‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 274 sur 306 · N»97. — AM. REGIUS · texte numérisé non relu

N»97. — AM. REGIUS

(Lettre XCVI du tomcl. Version.)

9Jiii0etl6i8.

Monsieur,

Je ne sais ce qui m'a empêché de répondre plus têt à votre dernière, si ce n'est, pour vous parler sincèrement, que je n'aime pas à être d'un sentiment différent du vôtre ; et comme il me paroissoit que je ne pouvois penser comme vous sur les choses que vous m'écriveî , c'est ce qui m'a fait différer si longtemps à prendre la plume. J'étois surpris effectivement que vous voulussiez confier à l'impression, dont les traits sont ineffaçables, des choses que vous n'osiez pas exposer â l'examen d'une dispute d'une heure, et qne vous appréhendassiez davantage les actions subites et inconsidérées de vos adversaires que celles qu'ils pooToient former contre vous après une mare réflexion et une longue étude, m'étant souvenu d'avoir lu dans votre Compendium de physique plusieurs choses entièrement éloignées de l'opinion commune, lesquelles vous y proposez nuement et sans les appuyer d'aucunes raisons qui pussent les rendre probables aux lecteurs. Je crus que cela pouvolt être supportable dans des thèses où l'on assemble souvent plusieurs paradoxes pour fournir un plus vaste champ de dispute aux adversaires ; mais dans un livre que vous scmblieae donner comme un essai de la nouvelle philosophie, je crois que cela est bien différent, c'esti-dire qu'il faut les fortifier par des preuves qui

puissent persuader le lecteur qtie yos oodoÉni sont véritables, avant de les exposer au public, de peur qu'il ne soit offensé de leur nouveauté; mais j'apprends que M. Yan S. vous a fait diaoger de {sentiment, et j'approuve beaucoup plusœqoe vous entreprenez, je veux dire ces thèses de physiologie par rapport à la médecine; j'espère qw vous pourrez les mieux établir et les mieux défendre, et vos adversaires trouveront moins d'o^ casion de mordre sur elles. Adieu.

N° 9%.^k M. RKGIDS.

(Lettre XGYU du tome |. Tersioo.)

«S)ametl645.

Monsieur ,

Lorsque je voua écrivis ma dernière je d'itoîi encore parcouru que quelques pages de votre U« vre, et je crus y avoir trouvé un motif suffisiot pour juger que la manière d'écrire dont Tom vous étiez servi ne pouvolt être soufferte tODtio plus que dans des thèses, où la coutume est de proposer ses opinions d'une manière tris pars* doxe pour attirer plus de gens à la fii%put»\ mi pour ce qui me regarde, je croîs devoir é'itef soigneusement que mes opinions ne paroiffeat point paradoxes, et je ne désire point da W* qu'on les propose en forme de dispute, car je l^* crois si certaines et si évidentes que je me flatte qu'étant une fois bien comprises elles dteroat twA sujet de dispute. J'avoue qu'on peot les propoaer par définitions et par divisions, en descendant do général au particulier, mais alors il faut to appuyer de preuves; et quoiqu'elles ne soteDl pa» nécessaires pour vous qui êtes avancé dans iacoonoissance de mes principes, considérez, je toai prie, combien il y en a peu qui aient ces avanceit puisqu'entre plusieurs milliers d'bofnnoes qui la mêlent de philosophie à peine s'en trouvHHJ un qui les comprenne, et certainement oeai flw entendent les preuves n'Ignorent pas ao^^i 'f conclusions, et par conséquent n'ont paa beaoïB de votre écrit. Pour les autres, lisant vos ow»» sions sans preuves et diverses définitions tout-a* fait paradoxes, dans lesquelles vous faites ïDentii» de globules éthérés et autres choses seroblaW*» que vous n'avez expliquées nulle part, ila***"^ queront d'elles et les mépriseront : ainai votta écrit pourra nuire la plupart du temps et n Çj^ jamais utile. Voilà le jugement que j'ai porté o» premières pages que j'ai lues de votre écrit ; iw lorsque je suis parvenu au chapitre de f ''^©'^ et que j'y al vu ce que vous dites de *'*|J*J^ I Dieu, non-seulement j« m^ m» OQoifm («^

4NNSE; 1649.

mon premier sentimeol, mais outra cela j'ai été saisi et accablé de douleur « voyaot que vous croyez de telles choses, et que vous ne pouvez Toqs abstenir de les écrire et de les enseigner, quoique cela ne vous puisse procurer aucune louange, mais vous causer de grands chagrins et une grande honte« Pardonnez-moi, je vous prie, si je vous ouvre mon cœur aussi franchement que ■I vous étiez mon frère. Si ces écrits tombent entre les mains de personnes malintentionnées, comme cela ne manquera pas d'arriver, puisque quelques-uns de vos disciples les ont déjà, ils pourront vous prouver par là et vous convaincre même par mon jugement que vous faites do même à l'égard de Voëtius, etc. De peur que le blâme ne retombe sur moi, je me verrai dans la nécessité de publier partout à l'avenir que je suis entièrement éloigné de vos sentiments sur la métaphysique, et je serai même obligé de le faire connohre par quelque écrit publio si votre 11- Tre vient à être imprimé. Je vous suis véritablement obligé de me l'avoir papotré avant de la publier; mais vous ne m'avez point du tout fait plaisir d'avoir enseigné ces choses 4 mon insu. Présentement je souscris volontiers W sentiment de ceux qui loubaitoient que ypus Toys cvotinssiez dans les bornes de la médecine; en eiTet, qu'est-il nécessaire de mêler dans vos écrits ea qui regarde la métaphysique ou la théologie^ puisque vous ne sauriez toucher ces difficultés sans errer à droite ou à gauche? Auparavant, en considérant Tâme comme une substance distincte du corps, vous avez écrit que rhofpme étoit un être par accident. Présentement, considérant au contraire que Tâme et le corps sont étroitement unis dans le même homme, vous voulez qu'elle soit seulement un mode du corps, erreur qui est pire que la première. Je vous prie derechef de me pardonner, et de croire que je ne vous aurois pas écrit si librement si je ne vous aimois véritablement et si je n'étois tout à vous.

Je vous aurois envoyé votre livre avec cette lettre, maisj'ai craint que, s'il venoit à tomber par hasard en des mains étrangères, la sévérité de ma censure ne pût vous nuire. Je le garderai donc jusqu'à ce que j'aie su que vous avez reçu cette lettre.

N' 99 —A M. RE6IDS.

(Lettre XCyiU du tome L Version. )

HûBsieiir, Cew ^ui ma aoups^nnaat 4%if 9 fvi» w^

nière contraire i mes sentiments, sur qtta|qiie mtn jet que ce soit, me font une injustice criante. 81 jo savois qui sont ces personnes-là, je ne poumli m'empêcher de les regarder comme mes ennemis. J'avoue qu'il y a de la prudence de sa taire dann certaines occasions, et de ne point donner an pa*» blic tout œ que Ton pense; mais d'écrire sans nécessité quelque chose qui soit oontraire à ses propres sentiments et sans nécessité, et vouloir le persuader à ses lecteurs, je regarde cela comme une bassesse et comme une pure méchanceté. Je ne puis m'empêcher de me servir de vos propres termes pour répondre à ceux qui assurent qu'il ne faut pas être grand philosophe pour réfuter ce qui a été dit sur l'essence substantielle de raine, sans néanmoins réfuter ces raisons ni même pouvoir le fiiire : latil entkou»iaste est mauvais rai- $<mneur : tout impertinent diseur de rien en peut dire autant avec la dernière opiniâtreté^ de toutes les bagatelles auxquelles il s*amuse; au reste, je ne crois pas que Tautorité de qui que ce soit, doqt lessentiments soient opposés aux miens, pulan ma nuira , pourvu que je ne paroisse pas approuver sas opinions ; et je serols bien Mché que vous vous abstinssiez en aucune manière pour l'amour da mol d'écrire tout ce qu'il vous plâtra, et de rimprimar, pourvu que vous ne trouviez pas mauvais da votre oAté que je déclara partout publiquement que je suis tout-à-fait opposé à vos sentiments. Mais pour ne pas manquer aux derniers devoirs de l'amitié, puisque vous ne m*av0Z laissé votre livre qu'afin de savoir mon sentiment, je ne puis m*empêcher âe vous dira franchement que je crois qu'il n'est pas de votre intérêt de rien Imprimer sur la philosophie, pas même sur la physique : U parce que vos magistrats vous ayant fait défendre d'enseigner en public ou en particulier la nouvelle philosophie, st vous faisiez Imprimer quelque chose qui en approchât, vous fourniriez un assez beau champ à vos ennemis da vous faire perdre votre chaire et vous faire condamner même à d'autres peines ; car ils sont encore puissants, Ils ont la force en main, et peut-être que leur pouvoir s'accroîtra dans la suite plus que vous ne pensez. En second Heu , parce que je ne crois pas que vous puissiez retirer aucun honneur des choses où vous pensez comme moi, parce que vous n'y ajoutez rien du vêtre que l'ordre et la brièveté, qui seront blâmés, si je ne me trompe, par tout bon esprit ; car je n'ai encore vu personne qui désapprouvât Tordre que j*al gardé, et qui ne m'accusât plutôt d'être trop concis que d*être diffus. Le reste en quoi vous dlffé rei da moi vous attlrM« à mon avis plus de blâma et de déshonneur que de louange ; c'est pourquoi, Je voqs la répète, je ne vous eonaeHfo pas da

CORRESPONDANCE

Iilre Imprimer yotre IWre ; attendez encore, soi* Tel le précepte d*Ho^ace,^arc{eJ^26 dix ans dans votre cabinet: peut-être qu*avec le temps vous Terres qu'il n'est pas certainement de votre intérêt de le mettre an jour. Je ne serai pas moins tout à TOUS, etc.

