SI ce n'est qu*ayant des yeux, des oreilles, etc
La plus grande prenvot selon mol, est qu^elks évitent avec tant de soin ce qui leur est contraire et qu'elles songent à leur conservation, comme je pourrois vous le montrer, si j'avois te temps, par de petites histoires aussi véritables que merveilleuses ; mais je crois que vous en avez lu quantité de pareilles, et les miennes oa sont dans tuean livre.
4. M Qu'il est plus probahie de faire mouvoir comme des machines les vers de terre, les moucherons, les chenilles. •»
À moins que nous ne nous Imaginions peutêtre ces sortes d'âmes comme une espèce de sable et de poussière de la vie du monde, selon que Ficin les appelloi et que oes escadrons presque infinis d'âmes sortant tous les Jours de oette pépinière retombent incessamment, par un mouvement impétueux et dirigé par le destin, dans cette matière qui est préparée pour de semblables générations; mais j'avoue qu'il est plus fadle d'avancer oes choses que de les démontrer.
5. « Qui nous marquât, par la voix oa par d'autres signes» quelque chose, etc« »
Est-ce que les chiens ne nous font point oertains signes avec leur queue, comme nous âdsons aveo la tête? Est-oe que, par leurs petits aboiements, ils ne nous demandent point comme par charité leur nourriture à table ? Bten pkis, ils poussent quelquefois avec leur patte le btas de leur maître avec une retenue admirable, pour le faire souvenir par œ signe flatteur qu'il les t oubliés.
6. « Or, tous les hommes les plus stupides et les insensés, etc., au lieu que les brutes nO font rien de sembiablei eto. »
Vous pourriez dire la même chose des enfenis, du moins durant l'espace de plusieurs mois; quoiqu'ils pleurent, qu'ils rient et se mettent en colère» etc., vous êtes pourtant persuadé qulls ont une âme et une Ame qui pense. Voilà, monsieur, quelles sont les instances que j'ai pris la liberté de faire à vos excellentes réponses; je ne sais si elles vous seront aussi agréables que mes der^nlères objections. La bonté que vous avez marquée pour les premières et la longue habitude que j'ai contractée avec vos écrits m'ont rendu plus hardi, mais je crains d'avoir été trop long et de vous avoir été à charge.
Car j'ai presque oublié mon dessein principal de ne pas multiplier à l'infini les objecUonset les réponses, mais ayant trouvé l'occasion favorable d'avoir votre décision sur les matières qui se sont présentées, et surtout de vous avoir vous-mêoM pour interprète des difficultés que je pourrois rencontrer dans la lecture de vosouvra^s^ je me suis flatté, monsieur, que vous m'accorderiez
cette fayeur. Le plaidr que tous m'avez fait de me déyoiler les secrets de votre art m'engage à TOUS demander la même grfice pour quelques objections que je vais vous faire. Je demande donc : l*" s*il auroit pu arriver, ou par les décrets divins ou par quelque autre manière, que le monde fAt fini, c*est-à^ire borné par un nombre déterminé de millions de lieues, car il me semble que ce n'est pas un foible argument que le monde puisse être fini, en ce que presque tout le monde croit qu'il est impossible qu'il soit infini. 2« Je suppose que quelqu'un fût assis aux extrémités de ce monde, et je demande s'il pourroit enfoncer son épée jusques à la garde au travers les bornes du monde , en sorte que toute la lame de l'épée fût bors des confins du monde; d'un cété la chose paroît facile à faire, puisqu'il n'y auroit rien hors du monde qui résistât, et de l'autre la chose paroît impossible, parce qu'il n'y auroit rien d'étendu hors du monde qui pût recevoir la lame de l'épée.
