CONTRE LA SIXIÈME MÉDITATION
*l<'lII9TKNGB Dia C&OBBS MATiaifetLeS, AT DB
^etsTiHCTioa RiigLLi tHTan l'am it u
fc De m'arrête point Ici sur ce que vous dîtes *?* "Meg choses matérielles peuvent exister, en ^qu'on les considère comme Tobjet des ma- Qletaalîqties pures , • quoique néanmoins les
(*)vojaiiédiutioDTi,pi^ss.
cboses matérielles loMit Tobjet des matbématii ques composées, et que celui des pures matbéma* tiques, comme le point, la ligne, la superficie et les indivisibles qui en sont composés» ne paissent avoir aucune eiistence réeUOâ
Je m'arrête seulement sur ce que vous distin* guei dereobef ici Vimapnoiim de VinUlhciitm ou ameepiifm pwre ^ Car, comme j'(d d^â re* marqué auparavant, oesdeui opérations semblent être les aeuoni d'une même laculté ; et s'il y a entre elles quelque difitrencef ce ne peut être que selon le plus et le moins ; et de folt prenei garde oomme Je le pronve par oela même que vous avances»
Vous avei dit cUdevaat « qu'Imaginer n'eat rien autre cbose que contempler la figure ou 11* mage d'une cbose corporelle, ■» et Id vous de* metlrei d'accord que * concevoir ou entendra e'est contempler un triangle » un pentagone , un ohiliogm» , un myriogone » • et autres cboses 9èm^ blables qui sont des figures des cboses corporelles; maintenant vous en établisses la diffél^oe en ce que « i'imaginatlon se fait, dites -vous, avee qurique sorte d'appllcatiob de la faculté qui cotinoit vers le corps, et que rinteliection ne demande point cette sorte d'application on oonteU'tion d*esprit« « En sorte que lorsque tout simple^ ment et sans peine vous conceves un triangle comme une figure qui a trois angles , vous appelés ce(a une Intellection \ et que lorsque avec quelque sorte d'effort et de Contention vous vous rendes cette figure comme présente » que vous la consl^ déree, que vous l'eiamlnes , que vous la concevei distinctement et par le menu , et que vous en distinguea les trois angles, vous appelai cebi une imagination* Et partant , étant vrai que vous conoevek fort facilement qu'un cblliogone est une fi«> gure de mille angles, et que néanmoins» quelque contention d'esprit que vous fittsiei» vous ne sau*ritii discerner distinctement et par le menu loua ses angles et vous les rendre tous comme présents , votre esprit n'ayant pas moins en cela de confu* sloQ que lorsqu'il considère un myrl(igone ou quelque autre figure de beaucoup de cétés, pour cette raison votis dites qa'au regard du oblliogobe ou du myriogone votre pensée est une Inteliection et non point une Imagination.
Toutefois je ne vois rien qui puisse empécber que vous n'étêndies votre imagination aussi bien que votre intellection sur le cblliogone , comme vous faites sur le triangle» Car de vrai vous failea bien quelque sorte d'efibrt pour imaginer en quei^ que façon cette figure composée de tant d'angles, quoique leur nombre soit si grand que vous ne les puissiez concevoir distinctement; et d'ailleurs
ti) voyez MéditaUoavi, passer*
aNQUIÊMES- OBJECTIONS
vous oonoevei bien à la vérité par ce mot de chiliogone une figure de mille angles, mais cela n'est qu*un effet de la force ou de la signification du mot , non que pour cela vous conceviez plutAt les mille angles de cette figure que tous ne les imaginex. Mais il faut ici prendre garde comment peu à peu et comme par degrés la distinction se perd et la confusion s'augmente. Car il est certain que vous TOUS représenterez, ou imaginerez , ou même que TOUS concevrez plus confusément un carré qu*un triangle, mais plus distinctement qu'un pentagone , et celui-ci plus confusément qu'un carré , et plus distinctement qu'un hexagone, et ainsi de suite , jusqu'à ce que vous ne puissiez plus vous rien proposer nettement ; et parce qu'alors, quelque conception que vous ayez , elle ne sauroit £tre nette ni distincte, pour lors aussi vous négligez de faire aucun effort sur votre esprit. C'est pourquoi si , lorsque vous concevez une figure distinctement et avec quelque sensible contention, vous voulez appeler cette façon de concevoir une imagination et une intellection tout ensemble , et si , lorsque votre conception est confuse, et qu'avec peu ou point du tout de contention d'esprit •vous concevez une figure, vous voulez appeler cela •du seul nom d'intellection , certainement il vous sera pennis ; mais vous ne trouverez pas pour cela que vous ayez lieu d'établir plus d'une sorte de oonnoissance intérieure , à qui ce ne sera toujours qu'une chose accidentelle que tantAt glus lortement et tantôt moins, tantôt distinctement et tmtAi confusément, vous conceviez quelque figure. Et certes , si depuis l'heptagone et l'octogone nous voulons parcourir toutes les autres figures jusqu'au chiliogone ou au myrlogone , et prendre garde en même temps à tous les deg^ où se rencontre une plus grande ou une moindre distinction et confusion, pourrons-nous dire en quel endroit ou plutAt en quelle figure Timaglnation cesse et la seule intellection demeure? Mais plutAt ne verra-t-on pas une suite et liaison continuelle d'une seule et même oonnoissance dont la distinction et contention diminue toujours peu à peu, à mesure que la confusion et rémission augmente et s'accroît aussi insensiblement. Considérez d'ailleurs, je vous prie, de quelle sorte vous ravalez l'intellection et à quel point vous élevez l'imagination ; car que prétendez-vous autre cliose que d'avilir l'une et élever l'autre , lorsque vous donnez à l'intellection la négligence et la confusion pour partage, et que vous attribuez à l'Imagination toute sorte de distinction , de netteté et de diligence?
