‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 55 sur 306 · OB DIEU · texte numérisé non relu

OB DIEU

iuequ'id j'ai tâché de résoudre les arguments qui m'ont été proposés par M. Arnauld, et me suis mis ea devoir de soutenir tous ses eflbrto; mais désormais, imitant ceux qui ont affaire à un trop fert advanaire, je tâcherai plulflt d'évllsr les oouia que de m'exposer directement à leur tIo-

n traite seulement de tn^Is choses dans ostte partie qui peuvent facilement être accordées sdon qu'il les entend, mais je les prenols en un aiitr^ sens lorsque je las ai écrites, leqiiel sens me sem bie aussi pouvoir être reçu comme véritable.

La première est que qu$lque$ idie$$m$ maU^ . riellmefU fauêseê *; c'est-à-dire, selon mon sens, qu'elles sont telles qu'elles donnent au jugement matière ou occasion d'erreur ; mais lui, considérant les idées prises formellement, soutient qu'il n'y a en elles aucune fausseté.

La seconde, que Dieu est par soi poeUkemeni et comfnepar une came, ou j'ai seulement fouhi dire que la raison pour laquelle Dieu n'a besoin d'aucune cause efficiente pour exister est fondée en une chose positive, i savoir dans l'immendlé même de Dieu, qui est la chose la plus positive qui puisse être; mais lui, prenant la chose an^ tremeot, prouve que Dieu n'est point produit par soi-même, et qu'il n'est point conservé par une action positive de la cause efficiente, de quel Je demeure aussi d'accord.

Enfio» la troisième est qu'i} ne peut y awÀt fUn dam notre esprit dont nous n'ayons eosh noissance^ ce que j'ai entendu des opérations, pt lui le nie des puissances.

Mais je tâdierai d'expliquer tout eed plus aU long. Et premièrement ou il dit que • d le froid est seulement une privation, il ne peut j arolr d'idée qui me le représente comme une chose pesitives, n il est manifeste qu'il parle de l'idée prise formellement. Car, ppisque les idées même ne sont rien que des formes, et qu'elles ne sont point composées de matière, toutes et quantes fois qu'elles sont considérées en tant qu'elles représentent quelque chose, elles ne sont pas prises matériellement, mais formellement; que si on les conddéroit non pas en tant qu'elles représentent une chose ou une autre, mais seulement comme étant des opérations de l'entendement, on pourroit bien à la vérité dire qu'elles serolent prises matéridlemeut, mais alors elles ne se rapporteroient point du tout à la vérité ni à la fausseté des objets. C'est pourquoi je ne pense pas qu'elles puissent être dites matériellement fausses en un autre sens qoe odui que j'ai déjà expliqué ; c'est a savoir, soit que le froid soit une chose positive, soit qu'il soit une privation, je n'ai pas pour cda une autre idée de lui, mais elle demeure en moi Ja même que J'ai toujours eue; laquelle je dis me donner matière ou occadon d'erreur, s'il est vrai que le froid soit une privation et qu'il n'dt pas autant de réalUé que la chaleur, d'autant que venant i conddérar l'une et l'autre de ces idées, sdon que Je les ai

(OVoyeiqttalridBies 0(i)ectioiii« psse ISB. tDIMit

RÉPONSES DE DESCARTES

reçues des sens, je ne puis reconnoître quil y ait plus de réalité qui me soit représentée par l'une que par Tautre.

Et certes je n'ai pas confondu le jugement avec Vidée; car j'ai dit qu'en celle-ci se rencoutroit une fausseté matérielle; mais dans le jugement il ne peut y en avoir d'autrequ'une formelle. Et quand il dit que « l'idée du froid est le froid même, en tant qu'il est objectivement dans l'entendement, n je pense qu'il fout user de distinction ; car il arrive souvent dans les idées obscures et confuses, entre lesquelles celles du froid et de la chaleur doivent être mises, qu'elles se rapportent à d'autres choses qu'à celles dont elles sont véritablement les idées. Ainsi, si le froid est seulement une privation, l'Idée du froid n'est pas le froid même en tapt qu'il est objectivement dans l'entendement, mais quelque autre chose qui est prise faussement pour cette privation , savoir est, un certain sentiment qui n'a aucun être hors de l'entendement.

Il n'en est pas de même de l'idée de Dieu, au moins de celle qui est claire et distincte, parce qu'on ne peut pas dire qu'elle se rapporte à quelque chose à quoi elle ne soit pas conforme.