S*" A l'art. 29 de la seconde partie, p. 91, si le corps ÀB, transporté du voisinage du corps CD, je demande comment il est certain que le transport soit réciproque; car supposons que le corps CD est une tour, et AB un vent d'oocid^it qui passe par I» côté de la tour; or la tour CD est en repos, oo du moins ne s'éloigne point delant AB; si elle s'en éloigne, ou, comme vous dites, si elle est transportée par le mouvement, elle est donc mue vers l'occident, mais elle n'est point transportée vers l'occident, puisque la terre et les vents sont portés vers l'orient. Elle paroU donc en repos par rapport au vent puisqu'elle ne reçoit aucun mouvement de lui ; cependant vous dites que le transport de cette tour et du vent (lequel transport est un mouvement) est réciproque; ainsi la tour seroiten mouvement et en repos par rapport à ce mfime vent; ce qui n'est pas bien loin de la contradiction. Lorsque celui qui en se promenant s'éloigne de moi, qui suis assis, de l'espace de mille pas par exemple, et s'est échauffé et fatigué, et que je ne le suis pas, c'est là un signe qu'il s'est mû et que je me suis tenu en repos pendant ce temps-là. Dans le mouvement de cet homme qui marche je ne remarque qu'un rapport que ma pensée y fkit des différentes distances où nous nous trouvons, et aucun mouvement réel et physique.
4» A l'art. 149 de la troisième partie, p. 300. Et aimi elle fera que la terre tournera sur son axe^ etc. Comment fera la lune, afin que la terre achève dans un jour son tour sur son propre centre, puisqu'eile-méme emploie trente jours pour achever le sien ? Ce qui est dit à l'article 151, p. 801, ne touche point, selon moi , cette question.
5"* A l'égard de ces petites parties tournées, que vous appelez cannelées , comment 0Dt-eliei pu être ainsi tournées? Ne devoient-elles pas plotdt être brisées et rompues en une infinité de petites parties réduites en atomes? Quelle lenteor et quelle consistance pourrons -nous loiagîDtf dans cette première matière, dont toutes les par tles sont homogènes et entièrement semblables en elles-mêmes; d'où vient que ces petites parOei étoient d'ailleurs molles, et comment sesoDt-eiiei dans la suite endurcies?
e*" A l'art 189 de la quatrième partie, p. 503, notre âme est étroitement jointe et time as cerveau ; vous me ferez bien plaisir de m'apprendre ce que vous pensez de l'union de rame avec le corps; si elle est unie à tout le corps, oo seulement au cerveau, ou si elle est sealemeot renfermée dans la glande pinéale comme dan une espèée de petite prison, car je regarde oetli glande, selon vos principes, comme le siège do sens commun et comme la forteresse de l'ioie. Je doute pourtant si Tâme n'occupe pas tout le corps. Outre cela, je vous prie, comment sepeotil faire que l'ame, n'ayant ni parties crocbaesDi branchues, puisse s'unir si étroitement au corps? Je vous demande encore, n'y a-t-il pas des effets dans la nature dont on ne saurolt rendre aacooe raison mécanique ? Ce sentiment naturel que doqs avons de notre propre existence, d'où naît-il? et cet empire que notre âme a sur les esprits animaux, d'où vient-il aussi? Comment s'y preudelle pour les faire couler dans toutes les parties du corps ? Comment les esprits de ces sorciers, qu'on nomme familiers, savent^ls si bien disposer la matière et la combiner pour se rendre tIsibles et palpables à ces détestables vieilles? C'est une vérité que j'ai apprise , non-seulement de plusieurs de ces vieilles sorcières, mais encore de plusieurs jeunes qui me Tont avoué sans aucune contrainte.
Or, n'éprouvons-nous pas nons-mtees en quelque façon la même chose dans nos âmes, lorsque nous pouvons à notre gré pousser ou arrêter nos esprits animaux, les envoyer ou les rappeler comme il nous plaît ? Je demande àwc s'il seroit Indigne d'un philosophe de reconnoître dans la nature une substance incorporelle, qui peut cependant Imprimer dans quelque corps toutes les propriétés du corps, ou du moins la plupart, tels que sont le mouvement, la figure, la situation des parties, etc., comme les corps peuvent le faire les uns à regard des autres; mais de plus, comme il est presque certain que celle substance remue et arrête les corps, ne pourroitelle pas y ajouter aussi ce qui est une suite du mouvement, comme diviser, unir, dissiper, ^'^^
figurer des petites parties « disposer les figares, faire circuler celles qui sont ainsi disposées, ou les mouvoir en quelque sens que ce soit, arrêter leur mouvement circulaire et autres choses semblables qui produisent nécessairement la lumière, les couleurs et les autres objets sensibles selon ▼os principes.