FRIlf CESSE PALATINE, OtC.

(Lettre IX du tome L)

!•* février 1646.

Madame ,

n m'arrive s! peu souvent de rencontrer de bons raisonnements, non-seulement dans les discours de ceux que je fréquente en ce désert, mais aussi dans les livres que je consulte, que je ne puis lire ceux qui sont dans les lettres de votre altesse sans en avoir un ressentiment de joie extraordinaire ; et je les trouve si forts que j'aime mieux avouer d*en être vaincu que d'entreprendre de leur résister. Car encore que la comparaison que votre altesse refuse de faire à son avantage puisse asse^ être vérifiée par l'expérience, c'est toutefois une vertu si louable de juger favorablement des autres, et elle s*accorde si bien avec la générosité qui vous empêche de vouloir mesurer la portée de Tesprit humain par l'exemple du commun des hommes, que je ne puis manquer d'estimer extrêmement Ton et Tautre. Je n'oserois aussi contredire à ce que votre altesse écrit du repentir, vu que c'est une vertu chrétienne, laquelle sert poui faire qu*on se corrige, non-seulement des fautes commises volontairement, mais aussi de celles qu*on a faites par ignorance, lorsque quelque passion a empêché qu'on ne connût la vérité : et j*avoue bien que la tristesse des tragédies ne plairoit pas comme elle bit si nous pouvions craindre qu'elle devint si excessive que nous en fussions Incommodés. Mais lorsque j'ai dit qu'il y a des passions qui sont d'autant plus utiles qu'elles penchent plus vers l'excès, j'ai seulement voiflu parler de celles qui sont toutes bonnes, ce que j'ai témoigné en ajoutant qu'elles doivent être sujettes à la raison. Car U y a deux sortes d'excès : l'un qui, changeant la nature de la chose et de bonne la rendant mauvaise, empêche qu'elle ne demeure soumise à la raison ; l'autre qui en augmente seulement la mesure, et ne fait que de bonne la rendre meilleure. Ainsi la hardiesse n'a pour excès la témérité que lorsqu'elle va au-delà des limites de la raison ; mais peqdant qu'elle ne les passe point, elle peut

encore avoir on autre excès, qoi consiste à nttn accompagnée d'aucune irrésolution ni d'aocoDe crainte.

J'ai pensé ces jours derniers au nombre et à l'ordre de ces passions, afin de pouToir plus particulièrement examiner leur nature ; mais je n'ii pas encore assez digéré mes opinions touchant œ sujet pour les oser écrire à votre altesse, et jeu manquerai pas de m'en acquitter le plus têt qu'D me sera possible.

Pour ce qui est du libre arbitre, je eoniisn qu'en ne pensant qu'à nous-mêmes nous ne pouvons ne le pas estimer indépendant ; mais lorsque nous pensons à la puissance infinie dé Dieu, oooi ne pouvons ne pas croire que toutes choses dépendent de lui, et par conséquent que notre libreirbitre n'en est pas exempt. Car il implique contradiction de dire que Dieu ait créé des liommes de telle nature, que les actions de leur volonté ne dépendent point de la sienne ; pource que c'est le même que si on disoit que sa puissance est (oat ensemble finie et infinie : finie, puisqu'il y a quelque chose qui n'en dépend point ; et Infinie, puisqu'il a pu créer cette chose Indépendante. Mais comme la connoissance de l'existence de Dieu ne nous doit pas empêcher d'être assurés de notre libre arbitre, pource que nous Texpérimentonsetle sentons en nous-mêmes, ainsi celle de notre libre arbitre ne nous doit point faire douter de Texistence de Bien. Car l'indépendance que nous expérimentons et sentons en nous, et qui suffit pour rendre nos actions louables ou blâmables, o'eflt pas Incompatible avec une dépendance qui est d'autre nature, selon laquelle toutes choses soot sujettes à Bleu.

Pour ce qui est de l'état de l'âme aprb «tte vie, j'en ai bien moins de connoissance que M. d'Ig* by ; car, laissant à part ce que la foi nous en enseigne, je confesse que, par la seule raison naturelle, nous pouvons bien faire l)eauooup de conjectures à notre avantage et avoir de Mies espérances , mais non point aucune assaranoe. Et pource que la raison naturelle nous apprend aussi que nous avons toujours plus de biens que de maux en cette vie, et que nous ne derou* point laisser le certain pour l'incertain , elle œe semble nous enseigner que nous ne devons pas véritablement craindre la mort, mais que nous ne devons aussi jamais la rechercher.

Je n'ai pas besoin de répondre à l'objection q« peuvent faire les théologiens touchant la va»» étendue que j'ai attribuée à l'univers, pource q» votre altesse y a déjà répondu pour moi ; j'ajou seulement que si cette étendue pouvoit ^^^^l, mystères de notre religion moins croyables,^ que les astronomes ont de tout temp» attnw»*

aux deox turoit po faire le loêffle, peoree qu'ils les ont oonsidéréë si grands que la terre n'est à leur oomjïaraison que comme un point, et toutefois cela ne leur a pas été objecté.

Au reste, si la prudence étoit maltresse des éyé- Déments, je ne doute point que votre altesse ne lint à bout de tout ce qu'elle voudroit entreprendre ; mais il faudroit que tous lesbommes fussent parfaitement sages, afin que, sachant ce qu'ils doi- Tent fiiire, on pût être assuré de ce qu'ils feront ; ou bien il faudroit connoltre particulièrement l'humeur de tous ceux ayec lesquels on a quelque chose à démêler, et encore ne seroit-oe pas assez, a cause qu'ils ont outre cela leur libre arbitre, dont les éTénements ne sont connus que de Dieu seul. Et pouroe qu'on juge ordicairement de ce que les autres feront par ce qu'on voudroit faire si on étoit en leur place, il arrive souvent que les esprits ordinaires et médiocres, éumt semblables à ceux avec lesquels ils ont à traiter, pénètrent mieux dans leurs conseils et font plus aisément réussir ce qu'ils entreprennent , que ne font les plus relevés , lesquels, ne traitant qu'avec ceux qui leur sont de beaucoup inférieurs en connoissance et en prudence, jugent tout autrement qu'eux des affaires. C'est ce qui doit consoler votre altesse lorsque la fortune s'oppose à vos desseins. Je prie Dieu qu'il les fevorise, étant comme je suis, etc.

PRINCESSE PALATINE, OtC.

(LettreXdutomeL)

Mars 1646.

Madame,

Je ne puis nier que je n'aie été surpris d'apprendre que votre altesse ait eu de la fâcherie, jusqu'à en être incommodée en sa santé, pour une chose* que la plus grande part du monde trouvera bonne, et que plusieurs fortes raisons peuvent rendre excusable envers les autres ; car fous ceux de la religion dont je suis (qui font sans doute le plus grand nombre dans l Europe) sont obligés de l'approuver, encore même qu'Us y vissent des circonstances et des motife apparents qui fussent blâmables : car nous croyons que Dieu se sert de divers moyens pour attirer les âmes à sol, et que tel est entré dans le cloître avec une mauvaise intention, lequel y a mené par après une vie fort sainte. Pour ceux qui sont d'une autre créance, s'ils en parlent mal, on

(1) « U oootenlon de 100 frère, le priBoe Bdouard. » .

peut récuser leur jugement; car, comme en toutes les autres affaires touchant lesquelles il y a divers partis il est impossible de plaire aux uns sans déplaire aux autres , s'ils considèrent qu'ils ne seroient pas de la religion dont ils sont» si eux, ou leurs pères, ou leurs aïeuls n'avoient quitté la romaine, ils n'auront pas sujet de se moquer ni de nommer inconstants ceux qui quittent la leur. Pour ce qui regarde la prudence du siècle, il est vrai que ceux qui ont la fortune cfaei eux ont raison de demeurer tous autour d'elle et de joindre leurs forces ensemble pour empêdier qu'elle n'échappe ; mais ceux de la maison desquels elle est fugitive ne font, ce me semble, point mal de s'accorder à suivre divers chemins, afin que, s'ils ne la peuvent trouver tous, il y en ait au moins quelqu'un qui la rencontre ; et cependant pource qu'on croit que chacun d'eux a plusieurs ressources, ayant des amis. en divers partis, cela les rend plus considérables que s'ils étoient tous engagés dans un seul : ce qui m'empêche de pouvoir imaginer que ceux qui ont été auteurs de ce conseil aient en cela voulu nuire à votre maison. Mais je ne prétends point que mes raisons puissent empêcher le ressentiment de votre altesse; j'espère seulement que le temps l'aura diminué avant que cette lettre vous soit présentée, et je craindrois de le rafrafehir si Je m'étendois davantage sur ce sujet. C'est pourquoi je passe à la difficulté que votre altesse propose touchant le libre arbitre, duquel je tacherai d'expliquer la dépendance et la liberté par une comparaison. Si un roi qui a défendu kê duels, et qui sait très assurément que deux gentilshommes de son royaume, demeurant en diverses villes, sont en querelle et tellement animés l'un contre l'autre que rien ne les sauroit empêcher de se battre s'ils se rencontrent ; si, dis-je, ce roi donne à l'un d'eux quelque commission pour aller à certain jour vers la ville où est l'autre, et qu'il donne aussi commission i cet autre pour aller au même jour vers le lieu où est le premier, il sait bien assurément qu'ils ne manqueront pas de se rencontrer et de se battre, et ainsi de contrevenir i sa défense, mais il ne les y contraint point pour cela ; et sa connolssance et même la volonté qu'il a eue de les y déterminer en cette façon n'empêche pas que ce ne soit aussi volontairement et aussi librement qu'ils se iMittent lorsqu'ils viennent à se rencontrer, comme ils aa« roient fait s'ils n'en avoieot rien su et que ce fût par quelque autre occasion qu'ils se fussent rencontrés, et ils peuvent aussi justement être punis, pource qu'ils ont contrevenu à sa défense. Or ce qu'un roi peut faire en cela touchant quelques actions libres de ses sujets. Dieu, qui a une

GORRESFOKDàMGE.

