., si ce n'est qu'il entende anssi que seotiM"* dikm nat$iram Dtoere, c'est vivre suivant la vrBîe jaiaon. Aux quatriènie al cinquième cha-* pitres il donne quelques autres définitions du souverain bien, qui ont toutes quelque rapport avec le sens de la première, mais dont aucune ne t'explique suffisamnaat, et elles font paroftra psr leur diversité qae génèque n'a pas clairement entendu ee qu'il vouloit dire; car d'autant mieux qu'on conçoit unediose, d'autant plus est^n déterminé à ne rexprimer qu'en une seule façon. Celle où il me semble avoir le mieux rencontré est au cânquième chapitre, où il dit que beatuê est fui née eupU née timei bénéficia waiùmiSy et que beata vita est m recto eertoque fudido stabilita. Mais pendant qu'il n'enseigne point les raisons pour lemiuelles nous ne devons rien craindre ni désirer, tout eela nous aide fort peu. n ctmunence en ces mêmes chapitres à disputer contre ceux qui mettent la béatitude en la volupté, et il continue dans les suivants; c'est pourquoi avaut que de les examiner je dirai ici mon sentiment touchant cefte question.

Je remarque premièrement qu'il y a de la dilffirence entre la béatitude , le souverain bien , et la dernière fin ou le but auquel doivent tendre nos actions; car la béatitude n'est pas le souverain bien , mais elle le présuppose , et elle est la contentement oo la satislution d'esprit qui vieni de ce qu'on le possède. Mais par la fin de nos ao« lions on peut entendra l'un et l'autre ; car le souverain bien est sans doute la diose que nous devons nous proposer pour but en toutes noa acttons, et la nonteotapient d'esprit qat en ra-

œRRESPONDANCE.

Tient étant Tattrait qnl fait qne nous le redierdions, eut aussi à bon droit nommé notre fin.

Je remarque outre cela que le mot de volupté a été pris en un autre sens par Épicure que par eeux qui ont disputé contre lui ; car tous ses ad- Tersaires ont restreint la signification de œ mot aux plaisirs des sens, et lui au contraire Ta étendue â tous les contentements de Tesprit, comme on peut aisément juger de ce que Sénèque et quelques autres ont écrit de lui.

Or il y a eu trois principales opinions entre les philosophes païens touchant le souTerain bien et la fin de nos actions, à savoir : celle d'Épicore, qui a dit que c*étoit la volupté ; celle de Zenon, qui a voulu que ce (fit la vertu; et cdle d'Aristote, qui l'a composé de tontes les perfections tant du corps que de Tesprit. Lesquelles trois opinions peuvent, ce me semble, être reçues pour Traies et accordées entre elles, pourvu qu'on les inter* prête favorablement. Car Arlstote ayant considéré le souverain bien de toute la nature humaine en général, c'est-à-dire celui que peut avoir le plus accompli de tous les hommes , il a raison de le composer de toutes les perfections dont la nature humaine est capable ; mais cela ne sert point à notre usage. Zenon, au contraire, a considéré celui que chacun en son particulier peut posséder ; c'est pourquoi il a eu aussi très bonne raison de dire qu'il ne consiste qu'en la vertu , pource qu'il n'y a qu'elle seule, entre les biens que nous pouvons avoir, qui dépende entièrement denotrellbre arbitre. Mais il a représenté cette vertu si sévère et si ennemie de la volupté , en faisant tous les vices égaux, qu'il n'y a eu, ce me semble, que des mélancoliques ou des esprits entièrement détachés du corps qui aient pu être de ses sectateurs. Enfin Épicure n'a pas eu tort , considérant en quoi consiste la béatitude et quel est le motif ou la fin à Uquelle tendent nos actions, de dire que c'est la volupté en général , c'est-à-dire le contentement de l'esprit ; car encore que la seule connoissance de notre devoir nous pourroit obliger à faire de bonn^ actions, cela ne nous feroit toutefois Jouir d'aucune béatitude s'il ne nous en revenoit aucun plaisir. Mais parce qu'on attribue souvent le nom de volupté à de faux plaisirs qui sont accompagnés ou suivis d'inquiétudes, d'ennuis et de repentirs, plusieurs ont cru que cette opinion d'Épicure enseignoit le vice ; et en effet elle n'enseigne pas la vertu. Mais comme lorsqu'il y a quelque part un prix pour tirer au blanc, on fait voir envie d'y tirer à ceux à qui l'on montre ce prix, et qu'ils ne le peuvent gagner pour cela s'ils ne voient le blanc ; et que ceux qui voient le blanc né sont pas pour cela induite à tirer s'ils ne savent qu'il y ait un prix à gagner, ainsi la

vertn, qui est le l)lanc, ne se fait pas àbm lorsqu'on la voit toute seule, et le contentement, qui est le prix, ne peut être acquis si ce o'est qu'on la suive. C'est pourquoi je crois poumr kâ conclure que la béatitude ne consiste qu'aa oodtentement de l'esprit ( c'est-à-dire au oonteotement en général : car bien qu'il y ait des contefttemente qui dépendent du corps et d'autres qei n'en dépendent point, il n'y en a toutefois aacoi que dans l'esprit) ; mais que pour avoir un oootentement qui soit solide il est besoin de soim U vertu , c'est-à-dire d'sTOir une volonté ferme et constante d'exécuter tout ce que nous ju^rons être le meilleur, et d'employer tonte la force de notre entendement à en bien joger. Je résene pour une autre fois à considéifcr ce que Séoèqoe a écrit de ceci, car ma lettre est déjà trop kngue, et tout ce que je puis ajouter est que je auist etc.

PBINCBSSE PàLATnVB, OtC

( Lettre TI du tome L )

i«r joio 1611.

Madame,

Étant dernièrement incertain si votre aluse étoit à La Haye, ou à Rheoest, j*adres8ai ma lettre par Leyde et celle que vous m'avez fait ITiodneur de m'écrire ne me fut rendue qu'après que le messager qui l'avoit apportée à Alcmar lot parti, ce qui m'a empêché de vous pouvoir témoigner plus têt combien je suis glorieux de ce que le jugement que j'ai fait du livre que voi» avez pris la peine de lire n'est pas différent do vôtre, et que ma façon de raisonner vous paroit assez naturelle. Je m'assure que si vous aTiex eo le loisir de penser autant que j'ai fait aux ciioses dont il traite, je nepourrois rien écrire que vont n'eussiez mieux remarqué que moi ; mais poarcc que l'âge, la naissance et les occupatioDs de votre altesse ne l'ont pu permettre, peut-être que ce que j'écris pourra servir à vous épargner un pea de tetaps , et que mes fautes même vous fourniront des occasions pour remarquer la vérité. Comme lorsque j'ai parlé d'une béatitude qui d^ pend entièrement de notre libre arbitre, etqie tous les hommes peuvent acquérir sans aucune assistance d'ailleurs , vous remarquez fort bien qu'il y a des maladies qui, étant le pouvoir de raisonner, êtent aussi celui de jouir d'une satisfaction d'esprit raisonnable ; et cela m'apprend que ce que j'avols dit généralement de tous les

hommes ne doit tire entendu que de ceux qui ont l'usage libre de leur raison , et avec cela qui sa- Tent le chemin qu*il faut tenir pour parvenir à cette béatitude : car il n'y a personne qui ne désire se rendre heureux, mais plusieurs n'en sa- Tent pas le moyen, et souvent l'indisposition qui est dans le corps empêche que la volonté ne soit libre; comme il arrive aussi quand nous dormons : car le plus philosophe du monde ne sauroit s'empêcher d'avoir de mauvais songes, lorsque son tempérament l'y dispose. Toutefois Teipérienoe fait voir que si l'on a eu souvent quelque pensée pendant qu'on a eu l'esprit en liberté, elle revient encore après, quelque indisposition qu'ait le corps. AiDsi je me puis vanter que mes songes ne me représentent jamais rien de fâcheux ; et sans doute qu'on a grand avantage de s'être dès longtemps accoutumé à n'avoir point de tristes pensées. Mais nous ne pouvons répondre absolument de nous-mêmes que pendant que nous sommes à nous, et c'est moins de perdre la vie que de perdre l'usage de la raison ; car même, sans les enseignements de la foi, la seule philosophie naturelle fait espérer à notre âme un état plus heureux après la mort que celui où elle est i présent, et elle ne lui fait rien craindre de plus fâcheux que d'être attachée à un corps qui lui ôte entièrement sa liberté. Pour les autres indispositions qui ne troublent pas tout-à-fait le sens, mais qui altèrent seulement les humeurs et font qu'on se trouve extraordinairement enclin à la tristesse, ou à la colère, ou à quelque autre passion, elles donnent sans doute de la peine ; mais elles peuvent pourtant être surmontées, et même elles donnent matière à rame d'une satisfaction d'autant plusgrande qu'elles ont été plus dilBciles à vaincre. Je crois aussi le semblable de tous les empêchements de dehors, comme de Téciat d^une grande naissance, des cajoleries de la cour, des adversités de la fortune, et aussi de ses grandes prospérités, lesquelles ordinairement empêchent plus qu'on ne puisse jouer le rdle de philosophe que ne font ses disgrâces : car lorsqu^on a toutes choses à souhait, on s'oublie de penser à soi, et quand par après la fortune change, on se trouve d'autant plus surpris qu'on s'étoit plus fié en elle. Enfin on peut dire généralement qu'il n'y a aucune chose qui nous puisse entièrement éter le moyen de nous rendre heureux, pourvu qu'elle ne trouble point notre raison, et que ce ne sont pas toujours celles qui paroissent les plus fâcheuses qui nuisent le plus.

Mais afin do savoir exactement combien chaque chose peut contribuer à notre contentement, Û faut considérer quelles sont les causes qui le produisent, et c'est aussi Tune des principales

connolssanoes qui peuvent stffir à fadttter Vu sage de la vertu. Car toutes les actions de notre âme qui nous acquièrent quelque perfection sont vertueuses, et tout notre contentement ne consiste qu'au témoignage intérieur que. nous. avons d'avoir quelque perfection. Ainsi, nous ne saurions jamais pratiquer aucune vertu, c'est-à-dire faire ce que notre raison nous persuade que nous devons faire, que nous n'en recevions de la satisfaction et du plaisir. Mais il y a deux sortes de plaisirs, les uns qui appartiennent à l'esprit seul» et les autres qui appairtiennent à l'homme, c'està-dire à l'esprit en tant qu'il est uni au corps; et ces derniers se présentant confusément à l'Imaginati<m paroissent souvent beaucoup plus grands qu'ils ne sont, principalement avant qu'on les possède, ce qui est la source de tous les maux et de toutes les erreurs de la vie. Car selon la règle de la raison, chaque plaisir se devrait mesurer par la grandeur de la perfection qui le produit, et c'est ainsi que nous mesurons ceux dont les causes nous sont clairement connues ; mais souvent la passion nous fait croire certaines choses beaucoup meilleures et plus désirables qu'elles ne sont; puis, quand nous av<Mis pris bien de la peine à les acquérir et perdu cependant l'occasion de posBéder d'autres biens plus véritables, la jouissance nous en fait connoUre les défauts : de là viennent les dédains, les regrets et les repen* tirs. C'est pourquoi le vrai office de la raison est d'examiner la juste valeur de tous les biens dont l'acquisition semble dépendre en quelque façon de notre conduite, afin que nous ne manquions jamais d'employer tous nos soins à tâcher de nous procurer ceux qui sont en effet les plus désirables : en quoi si la fortune s'oppose à nos desseins et les empêche de réussir, nous aurons au moins la satisfaction de n'avoir rien perdu par notre faute, et ne laisserons pas de jouir de toute la béatitude naturelle dont l'acquisition aura été en notre pouvoir. Ainsi, par exemple, la colère peut quelquefois exciter en nous des désirs de vengeance si violents qu'elle nous fera imaginer plus de plaisir à châtier notre ennemi qu'à conserver notre honneur ou notre vie, et nous fera exposer imprudemment l'un et l'autre pour ce sujet; au lieu que si la raison examine quel est le bien ou la perfection sur laquelle est fondé ce plaisir qu'on tire de la vengeance, elle n'en trouvera aucune autre (au moins quand cette vengeance ne sert point pour empêcher qu'on ne nous ofTense dere^ chef), sinon que cela nous fait Imaginer que noai avons quelque sorte de supériorité et quelque avantage au-dessus de celui dont nous nous vengeons : ce qui n'est souvent qu'une vaine imagination qui ne mérite point d'être estimée, à i

œRREBPOMDAMCE.

pivatoondêrhotneor «a deUTiê { ri MtneàoemparateOD âé la fatirfaclioD qu'on aurof t de se voir inattra de ta cplini, ep s'abêteoaDi de se venger. Et le aemblibU arrive en Contes les autres pasaiona : car il n'y eu a aucune qui ne neus repréaaate le Meo auquel «lie tend avee plus d'éclat i|u'il n'en mérite, et qui ne bms lasse Inagfner des plaipira beaucoup plue grands avant que nous les possédions que nous ne les trouvons par après quand nous les avons. €e qui iiit qu'on blâme communément la volupté ; poqroe qu'on ne se aert de ce mot que pour signi00r de faui plaisirs^ f|ui noue trompent souvent par leur apparence , et qui nous en font cependant négliger d'autres iieaucpup plus solides, mais dont Tattente ne toudie pas tant, tels que sont ordinairement oeui de resprit seul; je' dis ordinairem^t, car tous eaux de l'esprit ne sont pas louables, pouree qu'Us peuvent Itre fondés sur quelque fausse opinion, comme le plaisir qu'on prend à médire, qql n'est fondé que sur oe qu'on pense devqir être d'autant plus eetimé que les autres le seront moins ; et ils MHis peuvent aussi tromper par leur apparence, lorsque quelque t^iê passian les aocopipagne, iximme oo Wii en eelut que donne l'ambition. Iflis la principale diitfrepee qui est entre le« plaisin dH corps et ceiu de l'esprit consiste en ce glie 1# 0firp0 étant «ijal k m cbangement perpé» tuel| fit m^me sa conservation et son bien-être ^pandant de ce oliangement, tous les plaisirs qui le regardent ne durent guère ; car ils ne pro« cèdent que de Tacquisition de quelque chose qui e^t utile au corps au moment qu'on la reçoit, et Ht&t qu'elUt cesse de lui être utile, îls cessent aupsj ; au lieu que ceu^ de r&me peuvent être Im^ inorteU comme elle, pourvu qu'ils aient un fou? dçmept li solide que ni la connoissanoe de la vérité Oi aucune faune persuasion ne le détruisent. A|4 reste le vrai usage de notre raison pour la conduite de la «le ne consiste qu'à eiaminer et CQOSidérar saqs passion la valeur de toutes les perfections, tan| du corps que de Tesprlt, qui peuvent êtro acquises par notre industrie, afin qu'étant ordinairement obligés de nous priver de qu^|()uesTunes pour avoir les autres, noua choiaissions toujours les meilleures ; et pouroe que celles du corps sont les moindres, on peut dire l^nératomeut que sans elles il y a moyen de se r#fîdre heureux. Toutefois je ne si^is point d'opi- 9109 qii*QB les doive entièrement mépriser, ni même qu'oo doive s'exempter d'avoir des passions, U su(Bt qu'où las rende sujettes à la raison ; et lorsqu*wi les a ainsi apprivoisées, elles sont queiquefoif d'autant plus utiles qu'elles penchent plU9 vera l'excès. Je n'en aurai jamais de plus exciiii?Q que celle qui me porta au resp^ et â

la Ténératten qae je dois à votre altesse, de qol je suis, etc.

N« 04.— A MAD&Ml I^LISABETH,

^IVCESSE VALAnNft, CtC

(Lettre Ta du tome L)

If adame ,

Votre altesse a si exactement remarqué tastei les causes qui ont empêché Sénèque de ooas a* poser clairement son opinion touchant le aooTerain bien, et vous avez pris la peine de lire m livre avec tant de soin que je craindrois de ne rendre importun si je continuels id à eiamioer par ordre tous ses chapitrée, et que cela me fit différer de répondre à la difficulté qu'il vous a plu me proposer touchant les moyens de se fortifier Tentenderaent pour discerner ee qui est le meilleur en toutes les actions de la vie. Ceci pourquoi, sans m'arrêter maintenant à soivre Sénèque, je tfteherai seulement d'expliquer dod opinion touchant cette matière.

Il ne peut, ce me semble, y avoir qoe deoi choses qui soient requises pour être toujours disposé à bien juger : l'une est la connoissanoe de la vérité, et l'autre l'habitude qui fait qu'on se souvient et qu'on acquiesce i cette connoissanoe toutes les fols que l'occasion le requiert. Mais pouree qu'il n'y a que Dieu seul qui sadie parfaitement toutes choses, lî est besoin que nous ooitf contentions de savoir celles qui sont le plus a notre usage ; entre lesquelles la première et la principale est qu'il y a un Dieu, de qui toutes choses dépendent, dont les perfections sont inflnies, dont le pouvoir est immense, dont les décrets sont infaillibles : car cela nous apprend à recevoir en bonne part tout ce qui nous arrive, comme nous étant expressément envoyé de Dieu. Et pouree que le vrai objet de l'amour est la perfection, lorsque nous élevons notre esprit à w considérer tel qu'il est, nous nous trouvons natorellement si enclins à l'aimer que nous tirooi même de la joie de nos afllictioDS en pensant que sa volonté s'exécute en ce que nous les reccTOOS.

La seconde choôe qu'il faut connoîtreest la nature de notre âme, en tant qu'elle subsiste sacs le corps et est beaucoup plus noble que lui, ^ ^' pable de jouir d'une infinité de contentements qa ne se trouvent point en cette vie; car cela nous empêche de craindre la mort et détaclie tellement notre affection des choses du monde, qw nous ne regardons qu'avec mépris tout ce qui au pouvoir de la fortune.

ANNBe m»^

▲ 4Mii pMt tnai iMiiMitp «erffv q|i*oo Jugt dfgnemeiu d«s œuyrei de fiteu, a( qu'on ail q^te vaste id^ de l'éteudue d^ l*uiiiv0ri que j'ai tkbi de fcfiB eoooêiroir au iroSsièoia livre de Koet Priadp». Car ai OD ilmagioe qu*ao*delà dœ deux il B'y a riep que dee eepacee imaginairee, et que loua lea deux ne bdqI fiUta que pour te aanriea de la terre , si la teirp que pour rbemme, oela fait qu*OD est eDdia à pemer que cette terre est notre prindpale demeura et cette vie noire mdlieure ; et qu'au lien de ceanoitre lea perfectiona qui sont viritablenent en noua, on attribue aqx autres créatures dea imperfections qu'elles n'ont pas pour 8*é|over au-^eians d'elies ; et« entrant en une présomption impertinente, on vaut être du ooosdl de Bieu et prendre ayec )ui la chai^ de eon4ulre |e monde ; ce qui <mius« une infinité de vaines inquiétudes et fâei|eries.

