AUX OBJECTIONS DE M. ARKAULD
lBiq«Oâsp»rolês témoignent assez que j'ai pensé pqudqne diose existoit qui n*a pas besoin de ODseeffieieDte. Or, quellechosepeut être telle, ex- KpléDieo? Et même un peu après j*ai dit « qu*il jaToitenDîeu une si grande et si inépuisable inilssaBœ,qa'iI n*a jamais eu besoin d'aucun secours ^exister et qu'il n'en a pas encore besoin pooritre conservé, en telle sorte qu'il est en qveifoeÂçon la cause de soi-même. •> La où ces parÉi: b cause de soi-même^ ne peuvent en kaçDelooDque être entendues de la cause effldntp, mais seulement que cette puissance inéjuabie qni est en Dieu est la cause ou la raison ]nof lagnelle il n'a pas besoin de cause. Et d'auiutqQe cette puissance Inépuisable ou cette imffiBiti d'essence est tris positive, pour cela j'ai ditgoelacaase ou la raison pour laquelle Bleu l'a pas besoin de cause est positive. Ce qui ne se pnrroit dire en même façon d'aucune chose finie, ®ore qu'elle fût très paifaite en son genre. Car aoQdJsoitqn'une chose finie fût par 50Î, cela ne pcvroit être entendu que d'une façon négative, ii'satffit qu'il seroit impossible d'apporter aucune nisoDqui fût tirée de la nature positive de cette àm pour laquelle nous dussions concevoir ^'eDe n'auroit pas besoin de cause efficiente. EtaiDsi en tous les autres endroits j'ai telle- Dent comparé la cause formelle, ou la raison prise de l'essence de Dieu, qui fait qu'il n'a pas besoin ifecaose pour exister ni pour être conservé, avec iicaose efficiente, sans laquelle les choses finies ttpeoTeQt exister, que partout il est aisé de ^itre de mes propres termes qu'elle est tout- »^*t différente de la cause efficiente.
B il ne se trouvera point d'endroit où j'aie dit ^Bieu se conserve par une influence positive , ^ que les choses créées sont conservées par lô; mais bien seulement ai-je dit que l'immen- ^^ la puissance ou de son essence, qui est la ^ pourquoi il n'a pas besoin de conservateur, s^Doechosejwnttrc.
B partant je puis facilement admettre tont ce ^M. Aruauld apporte pour prouver que Dieu B est pas la cause dficiente de soi-même, et qu'il ^ se conserve pas par aucune influence positive <i<il)i6Dpar une continuelle reproduction de soi- ^1 qui est tout ce que l'on peut inférer de ses %is.
^il ne niera pas aussi, comme j'espère, que ^ immensité de puissance qui fait que Dieu '^ pas besoin de cause pour exister est en lui ^ chose ponltve, et que dans toutes les autres ^on ne peut rien concevoir de semblable l^it jxmtt/', à raison de quoi elles n'aient pas 5^^ de cause efficiente pour exister ; ce que ^^ tealement voulu signifier lorsque j'ai dit
qu'aucune diose ne pouvoit être conçue exister par soi que négativement^ hormis Dieu seul ; et je n'ai pas eu besoin de rien avancer davantage pour répondre i la difficulté qui m'étoit proposée. Mais d'autant que M. Arnauld m'avertit ici si sérieusement « qu'il y aura peu de théologiens qui ne s'offensent de cette proposition» i savoir que Dieu est par soi potitivement et comme par une cause, » je dirai ici la raison pourquoi cette façon de parler est à mon avis, uon-seulement très utile en cette question, mais même nécessaire et fort éloignée de tout ce qui poarrolt donner lieu ou occasion de s'en ofienser.
Je sais que nos théologiens, traitant des choses divines, ne se servent point du nom de came lorsqu'il s'agit de la procession des personnes de la très sainte Trinité, et que là où les Grecs ont mis indifféremment alrcov et àpxn^ , ils aiment mieux user du seul nom de principe j comme très général, de peur que de là ils ne donnent occasion de juger que le Fils est moindre que le Père. Mais où il ne peut y avoir une semblable occasion d'erreur, et lorsqu'il ne s'agit pas des personnes de la Trinité» mais seulement de l'unique essence de Dieu, je ne vois pas pourquoi il faille tant fuir le nom de cause, principalement lorsqu'on en est venu i ce point qu'il semble très utile de s'en servir et en quelque façon nécessaire. Or, ce nom ne peut être plus utilement employé que pour démontrer l'existence de Dieu » et la nécessité de s'en servir ne peut être plus grande que si sans en user on ne la peut clairement démontrer. Et je pense qu'il est manifeste à tout le monde que la considération de la cause efficiente est le premier et principal moyen, pour ne pas dire le seul et l'unique, que nous ayons pour prouver l'existence de Dieu. Or nous ne pouvons nous en servir si nous ne donnons licence à notre esprit de rediercher les causes efficientes de toutes les choses qui sont au monde, sans en excepter Dieu même; car pour quelle raison l'excepterions - nous de cette recherche avitnt qu'il ait été prouvé qu'il existe?
