‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 57 sur 306 · FAITES PAR GASSENDI CONTRE LES SIX MÉDITATIONS · texte numérisé non relu

FAITES PAR GASSENDI CONTRE LES SIX MÉDITATIONS

H. GASSENDI A M. DESCARTBS.

Monsieur 9

Le réyérend P. MerseDne m'a beaucoup obligé de me faire participant de ces sublimes Méditations que Yous avez écrites touchant la première philosophie; car certainement la grandeur du sujet^ la force des pensées et la pureté de la diction m*ont plu extraordinairement. Aussi, à vrai dire, est-ce avec plai»r que je vous vois avec tant d'esprit et de courage travailler si heureusement à l'avancement des sciences , et que vous commencez à nous découvrir des choses qui ont été inconnues i tous les siècles passés. Une seule chose m'a fâché , qu'il a désiré de moi que , si après la lecture de vos Méditations il me restoit quelques doutes ou scrupules en l'esprit, je vous en écrivisse ; car j'ai bien jugé que je ne ferois paroltre autre chose que le défaut de mon esprit si je n'acquiesçois pas à vos raisons , ou plutOt ma témérité si j'osois proposer la moindre chose à rencontre. Néanmoins je ne l'ai pu refuser aux sollicitations de mon ami , ayant pensé que vous prendrez en bonne part un dessein qui vient plutôt de lui que de moi , et sachant d'ailleurs que vous êtes si humain que vous croirez facilement que je n'ai point eu d'autre pensée que celle de vous proposer nûment mes doutes et mes difficutés. Et certes ce sera bien assez si vous prenez la patience de les lire d'un bout à l'autre. Car de penser qu'elles vous doivent émouvoir et voua donner la moindre défiance de vos raisonnements , ou vous obliger à perdre le temps à leur répondre que vous devez mieux employer , j'en suis fort éloigné et ne vous le oonseillerois pas. Je n'oserois pas même vous les proposer sans rougir, étant assuré qu'il n'y en a pas une qui ne vous ait plusieurs fois passé par l'esprit et que vous n'ayez ou expressément méprisée ou jugée devoir être dissimulée. Je les propose donc, mais sans autre dessein que celui d'une simple proposition, laquelle je fais, non contre les choses que vous traitez et dont vous avez entrepris la démonstration, mais seulement contre la méthode et les raisons dont vous usez pour les démontrer. Car, de vrai, je fais profession de croire qu'il y a un Dieu et que nos âmes sont immortellee ; et je n'ai de la di£Qculté qu'à comprendre

la force et l'énei^ie du raisonnement qoeioos employez pour la preuve de ces vérités mitafthy siques, et des autres questions que vous inîéni dans votre ouvrage.

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