▲près qu'on a dqd reconnu la bonté de Disn, l'immortalité de nos 4fDes et la grandeur de l'u*- Diverp, il y a <$noore une vérité dont la cûqnoiftsaooe me semble fort utile, qui est que bien que chacun de nous loit une personne séparée des aur très et dont par cQnséqueot les intérêts sont ep qudque la{on distincte de œux du reste du monde, 00 doit toutefois penser qu'on ne saocoil subsister seul, et qu'on est en effet l'iine des parties de Tunivers, et plus particulièrement encore l'une des parties de cette terre, l'une dea parties de cet Etat, de cette société, fie cette fiuuiUe, i laquelle on est joint pas sa demeure, par son serment, par sa naissanne ; pt il fsut toujours prélérer les latérite du tout dont on est p^tie i ceux de sa personne en particulier , toutefois avec mesure et discrétion; car on auroit tert de s'exposer à un grand mai pour procurer seulement un petit bien à ses parents ou à son pays ; et si un homme vaut plus lui seul que teut le reste de sa ville, il n'aurdt pas raison de se vouloir perdre pour la sauver. Mais si on rapportoU fout à soi-même , on ne crdndroit pas de nuire beaucoup aux autres hommes lorsqu'on croiroit en retirer quelque petite oooimodité, et on n'auroit aucune vraie amitié, ni aoeune fidélité, ni généralement aucune vertu ; aq lieu qu'en se oonsidéraDt comme uoe partie du public, on preod plaisir à fkire du bien à tout le monde, et m^me on ne craint pas d'expoaer sa vie pour 1^ service d'autrul lorsque l'oectsioD s^en présente; jusque-là qu*on voudroit ausd perdre son ftme, s'il se pouvoit, pour sauver les antres : en sorte que cette considération est la source et l'origine de toutes les plus héroïques actions que fassent les hommes. Car pour ceux qui s'exposent à la mort par vanité pource qu'ils espèrent en être loués, ou par stupidité pource qu'ils n'appréhendept pas le danger, je crois

qu'ils sont pins 1 pldndro qp'^ priser. Maislortr que qnelqn'un s'y expose pourcp qu'il croit qu# ç'M son devoir, ou bien lorsqu'il souffre quelquf autre mal afin qu'il en rpvienne du bien aux au-r très, encore qu'il oeponddère peut-être plus ex* prei^ment qn*il feit pela ppurop qu'il doit pluf mï piiblje dont il §st une partie qu'^ apif^fnêmfl en son particulier, ii le fait toutefois en venu de cettf ponsidératioi^ qui est confoaémppt ^o sp pensée; et on est naturellement porté à l'avoir lorsqu'on oonpoJt pt qu^on aime f^jeii oQO^m^ il faut( cap alf>r9, s'abandooo?nt du tont à sa vp<- |pnfa§, QO M d^pouiiJp de le^ propres intérêts, et pn n*a point d'Mitrp passion que de faire cp qu'oo croit lui être agréable. En suite de quoi pq adep satisfactions d'esprit et des contontemente qui va^ len) in|cniQpafpl)lepiept davantage que teut^ les petites joies passagères qui dépendent des sens.

Outre ces vérités, qui regardent en générai toutes nos actions, il en faut aussi savoir beaucoup d'autres qui se rapportent plus particulièrement i cbacyne ; et les principales me semblent être celles que j^al remarquées en ma dernière lettre, i savoir, que toutes nos paasions nous représentent les biens à la recherche desquels elles nous Indtent beaucoup plus grands qu'ils ne sont véritablement, et que les plaisirs du corps ne sont jamais d durables que ceux de l'ime, ni si grands quand on les possède qu'ils paroissent quand on les espère. Ce que nous devons soigneusement remarquer, afin que lorsque nous sommes émus de quelque passion nous suspendions notre jugement jusqu'à ce qu'elle soit apdsée, et que nous ne nous laissions pas aisément tromper par la fausse apparence des biens de ce monde.

A quoi je ne puis ajouter autre chose, sinon qu'il fout aussi examiner en particulier toutes les mœurs'des lieux où nous vivons, pour savoir jusques oh elles doivent être suivies ; et bien que nous ne puisdoos avdr des démonstrations eerUines de tout, nous devons néanmoins prendre parti et embrasser les opinions qui nous paroissent lea plus vraisemblables touchant toutes les choses qui viennent en usage, afin que, lorsqu'il est ques*tioo d'agir, nous ne soyons jamais irrésolus; car il n'y a que la seule Irrésolution qui cause les regrets et les repentirs.

Au reste, j'ai dit cl -dessus qu'outre laconnolssance de la vérité l'habitude est ausd requise pour être toujours disposé à bien juger ; car d'autent que nous ne pouvons être continuellement attentifs i une même chose, quelque claires et évidentes qu'aient été les raisons qui nous ont persuadé ci-devant une vérité, nous pouvons par après être détournés de la croire par de fausses apparences, d ce n'est que par nna longue et

CORRESPONDANCE

fréquente méditation noas l'ayons tellement imprimée en notre esprit qu'elle soit tournée en habitude ; et en ce sens on a raison dans l'école de dire que les vertus sont des liabitudes ; car en effet on ne manque guère foute d'avoir en théorie la connoissance de ce qu'on doit faire, mais seulement faute de l'avoir en pratique, c'est-àdire faute d'avoir une ferme habitude de le croire. Et pourœ que, pendant que j'examine ici ces tentés, j'en augmente aussi en moi l'habitude, |*ai particulièrement obligation à votre altesse de ce qu'elle permet que je l'en entretienne; et il n'7 a rien en quoi j'estime mon loisir mieux employé qu'en ce où je puis témoigner que je suis, etc.

PBIlfCBSSB PALATINE OtC*

(Lettre VIU du tome L)

Septembre 1645.

Madame,

Je me suis quelquefois proposé un doute, savoir s'il est mieux d'être gai et content en imaginant les biens qu'on possède être plus grands et plus estimables qu'ils ne sont en effet, et ignorant ou ne s'arrêtant pas i considérer ceux qui manquent, que d'avoir plus de considération et de savoir pour connoitre la juste valeur des uns et des autres, et qu'on en devienne plus triste. Si je pensois que le souverain bien fût la joie, je ne douterois point qu'on ne dût tâcher de se rendre joyeux à quelque prix que ce pût être, et j'approuverois la brutalité de ceux qui noient leurs déplaisirs dans le vin ou qui les étourdissent avec du pétum. Mais je distingue entre le souverain bien, qui consiste en l'exercice de la vertu, ou (ce qui est le même) en la possession de toutes les perfections dont l'acquisition dépend de notre libre arbitre, et la satisfaction d'esprit qui suit de cette acquisition. C'est pourquoi voyant que c'est une plus grande perfection de connoitre la vérité, encore même qu'elle soit à notre désavantage, que de l'ignorer, j'avoue qu'il vaut mieux être moins gai et avoir plus de connoissance. Aussi n'est-ce pas toujours lorsqu'on a le plus de gaité qu'on a l'esprit plus satisfait ; au contraire les grandes joies sont ordinairement mornes et sérieuses, et ! il n'y a que les médiocres et passagères qui soient accompagnées du ris. Ainsi je n'approuve point qu'on tâche a se tromper, en se repaissant de fausses imaginations ; car tout le plaisir qui en revient ne peut toucher pour ainsi dire que la superficie

de l'âme, laquelle sent cependant tine àmertiuDe intérieure en s'apercevant qu'ils sont faux. Et encore qu'il pourroit arriver qu'elle fût si conli* nuellement divertie ailleurs que jamais elle oe s'en aperçût, on ne jouiroit pas pour cela de la béatitude dont il est question, pource qu'elle doit dépendre de notre conduite, et cela ne vleodroh que de la fortune. Mais lorsqu'on peut avoir diverses considérations également vraies, dont les unes nous portent à être contents et las autrei au contraire nous en empêchent, il me semble que la prudence veut que nous nous arrétioQS principalement à celles qui nous donnent de la satisfaction ; et même à cause^que presque toatei les choses du monde sont telles qu'on les peut regarder de quelque cAté qui les fait paroitre bonnes, et de quelque autre qui fait qu'on y remarque des défauts, je crois que si Ton doit user de son adresse en quelque chose, c'est principalement à les savoir regarder du biais qaiks fait paroitre à notre avantage , pourvu que a soit sans nous tromper. Ainsi lorsque votre altesse remarque les causes pour lesquelles elle peut avoir eu plus de loisir pour cultiver sa raison que beaucoup d'autres de son âge, s'il loi plait aussi de considérer combien elle a plas profité que ces autres, je m'assure qu'elle aura de quoi se contenter ; et je ne vois pas pourquoi elle aime mieux se comparer i elles en ce dont elle prend sujet de se plaindre qu'en ce qui lui pourroit donner de la satisfaction : car la constitution de notre nature étant telle que notre esprit a besoin de beaucoup de relâche, afin qall puisse employer utilement quelques moments en la recherche de la vérité, et qu'il s'assoupiroit,aa lieu de se polir, s'il s'appliquoit trop a Tétode, nous ne devons pas mesurer le temps que nous avons pu employer à nous instruire par le nombre des heures que nous avons eues à nous, mais plutôt, ce me semble, par l'exemple de ce que nous voyons communément arriver aux autres, comme étant une marque de la portée ordinaire de l'esprit humain. Il me semble aussi qu'on n*a point sujet de se repentir lorsqu'on a &it C6 qu'on a jugé être le meilleur au temps qu'on I dû se résoudre à l'exécution, encore que par après y repensant avec plus de loisir on jug^ avoir failli ; mais on devroit plutôt se repentir si on avoit fait quelque chose contre sa conscience, encore qu'on reconnût par après avoir toieux fait qu'on n'avolt pensé ; car nous n'avons à répondre que de nos pensées, et la nature de l'homnie n'est pas de tout savoir, ni de juger toujours si bien sur-le-champ que lorsqu'on a beaucoup de temps à délibérer. Au reste, encore que la vanité, qui fait qu'on a meilleure opinion de soi qu'on ne

doit 80it un Tioe qui n'appartient qu'aux fanes foibles et basses, ce n^est pas à dire que les plus fortes et généreuses se doivent mépriser; mais il se faut faire justice à soi-même, en reconnoissant ses perfections aussi bien que ses défauts; et si la bienséance empêche qu*on ne les publie, elle n'empêche pas pour cela qu*on ne les ressente. Enfin, encore qu*on n*ait pas une science infinie pour oonooitre parfaitement tous les biens dont il arrive qu*on doit faire choix dans les diverses rencontres de la vie, <m doit, ce me semble, se contenter d*en avoir une médiocre des choses plus nécessaires, comme sont celles que j'ai dénombrées en ma dernière lettre, en laquelle j'ai déjà déclaré mon opinion touchant la difficulté que votre altesse propose : savoir, si ceux qui rapportent tout à eux-mêmes ont plus de raison qne ceux qui se tourmentent trop pour les autres : car si nous ne pensions qu'à nous seuls, nous ne pourrions jouir que des biens qui nous sont particuliers ; au lieu que si nous nous considérons comme parties de quelque autre corps, nous participons aussi' aux biens qui lui sont communs, sans être privés pour cela d'aucun de ceux qui nous sont propres : et il n'en est pas de même des maux; car, selon la philosophie, le mal n'est rien de réel, mais seulement une privation ; et lorsque nous nous attristons à cause de quelque mal qui arrive à nos amis, nous ne participons point pour cela au défaut dans lequel consiste ce mal ; même quelque tristesse ou quelque peine que nous ayons en telle occasion, elle ne sauroit être si grande qu'est la satisfaction intérieure qui accompagne toujours les bonnes actions, et principalement celles qui procèdent d'une pure affection pour autrui qu'on ne rapporte point à soimême, c*est-à-dire de la vertu chrétienne qu'on nomme charité. Ainsi Ton peut, même en pleurant et prenant beaucoup de peine, avoir plus de plaisir que lorsqu'on rit et qu'on se repose. Et il csC aisé à prouver que ce plaisir de l'âme auquel consiste la béatitude n'est pas inséparable de la gaité et de l'aise du corps, tant par l'exemple des tragédies qui nous plaisent d'autant plus qu'elles excitent en nous plus de tristesse, que par celui des exercices du corps, comme la chasse, le jeu de paume, et autres semblables qui ne laissent pas d'être agréables encore qu'ils soient fort pénibles ; et même on voit que souvent c'est la fatigue et la peine qui en augmentent le plaisir. Et la cause du contentement que l'âme reçoit en ces exercices consiste en ce qu'ils lui font remarquer la force ou l'adresse, ou quelque autre perfection du corps auquel elle est jointe ; mais le contentement qu'elle a de pleurer en voyant représenter quelque action pitoyable et funeste sur un théâ-

tre vient principalement de ee qu'il lui semble qu'elle fait une action vertueuse, ayant compassion des affligés ; et généralement elle se plaît de sentir émouvoir en soi des passions, de quelque nature qu'elles soient, pourvu qu'elle en demeure maîtresse.

Mais il faut que j'examine plus particulièrement ces passions, afin de les pouvoir définir; ce qui me sera ici plus aisé que si j'écrivols à quelque autre. Car votre altesse ayant pris la peine de lire le traité que j'ai autrefois ébauché touchant la nature des animaux, vous savei déjà comment je conçois que se forment diverses impressions dans leur cerveau : les unes par les objets extérieurs qui meuvent les sens, les autres par les dispositions intérieures du corps, ou par les vestiges des impressions précédentes qui sont demeurées en la mémoire, on par l'agitation des esprits qui viennent du cœur, ou aussi, et cela en l'homme, par l'action de l'âme, laquelle a quelque force pour changer les impressions qui sont dans le cerveau, comme réciproquement ces impressions ont la force d'exciter en l'âme des pensées qui ne dépendent point de sa volonté. En suite de quoi on peut généralement nommer pa$$Um$ toutes les pensées qui sont ainsi excitées en l'âme sans le concours de sa volonté (et par conséquent sans aucune action qui vienne d'elle), par les seules impressions qui sont dans le cerveau, car tout ce qui n'est point action est passion ; mais on restreint ordinairement ce nom aux pensées qui sont causées par quelque particulière agitation des esprits : car celles qui viennent des ob- . jets extérieurs ou bien des dispositions intérieures du corps, comme la perception des couleurs, des sons, des odeurs, la faim, la soif, la douleur, et autres semblables, se nomment des sentiments, les uns extérieurs, les autres intérieurs ; celles qui ne dépendent que de ce que les impressions précédentes ont iaisBé en la mémoire, et de l'agitation ordinaire des esprits, sont des rêveries, soit qu'elles viennent en songe, soit aussi lorsqu'on est éveillé, et que l'âme, ne se déterminant à rien de soi-même, suit nonchalamment les im* pressions qui se rencontrent dans le cerveau. Mais lorsqu'elle use de sa volonté pour se déterminer à la pensée de quelque chose qui n'est pas seulement intelligible, mais imaginable, cette pensée fait une nouvelle impression dans le cerveau, qui n'est pas au regard de l'âme une passion» mais une action qui se nomme proprement imagination. Enfin, lorsque le cours ordinaire des esprits est tel qu'il excite communément des pen sées tristes ou gaies, ou autres semblables, on ne l'attribue pas à la passion, mais au naturel ou à l'humeur de celui en qui elles sont excitées ; et

COR^Eft^dKeAÎ^CE.

oAi fett qu'on dit ((te ûèt limmê ëiC éTHn fiflidrel trtote, eet aatr« d'ttne hnmeùt gaitf, «te. Ainsi ïi ne reste que les pensées qui tiennent de quelque partleulière agitation des esprit», et dont on sent les elTets comme en VitM tùêtne, qui soient ^0^ prement nommées des passions. Il est vrai que nous n*eji ayoM quasi jAiftais aueuues qui ife dépendent de plusieurs de» edùses que Je tiens de dfetîDguer, niais oo leur donne là dénominaiioo de celle qui est la principale du à laquelle on à prIncipiilemeDt égard. Ce qui fait que plusieuril confondent le sentiment de la douleur àtee la passion de la tristesse, et deiui du eiiatoulliement atec la passion de la Joié^ laquelle ils nomment aosel tdupté ou plaisir ; et éeui de la faim ou de la soif avec les désil*» de inanger du de boire, qui sent des passions; car ordinairement les mAmeS causes qui font la dofirleur agitent aussi les esprits en la façon qui est requise potrf ttàtet la tristesse, et celles qui font seutlf quelque èhatotillle'^ ment lès agitent en la façon qui est requise pouf exciter la Joie, et ainsi des autres. OU Confond aussi quelquefois les indications od habitudes qui disposent à quelque passion aiec là passion méfflo^ ce qui est néanmoins facile ft distinguer. Cary par exemple, lorsqu'on dit dafas une tille que les ennemis la viennent assiéger, le piemlet^ jugement qm font les habitants du mal qui leur en peut arriter est une action de leur âme, non une passion ; et bien que ce jugement se rencontre semblable en plusieurs, ils n'en sont p^tê toutefois Agaleinent émus, mais les uns plus, \eê autres moins,^ selon qu'ils ont plus ou moins d'babîtado ou dlncllnatlon à la crainte; et avant que leur âme feçoite rémotion en laquelle seiileeon^ slste la ptision, il fout qtt'ehe fosse ce Jugement, ou bien, sans juger, qu'elle conçoive au moins le danger et en exprime l'idée dans le cerveau ; ce qu'elle folt par une autre action qu'on noAime imaginer, et que par mAme moyen elle détermine les esprits qui vont du cerveau dans les nerfs è entrer en ceui de ces nerfs qui servent à resser'-^ rer les onteriures du cœur, ee qui retarde la circulation du sang, en suite de quoi tout le corps détient pâle, froid et tremblant ; et les nouveaut esprits qui tiennent du cœur ters le Cerveatf sont agités de tc^le façon qu'ils ne peuvent aîâet à y forsoet d'autres Imfages que celles qui eieitetîi en râmo la passleo de la crainte. Tontes lesquefles cboses Sè suivent de rt pfèa l'une l'antre qu'il semble qm «s ne soit qu'une sevle opération ; et ainsi en toutes les autres passions II arrive quel-» que particulière agitation dans les esprits qui tiennent du a&M. J'avois dessein d'ajouter Ici une partlevlière èxfliaMion de toutes cea passions , nuds Je trouve lattt Ae dittcultés è les dénombrer

qu*il m'y hnûtà ëibployef pltfà dd téinpâ ^nek messager ne m'en donne.

