‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 291 sur 306 · Que tout mouvement est en quelque façon circulaire · texte numérisé non relu

Que tout mouvement est en quelque façon circulaire

J*aTOue que c'est une conséquence nécessaire de nécessité physique, en supposant seulement que tout est rempli de corps, et qu'aucune étendue n'excède l'étendue entière du monde, et je n'en doute point ; mais Je vous avoue que je n'ai pu encore comprendre comme il faut cette contradiction insurmontable dont vous parlez.

A LA BiPONSB SUB LA TROISlfalE DIFFICULTE.

« Que Ton conçoit étendues et en même temps IndiTisibles. »

Après l'explication que vous venez de donner, il n'y a plus de différends entre nous.

PlElIlàBB mSTANGB SUB LA BiPONSB A Là gUATRièUE DIFnCULTB.

1. « J'avoue que je ne sais point si elles sont absolument infinies ou non. »

Vous ne pouvez pourtant pas ignorer qu'elles sont absolument ou infinies ou véritablement finies, quoiqu'il ne vous soit pas si facile de déterminer si c'est l'un ou l'autre ; toutefois ce pourroit être pour vous un signe assez certain de l'infinité du monde, que vos tourbillons qui ne se rompent point, et auxquels il ne se fait pas la moindre fente. Pour moi en mon particulier, je déclare librement que, bien que je puisse souscrire hardiment a cet axiome, le monde est fini^ ou non /inî, ou, ce qui est ici la même chose, le monde est infini^ mon esprit ne sauroit pourtant comprendre comme il faut l'infinité de quelque chose que ce soit ; mais il arrive ici à mon imagination ce que Jules Scaliger dit quelque part de la dilatation et de la contraction des anges, qu'ils ne peuvent s'étendre à l'infini ni se réduire à un point imperceptible; cependant quand on reconnoît Dieu positivement infini , c'est-à-dire existant partout, comme vous faites avec raison, je ne vois pas qu'on puisse hésiter raisonnablement d'admettre sur-le-champ qu'il n'est oisif nulle part, mais qu'il a produit partout de la matière avec la même puissance et la même facilité qu'il a créé celle dans laquelle nous vivons, ou bien celle jusqu'où nos yeux et notre

esprit peuvent s étendre ; mais je m*aperçols que je m'étends plus loin que je ne m'étois proposé ; j'arrête cette ardeur de mon esprit, de peur de vous déplaire.

2. Lorsque vous dites, « si elle est senlemenl infinie par rapport à nous, elle sera réellement finie, n

Cela est vrai, et j'igoute de plus que c'est ane conséquence trte claire et très certaine, parce que la particule seulement exclut entièrement toate infinité de U chose, qui est dite infinie seulement par rapport à nous, et par conséquent ce sera une extension réellement finie et que mon esprit comprend parfaitement, puisque je suis évidem* ment certain que le monde est ou fini ou infini» comme je l'ai dit ci-dessus.

3. « Car c'est supposer que Dieu a des partiee séparées les unes des autres, qu'il est divisible ; et c'est lui attribuer l'essence des oorps. »

Non,ce n'est pas lui en attribuer ; car je nie que l'étendue convienne au corps en tant que corps, mais seulement en tant qu'être, ou du moins ea tant que substance ; outre cela, puisque Dieu, autant que notre esprit peut le comprendre, est tout entier partout, et que son essence entière se trouve présente dans tous les lieux ou dans tous les espaces, et dans chaque point de ces espaces, il ne s'ensuit point qu'il auroit des parties séparées les unes des autres, ou, ce qui en est une conséquence, qu'il seroit divisible, quoiqu'il occupe entièrement et précisément tous les lieux sans laisser aucun intervalle vide, ce qui (ait que je reconnois la présence de Dieu, ou la grandeur divine, comme vous l'appelez, capables d'être mesurées, sans que Dieu soit pour cela en aucune façon divisible. Que Dieu occupe et remplisse chaque point du monde, c'est ce que tous les philosophes et les ignorants avouent également et dont j'ai une idée claire et distincte, et que mon esprit embrasse sans peine; son essence divine est la même au dedans et au dehors du monde ; en sorte que si nous supposons le monde enfermé ou terminé par le ciel visible des étoiles, le centre de l'essence divine et sa présence totale se réitérera hors du ciel étoile de la même manière que nous le concevons clairement au dedans. Or cette réitération du centre divin qui occupe le monde, continuée plus loin, doit développer avec soi hors du ciel visible des espaces icfinis, et si elle n'est accompagnée de votre matière indéfinie, adieu vos tourbillons ; mais afin que ceci se fasse mieux admettre à l'esprit, essayons ce raisonnement sur la durée successive de Dieu.