On peut donc demander de chaque chose si elle est par soi ou par autrui ; et certes par ce moyen on peut conclure l'existence de Dieu» quoiqu'on n'explique pas en termes formels et précis comment on doit entendre ces paroles : être par soi. Car tous ceux qui suivent seule* ment la conduite de la lumière naturelle forment tout aussitôt en eux dans cette rencontre un car» tain concept qui particfpe de la cause efficiente et de la formelle, et qui est commun à l'une et k l'autre ; c'est à savoir que ce qui est par autrui est par lui comme par une cause efficiente, et que ce qui est par soi est conune par une cause
IfiO
RÉPONSES DE DEflCÀRTËS
formelle, e'ee^à-^irè parce qu'il e une telle nature qu*ll n*a pas besoin de cause efIQclente; c*est pourquoi Je n'ai pas expliqué cela dans mes Méditations, et je l'ai omis comme étant une cbose de soi maulfiaste et qui n'avoit pas besoin d'aueone explication. Mais lorsque ceux qu'une longue accoutumance a confirmés dans cette opi* nlon de juger que rien ne peut être la cause ef« fidente de soi-même, et qui sont soigneux de dMnguer cette cause de la formelle, voient que Ton demande si quelque chose est par $0%^ il arrive aisément que, ne portant leur esprit qu'à la seule cause efficiente proprement prise, Ils ne pensent pas que ce mot par toi doi?e être entendo comme par une couse, mais seulement négatltement et comme sans cause; en sorte qn'lls pensent qu'il y a quelque chose qui existe de laquelle on ne doit point demander pourquoi elle existe. Laquelle Interprétation du mot par «eî, si elle étoit reçue, nous Aterolt le moyen de pouvoir démontrer l'existence de Bleu par les effets, comme il a fort bien été prouvé par l'auteur des premières Objections ; c'est pourquoi elle ne doit aucunement être admise.
Mais pour y répondre pertinemment, J'estime qu'il est néœnaire de montrer qu'entre la cau$e ef/ieiênte proprement dite , et point de catue , il y a quelque chose qui tient comme le milieu , à savoir VêSBenee poritiw d'une chose, i laquelle l'idée ou le concept de la cause efficiente se peut élendre en la même ftiçon que nous avons coutume d'étendre en géométrie le concept d'une ligne circulaire la plus grande qu'on puisse imaginer au concept d'une ligne droite , ou le concept d'un polygone rectillgne qui a un nombre indéfini de cêtés au concept du cercle.
Et Je ne pense pas que j'eusse jamais pu mieux expliquer cela que lorsque j'ai dit que « la signification de la cause efficiente ne doit pas être restreinte en cette question i ces causes qui sont différentes de leurs effets, 00 qui les précèdent en temps , tant parce que ce senrit une chose frivole et iqutile , puisqu'il n'y a personne qui ne sache qu'une même chose ne peut pas être différente de soi-même, ni se préoéder en temps, que parce que rone de ces deux conditions peut être Atée de son osQoept, la notion de la cause efficiente ne laissant pas de demeurer tout entière. ^ Car qu'il ne soit pas nécessaire qu'elle précède en tempe son sflht il est évident , puisqu'elle n'a le nom et la nature de cause efficiente que lorsqu'elle produit son effet , comme 11 a déjà été dit. Mais de ce que l'autre condition ne peut pas aussi être Atée, on doit seulement InCirer que ce n'est pas une cause efficiente proprement dite, ce que j'avoue, mais non pu que os n'est point du tout une cause positive^
qui par analogie puisse être rapportée & la canes efficiente, et cela est seulement requis en la ques* tion proposée. Car par la même lumière naturelle par laquelle je conçois que je me serois donné toutes les perfections dont j'ai en dm4 quelque idée , si je m'étois donné l'être , je conçois ausri que rien ne se le peut donner eo te manière qu*on a coutume de restreindre U signification de la cause efficiente proprement dite , à savoir, en sorte qu'une même chose , en tant qu'elle se donue l'être , soit différente de soi-même en tant qu'elle le reçoit ; parce qu'il y a de la contradiction eotre ces deux choses , être le même , et non le même, ou différent. C'est pourquoi , lorsqu'on demaode si quelque chose se peut donner l'être à sol-même, Il faut entendre la même chose que si on demandoit , savoir si la nature ou l'essence de quelque chose peut être telle qu'elle n'ait pas besoin de cause efficiente pour être ou exister.
Et lorsqu'on ajoute ^ « si quelque chose est telle, elle se donnera toutes les perfections dont elle a les idées, s'il est vrai qu'elle ne les ait pas encore,* cete veut dire qu'il est Impossible qu'elle n*ait pss actuellement toutes les perfections dont elle a les Idées ; d'autant que la lumière naturelle noua fait connoitre que la chose dont l'essence est si immense qu'elle n'a pas besoin de cause efficiente pour être, n'en a pas aussi besoin pour avoir toutes les perfections dont elle a les Idées, et que sa propre essence lui donne éminemment tout ce que nous pouvons imaginer pouvoir être donné à d'autres choses par la cause efficiente.