I et Utt9 pbliMincB Infinie, le ftilc iofailli'^ hletnent touchant toutes celles des hommes : et avifit i)a'll nous ait entoyés en oe monde, il a su etactemmit quelles seroient toutes les inclinations d^ notr« Volonté ; c'est lui-même qui les a mises en nous ; c'est lui aussi qui a disposé toutes les antres dioses qui sont hors de nous pour faire qia tels et tels objets se présentassent à nos sens i tel et tel temps, à Toccaslon desquels II a su qUe notre libre arbitre nous détermineroit à telle ou telle (ttose, et 11 l'a ainsi toulu; mais il n'a pas toaltt pour cela Ty contraindre* Et comme on peut distinguer en ce roi deux différents degrés dé volonté, l'un par lequel il a voulu que ces gentilshommes se battissent, puisqu'il a fait qu'ils m ren<k>ntrassent, et l'antre par lequel il ne l'a pMtOulù, puisqu'il a défendu les duels, ainsi lis théologiens distinguent en Dieu une volonté tfMolne el indépendadte, par laquelle 11 veut que tirâtes choses se fassent ainsi qu'elles se font, et une autre qui est relative et qui se rapporte au mérite ott démérite des hommes, par laquelle 11 vent qu'on obéisse à ses lois.

n est besoin aussi que je distingue deUt sortes de biens, pour accorder ce que j'ai ci-devant écrit (à savoir qu'en cette vie nous avons toujours plus de biens que de maux) avec ce que votre altesse m'objecte touchant toutes les incommodités de la vie. Quand on considère l'idée du bien pour servir de règle à nos actions, on le prend pour toute la perfection qui peut être en la chose qu'on nomme bonne, et on le compare à la ligne droite, qui est unique entre une infinité de courbes, auxquelles on compare les maux. C'est en ce sens que les philosophes ont coutume de dire que bonum eêt ex intégra causât malum ex quoviê defectn. Mais quand on considère les biens et les maux qui peuvent être en une même chose, pour savoir restlme qu'on en doit faire, comme j'ai fait lorsque j*^! parlé de l'estime que nous devions foire de cette vie, on prend le bien pour tout ce qui 8*y trouve dont on peut avoir quelque commodité, et on ne nomme mal que ce dont on peut recevoir de l'incommodité : car, pour les autres dé- Ihuts qui peuvent y être, on ne les compte point. Ainsi lorsqu'on offre un emploi à quelqu'un, il considère d'un cAté l'honneur et le profit qu'il en petti attendre comme des biens, et de l'autre la peine, le péril, la perte du temps et autres telles choses, comme des maux ; et comparant ces maux avec ces biens, selon qu'il trouve ceux-ci plus ou moins grands que ceux-là, il l'accepte ou le reftise. Or ce qui m'a fait dire en ce dernier sens qu'il y a toujours plus de biens que de maux en «Btte vie, c'est le peu d*état que je crois que nous levons iUre de toutes les choses qui sont hors de

nous et qui be dépendent point de notre libre arbitre, à comparaison de celles qui en dépendent, les(|uelles nous pouvons toujours rendre bonnes lorsque nous en savons bien user ; et nm pouvons empêcher par leur moyen que toos les maux qui viennent d'ailleurs, tant grands qalli puissent être, n'entrent plus avant en notre in» que la tristesse qu'y excitent les comédieni quand ils représentent devant nous quelques action fort funestes c mats j'avoue qu'il faut être fort philosophe pour arriver jusqu'à ce point. Et toutefois je crois aussi que même ceux-là qoi» laissent le plus emporter à leurs passions joge&t toujours en leur Intérieur qu'il y s plus debiesi que de maux en cette vie, encore quils ses'es aperçoivent pas eux-mêmes; car bien qu'ils appellent quelqueibis la mort à leur secours quand ils sentent de grandes douleurs, c'est seulement afin qu'elle leur aide à porter leur fardeau, ainsi qu'il y s dans la fable, et ils ne veulent point pour cela perdra U vie ; ou bien s'il y en a qoel* ques*uns qui la veuillent perdre et qui se tuent eux-mêmes, c'est par une erreur de leur eoteodement, et non point par un Jugement bien ni' sonné, ni par une opinion que la nature ait Im' primée en eux, comme est celle qui fait qu'on préfère les biens de cette vie à ses maux.

La raison qui me fait croire que ceux qui oe font rien que pour leur utilité particulière doi^ vent aussi bien que les autres travailler pour autrui , et tâcher de faire plaisir i un chacun autant qu'il est en leur pouvoir, s'ils veulent user da prudence , est qu'on voit ordinairement srriTer que ceux qui sont estimés officieux et prompts à faire plaisir reçoivent aussi quantité de bons offices des autres, même de ceux qu'ils n'ont jamais obligés, lesquels ils ne recevroient pas si oo les croyoit d'autre humeur, et que les peines qu'ils ont à faire plaisir ne sont point si grandes que les commodités que leur donne l'amitié de ceux qui les Gonnoissent ; car on n'attend de nous que lei offices que nous pouvons rendre commodément, et nous n'en attendons pas davantage des autres; mais il arrive souvent que ce qui leur coule peu nous profite beaucoup, et même nous peut importer de la vie. Il est vrai qu'on perd quelquefois» peine en bien faisant, et au contraire qu'on g^ à mal faire ; mais cela ne peut changer la règle de la prudence, laquelle ne se rapporte qu aux choses qui arrivent le plus souvent; et pour mj» la maxime que j'ai le plus observée en toute i* conduite de ma vie a été de suivre se"*«î^l|T grand chemin , et de croire que la P"**^^ finesse est de ne vouloir point du tout user fl finesse. Les lois communes de la société, lesquelles tendent toutes i se faira du bien te tioi «a ^^'

tre9, M da moins i ne te point Mre de mal, sont, oe me semble, si bien établies que quiconque les suit franchement, sans aucune dissimulation ni artifice , mène une vie beaucoup plus heureuse et plus assurée que ceux qui dierdient leur utilité par d'autres Toles, lesquels à la yérité réussissent quelquefois par Fignoranee des autres hommes et par la Ihveor de la fortune ; mais II arrive bien plus soQYent quMIs y manquent, et que, pensant s'établir. Ils se ruinent. C'est avec cette ingénuité «t cette franchise, laquelle je fais profession d'obserrer en toutes mes actions, que je fats aussi par^ ticulièrement profession d'être, etc.

ffUnCtSSK FALATIRBi OtC.

(LettnXIdaUUBSl.)

luiiiieis.

Je reconnob par expérience que J'ai eu raison de mettre la gloire au nombre des passions, car je ne puis m'empécher d'en être toudié en voyant le Aivorable jugement que fait votre altesse du petit Traité que j'en ai écrit; et je ne suis nullement furprls de oe qu*elle y remarque aussi des défauts, poaroe que je n'ai point douté qu*il n'y en eftt en grand nombre, étant une matière que je n'avois jamais ci-devant étudiée et dont je n'ai fait que tirer le premier crayon , sans y ajouter les couleurs et les ornements qui seroieot requis pour la faire paroitre a des yeux moins clairvoyants que ceux de votre altesse. Je n*y ai pas mis aussi tous les principes de physique dout je me suis servi pour déchiffrer quels sont les mouvements du sang qui aœompagnent chaque passion, pouroe que je ne les saurois bien déduire sans expliquer la formation de toutes les parties du corps humain ; et c'est une chose si difficile que je ne i'oserois encore entreprandre, bien que je me sois à peu prés satisfait moi-même touchant la vérité des principes que j'ai supposés en cet écrit , dont les principaux sont que l'olBce du foie et de ia rate est de contenir toujours du sang de réserve, moins purifié que celui qui est dans les veines, et que le feu qui est dans le cœur a besoin d'être continuellement entretenu, ou bien par le suc des viandes qui vient directement de l'estomac, ou bien à son défont par ee sang qui est en réserve, à cause que l'autre sang qui est dans les veines se dilate trop aisément , et qu'il y a une telle liaison entre notre âme et notre corps que les pensées qui ont accompagné quelques iMufeiiMlilB du eorps dès le commencement de

notre vie les accompagnent encore à présent, m sorte que si les mêmes mouvements sont excités derechef dans le corps par qtielque cause extérieure, ils excitent aussi en l'âme les mêmes pen* sées ; et réciproquement, si nous avons les mêmes pensées, elles produisent les mêmes mouvements; et enfin que la machine de notre corps est tellement faite qu'une seule pensée de joie, ou d'amour, ou autre semblable, est suffisante pour envoyer les esprits animaux par les nerfs en tous les muscles qui sont requis pour causer les divers mouvements du sang que j'ai dit accompagner les passions. 11 est vrai que j'ai eu de la difficulté i distinguer ceux qui appartiennent à chaque passion , à cause qu'elles ne sont jamais seules ; mais néanmoins pource que les mêmes ne sont pas toujours jointes ensemble, j'ai tâché de remarquer les changements qui arrivolent dans le corps lorsqu'elles changeoient de compagnie. Ainsi, par exemple, si l'amour étoit toujours jointe à la joie, je ne saurois à laquelle des deux il faudroit attribuer la chaleur et la dilatation qu'elles font sentir autour du cœur ; mais pource qu'elle est aussi quelquefois jointe à la tristesse, et qu'alors on sent encore cette chaleur et non plus cette dilatation , j'ai jugé que la chaleur appartient à l'amour el la dilaution à la joie. Et bien que le désir soit quasi toujours avec l'amour, ils ne sont pas néanmoins toujours ensemble au même degré ; car, encore qu'on aime beaucoup, on désire peu lorsqu'on ne coDçoit aucune espérance; et pouroe qu'on n'a point alors la diligence et la promptitude qu'on auroit si le désir étoit plus grand , on peut juger que c'est de lui qu'elle vient et non de l'amour.