Dieu est éternel, c*est-à-dire la vie divine embrasse les révolutions de tous les siècles, et l'ordre des choses passées, futures et présentes; ce*

CORRESPONDANCE

peodênt cette Tto Cteraelle Mt (M^sente à tooi loi instants du temps et les suit pas à pas, en sorte qu'on peut dire avec JusUce et mérité que Dieu jouit de son éternité depuis tant de jours, de moi» M dlieures. Par exemple, si nous supposons que le monde a été créé depuis cent ans, cette éternité de Dieu entière, et qui embrasse tout, n*aufa-t« •Ue pas duré Jusqu'à ce jour par des lieures, des Jours, des mois et des années, c*est-à^direcent ans qui se seront succédéjusqu'à ce jour ; or Dieu n*est {îolnt autre depuis la création du monde qu*il a été auparavant.

Il est donc manifeste qu'outre reternité Infinie la succession de durée oon?ient encore à Dieu. Cela supposé, pourquoi ferons-nous difficulté de lui attribuer une extension qui remplisse des eS'* patÊ» Infinis, aussi bien qu'une succession infinie de durée.

Bien plus, toutes les Ibis que je reprends de plus haut et plus originairement ces choses, je suis dans ce sentiment que l'une et l'autre extension, tant de l'espace que du temps, conviennent également aux non-êtres et aux êtres ; et je me doute qu'on peut également se former un préjugé que toutes les choses étendues sont corporelles, sur ce que tout ce que nous manions et ce que nous sentons, qui estsoiide et corporel, est étendu, que cet autre préjugé qu'il y a des choses non eorporelles étendues.

Et ce qui me fait conjecturer que l'étendue tombe aussi sur le non-étre, c'est qu'être étendu ne dénote autre chose que des parties qui existent kors d'autres parties; or la partie et le tout, le eujcl et Vadjoinif la cause et l'effet, les eantrai^ tes et les relatifs ^ les contradictoires et lespri- ^atifSf et autres semblables, ne sont que termes de logique, et nous les appliquons également aux non-^tres comme aux autres ; d'où il ne suit pas que tout ce que nous concevons avoir des parties existantes les unes hors des autres doive être conçu comme un être réel.

Mais combien de fols l'esprit humain lutte Ici avec son ombre, semblable à ces petits chiens qui courent après leur queue; car notre esprit se forge de tels combats ou de tels jeux, lorsque, eonsldérant les raisons et les modes de logique sur le pied des choses extérieures, il ne fait pas réflexion que ce sont seulement des manières de penser; mais croyant que c'est quelque chose de distinct dans les choses mêmes, il se Joue jusqu'à se flitiguer en tâchant d'attraper, pour ainsi dire, sa propre queue, et se trouve comme pris dans des filets. Mais j'ai discouru ici imprudemment plus que je ne voulols ; je passe à ce qui reste.

4. « Car quelque part où l'on conçoive ce lieulà, il y a, seloQ mol, quelque matière, i»

Vous êtes Id un homme de grande précantion et d'une retenue bien fine \ mais avec tous ontaisonnements vous admettes le monde Infini ai«e Aristote. SI Ce philosophe a donné une bonai définition de l'infini, qu'il appelle dans ton troisième livre de physique ee doni quelque park M kmjour» par-delà, nous voilà perlaitemesl d'accord.

5. ¥ Cependant je crois qu'il y e une gmdd différence entre l'immensité ou la graoïdenr de cette étendue corporelle, etc. »

J'admets aussi une dlflérenœ infinie entre II grandeur ou l'immensité divine et la corporelle: V en ce que celle-là ne peut tomb^ sous tes sens, à la différence de celle-ci; T èûùB que eelle4l est Inoréée et indépendante, et ôelle-ci dépadante et créée; la première, pénétrable et phitrant tout; la seconde, solide et impénétrable; enfin, en ce que celle-là nett de la reproduction continuelle de Tessence divine en tous lieux, et celle-ci de l'application extérieure et immédiate des parties les unes aux autres ; de sorte qu'à moins d'être stupide et souverainement béte, on ne sauroit seulement soupçonner :

Qpe CM raboaneneots noot coodolMDt art oftea^ Eq nous insinuaot quelque horrible maxime^

Comme dit Lucrèce, surtout puisqu'il y a des théologiens, et des plus scrupuleux, qui recon- DOissent que si Dieu eût voulu 11 aurolt pu créer le monde dès l'éternité; et cependant il partit aussi absurde de donner au monde une durée infinie qu'une étendue infinie.

