‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 288 sur 306 · A M. MORUS · texte numérisé non relu

A M. MORUS

Mofisfeur,

Us louanges dont vous me oomblei sont plutflt des marques de votre bonté qu*un effet de mon mérite, qui ne sauroit jamais les égaler.

Cette bienveillance que vous m'accordez, et que je dois à la lecture que vous avez faite de me$ éérits, me découvre si à plein la candeur et la générosité de votre 4me qu'elle vous a gagné touta mon amitié, quoique je n'aie pas l'honneur de vouf oonnotire d'ailleurs ; c'est pourquoi je me ferai utt véritable plaisir de répondre à vos questions. Votre première difficulté est sur la définition d« corps, que j'appelle une subsùiqce étendue, et que vous aimeriez mieux nommer une substano) sensible, tactile ou impénétrable; mais prenez garde, s'il vous platt, qu'en disant une substanca sensible vous ne la définissez que par le rapport qu'elle a i nos sens, ce qui n'en explique qu'una propriété, au lieu de comprendre l'essence entière des corps, qui , pouvant exister quand II n'y auroit point d'hommes , ne dépend pas par consé" queni de nos sens. Je ne vois donc pas pourquoi vous dites qu'il est absolument nécessaire que toute matière soit sensible ; au contraire, Il n'y en a point qui ne soit entièrement insensible, si elle est divisée en parties beaucoup plus petites que celles de nos nerfs, et si elles ont d'ailleurs chacune en particulier un mouvement assez rapide.

A l'égard de ma preuve, que vous appelés Ion* che et presque sophistique, je ne l'ai employée que pour réfuter la proposition de ceux qui croient avec vous que tout corps est sensible , ce que je fais, à mon avis^ 4*une manière claire et démonstrative ; car un corps peut conserver toute sa nature corporelle, bien que les sens n'y aperçoivent ni mollesse 9 ni dureté, ni froideur, n$ dialeur, ni enfin aucune autre qualité sensible,

A l'égard de l'erreur que vous semblez vouloir m'attribuer par la comparaison que vous ialtes <}# la dre, qui peut bien à la vérité n'être 9I carrée) ni ronde , mais qui ne peut pas absolument n'a* voir point de figure, faites, sil vous platt, attention au principe que j'ai établi, que toutes \^ qualités sensibles du corps consistent dans le iseul mouvemeut, ou le seul repos de ces petites par* ties; ainsi, pour tomber dans l'erreur dont voop parlea, j^urols dA soutenir que le corps peut exister lans que ses petites parties se meuvent ou

œRBESPOlfDÂNCE.

ioieDt eo ripot; c*est oe qui ne m*6sC jtmaisTeDa daot retprit ; donc on ne définit pas bien le corps une sobeUnoe tentible.

Toyons présentement si on ne ponrrolt pu ■ileoi le définir une substance impénétrable ou tactile dans le sens que vous l'expliques. Mais encore un coup, ce pouvoir d*étre toucbé , ou cette Impénétrabilité dans le corps, est seulement comme la faculté de rire dans lliomme, le praprium çi$arto modo des régies communes de la logique : mais ce n'est pas sa différence véritable et essentielle, qui, selon moi, consiste dans retendue; et par conséquent comme on ne définit point Thomme un animal risihle, mais raisonnable, on ne doit pas aussi définir le corps par son impénétrabilité, mais par rétendue, d'autant plus que la faculté de toucber et rimpénétrabilité ont relation à des parties, et présupposent dans notre esprit ridée d'un corps divisé ou terminé , au lieu que nous pouvons fort bien concevoir un corps continu d'une grandeur indéteriolnée ou indéfinie, dans lequel on ne considère que retendue. Mais Dieu, dites-vous, un ange, et tout ce qui subsiste par soi-même est étendu, ainsi votre définition est plus étendue que le défini. Je n'ai pas coutume de disputer sur les mots ; c'est pourquoi si l'on veut que Dieu soft en un sens étendu parce qu'il est partout , je le veux bien ; mais Je oie qu'en Dieu, dans les anges, dans notre âme, enfin en toute autre substance qui n'est pas corps, il y ait une vraie étendue , et telle que tout le monde la conçoit ; car par un être étendu on entend communément quelque chose qui tombe sousTImagination ; que ce soit un être de raison ou un être réel, cela n'importe. Dans cet être on peut distinguer par l'imagination plusieurs parties d'une grandeur déterminée et figurée, dont Tune n'est point l'autre ; en sorte que rimagination peut en transférer l'une en la place de l'autre sans qu'on en puisse pourtant imaginer deux à la fols dans le même lieu. On n'en saurolt dire autant de Dieu ni de notre âme, car ni l'un ni l'autre n'est du ressort de l'imagination, mais simplement de l'intellection, et on no sauroit les séparer par parties, surtout en parties qui aient des grandeurs et des figures déterminées. Enfin nous comprenons aisément que l'âme, Dieu, et plusieurs anges ensemble , peuvent être en même temps dans le même lieu ; d'où l'on conclut visiblement que nulles substances Incorporelles ne sauroient être proprement étendues, et qu'on ne peut les concevoir que comme une certaine vertu ou force, qui, bien qu'appliquée à des choses étendues , ne sont pas pour cela étendues, comme le feu est dans le fer rouf^ sans qu'on puisse dire pour cela que le feu est fer. Si quelques-uns confondent l'idée de la