Cependant, ayant reçu celld que votre âliesse m'a fait l'honneur de m'écrlrë, j'ai une noat^Be occasion de répondre, qui m'oblige de remettre! une autre fols cet etamen des passions, pour dira ici que toutes les raisobsqui prouteùt T^tistencd de Bien , et quMl ést M cause preinière et iffliùoabttf de tous les effets qui ne dépèfndënt point du librs arbitre dés hommes, prouvent, de tHë sehible,en même façon qu'il est aussi la cause de ionim les actions (}ui en dépehdent. Car on ne sauroft démodtrei' qu'il eiiste qu'en le cobsidéraitt comme un être souteralnement parfait, et il ne sefoltpas souterainement parfait sll poutoit arriver quelqtie chose dans le mondé qui ne vint pas eotiifement de lui. It est trai quMt n'y a que ht fol qil nous enseigne ce que c'est que la grâce par laquelle Dieu nous élève h uriebéàtliude surnatufelle ; maiï la seule philosophie suffit pour cohnoftfe qa*il oe sauroît entrer la moindre pensée en l'esprit don homme que Bled ne tetiilte ot n*att voola de tonte éternité qu'elle y erïtrât. Et lil dtstfocdoo do l'école eht^e les causée tinitersetles et partie» liètes n'a po\ni M de lieu; t&t de qui Ait (ftek soleil, paf eicmpléi étant la cîaiiseutffveittcllede toutes les flèufs, n'est pas catOse pou^ erïa (fich tollpes different des roses, c'es< qde leur produc* tlon dét^eild aussi de qdelqnea dutrc^ causes particuliëreil, qOi ùë lui sont polirt suhdrdoûDies; mais Dieô est tdiertrent la cauite universelle de tout qrf'il en est efl même façon la cause totale, et ainsi rien ne peut arriver «atfs sa volonté. îl «< vrai aussi que la connolssancd de l'Immortalité de l'âme et des félicités dont elle sefra captfMe émt hors de cette vie, poorroît donner stijel d*en sortir à ceui qui s'y ennuient, s'ils étoîcot assurée qu'ils jouiroîent pUf après de toutes tes fi^^<^* nwtls aucune raison ne les eïï assuré; êi il b'Jî que h fausse philosophie d'ïiégésîas, dofft le lltfe fut défendu par Ptolomée poarce qaé plu^earJ s'étoient tués après l'avoir hi, qui fâcheàperffliadef que cette vie est mauvaise ; Ja vraie enseigo* tout au contraire que, même parffifî les plus tristes accidents et les plus pressantes douleurs, on f peut toujoufs êff e cfôïrteht, potïrvu qp'ott sacw user de sa rtilsôn. .

Pour Ce quî.est de l'étendue de f univers, je nj vois pas comment, en la considérant, on est coàt/« à séparer la provMence paftictdîéfé *^"*®J^ nous avons def iWetf ; car c'est toute iWtre cbosfif de Bleu que des puissances finies, fesqudles pojvatrt être épuisées, nous avons fafîwû ^J^^ en voyant qu'effes sont employées à plraf^ grftud^éflWs, qu'il n'est pas ^n^^^^^j^f^Z .s'éf rtfdent aussi Jusqtue^ aui meindr^^. msa^

AiniÉE 104^;

dS5

li&t que neiM «tlmoM kè «nf rés de DM Aire plus grands, d'autant mieux remarquoDS-nom rinflpllé de sa puitsance; et d'autant que cette infinité nous est mieux connue, d'autant sommesnous plus assurés qu'elle s'étend jasques a toutes les plus particulières actions des hommes* Je Be crois pas aussi que par cette providence particulière de Pieu, que totre altesse dit être le iènd»ment de la théelegie, tous entendies quelque cliangement qui arrive eu ses décrets à roeoafltoa des actions qui dépendent de notre libre arbitre: car la théologie n'admet pointée changement, ta lorsqu'elle nous oblige à prier Bieu^ ce n'est p« afin que nous lai enseignions de quoi c'est que nous avons besoin, ni afin que nous lichloBS d'Iliipétrer de lui qu'il ebauge quelque chuse en l'or-^ dre étaUi de toute éternité par su providence, Tun et Tautre serait biàmable^ mais c'est setile^ ment afin que nous «^tenions ee qu'il a vouio dé toute éternité être obtenu par um prières. Et je crois que tous ke théologleos sont d'aetMrd en ceci, même ceux qu'on nomule M Arméuiefis, qui semblent être ceux qui défirent le plus au !!•' bre arbitre.

J'avoue qu'il est dilflclle de mesorer ^aetetnetrt jusques où la raison ordeune que nous nous in^ téressions pour le publie, mais aussi n'est-ce petê une chose en quoi il soît néoessalre d'être fort exact ; il suffit de satisfaire i sa conscleuee, et on peut en cela donner beaucoup i son Incllnatkm ; car Dieu a tellement établi l'ordre des choses, et conjoint les hommes ensemble d'une sî étroite so^ ciété, qu'encore que ehaeun rapportât lont k sol-' mémo et n'eût aucune charité pour les autres, il ne laîsseroit pas de s'employer urdiBalremevt pour eux en tout ce qui seroit de son pouvoir^ pourvu qu*il usât de prudence, prineîpaiemeat s'tt tivoft en un siècle ou le» mœurs ne lussent peint corrompues. Et outre eda, comme c'est une ehose pks haute et plus glorieuse de faire du bien aul autres hommes que de s'en procurer à soî^mêtte i aussi sont-ce Ic plue grandes âsses qui y. ont le pftfs* d*inclinatien et font le moins d'état des bfens qu'elles possèdent ; il n'y a que les folbles et h&ss^ qui s'estiment plus qu'elles ne doivent, et sout comme les pelfls vaisssaHx que treisgouttes d'esff peuTcnt remplie» èe sais que votre altesse tr'esf pas de ee nombre, el qu'au lieu qu'on se peet Inciter ce» âmes basses è prendre de la pciiie pour autrui qu'ea leur isisaut voir qu'ils en retireroiit quelque profit pour eux-mêmes, il faut pour Tintérêt de votre altesse lu) représenter qu'elle ne pourrait être longuement utile à ceux qu'elle afIectiOBUe, si eUe se négllgeolt sef^même, et la prier d'avoir soin de sa santé. C'est ce que idlu etc

H-W.— tfettRE APOLOGÉTIQUE »E M« BESGARTES

AUX MAGISTRATS VB tA TltLE U'unUCHt^

MMi vesTius vkâB st nts.

(LetlseldntomsQL)

SOfoinieUL Messieurs,

Ceux ^i savent les confinuèlTe$ injures que j'ai reçues depuis quatre ans de Voëtius trouvent étrange que je n'aie point encore taché de m'en ressentir; non pas que l'on juge que leure fiàroles ou leurs écrits fusseiït dignes que Je âd'arrêtasse aucunement à eux, s'ils ne se servoient point de taire autorité pdur m'offenser ; mais parce qu'ils appuicmt toutes leurs calomnies sur un jugement qu'ils prétendent que vous avez donné contre moi| on croft qne je suis obligé à la défense de mou honOeuf . Et de vfai c*esl bien aussi mon opinion | mais l'afftfire que j*ai eue contre Schoocky et depuis celle qu'il û eue contre Gisbert Voëtius, sont caase que ]é Tai différée. J'ai souffert cependant toutes les bravades de ces messieurs, qui m'appeV' lent injudeusement desertorem causœ^ etmedé-** fient d'aller en votre ville, comme si j'en étols banal : ils disent même, comme par menace, qu'ils gardent encore une action contre moi, dont ils se serviront en son temps ; en sorte que, quand je ne le voudrois pars, ils me contraignent eux-mêmes à me défendre.

Mais afin de procéder par ordre, et que, si je ne suis pas assez heureux pour vous satisfoire, je puisse au moins satisfaire le reste du monde « et faire voir à tûtite la terre que je n'aurai jamais rien omis, non-seulement de ce qui peut être de mon devoir, mais même de la civilité, pour méri* ter d'être traité par vous autrement que je ne l'ai . été, je vous eiposeraî ici sommairement la justice de ma ctttise et rinjusticede mes ennemis, afin que j'en ptilsse avoir raison par vous-mêmes, s'il est . possible ; et sî je ne le puis, que vous me fassies . au mol os la faveur de m'apprendre quelles sont les procédures qui ont été faites contre mol dans votf o ville, par quels juges elles ont été faites , et sur quoi elles sont fûiidées ; car je n'en ai encore rieu su que par leurs écrits ou par les bruits qui sont semés eo leur faveur, sur lesquels je ne puis m'assurer.

En l'an 1639 , au mois de mars, M. Mœimh»^ professeur en votre académie, et le principal ornement qu'inné ait, fit une oraison funèbre en l'honneur de M. Revery, qui avoit aussi été l'un des

premiers ornements delà même académie: et entre plusieurs choses quMl dit de lui, il employa la principale partie de son oraison à le louer de Tainitié qu'il ayoit eue avec moi» en me donnant de •I grands éloges que j'aurois lionte de les redire. Je mettrai seulement ici le titre et la conclusion d'un éloge qu'il joignit à cette oraison funèbre , lorsqu'il la fit imprimer. Voici le titre : Ad mânes defuncti, qui cum nobilisgimo viro, Renato Descaries, nostri sœculi Atlante et Archimede unicOj vixit conjunctissimè , ahdita naturœ et cœli extima penetrare ab eodem edoctus. Et en la conclusion, il parle ainsi au défunt :

Et nova quœ docuU, tibi maïc comperta paiescunt, Omniaque in UquUto amt manifesta die;

Vt merito (Èubites^ utrum magis iUUu arti. An nunc indigelœ êint mage clara UbL

Ces louanges furent agréables aux plus honnêtes gens de YOtre ville, comme il parut de ce qu*on troova bon que Timprimeur de votre uni- Tersité les rendît publiques, et elles étoient hors de tout soupçon de flatterie, pource que M. i£milius ne me connoissoit en ce temps-là que par réputation et par mes écrits. Je ne les avois pas aussi recherchées; au contraire» quelques autres vers qu'il avoit faits sur le même sujet m'ayant été envoyés pour les voir, et par après redemandés pource qu'il n'en avoit point de copie et qu'il désiroit les faire imprimer, je trouvai une excase pour ne les lui pas renvoyer ; non que les louanges qui venoient d'une personne de son mérite me déplussent, mais parce que, sachant qu'il est impossible d'être un peu extraordinairement loué par ceux qui sont très louables eux-mêmes que ceux qui prétendent de l'être et ne le sont pas ne s'en offensent, ce m'étoit assez de savoir la bonne opinion qu'il avoit de mol sans désirer qu'il la publiât.

Peu de temps après, savoir au mois de juin de la même année, G. Voëtius fit de longues thèses, de Atheismo^ et bien que je n'y fusse pas nommé, ceux qui me connoissent peuvent assez voir qu'il Y a voulu jeter les fondements de l'opiniâtre calomnie en laquelle il a toujours depuis persisté ; car il y a mêlé parmi les marques de l'athéisme toutes les choses qu'il savoit m'être attribuées par le bruit commun, encore qu'il n'y en eût aucune qui ne fût bonne; et, ce qui est ici remarquable, c'est qu'il ne me connoissoit aussi que par réputation et par mes écrits; en sorte que les qualités qui avoient donné sujet aux louanges d'iSmtUus étoient les mêmes dont Voëtius tiroit le venin de ta médisance.

Je ne dirai point combien de personnes m'ont assuré depuis ce temps là qu'il tâchoit de per-

suader que j'étois athée, et comment il répandoit ce venin de touscêtés dansces provinces, caril voudroit que je lui prouvasse, et pendant qu'il aura le pouvoir qu'il a dans votre ville, il n'y a personne qui fût bien aise d'y être témoin contre lui. Je me contenterai de dire que l'anoée sui vante il alla chercher jusque dans les cloîtres de France un des plus ardents protecteurs de la religion romaine^ pour tâcher i faire ligue ayeclni contre moi, comme si j'eusse été l'ennemi de toi» les hommes. Je répéterai ici quelques mots de la lettre qu'il lui écrivit, dont j'ai l'origiiMl entre les mains et dont je vous ai ci-devant donné copie. Voici ces mots : Renati Descaries phUosopkemata qucBdam gallicê in quarto édita tidisti procul dubio. MoUtur iUe vtr, sed m nimis, ut opinor, sectam novam, nunqum antehàc in rerum nature visam atU audiiam, et suni qui iUum admirantur atque adorant tanquàm navum Deum de calo lapsum, £t an peu après : Judicio et censures tua^svppratp sius subjici debebant; à nuUophysico autm" taphysico feliciùs dejiceretur quam à te, quippe qui ed in parte pkUosophiœ excellis, in qud ilh plurimim passe creditur^ in geometriâscilicet et opticd, Certus dignus kie labor eruditim et subtiUtate tud^ veritas à U asserta hactenm, et in concUiatione theologiœ ac metaphysicŒ et physicœ cum mathesi ostensa te reguirii vindicem, etc. Sur quoi je vous prie de remarquer que, bien que ce ne soit pas un crime d'avoir amitié avec des personnes de diverse religion, et de leur écrire (autrement vous seriez tous criminels, à cause de l'alliance que vous avez avecnotre roi) , toutefois en ce saint réformé, qui m'appelle or. dinairement jesuisteutrum^ et qui n'a point de plus fréquente raison pour me rendre odieux auprès de vous que de me reprocher ma religion, c'est une preuve certaine qu'il ne garde pas les règles qu'il prescrit aux autres, et qu'il n'«J point si scrupuleux quand il croit que le peuple n'en saura rien, qu'il ne soit bien aise de rechercher l'amitié d'un de nos religieux et de le reconnoître pour défenseur de la vérité en lui disant : Veritas à te asserta, et in eandUatme iheologÙB ostensa, etc., pourvu qu'il paisse par son moyen me faire quelque déplaisir.

Et afin que vous sachiez que ce n'étoit point qu'il trouvât quelque chose i reprendre en me» opinions (lesquelles il n'étoit pas capable d entendre), mais que c'étoit par une pure maligm^ qu'il lâchoit de me décrier, comme l**"^"!^,^ quelque nouvelle hérésie, en disant : JH^J'**^ iUe sectam novam, etc. —Et sunt fU» ^^

(î) « te p Bicrsennc, miDime. »

ANNÉE l«4fi

màoramt ianquàm Deunkj etc.» je dirai Id ce qoe contenoit la réponse que lui fit oe docte et prudent religieui, qui fut qu'il seroit bien aise d'écrire contre mes opinions, en cas qu'il eût quelques raisons pour les impugner, et que pour ce sujet il le prioit de lui envoyer celles qu'il avoit ou qui pourroient être fournies par ses amis, et qu'il en chercheroit aussi de son cAté. Mais jamais Yoêtius ne lui en a envoyé aucune, bien qu'on m'ait nommé des personnes qull avoit employées pour en chercher ; il s'est seulement contenté de lui écrire sa comparaison avec Yaninus» qui est l'une de ses principales calomnies, et de faire courre le bruit que oe religieux écri- Toit contre moi.

De pius, afin qu'on sache que je ne crains pas qu'on impugne mes opinions en matière de science , et que je ne m'en offense en aucune façon lorsqu'on n'use point de calomnies contre mes mœurs, je dirai encore Ici que ce sage religieux m'envoya sa réponse ouverte, en laissant à ma discrétion d'en faire ce que je voudrois, et que je l'adressai fidèlement moi-même i Gisbert Yoêtius, après que je l'eus lue et fermée. En quoi on ne peut dire qu'il y ait aucune finesse ou collusion ; car ce religieux avoit intention de faire ce qu'il promettoit, et si Yoëtius avec toute sa cabale lui eussent pu donner la moindre raison contre moi, il n'eût pas manqué de l'écrire, et mol j'en eusse été fort aise, comme il a paru en ce qu'il en a lui-même depuis écrit d'autres, que j^ai moi-même fait imprimer sous le titre de Secondes objections contre mes Méditations.

Je ne parle point de ce qui s'est passé pendant ces années-là au regard de M. Regius, qu'on pensoit eD8(»gner mes opinions touchant la philosophie, et qui a été en hasard d'en être le premier martyr, bien que j'aie vu depuis peu, par un livre qui porte son nom, qu'il en étoit plus innocent que je ne pensois ; car il n'a mis aucune chose en ee livres touchant ce qui peut être rapporté à la théologie, qui ne soit contre mon sens. Mais je sois obligé de dire que sur un mot de ses thèses, qui n'étoit d'aucune importance, ni même différent de l'opinion commune de la façon qu'il l'interprét<^t, Yoêtius fit d'autres thèses contraires qui furent disputées trois joura durant, et que j'y fus nommé, afin qu'on ne pût douter que ce ne fût moi qu'il tenolt pour auteur des opinions auxquelles H donnoit pour éloge en ses thèses que ceux qui les croient sont athées ou bêtes ; et que comme si j'eusse été le chef de quelque nouvelle secte d'hérétiques, ou que j'eusse voulu faire le prophète, U disoit de moi par moquerie, Elias

I ruttdamenta pAytioa de M. Leroi.

DSSOàlTSS

temei. Et même qn*!! fut sur le point de déclarer M. Regius hérétique, au nom de sa faculté de théologie, si l'un des principaux de votre corps* ne l'eût empêché ; et enfin qu'on publia ensuite un jugement*, au nom de votre académie, où mes opinions étoient condamnées sous le nom de Nova et prœsumpia philosaphia; après quoi il ne lui restoit plus que d'employer sa faculté de théologie (qui est toute à sa dévotion, ainsi qu'il a para depuis) pour se plaindre de moi aux magistrats, comme de l'auteur d'une doctrine si pernicieuse qu'elle avoit rendu l'un de vos professeura hérétique. Lesquelles choses étant venues à ma connoissance, j'aurois été imprudent si j'avois manqué de m'opposer aux machinations de cet homme; et je ne le pouvois faire d'aucune façon plus juste, plus honnête, et dont il eût moins de sujet de se plaindre, que de celle dont j'usai pour Ion ; car je me contentai de raconter par occasion dans un écrit que j'avois alon sous la presse les Injures que j'avois reçues de lui, afin seulement d'éventer la mine et de rompre le coup de ses médisances, en faisant savoir à ceux qui les pourroient ou!r qu'elles ne dévoient pas être crues sans preuves, d'autant qu'il m'étolt ennemi.

Ce que j'écris ici pour détromper ceux à qui cet homme de bien a persuadé que je l'avols attaqué le premier ; car je serai bien aise quMIs sadient qu'outre les mauvais discours que j'apprenois de toutes parts qu'il tenolt de moi en ses leçons, en ses disputes, en ses prêches etailleura, et outre les lettres écrites de sa main, dont je garde les originaux, en l'une desquelles il me compare avec Yaninus, sur quoi il fonde la plus noire et la plus criminelle de toutes ses médisances, je puis compter sept divera imprimés par lesquels 11 avoit tâché de me nuire, avant que j'eusse jamais rien écrit, ou dit, ou fait contre lui ; à savoir quatre différents. De atheiemo; un cinquième, qu'il nommoit Carollaria ikeiibus de jubileo mbjecta ; un sixième, qui étoit, Appenr dix ad ista coroUaria^ ou Thèses de formis substarUialibus; et enfin le Judicium academiœ Vltrajeeiinœ pour le septième ; non pas que je veuille rien ôter de la part que ses confrères prétendent i ce dernier ; mais, parce qu'il étoit lûora leur recteur, ils ne peuvent nier que la principale ne lui appartienne. On dira peut-être que je n'étois point nommé en la plupart de ses imprimés ; mais il ne l'étoit point aussi dans le mien, ni même votre académie, ni votre ville; en sorte qu'il n'y avoit autre différence sinon que les choses que j'avois écrites de lui étant toutes vraies, l'offensoient bien plus que ne m'offensoient celles

(I) « hd consul Van der Hoold[. »

(9J icVoyezIaleluvMiP.DlDeL»

COBIUMPQÎfPAlïCE.

qu'il avoit écrites contre ropit (ffû étotant noD* seulemeoi fausses» mais aussi hors de toute apparence. En effet il se piqua de telle sorte que j'appris un peu après qu'il consultoit pour me faire un prooàs d'injures, et qu'il composoit ce^ pendant contre moi divers écrits ; en sorte qu'il t¥oit dessein de me battre et de m'appeler eQ justice en mémo temps, afin que le battu payât l'amende.