Outre cela» comme rien de corporel ni d'incorporel ne peut agir sur une autre chose que par l'application de son essence, ce même philosophe nepourroit-il pas en conclure nécessairement que, soit que ce soit un bon ou mauvais ange , notre esprit ou Dieu qui agisse sur la matière de la manière que nous l'avons dit, il faut que l'essence de cette chose, quelle qu'elle soit, se promène pour ainsi dire sur ces parties de matière sur lesquelles elle agit ou sur quelques autres qui agissent sur elles, en leur transmettant leur mouvement ; bien plus, qu'elle se trouve quelquefois présente à toute cette matière qu'elle dirige et modifie, comme cela est constant des anges bons et mauvais qui se sont montrés à nos yeux ; car autrement, comment auroient-ils pu resserrer la matière et la contenir sous une telle ou telle figure?
Enfin la substance incorporelle ayant une vertu si merveilleuse que par sa simple application sans liens, sans crochets, sans coins et autres instruments, elle embrasse et resserre la matière, la dé- Teloppe, la divise, la rejette et en même temps la retienne ; ne parolt-il pas vraisemblable qu'elle puisse rentrer en elle-même, puisqu'il n'y a point d'impénétrabilité qui s'y oppose, et se répandre derechef, et autres semblables? Je vous prie» monsieur, si vos occupations vous le permettent, de me faire la grâce de m'expliquer ces choses, sachant que vous avez pénétré tous les mystères de la nature, tant les extérieurs que les intérieurs, et que vous pouvez m'en donner facilement la solution.
7. Sur les globules du second élément , ou la matière éthérée, je demande : Si Dieu eût créé la matière de toute éternité, ces globules n'auroientils pas été diminués et brisés depuis plusieurs années, et réduits en parties subtiles à l'indéfini, à force de se rencontrer et de se heurter, pour prendre la force du premier élément ; en sorte que l'univers entier auroit été réduit en une flamme universelle depuis plusieurs siècles ?
8. Pour ce qui regarde vos petites parties d'eau, longues, polies et flexibles, ont-elles des porcs ? Cela ne me parolt pas probable, puisqu'elles sont des corps simples, et les premières parties qui ne sont composées d'aucunes autres, mais des fragments, de la première matière qui s'est brisée, et par conséquent entièrement homogène ; ce qui me
fait douter qu'elles se puissent plier sans pénétration de leurs dimensions : car supposons qu'elles se courbent en forme d'anneau, la superficie concave sera moindre que la convexe, etc. Vous entendez parfaitement cela, je ne m'y arrête pas davantage.
Et quand même vous vous efforceriez de prouver qu'elles ont des pores, ce que je ne crois pas que vous fassiez jamais, vous n'Ateriez pas pour cela la difficulté, car ce seroient alors nouvelles difficultés sur les bords et les cAtés de ces pores; car il y aura toujours alors quelque chose qui n'aura point de pores, et qui ne laissera pas de se plier.
Cette difficulté tombe non-seulement sur cet parties oblongues, mais encore sur les rameuses et branchues, et presque sur toutes les autres qui doivent se plier sans casser.