mbstanoe arec It dioae étcDdoe, eeh vient da préjugé où ils scmt que tout ce qui existe ou est intelligible est en même temps Imaginable. En effet, rien ne tombe sous l'Imagination qui ne soit en quelque manière étendu ; et comme im peut dire que la santé ne convient qu'à rhomme seul, quoiqu'on puisse dire par analogie que la médecine, l'air tempéré, et plusieurs autres diosa sont saines, ainsi je dis qu*il n'y a d'étendue que dans les choses qui tombent sous TimaginatioD, comme ayant des parties distinctes les unes des autres et qui sont d'une grandeur et d'une figure déterminées, quoiqu'on nomme aussi d'autres choses étendues, mais seulement par analogie.

A Végàrd de votre seconde difficulté, si nous examinons ce que c'est que cet être étendu que j'ai écrit, nous trouverons que ce n'est autre chose que l'espace que le vulgaire croit être quel* quefois plein, quelquefois vide, quelquefois réel, d'autres fois imaginaire; car dans un espace, quelque vide qu'on se l'imagine, on se figure aisément différentes parties de grandeur et de ùgure déterminées , et on les peut transférer par un effet de la même imagination les unes dans le lieu des autres, mais on n'en sauroit conceToir eo aucune manière deux se pénétrer mutuellement ensemble dans le même lieu , parce qu'il répugne au bon sens que cela arrive, et qu'aucune partie de l'espace ne soit êtée. Or, comme je faisois attention que des propriétés si réelles ne pouvoient se trouver que dans un corps réel, j'ai osé assurer qu'il n'y avoit aucun espace absolument vide , et que tout être étendu étoît véritablement corps; en quoi Je n'ai pas fait difficulté d'être d'un sentiment contraire à celui de ces grands hommes dont vous parlez, je veux dire Epicure, Démocrite et Lucrèce ; car j'ai vu que , bien loin de s'attacher à une raison solide , ils se sont laissés entraîner aux préjugés communs de l'enfance; car bien que nos sens ne nous représentent pas toujours les corps qui sont hors de nous tels qu'ils sont absolument selon le rapport qu'ils ont avec nous, et qu'ils peuvent nous être utiles ou nuisibles (comme j'ai dit dans l'art. 3 de la seconde partie, page 67), nous avons cependant porté ce jugement dans notre enfance, qu'il n'y a dans le monde que ce que les sens nous représentent; qu'ainsi il n'y avoit point de corps qui ne fût sensible , et que tout lieu où nous ne sentons rleo étoit vide. Puisque Épicure, Démocrite et Lucrèce ont donné dans ce préjugé comme les autres, je ne dois rien à leur autorité.

Mais je suis surpris qu'avec toute votre pénétration , et voyant d'ailleurs que vous ne sauries nier que tout espace ne soit rempli do quelque

sobstance , puisqu'il a réeUement toutes les propriétés de rétendue, vous aimiez mieux dire que retendue divine remplit Tespace où il n*y a nul corps, que d'avouer qull ne peut y avoir absolument d'espace sans corps; car, comme j'ai dit ci-dessus, cette prétendue extension de Dieu ne sauroit être en aucune manière le sujet des propriétés véritables que nous apercevons distinctement en tout espace; car enfin Dieu ne peut tomber sous Timagination , on ne peut distinguer en lui des parties qui soient figurées et qu'on puisse mesurer. Vous n*avez point de peine, dites*vous, à croire qu'il n'y a pas naturellement de vide; mais vous voudriez sauver la puissance divine, qui, en dtant tout ce qui est dans un vase, peut, selon vous , empêcher que ses cAtés ne se réunissent.