6. « Car, selon mol, c'est là un des principaux fondements de ma physique. »

Je n'ai pas de peine à comprendre que ce ne soit le fondement de votre physique, de dire que la matière est au moins indéfiniment étendue, qu'il n'y a point de vide dans la nature. Je ne doute point même que ce principe ne soit rrai; mais je ne sais pas trop bien si vous avez trouvé la vraie manière de le montrer, puisque le principe de votre démonstration est que tout ce qui est étendu est réel et corporel; ce dont je ne suis pas encore pleinement convaincu, pour les raisons que j'ai dites ci-dessus ; au contraire, pouf vous avouer Ingénument ce qui me vient présen* tement dans la pensée, si ni l'espace privé de tout corps, tel qu'est celui de votre démonstration, ni Dieu ne sont point du tout étendus, votre philosophie n'aura pas besoin de cette matière indéfinie; Il vous suffira d'avoir un nombre certain et défini de stades, car les cêtés de ce monde fini ne trouveront point de lieu où se retirer, et les tourbil" Ions qui seront au milieu no pourront s'entr'ou* vrir pour donner une étendue à Tespaoe du milieu»

ÂINJSËÈ 1649.

«t afin que te noti-être ait de nooTetles dimensions. Mais mon ardeur naturelle me jette d'un autre cAté, c^est-à'dire dans la croyance que cette fécondité divine, qui n'est Jamais oisive en quelque endroit que ce soit, a créé de la matière en tous lieux sans laisser le moindre petit espace vide en admettant ce système ; Je ne trouve point que Totre pliiiosophie se soutienne moins bien faute d*admettre ce que vous lui donnez pour fondemeDt, et je vois clairement que la vérité de votre physique ne se découvre pas si ouvertement et si manifestement par tel et tel article, qu'elle brille par cette tissure nniverselle et ce fil continu qui Ile toutes ses parties, comme vous faites très bien remarquer à Tarticle 125 de la quatrième partie, p. 425. De sorte que si quelqu^un envisageoit la face entière de votre philosophie, il verroit qu'elle est si régulière et si proportionnée en elle-même et aux phénomènes de la nature qu*ll pourroit s^imaglûer voir comme dans une glace polie la nature, cette habite ouvrière, parée de tou^ ses ornements.

mmàu ntétANcfi a ia ftA»oi«ft« BBâ la IwKittÈ^È mnitvvti.

1. «Mais le plus ^rand de tous tes pr^'ugés que Dous ayons retenus de notre enfance, etc. »

J'éptouve on moi la force de ce pr^ugé au-delà de tout ce que je puis vous dire, et je me sens tellement pris et arrêté dans ses filets qu'il m'est imposslble.de m^en débarrasser jamais.

2. «Je m*engage à expliquer tout cela très facilement par la seule conformation des ibembres des animaux. »

Si vous nous tenez parole la-dessus, vous allez nous procfirer une joie bien ravissante ; j'ai même une si haute idée de vous que je crois que vous ferez là-dessus tout ce que l'esprit humain est capable de faire; ce sera dans la cinquième ou sixième partie de votre Physique, qu'on dit être presque achevée, et que j'atteuds avec grande Impatience. Je vous prie même Instamment qu'elles voient le jotir le plus têt qu'il se pourra, ou, pour mieux dire, afin que par leur moyen vous nous fassiez voir la nature dans ses plus brillantes clartés.

Mais pour revenir à notre siiyet, si vous tenez, dis-je, parole là-dessus, j*aVoue que vous aurez démontré que personne ne peut prouver qu'il y ait une &me dans le& bêtes; mais, en attendanti il faut convenir que vous ne l'avez pas encore démontré, comme vous te dites vous-même, et même que vous ne le pouvez faire en aucune manière.

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