Et ces mots, « si elle ne les a pas encore , elle se les donnera, » servent seulement d'explication; d'autant que par te même lumière naturelle nous comprenons que cette chose ne peut pas avoir, au moment que je parle , la vertu et te volonté de se donner quelque chose de nouveau, mais que son essence est telle qu'elle a eu de toute éterniti tout ce que nous pouvons maintenant penser qu'elle se donneroit si elle ne l'avoit pas encore.
Et néanmoins toutes ces manières de parler» qui ont rapport et analogie avec la cause efficiente, sont très nécessaires pour conduire tellement la lumière naturelle que nous concevions clairement ces choses ; tout ainsi qu'il y a plusieurs choses qui ont été démontrées par Archimëde tou* chant te sphère et les autres ^ures composées de lignes courbes, par te comparaison de ces mêmes figures avec celles qui sont composées de lignes droites ; ce qu'il auroit eu peine à faire comprendre s'il en eût usé autrement. Et comme ces sortes de démonstrations ne sont point désapprouvées , bien que la sphère y soit considérée comme udo figure qui a plusieurs cAtés, de même je ne pensa pas pouvoir être ici repris de ce que je me suis
AUX OAIECnONS PK M. ARNAULD.
uni à» rioalogie de la cause efkleDte pour exiger ]» choses qui apparUenneut à la cause imki o'est'i-dire a Tessence même de Dieu. £t il o'y a pas lieu de craindre eu œd aucune oocasoD d*erreur, d'autant que tout ce qui est le propN de la cause efficiente, et qui ne peut être iteQdaklicause formelle, porte avec soi une malùfeite CHtradiction , et partant ne pourroit jamiiiiremi de personne, k saTOir, qu'une chose nitibote de sol-même , ou bien qu'elle soit «■Us la même chose » et non la même.
ÀâtiBt remarquer que J'ai tellemrat attribué iHinlidigaité d'être la cause qu'on nepent jatde il iojlirer que je lui aie aussi attribué l'impcrkioo d'être Teffet; car comme les théolofjm, lorsqu'ils disent que le Pire est le principe diFOs, D'aTouent pas pour cela que le Fils soit jmàfié, ainsi, quoique j'aie dit que Dieu pou* i«ii es quelque fiiçon être dit la cause de $o%* 9tm, H ne se trouvera pas néanmoins que Je file oofluné en aucun lieu l'effet de s oi-méfne i (tdd'auunt qu'on a de coutume de rapporter ^paiement l'effet à la cause efficiente , et de iejflSar moins noble qu'elle , quoique souvent il «A pliu Qoble que ses autres causes.
)lab lorsque je prends l'essence entière de la cktt poar la cause formelle , je ne suis en cela fK lo Testiges d' Aristote ; car, au livre II de ses ^/yf., poster, cbap. xti , ayant omis la cause G^rielle, la première qu'il nomme est celle qu'il Weiie %ixUv Tov ri h tUt « ou , comme l'ont ^é ses interprètes , la cause formelle , la- ^ il étend à toutea les essences de toutes les tet {ttroe qu'il ne traite pas en ce lieu-là des I^BKsdu composé physique, non plus que je fais (i< Bais généralement des causes d'où l'on peut ^r quelque connoissance.
Or, pour faire voir q^'il étoit malaisé dans la WioB prqiosée de ne point attribuer a Pieu le ^ de cause, il n'en faut point de meilleure f(^ que , de ce que M. Arnauld ayant tâché de ^m par une autre voie la même chose que ^} il n'en est pas néanmoins venu à bout , au aoïDs t mon jugement. Car, après avoir ample- >Qt montré que Dieu n'est paa la cause efficiente ^ soi-même , parce qu'il est de la nature de la <«K effioiente d'être différente de soa effet ; W iQssi fait voir qu'il n'est pas par soi jpotilî^ ^, entendant par ce mot poeiêivemeni nne "l«Dce positive de la eausOf et aussi qu'à vrai ^ Une se conserve pas Krt*mêflMt prenant le ^de oMnefMiJM ponr nne continneUe repro- ^ de la chose, de toutes lesquelles choses je ^d'iooord aveeM, après tout cela H veut de ^ prouver que Dieu ne doit pas être dit la ^ f&itm de soi-même} « parce que,
dit-il , la cause efficiente d'une dmse n'est de* mandée qu.'à raison de son existence et jamais à raison de son essence ; or est-il qu'il n'est pas moins de l'essence d*un être infini d'exister qu'il est de l'essence d'un triangle d'avoir ses trois angles égaux à deux droits ; donc il ne faut non plus répondre par la cause efficiente lorsqu'on de* mande pourquoi Dieu existe , que lorsqu'on de* mande pourquoi les trois angles d'un triangle sont égaux à deux droits. » Lequel syllogisme peut aisément être renvoyé contre son auteur en cette manière ; quoiqu'on ne puisse pas demander la cause efficiente à raison de l'essence , on la peu( néanmoins demander à raison de l'existence ; maie en Dieu l'essence n'est point distinguée de Texis* tence , donc on peut demander la, cause efficiente de Dieu. Mais pour concilier ensemble ces dent choses, on doit dire qu'à celui qui demande pourquoi Dieu existe. Il ne faut pas à la vérité répondre par la cause efficiente proprement dite , mais seulement par l'essence même de la chose, ou bien par la cause formelle , laquelle , pour cela même qu'en Dieu l'existence n'est point distinguée de l'essence , a un très grand rapport avec la cause efficiente, et partant peut être appelée quasi cause efficiente.