Je sais que mon intelligence est finie, et que le pouvoir de Dieu est infini , ainsi je n'y prétends pas mettre de bornes; mais je me contente d'examiner ce que je puis concevoir ou non, et je me garde bien de porter aucun jugement contraire i ma perception ; c'est pourquoi j'assure hardiment que Dieu peut faire tout ce que je conçois possible, sans avoir la témérité de dire qu'il ne peut pas iaire ce qui répugne à ma manière de concevoir : je dis seulement, cela implique contradiction. Ainsi, voyant qu'il répugne à ma manière de concevoir qu'on dte tout corps d'un vase, et qu'il y reste cependant une étendue que je ne conçois pas autrement que je concevois auparavant le corps qui y étoit contenu, je dis qu'il implique contradiction qu'une telle étendue y reste après que le corps en a été Até,et que par conséquent les oAtés d'un vase doivent se rapprocher, ce qui s'accorde avec mes autres opinions, car je dis ailleurs que tout mouvement est en quelque façon circulaire ; d'où il s'ensuit qu'on ne comprend pas bien distinctement que Dieu Ate toute la matière d'un vase , sans qu'un autre corps ou du moins les cAtés du vase prennent sa place par un mouvement circulaire.

3. C'est dans le même sens que je dis aussi qu'il y a de la contradiction à dire qu'il y ait des atomes que Ton conçoive étendus, et en même temps Indivisibles, parce que, bien que Dieu ait pu les former tels qu'aucune créature ne peut les diviser certainement, nous ne pouvons comprendre qu'il ait pu se priver de la faculté de les diviser luimAme. Pour votre comparaison , que ce qui est liait ne sauroit ne pas l'être, elle n'est point du tout juste. Nous ne prenons pas pour marque d'impuissance quand quelqu'un. ne peut pas faire ce que nous ne comprenons pas être possible, mais seulement lorsqu'il nu peut pas faire quelque chose que nous concevons clairement être

DKSCARTES.

possible. Or nous concevons que la division d'un atome est une chose possible, puisque nous le concevons étendu ; ainsi, si nous jugeons que Dieu ne peut pas faire ce que nous concevons pourtant être possible, nous ne concevons pas de la même manière qu'il puisse se faire quece qui a été fait ne le soit pas ; au contraire, nousconcevons bien clairement que cela est impossible, et qu'ainsi il n'y a aucun défaut de puissance en Dieu de ce qu'il ne le fait pas. A l'égard de la divisibilité de la matière, ce n'est pas la même chose; car bien que je ne puisse pas compter toutes les parties en quoi elle est divisible, et que par conséquent je dise que leur nombre est indéfini , cependant je ne saurois assurer que Dieu ne puisse jamais terminer cette division , parce que je sais que Dieu peut faire plus que je ne saurois comprendre, et j'ai même avoué, dans l'article 34, page 98, que cette division indéfinie de certaines parties de la matière devoit arriver.

4. Ne regardez point comme Une modestie affectée, mais comme une sage précaution, i mon avis, lorsque je dis qu'il y a certaines choses plutAt indéfinies qu'infinies; car il n'y a que Dieu seul que je conçoive positivement infini. Pour le reste, comme l'étendue du monde, le nombre des parties divisibles de la matière, et autret semblables , j'avoue ingénument que je ne sais point si elles sont absolument infinies ou non ; ce que je sais, c'est que je n'y connois aucune fin, et à cet égard je les appelle indéfinies.

Et bien que notre esprit ne soit ni la règle des choses ni celle de la vérité , du moins doit-il l'être de ce que nous affirmons ou nions : en eifet, rien de plus absurde et de plus inconsidéré que de vouloir porter un jugement sur des choses auxquelles, de notre propre aveu, nos perceptions ne sauroient atteindre.

