‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 46 sur 306 · OBJECTION T · texte numérisé non relu

OBJECTION T

8UB LA TBOISlioiB MÉniTATION.

M mm.

i «Quelques-unes d'entre elles (à savoir d'entre les pensées des hommes) sont oomme les Image! de dioses auxquelles seules convient proprement le nom d'idée, <tomme lorsque je pense 4 un homme, i une chinière, au eiel t à un ange« M k Dieu. »

Lorsque je pense à un homme , je me repré«* sente une idée ou une image composée de eou«« leur et de figure, de laquelle je puis douter si elle a la ressemblance d'un homme ou si elle ne l'a pas. Il en est de même lorsque je pense au ciel. Lorsque je pense à une chimira, je me représente une idée ou une image de laquelle je puis doutet si elle est le portrait de quelque animal qui n'existe point, mais qui puisse être, ou qui ait été autrefois, ou bien qui n'ait jamais été. Et lorsque quelqu'un pense à un ange, quelquefois l'image d'une flamme se présente à son esprit , et quelquefois celle d'un jeune enfant qui a des ailes, de laquelle je pense pouvoir dire avec eertituds qu'elle n'a point la ressemblance d'un ange , et partant qu'elle n'est point l'idée d'un ange ; maisi croyant qu'il y a des créatures invisibles et immatérielles qui sont les ministres de Dieu, nous donnons a une diose que nous croyons ou supposons le nom d'ange, quoique néanmoins l'idée sous laquelle j'Imagine un ange soit composée des idées des choses visibles.

Il en est de même du nom vénérable de Dieu , de qui nous n'avons aucune image ou idée; c^est pourquoi on nous défend de l'adorer sous une image, de peur qu'il ne nous semble que nous concevions celui qui est inconcevable.

Nous n'avons donc point en nous ce semble aucune idée de Dieu ; mais tout ainsi qu'un aveugle-né qui s'est plusieurs fois approché du feu et qui en a senti la chaleur reoonnoit qu'il y a quelque chose par quoi il a été échauffé, et, entendant dire que cela s'appelle du feu, conclut qu'il y a du feu, et néanmoins n'en connoit pu la figure ni la

fO TovM MédHatk» m,p«BS n»

TROISIÈMES OBJECTIONS

oooleur, et n'a, à vrai dire, ancone Idée oa image du fea qai se présente à son esprit.

De même, i*liomme, voyant qu'il doit y avoir quelque cause de ses images ou de ses idées, et de oette cause une autre première, et ainsi de suite, est enfin conduit à une fin ou à une supposition de quelque cause étemelle, qui, pource qu'elle n'a jamais commencé d'être, ne peut avoir de cause qui la précède, ce qui fait qu'il conclut nécessairement qu'il y a un Être éternel qui existe ; et néanmoins il n'a point d'idée qu'il puisse dire être celle de cet Être éternel , mais il nomme ou appelle du nom de Dieu cette chose que la foi ou sa raison lui persuade.

Maintenant, d'autant que de cette supposition, à savoir que nous avons en nous l'idée de Dieu , M. Descartes vient à la preuve de cette proposition, que Dieu (c'est-à-dire un Être tout-puissaot, très sage, créateur de l'univers, etc.) existe^ il a dû mieux expliquer cette idée de Dieu, et de là en conclure non-seulement son existence, mais aussi la création du monde.

RÉPONSE

Par le nom d'idée, il veut seulement qu'on entende ici les images des choses matérielles dépeintes en la fantaisie corporelle ; et cela étant supposé, il lui est aisé de montrer qu'on ne peut avoir aucune propre et véritable idée de Dieu ni d'un ange; mais j'ai souvent averti, et principalement en ce lieu-là même, que je prends le nom d'idée pour tout ce qui est conçu immédiatement par l'esprit ; en sorte que, lorsque je veux et que je crains, parce que je conçois en même temps que je veux et que je crains, ce vouloir et cette crainte sont mis par moi au nombre des idées; et }e me suis servi de ce mot parce qu'il étoit déjà communément reçu par les philosophes pour signifier les formes des conceptions de l'entendement divin, encore que nous ne reconnoissions en Dieu aucune fkntaisie ou imagination corporelle, et je n'en savois point de plus propre. Et je pense avoir assez expliqué l'idée de Dieu pour ceux qui veulent concevoir le sens que je donne à mes paroles; mais pour ceux qui s'attachent à les entendre autrement que je ne fais, je ne le pourrois jamais assez. Enfin, ce qu'il ajoute ici de la création du monde est tout-à-fait hors de propos ; car j'ai prouvé que Dieu existe avant que d'examiner s'il y avoit un monde créé par lui, et de cela seul que Dieu, c'est-à-dire un Être souverainement puissant , existe, il suit que, s'il y a un monde, il doit avoir été créé par lui.

OBJECTION Vl«

SUR LA TBOISIÈMB MÉDIT ATIOM.