Enfin il i^oute « qu'à celui qui demande la cause efficiente de Dieu il faut répondre qu'il n'en a pas besoin : et derechef à celui qui demande pourquoi il n'en a pas besoin il faut répondre ^ parce qu'il est un Être Infini duquel l'existence est son essence ; car II n'y a que les cnoses dans lesquelles il est permis de distinguer l'existence actuelle de l'essence qui aient besoin de cause efficiente, n D'où 11 infère que ce que j'avois dit auparavant est entièrement renversé ; c'est a savoir « si je pensois qn'aucune chose ne peut en quelque façon être à l'égard de soi-même ce que. la cause efficiente est à l'égard de son effet , jamais enk cherchant les causes des choses je ne viendrols à une première; » ce qui néanmoina ne me semble aucunement renversa, non pas. même tant soit peu affoibli ou ébranlé ; car û est certain que la principale force non-seulement d<» ma démonstration, mais aussi de toutes celles qu'on peut apporter pour prouver l'existence de Dieu par les effets, en dépend entièrement. Or presque tous les théologiens soutiennent qu'on n'en peut apporter aucune si elle n'est tirée des effets. Et partant, tant s'en faut qu'il apporte quelque éclaircissement à la preuve et démonstration de l'existence de Dieu, lorsqu'il ne permet pas qu'on loi attribue à l'égard de sol même la-, nalogle de la cause efficiente, qu'au contraire il l'obscurcit et empêche que les lecteurs ne la puissent compreudr^t pwrtkulièremeiit vers la fin. ou
RÉPONSES DE DESCARTES
il oonelttt que, « s'il penioit qu'il fallût redkercher la cause efficiente ou quasi efficiente de chaque chose, il chercheroit une cause difiérente de cette diose. «•
Car comment est-ce que ceux qui ne connoissent pas encore Dieu rechercheroient la cause ef** ficiente des autres choses pour arriTor par ce moyen à la connoissance de Dieu, s'ils ne pensoient qu'on peut rechercher la cause efficiente de chaque chose? Et comment enfin s'arrêteroient-ils à Dieu comme à la cause première, et mettroient-ils en lu! la fin de leur recherche, s'ils pensoient que la cause efficiente de chaque chose dût être cherchée différente de cette chose ? Certes, il me semble que M. Arnauld a fait en ceci la même chose que si (après qu'Archimède , parlant des choses qu'il a démontrées de la sphère par analogie aux figures rectilignes inscrites dans la sphère même , auroît dit : Si je pensois que la sphère ne pût être prise pour une figure rectiligne ou quasi rectiligne dont les cOtés sont infinis, je n'attribuerois aucune force à cette démonstration , parce qu'elle n'est pas véritable si tous considérez la sphère comme une figure curviligne, ainsi qu'elle est en effet , mais bien si vous la considérez comme une figure rectiligne dont le nombre des cAtés est infini), si, dis-je, M. Arnauld, ne trouvant pas bon qu'on appelât ainsi la sphère , et néanmoins désirant retenir la démonstration d'Archimède, disoit : Si je pensois que ce qui se conclut ici se dût entendre d'une figure rectiligne dont les cAtés sont infinis, je ne croirois point du tout cela de la sphère, parce que j'ai une connoissance certaine que la sphère n'est point une figure rectiligne. Par lesquelles paroles il est sans doute qu'il ne feroit pas la même chose qu'Archimède, mais qu'au contraire il se feroit un obstacle à soi-même et empêcheroit les autres de bien comprendre sa démonstration.
Ce que j*ai déduit id plus au long que la chose ne seinbloit peut-être le mériter, afin de montrer que je prends soigneusement garde à ne pas mettre la moindre chose dans mes écrits que les théologiens puissent censurer avec raison.
Enfin ^ J'ai déjà fait voir assez clairement dans les réponses aux secondes Objections que je ne suis point tombé dans la faute qu'on appelle cercle, lorsque j'ai dit' que nous ne sommes assurés que les choses que nous concevons fort clairement et fort distinctement sont toutes vraies qu'à cause que Dieu est ou existe, et que nous ne sommes assurés que Dieu est ou existe qu'à cause que nous concevons cela fort dairement et fort distincte-
(I) Vojtt Méditttfon T, page 88.