Or je suis surpris que non-seulement vous sembliez vouloir le faire, puisque vous dites, si l'étendue est seulement infinie par rapport à nous, elle sera véritablement finie, etc., mais que vous imaginiez encore une étendue divine qui aille audelà de celle des corps ; car c'est supposer que Dieu a des parties séparées les unes des autres , qu'il est divisible, et que toute l'essence des corps lui convient entièrement.

Mais pour lever tous vos doutes , lorsque je dis que l'étendue de la matière est infinie , je crois que cela suffit pour empêcher qu'on ne s'imagine un Heu au-delà d'elle, où les petites parties de mes tourbillons puissent s'échapper ; car quelque part où l'on conçoive ce lieu-là, il y a selon moi quelque matière , parce qu'en disant qu'elle est étendue d'une manière indéfinie, je dis qu'elles'étend au-delà de tout ce que nous pouvons concevoir,

CORRESPONDANCE

Cependant je crois qu'il y a une grande différenée entre l'amplitude ou la grandeur de cette étendue corporelle et celle de Dieu , que je ne nomme point étendue, parce que, à proprement parler , û n^y en a point en lui , mais seulement Immensité de substance ou d'essence ; c'est pourquoi j'appelle celle-ci simplement inflnie, et l'autre indéfinie.

Au reste, je n'admets point ce que vous m'accordes honnêtement, que mes autres opinions peuTent subsister indépendamment de l'étendue delà matière ; car, selon moi, c'est là un des principaux fondements de ma Physique , et j'ajoute que rien ne me sauroit satisfaire dans cette 8cien«^ ce que ce qui comprend cette nécessité logique ou contradictoire, comme tous l'appelez, c'est-àdire nécessité où nous conduit notre raisonnement, pourvu que vous en exceptiez ce que Ton ne peut connoltre que par la seule expérience, comme qu'il n'y a qu'un soleil , qu'une lune autour de cette terre, etc.

Et comme vous n'êtes pas éloigné de mes sentiments pour le reste, j'espère que vous admettrez facilement ceux-ci, si vous considérez que c'est un préjugé de ne pas regarder comme vraie substance corporelle tout être étendu qui n'a rien qui frappe les sens, et de lui donner seulement h nom de vide; enfin qu'il n'y a aucun corps qui ne soit sensible , et qu'il n'y a aucune substance qui ne tombe sous Timagination, et qui par conséquent ne soit étendue.

Mafsle plus grand de tous les préjugés que nous ayons retenu de notre enfance est celui de croire que les bêtes pensent. La source de notre erreur vient d'avoir vu que plusieurs membres des bêtes n'étoient pas bien diflérents des nêtres pour la figure et les mouvements, et d'avoir cru que notre âmeétoit le principe de tous les mouvements qui sont en nous, qu'elle donnoit le mouvement au corps, et qu'elle étoit la cause de nos pensées. Gela supposé, nous n'avons point fait de difficulté de croire qu'il y eât dans les bêtes quelque âme semblable à la nôtre ; mais ayant pris garde, après y avoir bien pensé, qu'il faut distinguer deux différents principes de nos mouvements , l'un toutà«-falt mécanique et corporel qui ne dépend que de la seule force des esprits animaux et de la configuration des parties, et que l'on pourroit appeler âme corporelle, et l'autre incorporel, c'est-àdire l'esprit ou l'âme que vous définissez une substance qui pense, j'ai cherché avec grand soin si les mouvements des animaux provenoient de ces deux principes on d'un seul. Or, ayant connu clairement qu'ils pouvoient venir d'un seul, c'està-dire du corporel et du mécanique , j'ai tenu pour démontré que nous ne pouvions prouver en

aucune manière qu'il y eût dans les animaiii nne fime qui pensât. Je ne m'arrête point à ces Unirs et finesses des chiens et des renards, ni à tMiet les choses que les bêtes font, ou par crainte, ot pour attraper à manger, ou enfin pour le plaiv: je m'engage à expliquer tout cela très fM^ilemeot par la seule conformation des membres des animaux. Cependant quoique je regarde comme oss chose démontrée qu'on ne sauroit prouver qu'il y ait des pensées dans les bêtes , je ne crois pis qu'on puisse démontrer que le contraire ne soit pas, parce que l'esprit humain ne peut pénétrer dans le cœur pour savoir ce qui s'y passe ; mail en examinant ce qu'il y a de plus probable làdessus , je ne vois aucune raison qui prouve que les bêtes pensent, si ce n'est qu'ayant des yeoi, des oreilles, une langue et les autres oignes dâ sens tels que nous , il est vraisemblable qu*eUes ont du sentiment comme nous , et que comme la pensée est enfermée dans le sentiment que sons avons, il fkut attribuer au leur une par^lle pensée. Or, comme cette raison est à la portée de tout le monde, elle a prévenu tous les esprits ds l^enfance. Mais il y en a d'autres plus fortes et en plus grand nombre pour le sentiment contraire, qui ne se présentent pas si fiidlement à l'esprit de tout le monde; comme, par exemple, qu'il est plus probable de faire mouvoir comme des machines les vers de terre, les moucherons, les chenilles et le reste des animaux, que de ieur donner une âme immortelle.