Neuvième et dernière difficulté. Je demande si la matière, soit que nous la supposions éternelle, ou créée d'hier, laissée à elle-même et ne recevant aucune impulsion étrangère, seroit en mouvement ou en repos ; ensuite si le repos est un mode privatif ou positif du corps, et dans Tune ou l'autre supposition, comment on pourroit le prouver ; enfin si une chose , quelle qu'elle soit, peut avoir quelque propriété naturelle par ellemême dont elle puisse être privée, ou qu'elle puisse recevoir? D'ailleurs jusques ici mon esprit s'est comme joué sur presque tous les principes de votre excellente philosophie, ou plutôt il s'est donné là-dessus une véritable occupation. Je descendrai au particulier si vous avez la bonté de m'y inviter, ou du moins de me le permettre. J'espère que vous me ferez la grâce de m'excuser, si, s'agissant des premiers principes, j'ai examiné les choses un peu scrupuleusement, et si, en sondant le gué et ne marchant qu'avec réserve, j'ai avancé lentement, et pour ainsi dire à pas de tortue; car je vois que tel est le caractère de l'esprit humain, qui voit mieux dans les conséquences que dans les premiers principes de la nature, et que notre condition n'est pas bien di^ férente de celle d'Archimède, qui demandoit qu'on lui donnât un point fixe et qu'il ébranleroit la terre. Il nous est plus difficile de trouver un endroit où placer le pied, que d'avancer quand nous l'avons trouvé.
Pour ce qui regarde ces magnifiques bâtiments que vous avez élevés sur vos principes généraux, quoiqu'ils nous parussent d'abord si hauts et si éloignés de la portée de notre vue que tout y sembloit enveloppé de ténèbres et dénuées, le jour a cependant diminué ces difficultés, et ces obscurités se sont peu à peu évanouies , en sorte qu'il en reste très peu en comparaison de œ qui se montroit d'abord.
rm
CORRESPONDANCE
rai cm détolr tooi dire fet aveu, afin que tous Ue crussiez pas que je voulusse vous multiplier éternellemeDt les dIfBcuUés , que vous me flBSiea plue tolobtlers réponse, et quë tbUé re- {usMei cea nouvelles difficultés ateé la même boDté que vous avez reçu les premières. SI vous me faites oèt hooueur, motisleur, voua th^uverez •n mol le plus télé admirateur de votre philodopbie, ai le plus IdMe et le plul dévoué de vos aervitearsi ete.
â CâfiibHdge, du coBège de Cbriét, ce t iuart l(U9.
Ift 145.*^IIÉPO]H8E DE M. BBSCÀRTtS A M. MÛRUS.
( Lettre LXDt du tbme t. tèrtlott. ) Moiisiear^
Je viens de recevoir avec grand plaisir votre lettre en date du 6 mars, mais dans un temps où je me trouve si fort occupé que je me vols dans la nécessltéi ou de vous écrire à la hâte, ou do dl(i&rer à un long temps d'ici ma réponse. Dans cette alternative je choisis le premier parti, aimant mieux par^tre moins habile et plus ofllciottx.
Atnt l^ftEMllaBS tIfSTAIIGBS.
Byadêê pfoprtUêt qu$ Vtm cùtiçoit leà unes avant les autteê, etc. La sensibilité ne tue parott être dans la chose Sensible qu*uoe dénomination extrinsèque, et tt'est point une qualité qui con** tienne à toute la substance Mt'porelle \ car si elle te rapporte à noa sens, elle ne convient point aui parties les plus déliées de la matiez ; que II elle avolt quelque rapport è ces berfi imi^lnalres que vous suppose! que Dieu pdùtMt ik^onner, elle pourrolt peut-être contenir aux anges et aui âmes; car Je ne conçois t)as plus facilement deS nerfe capables de sentiment, et si subtils qu*llS puissent êtt^ mus pttt lés plus petites parties dé la matière, que quelque autre faculté par le moyen de laquelle notre ftme puisse sentir ou percevoir Immédiatement les autres fimes : mais bien que dans rettensioh nbos comprenions facilement les parties au respect les unes des autres , il me pa-» rdt pourtant que je conçois t^ès bien l*étendue, sans penser au HppoH que «es parties ont lëi onës à regard dM autres ; ce que vous deves ad"" mettre plus volontiers que moi , parce que vous eonoeves l^teudue comme convenant à Dieu, sans admettre en lut aucunes parties.