09 Voyei las quatrièmes Ofa(|ecU0M,|istei4fr
ment, en faisant distinction des choses que nous concevons en effet fort clairement d'avec celles que nous nous ressouvenons d'avoir autrefois fort clairement conçues. Car, premièrement, nous sommes assurés que Dieu existe, pourœ que nous prêtons notre attention aux raisons qui nous prouvent son existence. Mais après cela , il suffit que nous nous ressouvenions d'avoir conçu une diose clairement pour être assurés qu'elle est vraie, ce qui ne suffirait pas si nous ne savions que Dieu existe et qu'il ne peut être trompeur.
^ Pour la question de savoir s'il ne peut y avoir rien dans notre esprit, en tant qu'il est une diose qui pense, dont lui-même n'ait une actuelle connoissance, il me semble qu'elle eçt fort aisée à résoudre, parce que nous voyons fort bien qu'il n y a rien en lui, lorsqu'on le considère de la sorte, qui ne soit une pensée ou qui ne dépende entièrement de la pensée , autrement cela n'appartiendroit pas à l'esprit en tant qu'il est une chose qd pense ; et il ne peut y avoir en nous aucune pensée de laquelle, dans le même moment qu'elle est en nous, nous n'ayons une actuelle connoissance. C'est pourquoi je ne doute point que l'esprit, aussitôt qu'il est infus dans le corps d'un enfant, ne commence à penser, et que dès lors il ne sache qu'il pense , encore qu'il ne se ressouvienne pas par après de ce qu'il a pensé , parce que les espèces de ses pensées ne demeurent pas empreintes en sa mémoire. Mais II faut remarquer que nous avons bien une actuelle connoissance des actes ou des opérations de notre esprit, maïs non pas toujours de ses puissances ou de ses facultés, d ce n'est en puissance ; en telle sorte que, lorsque nous nous disposons à nous servir de quelque faculté , tout aussitât si cette faculté est en notre esprit nous en acquérons une actuelle connoissance ; c'est pou Ajuoi nous pouvons alors nier assurément qu'elle y soit, si nous ne pouv<Mis en acquérir cette connoissance actuelle.
RÉPONSE
AUX CHOSES QUI PBUYBIIT ABBÂTBR LES THéOLOQIBNSg
Je me suis opposé aux premières raisons de M. Arnauld, j'ai tâché de parer aux secondes, et je donne entièrement les mains à celles qui suivent, excepté à la dernière, au sqjet de laquella j'ai lieu d'espérer qu'il ne me sera pas difficile dm faire en sorte que lui-même s'accommode & mon avis.
Je confesse donc ingénument avec lui que les
(I) Voyes les qoatrièiiieB Obiieeikmâ, pas» ili.
AUX OBJECTIONS DE M. ARNàULD.
ISS
cbons qui sont contenues dans la première Méditation et même dans les suivantes ne sont pas propres à toates sortes d'esprits, et qu'elles ne i'aJDstait pas à laVapacité de tout le monde; mais ce n'est pas d'aujourd'hui que j'ai fait cette d6ciaraUoii;je l'ai déjà faite et la ferai encore autant de fois que l'occasion s'en présentera. Aussi arce été la seule raison qui m'a empêché de traiter de ces choses dans le discours de la Méthode, qui étolt en langue vulgaire, et que j'ai réservé de le faire dans ces Méditations , qui ne doivent être Inès, comme j'en ai plusieurs fois avoti , que par les plus forts esprits.
Et on ne peut pas dire que j'eusse mieux feit si je me fusse abstenu d'écrire des choses dont la lecture ne doit pas être propre ni utile à tout le monde; car je les crois si nécessaires que je me persoade qqe sans elles on ne peut jamais rien établir de ferme et d'assuré dans la philosophie. Et quoique le fer et le feu ne se manient jamais sans péril par des enfants ou par des imprudents, néanmoins, parce qu'ils sont utiles pour la vie, il n'y a personne qui juge qu'il se faille abstenir pour oelu de leur usage.
Or maintenant que dans la quatrième Médita* tion je n'aie eu dessein de traiter que de l'erreur qui se commet dans le discernement du vrai et du faux , et non pas de celle qui arrive dans la poursuite du bien et du mal , et que j'aie toujours excepté les choses qui regardent la foi et les actions de notre vie, lorsque j'ai dit que nous ne devons donner créance qu'aux choses que nous oonnoissons évidemment , tout le contenu de mes Méditations en fait foi ; et outre cela je l'ai expressément déclaré dans les réponses aux secondes Objections, comme aussi dans l'abrégé de mes Méditations ; ce que je dis pour faire voir combien je défère au jugement de M. Arnauid , et l'estime que je fais de ses conseils.
