N« 160.— A LA REINE DE SUÈDE
Lettre XXXIX du tome L)
Madame,
S'il arrivoit qu'une lettre me fût envoyée du ciel, et que je la visse descendredes nues, je neserols pas davantage surpris et ne la pourrois recevoir avec plus de respect et de vénération que j'ai reçu celle qu'il a plu à votre majesté de m'écrire. Mais je me reconnois si peu digne des remerclments qu'elle contient que je ne les puis accepter que comme une faveur et une grftce dont je demeure tellement redevable que je ne m'en saurols jamais dégager. L'honneur que j'avois ci-de* vant reçu d'être interrogé de la part de votre majesté par M. Chanut, touchant le souverain bien, ne m'avoit que trop payé de la réponse que j'avois faite; et depuis ayant appris par lui que celte réponse avoit été favorablement reçue, cela m avoit si fort obli^ que je ne pouvois pas espérer ni souhaiter rien de plus pour si peu de chose, particulièrement d'une princesse que Dieu a mise en si haut lieu, qui est environnée de tant d'affaires très Importantes dont elle prend elle-même les soins, et de qui les moindres actions peuvent tant pour le bien général de toute la terre, que tous ceux qui aiment la vertu se
doiTent estimer très heureax lorsqu'ils peuvent avoir occasion de lui rendre quelque service. Et pource que je fais particulièrement profession d'être de ce noml^re^ j*ose ici protester à votre majesté qu'elle ne me sauroit rien commander de si difficile que je ne sois toujours prêt de foire tout mon possible pour rexécuter, et que si i'étols né Suédois ou Finlandols, je ne pourrois être avec plus de zèle ni plus parfaitement que je suis, etc.
(Lettre XLII du tome I.)
ibuniJ64e.
La dernière que vous avei pris la peine de m'adresser à Paris n*est point parvenue jusques à mol , mais je viens d'en recevoir la copie par le soin de M. Brasset, et je tiens à une très insigne faveur d'apprendre par elle qu'il plaît à la reine de Suède que j'aie l'iionneur de lui aller faire la révérence. J'ai tant de vénération pour les hautes et rares qualités de cette princesse que les moindres de ses volontés sont des commandements très absolus à mon regard ; c'est pourquoi je ne mets point ce voyage en délibération, je me résous seulement i obéir. Mais pource que vous ne me prescrivez aucun temps, et que vous ne le proposez que comme une promenade dont je pourrois être de retour dans cet été, j'ai pensé qu'il serait malaisé que je puisse donner grande satisfaction à sa majesté en si peu de temps, et qu'elle aura peut-être plus agréable que je prenne mes mesures plus longues, et fasse mon compte de passer l'hiver à Stocicholm. De quoi je tirerai un avantage que j'avoue être considérable à un homme qui n'est plus jeune, et qu'une retraite de vingt ans a entièrement dés* accoutumé de la fatigue ; c'est qu'il ne sera point nécessaire que je me mette en chemin au commencement du printemps ni à la fin de l'automne, et que je pourrai prendre la saison la plus sûre et la plus commode, qui sera, je crois, vers le milieu de l'été, outre que j'espère avoir cependant le loisir de mettre ordre à quelques affaires qui m'importent. Ainsi je me propose d'atteudre l'honneur de recevoir encore une fois de vos lettres avant que je parte d'ici, et je ne manquerai pas d'obéir très eiactement à tout ce qui me sera commandé de la part de sa majesté, ou bien à ce qu'il vous plaira me faire savoir lui être agréable ; car je ne sais s'il est à propos qu'elle sache que j'ai demandé ce délai, et je n'oserois prendre la liberté de lui écrire, pource que le respect et le zèle que j'ai me font juger que mon devoir se*
roit de me rendre an lieu où elle est avant que les courriers y pussent porter des lettres; mais je me fie en votre amitié et en votre adresse pour ménager mes excuses. Au reste, je ne saison quels termes je vous puis remercier de toutes les offres qu'il vous plaît me faire, jusques i me vouloir même loger chez vous. Je n'ose les accepter ni lea refuser. Je vous puis seulement assurer que je ferai tout mon possible pour n'en user qu'en telle sorte que ni vous ni aucun des vAtres n'ea serez incommodés , et que je serai toate mi| vie, etc.