Vous dites ensuite que « ^ la vertu d'imaginer
(I) VoTtt MédUaUoD n, page 87.
qui est en vous, en tant qu'elle difl&re de la puissance de concevoir, n'est point requise à votre essence , c'est-à-dire à l'essence de votre esprit ; » mais comment cela pourroit-il être, si Tune et l'autre ne sont qu'une seule et même vertu ou faculté dont les fonctions ne diffèrent que selon le plus et le moins? Vous ajoutez que » l'esprit en , Imaginant se tourne vers les corps, et qu'en coo' cevant il se considère soi-même ou les idées qu'il a en soi. n Mais comment cela , si l'esprit ne se peut tourner vers soi-même ni considérer aucune | idée , qu'il ne se tourne en même temps vers quel- , que chose de corporel ou représenté par quelque j idée corporelle? Car en effet le triangle, le pen- , tagone , le chiliogone, le myrlogone, et toutes les , autres figures , ou même les idées de toutes ces fi- ^ gures, sont toutes corporelles, et l'esprit nesauroit , penser à elles avec attention qu'en les concevant comme corporelles ou à la façon des choses corpo- ^ relies. Pour ce qui est des idées des choses que nous croyons être immatérielles, comme celles de Dieu , des anges, de l'âme de l'homme ou de Tes- ^ prit , U est même constant que les idées que nous en avons sont ou corpwelles ou quasi corporelles, ^ ayant été tirées de la forme et ressemblance de l'homme , et de quelques autres choses fort âm- , pies, fort légères et fort imperceptibles, telles que ^ sont le vent , le feu ou l'air, ainsi que nousavoQS déjà dit. Quant à ce que vous dites, que « ce n'est ^ que probablement que vous conjecturez qu'il y a quelque corps qui existe , »» il n'est pas besoin de ^ s'y arrêter, parce qu'il n'est pas possible que vous le disiez tout de l)on.
^Ensuite de cela vous traitez du sentiment, et ^ tout d'abord vous faites une belle énumératioa de toutes les choses que vous aviez connues par le moyen des sens et que vous aviez reçues pour vraies , parce que la nature semhloit ainsi vous l'enseigner. Et incontinent après vous rapportez certaines expériences qui ont tellement renverse toute la foi que vous ajoutiez aux sens qu'elles vous ont réduit au point où nous vous avons vu dans la première Méditation, qui étoit de révO' quer toutes choses en doute. Or ce n'est pas mon dessein de disputer ici de la vérité de nos sens. Car bien que la tromperie ou fausseté nesotrp^s proprement dans le sens, lequel n'agit point, mais qui reçoit simplement les Images et les rapporta) comme elles luiapparoissent, et comme elles doi* vent nécessairement lui apparoitre à cause de la disposition où se trouve lors le sens, l'objet et le milieu ; mais qu'elle soit plutôt dans le jugement ou dans l'esprit, lequel n'apporte pas toute la circonspection requise, et qui ne prend pas garde
(I) voyeBUéditaUoDTi, pageSS
FAITES. PAR M. GASSENDI
^ les AoÊM éloignées, pour cela même qu'elles s0Dt éioigBto, 00 même pour d'autres causes» loos doivent paroltre plus petites et plus oonfan que lorsqu'elles sont plus proches de nous, et liD» du reste ; toutefois , de quelque cAté que Teireur Tienne, il faut avouer qu'il y en a; et il D'y a seulement de la dlfticulté qu'à savoir s'il estdoDctrai que nous ne puissions jamais être isorés de la vérité d'aucune chose que le sens 0005 aura fait apercevoir. Mais certes Je ne vois juf qoll faille beaucoup se mettre en peine de fennioer une question que tant d'exemples jour- Balien décident si clairement ; je réponds seule- KDtè œ que vous dites, ou plutAt à ce que vous TOUS objectez, qu'il est très constant que lorsque Boos regardons de près une tour, et que nous la tOQdiODs qua^ de la main, nous ne doutons plus qa'eile ne soit carrée, quoiqu'en étant un peu Aolgoés nous avions occasion de juger qu'elle to roode, ou du moins de douter si elle étoit evTN oa ronde, ou de quelque autre figure. iiDsœ sentiment de douleur qui paroît étreen^ CDKdaDs le pied ou dans la main, après même qoe oeg membres ont été retranchés du corps, peut bien quelquefois tromper ceux a qui on les ieoopés, et cela & cause des esprits animaux qui iToieot coutume d'être portés dansées membres, et d*7 causer le sentiment. Toutefois, ceux qui ont tous leurs membres sains et entiers sont si ^sark de sentir de la douleur au pied ou à la DiiQfdont la blessure est encore toute fraîche et twte récente, qu'il leur est impossible d'en douter. Ainsi notre vie étant partagée entre la veille 4le sommeil, il est vrai que celui-ci nous trompe TKlquefois, en ce qu'il nous semble alors que >0(n voyons devant nous des choses qui n'y sont point; mais aussi nous ne dormons pas toujours, et lorsque nous sommes en effet éveillés, nous en KMDmes trop assurés pour être encore dans le taesi nous veillons ou si nous rêvons. Ainsi, ftoiqoe nous puissions penser que nous sommes d'ODS nature à se pouvoir tromper même dans kidioses qui nous semblent les plus véritables, Nefois nous savons aussi que nous avons cela ^ la nature de pouvoir connoitre la vérité, et ^"iBm nous nous trompons quelquefois, par ^nple, lorsqn'im sophisme nous impose ou !