* « Mais il y en a d'autres (à savoir d'autres pensées) qui contiennent de plus d'autres formes: par exemple, lorsque je veux, que je crains, que j'affirme, que je nie, je conçois bien à la Térité toujours quelque chose comme le sujet de l'action de mon esprit, mais j'ajoute aussi quelque autre chose par oette action à l'idée que j'ai de cette chose-là; et de ce genre de pensées, les unes sont appelées volontés ou affections, et les autres jugements. »

Lorsque quelqu'un veut ou craint, il a bien i la vérité l'image de la chose qu'il craint et de l'action qu'il veut ; mais qu'est-ce que celui qui veut ou qui craint embrasse de plus par sa pensée, cela n'est pas ici expliqué. Et quoique à le bien prendre la crainte soit une pensée, je ne Tois pas comment elle peut être autre que la pensée ou l'idée de la chose que l'on craint. Car qu'estce autre chose que la crainte d'un lion qui s'avance vers nous, sinon l'idée de ce lion, et TefTet, qu'une telle idée engendre dans le cœur, par lequel celui qui craint est porté à ce mouvement animal que nous appelons fuite. Maïutenant, ce mouvement de fîiite n'est pas une pensée ; et par tant il reste que dans la crainte il n'y a point d'autre pensée que celle qui consiste en la ressemblance de la chose que l'on craint : le même u peut dire aussi de la volonté.

De plus l'affirmation et la négation ne se foni point sans parole et sans noms, d'où vient que le! bêtes ne peuvent rien affirmer ni nier, non pa| même par la pensée, et partant ne peuvent ausâ faire aucun jugement ; et néanmoins la peusél peut être semblable dans un homme et dans uni bête. Car, quand nous affirmons qu'un hommi court, nous n'avons point d'autre pensée qui celle qu'a un chien qui voit courir son maître, é partant l'affirmation et la négation n'ajoutefl rien aux simples pensées, si ce n'est peut-être li pensée que les noms dont l'affirmation est corn posée sont les noms de la chose même qui est ei l'esprit de celui qui affirme; et cela n'est riei autre chose que comprendre par la pensée 1 ressemblance de la chose, mais cette ressemblaoc deux fois.

RÉPONSE

Il est de soi très évident que c'est autre dïOA de voir un lion et ensemble de le craindre, qU de le voir seulement; et tout de même que c'ei

(I) Voyez Méditation m,|Kig« IS.

FAnZS PAR M. HOBBES.

«fre choie de Toir un homme qui court que fisBarer qu'on le voit. Et je ne remarque rien iei qui ait besoin de réponse ou d'explication.

OBJECTION VIP

SUl LA TBOISIÈME Ml&OITATION.

t « H 06 reste seulement à examiner de quelle foçoo j'ai aoqois cette idée, car je ne l'ai point re« çoe par les sens, et jamais elle ne s'est offerte à Doî contre mon attente, comme font d'ordinaire les idées des choses sensibles , lorsque ces choses » présentent aux organes extérieurs de mes sens, OQ qu'elles semblent s'y présenter. Elle n'est pas iBsi nne pure production ou fiction de mon esprit, car U n'est pas en mon pouvoir d'y dimi- Boer oi d'y ajouter aucune chose ; et partant il ne reste plus autre diose à dire, sinon que, comme ridée de moi-même, elle est née et produite ayec Doi dès lors que j'ai été créé. »

S11 n'y a point d'idée de Dieu (or on ne prouve point qu'il y en ait ) , comme il semble qu'il n'y en t point, tonte cette recherche est inutile. De pliu, lldée de moi-même me vient, si on regarde ^ corps, prbdpalement de la vue ; si l'âme, nous n'en avons aucune idée : mais la raison nous Ut conclure qu'il y a quelque chose de renfermé <biis le corps humain qui lui donne le mouveflieat animal, qui fait qu'il sent et se meut; et «la, quoi que ce soit , sans aucune idée, nous rappelons âme.

RÉPONSE

SU y a une idée de Dieu (comme il est manlto qu'il y en a une), toute cette objection est Koversée; et lorsqu'on ajoute que nous n'avons point d*idée de l'âme, mais qu'elle se conçoit par oraison, c'est de même que si on disoit qu'on B'^ a point d'image dépeinte en la fantaisie, mais 9i*on en a néanmoins cette notion que jusqu'ici fii appelée du nom d'idée.

OBJECTION VHP

SUB LA TROISIÈME llioiTATION.

'•Hais l'autre idée du soleil est prise des rai- •* de l'astronomie, c'est-à-dire de certaines >Ations qui sont naturellement en moi. »

0 semble qu'il ne puisse y avoir en même temps fi'ane idée du soleil, soit qu'il soit vu par les H^Xf soit qu'il soit conçu par le raisonnement ve pioaîettrs fois plus grand qu'il ne paroit à la

»VoieiHédltatkMim,piigem

DUCAITXS.

vue; car cette dernière n*est pas Tidée du soleil, mais une conséquence de notre raisonnement, qui nous apprend que l'idée du soleil seroit plusieurs fois plus grande s'il étoit regardé de beaucoup plus près, n est vrai qu'en divers temps il peut y avoir diverses idées du soleil, comme si en un temps il est regardé seulement avec les yeux, et en un autre avec une lunette d'approche; mais les raisons de l'astronomie ne rendent point l'idée du soleil plus grande ou plus petite ; seulement elles nous enseignent que l'idée sensible du soleil est trompeuse.

RÉPONSE

Je réponds derechef que ce qui est dit ici n'être point l'idée du soleil, et qui néanmoins est décrit, c'est cela même que j'appelle du nom d'idée. Et pendant que ce philosophe ne veut pas convenir avec moi de la signification des mots, il ne me peut rien objecter qui ne soit frivole.

Page 1