Je crois bien que la tristesse Ate l'appétit à plusieurs ; mais pource que j'ai toujours éprouvé ea moi qu'elle l'augmente, je m'étois réglé là-dessus. Et j'estime que la différence qui arrive en cela vient de ce que le premier sujet de tristesse que quelques-uns ont eu an commencement de leur vie a été qu'ils ne recevoient pas assez de nourriture, et que celui des autres a été que celle qu'ils recevoient leur étoit nuisible ; et en ceux-ci le mouvement des esprits qui ête l'appétit est toujours depuis demeuré joint avec la passion de la tristesse. Nous voyons aussi que les mouvements qui accompagnent les autres passions ne sont pas entièrement semblables en tous les hommes, oe qui peut être attribué à pareille cause.

Pour l'admiration, encore qu'elle ait son origine dans le cerveau, et ainsi que le seul tempérament du sang ne la puisse causer, comme il peut souvent causer la joie ou la tristesse,» toutefois elle peut , par le moyen de l'impression qu'elle ialt dans le cerveau, agir sur le corps autant qu'au-

œRRESPONDANCE.

cane des autres passions, on mAme plus en quelque façon, a cause que la surprise qu'elle contient cause les mouvements les plus prompts de tous ; et comme on peut mouvoir la main ou le pied quasi au mfime instant qu'on pense à les mouvoir, pource que ridée de ce mouvement qui se forme dans le cerveau envoie les esprits dans les muscles qui servent à cet effet , ainsi Tidée d'une chose plaisante qui surprend l'esprit envoie aussitôt les esprits dans les nerfs qui ouvrent les orifices du CûBur; et I*admiration ne fait en ceci autre chose, sinon que par sa surprise elle augmente la force du mouvement qui cause la joie, et fait que, les orifices du cœur étant dilatés tout à coup, le sang qui entre dedans par la veine cave et qui en sort par la veine artérieuse enfle subitement le poumon.

Les mêmes signes extérieurs qui ont coutume d'accompagner les passions peuvent bien aussi quelquefois être produits par d'autres causes. Ainsi la rougeur du visage ne vient pas toujours de la honte, mais elle peut aussi venir de la chaleur du feu, ou bien de ce qu'on fait de Texercice ; et le ris qu'on nomme sardonien n'est autre chose qu'une convulsion des nerfs du visage ; et ainsi on peut soupirer quelquefois par coutume ou par maladie, mais cela n'empêche pas que les soupirs ne soient des signes extérieurs de la tristesse et du désir, lorsque ce sont ces passions qui les causent. Je n'avois jamais ouï dire ni remarqué qu'ils fussent aussi quelquefois causés par la réplétion de l'estomac; mais, lorsque cela arrive, je crois que c'est un mouvement dont la nature se sert pour faire que le suc des viandes passe plus promptement par le cœur, et ainsi que l'estomac en soit plus têt déchargé ; car les soupirs, agitant le poumon, font que le sang qu'il contient descend plus vite par l'artère veineuse dans le côté gauche du cœur, et ainsi que le nouveau sang, composé du suc des viandes qui vient de l'estomac par le foie et par le cœur jusqu'au poumon , y peut aisément être reçu.

Pour les remèdes contre les excès des passions, j'avoue bien qu'ils sont difficiles à pratiquer, et même qu'ils ne peuvent suffire pour empêcher les désordres qui arrivent dans le corps, mais seulement pour faire que l'âme ne soit point troublée et qu'elle puisse retenir son jugement libre ; à quoi je ne juge pas qu'il soit besoin d'avoir une oonnoissance exacte de la vérité de chaque chose, ni même d'avoir prévu en particulier tous les acddents qui peuvent survenir, ce qui seroit sans doute impossible ; mais c'est assez d'en avoir imaginé en général de plus fâcheux que ne sont ceux qui arrivent, et de s'être préparé à les souffrir. Je ne crois pas aussi qu'on pèche guère par excès

en désirant les choses nécessaires à la vie ; ce a'eH que des mauvaises ou superflues que les désin ont besoin d'être réglés; car ceux qui neteadeat qu'au bien sont, ce me semble, d'autant meillean qu'ils sont plus grands ; et quoique j'aie Toda flatter mon défaut en mettant une je ne aii quelle langueur entre les passions excusables, j'estime néanmoins beaucoup plus la diligeace de ceux qui se portent toujours avec ardeur a fain les choses qu'ils croient être en quelque iiioonde leur devoir, encore qu'ils n'en espèrent pas beaucoup de fruit.

Je mène une vie si retirée, et j'ai toujours étés! éloigné du maniement des affaires, que je db ttrois pas moins impertinent que ce philosoplie qd vouloit enseigner le devoir d'un capitaine en )i présence d'Annibal si j'entreprenois d'écrire id les maximes qu'on doit observer en la vie civile; et je ne doute point que celle que propose TOtre altesse ne soit la meilleure de toutes, à savoir qu'il vaut mieux se régler en cela sur l'expérieDoe que sur la raison, pource qu'on a rarement à traiter avec des personnes parfaitement rai80DD^ blés, ainsi que tous les hommes devroleot être, afin qu'on pût juger ce qu'ils feront par la seule considération de ce qu'ils devroient faire; et souvent les meilleurs conseils ne sont pas les plos heureux. C'est pourquoi on est contraint de bisarder et de se mettre au pouvoir de la fortane, laquelle je souhaite aussi obéissante à vos désin que je suis, etc.

PRINCESSE PALATINE, OtC.

(Lettre XII da tome L )

iSjiiaietietf.

Madame ^

L'occasion que j'aide donner cette lettreâM. de Beclin, qui m'est très intime ami, et à qui j« in^ fie autant qu'à moi-même, est cause que jeprefl* la liberté de m'y confesser d'une faute très signalée que j'ai commise dans le traité des pussions, en ce que, pour flatter ma négligence, j'y " ^ au nombre des émotions de l'âme qui soDteicosables une je ne sais quelle langueur qui nous empêche quelquefois de mettre en exécution les choses qui ont été approuvées par notre jugement; e ce qui m'a donné le plus de scrupule en ceci » que je me souviens que votre altesse a pariicui'^ rement remarqué cet endroit, comnie ténïoi' gnant n'en pas désapprouver la pnlîq^^

sujet où Je ne pois yoir qu'elle soit utile. J'ayoae bien qu'on a grande raison de prendre du temps poor délibérer, avant que d'entreprendre les choses qui sont d'importance; mais lorsqu'une affaire est commencée, et qu'on est d'accord du principal, Je ne vois pas qu'on ait aucun profit de chercher des délais en disputant pour les conditions. Car si Taflaire nonobstant cela réussil, tous les petits ayantages qu'on aura peut-être acquis par ce moyen ne servent pas tant que peut nuire le dégoût que causent ordinairement ces délais; et si elle ne réussit pas, tout cela ne sert qu'à faire savoir au monde qu'on a eu des desseins qui ont manqué, outre qu'il arrive bien plus souvent, lorsque l'affiilre qu'on entreprend est fort bonne, que pendant qu'on en diffère l'exécution elle s'é* chappe, que non pas lorsqu'elle est mauvaise. C'est pourquoi je me persuade que la résolution et la promptitude sont des vertus très nécessaires pour les affaires déjà commencées; et l'on n'a pas sujet de craindre ce qu'on ignore, car souvent les choses qu*on a le plus appréhendées avant que de les connoitre se trouvent meilleures que celles qn*on a désirées; ainsi le meilleur est en cela de se fier à la Providence divine et de se laisser conduire par elle. Je m'assure que votre altesse entend fort bien ma pensée, encore que je l'explique fort mal, et qu'elle pardonne au sèle extrême qui m'oblige d'écrire ceci, car je suis autant que je puis être, etc.

N» 104. — A MADAME ÉLISABETHS

FRinCESSE PALATINE, etC.