Et j'étols averti de divers lieux quMi écrivoit contre moi; on me le mandoit même de France, tant cela étoît commun. On me disoit aussi des choses particulières qui étoi^nt en sas écrits, e| qui se trouvent maintenant les qnes dans la prér face du livre qui porte le nom de Scboock, et les autres dans la narration historique qui porte h nom de votre académie. Même on m'apprenoit qu'il délibéroit sur lo choix ifis personnes qu'il feroit écrire contre ipoi, c'est-à-dire qui publieroient sous leur nozn les écrits qu'il composoit, itylum faciendo suum, et ajoutant du leur ce qu'ils pourroient ; et qu*eo une assemblée de plusieurs personnes, quelqu'un avoit dit qu'il devoit employer son fils à cela ; ipais que sa mère, ayant pris la parole, avoit répondu qu'il étoit encore trop jeune pour hasarder sa réputation, et que s'il falloît que quelqu'un écrivit ce seroit plutôt son mari. On ne parloit pas encore de Schoock, et plusieurs savoient déjà ce qui seroit dans le livre qui a été mis sous son nom. Ce que je remarque, afin que vous considérieis combien il y avoit peu d'apparence après cela que Yoëtius pût persuader (contre la conscience d'une infinité de personnes qui savoient les mêmes choses qu« moi) qu'il seroit innocent des livres qu'on publleroit pour le défendre; ^t que moi^ ayant reçu les six premières feuilles d*Mn tel Ijvrie, qui ne portoit le nom d'aucun auteur, j'avois très juste sujet d'adresser i Voêtius la réponse que j'y voulois faire.

Mais le principal motif que j'ai eu pour écrire cette réponse n'a pas été l'éno^mité des injures que je trouvois dans ces leuiiles; elles étoient si absurdes et si peu croyables qu'elles me doqnoient plus de sujet de mépris qiie d'ofiGsose. J'y ai été poussé par trois autres plus fortes raisons; dont la première est l'utilité du public, et le repos de ces provinces, qui a toujours été désiré et procuré avec plus de soin par les François que par plusieurs naturels de ce pays ; et bien que je ne voulusse accuser Voëtius d'aucun crime , j'ai pensé que je rendrois quelque service à oet état si je faisob connoltre aux plus simples los vérités que je savois de lui , pour le récompenser des faussetés qu'il publioit de moi, en feignant que c'étoit adprm/MnUionem HudiosœjuventutU,

Ma seconda raison a été qoe j'ai ero pirtiadh» méat faire plaisir à plusieurs de votre ville; im point a ceux qui sont ennemis de votre reli|ioD, ainsi qu'il tâche impertioemment de perradei ( car je crois qu'il n'y en a aucun qui ne li né* prise de telle sorte qu'ils seroient bien aiieKp tous ceux qui la défendent lui res9einblassMt)i mais à quantité des plus zélés et des plus hoDoétes gens de ceux qui la suivent, même i qodques-uns de vos ministres, auxquels je doiseette louange que bien qu'il ait fait tout son powble pour les engager i son parU et qu'il ait nrfoie présenté requête à oeite fin, comme j'apprends des écrits de son fils, il n'a pu obtenir im aucune chose à mon préjudice ; et même, le t»- Oiûignai^ qu'il a eu du consistoire fait voir qslls l'ont refusé ; car, après avoir transerit da m à mot la requête qu'il leur avoit faite, en bquelle je suis nommé, ils lui donnent uo «npie témoignage de ses mceurs, tel qu'Us ne le peuveoi honnêtement refuser à aucun de leurs ooolMra pendant qu'il n'a point encore été repris de jmtioe, et qu'ils ne le veulent point accuser ; maii ils p'y font aucune mention de moi, aideriai qui me puisse toucher ; et même ils dédareat qoe c'est i votre requête qu'ils lui donnent ce téawignage : Op hei versoeck van de cu^iboerektren magisiruet der $tade Ulrecht, etc. S^j^ requête de meseiewrt lee metfistraU ik /si^ d^Utrecht. En sorte qu'ils ne lui aaroieQt f^ être pas donné si ç'avoit été loi seul qol Teûl demandé ; et maintenant encore j'ose eroin qo' si on sépare de leur nombre ceux qui sont rtcoonus pour ses créatures ou pour ses diaciplei,et qu'on demande aux autres leur sentimeot toa^ chant le faux témoignage qu'il a presariM Scboock contre moi, ils ne manqueront pas d'^ juger ainsi que la vérité le requiert* Ma troisième raison est que, puisque Yoëtius mMaal^^ faire un procès d'injures pour m'obligera vérifier les choses que j'avols mises en passant et ^ abrégé dans mon écrit précédent, je peottiqo^ je les devois toutes expliquer, et prouver « durement par un second écrit que cela 06 pi' exempter de la peine de les prouver devant dai juges, et même lui éter i^ volonté de 0'f eoDtraindre.

Ainsi, ayant dressé mon seoood écrit as m sorte qu'il se pouvoit aases défendre de sst même et défendre aussi le premier, eteaty^ot envoyé des exemplaires i messieurs vw û^ bourgmestres d'alors, lesquels leur furent donwi par deux des plus qualifiés de votre ville, ^^ leur firent des compliments de ma P*^^J *[^ que je fus surpris, quelques semaines ^P**^' 'J,, que je vis votrç puhUpaUOA du 18 jiM^ i^**'

ANNSÇ 164d.

son pas que Je ne fosse bien aise de œ qu'elle coDteDûU au regard de Yoëtius, car j'y trouvois sa coudamoatiou manifeste , en ce que vous y déterminies qu*il étolt iautile et mène grande* iseQt nuisible à votre ville si les choses que j*al écrites de lui étoient vraies, et j'étois assuré de leur vérité ; mais j'admirois que vous m*6ussiez cité pour les vérifier, comme si vous eussiez eu quelque juridiction sur mol ; j'admirois aussi que cette citation eût été faite avec grand bruit au son de la cloche, comme si j'eusse été criminel ; enfla, j'admirois que vous eussiez supposé pour cela que vous étiez incertains du lieu de ma demeure^ car messieurs vos bourgmestres pou* voient aisément s'en rendre certains, s'ils ne l'étoient pas, en prenant la peine de s'en enquérir à ceux qui leur avoient donné mon livre. Toutefois, à cause que cette façon de procéder pouvoit avoir diverses interprétations, et que je pensois avoir mérité votre amitié et non pas votre haine, je m'assurai que vous n'aviez point dessein de me nuire, mais seulement de faire éclater l'affaire, afin que celui qui étoit coupable et sujet à votre juridiction pût être puni avec l'approbation de tout le mondât

C*e5t pourquoi je fis imprimer aussi ma réponse i cette publication, dans laqtielle, après vous avoir remercié de ce que vous entrepreniez d*examiner les mœurs d'un homme qui m*avoit offensé , je vous priai par occasion de vouloir aussi vous enquérir s'il n'étoit pas complice du livre imprimé sous le nom de Schoock, dans lequd je sqis calomnié ; non point que j'assurasse pour cela qu'il en fût coupable, mais pource que tout le monde l'en soupçonnoit, j'avois juste raison de vous prier qu'il vous plût vous en enquérir. J*y déclarai aussi très expressément que je *ne voulois point me rendre partie contre lui, et que je protestois dUnjure en cas que vous voulussiez prétendre quelque droit de juridiction sur mei ; et enfin je m'olîrols, en cas qu'il ae trouvât quelque chose en mes écrits dont vous désirassies plus de preuves que je n'en avais donné, de vous en donner de suffisantes, lorsqu'il vous plairait m'en avertir.

Après une telle réponse, je ne pensois pas qu'il fût possible que vous eussiez aucune intention de me molester, vu principalemenique j'apprenois de divers lieux que mon ^vre avoit été lu soigneusement par une infinité de personnes, et même par plusieurs magistrats des principales villes de ces provinces, sans qu'aucun y eût rien remarqué dont Voêtius eût droit de se plaindre ou vous occasion de me blâmer, et que ma cause étoit si généralement approuvée que oeux qui en aYOientouî parler & {Âualeurs milliers de per-»

sonnes assnroiept n'en avoir rencontré que dam qui tâchoient de persuader que j'avois tort; al ces deux étoient reconnus pour les fauteurs d^ Yoëtius, ou pour ses émissaires , comme parle Schoock, qui assure qu'il en a plusieurs^ et il Iff doit bien savoir.

Je m'étonnois néanmoins de ne recevoir ploi de nouvelles d'Utrecht, ainsi que j'avois coutiiQHi auparavant, et je demeurai trois mois sans apprendre ce qui s'y passoit, au bout desquels j'en reçus deux lettres, l'une après l'autre, écrites d'une main inconnue, et sans nom, par lesquelles j'étois averti que votre officier de justice m'avoU cité pour oomparoître en personne, comme ari«* minel, et que je n'étois pas même en sûreté en cette province, a cause que, par un accord qui est entre'vous, les sentences qui se donnent en la vôtre s'exécutent aussi en eelle-ei. Je pensai d V bord que c'étoit une raillerie, et ne m'en émus point. J'allai néanmoins à La Haye pour m'en ea^ quérir, et apprenant que la chose étoit telle qu'on me Tavoit écrite, je m'adressai à M« l'ambassa* deur de la Thuillerie, qui fut très prempl k mV bliger, comme aussi généralement tous les autres à qui j'eus l'honneur de parler, et ainsi je n'en» aucune difficulté à obtenir ce que je ii^Mêt

Mais je n*avois demandé autre ehesa slm que le eours de ces procédures exIraerdlMirs» fût arrêté, parée que je oreyeis queee fasient h» premières, et je ne savais rien de la senteM» qu'on dit que vous aviei donnée avaat ae temp»* là centre mol. Je D'en appris atcunea noitveèls» que quelques semaines après, que me reoeontrasl. en conversation avee quelques-uns éi ees esprits nobles et généreux qui s'intéressent pour la ju»t tice, eaoof e même qu'ils n'aient polirt de femi-» Uarité avec ceux auxquels Us se persuadent qu'aa a fait tort, j'appris d'eux qu'on avolt puMlé aeatro moi une sentence en votre nom, par laquelle lot deux écrits où j'avois parlé de VeétiuaéteieBt eosf damnés eomme des libelles diiXittiatoires; et pource que je fsisois diiSeulté de le oroîre, nr ce que j'avois des amis en voire vUle qui id m'ea avoient aucunement averti, bien çi'ils n'eansDl point manqué auparavant de me donaer avis de votre publication du 13 juin, ils me répondirent que cette publication du 13 juin avoit été ialto d'une façon plus célèbre que d'ordinaire» avee plus grande convocation de peuple • et qttlello avoit été imprimée, affichée, et envoyée avec soin en toutes les principales villes de ces provinces » en sorte que ce n'étoit pas merveUle que j'en aasso eu connoiflsance; mais que, depuis la réponse que j'y avols faite, on avoit entièremeol diangé de style, et que mes ennemis avoient eu autant de soin d'empêcher que ce qu'ils préparoieft i

CORRESPONDANCE

moi ne Ittt su, qae si c^eflt ét£ un dessein pour sorprendre quelque ville dé rennemi ; qu'ils au- Toïent voulu néanmoins observer quelques formes, et que pour ce sujet la sentence qu'ils tTOlent obtenue de vous avoit été lue en la maison de ville, mais que ç'avoit été à une heure ordinaire, après d'autres écrits, et lorsqu'on jugeoit qu'aucun de ceux qui m'en pouvoient avertir n'y prendroit garde; et que pour les citations de Totre officier, qui dévoient suivre, ils ne s'en étoient pas tant mis en peine , pource qu'ils pen- Mient que quand j'en serois averti je n'y pourrois plus apporter de remède à cause que, mes livres étant déjà condamnés et moi cité en personne, ils se doutoient bien que je ne comparoîtrois pas et que la sentence seroit donnée par défaut, laquelle ne pouvoit être plus douce, sinon qu'on me banniroit de ces provinces, qu'on me eondamneroit à de grosses amendes, et que mes livres seroient brûlés. Même quelques-uns assurent que Voëtius avoit déjà transigé avec le bourreau afin qu'il fit un si grand feu en les brûlant que la flamme en fût vue de loin.

On ajoutoit aussi que leur dessein étoit après cela de faire imprimer , sous le nom -de votre académie» un long narré de tout ce qui auroit été Mt, et d'y ajouter plusieurs témoignages et plusieurs vers, tant pour louer G. Yoëtius que pour me blâmer, et envoyer soigneusement des exemplaires en tous les endroits de la terre, afin que Je ne pusse plus aller en aucun lieu où je ne trou* vasse mon nom diffamé, et où la gloire du triomphe de Voetius ne s'étendît.

Pour preuve de cela, on me disoit que, depuis que le cours de ces procédures avoit été arrêté, on avoit encore publié au nom de votre académie le narré de ce qui s'étoit passé avant mon premier écrit, avec quelques-uns de ces témoignages en faveur de Yoëtius ; et que c'étoit le reste de sa poudre qu'il avoit voulu tirer, après avoir perdu l'espérance de l'employer mieux.

Je demandois quels fondements ou quels prétextes on avoit eus pour procéder contre moi de U sorte ; mais on ne m'en pouvoit rien apprendre de certain. On disoit seulement que depuis votre première publication tous les fauteurs de Voêtius avolent été continuellement occupés à médire de mol en toutes les assemblées et en tous las lieux ou ils avolent pu trouver quelqu'un pour les écouter ; au moyen de quoi ils avoient tellement animé le peuple qu'aucun de ceux qui •avolent la vérité et avoient horreur de leurs calomnies n'osoit rien dire à mon avantage, principalement après avoir vu de quelle sorte M. Réglas étoit traité, duquel je ne raconte point Ici

que néanmoins , lorsqu'on examinoit toutes tes choses que ces buteurs de Yoëtius disoient de moi, on trouvoit qu'elles se rapportoient à deux points ; l'un étoit que j'étois disciple des jésoito, que c'étoit pour les favoriser que j'avols écrit contre ce grand défenseur de la religion îë&t* mée, 6. Yoëtius, et peut-être même que j'aTOis été envoyé par eux pour mettre des troubles en ce pays. L'autre point étoit que je n'avois jamais été offensé par Yoëtius, et qu'il n'étoit aociue* ment auteur du livre écrit contre moi, mais Schoock seul, qui, se trouvant aussi alors en votre ville, l'en avoit entièrement déchargé et tooloit en avoir tout Thonneur ou tout le blâme; de façon que j'avois eu très grand tort d'en accuser Yoëtius comme j'avois fait pour avoir prétexte d'écrire contre lui, et ainsi apporter du scandale à votre religion. Ce qui donnoit occasion déjuger que votre sentence avoit aussi été fondée sur ces deux points ; et il semble qu'on avoit raison, sll est vrai qu'elle soit telle qu'on l'a imprimée dans le libelle sans nom intitulé Aengerangen prmdurefif etc., dont Schoock assure que le jeune Yoëtius est auteur.

Après que j'eus appris toutes ces choses, je pensai que je devois rechercher les moyens de me justifier, et de faire savoir Téquité de ma cause à tous ceux qui pouvoient en avoir mauvaise opinion. Mais pour le premier point, je n'avois aucune difûôilté à m'en excaser; car étant du pays et de la religion dont je sais, il n'y a que les ennemis de la France qui me puissent imputer à crime d'être ami ou de rechercher l'amitié de ceux à qui nos rois ont coutume de communiquer le plus intérieur de leurs pensées, en les choisissant pour confesseurs : or chacun sait que les jésuites de France ont cet honneur; et même que le R. P. Dinet ( qui est le seul auquel on me reproche d'avoir écrit ) fut choisi pour confesseur du roi peu de temps après que j'eos publié la lettre que je lui adressois. Et si nonobstant cette raison 11 y a des gens si partiaux et si zélés pour la religion de ce pays qu'ils s'offensent qu'on ait communication avec ceux qui ibnt pro* fession de Timpugner , ils doivent trouver cela plus mauvais en Yoëtius, gui, voulant être eccksiarum Belgicarum decùs et omamerUum,^ laisse pas d'écrire à de nos religieux dont la règle est plus austère que celle des jésuites, et de les appeler les défenseurs de la vérité , pour tâcher d'acquérir leurs bonnes grâces, que non pas en un François qui fait profession d'être de la même religion que son roi. Mais, outre cel«» pour vous faire voir combien Yoëtius se plaît à tromper le monde et à persuader à ceux qui I»

rustolre poorea que vous la savez assez; mais i croient des choses qu'il ne croit pas hii-mênw

âNMËE 1646.

si TOiM prenez la pelDe de lire le petit livre intitulé Septimœ objectûmes, etc., qoi contient la '^ lettre sur laquelle il 8*est fondé pour m'objecter Famitié des jésuites, et dont il a obtenu de tous k condamnation, à ce qu'on dit; ou bien s'il tous pliit seulement de demander à quelqu'un qui Tait lu de quoi c'est qu'il traite, tous saurez que tout ce livre est composé contre un jésuite, duquel toutefois je fais gloire d'être maintenant ami. Et je veux bien que Ton sache que mes maîtres ne m'ont point appris i être irréconciliable. Yoos saurez aussi que j'y avois écrit vingt fois plus de choses au désavantage de ce jésuite, que Je n*avois fait au désavantage de Yoêtius, duquel je n*avols parlé qu'en passant et sans le nommer; en sorte que, lorsqu'il a été cause que vous avez condamné ce livre, il semble s'être rendu le procureur des jésuites, et avoir obtenu de vous en leur faveur plus qu'ils n*ont tâché ou espéré d'obtenir des magistrats d'aucune des villes où Ton dit qu'ils ont le plus de pouvoir. Et il a pris prétexte sur quelques mots de civilité que j'avois mis en ce livre pour &ire croire à ceux qui verroient seulement ces mots, sans lire le reste, que j'avois grande intelligence avec les jésuites. Ce qui est le même que si quelqu'un m*accusoit, non pas en France ou des accusations si frivoles seroient méprisées, mais en un pays où l'inquisition seroit fort sévère, d'avoir grande amitié avec Yoëtîus, et qu'il le prouvât parce que je le nomme celeberrimum virum en l'inscription d'une longue lettre que je lui ai adressée; car je m'assure que ceux qui sauroient ce que contient cette lettre verrolent bien que celui qui m'auroit ainsi accusé auroit pris plaisir à mentir et se seroit moqué de ceux auxquels il auroit dit de telles choses.