P$n(mn$ n'u encore dimontti qut lafhculîi JTéin touché, (m Vimpénétrabiliti, Miènt dcë propriétés qui conviennent i lo SHèf tefice iièn*
due. Si tous concaves Vétendue par le rapport des parties les unes auprès des autres , Il oe paroh pas que vous puissiez dire que chacune de ses parties ne touche pas les voisines, et cette faculté d'être touché est une véritable propriété qui est Intime au sujet, et non celle que les leoi nous font appeler le toucher.
On Ue peut pas aussi com^irendre qu'une partie d^Une chose étendue pénètre une autre partie qui lut sott égale, sans comprendre en même temps que rétendue qui est au milieu de ces deui parties estétée ou anéantie; or une chose réduite àU néant n'en sauroit pénétrer une autre : ainsi on peut démontrer, selon mol , que ilmpénétrablllté appartient à Tessence de l'étendue, et doq à l'essence d'aucune autre chose.
Je soutient qu'il y a une autre itenAie auui tiritdble. Enfin nous Sommes d'accord sur le fond, et il ne s'agit plus ent^e nous que d*tiDe question de nom, savoir, s'il faut donner le nom de véritable étendue à cette dernière. Pour ml, je be conçois aucune étendue de substance, ni en DieU, ni dans les anges, ni dans notre flme; mais seulement une étendue de puissance, ou une extension en puissance ; en sorte qu'un ange peot proportionner ce pouvoir d'extension, tantît à une plus grande ou moindre partie dé la substance corporelle ; car s'il n'y avolt aucun corps, je ne comprendrois aussi aucun espace iquIBiev ou l*ange correspondissent par retendue. Quant i ce qu'on attribue à la substance l'étendue qui n^appartlent qu'à la puissance, c'est un effet do même préjugé qui nous fait supposer toote sulh stànce ëU Dieu même, comme tombant sous 11magtnatlon.
ktm gECOMbBB HtSTitCÈS.
Que des parties àe V espace vtée en ahsorhm d'autres, etc. Je le répète, si elles sont absorbées, donc le milieu de l'espace est été et cesse d'Are. Or ce qui cesse d*étre ne pénètre point une autre chose , donc 11 faut admettre l'impéûétrabi/ité en tout espace.
Cet inttr-fnonde ou cette abÈenâedunmA (mroii sa durée, etc. Je crois qu'il inapliqoe cootradicllon de concevoir une durée entre la d* truction du premier monde et la création do nouveau ; car si nous rapportons cette durée oa quelque chose de semblable i la succession dei pensées divines, ce sera une erreur de l'intellect, noa une véritable perception de quelque cIîosp. J'ai déjà répondu à la suite, en obserraniqu* l'étendue qu'on attribue aux choses Incorporc/w convient seulement à la puissance et non à la «ubatanca, laquelle puissante étant Sèotefl»^' ^
AintEC 1649.
1 4iM A 6HM ê laqadlê «Ile eit appliquée» •a Aunx cette ébam étendae à laquelle elle corretpoDdoity on nesauroit oompreodre qu'elle aoU écaAdue»
AUX vimLtiimMê msTAiicaa»
Que Dieu M poêititement et réêtlement infini^ €'M''â*d%tt estistant partout y etc. Je ti*adiiiets paft ce partout, car il paroît ici que toua ne laites consister TtufiDlté en Dieu qu*en ce qu'il existe partout , ce que je ne vous passe point; croyant au contraire que Bien est partout à raison de sa puissance , et qu*à raison de son essence il n'a absolument aucune relation au lieu. Or comme on ne distingue point en Dieu le pontoir et l'essence, Je crois qu'il est mieux de raisonner en pareille matière sur notre ftme ou lee anges, comme choses plus proportionnées à Dotre manière de penser. Les difficultés suivantes me paroissent naître du préjugé qui nous a fait croire que toutes substances, celles-là même que noua reconnoissons incorporelles, sont véritablement étendues, et de la mauvaise manière de philosopher sur les êtres de raison, en attribuant les propriétés de l'être onde la chose au non-étre; mais n'oublions Jamais que le non-étre, ou ce qui n'existe pas, n'a aucun véritable attribut, et qu'on ne saurolt concevoir en lui en aucune fo- ^ la partie , te tout, te sujet, Vaédoint^ etc., et c'est bien conclure lorsque vous dites que l'esprit ae joue aveo ses propres ombres, lorsqu'il considère les êtres de raison.