Parce qu'il est certain que dans le corps des animaux, ainsi que dans les nôtres, II y a des os, des nerfs, des muscles, du sang, des esprits animaux, et autres organes disposés de telle sorte qu'ils peuvent produira par eux-mêmes sans le secours d'aucune pensée, tous les mouvemeDls que nous observons dans les animaux, ce qui paroit dans les mouvements coavulsifs, lorsque, malgré l'âme même, la machine du corps se meut souvent avec plus de violence et en plus de dlffirentes manières qu'il n*a coutume de le Ihîre avec le secours de la volonté : d'ailleurs, parce qu'il est conforme à la raison que l'art imitant la nature, et les hommes pouvant construire divers automates où il se trouve du mouvement sans aucune pensée, la nature puisse de son odté pro* duire ces automates , et bien plus excellents , comme les brutes, que ceux qui viennent de main d'homme, surtout ne voyant aucune raison pour laquelle la pensée doive se trouver partout où nous voyons une conformation de membres telle que celle des animaux, et qu'il est plus surprenant qu'il y ait une âme dans chaque corps humain que de n'en point trouver dans les biêtes.

Mais la principale raison, selon moi, qui peut

ANIt^B 1649.

nous pOTmader qqa 1m bêtea sont prWées de raison, e4( que, bien que parmi celles d'uoe même espèce les unes soient plus parfaites que les autres, comme dans les hommesi ce qui se remarque particulièrement dans les chevaux et dans les chiens, dont les uns ont plus de disposition que les autres i retenir ce qu*on leur apprend, et bien qu'elles nous fassent toutes oonnoître clairement leurs mouvements naturels de colère, de crainte, de faim, et d'evtrea semblables, ou par la yqIx, ou par d'autree mouvements du corps, OD n'a point cependant encore observé qu'aucun animal fût parvenu à ce degré de perfection d'user d'un véritable langage, c'est-à-dire qui nous marquât par la voix, ou par d'autres signes, quelque chose qui pAt «e rapporter plutôt à la seule pensée qu'à un mouvement naturel ; car la parole est Tunique signe et la seule marque assurée de la pensée cachée et renfermée dans le corps ; or tous les hommes les plus stupides et les plus insensés, ceux même qui sont privés des orga* nés de la langue et de la parole , se servent de signes, au lieu que lea bétes ne font rien de semblable» ce que Ton peut prendre pour la véritable différence entre Thomme et la béte.

Je passe pour abréger les autres raisons qui Aient la pensée aux bétes. Il faut pourtant remarquer que je parle de la pensée, non de lu vie, ou du sentiment ; car je n'dte la vie à aucun animal» ne la faisant consister que dans la seule chaleur du cœur. Je ne leur refuse pas même le sentiment autant qu'il dépend des organes du corps. Ainsi mon opinion n'est pas si cruelle aux animaux qu'elle est favorable aux hommes, je dis à ceux qui ne sont point attachés aux rêveries de Pythagore^ puisqu'elle les garantit du soupçon même de crime quand ils mangent ou tuent les animaux.

Je me suis peut-être plus étendu qu'il ne falloit, et que la vivacité de mon esprit ne le demandoit; mais j'ai voulu vous montrer par là que, de toutes les objections qu'on m*a faites jusques ici , il n'y en a aucunes qui m'aient été aussi agréables que les vôtres, et que vos manières honnêtes et votre candeur vous ont entièrement gagné celui qui a un attachement inviolable pour tous les amateurs de la véritable philosophie. Je suis, etc.

BgmoQO» prô9 d'Amm, le S fânior iM»

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