Pour ce qui est de l'autre point, encore que j'eusse assez de témoins pour le réfuter, si je les eusse voulu nommer, je pensai que le plus droit chemin que je pouvois tenir étoit de m'adresser à Schoock, afin qu'il pût être puni en la place de Yoëtius s'il vouloit se charger de son crime, ou bien que s'il n'étoit pas assez charitable envers lui pour cela, et qu'il voulût mériter quelque excuse, il fût obligé de découvrir la vérité.

La prudence, l'intégrité et la générosité de eeux qui gouvernent en la province où il est me fit etf^reT qu'ils ne me refuseroient pas justice lorsqu'elle leur seroit demandée, nonobstant que je n'eusse jamais eu l'honneur de parler à aucuns d*eux avant ce temps-là et que Schoock les eût tous pour amis, et même qu'il fût le recteur de leur université lorsque je formai ma plainte contre lui ; car, comme il n'y a rien que la justice qui maintienne les Etats et les empires, que c'est pour

l'amour d'elle que les premiers homines ont quitté les grottes et les forêts pour bitir des villes, que c'est elle seule qui donne et qui maintient la liberté ; comme au contraire c'est de l'impunité des' coupables et de la condamnation des innocents que vient la licence, qui, selon la remarque do tous les politiques, a toujours été la ruine des ré« publiques, je ne doutois point que des magistrats très prudents, qui désirent le bien de leur Etat et sont jaloux de leur autorité, n'eussent grand soin de rendre la justice lorsque je la leur auroit demandée.

Yous ayez su depuis ce qui en est réusd, et comment MM. les professeurs de l'université de Groningue, que Schoock a désiré avoir pour ses juges, ayant usé envers lui d'autant de douceur qu'il en pouvoit souhaiter, n'ont pas laissé néanmoins, par une singulière prudence, de me donner toute la satisfaction que j'attendois et que je pouvois légitimement prétendre. Car les particuli'^rs n'ont aucun droit de demander le sang, ou l'honneur, ou les biens de leurs ennemis, c'est assez qu'on les mette hors d'intérêt, aiitant qu'il est possible aux juges ; le reste ne les touche point, mais seulement le public. Or le principal intérêt que j'avois en cette affaire étoit que la fausseté des accusations qu'on avoit faites contre moi en votre ville fût découverte; c'est pourquoi ils ne pouvoient avec justice me refuser les actes qui ser-' voient a cet effet, et que Schoock leur avoit mis entre les mains pour s'excuser. Mais ces actes' sont tels, et font voir si clairement le crime do Gisbert Yoêtibs et de son collègue Dematius, ainsi que je dirai ci-après, que lorsque je les eus reçus, je me persuadai que ces deux hommes n'auroient pas manqué de s'en être fuis, hors de votre villa* sitêt qu'ils auroient été avertis de ce qui s'étoit passé à Groningue; c'est pourquoi je me contentai de vous envoyer ces actes, sans vous faire aucune demande pour ce qui me regarde en particulier, à cause que je ne voulois point ni ne veux point encore me rendre partie contre eux, et que je pensai que vous aimeriez peut-être mieux bire justice de votre propre mouvement en une cause si publique et si manifeste, que si vous y étiez ex* hortés par quelqu'un.

Mais je n'ai encore pu remarquer que les aver-' tissements que j'eus l'honneur alors de vous envoyer aient produit aucun effet; seulement quelques Jours après oA me donna copie de cet acte :

De frœUchap der stadt UireclU ifUerdiceert ende verbiedê tioel scherpeh de Boeckdrudfers en Boeck vercapen binnen de te etadi em de vryheyi van dien ie drucken ofi te doen druchen, mUsgars ie vereopen oft dœn vercopen einige boexkcm ofl geeckriflen pro o/ï eimira

ICORRtSPONDÀNGE.

P^^QfUi, Qfi ar^ràk eorreetie. Àctum dm \ 1 juny 1645. Et signé C. de Ridqubb.

De la justice de la yille d'Utrecht, interdit et défend fort rigoureusement aux imprimeurs et vendeurs de livres dans cette ville et franchise de pouvoir imprimer ou faire imprimer, vendre ou faire vendre, quelques petits livrets ou écrits, pour ou contre Descartes, sous correction arbitraire. Fait le 11 juin 1645. Et signé C. d( Ridoler.

Cçla m*e(it donné occasion de juger que vous vouliez entièrement assoupir raffalre, sinon que /appris en même temps que Yoëtius avoit un livret contre moi sous la presse, savoir, une lettre au nom de Scboocl(, dopt il faisoit achever Timpression sans le consentement de Tauteur, pour tâcher de lui nuire et de publier de nouvelles calomnies contre moi ; on a encore depuis imprimé plusieurs livres au nom de son fils, qiii ont tous été contre moi (bien qu*ils aienf aussi été contré d*<(utre$), et je m*assure que vous ne le nierez pas, puisque vous avez condamné un livre conime étant contre Yoëtius, bien qu'il n'y eût contre l^i que deui ou trois périodes, et que le reste fftt contre un jésuite; mais je n*ai point appris que le« libraires qui ont imprimé ou vendu ces livres écrits contre moi en aient aucunement ^té en peiue.

Outre cels^, Voêtius et Dematius ont si peu de crain^ de la justice pour le crime dojot ils sont Q»nvaij;icus par leurs propres écritures qu'au lieu ce s'ei^ être fuis, ainsi que je m'étois persuadé, Us Oint iuteaté un procès dlnjures contre Schoock, ^mme s'U ies avoit calomniés, à cause qu'il n'a pas voulu persister en la malice qu'ils lui avoient Çfiseignée, et qu'il a osé déclarer la vérité à ses |u^ légitimes lorsqu'il en a été requis, et qu'il 9e pouvoit éviter léâ peines que méritent les calomniateurs, sinon en la déclarant. Mais ce procès, ayant été au commencement débattu de part et d'autre ayec assez dVdeur, a, été tout à coup arrêté, lorsqu'il étoit presque en état d'être jugé, çn sorte que depuis quelques mois j'apprençls qu'il ^e se poursuit plus.

Ce qui est cause que moi qui en attendoia la décision, espérant qu'elle servi^oit beaucoup à faire connoitre les torts que j*ai reçus, je pourrois doréAavant être appelé deseriar caime, comme les Toëtius me nomment déjà ^ si je diffé-. rois davantage à faire tout mon possible pour tacher d'obtenir justice. Et, à cet effet, je crois 9tre obligé de vous dire ici en quelle sorte le jeune Toëtius p^ie des. procédures qu'il dit avoir été ftiites contre moi en votrç ville, et de celles qui ont ^té faites à Groningue contre Schoock, afin que, comparant Içs unes avec les autres, vous puissiez ^emarq^ier s^il vous ohljigé ()^ 90a e^

écrivit de telles choses, et que cela vous Incite i me donner la satisfaction que je prétends.

Entre les divers livres que le jeune Toëtius a publiés pour son père pendant son procès caolre Schoock, dont je ne sais pas le nombre, il y en « un intitulé Pietas inparentem, dans lequel, depuis la quatrième page de la feuille première joiques à là deuxième de la feuille K (les pages n'es sont pas autrement cotées), il pi^rle expressémeot de la sentence qu'il assure que vous avez doonie contre mes livres, et y dit entre autres choses que toute l'aftaire a été con^mise à des dépotés, ts ordine $enator%o et çoUegio pD. prçkssmm, ou , comme il parle en la page treizième de la feuille A, que rcs omnis pcr depuiaU>s politicot et academicos peracia est. Mais quelque soin que j'aie eu de m'enquérir qui ont été ces députés,je n'ai encore pu apprendre les noms d'aucun d'eoi. Il dit aussi qu'ils ont fondé la question dont ili ont voulu s'enquérir sur ce qu'en ma réponse i votre publication du treiziènne juin je vous ai pris que, puisque vous faisiez Yoëtius criminel, et que vous aviez dessein d'examiner sa vie, il vous plil entre autres choses vous enquérir s'il n'étoU pas complice des calomnies qui sont dans le livre écrit sous le nom de Scboock contre moi. £0 suite de quoi il veut que l'on croie qu'ils ont supposé que j'assurois que Yoëtius étoit auteur de ce livre, quoiqu'il soit très certain que je n'ai expressément assuré autre chose sinon qu'il en étoit responsable, ayant été fait pour lui et de sou cousentement, et ainsi qu^ils m^ont fait Taocusateur, ou le demandeur, et Gisbert Yoëtius le criminel, ou le défendeur, nonobstant qu'en cette même réponse, sur laquelle ils ont fondé leur questios, i ce qu'il dit, j'avois très expressément déclaré que je ne voulois point me rendre partie contn Yoëtius ni l'appeler en justice devant vous, et que vous n'aviez point de juridiction sur moi, et çiême que je prot^tois d'injures en cas que tou< en voulussiez usurper aucune.

De plus, il assure q^e son père n'a jamais été oui en cette affaire, et même qu'il ne Ta aucunement sollicita ou procurée. Nunquâmf dit-ili amplissimus genatus pareniem super hoc n^ tio inierrosavUt nec parens ilU quiequa» respandit, nec unquàm judicium senatis o» famosis Cariesii Kbellis solliciiaviU «<*^ f^ curavit. Et il change entièrement la question; car, en votre publication du treizième juin, vous avez déclaré que, si les choses quei'avois éaites de Yoëtius étoient vraiea, il étoit înd%ne des charges qu'il a en, votre ville, et même qu'il j éloit grandement nuisible, et que pour ce sujet vous vouliez prenare l'affaire à cœur et en recherdier la vérité; ce qui ne souffre point d^autre tater-

ÂNN^ 1845.

prtelfôo « rfiion que ?<nm TOtiltol tim» «nqnérir si, eotm ki dMMS que J'ftvois ioritM de lu), eelles que Toue josici le rendre indigoe de ses charges et lui deveir Acre Imputéei à crime Atoleat vraies. Mais la seule oiiose qoe le jevoe VoêUus dll que CBS dépuUe eut examinée (à saTOir, si sou père éloil autour du livre qui porte le nom de Schooci[) n^esC point de ce nombre; car vous n'aves aucu- Boment considéré ce livre comme un crime au regard da celui ou de ceux qui l'ont composé, ainsi qu'il pareft de ce qoe Sdioock 8*en déelaroit oaverteitient Taoteur lorsqu'il étoit en votre TillOt et 8*en diar^eoit pour eb déchaîner Voëtios, sans qoe vous ou vos diputés Ten ayez repris ; et mftme encore à présenti en tous les écrits que publie le jeune Voétius, il loue et défend au nom de son père tout ea qu'il y a de plus mauvais en ne livre, sans toutefois en être puni. De fliçoo que^ au lieu qoe vous avies auparavant déclaré que vooa voulies vous enquérir si Yoëtlus étolt eoapalrte des crimes que je lui avois imposés, il assure que ces députés se sont seulement enquis d'une chose que ni lui ni eux n*ont point tenue pour un crime, et ainsi qu'ils m'ont condamné pource qu'ils ont supposé que j'avais accusé Voêtiue d'une chose pour laquelle on ne Taurolt point condamné, enoore qu'il en eût été convaincu, bien qu'il soit tris vrai qu'il en est coupable et très faux que je l'en eusse accusé ; car j'avols dé^ daré que je ne voulois point me rendre partie contre lui , et dans mes écrits j'assure seulement que oe livre a été fait pour lui , et lui le sachant , ce qu'il ne désavoue en aucune façon.

Outre cela, toutes les preuves qu'il dit qu'on a cherchées he sont autres , sinon qu'on a examiné les raisons que j'avols mises en mon livre pour prouver que son père étoit auteur de celui qui porte le nom de Sohoock , et qu'on ne les a pas trouvées suffisantes. Mais il n'ajoute pas que je n'avois point assuré que son père en fût l'auteur^ et au contraire que j'avols mis expressément eu hi page 261 derédition latine de ce livre, que je ne le voulois point persuader aux lecteurs , mais seulement qu'il avolt été iisit pour lui , loi le sachant et y consentant, qui sont des choses qu'il avoue et qu'il dit que son père n'a jamais niées.

Par quelle règle est-ce donc qu'il veut persuader, je ne dirai pp que j'étols obligé de prouver antre chose que ce que j'avols écrit , mais, ce qui est encore plus étrange, supposer que j'avois été ^ilgé de OMfftre dans mon livre assez de raisons pour prouver une chose que je n'assurols pas être vraie?

li n'i^ioute pas aussi que dans ma réponse à voire pubDcatioa du treizième juin , sur laquelle répanea il dii que ces députés an sent réglés, J'a-

vols mh eipMséaiettt que sMl y avait quelque chose dans mes écrits qui fût d'importance et dont on jugeât que je n'eusse pas donné assez de preuves. Je mV)ifbois d'en donner davantage en cas que j'en ftisse requis; &ob 11 suit qu'ils ne pouvaient tnêtkai» il me Mt prmêetipta iii9lê- 1ère, comme II dit qu'ils ont voulu faire, sinon en me demandant si je n'avois point d'autres preuves qoe celles que j'avols données*

Bnfin , il dit que son père, ad abundanihrtm cauklam, et sans quil en fttl besoin, avolt donné è l'un des députés les déolaratioos ou témoignages de cinq personnes, è savoir : celui de Schoock , auquel on a vu depuis combien il fellolt ajouter de ibi, ayant déclaré devant ses juges , à 6ronin«> gue, qu'il a été sollietté par Voetlus, Bematius et Waeterlaet de donner ce témoignage, et qu'il avoit souvent souhaité, ut infirmé de spectelièiM mterrogarêWr^juaBiâ c&rueienêiëm de ilK$ respofiaunM, d'être Interrogé des circonstances suivant les formes de justice, afin de pouvoir dé^ charger sa conscience; puis celui du libraire qui est afidé aux Voëtlus^ et qui a encore imprimé depuis peu leur TrihiÊmal imquMn, en sorte que s'il n'a rien déposé de fhox pour l'arnoor d'eux, ce que je ne puis dire è cause que je n'ai pas vu son témoignage, il est aisé è croire qu'il n'a aosM rien déclaré que ce qu'il leur a plu , et qu'il a tu le reste, puisque ce sont eux, et non les juges, qui lui ont (hit écrire ce témoignage. Le troisième est celui de Waeterlaet , que Schoock assure avoir été employé par Yoëtlus et Demétios pour aider è le corrompre^ et idosi qu'il n'a pas eu besoin d'être corrompu ; out^e que c'est un si révérend personnage que bien qu'il soit mUfnœ admission nisajmd Voëtiumi néanmoins Schoock s'estime trop bon pour avoir quelque chose à démêler avec lui. I^ quatrième témolpage est de celui qui se dit auteur d'un Je ne sais quel livre Intitulé Jle* ianioeàlumniarmnj etc< Mais cet homme ne peut avoir déclaré autre chose , sinon que c'est lui qui est auteur de ce livre , et non pas Yoétius, auquel je ne l'ai point expressément attribué ; j'ai senleaaent dit que plusieurs l'en soupçonnoient; et quand je lui aurois attribué, cela ne me pourroit être Imputé à crime , pource qu'il ne croit aucunement que ce soit un crime de l'avoir fait, et qu'il le loue et le défend encore à présent le plus qu'il pemt. Le dernier est d'un je ne sais quel étudiant, qui ne sauroit aussi avoir témoigné antre chose i sinon que c^est lui « et non pas Vodtius , qui est auteur de certains vers injurieux distribués en votre académie en sa faveur et en SB présence pendant des disputes ; mais je ne l'ai jamais accusé d'être mauvah poète, j'ai eenlemeot dit qu'U avait liil Adra dea vers, ou du

œBBESFONDÂNCE.

moins qu'il avoit permis qu'ils fusseiit Mis; et oela De peut être nié, outre que des vers de telle sorte sont si peu criminels, au jugement des Yoetius , que le fils en a encore depuis peu fait imprimer d'autres en des thèses qui sont de œ mÂrae étudiant , et autant injurieux que les précédents ; même il y fait cet honneur à votre académie que de dire de quelqu'un, qu'on sait être du nombre de vos professeurs, qu'il est mon iingey ce qu'il exprime en ces termes, Sinùa mendacis Galli , mendaciar ip$e. Et il est aisé à Toir que ces deux derniers témoignages n'ont été joints aux trois précédents que pour faire nombre« et afin que Yoetius pût dire que la sentence n'a pas seulement été fondée sur ce que je lui ai attribué un livre qu'il n'a point fait, mais sur ce que Je lui en ai attribué plusieurs ; et ainsi que ceux qui sauroient la justice de ma cause, touchant chacun de ces livres, pussent penser que je l'ai peut-ébre encore accusé à tort de quelques autres, suivant une règle que lui et son fils ont coutume de pratiquer, et que toutefois ils reprochent aux autres, en disant, Dolus i>ersaiur in gefieralibus. Mais si leurs députés ne se sont fondés, comme ils disent, que sur ma réponse à votre publication , ils n'ont pu s'enquérir que du livre qui porte le nom de Schooclc, pouroe que je n'y ai parlé que de celui-là; et il est certain que je n'ai point assuré que G. Yoetius fût auteur ni de celui-là ni d'aucun antre auquel il n'ait point mis son nom , et que je ne l'ai soupçonné d'aucun qu'il n'ait rendu sien en le louant et le défendant, ainsi que parle son fils en sa PieUu in paretUem , feuille B , page 14 , ligne 9.

Yous voyez donc, messieurs, que, suivant la description que le jeune Yoetius fait de votre sentence (en quoi je ne le veux nullement croire, si ce n'est que vous m'y obligiez ), elle a été com-

«: posée par des députés qui n'ont ou! aucune des parties ni aucuns témoins ; qui ont fait accusateur celui qu'ils ont condamné, nonobstant qu'il

, eût déclaré qu'il ne se vouloit point rendre partie, et qu'il ne fût aucunement sujet à votre juridiction ; qui ont fait cela sans l'en avertir, ni même vouloir être connus de lui , nonobstant qu'il se fût offert à donner d'autres preuves que celles qu'il avoit écrites, si on lui en demandoit; qui ontdiangé la question sur laquelle vous aviei fondé votre première publication , et n'ont examiné qu'une chose qu'ils ont supposé que l'accusateur avoit écrite, bien qu'il ne l'eût pas écrite; qu'ils ont déclarée être fausse, bien qu'elle soit vraie; qu'ils n'ont point considérée comme un crime au r^ard de celui qui l'avoit faite, mais seulement au regard de celui qu'ils supposoient l'en avoir accusé; «t^ifin qui ne se sont pas con-

tentés d'absoudre le criminel , eo jugeant que a dont on l'avoit accusé étoit faux, mais outre eeli ont condamné celui qu'ilsavolentrenduaocusatetf.