(Lettre XXm du tome L)

J'ai lu le livre dont votre altesse m'a commandé de lui écrire mon opinion, et j'y trouve plusieurs préceptes qui me semblent fort bons, comme entre autres auixix^ et zx« chapitres qu'un prince doit

(I) «La ptlDOMse SlitabeUi ayant jugé k propos de te retirer de la HollaDde ctiez madamerélectrice de BraDdd)ourg, M parente, fit Bavoir à M. Descartes, avant de partir, qu'elle soahaltoit qo*8 lui mandât son sentiment touchant le livre de Hacbiavel Iniituié le Mmm, et que sa sœur, la princesse Loniae , aoroit soin de lui bire tenir ses lettres^ et réciproquement de loi envoyer les siennes. Aussitôt M. Descartes se ■lit à lire ce Uvre, et celte lettre contient le Jugement qu*U en porte, n envoya cette lettre à la princesse Louise, & qui S écrivit la lettre qui suit. Ces deux Icitrcs ne sont point datées et dépendent du temps que la princesse Elisabeiti se retira à Seriln ; car, par la page 55 de cette lettre, U est manifeste que la princesse EUsatietli étoit dans ses voyages lors* que H. Descartes lui écrivit cette lettre. Je la date cependant, avec la suivante, du 15 septembre 1646. » (Note de TexempiaÉredenoMitot.)

toujours éviter la haine et le mépris de ses sujets, et que l'amour du peuple vaut mieux que les forteresses ; mais il y en a aussi plusieurs autres que je ne saurois approuver, et je crois que ce en quoi l'auteur a le plus manqué est qu'il n'a pas mis asseï de distinction entre les princes qui ont acquis un Etat par des voies justes et ceux qui l'ont usurpé par des moyens illégitimes, et qu'il a donné à tous généralement les préceptes qui ne sont propres qu'à ces derniers. Car comme en bâtissant une maison dont les fondements sont si mauvais qu'ils nesauroient soutenir des murailles hautes et épaisses on est obligé de les faire foibles et basses, ainsi ceux qui ont commencé à s'établir par des crimes sont ordinairement contraints de continuer à commettre des crimes, et ne se pourroient main* tenir s'ils vouloient être vertueux. C'est au regard de tels princes qu'il a pu dire au chapitre m qu'ils ne sauroient manquer d'être haïs de plusieurs, et qu'ils ont souvent plus d'avantage à faire beaucoup de mal qu'à en faire moins, pource que les légères oCTenses sufBsent pour donner la volonté de se venger et que les grandes en dtent le pouvoir. Puis au chapitre xy, que s'ils vouloient être gens de bien, il serait ImpoWible qu'ils ne se ruinassent parmi le grand nombre de méchants qu'on trouve partout. Et au chapitre xyi, qu'on peut être haï pour de bonnes actions aussi bien que pour de mauvaises, sur lesquels fondements 11 appuie des préceptes très tyranniques, comme de vouloir qu'on ruine tout un pays , afin d'en demeurer le maître ; qu'on exerce de grandes cruautés, pourvu que ce soit promptement et tout à la ibis ; qu'on tâche de paroitre homme de bien, mais qu'on ne le soit pas véritablement ; qu'on ne tienne sa parole qu'aussi longtemps qu'elle sera utile ; qu'on dissimule, qu'on trahisse ; et enfin que pour régner on se dépouille de toute humanité et qu'on devienne le plus farouche de tous les animaux. Mais c*est un très mauvais sujet pour faire des livres, que d'entreprendre d'y donner de tels préceptes, qui au bout du compte ne sauroient assurer ceux auxquels il les donne; car, comme il avoue lui-même, ils ne se peuvent garder du premier qui voudra négliger sa vie pour se venger d'eux. Au lieu que pour instruire un bon prince, quoique nouvellement entré dans un Etat, il me semble qu'on lui doit proposer des maximes toutes contraires, et supposer que les moyens dont ii s'est servi pour s'établir ont été justes, comme en effet je crois qu'ils le sont presque tous, lorsque les princes qui les pratiquent les estiment tels; car la justice entre les souverains a d'autres limites qu'entre les particuliers ; et il semble qu'en ces rencontres Bleu donne le droit à ceux auxquels il donne la force; mais les plus justes acUou de»

GORBBSPONDAKCE.

?Imm«bI iqjoltes quand caol qui les font toi panwût telltt. On doit aani distinguer entre les iiyels, tos amis ou alliés et les ennemis ; car au t9gurd de ces derniers on a quasi permission de tout fUre» pourvu qu'on en tire quelque aTantage pour soi ou pour ses sujets, et je ne désapprouve pas en wtte occasion qu*on accouple le renard avec le lion^ et qu'on joigne Tartifice A la force. Même je comprends sous le nom d'ennemis tous oeux qui ne sont point amis ou alliés, pouroe qu'on a droit de leur faire la guerre quand on y trouve son avantage, et que, commençant à do* venir suspects et redoutables, on a lieu de s'en défier. Mais j'eieepte une espèce de tromperie, qui est si directement contraire à la société que Je ne crois pas qu'il soit jamais permis de s'en ierviri bien que notre auteur l'approuve en di* vers endroits, et qu'elle ne soit que trop en pra^ tique; c*est de feindre d'être ami de ceux qu'on ▼Mat perdre, afin de les pouvoir mieux surprendre. L'amitié est une chose trop sainte pour en abuser le la sorte, et odui qui aura pu feindre d'aimer quoiqu'un pour to tralilr mérite que ceux qu'il tondra par après aimer véritablement n'en croient rien et le baissent. Pour ce qui regarde les alliés, un prince leur doit tenir exactement sa parole, même lorsque cela lui est préjudiciable, car il ne ksauroit kre tant que la réputation de ne manquer point i faire ce qu'il a promis lui est utile, et il ne peut acquérir cette réputation que par de telles occasions, où il y va pour lui de quelque perle; mais en celles qui le rulneroient tout-àfiUt, le droit des gens le dispense de sa promesse. n doit aussi user de beaucoup de circonspection avant que de promettre, afin de pouvoir toujours garder sa foi. Et bien qu'il soit bon d'avoir amitié avec la plupart de ses voisins, je crois néanmoins que le meilleur est de n'avoir point d'étroites alliances qu'avec ceux qui sont moins puissants; car, quelque fidélité qu'on se propose d'avoik*, on ne doit pas attendre la pareille des autres, mais faire son compte qu'on en sera trompé toutes les fois qu'ils y trouveront leur avantage ; et ceux qui sont plus puissanu l'y peuvent trouver quand ils veulent, mais non pas ceux qui le SOBI moins. Pour ce qui est des sujets, Il y en a de deux sortes, à savoir les grands et le peuple. Je comprends sous le nom de grands tous ceux qui peuvent former des partis contre le prince, de la fidélité desquels il doit être très assuré, ou, s'il ne l'est pas, tous les politiques sont d'accord qu'il doit employer tous ses soins à les abaisser, et qu'en tant qu'ils sont enclins i brouiller l'Etat il ne les doit considérer que comme ennemis. Mais pour ses autres sujets, il doit surtout éviter leor iMlft» et leur mépris; œ que je crois qu'il

peut toujours Mre, pourvu quil obssrve eisetoment la justice à leur mode (c'est-à-dire ninnt les lois auxquelles ils sont accoutumés), sans êln trop rigoureux aux punitions ni trop indolfesi aux grâces, et qu'il ne se remette pas de tout i ses ministres, mais que, tour laissant seulemeDl la charge dea condamnations plus odieutes, il té molgne avoir lui-même le soin de tout le reste; puis aussi qu'il retienne tellement sa dignité, qQH ne quitte rten des honneurs et des déférences que le peuple croit lui être dus, mais qu'il n'en demande point davantage, et qu'il ne fasse paroitn en pubUc que ses plus sérieuses actions oo oellei qui peuvent être approuvées de tous, réservant à prendre ses plaisirs en particulier, sans qoe ce soit jamais aux dépens de personne ; et enfin qu'il soit immuable et inftoxible non pas m premiers desseins qu'il aura formés en soi-mêoie, car, d'autant qu'il ne peut avoir Tmii partout, il est nécessaire qu'il demande conseil et entende les raisons de plusieurs avant que de m résoudre, mais qu'il soit inflexible toucbaat la choses qu'il aura témoigné avoir résolues, es* core même qu'elles lui fussent nuisibles; csr malaisément to peuvent-elles être tant, queseroit la réputation d'être léger et variable. Ainsi je désapprouve la maxime du chapitre xv, que le monde étant fort corrompu il est impossible qu'on ne se ruine si l'on veut être toajoon homme de bien, et qu'un prince, pour se main* tenir , doit apprendre à être méchant lorsque l'occasion le requiert; si ce n'est peut-être que par un homme de bien il entende un homme sa* perstitieux et simple, qui n'ose donner bataille au jour du sabbat, et dont la conscience ne paisse être en repos sll ne change la religioD de son peuple; mais pensant qu'un homme de bienot celui qui fait tout ce que lui dicte la vraie raison, il est certain que le meilleur est de tacher à l'être toujours. Je ne crois pas aussi ce qui est au chapitre xix, qu'on peut autant être ha! pour les bonnes actions que pour les mauvaises, sîdoû en tant que l'envie est une espèce de l»in«» mais cela n'est pas le sens de l'auteur, et les princes n'ont pas coutume d'être enviés par le commun de leurs sujets; ils le sont seulement par les grands , ou par leurs voisins , auxquels les mêmes vertus qui leur donnent de l'envie leur donnent aussi de la crainte ; c'est pourquoi ja* mais on ne doit s'abstenir de bien faire pour inter cette sorte de haine; et il n'y en a point qui leur puisse nuire que celle qui vient de l'Injustice ou de l'arrogance que le peuple juge ôtfe en eux. Car on volt même que ceux qui ont été condamnés à la mort n'ont point coutume de haïr leurs juges quand ils pensent l'avoir mérité , et s*

ANNËË 1646.