>'wi bâton est à demi dans l'eau , aussi quelquefois oonnoissons-nous la vérité, comme dans ks démonstrations géométriques ou dans un bâ- ^ qoi est hors de l'eau ; car ces vérités sont si ^ff^KQtes qu'il n'est pas possible que nous en Pttsio&i douter. Et bien que nous eussions sujet de aoQs défier de la vérité de toutes nos autres ttanolsBances, au moins ne pourrions- nous pas '(^«itrdececi, i savoir que toutes les choses nous
parolssent telles qu'elles nous parolssent. fit ffl n'est pas possible qu'il ne soit très vrai qu'elles nous parolssent de Ul sorte. Et quoique la raison nous détourne souvent de beaucoup de choses où la nature semble nous porter, cela toutefois n'ête pas la vérité des phénomènes, et n'empêche pas qu'il ne soit vrai que nous voyons les choses ix>mme nous les voyons. Mais ce n'est pas ici le lieu de considérer de quelle façon la raison s'oppose à l'Impulsion du sens, et si ce n'est point peut-être de la même façon que la main droite soutiendroit la gauche qui n'auroit pas la force de se soutenir elle-même, ou bien si c'est de quelque autre manière.
^Yousentrez ensuite en matièret mais il sembla que vous vous y engagiez comme par une légère escarmouche, car vous poursuives ainsi : « Mais maintenant que je commence à me mieux con* nottre moi-même et à découvrir plus clairement l'auteur de mon origine, je ne pense pas à la vérité que je doive témérairement admettre toutes les choses que lea sens me semblent enseigner, mais je ne pense pas aussi que je les doive toutes généralement révoquer en doute. # Vous avez raison de dire ceci, et je crois sans doute que c'a toujours été surce la votre pensée.
Tous continuez : « Et premièrement pource que je sais que toutes les choses que je conçois clairement et distinctement peuvent être produites par Dieu telles que je les conçois, c'est assez que je puisse concevoir clairement et distinctement une chose sans une autre, pouf être certain que l'une est distincte ou différente de l'autre, parce qu'elles peuvent être posées' séparément, au moins par la toute-puissance de Dieu ; et il n'importe par quelle puissance cette séparation se fasse, pour m'obliger à les juger différentes. » k cela je n'ai rien autre chose i dire, sinon que vous prouvez une chose claire par une qui est obscure; pour ne pas même dire qu'il y a quelque sorte d'obscurité dans la conséquence que vous tirez. Je ne m'arrête pas non plus à vous objecter qu'il falloit avoir auparavant démontré que Dieu existe et sur quelles choses sa puissance se peut étendre, pour montrer qu'il peut faire tout ce que vous pouvez clairement concevoir ; je vous demande seulement si vous ne concevez pas clairement et distinctement cette propriété du triangle, à savoir que les plusgrands cAtés sont soutenus par les plusgrands angles, séparément de celle-d, à savoir que ses trois angles pris ensemble sont égaux à deux droits ; et si pour cela vous croyez que Dieu puisse tellement séparer cette propriété d'avec l'autre, que le triangle puisse tantêl avoir
(0 V07eili6dlltotkmvi,pase<i^
GINQUli»l£3 oBJEcnoirs
cellê-cl tans avoir Tantra, ao lantAt avoir Taiitro sans oello^. Mate, pour ne opus point arrétar M davantage, d'autant que oette séparation fait pan i notre anjet, vous ajoutes , « et partant, de oela mémo que je connois aveo eartltode que j'esisto, et que cependant je ne remarque point qu'il ap« partienne néeessalrement aucuno autre chose i ma nature ou i mon essence sinon que Je suis une eliose qui pense, Je conclus fort bien que mon es<sence consiste en oela seul que je suis une diose qui pense ou une substance dont toute l'essence ou la nature n'est que de penser, n Ce seroit ici où Je me voudrois arrêter, mais o& il suffit de répéter ce que j'ai déjà allégué touchant la seoonde Hédir Ution, ou bien il faut attendre ce que vous voulez inférer.