D reste le sacrement de l'Eucharistie, avec lequel M. Arnauid juge que mes opinions ne sauroient convenir, « parce que, dit-il , nous tenons pour article de foi que, la substance du pain étant étée dn pain eucharistique, les seuls accidents y demeurent. *• Or il pense que je n'admets point d'accidents réels, mais seulement des modes qui ne saurment être conçus sans quelque substance en laqueUe ils résident, ni par coruéquenê ausii txitier MHS ette. A laquelle objection je pourrois trtsfacilemest m'exempter de répondre, en disant que jQsqnes ici je n'ai jamais nié qu'il y eût des accidents réels : car encore que je ne m'en sois point servi dans la Dioptrique et dans les Météores pour expliquer les dioses que je traitois alors, j'ai dit néanmoins en termes exprès dans les Météores q^ je ne vonlois pas nier qu'il y en eût.
Et dans ces Méditations j'ai de vrai supposé que' je ne les connoissois pas bien encore, mais non* pas que pour cela il n'y en eût point ; car la ma» nière d'écrire analytique que j'y ai suivie permet de faire quelquefois des suppositions lorsqu'on n'a pas encore assez soigneusement examiné les choses, comme il a paru dans la première Médi-' tation, où j'avois supposé beaucoup de choses que j'ai depuis réfutées dans les suivantes* Et certes ce n'a point été ici mon dessein de rien définir touchant la nature des accidents, mais j'ai seulement proposé ce qui m'a semblé d'eux de prime abord; et enfin, de ce que j'ai dit que les mjdes ne sau-> roient être conçus sans quelque substance en laquelle ils résident, on ne doit pas infiSrer que j'aie nié que par la toute-puissance de Dieu ils en puissent être séparés, parce que je tiens pour très assuré et crois fermement que Dieu peut faire une infinité de choses que nous ne sommes pas capables d'entendre ni de concevoir.
Mais, pour procéder ici avec plus defrandiise, je ne dissimulerai point que je me persuade qu'il n'y a rien autre chose par quoi nos sens soient touchés que cette seule superficie qui est le terme des dimensions du corps qui est senti ou aperçu par les sens; car c'est en la superficie seule que se fait le contact, lequel est si nécessaire pour le sentiment, que j'estime que sans lui pas un de nos sens ne pourroit être mû ; et je ne suis pas le seul de cette opinion, Aristote même et quantité d'au^ très philosophes avant moi en ont été ; de sorte que, par exemple, le pain et le vin ne sont point aperçus par les sens sinon en tant que leur superficie est touchée par l'organe du sens, ou immédiatement ou médiatement par le moyen de l'air ou des autres corps , comme je l'estime, ou bien, comme disent plusieurs philosophes, par le moyen des espèces intentionndles.
Et il faut remarquer que cc^ n'est pas la seule figure extérieure des corps qui est sensible aux doigts et à la main qui doit être prise pour cette superficie, mais qu'il faut aussi considérer tous ces petits intervalles qui sont, par exemple, entre les petites parties de la farine dont le pain est composé, comme aussi entre les particules de l'eau-de-vie, de l'eau douce, du vinaigre, de la lie ou du tartre, du mélange desquelles le vin est composé, et ainsi entre les petites parties des au^ très corps, et penser que toutes les petites superficies qui terminent ces intervalles font partie de la superficie de chaque corps. Car de vrai ces petites parties de tous les corps ayant diverses figures et grosseurs et différents mouvements, jamais elles ne peuvent être si bien arrangées ni si juste* ment jointes ensemble qu'il ne reste plusieurs intervalles autour d'elles qui ne sont pas néan-*
RÉPONSES D£ DfiSGARTES
■Mrini Tidtf, mab qui iodI ranplis d*air ou de quelque autre matlèrey comDM il t'es yoit dans le paio qui lont asses largee, et qui peuvent Atre remplis non-eeulement d*alr, maie auui d'eau, de tIo ou de quelque autre liqueur; et puisque le pala demeure toujours le mAme, encore que Pair ou tdle autre matiire qui est contenue dans set pores soit changée, il est constant que ces choses n'appartiennent point a la substance du pain, et partant que sa superficie n*est pas celie qui par un petit circuit renvironne tout entier, mais celle qui touche et environne immidiatement chacune de ses petites parties.
Il fiut aussi remarquer que cette superficie n'est pas seulemetit remuée tout entière lorsque toute la masse du pain est portée d'un lieu en un autre, nais qu'elle est aussi remuée en partie lorsque qtteiqnes«-unes de ses petites parties sont agitées par l'air ou par les autres corps qui entrent dans ses pores; tellement que s'il y a des corps qui soient d'une telle nature que quelques-unes de leurs parties ou toutes celles qui les composent •s remuent continueiiement, ce que j'estime être Yrai de plusieurs parties du pain et de toutes celles du vin, il faudra aussi coocevoir que leur superficie est dans un continuel mouvement.