Quant aux idées confuses des dieux qui sont forgées par les idolâtres, je ne vois pas pourquoi elles ne pourroient point aussi être dites matériellement fausses, en tant qu'elles servent de matière à leurs faux jugements. Combien qu'à dire vrai celles qui ne donnent pour ainsi dire au jugement aucune occasion d'erreur, ou qui la donnent fort légère, ne doivent pas avec tant de raison être dites matériellement fausses que celles qui la donnent fort grande ; or il est aisé de faire voir, par plusieurs exemples, qu'il y en a qui donnent une bien plus grande occasion d'erreur les unes que les autres. Car elle n'est pas si grande en ces idées confuses que notre esprit invente lui-même, telles que sont celles des faux dieux, qu'en celles qui nous sont offertes confusément par les sens, comme sont les idées du froid et de la chaleur, s'il est vrai, comme j'ai dit, qu'elles ne représentent rien de réel. Mais la plus grande de toutes est dans €68 idées qui naissent de l'appétit sensitif. Par 'exemple, l'idée de la soif dans un hydropique ne lui est-elle pas en effet occasion d'erreur, lorsqu'elle lui donne sujet de croire que le boire lui sera profitable, qui toutefois lui doit être nuisible?

Mais M. Arnauld demande ce que cette Idée du froid me. représente, laquelle j'ai dit être matériellement fausse; « car, dit-il, si elle représente une privation, donc elle est vraie; si un être positif, donc elfe n'est pas Tidée du froid ; *» ce que je lui accorde ; mais je ne l'appelle fausse que

parce que, étant obscure et confuse. Je ne pub discerner si elle me représente quelque dbfom qui, hors de mon sentiment, soit positive oa noo ; c'est pourquoi j'ai occasion de juger que c^eiC quelque chose de positif , quoique peut-être ce ne soit qu'une simple privation. Et partant il n» fiiut pas demander « quelle est la cause de oeC être positif objectif qui, selon mon opinion, lait qae cette idée est matériellement fausse ; » d*aataiit que je ne dis pas qu'elle soit foite matéridleiiieiiC fausse par quelque être positif, mais par la seule dïscurité, laquelle néanmoins a pour sujet et kmdément un être positif, à savoir le sentimoit même. Et de vrai cet être positif est en moi eo tant que je suis une chose vraie ; mais i'obscorilé, laquelle seule me donne occasion de Juger qae l'idée de ce sentiment représente qudque ol^ hors de moi qu'on appelle froid, n'a point de cause réelle, mais elle vient seulement de ce que ma nature n'est pas entièrement par&ite. Et cda ne renverse en façon quelconque mesfondements. Mais ce que j'aurois le plus à craindre seroit que, ne m'étant jamais beaucoup arrêté à lire les livres des philosophes, je n'aurols peut-être pas suivi assez exactement leur façon de parler, lorsque j'ai dit que ces idées qui donnent au jugement matière ou occasion d'erreur étoient maiérieUemeni faussée^ si je ne trouvois que ce mot nuUérielk' ment est pris en la même signification par le pre- , mier auteur qui m'est tombé par hasard entre les mains pour m'en éclaircir ; c'est Suares, en la Dispute IX, sect. ii, n<> 4.

Mais passons aux choses que M. Arnauld désapprouve le plus S et qui toutefois me semblent ^ mériter le moins sa censure ; c'est à savoir où j'ai dit « qu'il nous étoit loisible de penser que Dieu fait en quelque façon la même chose à l'égard de | soi-même que la cause efficiente à l'égard de son effet. » Car, par cela même, j'ai nié ce qui loi semble un peu hardi et n'être pas véritable, i j savoir que Dieu soit hi cause efficiente de soimême ; parce qu'en disant qu'ti faU en quel^ façon la même chœe , j'ai montré que je ne ! croyois pas que ce fût entièrement la même ; et en mettant devant ces paroles : il nous est ioui- j à-fait loisible de penser, j'ai donné à connohre que je n'expliquois ainsi ces choses qu'à cause de rimperfectlon de l'esprit humain. |

Mais, qui plus est, dans tout le reste de mes écrits, j'ai toujours fait la même distinction ; car dès le commencement , ou j'ai dit* « qu'il n'y a aucune chose dont on ne puisse rechercha la cause efficiente, » j'ai jyouté : « oo, si elle n'en a point, demander pourquoi eilen*enapasbesoin;«

(I) Voyez qnatiièiiies ObJecUoos, puge iSS. (i)Répoo8efaax premiereiOiiiiêBiiODi^paseiM.

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