Yolcldono enfin oe que vous concluez t iv* Et quoique peut«étre, ou plutdt oartafnemeot, comme Je le dirai tantôt. J'aie un corps, auquel Je suis très étroitement conjoint , toutefois, parœ que d*ap cété J'ai une claire et distincte idée de moi-même, en tant que Je suis seulement une ohosequi pense et non étendue, et que d'un autre j'ai une idée distincte du corps en tant qu'il est seulement une chose étendue et qui ne pense point, il est certain que moi, c'est-à-dire mon esprit, ou mon âme par laquelle Je suis ce que je suis, est entièrement et véritablement distincte de mon corps, et qu'elle peut être ou exister sans lui. » C'étoit Ici sans doute le but où vous tendiez ; c'est pourquoi puisque c'est en ceci que consiste principalement toute la difficulté, il est besoin de s'y arrêter un peu pour voir de quelle façon vous vous en démêles. Premièrement, il s'agit Ici d'une distinction d'entre l'esprit ou l'âme de l'homme et le corps ; mais de quel corps entendei-vous parler? Certainement, si Je l'ai bien compris, c'est de ce corps grossier qui est composé de membres ; car voici vos paroles : « J'ai un corps auquel je suis conjoint ; » et un peu après, a il est certain que mol, c'est-à-diro mon esprit, est distinct de mon corps, etc. *• Mais j'ai à vous avertir, 6 esprit, que la difficulté n'est pas touchant ce corps massif et grossier. Cela seroit bon si Je vous objectois, selon la pensée de quelques philosophes, que vous fussiez la perfection, appelée des Grecs hrt)Âx^^^> Tacte, la forme, l'espèce, et, pour parler en termes ordinaires, le mode du corps ; car de vrai ceui qui sont dans ce sentiment n'estiment pas que vous soyez plus distinct ou séparer ble du corps que la figure ou quelque autre de ses modes ; et cela, soit que vous soyez l'âme tout entière de l'homme, soit que vous soyez une vertu ou une puissance surajoutée, que les Grecs appd-
(1) Voyw Médiutton ti, Mit ai,
lattt lÊÊtç luvifif h vojlf ifflcMivifyW tAtuitowii possible ou passible, M%is Jo veux agir avec voh« piui libéralement, on vou^ooniidérant comme im ontendement agent, apprié dsf Grm vvw t im* f w^ et même séparable, appelé m «^^ x^m'^ bien que ce soit d'une autre hqon qu'ils ne se Tir magluoient. Car ces philosopher oroysutqqeeBt entendemant agent étoit commun à tous lee hommes ou même & toutes les choses du monde, et qu'il faisoit i Tendroit de rentendament possible, pour le faire entendre, ce que la lumière fait à Tmil pour le faire voir, d'où vient qu'il* mwi coutume de le comparer k la lumière 4oMleiI, et par oonséquaat de l# regarder wmm m(km étrangère et venant de dehors ; de moi je vous considère plutôt, puisqued'aillenrsjevoisquecelii vous plaît, çomm» un oortain eaprit ou w «stendement particulier, qui dominas dedsos le corps^ te répète encore une fois que ht difficile n'est pas de savoir si vous êtes séparsble ou dqd do ce corps massif et grossier, d'où vient que Je difoisunpeii auparavant qu'il a'étoit pas uécesuire do recourir à la puissance de Dieu pour repdreœi chosesr>là séparables que yous oonoeve; séparément, mais biou de savoir 9i vous n'êtes pas vousmême quelque autre corps, ppa^aQt At^a ua oorpi plus subtil et plus délié, diffua dedauf oe corpi épais at mmùt^ ou résidant soulamentdaas quelqu'une i» ses parties. Au reste ne pensez pis pous avoir Juaquas ioi montré que yous Mes une choso pureipont spirituelle, et qui Pa tieQt w du corps s et lorsque, dans la seconda Médiutlou, vous avez dit que • vous a*étiez point ua vent, un feu, une vapeur , un air , i» voua deves root souvenir que je vous ai fait remarquer que vooi disiez pala sapa aiicuna prauvp,
Vous disiez aussi quo «> vous ne disputieipai en ce lieu-'lè de ces choses ; ^mais je ne vois poiP< que vous eu ayez traité depuia, et que vous 9^1^ apporté aucune raisoi) pour prouver qas voua n'êtes point un corps de cette nature. J*atteudols toujours que vous le fissiez ioi , et péanmoiof) ^ vous dites ou si vous prouvez quelque choso,p'^ seulement que vous n'êtes point ce corps groffioi et massif touchant lequel j'ai d^à dit qa'U ^7 < point de diliûculté.