Enfin, il faut remarquer que par la superficie du pain ou du vin, ou de quelque autre corps que ee soit, on n'entend pas ici aucune partie de la substance, ni même de la quantité de ce même corps, ni aussi aucunes parties des autres corps qui renvirounent, mais seulement <• ce terme que l'on conçoit être moyen entre chacune des particules de ce corps et les corps qui les environnent, el qui n'a point d'autre entité que la modale. »
Ainsi, puisque le contact se fait dans ce seul terme, et que rien n'est senti si ce n'est par coutact, c'est une chose manifeste que de cela seul que les substances du pain et du vin sont dites être tellement changées en la substance de quelque autre èhose que cette nouvelle substance soit contenue précisément sous les mêmes termes sous qui les autres étoient contenues, ou qu'elle eilste dans le même lieu où le pain et le vin eiistoieut aupa-* ravant, ou plutêt, d'autant que leurs termes sont oontinuellement agités, dans lequel ils eiisto* roient s'ils étoient présents, il s'ensuit nécessal^ rement que cette nouvelle substance doit mouvoir tous nos sens de la même fafon que feroient le pain el le vin» s'il n'y avoit point eu de trans* substanthitlott.
Or l'Eglise nous enseigne, dans le condle de Trente, sess. xiii, can. 2 et 4, • qu'il se fait une eenversioo de toute la substance du pain en la sobstanœ dueorpsdeNotre-Seigneur Jésus^^ist, deiMurant seniemeni i'espéos du pain. » Où je
ne vols pas ce que Ton peut entendre par l'ci* piee du pain^ si ce n'est cette superficie qui eit moyenne entre chacune de ses petites partiel et les corps qui les environnent. Car, comme II a déjà été dit, le contact se fait en cette seule superficie; et Aristote même confesse que, uon-seule* ment ce sens que, par un privilège spécial, on nomme l'attouchement, mais aussi tous les autres, ne sentent que par le moyen de l'attouchement^ C'est dans le livre III De Vàme^ chap. iiiii oà sont ces mots, Mii t« iùxt QLMnrhpiv, à^f vM^if vfTKc. Or il n'y a personne qui pense que par l'espèce on entende ici autre chose que œ qui est précisément requis pour toucher les sens. £t il n'y a aussi personne qui croie la converrion du pain au corps de Christ, qui ne pense que ce corps de Christ est précisément contenu sous la même iu« perfide sous qui le pain seroit contenu e*il étoU présent, quoique néanmoins il ne soit pas là comme . proprement dans un lieu, « mais sacramentelle* , ment, et de cette manière d'eilster, laquelle, quoi- « que nous ne puissions qu'à peine exprimer pir i paroles, après néanmoins que notre esprit eit éclairé des lumières de la foi, nous pouvons co&cevoir comme possible à Dieu, et laquelle nous sommes obligés de croire très fermement. » Toutes lesquelles choses me semblent être si commodi- , ment expliquées par mes principes que non^eoie* ment je ne crains pas d'avoir rien dit ici qui puloe offenser nos théologiens, qu'au contraire j'espire qu'ils me sauront gré de ce que les opinions qse je propose dans la physique sont telles qu'elles conviennent beaucoup mieux avec la théologie que celles qu'on y propose d'ordinaire. Car de vrai l'Eglise n'a jamais enseigné, au moins que je sadie, , que les espèœs du pain et du vin qui demeureot ^ au sacrement de l'Eucharistie soient des accidents , réels qui subsistent miraculeusement tout seuls ^ après que la substance à laquelle ils étoient attachés a été ôtée.
Mais a cause que peut-être les premiers théologiens qui ont entrepris d'expliquer cette ques« tion par les raisons de la philosophie naturelle ss persuadoient si fortement que ces accidents qui touchent nos sens étoient quelque chose de réel, différent de la substance, qu'ils ne peasolent pas seulement que jamais on en pût douter, ils avoieot supposé, sans aucune valable raison et sans; avoir bien pensé, que les espèces du pain étoieot des accidents réels de cette nature ; ensuite de quoi Us ont mis toute leur étude à expliquer comment ces accidents peuvent subsister sans sujet* En quoi Us ont trouvé Unt de difficultés que cela seul leur devoit faire juger qu'ils s'étoient dé* tournés du droit chemin, ainsi que font les voya* genre quand quelqve sentier les a conduits é dss
AOX OBJECTIONS D£ M« ARNàULD.