Et toutefois je vous prie ici de remarquer qu'il ne s'ensuit point d'aucunes lois que de ce qne le criminel est absous l'accusateur doive être coi* damné, si ce n'est qu'on puisse prouver qu'il i entrepris l'accusation animo calunmianâi, et sans avoir raison de croire ce qu'il disolt ; en sorte que, bien qu'il eût été faux que Yoetius fut aoteur des principales calomnies de ce livre, ce qoi néanmoins étoit vrai, et bien qne je l'en eoae accusé, ce que je n'avois pas foit, et qu'ils euoenl jugé que l'auteur de ces calomnies élolt punimble, ce qu'ils n'ont aucunement fait paroiuv, et que j'eusse été sujet à leur juridiction, et enfio qu'ils eussent oui les deux parties et les témoîDi et observé toutes les formes d'un procès légîtioie, ils n'auroient eu pour cela aucun sujet de me conrdamner ; pource que les présomptions, qui sont très notoires à un diacun, étoientsui&fluitei pour prouver que je ne l'avois point accusé amm caltmàmofult, et que j'avois eu juste raison de le faire.

On dira peut^tre qne je n'ai pas été oondamDé pour l'avoir accusé d'avoir fait ce lifre, onii pource que j'ai écrit de lui plusieurs autres dioses qu'on auroit punies en lui si elles eussent été vraies, lesquelles ayant été estimées feoses^on s'étoit seulement enquis s'il avoit feit le livre qu'on a écrit contre moi, afin que s'il en eAt été l'auteur on pût m'excuser de ce que je l'avois idjurlé le dernier. Mais si cela étoit, il deroitdODe spécifier quelque mot de mes écrits par lequel il pût prétendre d'à? oir été injurié, et m'ra avertir, afin que si je ne l'avois pas encore assez vérifié je pusse en donner d'autres preuves. Or cela d'i point été fait ; et je puis assurer que les deux écrits qu'on dit que vous avez condamnés ne contiennent aucune chose, non-seulement qui ne soit très vraie, mais même qui fût assez d'importance pour fonder un procès d'injures si elle avoit été fiiusse, excepté une, qui est que je l'ai noosié calomniateur et menteur ; mais je l'ai si clairement prouvé au lieu même où je l'ai écrit, qoll ne lui auroit pas été avantageux de s'en plaindre; et si on m'en eût demandé des témoins, j'en avois non pas un ou deux, mais jusqu'à treize entièrement irréprochables, tous de votre religîoo et des plus qualifiés de la ville de Bois-le-Dnc, qui assurent qu'il les a calomniés; et ils ont rendo leur témoignage public en le faisant imprimer.

Je puis assurer aussi que, bien que les Yoètios aient publié plusieurs libelles depuis mon second écrit inUtulé Epislola ad cekbenimm vir fvmy etc., dans lesquels ils tidieDt^e le tihUff

(Nt5

fls n'y ont toatefois sa spédfler ancane diose en quoi ils prétendent que je leur aie fait tort, sinon que j'ai dit que G. yoetiu8étoitoou|>ai>ie du litre de ScbooclL, et que, pour persuader à ceux qui ne le liroient qu^eo flamand qu'il y a l)eauooup d'injures dans ie latin qui ont été omises par Tinterprète, ils ont remarqué que êcurrilia dicteria n'a pas été bien tourné par pœtische sckimfuorden; mais outre que c'a été la faute de l'imprimeur, qui a mlspoetische au lieu depoeisighe, ils se plaignent en cela de n'avoir pas été asseï battus plutét que de l'avoir trop été.

Ainsi, messieurs, vous pouvez voir qu'ils se vantent d*avoir obtenu de vous la condamnation d'un écrit dans lequel ils ne peuvent remarquer eux-mêmes aucun sujet de se plaindre. Et afin que vous sachiez que lorsqu'ils décrivent les particularités de cette condamnation, en disant que 6. Yoëtius ne l'a point sollicitée ni procurée, qu'il n'a jamais été ou! par vos députés, qu'il a lui-même donné à l'un d'eux les déclarations des témoins qui n'ont point aussi été ouïs, et plusieurs autres choses semblables, ce n'est pas pour vous faire honneur, ni pour persuader leur innocence ou mon crime à ceux qui liront leurs écrits ( car on sait bien que si j'avois le moindre tort, j'aurois été appelé devant mes juges légitimes, et que G. Yoëtius et vous, si vous désiriez entreprendre sa cause, auriez eu assez de crédit pour obtenir d'eux la justice, sans suivre des voies si extraordinaires), mais que c'est plutêt pour faire gloire du pouvoir qu'ils ont auprès de vous, et pour se rendre formidables à ceux qui sont vos sujets , sachant que la connoissanci qu*on a de leurs crimes les rendra dorénavan méprisables au reste du monde, je vous prie de vouloir considérer que dans le même livre où le jeune Yoëtius écrit de vous toutes ces choses, et encore dans un autre intitulé Tribunal iniquum, qu'il a fait depuis tout exprés pour calomnier MM. de Groningue à cause de la justice qu'ils m'ont rendue, il leur reprodie impudemment, et sans aucune raison, les mêmes choses qu'il déclare que vous avez faites, et prend de la sujet de les injurier et les blâmer, avec toutes les plus odieuses invectives qoll puisse inventer.

J'en mettrai seulement ici deux ou trois exem- ]to, tirés de ce Tribunal iniquum. Le premier eit en l'épltre, page 9, où il dit ces paroles : £«eebit protestari contre iniquam illam senientiamj ae judicium in quo nihil est judicii^ imà in quo tôt feré nuUitateSj quoi ab imperitiS'simis rerum juridicarum committi possent; quales sunt judids ineompetentia, allegationum faUitates, neglectœ citationes partium, Uiii cantesiaiio, et plura aHa quœ m Kbro meo

notàta reperiuntur. Ainsi il appelle cela une sentence inique, et un jugement qu'on a fait sans jugement, pouroe qu'il suppose que le juge a été incompétent, les allégations fausses, la citation des parties négligée, et où la cause n'a point été débattue. En la quinzième page du livre il prononce contre eux ces sentences : Quicunque nO" ceniem justificat, ac innocentem eondemnat, uterque Deo abominatio^ et tuppUeUs iUe dignuSj qui cùm debuerit vindiearê oppreuum^ iptumopprimerereperitur. EtdanslespagesSl, 32 et 33, il nomme et décrit chacun des juges en particulier, en feignant d'eux tout le pis quil peut, pour tâcher de les rendre suspects. Je ne crois pas qu'aucun de vous, ou de MM. vos députés, fût bien aise d'être décrit de la sorte; et j'aurois peur de vous ennuyer si je m'arrêtois ici davantage à remarquer combien il vous offense lorsqu'il écrit toutes ces choses.

Mais je suis obligé de vous représenter combien il offense MM. de Groningue par l'iniquité de ses calomnies. Et premièrement, pour l'incompétence qu'il leur reproche, elle est hors de toute apparence; car ma cause a été adressée el recommandée par M. l'ambassadeur à MM. les Etats de la province, en laquelle Schoock, dont je me plaignois, est professeur; et elle a étédéd* dée par les autres professeurs qui, selon les privilèges de leur académie, étoient ses juges légitimes, et qui par conséquent en cela n'ont paa simplement agi comme professeurs, mais conmio magistrats; outre cela, leur jugement a été revu, examiné et confirmé par MM. les curateurs de la même académie, qui sont des Etats delà province; et toutefois le jeune Yoëtius ose écrire tout un livre contre ce jugement, avec un titre si odieux que de le nommer Tribunal iniquum, et se fie tant en votre protection qu'il ne craint pas d'offenser par ce moyen toute la souveraineté d'une province.

Il dira peut-être que j'ai aussi osé écrire contre un jugement de votre académie ; mais il n'y a aucune comparaison de l'un i l'autre ; car en ce jugement prétendu de vos professeurs, il n'étoit question ni du civil ni du criminel (de quoi aussi vos professeurs n'ont aucun pouvoir déjuger), mais seulement de la philosophie, touchant laquelle je m'assure que plusieurs estiment que je suis juge aussi compétent pour le moins que toute votre académie; et il y a autant de différence entre le jugement qu'impugnele jeune Yoëtius, et celui que j'ai ci-devant impugné, qu'il y a entre les vrais combats qui se font en guerre, où l'on est en hasard de sa vie, et les combats des ihéêr très, ou bien les disputes qu'on fait contre des thèses en votre académie, sans aucune effuslni

GOBRESFCIAilAJNCE.

de saagi •! mim m» anoiiiMmèBi •» flWw, quand €eui qui disputaol iodI gens d'honoaur. Jamais oq A*a vu qoe des magistrato m toient jBûMè des diiputei qui arrltent aiDii alitre lea gi&a da leltresy louchaal des malièras da pkUo^ aaphia ; eooioia au eontralre je n'a! jamais tu ut oui dire que quelqu'un ait impugué iusoleinment^ aveu des faussetés manifestes et des oalomuies insapportal^tei, un jugement fait par des juges légi« Urnes, qui sont amis et cooftdârés de eeux aui<< quels il est sujet, saasen Atre rigoureusement puni.

Or le jeune Vo^tius pe peut être excusé des re^ |»*oohes qu*il fait àMM« de Gronlngue, suree que son père n'est pas de leur juridiqtioat et qu*on ne l'a pas cité ni débattu la cause avec lui : car son pire n'a été ni demandeur ni défendeur en cette aOaire, et on n'a rieq du tout jugé contre lui ; on a roQu seulement les dépositions de Scboockt comme on fait en tous les proo&s criminels » lorsque oea dépositions peuvent servir pour excuser le crime de celui qui e«t accusée Par exemple, si on se plaint de quelqu'un pour avoir reçu de lui un paiement an lausse monnoie, et que aelui-çi, pour s*excufer, dise qu*H n'a point su que cette monnoie fAt fuuae, et que ce n'est pas lui qui Ta faite, mais qu'elle lui a été donnée par un autre, si cet autre D*ast pas de même juridiction, ses juges n*ont pas droit de le citer ni de lui faire son procès ; mais ils ne peuvent pour cela refuser de recevoir les dépositions qui sont faites contre lui, ni même d'en examiner la vérité, en tant qu'elle sert pour la décharge de celui dont ils doivent juger ; et si elles contiennent des preuves si claires que cela {eaobligeilui pardonner i ils doivent faire part de ces preuves à celui i qui cette fausse monnoie a été donnée en paiement « afin qu'il puisse avoir son recours contre celui qui Ta fabriquée.

Les injures et calomnies qui sont dans le livre de Scboock peuvent à bon droit être comparées à cette fausse monnoie ; et pource que, lorsque je me suis plaint de lui a rotscasion de ces injures, il a voulu s'excuser sur ce que ce n'est pas lui, mais 6. Voetius qui les a fabriquées, et que ne me ^nnoissant pas il a ignoré qu*elles étoient fausses, aea Juges out été obligés de considérer s'il disoit vrai avant que de le condamner ou de rabsoudre^ et II a mis de tels actes en leurs mains qu'ils ne pouvoient ne rendre la justice que je leur avois demandéet sinon en me les envoyant.

Le Jaune Yodttus n'a point aussi si^yet de se plaindre de oe que le procès n'a pas duré fort longtemps» que je u'ai agi que par une lettre, sans avoir ni avocat ni procureur, et enfin qu'on n'a pas usé de toutes les formalités que la chicane a Inveatées pour rendre les procès immortels ; W m fonnaUtés pa peuvent ^ro r^uiaes que

laraqua l«dfallaBtd(»leu;at«'esirerdiBain en toutes les cours de justice que lersqu'uoedei parties a ri mauvais droii qu'on voit par son propre plaidoyer qu'elle doit perdre sa cause, os ae prend paa la peine d'ouïr les répliques de Ttatre, Ainsi on a bien donné à Scboock autant de loMr qu'il en a désiré pour consulter son ailaireetpour la défendre ; il ne se plaint point qu'on lui ait bil aucun tort en cela; et il ne peut dire auni qai l'éloquence de mes avocats ou la subtilité de mes procureurs ait surpris ses juges : il n'y a ea qia l'évidence de mon bon droit qui ait plaidé pour moi ; mais les juges ont été ai équitables, et mi demande si modérée et si juste, qu'ils me M entièrement accordée.

Le jeune Yoëtius n'a point non plus de rais» de fâcher de rendre ce jugement suspect, luree qu'il contient un mot ou deux qui ne lui som pu agréables, i savoir, êceUrata mantM, etMnis j $ervire; ni aussi sur ce que l'un des juges m'ot i ami et n'est pas ami de son père. Car pour la | mots qu'il trouve rudes, ce senties plus douidoot ! pouvoient user des juges vertueux et qui ODtlei ! vices en horreur, pour exprimer le crime dont il étoit question \ outre que ces mots ne sont m que comme des dépositions de Schoock, qui apparemment en avoit dit beaucoup d'autres plw odieux au regard de C Yoëtius, pour se décharger ea l'accusant; et pour exprimer l'iniquité de ceux qui avoient inséré dans son livre, saus qu'il en sût rien, des calomnies assez criminelles pour le mettre en peine, que pouvolt-11 moins que de dire, sans nommer personne, que ces caloniDies avoient été insérées à sceleraid manu? Aiosii puisque G* Yoëtius preud cela pour soi, e*Ml seulement son crime qui l'offense, et non pas ceoi qui l'ont nommé.

Que peut-on dire aussi de plus doux que de comparer à une comédie, non point votre juge* ment ( comme Yoëtius tâche de vous persuader, afin de vous engager en ses querelles en vousaoimant contre MM. de Grooingue, ainsi qu'il vous a voulu ci-devant animer contre mol) , mais les iotrigues dont il s'est servi en fabriquant de faui témoins, et faisant toutes les autres choses quil doit avoir faites pour obtenir de vous la sentence qu'il a obtenue, et pouvoir après cela se vanter, comme il fait, qu'il oe l'a jamais sollicitée ai procurée.

Pour ce qui est de l'amitié qu'il prétend que J'ai avec l'un des juges) il me fait tort de penser qu'il n'y en ait qu'un qui me soit ami, car je m'assure qu'ils le sont tous, comme aussi de mon cêté il n'y a aucun d'eux que je n'estime et que je n'honore. Mais l'amitié qui est entre eux et moi n'est paa de mémo espèce que celle que G. Voëtiui

ANNllB lMft«

a eontractée a?ec Sdioopk, SematliM» WaeUrlaet

el semblables, qM*U engage peu à peu en ses querelles et oblige à s^ cléfeoçe ea les reudaut ses eomplices, et les poursMivaot a outrance oomme de très cruels eppeiqis lorsqu'ils témoignent avoir envie de se repentir ; Comme il a paru en l'exemple de Schoock, qu'il i^voit aopeîé en justice pour ce sujet; et après s'être réciproquement menacés quils découvriroieat les secrets l'iin de TautrOi la crainte qu'on ne sache ces mystères semble les avoir ralliés. Il n'y a point de tels secrets entre MM. les professeurs de Gro^ingue et mol ; leqr bienveillance n^eat fondée sur aucun intérélf ni même sur aucune conversation : car je n*ai jamais parlé que deux fois à oelu| dont il me reproche particulièrement ratnitié.et jene lui ai point écrit durait cette affaire, pource qu'il aveit témo^i^ ne vouloir pas s^en mêler.

La h|dne aussi que le jeune Voêtius dit que le mdme porte à son père est si juste, et G. Voëtiiis Ta si bien méritée, que je ne la saurois n|er. Toutefois celui qu'il prend ainsi pour son ennemi a lâché tai^t de (ois de se réconoUier ^vec lui qu*ii a montré n*avoir point de hajine pour la personne de Toëtius, mais seulement pour ses vices; et je crois que cette même haine a été aussi en tous les autres, et qu'il n'y en a aucun qui n'ait eu de l'horreur et de l'aversion pour te crime de G. Yoëtîus, lorsqu'ils ont vu les actes que 8choock a pro-r duita : car ces actes sont tels que, par le propre témoignage du fils, plusieurs ont cru » lorsqu'ils les ont vqs, que ni lui ni Dematlus ne pourroient plus dorénavant être reçus au nombre des gens d'honneur. Mais cette bienveillance et cette haine n*ayant été fondées que sur le xèle de la justice , d*autant plus qu'elles ont été grandes, et qu'elles ont rendu ma cause plus favorable et celle de Yoètius plus odieuse a ceux qui en ont eu connoissance, d'autant mieux prouvent-elles l'équité de leur ji^ement.

Quoi qu*U en soit, ce ne peut être ni l'amitié ni la haine des juges qui ont rendu G. Yoëiiu» et Dematlus criminels ; ce sont les actea écrite de leur main, lesquels ils n'ont point jusques id désavoMés, qui les rendent v^^nifestement coupables d'avoir tâché de corrompre Schooçk, et même de ravoir corrompu, pour donner un faux témoignage contre moi. Car premièrement, pour connoitre ce que Yoëtius a voulu que Schoock assurât en justice, 11 faut seulement considérer que, dans le principal de ces actes, qui est une forme de témoignage écrite de la main de Yoëtius et qu'il a envoyée à Schoock pour la suivre, Il ve«l expressément qu'il assure que c'est, motu pn^ pria €t sfonle ftt4, de son propre mouvement qu'il a en^^ia d'écrire coAtre moi; et «u'il a

ftlt. son MfH partie i CtÉerirt et paf tii à diMtbgue, et guUhm êekLmt ité u$ n»e D. Voiêim me fu%ifu4fn aliuê 9gu$ uutar Hw in iêtum $iv0 em paru fuetit, aiil quod ai m«lsiH«Mi, a%U fmi ai iùfOHtùmemy aut fuoiui alytum : et alBsi qu'il nie que Yoëtius lui ait fearai éicune qiatière* A quoi on peut ajouter uae lettre du mêoie Yoëtius, écrite i Sehoock^ en date du 21 janvier t645« laquelle MM. du sénat académique de Qroningae ont. fait imprimer dans le Bww fidii $a,etum, page 8i, où sont aes mots : Swmna Ime r$iU, Te •» re cotMmu eefitm et êiatuiêêe (à savoir d'écrire contre moi)^ iefUe ùfusUlui jPMod aimauriam^ formamt m^lAe- <ii*lli, «lyJtim» imchoasset ub$olvis9$; dkariaê et êcheiui d me tibi mdlas êiêppeiitaiaê aut Hth^ misêoi, neà ullam vtl mfiiùniim papllam pmfiMmatam^ fuam in iescHbenio tuam freê^ rû, ete.