Hais, dites«-voua,« ^ d'un oété j*ai une claire e< distincte idée de moi-même, en tant que je sub seulement une chose qui pense, et non étendue et d'un autre j'ai une idée distincte du corps, ei tant qu'il est seulement une chose étendue, et qn ne pense point. » Mais, premiframent, pour p qui est de l'idée du corps, il ma sembla qu*il o< s'en iaut pas beaucoup mettre an peine ; Wt <
ai
nma par m. GAoman».
foof din» cda de Tidét da corps en général, ja
sifoji obligé de répétar ici oa que je vous ai déjà
ttjjccié, à savoir que voua devez aujNuravaot prou«-
Ter que la pensée ne peut convenir à i'eaaeiiGe ou
ila nture du corps ; el ainsi nous retomberions
dass Dûtra première diCQculté, puisque la ques^
tioaest de savoir si vous, qui pensex, n'êtes point
oa oDryi subtil et délié, comme si c*étoit une
chose qui répugnât i la nature du corps que de
peaier^lbis parce qu*en disant œla vous enten-*
danBulenent parler de ce corps massif et gros^
! «er, doqual vous soutanes être distinct et aépa«*
niilMOtti je demeure aucunement d'accord que
TottpouTez avoir Tidée du corps ; mais supposé,
eoooe Togs dites, que vous soyez une chose qui
l'at point étendiia, je pie absolument que vous
eapoiaies avoir Tidée. Car, je vous prie, dites*
DûQsooDmspt V0U9 penaes que Tespèce ou l'idée
t Qorpiqai est étODdu puisse être refue en vous,
eeiMie an une aubetance qui n'est point éten*
dw^ârou cette espèce procède du corps, et
pov ion il est certain qu'elle est corporelle et
40'eiie a Ns parties les unes bora des autres, at
pariant qu'elle est élendue ; ou bien elle yient
d'alieanst le lait sentir par upe autre vpie ; tOi4«-
^y parce qu'il est toujours nécessaire qu'elle
WffimVd h corps qui est étendu, U Haut aiissl
fielle ait des parties, et ainsi qu'elle soit éteor
dœ. Autrement, si elle n'a point de parties, com*
aeot ea pourra-t-elle représenter? si elle n'a
m\ d'étendue, eomment pourra-t-elle repré*
KBier use chose qui en a ? si elle est sans fi^sre,
ottinent fera-t-ella aentir une chose jQgurée? ai
^ a'a point de situittion, comment nous fera*
t^ ooDcevoir une chose qui a des parties les
aeikauies, les autres baases, les unes à droite»
la autres à gauche, les unes devant, les autres
<i^miK, les unes courbées, les autres droites? si
^ertians variété, comment représentera-t-elle
^ariété des couleurs ? etc. ]>onc l'idée du corps
l'eft pas tout-à-fait sans extension ; maia si elle
<*>>et que vous n'en ayez point, comment est*-
vqQBYoua la pourrez recevoir? comment vous la
P^^vni-Tous ajuster et appliquer? comment vous
Ottnrirei-vous? et comment enfin la Beotirea*
^«a pea à peu a*sffaeer et a'évanouir ?
b apris, pour 00 qui regarde Tidée de Toas»
^1 js n'ai rieu à ajouter à ce que j'en ai dé|4
^ priBdpalement sur la seeonde Véditatioa.
^pir It Ton voit clairement que tant s'en faut
fr TOUS ayez une idée claire et distincte de vous*
^ qu'aa contraire II semble que vous n'en
^Q point du tout. Car encore bien que vous
<^BOttdflB eartaineoMni que vous pansez, voua
^ft^u pas néanmoins quelle chose vous êtes,
^ qui pensez ; en aoMa «w, bien q«e celte
seule opération vous soit dairemeat connue, la principal pourtant vous est caché, qui ^t de «a^ voir quelle est cf^tte substance qui a pour l'une de aes opérations de penser. D'où il me semble que je puis fort bien me comparer à uu aveugle, Uh quel sentaut de la chaleur, étaJit averti qu'elle vientdusoleil,penseroitaToiruneelalreetdisUooi# idée du soleil ; d'autant que si quelqu'un lui i^ pnandoit ce que c'est que le soleil, il pourroit répondre que c'est une chose qui é(d»auffe. MaiSi direz7vpus, je ne dis pas seulement ici que je suis une chose qui pense, j'igoute auasi de plus que je suis une chose qui n'est point étendue. ToutefoiSf pour ne pas dire que c'est une chose que vous avances sans preuve, quoique cela soit en ques-* tion entre nous, dites^moi, je vous prie, pensez* vous pour cela avoir une claire et distincte Idée de vous-même? Vous dites que vous n'êtes paa une chose étendue ; certainement j'apprends par li es que voua n'êtes point, mais non pas ce que vous êtes. Quoi donc, pour avoir une idée claire et dis» tincte de quelque chose, c'est*i<-dire une idée vraie et naturelle^ n'est-il pas nécessaire de con-^ ooltre le chose positivement en sol, et, pour aluai parier, alBrmativement? est-ce asses de sgyolr qu'elle n'est point une telle chose? Et celui-lè auroit"il une idée claire et distincte de Bucépbale qui eonnoîtroit du moins qu'il o'est oaa une moii<che?