(Lettre Um du t«nel.)
MartfSlit
Monsieur»
Je vous donnerai, sMI vous plaît, la peine d^ lire cette fois deui de mes lettres, car jugeant que vous en voudrez peut-être faire voir une à la reine de Suède, j'ai réservé pour celle-ci ce que je pensois n'être pas besoin qu'elle vit, & savoir, que j'ai beaucoup plus de difficulté à me résoudre à ce voyage que je ne me serois moi-même ima« giné. Ce n'est pas que je n'aie un très grand désir de rendre service à cette princesse. J'ai tant de créance à vos paroles, et vous me l'avez représentée avec des mœurs et un esprit que j'admire et estime si fort, qu'encore qu'elle ne seroit point en la haute fortune où elle est et n'auroit qu'une naissance commune, si seulement j'osois espérer que mon voyage lui fût utile, j'en voudrois entreprendre un plus long et plus difficile que celui de Suède, pour avoir l'honneur de lui offrir tout ce que je puis contribuer pour satisfaire à son désir. Mais l'expérience m'a enseigné que même entre les personnes de très bon esprit et qui ont un grand désir de savoir, il n'y en a que fort peu qui se puissent donner le loisir d'entrer en mes pensées, en sorte que je n'ai pas sujet de l'espérer d'une reine qui a une iuflDité d'autres occupations. L'expérience m'a aussi enseigné que, bien que mes opinions surprennent d'abord à cause qu'elles sont fort différentes des vulgaires, toutefois, après qu'on les a comprises, on les trouve si simples et si conformes au sens commun qu'on cesse entièrement de les admirer, et par même moyen d'en faire cas, à cause que le naturel des hommes est tel qu'ils n'estiment que les choses qui leur laissent de l'admiration et qu'ils ne possèdent pas tout-à-fait. Ainsi, encore que la santé soit le plus grand de tous ceux de nos biens qui concernent le corps, c'est toutefois celui auquel nous faisons le moins de réflexion, et que nous goûtons le
CORRESPONDANCE
moins. La oonnoissance de la yérité est comme la santé de l'âme : lorsqu'on la possède on n*y pense plus. Et bien que je ne désire rien tant que de communiquer ouvertement et gratuitement à un chacun tout le peu que je pense savoir, je ne f encontre presque personne qui le daigne appren-» dre* Mais je vois que ceux qui se vantent d'avoir des secretSf par exemple en la diimie ou en i*as* Irologie judiciaire, ne manquent jamais, tant Ignorants et impertinents qu'ils puissent être, de trouver des curieux qui achètent bien cher leurs taipostures. Au reste^ 11 semble que la fortune est jalouse de ce que je n'ai jamais rien voulu atten* dre d'elle, et que j'ai tâché de conduire ma vie en telle sorte qu'elle n'eût sur moi aucun pouvoir; car elle ne manque jamais de me désobliger, sitAx qu'elle en peut avoir quelque occasion. Je Tai éprouvé en tcus les trois voyages que j'ai faits en France, depuis que je suis retiré en ce pays ; mais particulièrement au dernier, qui m'avoit été commandé comme de la part du roi. Et pour me contter à le faire, on m'avoit envoyé des lettres en |»archemin et fort bien scellées, qui contenoient des éloges plus grands que je n'en méritois et le don d'une pension assez honnête ; et de plus, par des lettres particulières de ceux qui m'envoyoient celles du roi, on me promettoit beaucoup plus que cela sitôt que je serois arrivé. Mais lorsque f ai été là, les troubles inopinément survenus ont fait qu'au lieu de voir quelques effets de ce qu'on m'avoit promis, j'ai trouvé qu'on avoit fait payer par l'un de mes proches les