tin nombre certain et fini de stades suffira, etc. Mais il répugne à mea idées d'assigner des bornes au monde , et ma perception est la seule règle de œ que je dois affirmer ou nier. C'est pour cela que je dis que le monde est indéterminé ou indéfini , parce que je n'y connois aucunes bornes, mais je n'oserois dire quHl est infini , parce je conçois que Dieu est plus grand que le monde, non à raison de son étendue , que je ne conçois point en Dlen, comme j'ai dit plusieurs Ibis, mais & raison de sa perfection.
AUX iiBuafcBia iMarAnGta.
S% vous le faites, eto. Je ne sais point certainement si le reste de ma Philosophie verra le jour, parce qu'il iaudroit pour cela faire piuaieurs expériences, lesquelles je ne sais si J'aurai Jamais la commodité de faire ; mais j'espère donner cet été on petit Traité des passions» dans lequel on verra dairement comment tous les mouvements de nos membres qui accompagnent nos passions on affections sont produits, selon moi, non par notre ftmot mais par )e seul mémsùm^ 4e notre corps.
Quant aut rfgnes que font les chiens avec leurs queues, ce sont les seuls mouvements qui acoooopagnent les affections, et je crois qu'il faut les distinguer soigneusement de la parole, qui seule est un signe certain de la pensée qui est Cachée dans le corps t tousptmtriei dire la mèm chose deê enfants, etc.
U y a une grande différence entre les enlknts et les brutes ; cependant je ne croirols pas que les enlhnts eussent une âme, si je ne voyols qulls sont de la même nature que les adultes. Pour les brutes , elles ne parviennent Jamais à un ftge où l'on puisse remarquer en elles le moindre signe de pensée.
Atnt Ot^SttONS.
A Im ffemiêre. Il répugne à ma pensée, ou, ce qui est le même» il implique contradiction que le monde soit fini ou terminé, parce que je ne puis ne pas oonoevoir un espace au-delà des bornes du monde, quelque part où je les assigne ; or un tel espace est selon mol un vrai corps. Je ne m'embarrasse point que les autres rappellent Itnaginalre, et que par conséquent Ils croient le monde fini, car je sais de quel préjugé naft cette erreur.
A la seconde. En imaginant une êpée qui passe au-^elà des bornes du monde , vous prouves que vous ne coocevei pas le monde comme fini, car vouaconcevez comme partie réelle du monde tout lieu que l'épée touche, bien que vous donniez le nom de vide à la chose que vous concevez.
A la troisième. Je ne saurois mieux expliquer la forw réciproque dans la séparation mutuelle de deux corps au respect l'un de l'autre qu'en supposant un petit bateau dont le fond touche le sable, le long des bords d'un fleuve, et deux hommes, l'un desquels se tenant sur le rivage pousse aveo ses mains le petit bateau pour l'écarter de la terre, et un autre homme se tenant sur le même bateau qui pousse le rivage avec ses mains, pour écarter aussi le bateau de la terre ; si les forces de ces deux hommes sont égales, Feffort de celui qui est à terre, et qui par conséquent est joint à la terre , ne sert pas moins au moutement du bateau que l'effort de l'autre qui est transporté avec le bateau ; d'où il est clair que Tactlon qui fait reculer le bateau de la terre n'est pas moindre sur la terre même que dans le bateau. Et cet homme qui s'éloigne de vous pendant que voua Iles assis ne fait pas une difficulté; car lorsque ja parle Ici do transport, j'entends seulement celui qui ae Diit par la séparation de deux corps qui se touchent Immédiatement.