Hais, pour ne pas insister darantage lè-^easw* vous êtes donc, dltea-vous, une chose qui u'asi point étendue ; mais je vous demande, n'êtes*voui pas diffus par tout le corps? Certainemeot je m sais pas ce que vous aurez à répondre ; car encart quejevousaieoonsidéréaucommenoementcomme étant seulement dans le cerveau, cela néanmoins n'a été que par conjecture plutêt que par une vé^ ritable créance que ce fût votre opinion* J'avols fondé ma conjecture sur ces paroles qui suivent un peu après, lorsque vous dites que ^ ^ l'âme ne reçoit pas immédiatement l'impression de toutes les parties du corps, mais seulement du cerveau» ou peutrêtre même de l'une de ses plus petites parties. » Mais je n'étois pas pour cela tout-à-fait certain si vous étiez seulement dans le cerveau* ou même dans Tune de ses parties, vu que vous vous pouvez êlre répandu dans tout le corps et ne sentir qu'en une seule partie ; comme nous dl-» sons ordinairement que i'ème est diffuse par tout le corps, et que néanmoins elle ne voit que dans rœU.
Ces paroles qui suivent m'avolent aussi fait douter, lorsque vous dites, « et encore que toute rame semble être unie i tout le eorpe, etc. » Car
(I) Tajfes Médiutisn vi^ pase aa.
CINQUIÈMES OBJECiTIONS
en ce Ueu-là tous db dites pas à la vérité que vous soyez uni à tout le corps ; mais aussi vous ne le niez pas. Or, quoi qu'il en soit, supposons premièrement, s'il vous plaît, que vous soyez diffus par tout le corps, soit que vous soyez une m£me chose avec l'ftme, soit que vous soyez quelque chose de dlllérent, je vous demande, pouvez-vous n'avoir point d'extension, vous qui êtes étendu depuis la tête jusqu'aux pieds, qui êtes aussi grand que votre corps, et qui avez autant de parties qu'il en faut pour répondre à toutes les siennes? Direz-vous que vous n'êtes point étendu, parce que vous êtes tout entier dans le tout, et tout entier dans chaque partie ? Si vous le dites, comment, je vous prie, le comprenez-vous? Une même chose peut-elle être tout à la fois tout entière en plusieurs lieux? Je veux bien que la foi nous enseigne cela du sacré mystère de l'Eucharistie ; mais ici je parle de vous, et, outre que vous êtes une chose naturelle, nous n'examinons Ici les choses qu'autant qu'elles peuvent être connues par la lumière naturelle. Et, cela étant, peut-on concevoir qu'il y ait plusieurs lieux, et qa*il n'y ait pas plusieurs choses logées ? Cent lieux ne sont-ils pas plus qu'un? Et si une chose est tout entière en un lieu, pourra-t-elle être en d'autres, si elle n'est hors d'elle-même, comme ce premier lieu est hors des autres? Répondez à cela tout ce que vous voudrez, du moins sera-ce une diose obscure et incertaine de savoir si vous êtes tout entier dans chaque partie, ou si vous n'êtes point plutôt dans chacune des parties de votre corps, selon chacune des parties de vous-même ; et comme il est bien plus manifeste que rien ne peut être tout à la fois en plusieurs lieux, aussi serat-il toujours plus évident que vous n'êtes pas tout entier dans chaque partie, mais seulement tout dans le tout, et partant que vous êtes diffus par tout le corps selon chacune de vos parties, et ainsi que vous n'êtes point sans extension.