expéditions des lettres qu'on m'avoit envoyées et que je lui en devois rendre l'argent, en sorte qu'il semble que je n'étois allé à Paris que pour acheter un parchemin, le plus cher et le plus inutile qui ait jamais été entre mes mains. Je me soucie néanmoins fort peu de cela; je ne l'aurois attribué qu*i la fâcheuse rencontre des affaires publiques, et n'eusse pas laissé d'être satisfait, si j'eusse vu que mon voyage e&t pu servir de quelque chose à ceux qui m'avoient appelé. Mais ce qui m'a le plus dégoûté, c'est qu'aucun d'eux n'a témoigné vouloir coonoitre autre chose de moi que mon visage; en sorte quej'ai sujet de croire qu'ils me vouloient seulement avoir en France comme un éléphant ou une panthère, à cause de la rareté, et non point pour ; être utile à quelque chose. Je n'imagine rien de pareil du lieu où vous êtes ; mais les mauvais succès de tous les voyages quej'ai faits depuis vingt ans me font craindre qu'il ne me reste plus pour celuhcl que de trouver en chemin des voleurs qui me dépouillent» ou un naufrage qui m'éte la vie. Toutefois cela ne me retiendra pas, si vous jugez que cette incomparable reine continue dans le désir d'examiner mes opinions, et qu'elle en puisse
prendre le loisir; je serois ravi d^étre si heureux que de lui pouvoir rendre service. Mais ai ceit n'est pas, et qu'elle ait seulement eu quelque curiosité qui lui soit maintenant passée, je vous supplie et vous conjure de faire en aorte que aans lui déplaire je puisse être dispensé de ce voyage; et je serai toute ma vie, etc.
Vf^ 163.— ▲ MADAME ELISABETH,
PBIIf CESSE PALATINE, CtC.
( lettre ](LIf du tome L)
m atrU 1649.
Madame,
Il y a environ un mois que j^ai eu l'honneur d'écrire à votre altesse et de lui mander que favois reçu quelques lettres de Suède; je vtens d'en recevoir derechef par lesquelles je sdle convié, de la part de la reine, d'y faire un Toyag» à ce printemps, afin de pouvoir revenir avant l'hiver ; mais j'ai répondu de telle sorte que, bien que je ne refuse pas d'y aller, je crois néanmoins que je ne partirai point d'id que vers le milieu de l'été. J'ai demandé ce délai pour plusieurs oon* sidérations, et particulièrement afin que je paisse avoir l'honneur de recevoir les commandements de votre altesse avant que de partir. J'ai déjà si publiquement déclaré le zèle et la dévotion que j'ai à votre service, qu'on auroitplus desujetd'avoir mauvaise opinion de moi si op remarquolt que je fusse indifférent en ce qui vous touche que l'on n'aura si on voit que je recherche avec soin les occasions de m'aoquitter de mon devoir. Ainsi je supplie très humblement votre altesse de me faire tant de faveur que de m'instruire de tout ce en quoi elle jugera que je lui puis rendre serrice, a elle ou aux siens, et de s'assurer qu'elle a sur moi autant de pouvoir que si j'avois été toute ma vie son domestique. Je la supplie aussi de me foire savoir ce qu'il lui plaira que je réponde, s*fi arrive qu'on se souvienne des lettres de votre altesse touchant le souverain bien , dont j'avots fait mention l'an passé dans les miennes, et qu^on ait la curiosité de les voir. Je fais mon compte de passer l'hiver en ce pays-là et de n'en revenir que l'année prochaine; il est à croire que la paix sera pour lors en toute TAllemagne, et si mes désirs sont accomplis je prendrai au retour mon chemin par le lleuoà vous seras, afin de pouvoir plus particulièrement témoigner que je sais, etc.
àNNS6 1649.
(Lettre XLY du tome I. )
SiliilMO.