IMI ateo pitièitte 1M nià«t 40'ott B'a yofiu uéritét, ifyattd «d croit que le pritice de qui on Im reçoit est en quelque façon contraint de léê fiiiro, et qtt1l eii a dtk déplaisir, pource qu'on estime qu*U est juste quHl préfère rutillté pobliqtie à celle des particuliers. H y a seulement do la dlffioQlté lorsqu'on est obligé de satisMre à dëttk partis qui jugent dilTéremment de ce qui »t juste, comme lorsqoe les empereurs romains Bfolent i oontenter les citoyens et les soldats ; auquel cas il est raisonnable d^accorder quelque dioèo aux uns et aai autl^es, et on ùe doit pas entreprendre de fiiire venir tout d'un coup à la nten ceux qui ne sont pas accoutumés de Tenteudre; mais 11 fiiut ticber peu è peu, soit par des éorlts publics I soft par les toix des prédicateurs, «oit par tels autres moyens, A la leur hlte eoMevoir; Car enin le peuple souffre tout ce qu'on lui fwut persuader être juste, et sWense de tout oe qu'il iauigine d'être injuste. Et l'arroganos des princes, c*est^A«dire l'usurpation de quelque autorité, de quelques droits ou de quel* ques lionneura quil croit ne leur être point dus, DO lui est odieuse que parce qu'il la considère comme une eq^ d'injustice. Au reste , je ne ■ttia pas aussi de l'opinion de cet auteur en ce quMl dit en sa préface : que comme il faut être daus la plalbe pour mieUt voir la figure des montagnes lorsqu'on en veut tirer le crayon, ainsi OU doit être de condition privée pour bien con- Doltre Toffioe d'un prince ; car le crayon ne représeate que les Choses qui se volent de loin ; mais les principaut motifs des aclloDs des princes sont souvent des ciroonstanoes si particulières que si oe n'est qu'on sott prince soi-même, ou bleu qu'on ait été fort longtemps participant de leurs secrets , on ne les sauroit imaginer. C'est pourquoi je mériterois d'être moqué si je pensols pouvoir enseigner quelque chose à votre altesse en cette matière ; aussi n'est-ce pas mon desftela, mais seulement de Alire que mes lettres lui donnent quelque sorte de divertissement qui soit différent de ceux que je m'imagine qu'elle a eu aoo voyage, lequel je lui souhaite parfaitement heureux, comme sans doute il le sera si fotre àltesae se résout de pratiquer ces maximes qui enseignent que la félicité d'un chacun dépend de lui-même, et qull faut tellement se tenir hors de l'empire de la fortune que , bien qu'on ne perde pas les occasions de retenir les avantafret qu'elle peut donner, on ne pense pas toutefois être malheureux lorsqu'elle les refuse, et pource qu'en toutes les affaires du monde il y a quantité de raisons pour et contre, qu'on s'arrête principalement à considérer celles qui servent à iaire qu'on approuve les choses qu'on volt

arriver. Tout ee que j*esdme le plus Inévitable sont les maladies du corps , desquelles je prie Dieu qu'il vous préserve ( et je suis avec toute la dévotion que je puis avoir, etc.

N« lOS. — A MADAME L0DI8B,

^RIMCBSSB iPALAnMB, OtC.

(Lettre XIV du tome I.)

Madame»

Je mets au nombre des obligations que j'ai à madame la princesse Elisabeth votre sœur que , m'ayant commandé de lui écrire, elle ait voulu que ce fût par l'adresse de votre altesse, parce que, sachant combien elle vous chérit, j'espère que mes lettres lui seront moins importunes les recevant en la compagnie des vôtres, et qu'elles lui donneront plus de joie que si elles alloient toutes seules, et aussi pource que cela me donne occasion de vous pouvoir assurer par écrit que je suis, etc.

PBINCESSE PALATINE, CtC.

(Lettre XXV du tome L)

80 octobre IS48«

Madame,

J'ai reçu une très grande faveur de votre altesse, en ce qu'elle a voulu que j'apprisse par ses lettres le succès de son voyage, et qu'elle est arrivée heureusement en un lieu où, étant grandement estimée et chérie de ses proches, il me semble qu'elle a autant de biens qu'on en peut souhaiter avec raison en cette vie : car, sachant la condition des choses humaines, ce seroit trop Importuner la fortune que d'attendre d'elle tant de grâces qu'on ne pût pas même en imaginant trouver aucun sujet de fâcherie. Lorsqu'il n'y a point d'objets présents qui offensent les sens, ni aucune indisposition dans le corps qui Tincom* mode, un esprit qui suit la vraie raison peut facilement se contenter ; et il n'est pas besoin pour cela quMl oublie ni qu'il néglige les choses éloignées, c'est assez qu'il tâche a n*avoir aucune passion pour celles qui lui peuvent déplaire ; oe qui ne répugne point â la charité, pource qu'on peut souvent mieux trouver des remèdes aux maux qu'on examine sans passion qu'à ceux pour lesquels on est aflligé. Mais comme la santé du corps et la présence des objets agréables aident

CORRESPONDANCE

heauoonp à l*esprit poar chasser hors de soi toutes les passions qai participent de la tristesse et donner entrée à celles qal participent de la joie, ainsi réciproquement, lorsque Tesprit est plein de joie, cela sert beaucoup à faire que le corps se porte mieux et que les objets pr^ents parolssent plus agréables; et même aussi j*ose croire que la joie Intérieure a quelque secrète force pour se rendre la fortune plus favorable. Je ne voudrois pas écrire ceci à des personnes qui auroient Tesprit foible, de peur de les induire à quelque superstition ; mais au regard de votre altesse, j*ai seulement peur qu'elle se moque de me voir devenir trop crédule : toutefois j'ai une infinité d'expériences, et avec cela Tautorité de Socrate, pour confirmer mon opinion. Les expériences sont que j'ai souvent remarqué que les choses que j'ai faites avec un cœur gai, et sans aucune répugnance intérieure, ont coutume de me succéder heureusement; jusque-là même que dans les jeux de hasard, ou il n'y a que la fortune seule qui règne, je l'ai toujours éprouvée plus favorable ayant d'ailleurs des sujets de joie que lorsque j'en avois de tristesse. Et ce qu'on nomme communément le génie de Socrate n'a sans doute été autre chose, sinon qu'il avoit accoutumé de suivre ses inclinations intérieures, et pensoit que l'événement de ce qu'il entreprenoit seroit heureux lorsqu'il avoit quelque secret sentiment de gaîté, et au contraire qu'il seroit malheureux lorsqu'il étoit triste. H est vrai pourtant que ce seroit être superstitieux de croire autant à cela qu'on dit qu'il faisoit ; car Platon rapporte de lui que même Il demeuroit dans le logis toutes les fois que son génie ne lui conseilloit point d'en sortir. Mais touchant les actions importantes de la vie, lorsqu'elles se rencontrent si douteuses que la prudence ne peut enseigner ce qu'on doit faire, il me semble qu'on a grande raison de suivre le conseil de son génie, et qu'il est utile d'avoir une forte persuasion que les choses que nous entreprenons sans répugnance et avec la liberté qui accompagne d'ordinaire la joie ne manqueront pas de nous bien réussir. Ainsi j'ose ici exhorter votre altesse, puisqu'elle se rencontre en un lieu où les objets présents ne lui donnent que de la satisfaction, qu'il lui plaise aussi contribuer du sien pour tâcher i se rendre contente; ce qu'elle peut, ce me semble, aisément, en n'arrêtant son esprit qu'aux choses présentes, et ne pensant jamais aux affaires qu'aux heures où le courrier est près de partir. Et j'estime que c'est un bonheur que les livres de votre altesse n'ont pu lui être apportés sitôt qu'elle les attendoit ; car leur lecture n'est pas si propre a entretenir la gaîté qu'à faire venir la tristesse, principalement celle du livre de ce

docteur des princes, qui, ne rei^^sentant qae ki difficultés qu'ils ont à se maintenir et ks craiih | tés ou perfidies qu'il leur conseille, fait que les particuliers qui le lisent ont moins de sujet d'en- I vier leur condition que de la plaindre. Totre al- ; tesse a parfaitement bien remarqué ses fautes et | les miennes; car il est vrai que c'est le dessein \ qu'il a eu de louer César Boi^ia qui lui a fait éta- I blir des maximes générales pour justifia des »tiens particulières qui peuvent difificilemeDt élrb excusées : et j'ai lu depuis ses discours sur Tlte- Live, où je n'ai rien remarqué de mauvais; et son principal précepte, qui est d'extirper entièrement ses ennemis ou bien de se les rendra amis, sans suivre jamais la yole du mUiea, eit sans doute toujours le plus sâr, mais lorsqu'os n'a aucun sujet de craindre ce n'est pas le plot généreux. Votre altesse a aussi fort bien rmuque le secret de la fontaine miraculeuse, eoee qu'il y a plusieurs pauvres qui en publient les vertus, et qui sont peut-être gagés par ceux goi en espèrent du profit ; car il est certain qu'il n'y a point de remède qui puisse servhr à tous les maux ; mais plusieurs ayant usé de celui-là, ceux qui s'en sont bien trouvés en disent du bien, et on ne parle point des autres. Quoi qu'il en soit, la qualité de purger qui est en l'une de ces fontaines, et la couleur blanche avec la douceur et la qualité rafraîchissante de l'autre» donnent occasion de juger qu'elles passent par des mines d'antimoine ou de mercure, qui sont deux maovalses drogues, principalement le mercure: c'est pourquoi je ne voudrois pas oonseiller à personne d'en boire. Le vitriol et le fer des eaux de Spt sont bien moins à craindre; et pourceqoe l'un et l'autre diminue la rate et fait évacuer la mélan* colle, je les estime. Car votre altesse me permettra, s'il lui plaît, de finir cette lettre par où Je l'ai commencée, et de lui souhaiter principalement de la satisfaction d'esprit et de la joie, comme étant non-seulement le fruit qu'on attend de tous les autres biens, mais aussi souvent un moyen qui augmente les grâces qu'on a pour les acquérir ; et bien que je ne sois pas capable de contribuer à aucune chose qui regarde votre w^ vice, sinon seulement par mes souhaits, j'ose pourtant assurer que je suis plus parlaltameot qu'aucun autre qni soit au monde, ele.

M« 107.— A MABAHE LOUISE,

niNCBSSB FALATIlfB, etC.

(Lettre XYI du tome I.)

MadAme^

La lettre que j'ai en l'hoûneur de recevoir de Berlin me fait connoître que j' ai de grandes obligations à votre altesse ; et considérant que celles qne j'écris et que je reçois passent par de si dignes mains, il me semble que madame votre sœur imite la souveraine Divinité, qui a coutume d*employer Tentremise des anges pour recevoir les soumissions des hommes qui leur sont beaucoup iDfiSrieurs et pour leur faire savoir ses commandements. Et pource que je suis d'une religion qui ne me défend point d'invoquer les anges, je vous •opplie d'avoir agréable que je vous en rende grâces, et que je témoigne ici que je suis avec beaucoup de dévotion, etc.