Posons maintenant que vous soyez seulement dans le cerveau, ou même dans l'une de ses plus petites parties, vous voyez qu'il reste toujours le même inconvénient, d'autant que, pour petite que soit cette partie, elle est néanmoins étendue, et vous autant qu'elle ; et partant vous êtes étendu et vous avez des petites parties qui répondent à toutes les siennes. Ne direz-vous point peut-être que vous prenez pour un point cette petite partie du cerveau à laquelle vous êtes uni ? Je ne le puis croire ; mais je veux que ce soit un point : toute- Ibis, si c'est un point physique, la même difficulté demeure toujours, parce que ce point est étendu et n'est pas tout-à-fait sans parties ; si c'est un point mathématique, vous savez premièrement que ce n'est que notre imagination qui le forme, et
qu'en effet il n'y en a point. Mais posons qu'il y en ait, ou plutôt feignons qu'il se trouve dans le cerveau un de ces points mathématiques auquel vous soyez uni et dans lequel vous fassiez résidence. Remarquez, s'il vous plaît, l'inutilité de cette fiction; car, quoique nous feignious, si faut-il toujours que vous soyez justement dans le concours des nerfs, par où toutes les parties que l'âme informe transmettent dans le cerveau les idées ou les espèces des choses que les sens ont aperçues. Mais, premièrement, tous les nerfs n'aboutissent pas à un point, soit parce que la cerveau étant continué et prolongé jusqu'à la moelle de l'épine du dos, plusieurs nerfs qui sont répandus dans le dos viennent aboutir et se terminer à cette moelle, ou bien parce qu'on renarqoe que les nerfs qui tendent vers le milieu de la tête ne finissent ou n'aboutissent pas tous à un mêiDe endroit du cerveau. Mais quand ils y aboutiroient tous, toutefois leur concours ne se peut temuDer à un point mathématique, car ce sont des oorpi et non pas des lignes mathématiques, pour poavoir tous s'assembler et s'unir en un point. Et quand cela seroit, les esprits animaux qui se client le long des nerfs ne pourroient ni en sortir ni y entrer, puisqu'ils sont des corps, et que le corps ne peut pas n'être point dans un lieu on passer par une chose qui n'occupe point de lieu, comme le point mathématique. Mais je veux qu'il y puisse être et qu'il y passe ; toutefois, vous qui êtes ainsi existant dans un point où il n*y a ni contrées ni régions, où il n'y a rien qui soit a droite ou à gauche, qui soit en haut ou en bas, ne pouvez-vous pas discerner de quelle partie» choses viennent ou quel rapport elles vous footî J'en dis aussi de même de ces esprits que vooi devez envoyer par tout le corps pour lui communiquer le sentiment et le mouvement, pourD( pas dire qu'il est impossible de comprendre coD' ment vous leur imprimez le mouvement si vou) êtes dans un point, si vous n'êtes point un corf»; ou si vous n'en avez un par le moyen duquel vous les touchiez et poussiez tout ensemble. Cai si vous dites qu'ils se meuvent d'eux-mêmes, c que vous présidez seulement à la conduite i leur mouvement, souvenez- vous que vous ave dit en quelque part ^ que le corps ne se n^ paifU de soi-^nême ; de sorte que l'on peut uA rer de là que vous êtes la cause de son mottT< ment ; et puis expliquez-nous comment cette di rection ou conduite se peut faire sans quelqs sorte de contention , et partant sans quelqt mouvement de votre part ; comment une cboi peut-elle faire contention et effort sur une auH
(I) voyei védfiaUon v, page €8.
FAITES PAR M. GASSENDI
et la Ure monroir, sans un mutael contact du Biotear et du mobile ; et comment ce contact se peut-il faire sans corps, va même que c'est une diose que la lumière naturelle nous apprend qu'il n'y a que les corps qui peuvent toucher et être toudiés.
Toutefois, pourquoi m*arr6té-je ici si longtemps, puisque c'est à vous i nous montrer que TOUS Al^ une chose qui n'a point d'étendue et par eonsAquent qui n'est point corporelle ? Et Je ne pense pas que vous en vouliez tirer la preuve de oe que l'on dit communément que l'homme est composé de corps et d'âme , comme si l'on devoit conclure que le nom de corps étant donné i une partie, l'autre ne doit plus être ainsi appelée; car, si cela étoit, vous me donneriez occasion de le distinguer en cette sorte. L'homme est composé de deux sortes de corps, à savoir d'un grossier et d'uD subtil, en telle sorte que, le nom commun de corps étant attribué au premier, on donne à l'autre le nom d'âme ou d'esprit. Outre que le même se pourroit dire des autres animaux, auxquels je suis assuré que vous n'accorderez pmnC nn esprit semblable à vous ; ce leur sera bien assez si vous les laissez en la possession de leur âme. Lors donc que vous concluez « qu'il est certain que vous êtes distinct de votre corps, n vous voyez bien que cela vous peut être ais&ûent accordé, mais non pas que pour cela vous ne soyez point corporel, plutôt que d'être une espèce de corps fort subtil et fort délié, distinct de cet autre qui est massif et grossier.
Vous ajoutez, «et partant que vous pouvez être sans lui. » Mais quand on vous aura accordé que TOUS pouvez exister sans ce corps grossier et pesant, ainsi que fait une vapeur odoriférante, laquelle, sortant d'une pomme, se va répandant parmi Tair, quel gain ou quel avantage vous en reviendra-t-il de là? Certes ce sera un peu plus que ne vouloient ces philosophes dont j'ai parlé aaparavant, qui croyoient que par la mort vous étiez entièrement anéanti, ne plus ne moins qu'une figure qui se perd tellement par le changement de la superficie qu'elle n'est plus du tout. Car, n'étant pas seulement un mode du corps, comme ils pensoîent, mais étant de plus une légère et subtile substance corporelle, on ne dira pas que vous pénaàa totalement en la mort, et que vous retombiez dans votre premier néant, mais que vous nbaistes dans vos parties ainsi dissipées et écartées les unes des autres , combien qu'a cause de leur trop grande distraction et dissipation vous ne puiasies plus avoir de pensées, et que vous ayez perdu le droit de pouvoir être dit une diose qui pense, ou un esprit, ou une âme. Toutes lesquelles pourtant je vous objecte toujours , non
DflSCARTSS.
comme doutant de la conclusion que vous avez intentée, mais comme ayant grande défiance de la démonstration que vous avez proposée sur ce sujet.