Moosleor»
La philosophie que J*étudle ne m*enseigDe point 1 rejeter Tusage des passions, et j*en ai d*au8si Tlolentes pour souhaiter le calme et la dissipation des orages de France qu*en sauroit avoir aucun de ceux qui y sont le plus engagés ; d*où vous jugerez, s*il vous plaît, combien est grande l'obligation que je vous ai d*avoir pris la peine de me faire part des bonnes nouvelles que vous avez eues de Saint-Germain; ma joie auroit été parfaite si je o'avois point lu dans les dernières gazettes que l'archiduc s*avance vers Paris, et qu'on Ta laissé passer comme ami jusques à Soissons. C^est porter les choses à une grande extrémité que d'attendre du secours de ceux dont on sait que le principal intérêt est de faire que notre mal dure. Je prie Dieu que la fortune de la France surmonte les efforts de tous ceux qui ont dessein de lui Duire. Pour la promenade à laauelle on m'a fait l'honneur de m'inviter, si elle étoit aussi courte que celle de votre logis jusques au bois de La fiay e, j*y serois bientôt résolu ; la longueur du chemin mérite bien qu'on prenne quelque temps pour délibérer avant que de l'entreprendre ; ainsi encore qu'il soit malaisé que je résiste à un commandement qui vient de si bon lieu, je ne croit pas néanmoins que je parte d'ici de plus de trois mois. Et je vous supplie de croire qu'en quelque lieu du monde que j'aille, je serai toujours avec un même zélé, etc.
N« 155.— A M.CQANDT.
(tettre XLTI du tome I.)
4 fttrfl 161».
MoBsieur»
On n'a point trouvé étrange qu'DIysse ait quitté les îles enchantées de Calypso et de Gircé, où 11 pouvoit jouir de toutes les voluptés imagi* nables^ et qu'il ait aussi méprisé le chant des si* rèoes» pour aller habiter un pays pierreux et in* fertile, d'autant que c'étoit le lien de sa naissance; mais j'avoue qu'un homme qui est né dans les jardins de la Touraine, et qui est maintenant en une terre où s'il n'y a pas tant de miel qu'en celle que Dieu avoit promise aux Israélites il est croyable qu'il y a plus de lait, ne peut pas si focllsmeiit se résoudre à la quitter pour aller vivre
au pays des ours» entre des radiers et des glaoss. Toutefois i cause que ce même pays est aussi habité par des hommes, et que la reine qui leur commande a toute" seule plus de savoiri plus d'intelligence et plus de raison que tous les doctes des cloîtres et des collèges que la fertilité d^ pays où j'ai vécu a produits, je me persuade qui» la beauté du lieu n'est pas nécessaire pour la sagesse, et que les bomsuss ne sont pas semblables aux arbres qu'on observe ne croître pas si bien lorsque la terre oà Ils Sont transplantés est plus maigre que celle où ils avoient été semés. Yoos direz que je ne vous rends ici que des imaginations et des fables pour les importantes et véritables nouvelles dont il vous a plu me faire part; mais ma solitude ne produit pas à présent de meilleurs fruits» et l'aise que j'ai de savoir que la France a évité le naufrage en une trèsgraBd0 tempête emporte tellement mon esprit que je na puis rien dire ici sérieusementi sinon que jasoii^ etQ<
tu 156. — AH. CHANUT.
(Lettre UYU du tome I.)
Si votre dernière lettre du 6 mars m'eût été rendue au temps que les messagers la dévoient apporter» je crois que j'aurois eu l'honneur di vous voir i Stockholm avant que vous enssiet reçu celleHii, mais ayant été retenue douie o« treize jours entre La Aaye et Alkmaar, Il est ar* rivé que M. l'amiral Fi.* a pris la peine de Tenir id avant qu'elle m'eût appris qui il étoit, en sorte que» bien qu'il ait usé de plus de civilités que je n'en méritois pour me oonvler i faire le voyage en sa compagnie» Il ne m'a pas semblé que cela me dût laire prendre une résolution contraire i ce que je vous avois écrit quelqMes jours auparavant, à savoir que j'attendroisThon^ neur de recevoir encore une fois de vos lettres avant que je partisse d'ici. Car j'apprenois seuls* ment de ses paroles que vous lui aviez écrit en ma faveur, ce que je ne considérois que oomme oi effet de votre amitié; et les offres qu'il me fiiisoit me sembloient n'être que des excès de sa eour< toisie, à cause que, ne sachant point qu'il est Tuo des amiraux de Suède, je ne voyois pas en quoi sa compagnie me pouvoit aider pour la sûreté et la commodité du voyage. Et je n'avois point assez de présomption pour m'imagtner qu'une reine qui a tant de grandes choses à Cilre» et qnl m^
reo
œRRESPOHDANCE.