FBINGBSSE PALATINE, etC

(Lettre XYII du tome I.)

15 décembre 1646.

Je n'ai jamais trouvé de si bonnes nouvelles en aocune des lettres que j*ai eu ci-devant l'honneur de recevoir de votre altesse que j'ai fait en ces dernières du 29 novembre ; car elles me font juger que vous avez maintenant plus dosante et plus de joie que je ne vous en ai vu auparavant; et je crois qu'après la vertu, laquelle ne vous a jamais manqué, ce sont les deux principaux biens qu'on puisse avoir en cette vie. Je ne mets point en compte ce petit mal pour lequel les médecins ont prétendu que vous leur donneriez de l'emploi ; car encore qu'il soit quelquefois un peu incommode, je suis d'un pays où il est si ordinaire à ceux qui sont jeunes et qui d'ailleurs se portent fort bien, que je ne le considère pas tant comme un mal que comme une marque de santé et un préservatif contre les autres maladies. Et la pratique a bien enseigné à nos médecins des remèdes certains pour le guérir, mais ils ne conseillent pas qu'on tâche à s'en défaire en une autre saison qu'au printemps, pource qu'alors, les pores étant plus ouverts, on peut mieux en Ater la cause; ainsi votre altesse a très grande raison de ne vouloir pas user de remèdes pour ce sujet, principalement à l'entrée de l'hiver, qui est le temps le plus dan-

gereux; et si cette incommodité dure jusqu'au printemps, alors il sera aisé de la chasser avec quelques légers purgatifs, ou bouillons rafraîdiissants ou il n'entre rien que des herbes qui soient connues en la cuisine, et en s'abstenant de manger des viandes ou il y ait trop de sel ou d'épiceries. La saignée y pourroit aussi beaucoup servir ; mais pource que c'est un remède où il y a quelque danger, et dont l'usage fréquent abrège la vie, je ne lui conseille point de s'en servir, si ce n'est qu'elle y soit accoutumée; car lorsqu'on s'est fait saigner en même saison trois ou quatre années de suite, on est presque obligé par après de faire tous les ans de même. Votre altesse fiiit aussi fort bien de ne vouloir point user des remèdes de la chimie ; on a beau avoir une longue expérience de leur vertu, le moindre petit changement qu'on fait en leur préparation, lors même qu'on pense mieux faire, peut entièrement changer leurs qualités, et faire qu'au lieu de médecines ce soient des poisons. U en est quasi de même de la science entre les mains de ceux qui la veulent débiter sans la bien savoir; car, en pensant corriger ou ajouter quelque chose à ce qu'ils ont appris, ils la convertissent en erreur. Il me semble que j'en vois la preuve dans le livre de Regius, qui est enfin venu au jour \ j'en remarqueras ici quelques points, si je pensois qu'il l'eftt envoyé à

votre altesse ; mais 11 y a si loin d'ici à B ^ que

je juge qu'il aura attendu votre retour pour vous l'offrir; et je l'attendrai aussi pour vous en dire mon sentiment. Je ne m'étonne pas de ce que votre altesse ne trouve aucuns doctes au pays où elle est qui ne soient entièrement préoccupés des opinions de l'école; car je vois que dans Paris même et en tout le reste de l'Europe il y en a si peu d'autres que, si je l'eusse su auparavant , je n'eusse peut-être jamais rien fait imprimer. Toutefois j'ai cette consolation que, bien que je sois assuré que plusieurs n'ont pas manqué de volonté pour m'attaquer, il n'y a toutefois encore eu personne qui soit entré en lice ; et même je reçois des compliments des Pères jésuites, que j'ai toujours cru être ceux qui se sentiroient les plus intéressés en la publication d'une nouvelle philosophie, et qui me le pardonneroient le moins s'ils pensoient y pouvoir blâmer quelque chose avec raison. Je mets au nombre des obligations que j'ai à votre altesse la promesse qu'elle a faite à M. le di^c de B., qui est à Vus, de lui faire avoir mes écrits; car je m'assure qu'avant que vous eussiez été en ces quartiers-lî je n'avois poin' l'honneur d'y être connu; il est vrai qne je n'affecte pas fort de l'être de phisieurs ; mais ma prin*

CORBESPQErDAKCE.

clpale ambition est de poàrolr Umifoet que je wi8 ayec une entière dévotiOD, etc.

Pftllf CESSE PALATINfi, etC

Lettre XVnidQ tome t.)

Lee anges De sauroiept laiseer ploi d^admira* tloQ et de respect en l'esprit de ceux auxquels ils dalgDeDt apparoitre que la lettre que j*ai eu Tboo^ oeur de recevoir avec celle de madame votre s(f ur eu a laissé dans le mien ; et tant s*eQ faut qu'alla aitdimloué ropiniou que j'avols, fto contraire elle m*as8ure que ce o*est pas seulement le visage de votre altesse qui mérite d'être comparé à celui des anges, et sur lequel les peintres peuvent prendre patron pour les bien représenter, mais auvt que Ibs grâces de votre esprit sont iM^ que les philosophes oot sujet de les admirer, et de les es* rimer semblables à celles de ces divins génies qui ne sont portés qu'a faire du bien et qui ne dé^ daignent pas d'obliger ceux qui ont pour eut de la dévotion. Je vous supplie donc de croire que c'est itvec UA séle très particulier que je suis, etc.

!♦» 110. — A M. GHANUT.

Lettre ](XXU du tome I.)

emanieie.

MoDsieor,

Si Je m'étois donné l'honneur de vous écrire autant de fois quej'en ai eu le désir, depuis que TOUS êtes passé par ce pays, vous auries été fort souvent importuné de mes lettres ; car il n'y a pas un jour que je n'y aie pensé plusieurs fois. Mais j'ai attendu que j'eusse quelque autre occasion pour écrire à M. Brasset, afin qu'il ne lui semblât pas que je ne le voulusse employer que pour faire tenir des paquets ; et cette occasion n'éunt pas venue, comme j'avois espéré, je me propose d'aller demain à La Haye, et de lui porter celle-ci pour vous être adressée. La rigueur eitraordioaire de œt hiver m*a obligé a Ciire souvent des souhaits pour votre santé et pour celle de tous les vêtres ; car on remarque en ce pays qu'il n'y en a point eu de plus rude depuis l'année 1608. Si c'est le même en Suède, vous y aurei vq toutes les glaces que le septentrion peut produire. Ce qui me console, c'est que Je sais qu'on a plus de préservatils ooa* tre le froid en ces quartiers-là qu'on n'en a pas en France, et Je m'assure que vous ne les aurei pas

négligés. Si cela est, vous anres pasit la dopirt du temps dans un poêle, où je m'imsgiDeqnelei affaires publiques ne vous auront pas si contiDoel' lement occupé qu'il ne vous soit resté da loisir pour penser quelquefois à la philosophie; et i '. vous avez daigné examiner ce que j*en ai écrit, ! vous me pouvez extrêmement obliger en m aTe^ , tissant des fautes que vous y aurez remarquées. Car je n'ai encore pu rencontrer persoaoequlini les ait dites ; et je vois que la plupart des bommes jugent si mal, que je ne me dois point arrêtera leurs opinions ; mais je tiendrai les vâtres pour des oracles. Si vous avez aussi jeté quelquefois h vue hors de votre poêle, vous aurez peut-être aperçu en Tair d*autres météores que ceux doat j'ai écrit, et vous m'en pourrez donner de boniKs instructions, Une seule observation que je fis de la neige hexagone en l'année 1635 a été cauie da traité que j'en ai fait. Si toutes les ezpérieoces dont j'ai besoin ppur le reste de ma Physique ne pouvoient ainsi tomber des nues, et qu'il oe m fallût que des yeux pour les conooitre, je me promettrois de l'achever en peu de temps; maispouree qu'il faut aussi des mains pour les faire, et que je n'en ai point qui y soient propres, je perds eDtiirement l'envie d'y travailler davantage; ce qd n'empêche pas néanmoins que Je ne cherche toujours quelque chose, quand ce ne seroit que \U dodus emoriar, et afin d'en pouvoir conférer en particulier avec mes amis, pour Iw^ib je ^ saurois rien avoir de caché. Mais je me plains de ce que le monde est trop grand à raison du peo d'honnêtes gens qni s'y trouvent s je voudftui qu'ils fussent tous assemblés en une villa, étalon je serois bien aise de quitter mon ermitage pûor aller vivre avec eux, s'ils me vouloient reoeï(^ en leur compagnie ; car outre encore que je ^^^ la multitude, A cau^e de la quantité des iiD{>^' nenu et des importuns qu'on y rs ocpotrei j« ^ laisse pas de penser que le plus grand bleo i» it vie est de jouir de la conversation des personnes que l'on estime. Je ne sais si vous en trouvée beaucoup aux lieux où vous êtes qui soient di* gnes de la vAtre; mais pource que j'ai quelqoo* fois envie de retourner à Paris, je ©« P'^^* quasi de ce que MM. les mipisUes vous on| donné un emploi qui vous en éloigne, et je vom assure que si vous y étiez, vous seriez l'un des principaux sujets qui me pourroient ob^eroy aller ; car c'est avec une très particulière 'mSa^' tien que je suis» etc.

ANinSS 1640,

(Lettre XXXIU du tome I.

I5jui0l64e.