Puis «fin de savoir que ces choses ( qui ne eon* sisteat qu'en deux articles, le premier est que Soboock a écrit oontre mol de soa propre mouvement el sans que Yoëtius l'y ait exhorté) Taotre qu'il ne lui a point dtt tout foorni de matière p0dr écrire ) sont très fausses, il suffit de voir une au^ tre lettre du même Yoëtius à Schoock, qui eM aus4i dans le Boum fiiei sacrum, page M, ea date du S ou 8 nonas junii 1642. Car d'abord oa y trouve ees mots : Noié pigebii êm^d te kartati ut in diêputationibUê contré seeptUm pergue^ et fuidem fUam primàm^ sequestratie tantii^ per reliçuii tuie meditationibui. Érit kme ptUcherrima oecaeio furioei et ventoêi ietiuê p-emiMom R. Deeeagrtee MoHmi okêtruere.

Apfeniix iUa ad Meéiiatianeê prim(M philoêo* phim eiiia Amiteloiami in primie tè ad éperiê hitjueieUneatiùnem emtimulare débet. Eêt itU» t9t furiaeie et cantraHaee^kie éneniaetie ae eaiumniie in kane aoademimm MsinMi, meamque iw^nùe profeeeiMUm delibuta, ut fer-' team quf^ruvme leet&rum paOenHum vineat.

Yoilà comme il parle d'un Ittoaoeni écril, oà Je n'avois rien mk de lui qu'il n'eAt mérité au dou-^ ble. Et ceci montre évidemmeot qoe Yoëtius a exhorté Schoock i écrire contre mol ; aar il use même des mots hortari et essetinmlare; et qu'il l'y a exhorté plus d'une Soie, ter il dit iewuê te hortari; et que c'a été à l'oceasion de ce q«*il nomme Appmdis» ad Meditationee primée pM- 2a$opM(a, qui est l'écril eontre lequel est fait te livre de Schoock. Je sais bien qu'il répond à cela qu'il l'exhorteît par celte lettre à eenthiuer d'é«* crire des thèses conird scepeicae et d'impugner mes opinions dans ces thèses; mala le titre du livre que Schoock a fait depuis coatra moi a'étanr p^ ^M^r^atafs itxHÊàéf il ae poenak plaa^ ei-

CORRESPONDANCE

pNMfaieiit l'exhorter k Tfarire qu'en l'exliortent à m'impogner ; et bien qo*U doooât alors le nom de thèses ou de disputes à ce qu'il tooloit être fait ooQtre moi, et dont il a lui-même depuis in- Tenté le titre, ainsi que déclare Schooek, ce ne laisfoit pas d'être en effet le même livre, poorceqn'il n'est aucunement question du nom, mais de la ch06e,isa?oir, descalomnies dont je m'étoisplaint.

Et afin que je puisse mieux éclaircir ceci, je TOUS prie de vouloir remarquer que trois divers éorits ont été publiés en cette occasion pour Yoëtius ; à savoir le livre intitulé Admiranda methodiM, ou bien Philosophia cartesiana^ qui n'est autre diose qu'un amas d'invectives contre moi, lous prétexte d'impugner mes opinions ; puis la préface de ce même livre, avec ses paralipomènes, où l'on tâdie expressément de répondre à ce que j'avois écilt de Voëtius; et le troisième, la narration historique qui a paru au nom de votre académie, où il est traité des choses qui se sont passées au regard de M. R^ius. Or, on voit clairement par la lettre du troisième juin 1642 que Yoetius avoit dès lors dessein de m'impngner en ces trois façons ; car, outre la première, i laquelle il exhorte Schooek, par les paroles que j'ai déjà citées, voici comme 11 parle des deux autres : De ii$ quœ academiam nostram iangurU, videbunt DD. profesêoresy nec paiieniur eum canqueri noê esse ipsi debiiores. De Us quœ in me imrne^ reniem eongerit maledictis retundendis etiamnùm deliberamtis. Ut stlentio litemus, nemo ex coUegis^ quod sciam, amsulU; sedper quem atiU qud ratùme respandendum sit, ht Soiq pdéXa 6vfiOff. Simt çui me, suni quifUium, swU qui te désignant; sedde hoe ampliùs. Intérim quœ ad verikUem historiœ pertinent consignabuntur ; etiam, ubi opusj testimmiis confirmabuntur. Ainsifilavoitdèslorsintention de fairequeses 2>i>. profeMoress'intéressassent en son parti ; et pour ce qui le regardoit en particulier, qui est ce que contient la préface du livre de Schooek , il étoit bien résolu de ne se pas taire, car il dit : ui silentio litemus nemo consulit; mais il étoit encore incertain si ce qu'il écriroit ou feroit écrire sur ce sujet devoit paroitre sous son nom ou sous celui de son fils, ou plutêt sous celui de Sdioock ; et il dit luimême, sed de hoc amplOu, Ce qui est proprement à dire que les autres lui conseillent d'écrire lui-même, ou de faire écrire son fils, mais que son désir à lui est que ce soit Schooek qui écrive. Et après cela il a voulu que Schooek déclarât en Justice que c'étoit motu proprio, et sans y être ineité par YoèUus, qu'il avoit écrit.

On voit aussi par la même lettre qu'il lui a fourni de la matière, autant qu'il en aétécapable ; ctf un peu après il y parle ainsi de mes opinions :

Operœ pretium feeeris, si omnia istius farm paradoxa exeerpseris, et cum atUiqmrm seepticis aliis^ htereticis (apud Auguit. H Epkifihanium de lueresibus et Gennadium) UratologUs eomparata refutaris; prima taeru litteris, secundo rationibus, tum direeiis, tm dueentibus ad absurdum, et hominem in cmtradietûmem adigentibus; tertio, consentit fO' trum; quarto, consensu antiquorum jM^»phorum, scholasticorum, et recentium ÙieohfO' rum acphilosophorumt sdlieet reformaUmm, lutheranorum, pontificiorum^ ut apportât em communem causam christianismi^ et omnmm scholarum. Hoc autem ubique notandum^ mU novi eum producere, sive quid sani, sive pii instmi ostentet, etc. Ce sont de ces belles matières que le livre de Schooek est composé; et oo le peut encore voir par une autre lettre da même Yoetius, écrite cinq mois après, à savoir, le 2S novembre 1642, lorsque le livre de Schooek étoit sous la presse; car on y trouve ces mots : Particulares opiniones Cartesii ventilare, alteriv» est operis et instituii. Tu mode remitte wM» nec verba nec promissa^ sed excerpta UlaH chartas quas tecum hinc abstulisti, Laeunaà quœ sit in generali sciographid hujus meÛaAi nos dabimus operam ut hic suppleamu, nid tu suppleveris; et hœc abundé suf/icient Me vice ; particulares disputationes non eurcams. A quoi répond ingénieusement M. Desmarais: Quid ergà? mera convicia? Ainsi l'on vollqoe le dessein de tout le livre n'a pas dépendu de la volonté de Schooek, qui eût désiré d'impugner mes opinions en particulier, et cela auroit été plus honnête, mais de celle de Yoetius, quia seolement voulu qu'on parlât de moyen général, et qu'on employât tous ces lieux communs d'invectives pour tâcher de me rendre odieux, et que par conspuent il en est l'auteur principal.

Si ces preuves, qui ne consistent qu'en dcsacttt écrits de la main de Yoetius et qu'il ne désaTOue point, ne sont pas suffisantes pour le coDyaiDcre, mille témoins n'y suffiroient pas ; mais outre cela Schooek a déclaré qu'il garde encore tout le modèle de la préface, écrit de la main de Voêlius; et c'est une préface qui contient plus de soiianta pages, et qui est la plus criminelle partie de tout le livre. Il a déclaré le même de la comparaison avec Yaninus, qui est le seul fondement qu i" prennent pour m'accuser d'athéisme, à savoir qoe j'ai écrit contre les athées, et que Yaninus avoJi feint d'écrire contre eux, bien qu'il fût athée en elfet; d'où ils concluent que j'enseigne secrète* ment l'athéisme. Et il a expressémwit ^^^^ les mots qui assurent que subdoU atque a^ dim œeuM olketsim venermm tfM 0F^^

MO

ODt Aé iotUs d'une autre loaiii que de la sienne, c*efllr-à-dire à êceleratd iUdmanu dont j'ai parlé ei-dessos, et c*est principalement de ces mots que je me sois plaint, ponroe qu'ils contiennent la I^us noire et la plus punissable calomnie qu'on •auroit imaginer, et que, selon les lois, il faut déterminer certum crimen pour se pouvoir plaindre en justice, non pas vagari in ineertum comme fait Yoëtios, lorsqu'il dit que je l'ai calomnié dans mes écrits, sans que toutefois il ait encore jamais pu spécifier aucun mot en quoi je bi aie ftit tort.

De plus, les paralipomènes ajoutés à la préface, dont la dernière période seule contient autant d'aigreur et autant d'amertume que tout le reste du livre, ont été dès le commencement désavoués de SdKWck et ne l'ont point été de Yoêtlus.

Je a'aurois jamais fait si je voulois ici ramasser toutes les preuves qui montrent que le témoignage suggéré ou prescrit par lui est iaux. Mais je vous prie de considérer que toutes celles que j'ai mises ici sont réelles et ne dépendent point de la relation de Schoock ; car pour le modàe de la préface et les autres écrits qu'il dit avoir entre ses mains, et qui n'ont point été imprimés, s'il n'étoit pas vrai qu'il les eût, on sait bien que le procès deYoëtius contre lui n'auroit pas manqué d'être poursuivi : ce qui montre combien est impudente la calomnie du jeune Yoêtlus, lorsqu'il reprocbe à MM. de Groningue qu'ils ont jugé sur la déposition d'un seul témoin, qui est ce qu'il leur reprodie le plus; car quand ils n'anroient eu aucun égard aux paroles de Schoock, ils ont en assez de preuves sans cela. Et toutefois il est érident que la déclaration faite à Groningue est incomparablement plus croyable que celle qu'il avoit donnée auparavant à Utrecht ; car en celle d'Utrecht, outre qu'elle lui avoit été suggérée, il De déposoit que les choses qu'il pensoit être à son avantage, à savoir qu'il étoit auteur d*un livre auquel il avoit déjà mis son nom ; et il n'étoit point en la présence des juges, il n'avoit point peur d'être repris, encore que ce qu'il dédaroit ne fût pas vrai ; il le donnoit seulement par écrit iun aJni qu'il estimolt assez puissant pour le pouvoir tirer de peine, encore que sa fausseté fût découverte; au lieu qu'à Groningue il a déposé ce qu'il avoit honte qu'on sût, et qui devoit grandement déplaire à ses plus intimes amis; et il ne l'a pas déposé en secret, mais c'a été en la présence des juges ; et ainsi on peut s'assurer qu'il n'y a eu que la révérence de ia justice ^i la crainte d'être chitié s'il mentoit et s'il se chargeoit do crime d'un autre, qui l'a obligé à dire ee qu'il a dit : même il a déclaré qu'il eût coufnsé dès Ctredit ks mêmes choses, s'il eût été

sérteosement Interrogé par des juges. Et II arrive presque toiijours, lorsqu'on examine un criminel ou un témoin qui a quelque intérêt à celer la vé* rite de ce qu'on lui demande, que la déposition qu'il fait en jugement est contraire à ce qu'il a dit hors de la présence des juges, sans qu'on laisse pour cela de la croire.

Mais ce n'est pas assez d'avoir prouvé que le témoignage que Yoêtlus a prescrit à Schoock étoil iaux, il ne croira pas être convaincu si on ne prouve qu'il l'a sollicité et importuné à donner un tel témoignage; c'est pourquoi je vous prie de considérer qu'il ne l'en a pas seulement prié , mais qu'il a fait pis, et qu'il lui a expressément commandé ; car il a mis ces mots au bas du témoignage : Stylum fades tuum, ubi ùpus fiêêfil intérim lesttfnonw, àxpi^tm servata ubtquê^ quantiun per hainiiaiem illud fieri poterit, imprimiê uU eubvirgulavi. Ainsi il voulolt que ce fût la voix de Jacob et les mains d'Ésaû , le style de Schoock et les menteries deYoëtius. Il lui commandoit de changer le style, mais de retenir exactement le sens de tout ce qu'il lui prescrivoit, principalement celui des mots au-dessous desquels il avoit tiré des lignes; et il en avoit tiré au-dessous de tous les mots que j'ai ci-dessus rapportés. Ceux qui connoissent Yoêtlus savent combien cette façon de prier ou de commander est importune, principalement an regard de ceux qu'il croit lui être inférieurs ou obligés, comme étoit Schoock ; et on en a vu depuis l'expérience, en ce qu'il l'a poursuivi en justice, à cause qu'il n'avoit pas persisté à maintenir ce témoignage.

Puis, outre cela , n'est-ce pas à Yoëtius qu'on doit attribuer toutes les allées et venues de Waeterlaet, et tout ce qu'a fait Dematios pour induire Schoock peu à peu à former son témoignage suivant le modUe qu'il lui avoit prescrit? car ces deux n'y avoient aucun intérêt que comme étant amis de Yoëtius; et néanmoins Schoock assure que Waeterlaet est allé plusieurs fois le trouver pour ce sujet, et qu'il lui a envoyé à Groningue le modèle du témoignage que Yoëtius désiroit; mais que sa conscience ne lui permettant pas de donner un tel témoignage , Il leur en avoit envoyé un autre plus conforme à la vérité. En effet, on peut connoitre, par ce qui a été fait depuis, que dans le témoignage que Schoock avoit envoyé à Yoëtius, il avoit omis les mots qui contenoient la principale fousseté, à savoir : Et quidem soltim, HàutnecD. Voëtius, née quisquam alitMj ejuê aiUar, sive in totum eive ex parte fuerit, quoad materiam^ et qu'il en avoit mis quelques autres en leur place ; et que pour le motu propriOf et presque tout le reste, il avoit tâché de le sauver par on éqoHroqoei en mettant

CORRBSPOIIDÂtrCE.

partout tnetkodum oà VoMoi Hfoit mis N*brum, afin de ne signifier par mMoéum qui l'ordre des chapitres et le style dont il voaloit bien être Tauteur, et ne rien assurer des injures et de la matière, ainsi qu'il a déclara depuis. Bt Voètius ne se mettoit pas en peine de cet équiroque; car le livre étant intitulé Aimiranâa methodu$, il ne dontolt point que tous oeui qui yerrotent ce témoignage ne prissent tnelAoïltim pour tout le li?re. Mais il semble que les autres ciïoses en quoi Schoock n'avoit pas suivi son modèle ne le cootentoient pas asses, et particulièrement IV mission du mot Et quidem soium, etc. ; car il garda ce témoignage plusieurs semaines sans s'en servir, jusqu'à ce que Scboock étant allé à Utrecht, il eut plus de commodité pour le faire induire i le réformer ; à quoi derechef on employa Waeterlael, qui lui apporta ce billet écrit delà main deBematius :

Revcrende Dir, velim m IssIimoUfo iuo quœjMim mutoff ; qwmnam miUm iUa sM paudê aceipe, Linea 21 et 22y deka$Utir anmia fwi*buê linea n^bscriptUt et ieribatur: mêfu» iUum solum abe^lviise,

Linea 80. Taniiim hœc retineantur, vise e$H poteram ex amide, çtuesiviise et dididiee.

Linea 81. DeUantur, ab aKend maim esse; et ecribaîur: alleriuê autûriesunt, qui ubi «#ceiêum erit. ut puêv, nwtMn iuum aperiet^ vel eimile quidpiam.

RatUmes quaré ita faeiendum cemta nofi expono^ eoram dieturw. Taie.

Et le mot ffi«9tML Mum (à savoir librum , ou bien iUam m$thQéam) sohim abe^hoieety est ici très remarquable; car il contient ce eolwm peut exclure Voêtius* qui est le fondement de toute leur iburbe. L'autre mot, t?iâ? e$$e poteram ex amids^ etc., ne pournrit pas être si facilement entendu , si l>ematius lui-même ne l'avoit expliqué par un écrit où 11 tâche de se défendre, qui est inséré dans le Tttbumàl iniqwam , depnis la page 117 jusqu'à la page Ud. Mais là il vous apprend , page ISO et 121, que Schoock avolt mis en son témoignage qu'il avolt appris, partie de Voëtius et partie de ses autres amis, les choses particulières quMI avolt écrites touchant œ qui i'étoit passé à Utrecht, ainsi qu'il lui avoit été prescrit par Vodtius^ et que lui Dematios ne croyant pas que Schoock eût auesn autre ami à Utrecht que Veètlus duquel il eftt rien appris de ose choses, avoit jugé qu'il ne devolt pas mettre partivfk à D. Voëtiù, partim ab aliiê amiciâf mais efbcer le nom de Yoëtme, et mettre seule* ment ab amieis. De quoi il se défend plaisamment : Si qmdhk à me pecemtwn ettet (dit-il), {WMlim in #9 iKrtM#iwiim emê guod cMe§ee

nmi wOd ctefistîml el oiri ee^lésu pteriiMte iêiet , itmoeenUm, eaiUeld forte eupertAm^ dante, nemini tamen noxia.imé altçuièuiniOi {ut quœ oeeoiionem peeeandi tolkret ) cosmdum eeeejudieavi. Ainsi ce saint homme app^ cautelam nemini noœiam de suborner des témoins pour tromper des Juges, en leur faisurt imaginer alios amiees, au lieu de Voêtios, cb une chose qu'il savoit ne venir que du seul Yoêtins, et par ce moyen faire condamner un Iddocent pour lui Ater l'honneur, lee biens et mêneli vie, s'il en avoit eu le pouvoir. Et on ne peot dire que ce Deinatius, qui avolt en cela plaide soin que Yoëtius même pour tromper les jagei, ne savoit point que Schoock eAt été faidsit i écrire ; car puisqu'il savoit que e'étoit de Voëtioi seul qu'il avolt appris ce qui s'étoit pané i Utrecht, il ne peuvolt ignorer le teste, ai loi persuader de mettre en son ténolgeage mfu illum iolum abeoli>ie$e, qu'il ne sût bien qwe» mots contenolent une fausseté. Outre que parti dépositton de Seheeck, qui est dans le Bom fidei eaerumi page 4, on appvend que ç*a élé dans un festin , en la présence de Dèmatlsi^ fu le premier dessein de ee livre a été pris ) sd vdM les mots : Nimirim dm anna 1649, Mfi «m (Sdioocklus), perferiae eanieulares VlmÀetum ad deendoe amieas exeurrieeet, à Ahràmi Toëtio une eum ekniêeimie eju$ acaémÊ profeeeoribue, nonnuUisquê aliii h^tit^ laute atque opiparo wnninè eowdm f^ exeeptum. In eo meneie jam iuUatii d darifdmo D. DematU) alOeque injectam mmlimm epistolee Cartesii ad Dinetum, in que dominm VoëtiuSf preeceptor ejue^ gradter omn^ ^ pularet, rogatumqueee atque imtanti horteUt indtatum é D. Voëtio, ut pro se, praeefm suQ, ealamum in CarteHum êpringifet.