ploie §i dignement tons les moments de sa yle, eût Toolu a^oir la bonté de Yoas charger de me recommander à lui de sa part. Je me tiens si obligé de cette faveur que je vous puis assurer qa*i! n'y aura rien qui me retienne, sitôt que j'anni eo de vos lettres, et que j*ai un extrAme désir de Toos aller dire que je suis, etc.
PBlflCESSB PAI.ATI9IB, OtC.
(LettieXIiYm du tome I. )
Madame,
Puisque votre altesse désire savoir quelle est ma résolution touchant le voyage de Suède, je lui dirai que je persiste dans le dessein d'y alier, en cas que la reine continue à témoigner qu'elle veut que j'y aille, et M. Chanut notre R. ^ en ce pays-là, étant passé ici il y a huit jours pour aller en France, m'a parlé si avantageusement . de cette merveilleuse reine que le chemin ne me •emble plus si long ni si ficheux qu'il faisolt auparavant; mais je ne partirai point que je n'aie reçu encore une fois des nouvelles de ce pays-là, et je tâcherai d'attendre le retour de M. Chanut pour faire le voyage avec lui, pource que j'espère qu'on le renverra en Suède. Au reste, je m'estimerois extrêmement heureux si, lorsque j'y serai, j'étois capable de rendre quelque service à votre altesse. Je ne manquerai pas d'en rechercher avec soin les occasions et ne craindrai point d'écrire ouvertement tout ce que j'aurai fait ou pensé sur ce sujet, à cause que ne pouvant avoir aucune intention qui soit préjudidable à ceux pour qui je serai obligé d'avoir du respect, et tenant pour maxime que les voies justes et honnêtes sont les plus utiles et les plus sûres, encore que les lettres que j'écrirai fussent vues, j'espère qu'elles ne pourront être mal interprétées ni tomber entre les mains de personnes qui soient si Injustes que de trouver mauvais que je m'acquitte de mon devoir, et fosse profession ouverte d'être, etc.
N' 158. — A M. FREINSHEMIUS».
(Lettre XLIX du tome I.)
Monsieur,
Entre les excellentes qualités de M. Chanut, celle qui me semble mériter le plus d'amitié est
(i) «cRésideDt)»
(2) «PHI datée; mais on y Toit qQ*eDe est poecérieorc A
qu'il a soin de foire que tous ceux qu'il aime soient aussi amis les uns des autres. Et outre qu'il m'a assuré en passant ici qu'il vous a déjà inspiré quelque bonne volonté pour moi, il m'a si bien décrit votre vertu et votre franchise que je ne laisserois pas d'être entièrement à vous, encore que je n'espérasse aucune part en votre affection. Ainsi, monsieur, je me promets que vous ne trouverez pas étrange que je m'adresse librement à vous en son absence, et que je vous supplie de me délivrer d'un scrupule qui vient de l'extrême désir que j'ai d'obéir ponctuellement à la reine votre maltresse, touchant la grâce qu'elle m'a foite d'agréer que j'aie Thonneur de lui aller faire la révérence à Stocldiolm. M. Chanut vous sera témohi qu'avant qu'il fût arrivé ici j'avois préparé mon petit équipage, et tâché de vaincre toutes les difficultés qui se présentent à un homme de ma sorte et de mon âge lorsqu'il doit quitter sa demeure ordinaire pour s'engager à un si long chemin. Mais nonobstant qu'il m'ait trouvé ainsi disposé à partir, et que j'ai trouvé aussi qu'il étoit disposé à user de toutes sortes de raisons pour me persuader ce voyage en cas que je n'y eusse pas été résolu, toutefois pource qu'il ne m'a point dit qu'il eût aucun ordre de sa majesté pour me commander de me hâter, et que l'été est encore long, je lui ai proposé une difficulté dont II a trouvé bon que je vous priasse de m'édaircir ; c'est que n'ayant pu me préparer à ce voyage sans que plusieurs aient su que j'avois intention de le faire, et qu'ayant quantité d'ennemis, non point, grâce à Dieu, à cause