Beu pieùu d'ipines et inaccessibles. Car premiè- RDent, ils semblent se contredire, au moins on qui tiennent que les oligets ne meuYeat nos «os que par le moyen du contact, iorsqu'Os sup^ pont qoll fimt encore quelque autre chose dans ks objets poor mouvoir les sens que leurs super* lues diversement disposées ; d'autant que c*est uMàosequi de soi est évidente, que la superfldiMlisât pour le eontact ; et s*U y en a qui M Mihif pas tomber d'accord que nous ne MMiiM sans contact» ils ne peuvent rien dire» taelutlafiiçon dont les sens sont mus par leurs 1^, qui ait aucune apparence de yérité. Outre obfl'ttprit hdmain ne peut pas cooceroir que Is accidents du pain soient réels et que néannrii ib oistent sans sa substanee^ qu'il ne isançoiTe à la façon des substances ; en sorte fiHiembleqtt'ily ait de la contradiction que Miliiabstancs du pain soit changée, ainsi que Il mit llf^lHi, «t que oepettdent II demeure ^IKdMsiderMquI étoit auparavant dans l»|iilo; parce qu'on ne peut pas concevoir qu'il tereriea de réel que oe qui subsiste; et ennnqs'oo nomme oela un accident, on le conçoit ibnoins comme une substance. Et c'est en efhliiDêBiediose (fne si on disolt qu*à la vérité inte la substance du pain est changée, malt que ntanoins cette partie de sa substance qu^on ttBaeaoddent réel demeure, dans lesquelles pa- NiessIlD'Tapoint de contradiction, certainemt dans le concept 11 en parolt beaucoup. Et Ittoble que ce sdt principalement pour ce sujet qae quelques-uns se sont éloignés en ceci de keréaDcede l'Eglise romaine. Mais qui pourra ^ qne, lorsqu'il est permis, et que nulle raison , ti Mimique, ni même philosophique, ne nous ^i embrasser une opinion plutét qu'une au- ^il ne hllle principalement choisir celles qui ^{KOTSDt donner occasion ni prétexte à per* "»« de s'éloigner des vérités de la foi? Or, que l'tfAiioD qui admet des accidents réels ne s*ac- ^"■Qodepas aux raisons de la théologie, je pense lieoelasevoitlciasses clairement; et qu'elle i^tont-i-fiilt contraire i celles de la philosophie, [(spére dans peu le démontrer évidemment ^^ un traité des principes que j'ai dessein de r'Ww, et d'y expliquer comment la couleur, la ||^t la pesanteur, et toutes les autree quall- ^ W touchent nos sens, dépendent seulement ^oia de la superficie extérieure des corps. Au '^t on ne peut pas supposer que les accidents ^} riels, sans qu'au miracle de la transsubs- ^n, lequel seul peut être Inféré des paro- ^ la oansécratlon, on n*en ajoute sans néces- *w nouTeau et Incompréhensible, par lequel ^^attidflQtsréehexistent tellement sans la subs-
tance du pain, que cependant Ils ne soient paa eux-mêmes faits des substances ; ce qui ne répugne pas seulement i la raison humaine, mais même à l'axiome des théologiens, qui disent que les paroles de consécration n'opèrent rien que ce qu'elles signifient , et qui ne veulent pas attribuer à miracle les choses qui peuvent être expliquées par raison naturelle ; toutes lesquelles difficultés sont entièrement levées par l'explication que je donne à ces choses. Car tant s'en faut que, selon l'explication que j'y donne, Il soit besoin de quelque miracle pour conserver les accidenta après que la substance du pain est Atée, qu'au contraire, sans un nouveau miracle, à savoir par lequel les dimensions fussent diangées, Ils ne peuvent pas être êtes. Et les histoires nous apprennent que cela est quelquefois arrivé, lorsqu'au Heu du pain consacré 11 a paru de la chair ou un petit enfant entre les mains du pré-» tre, car jamais on n'a cru que cela sdt arrivé par une cessation de miracle, mais on a toujourl attribué cet effet à un miracle nouveau. Davan*tage. Il n'y a rien en cela d'incompréhensible ou de difflcile que Bleu, créateur de toutes choses, puisse changer unesubstance en une autre, et que oette dernière substance demeure précisément sous la même superficie sous qui la première étoit contenue. On ne peut aussi rien dire de plus conforme à la raison, ni qui soit plus communément reçu par les philosophes, que non-seulement tout sentiment, mais généralement toute action d'un corps sur un autre, se fait par le contact, et que ce contact peut être en la seule superficie ; d'où 11 suit évidemment que la même superficie doit toujours agir ou pfttir de la même façon, quelque change* ment qui arrive en la substance qu'elle couvre.
C'est pourquoi, s'il m'est Ici permis de dire la vérité sans envie, j'ose espérer que le temps viendra auquel cette opinion qui admet des ac* cidents réels sera rejetée par les théologiens, comme peu sûre en la fol, répugnante à la raison, et du tout Incompréhensible , et que la mienne sera reçue en sa place comme certaine et indu« bitable ; ce que j'ai cru ne devoir pas Ici dissi« muler, pour prévenir autant qu'il m'est possible les calomnies de ceux qui , voulant paroître plus savants que les autres , et ne pouvant souffrir qu'on propose aucune opinion différente des leurs qui soit estimée vraie et importante, ont coutume de dire qu'elle répugne aux vérités de la fol , et tâchent d'abolir par autorité ce qu'ils ne peuvent réfuter par raison. Mais j'appelle de leur sentence à celle des bons et orthodoxes théologiens, au jugement et à la censure desquels je me soumettrai toujours très volontiers.
CINQUIEMES OBJECTIONS
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