N'est-ce pas une chose admirable que « qoi* été hii si publiquement en des iéstins, m Fsence de plusieurs personnes qui doivent «w soin de leur conscience et de leur bonoeer (caf je ne veux pas croire que tous ceux qui fwqoen' tent Yoëtius deviennent semblables à lui), f^ 4" est de soi si probable que ceux même qui »*» jugent que par conjecture ne doutent point qn » ne soit vrai que Voëtius a solicité Srfioo^ écrire contre moi; n'est-ce pas, dis-je, "■•^J admirable et surprenante, que eela ait ét*«ww par lui pour être nié devant des j«g«» «•P^ servir de fondement à une sentence par iiffl^ il avolt dessein de me perdre? Et on «*• Jfr sujet de douter de la vérité de cette ^PJt^ faite par Scboock devant ses juges; ^•'. " pas même été contredite par ses adveriairei ^ ieuf preoèa çoBtr» M, oi Hi ^ **^ ^

Anne tMB,

tffi

d*autm choses htm é§ prspM fl de lioiÉdM importance, qu'ils D*auroiefit pas omis oeUe*li, s*ils D'ousseDt eu peur d*étre convaiDCus par les témoigoages de ceux qui étoieni de oe festin.

Mais ceci oe suffit pas pour ooDTaîacre Dematius; il veut qa*OQ lui prouve qu*il a ïtor portunément sollicita SclioocJc a suivre la billet qu'il lui avoit prescrit; car toute sa défense est de dire : Nulla Ue importunm êoUieita-' tioms tpecies, Coinnie si ce u'éioit pas assez importuner un homme, «iprès qu'un autre lui a prescrit un témoigoage qu*i) n'a pas entièrement voulu suivre nonobstant que cet autre e4t beaucoup d'autorité sur lui , de lut envoyer un billet avec ces mots : Velim m Uêàiwonio iUQ quœdammutarx.eUi, Ce qui est si mauifestement contre les bonnes mouirs et contre les lois que quand bien ce billet ne contiendroit rien qui ne fut vrai, ceux qui l'ont envoyé ne laisseroient pas de mériter d'en être repris. Mais, outre cela, îl dit lui-même qu'il n'avoit aucune familiarité avec Scboock ; et toutefois il ooofesse qu'après lui avoir envoyé ce billet, il Talla trouver le lendemain eo^tre les six et sept heures du matin ; ce qui montre, ce me semble, una sollicitation très importune. Un homme âgé, professeur en théologie, va de grand matin ^u logis d'un ftUtro plus jeune avec lequel il c'a jiucune familiarité» pour le prier d'une chose à laquelle il n'a point d'autre Inté^ rét, comme il le dédare, que pour faire plaisir à son ami, et même de laquelle cet ami a déjà été refusé : on n'a pas coutume d'aller trouver quel* qu^undecettefsfon pour lui parier d'une affaire, que ce ne soit à dessein de l'en prier à bon escient, et de joindre ses raisons et ses Instanees avec celles de l'ami par qui on est envoyé.

Mais j'avoue que je ne sais point pourquoi Yoëtius n'y alloit pas lui-même, sinon qu'il vouloit en cela, aussi bien qu*eu faisant écrire Schoock contre moi, imiter le singe qui se servoit de la patte du ébat pour tirer les marrons du feu ; ou bien peut-être qu'après avoir déjà bit de son cêté tout ce qu'il avoit pu sans en être venu à bout, il espéroit que les persuasions et l'autorité de plusieurs seroient plus efficaces que celles d'un seul, et qu'il falloit que Yoetius et Dema* tins, deux vieillards de réputation, et qui, comme je crois, eomposoient alors toute la faculté théologique de votre académie, pource que le troisième mourut en ce temp«-là, joignissent ensem* ble leurs artifices pour corrompre la chasteté de eette Susanne.

Mais s'il vous semble que toutes les preuves que vous pouvez avoir contre ces deux hommes, dont je n'ai pu écrire ici qu'une partie, ne soient pas suffisantes pour les oony^iw^f ja vous pria

de WÊf/Mnr qw vettas An jatia Qiutol cofitse ces deux antres vieillards de très grande auti^rlté et les juges du peuple, qui avoient tAché coasme eux de faire par de faux tétnolgnages que l'innocent fût condamné, étoiant bien moindres : ctt Daniel ne donna point d'antres preuves oontre eux sinon qu'ils ne s'étaient pas aooordés touchant le nom de l'arbre sons lequel ils prêtesdolent que Susanne avoit péché ; sur quoi 11 est croyable que ces vieillards ne manquèrent pas de trouver diverses excuses, en disant qu'ils n*y avoient pas pris garde^ qu*lls na savolent point les noms des arbres, qu'ils n'avolent pas asseï bonne vue pour les reconnoltra de loin, qu'ils ne s'en souvenoient plus, ou choses semblables, qui avoient beaucoup plus d'apparence qu'aucune de celles que Voëtlus et Dematius ont allégaées en la défense de leur cause, et touteftûs ils na lais^ seront pas d'être condamnés.

fin qn Ciit oà les pr^mptions sont contraires aux preuves, on a sujet danser da beauconp de ciroonspectton avant que de rien déterminer : mais ici les preuves sont si claires et si certaines (à savoir, des écrits de la main des criminals, aC qui ne sont point désavoués par eux), qu*on se* roit obligé de les croire, encore que les présomp* tions fussent contraires : outre oel^, les présomp» tlons s'accordent entièrement avec elles) et enfin ces présomptions sont si fortes que» suivant la jugement du plus sage de tous les rois, elles suf« firoient pour faire oondamqer Yoetius, aneorf qu'on n'eût poipt d'autres preuves^ Car Salemooi ayant à juger laquelle de deux femmes était la vraie mère d'un enfant pour lequel ailes étolenl en dispute, ne fit aucune difficulté da le donner à celle qui lui témoignoit la plus d'afleotloui en^ core qu'il n'eût rien du tout pour prouver qu'elle en fût la mère, sinon cette seule eonjeotore. il est question tout de même de savoir lequel des deux, Schoock ou Voëtlus, est le vrai père ds livre intitulé Admiranda methodust ou bien Philosopkia eartetiana (car oe livre a deui noms, à cause qu'il semble avoir eu deux pères)* Or Schoock le désavoue et le renonse, en sorto qu'il a même déclaré qu'il ne déteste rien tant de toutes les actions de sa vie que de oe qu'il s'asi employé à l'écrire : Ex omnUmt actionibuê vU$ nihil mêgis dêtesiari quam quod iUi fugêHo se «mmtscere unçuâm paê$u$ ait' Mais Voétkia au contraire eontinue toujours constamment I louer et à défendre ce livre, ou à le faire défendre par son fils, et particulièrement ce qu'il contient de plus criminel, à savoir, leur calomnia touchant l'athéisme. Car le fils dit expressément dans son livre, Fietaê in parenUm, feuille H, page 11 1 Nec pnOêfU fW^fUm^ ai (tdi nois

GOBBBSPONDÂNGE.

faûii) êeripiiomt partm tpêe prœfùrmassei: imprimiê etiam illam^ quà i^ertigiwm êcepticismi, et consequefUer atheismi absurdis cartuiana PhUosophia premUur; et en plusieurs autres endroits de tous les livres qu'il a publiés depuis, il a eu soin de faire savoir aux lecteurs que son père approuve et défend ce livre. Et néanmoins il se vante que vous m'avez condamné pource que je Ten avois accusé ; comme si ç'avoit été une grande calomnie d'avoir dit qu'il a fait une cliose laquelle il estime bonne, et qu'il n'auroit point de honte d'avoir faite ; même il veut qu'on croie qu'il a tant de pouvoir en votre ville qu'il a obtenu cette condamnation sans l'avoir sollicitée ni procurée.

Je ne veux point continuer à mettre ici des exemples de la Bible, bien que celle du roi Assuérus, qui, étant averti qu'Aman avoit abusé de sa laveur, lui fit souffrir le supplice qu'il avoit préparé à Mardochée, seroit peut-être fort à propos.

Au reste, afin de conclure ce discours,, je ne veux point vous représenter que, par votre publication du 13 juin 1643, qui fut si célèbre que la mémoire en durera plusieurs siècles, vous aviez expressément déclaré que vous vouliez vous enquérir des mœurs de Voëtius, pource que si elles étoient telles que je les avois décrites vous le jugeriez très nuisible à votre ville, et que maintenant elles se trouvent pires que je n'avois dit ; en •orle que vous êtes obligés de tenir en cela votre parole. Je ne veux point vous animer contre lui, en disant qu'il s'est moqué de la justice lorsqu'il a voulu jouer le personnage d'un criminel sans être jamais interrogé, et me faire jouer celui d'accusateur sans que j'en susse rien, et feindre que je l'avois calomnié pour avoir dit qu'il a fait une chose qu'il estime bien faite, et enfin me faire condamner par des députés dont je n'ai jamais pu savoir les noms; ce qui ne mérite rien moins que d'être fait une fois criminel de telle laçon qu'il n'ait pas sujet de s'en moquer. Je ne veux point aussi vous animer contre son fils, en disant que lorsqu'il publie toutes ces choses il se rend pour le moins aussi coupable que M. Regius, qu'on dit avoir été au hasard de perdre sa profession pource qu'il étoit soupçonné de m'a- Toir averti de ce qui s'étoit passé en votre académie, bien que j'eusse intérêt de le sAvoir, et que ce ne fussent point des secrets de la république, comme Voëtius vouloit persuader. Je ne Teux point tacher de rendre ces Voëtius odieux, en disant qu'ils sont tellement endurcis, et que la coutume de pécher sans être punis les a rendus si effrontés que non-seulement ils se moquent de la justice, mais aussi de leurs crimes; et comme û des témoignages apertement faux, écrits de la

main de YoStIus et de Dematim pour iodoin Schoock à les déposer en justice et tromper les juges étoient des choses de peu d'importaïue, le jeune Voëtius les appelle amuleta^ des bagatdln de nulle vertu, que MM. de l'université de Gro ningue m'ont envoyées ; et il ne se conteote pas de faire un saint Paul de son père, en disant que, nullius est iibi consciui^ nonobstant que ces crimes soient connus par plusieurs milliers de personnes, et qu'il ne puisse rien apporter q» des injures et des impertinences pour les excoser, mais même il va jusqu'à l'impudence de le comparer i Jésus-Christ, en disant de M. Desmirests et de moi, que Herodes et Pilatw amki facii ut itmoxiœ famçs, ae per Dei graim illibatœ {hujus scilicet Christi), tnaculmai' pergerent. Enfin je ne yeux point vous demaader justice contre ces calomniateurs et ces faussaires ; c'est à vous i juger s'il vous est hooD^e ou utile que leurs crimes demeurent impuDis; je n'y ai point d'intérêt. Je ne crois pas qu'il y ait dorénavant personne qui ajoute foi à ce qu*ils diront ou écriront contre moi ; toutes leurs inacbinations seront ridicules et sans effet; les enfaoU même s'en moqueront, pourvu qu'ils ne soieot point fortifiés par votre protection : car leurs vices sont maintenant assez connus; ou bieo s'ils ne le sont pas encore assez, j'ai intérêt de les faire savoir k tous ceux qui pourront ouïr leurs menteries en ce siècle ici, ou aux sulraots, afin qu'elles ne me nuisent pas ; et je tâcherai de n'omettre rien de ce qui sera de mon devoir.

Mais je vous prie de trouver bon qu'avec tout l'honneur et le respect que je dois et que je tcdx rendre aux magistrats d'une ville comme la ? ôtre, je me plaigne à vous de vous-mêmes, i cause que par vos procédures, et par la sentence que œ» ennemis se vantent d'avoir obtenue de vous contre moi, vous avez donné autant d'autorité et autant de crédit à leurs calomnies qu'il a été en votre pouvoir ; c'est pourquoi je puis dire avec juste raison que c'est de vous seuls que je me dow plaindre. Ce n'est pas que je prétende pour cela vous donner aucun blâme des choses que ^^"^ avez faites ; je sais que les meilleurs j"ê[^ j!° monde peuvent être trompés par de feules depositions de témoins, et je ne sais point toutes les intrigues et toutes les ruses dont G. Voeuus s'est servi pour obtenir les choses qu'il a w^ nues ; je ne sais pas même certainement s'il les obtenues ; je sais seulement qu'un homme de «» humeur, et qui a le crédit qu'il a en votre vil^ y peut obtenir beaucoup de choses. Mais poo que la raison veut et que la justice demande qu dédommage et qu'on mette hors d'intérêt , au qu'on en a le pouvoir, non-seulement ceux qu

a offensis TOlontalrement, mats auss! ceux i qui on a fait quelque tort sans le savoir ou même itTec istenlion de bien faire, et pource que c'est rordinaîre des liommes vertueux, qui sont jaloux de leur réputation et de leur honneur, d'avoir beaucoup de soin de réparer les torts qu'Us ont ainsi faits sans le savoir, afin d'empAcher qu'on ne se persuade qu'ils ont eu mauvaise intention en les faisant ; comme au contraire ce ne sont que les âmes basses, lâches et stupides qui, ayant fait du mal à quelqu'un, bien que c'ait peut-être été sans y penser, continuent après de lui nuire le plus qu'ils peuvent, pour cela seul qu'ils croient avoir mérité d'en être hais ; ou bien que, s'étant une fois mépris, ils ont honte de ne pas maintenir ce qu'ils ont fait, bien qu'en eux-mêmes ils le désapprouvent ; enfin pource que je vous estime très généreux, tris vertueux et très prudents, je ne doute point que maintenant que les faussetés de mes ennemis sont découvertes et que vous ne les pouvez plus ignorer, vous ne soyez bien aises d'avoir occasion de me donner la satisfaction que je vous demande.

(Test pourquoi je vous prie de considérer le tort et le préjudice que vous m'avez fait, premièrement par votre publication du 13 juin 1643, en me citant au son de la cloche, et par des affiches qui furent même envoyées avec soin de tous cêtés en ces provinces, comme si j'eusse été un vagabond ou un fugitif qui auroit commis le plus grand et le plus odieux de' tous les crimes. €ar encore qu'on n'en spécifiât point d'autre sinon que j'avois écrit contre Yoêtius, toutefois, à cause que c'est une chose entièrement inouïe et sans exemple de voir citer quelqu'un d'une façon si extraordinaire pour avoir écrit contre un particulier, et que le menu peuple, et généralement tous ceux qui n'ont point étudié, ne savent pas Jusqu'où se peut étendre le péché de faire des livres, vous leur donniez sujet de penser que j'avois commis en cela un si grand crime qu'il étoit aussi sans exemple. Et l'injure que je recevols étolt d'autant plus grande que je l'avoîs moins méritée ; car au fond je n'avois fait autre chose, sinon que je m'étois défendu, avec beaucoup plus de modération que je n'avois été obligé d'en observer, contre les plus outrageuses calomnies qui puissent être imaginées, et auxquelles la prudence ne permettolt pas que je différasse plus longtemps de m'opposet. Car, outre que j'ai fait voir ci-dessus que Voëtius avoit un dessein formé de longue main pour persuader que j'étois athée, j'ai juste raison de penser qu'il m'en vouloitmême accuser en justice, et tâcher de m'opprimer par de faux témoignagies, pource que ce n'est point lui faire tort que de dire qu'il est capable de corrompre

DtSCARTIS.

des témoins, et que Schoock assure que lorsque ce Voëtius lui recommandoit de m'objecter principalement l'athéisme en son livre, il lui promet* toit taies testes aliqtuindô prodituros ( à savoir, pour me convaincre de ce crime) gui passent reveràassidui sive classici testes haberi; mais depuis qu'il a vu que je veillois pour me défendre, il n'en a su produire aucun. La seconde chose par laquelle vous m'avez grandement pré* judicié est la sentence qu'on dit que vous avez rendue, en laquelle condamnant mes écrits» vous donniez expressément action contre moi à votre officier de justice pour m'ôter entièrement l'honneur et les biens, autant qu'il étoit en votre pouvoir. J'ajoute pour la troisième, non-seulement l'acte du 11 juin 1645, par lequel vous défendiez aux libraires d'Imprimer ou vendre les écrits qui seroient pour moi et en ma faveur, au même temps que je reçus le jugement de MM. de Groningue, en date du 10 avril de la même année, lequel servoit à me justifier, et pendant que Voëtius faisolt Imprimer une lettre de Schoock pour confirmer ses calomnies contre moi; mais aussi , toute la protection que vous avez donnée depuis quatre ans aux injures de Voëtius, et de tous les autres qu'il a suscités pour me nuire ; jusque-là qu'il a été un temps qu'aucun ami que j'eusse en votre ville n'osoit, sans contrefaire son écriture et celer son nom, m'avertlr des choses qui s'y faisoient à mon préjudice, bien qu'elles ne pussent être faites légitimetnent sans que j'en fusse averti ; et que pendant que Schoock obéissoit aux passions de Voëtius, en écrivant pour lui complaire toutes les plus crimindles calomnies qu'on puisse inventer, il étoit le bienvenu en votre ville ; et le témoignage qu'on avoit tiré de lui contre moi y étoit reçu pour bon en justice, bien qu'il fftt rempli de contradictions et d'équivoques, ainsi qu'il déclare lui-même, et que son livre fait auparavant contre moi le dût rendre entièrement suspect; mais après qu'il a eu confessé quelques vérités i mon avantage, on lui a fait un procès d'injures pour ce sujet; et bien qu'il les ait prouvées si évidemment que MM. de Groningue ne les ont aucunement mises en doute, il n'a pu toutefois encore chez vous en être absous. En sorte qu*il semble que vous ayez fait depuis quatre ans tout votre possible pour me lier les mains, et empêcher que je no me défendisse pendant que mon ennemi me battoit et qu'il déchargeoit toute sa colère et toute sa rage sur moi. ' Mais je mettrai aussi, s'il vous plait, entre les raisons pour lesquelles j'attends de vous une juste et entière satisfaction, que je n^ii point voulu rompre ces liens dont vous me reteniez, bien qu'il m'eût été très facile , et que j'ai souffert

CORRESPONDANCE

patiemment tontes les injures que j'ai reçues de Voëtîus depuis ce temps-là sans m*en revancher, pour cette seule considération que j*ai vu que vous le couvriez tellement de votre corps que je ne pouvoîs pas aisément le frapper sans vous toucher, et que je ne voulois pas vous offenser. Auxquelles choses je vous supplie de vouloir avoir égard, afin que je puisse recevoir de vous la satisfaction que je prétends. Et si je n'en puis obtenir d'autre, qu'il vous plaise au moins m'octroyer ce qu'on n'a pas coutume de refuser aux plus criminels, et de trouver bon que je sache quelle est la sentence qu'on dit avoir été donnée contre moi, par quels juges elle a été donnée, sur quoi ils se sont fbndés, et quelles sont toutes les charges ou les preuves qu'ils ont eues pour me condamner. Sur quoi je prie Dieu qu'il vous inspire les conseils qui seront les plus utiles à sa gloire, et desquels vous puissiez le plus être loués et estimés par tous ceux qui aiment la vertu, afin que j'aie juste raison de me dire, etc.

Page 1