MoDsieur,

J*aî été bien aise d'apprendre, par les lettres que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire, que la Suède n'est pas si éloignée d'ici qu'on en puisse avoir des nouvelles en peu de semaines , et ainsi que je pourrai avoir quelquefois le bonheur de vous entretenir par écrit et de participer aux fruits de l'étnde à laquelle je vous vois préparé. Car puisqu'il vous plaft de prendre la peine de revoir mes Principes et de les examiner, je m'assure que vous y remarquerez beaucoup d'obscurltéa et beaucoup de fautes, qu'il m'importe fort de savoir, et dont je ne puis espérer d'être averti par aucun autre si bien que par vous. Je crains seulement que vous ne vous dégoûtiez bientôt de cette lecture, à cause que ce que j'ai écrit ne conduit que de fort lohi à la morale, que vous avez choisie pour votre principale étude. Ce n'est pas que je ne sois entièrement de votre avis, en ce que vous jugez que le moyen le plus assuré pour sa* fuir comment nous devons vivre est de connoitre auparavant quels nous sommes, quel est le monde dans lequel nous vivons, et qui est le créateur de ce monde ou le maître de la maison que nous habitons; mais outre que je ne prétends ni ne promets en aucune façon que tout ce que j'ai Icrit soit vrai , il y a un fort grand intervalle entre la notion générale du ciel et de la terre, que j'ai tâché de donner en mes Principes, et la reconnoissance particulière de la nature de l'homme y de laquelle je n'ai point encore traité. Toutefois, afin qu*il ne semble pas que je veuille vous Retourner de votre dessein, je vous dirai en conûdence que la notion telle quelle de la physique que j'ai tâché d acquérir m'a grandement servi pour établir des fondements certains en la morale , et que je me suis plus aisément satisfait en ce point qu'en plusieurs autres touchant la médecine, auxquels j'ai néanmoins employé beaucoup plus de temps. De façoQ qu'au lieu de trouver les moyens de conserver la vie, j'en ai trouvé un autre bien plus aisé et plus sAr, qui est de ne pas craindre la mort , sans toutefois pour cela être chagrin, comme sont ordinairement ceux dont la sagesse est toute tirée des enseignements d'autrui et appuyée sur des fondements qui ne dépendent que de la prudence et de l'autorité des hommes. Je vous dirai de plus que pendant que je iaitee croître les plantes de mon Jardin, dont j'attends quelques expériencen

pour tâcher de continuer ma Physique, je m*ar*

réte aussi quelquefois à penser aux questions particulières de la morale. Ainsi j'ai tracé cet hiver un petit traité de la nature des passions de l'âme, sans avoir néanmoins dessein de le mettre au jour, et je serols maintenant d'humeur à écrire encore quelque autre chose, si le dégoût que j'ai de voir combien il y a peu de personnes au monde qui daignent lire mes écrits ne me faisoit être négligent. Je ne le serai jamais en ce qui regardera votre service, car je suis de cœur et d'aflection, etc.

N« 112.— A M, CHANUT, (UtUt 3LXXIV do tome L)

1*' Dorembre 16M.

Monsieur,

Si je ne faisois qne estime tout eitraûrdioalrt de votre savoir, et que je n'eusse point on «xtrtmt désir d apprendre , je n'aurols pas usé de tant d'iraportunité que j'ai lait à vous ooovier d'aia* miner mes écrits* Je n'ai guère accoutumé d'en prier personne, et même je les ai fait sortir en public sans être parés ni avoir aucun des ornements qui peuvent attirer les yeux du peuple, afin que ceux qui ne s'arrêtent qu*i l'extérieur ne lea vissent pas, et qu'ils fussent seuleiseot regardée par quelques personnes de bon esprit qui pris*^ sent la peine de les examiner avec soin, afin que je puisse tirer d'eux quelque instruction. Mais bien que vous ne m'ayez pas encore fait cette fa* veur, vous n'avez pas laissé de m'obliger beau*» coup en d'autres choses, et particulièrement en ce que vous avez parlé avantageusement de mei à plusieurs, ainsi que j'ai appris dp très bonne parti et même M. Clerselier m'a écrit que vous attendes de lui mes Méditations françoises pour lef pré«> senter à la reine du pays où vous êtes. Je n'ai jamais eu assez d'ambition pour désirer que les personnes de ce rang sussent mon nom, et même si j'avois été seulement aussi sage qu'on dit que les sauvages se persuadent que sont les singes, Je n'aurois jamais été connu de qui que ce soit en qualité de faiseur de livres; car on dit qu'ils s'imaginent que les singes pourroient parler s'ils vouloient , mais qu'ils s'en abstiennent afin qu'on ne les contraigne point de travailler ; et pouree que je n'ai pas eu la même prodeooe à m'ebeteoir d'écrire, je n'ai plus tant de loisir ni tant de re* pos que j'aurois si j'eusse eu l'esprit de me taire. Mais puisque la faute est déjà commise, et que Je suis connu d'une infinité de gens d'école qui re* gardent mes écrits de travers et y cherebenl de tous cAtés les moyens de me nuire, j*al grand sa*

CORRESPONDANCE

jet de souhaiter aussi de l'Atre dee personnes de plus grand mérite , de qui le pouvoir et la vertu me puissent protéger. Et j*ai ouï faire tant d'estime de cette reine qu'au lieu que je me suis souvent plaint de ceux qui m*ont voulu donner la connoissance de quelque grand , je ne puis m'ab- •tenir de vous remercier de ce qu'il vous a plu lui parler de moi. J'ai vu ici M. de la Thuillerie depuis son retour de Suède , lequel m'a décrit ses qualités d'une façon si avantageuse que celle d*étre reine me semble l'une des moindres ; et je n'en aurois osé croire la moitié, si je n'avois vu par expérience , en la princesse à .qui j'ai dédié mes Principes de philosophie, que les personnes de grande naissance, de quelque sexe qu'elles soient, n'ont pas besoin d'avoir beaucoup d'âge pour pouvoir surpasser de beaucoup en érudition et en vertu les autres hommes. Mais j'ai bien peur que les écrits que j'ai publiés ne méritent pas qu'elle s'arrête à les lire, et ainsi qu'elle ne vous sache point de gré de les lui avoir recommandés. Peut-être que si j'y avois traité de la morale, j'aurois occasion d'espérer qu'ils lui pourroient être plus agréables ; mais c'est de quoi je ne dois pas me mêler d'écrire. Messieurs les régents sont si animés contre moi à cause des innocents Principes de physique qu'ils ont vus, et si en colère de ce qu'ils n'y trouvent aucun prétexte pour me calomnier, que si je traitois après cela de la morale, ils ne me laisseroient aucun repos. Car puisque un père N. ^ a cru avoir assez de sujet pour m'accuser d'être sceptique, de ce que j'ai réfuté les sceptiques, et qu*un ministre > a entrepris de persuader que j'étois athée, sans en alléguer d'autre raison sinon que j'ai tâché de prouver l'existence de Bleu , que ne diroient-ils point si j'entreprenois d'examiner quelle est la juste valeur de toutes les choses qu'on peut désirer ou craindre, quel sera l'état de l'âme après la mort, Jusques où nous devons aimer la vie, et quels nous devons être pour n'avoir aucun sujet d'en craindre la perte? J'aurois beau n'avoir que les opinions les plus conformes à la religion et les plus otilesftu bien de l'Etat qui puissent être, ils ne laisseroient pas de me vouloir faire accroire que J'en aurois de contraires i Tune et à l'autre. Et ainsi je crois que le mieux que je puisse faire dorénavant est de m'absteqir de faire des livres ; et ayant pris pour ma devise : Illi mon gravis incubaty qui notus nimis omnibus, ignotus moriiur wfct, de n'étudier plus que pour m'instruire et ne communiquer mes pensées qu'à ceux avec ^1 je pourrai converser privément , je vous as-

(3) VoëUu.

sure que je m'estimerois extrêmement heureaisi ce pouvoit être avec vous ; mais je ne crois pu que j'aille jamais aux lieux où voos êtes, ni que vous vous retiriez en celui-ci ; tout ce que je poii espérer est que peut-être, après quelques années, en repassant vers la France, vous me fera la faveur de vous arrêter quelques jours en mon ermitage, et que j'aurai alors le moyen de yoo entretenir à cœur ouvert. On peut dire beaocoop de choses en peu de temps, et je trouve qoe la longue fréquentation n'est pas nécessaire pour lier d'étroites amitiés, lorsqu'elles sont fondées soria vertu. Dès la première heure que j'ai eu l'honneur de vous voir, j'ai été entièrement à voos, et comme j'ai osé dès lors m'assurer de votre bieoveillance, aussi je vous supplie de croire que je ne vous pourrois être plus acquis que je suis, si j'avois passé avec vous toute ma vie. Au reste, il semble que vous inférez , de ce que j'ai étudié les passions, que je n'en dois plus avoir aucune; mais je vous dirai que tout au contraire, en les examinant, je les ai trouvées presque toutes bonnes, et tellement utiles à cette vie que notre âme n'ao* roit pas sujet de vouloir demeurer jointe à soo corps un seul moment si elle ne les pouvoit ressentir. Il est vrai que la colère est une de celles dont j'estime qu'il se faut garder, en unt quelle a pour objet une offense reçue ; et pour cela doiis devons tâcher d'élever si haut notre esprit que les offenses que les autres nous peuvent faire ne parvlennent.jamais jusques à nous. Mais je crois qu'ay lieu de colère il est juste d'avoir de l'iodignation, et j'avoue que j'en ai souvent contre l'ignorance de ceux qui veulent être pris pour doctes , lorsque je la vois jointe à la malice. Mais je vous puis assurer qu'à votre égard les passions que j'ai sont de l'admiration pour votre vertu , et un zèle très particulier, qui fait que je suis , etc.

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