de ma personne, mais en qualité d'auteur d'une nouvelle philosophie, je ne doute point que quelques-uns n'aient écrit en Suède pour tâdier de m'y décrier. Il est vrai que je ne crains pas que les calomnies aient aucun pouvoir sur l'esprit de sa majesté, pource que je sais qu'elle est très sage et très clairvoyante ; mais à cause que les souverains ont grand intérêt d'éviter jusqu'aux moindres occasions que leurs sujets peuvent prendre pour désapprouver leurs actions, je serois extrêmement marri que ma présence servit de sujet à la médisance de ceux qui pourroient avoir envie de dire qu'elle est trop assidue à l'étude, ou bien qu'elle reçoit anpr&i de soi des personnes d'une autre religion, ou choses semblables ; et bien que je désire extrêmement l'honneur de m'aller offrir à sa mi^esté, je souhalte plutêt de mourir dans le voyage que d'arriver là pour servir de prétexte à des discours qui lui pussent être tant soit peu préjudiciables. C'est pourquoi, monsieur, «je vous supplie, non point de parler de ceci à sa majesté, mais de pren -
rarrivée de M. Chanut eo noDaode : aoMi je la fixe aa lo joio 1049. )» (Noie de reiemplaire de riosUtut.)
dre la peine de me mander, sur ce que tous jugerez de ses inclinations et de la conjoncture des temps, ce qu'il est i propos que je fasse, et je ne manquerai pas d*y obéir exactement, soit que TOUS ordonniez que j'attende le retour de M. de Clianut (car, quoi qu'il puisse dire, je ne crois pas qu'il ait laissé là madame sa femme, afin qu'elle retourne en France toute seule), soit que tous aimiez mieux que je me mette en chemin aussitôt •près que j'aurai eu de tos nouTelles. Je tous demande encore une autre grftce ; c'est qu'ayant été importuné par un ami de lui donner le petit Traité des Passions que j'ai eu l'honneur d'offrir ci-deTant à sa majesté, et sachant qu'il a dessein de le faire imprimer aTec une préface de sa façon, je n'ai encore osé lui euToyer, pource que je ne sais si sa majesté trouTera bon que ce qui lui a été présenté en particulier soit rendu pul)lic, même sans lui être dédié. Mais pource que ce traité est trop petit pour mériter de porter le nom d'une si grande princesse, à laquelle je pourrai offrir quelque jour un ouTrage plus important si cette sorte d*hommage ne lui déplaît point, j^ai pensé que peut-être elle n'aura point désagréaJ)Ie que j'accorde à cet ami ce qu'il m'a demandé ; et c'est ce que je tous supplie très humblement de m'apprendre, car le principal de tous mes soins est de tâcher de lui obéir et de lui plaire. Au reste, afin que tous sachiez comment je me gouTerne aTec ceux auxquels je me donne, je tous dirai id que je prétends que tous m'aTez de l'obligation de ce que je souffre que tos offices préTien. dront les miens, et que je suis, etc.
N« 159. — A M.CLERSELIER.
( Lettre CXIX du tome I.)
15 avril 16481
Monsieur,
Je ne m'étendrai point ici à tous remercier de tous les soins et des précautions dont il tous a pin user afin que les lettres que j'ai eu l'honneur de receTOir du pays du Nord ne manquassent pas de tomber entre mes mains ; car je tous suis d'ailleurs si acquis et j'ai tant d'autres preuTes de TOtre amitié, que cela ne m'est pas nouTeau. Je TOUS dirai seulement qu'il ne s'en est égaré aucune, et que je me résous au Toyage auquel j'ai été oouTié par les dernières, bien que j'y aie eu d'abord plus de répugnance que tous ne pourriez peut-être imaginer. Celui que j'ai fait à Paris l'été passé m'aToit rebuté ; et je tous puis assurer que l'estime extraordinaire que je fais de M. Cha-
nut, et l'assurance que j'ai de son amitié, ne sont pas les moins principales raisons qui m'ont fait résoudre.