A la quatrième. Le mouvement de la lune détermine la matière céleste , et par conséquent U
CORRESPONDANCE
terre qal fiilt on toat avec elle, en sorte qu^elle est emportée plutdt d'un côté que d*un autre ; c*e8t-i dire, comme on voit dans la %ure, plutAt de la partie A vers B que vers B , sans lui communiquer pour cela la vitesse du mouvement; et oomme cette vitesse dépend de la matière céleste, et qu'elle se meut à peu près aussi vite contre la terre que vers la lune, la terre devrolt avoir un mouvement deui fois plus rapide que celui qu'elle a pour faire soixante fois son tour dans le même temps que la lune ne feroit qu'une fois le sien , plus grand soixante fois que celui de la terre , si la grandeur ne s'y opposoit, comme je l'ai dit à l'article 151 de la treizième partie, page 301.
A la cinquième. Je ne suppose point d'autre lien et d'autre ténacité dans les plus petites parties de la matière que celle que je conçois dans les parties grandes et sensibles qui dépendent du mouvement et du repos des parties; mais il faut observer que les parties cannelées sont formées d'une matière très subtile, et divisée en petites parties innombrables ou indéfinies qui se joignent ensemble pour les composer, en sorte que je conçois un plus grand nombre de petites parties dans chaque partie cannelée que l'on n'en conçoit communément dans les plus grands corps.
A la sixième. J'ai tâché d'expliquer dans le Traité des passions la plupart des choses que vous demandez ici. J'ajoute seulement que je n'ai rien trouvé jusqu'ici sur la nature des choses matérielles dont je ne puisse donner très tellement une raison mécanique, et comme il ne messied pas i un philosophe de croire que Dieu peut mouvoir le corps, quoiqu'il ne pense pas que Dieu soit corporel, il ne iui meçsied pas aussi de croire quelque chose de semblable des substances incorporelles; et bien que je croie qu'aucune manière d'agir ne convient dans le même sens à Dieu et aux créatures, j'avoue cependant que je ne trouve en moi-même aucune idée qui me représente une manière différente dont Dieu ou un ange peuvent mouvoir la matière de celle qui me représente la matière dont je suis convaincu en moi-même que je puis mouvoir mon corps par ma pensée; et véritablement ma pensée ne peut pas tantôt s'étendre, tantôt se rassembler par rapport au lieu à raison de sa substance, mais seulement à raison de sa puissance, qu'elle peut appliquer à des corps plus grands ou plus petits.
A la septième. Si le monde avoit été de toute éternité, certainement cette terre ne seroit pas depuis l'éternité; mais il s'en seroit produit d'autres en différents endroiu, et toute la matière n'auroit pas été réduite au premier élément; car comme quelques-unes de ses parties se brisent en certains endroits, d'autres s'unissent ensemble en
d'autres lieux sans qu'il y ait plus de moQT6Beu ou d'agitation en un temps qu'en un autre dus tout l'univers.
A la huitième. Par la manière dont j'ai décrit la production de la terre, c'est-à-dire des partiel de la matière du premier élément qui se réuDissent les uns aux autres, il s^ensuit évidemmeflt que les parties d'eau et toutes les autres qoi sont dans la terre ont des pores; car oomme ce pfemier élément n'est composé que des parties inHfiniment divisées, il s'ensuit de là qu'il faut coacevoir des pores jusques à la dernière diviiioD possible dans tous les corps qui en sont oom-
A la neuvième. Par ce que j'ai dit d-dessos de deux hommes, dont l'un est mû avec le bateau et l'autre demeure immobile sur le rivage, j'ai ià assez voir que je ne crois pas qu'il y ait rien da plus positif dans le mouvement de l'un que dan le repos de Tautre.
Je ne comprends pas bien ce que veulent dire ces derniers mots : An ulla res affectionem hahère potest naturaliter et à se qui penitiu foM destituif vel qimm aliundè potest adseiscm.
Au reste, monsieur, je vous prie d'être trb persuadé que je recevrai toujours avec beancoop de plaisir toutes les questions et les (éjections qoe vous me ferez sur mes ouvrages, et que je tâche» rai d'y répondre le mieux qu'il me sera poasibie. Je suis avec un parfait attachement, etc.
A EgmoDd, le 18 a^ iM.