Pour le Traité des Passions, je n'espère pas qu'il soit imprimé qu'après que je serai en Suède, car j'ai été négligent à le roToir et y ajouter les choses que TOUS aTez jugé y manquer, lesquelles l'augmenteront d'un tiers; car il contiendra trois parties, dont la première sera des passions eo général, etparocôision de la nature del'àme, etc., la seconde des six passions primltiTOS, et la trot* sième de toutes les autres.
Pour ce qui est des difficultés qu'il tous a pla me proposer, je réponds à la première qu'ayant dessein de tirer une preuTe de l'existence de Dieu de l'idée ou de la pensée que nous aTons de lui* j'ai cru être obligé de distinguer, premièrement, toutes nos pensées en certains genres pour remarquer lesquelles ce sontquipeuTenttromper,et en montrant que les chimères même n'ont point en elles de fausseté , préTenir l'opinion de ceux qui pourroient rejeter mon raisonnement, sur os qu'ils mettent l'idée qu'on a de Dieu au nombre des chimères. J'ai dû aussi distinguer entre les idées qui sont nées aTec nous et celles qui Tiennent d'ailleurs ou sont faites par nous, pour pré- Tenir l'opinion de ceux qui poUrrolent dire que l'idée de Dieu est faite par nous ou acquise par ce que nous en aTons oui dire. De plus j'ai insisté sur le peu de certitude que nous aTons de ce que nous persuadent toutes les idées que nous pensons Tenir d'ailleurs, pour montrer qu'il n'y en a au* cune qui fasse rien connoltre de si certain que celle que nous aTons de Dieu. Enfin je n'aTois pu dire qu'il se présente encore une autre vote, etc., si je n'aTois auparaTant rejeté toutes les autres, et par ce moyen préparé les lecteurs à mieux conceToir ce que j'aTOis à écrire.
2. Je réponds à la seconde qu'il me semble Toir très clairement qu'il ne peut y aTOir de progrès i rinfini au regard des idées qui sont en moi, i cause que je me sens fini, et qu'au lieu où j'ai écrit cela, je n'admets en moi rien de plus que ce que je conools y être ; mais quand je n'ose par après nier le progrès à l'infini, c'est au regard des CBUTres de Dieu, lequel je sais être Infini, et par conséquent que ce n'est pas à moi à prescrire aucune fin à ses ouTrages.
3. A ces mots substantiam, duralionem^ immerum, etc. , j'aurols pu ajouter i?mlalem, per* fectUmemj ordinemy et plusieurs autres dont le nombre n'est pas aisé à définir ; et on peut di»» puter de toutes, si elles dolTont être distinguées on non des premières que j'ai nommées , car «erUas non distioguitur à re verd, sive substaniid, nec perfeciio à re perfectà^ etc. ; c'est
CORRESPONDANCE
pourquoi je me 'sais contenté de mettre, et êi çuœ alia rint ejusmoâù
4. Perin/initam substanHamJnielligoBuhi' iantiam perfectUmeê vera$ et reaies actu infinitaê et immenêoê kabentem. Quod non est àccidens noHoni subsiantiœ super addittm, sei ipsa essentia eubstantiœ absoluti sumptœ, nuU Usque defeetibw terminâtes, qui defectûs ra- Hone eubstantiœ eu^ddentia sunt , non auiem infinitas, vel infinîtudo. Et il faut remarquer que Je ne me sers jamais du mot d'tn/tm pour st" gniflef seulement n'a^^oir point de fin, ce qui est négatif, et à quoi j'ai applique le mot dHndé/ini, mais pour signifier une chose réelle qui est in- «oroparâblement plus grande que toutes celles qui ^nt quelque fln.
5. Or, Je dis que la notion que J*ai de Vin/lni est en moi avant celle du fini; pource que de eela seul que Je conçois l'être ou ce qui est^ sans penser B*il est fini ou infiui, c*est l*étre infini que Je conçois ; mais afin que je puisse concevoir un Atre /Ini, il faut que je retranche quelque chose de cette notion générale de Fétre, laquelle par eoQséquent doit précéder.
6. Est, inquam, hâse Heasummèvera, etc. La térité consiste en Vitre, et la fkusseté au nonêtre seulement ; en sorte que Tldée de rinflul, «omprenant tout Tétre, comprend tout ce qu'il Jf a de vrai dans les choses et ne peut avoir en sol rien de bui, encore que d'ailleurs on veuille •ttppôser qu'il n^est pas vrai que cet être infini «Liste.
7. Et suffleit me hoe ipsum inteUigere. Nempè iufficit me intelligere hoc ipsum quod Deus à me non comprehendatur ut Deum juxtà rel ▼eritatem et qualisest Intelligam, mod& prasterei judicem omnes in eo esse perfectiones quas clarè intelligo, et insuper multô plures , quas comprehendere non possum.
8. Quantàm ad parentes, ut omnia vera eint, etc. Cest-à-dire, encore que tout ce que lions avons coutume de croire d'eut soit peutêtre vrai, à savoir qu'ils ont engendré nos corps. Je ne puis pas toutefois imaginer qu'ils m'aient Mt, en tant que je ne me considère que comme ttne chose qui pense, à cause que Je ne vois aucun rapport entre l'action corporelle par laquelle J*ai coutume de croire quils m'ont engendré , et la production d'une substance qui pense.
Omnem fraudem à defectu pendere mihi est htmine naturali manifestum; quia ens in qu/O nuUa est imper feciio non potest tendere in non ene, toe est pro fine et instituto suo habere non ens, sive non bonum sive non i)erum: hœe ifiifH Ma idem eunt. In omni auiem fraude flMtêUm memifestum est falsitatemque
esse ali^id non verum, et ex eonseçueniinm ens, et non bonum. Eicusez si j*ai entrelardé cette lettre de latin ; le peu de loisir que f ai en récrivant ne me permet pas de penser aux paroles, et J'ai seulement désir de voos assurer qos Je suis, etc.
W Î60.^AM.D? CARCAVI.
(Lettre LXXYII da tome m.)
Monsieury
Je vous suis tris obligé de la peine que toq avez prise de m'écrlre le succès de i'eipérieooede M. Pascal, touchant le vif-argent, qui monte môiai haut dans un tuyau qui est sur une montagne que dans celui qui est dans un lieu plus bas ; j'avots quelque intérêt de la savoir, à cause que c'est moi qui l^avois priéy il y a deux ans, de la vouloir faire, et je l'avois assuré du succès, comme étant entièrement conformée mes principes ; sans quoi il n'eût eu garde d'y penser , à cause qa*ll étolt d'opinion contraire. Et pource qu'il m*acl-t]evant envoyé un petit imprimé où il décrivoit ses premières expériences touchant le vide et promettott de réfuter ma manière subtile, si vous le voyct, je serois bien aise qu'il sût que j'attends encore cette réfutation , et que je la recevrai en très bonne part comme J'ai toujours reçu les objecUons qui m'ont été faites sans calomnie. Si on m'envole celles que vous me faites espérer du père Magnan, je ne manquerai pas d'y faire la réponse que je jugerai être convenable. •••
PRINCESSE PALAHIfE, CtC
( Lettre L du tome L )
s octobre 1649. Stodiliolni.
étant arrivé depuis quatre oq cinq jours i Stockholm, Tune des premières choses que j'estime appartenir à mon devoir est de renouvela les offres de mon très humble service à votre altesse, afin qu'elle puisse connottre que le changement d'air et de pays ne peut rien changer ni diminuer de ma dévotion et de mon zèle. Je n'ai encore eu l'honneur de voir la reine que deux fois, mais il me semble la connoître déjà assez pour oser dire qu'elle n'a pas moins de mérite et plus de vertu que la renommée lui en attribue.