Vous inférez encore après cela quelques autres choses qui sont des suites de cette matière, sur chacune desquelles je ne veux pas insister. Je re* marque seulement que vous dites que « ^ la nature vous enseigne par ces sentiments de douleur, de faim, de soif, etc., que vous n'êtes pas seulement logé dans votre corps, ainsi qu'un pilote en son navire, mais, outre cela, que vous lui êtes conjoint très étroitement, et tellement confondu et mêlé que vous composez comme un seul tout avec lui. Car si cela n'étoit, dites-vous, lorsque mon corps est blessé, je ne sentirois pas pour cela de la douleur, moi qui ne suis qu'une diose qui pense; mais j'apercevrois cette blessure par le seul entendement, comme un pilote aperçoit par la vue si quelque chose se rompt dans son vaisseau. Et lorsque mon corps a besoin de boire ou de manger, je connoîtroîs simplement cela même, sans eu être averti par des sentiments confus de faim et de soif; car en effet ces senti* ments de faim, de soif, de douleur, etc., ne sont autre chose que de certaines façons confuses de penser, qui dépendent et proviennent de l'union, et, pour ainsi dire, du mélange de l'esprit avec le corps.» Certes tout cela est fort bien dit, mais^ il reste toujours i expliquer comment cette conjonction, et quasi permixtion ou confusion vous peut convenir, s'il est vrai, comme vous dites, que vous soyez immatériel, indivisible et sans aucune étendue; car si vous n'êtes pas plus grand qu'un point, comment êtes-vous joint et uni à tout le corps, qui est d'une grandeur si notable ? comment au moins êtes-vous conjoint au cerveau ou i l'une de ses plus petites parties, laquelle, comme j'ai dit auparavant, ne sauroit être si petite qu'elle n'ait quelquegrandeur ou étendue? Si vous n'avez point de parties, comment êtes-vous mêlé ou quasi mêlé avec les parties les plus subtiles de cette matière avec laquelle vous confessez d'être uni, puisqu'il ne peut y avoir de mélange qu'il n'y ait des parties capables d'être mêlées les unes avec les autres? Et si vous êtes entièrement distinct, comment êtes-vous confondu avec cette matière et composez -vous un tout avec elle ? Et puisque toute composition , conjonction ou union ne se fait qu'entre des parties, ne doit-il pas y avoir une certaine proportion entre ces parties? Mais quelle proportion peut-on concevoir entre une chose cor* porelle et une incorporelle? Pouvons-nous comprendre comment, par exemple^ dans une pierre
(1) voyez Méditation n, page 90
ta
CINQUÏÈMES OBJECTIONS
de ponce, l'air et la pierre sont tellement m(H6ê et oqU ensemble qu'il s'en fas^e de là une vraie et Daturclie oom position'? Et cependant il y a une bien plus grande proportion entre la pierre et Tairi qui sont tous fleui dea corps, qu'eptre le corps et l'esprit, qui est tout-i-fait immatériel. J>e plus, toute union ne se doit-elle pas faire par le contact très étroit et très intime des deux choses unies ? Mais, comme je disois tantAt, comment un contact se peut-il faire sans corps? comment une cliose corporelle poqrra-t-elle en embrasser une qui est incorporelle, pour la tenir unie et jointe à soimême ; ou bien comment est-ce que ce qui est incorporel pourra ^'attacher à ce qui est corporel, pqur 8*y unir et ft*y joindre réciproquement , s'il n'y a rien du tout en lui par quoi il se le puisse joindre ni par quoi H lui puisse être joint? Sur quoi je vous prie de me dire» puisque vous avoues voqs-ipême que vous êtes sujet au sentiment de la douleur, coaunent vouspenseï, étant de la nature et condition que vous êtes, c'est-Mirè incorporel et non étendu, être capable de ce sentiment. Car riropression ou sentiment delà douleur ne vient, si Je Tai bien compris, que d'une (certaine distraction ou séparation des parties, laquelle arrive lorsque quelque chose se glisse et se fourre de telle sorte entre les partiea qu'elle en rompt la continuité qui y étoit auparavant. Et de vrai l'état de la douleur est un certain état contre nature ; mais comment estroe qu'une chose peut être mise en un état contre nature, qui de sa nature même est toujours uniforme, simple, d'une même façon. Indivisible, et qui ne peut recevoir de changement? Et la douleur étant une altérationt ou ne se faisant jamais sans altération, comment est-ce qu'une chose peut être altérée, laquelle étant moins divisible que le point, ne peut être faite autre, ou cesser d'être ce qu'elle est , sans être tout-à-falt anéantie ? De plus, lorsque la douleur vient du pied, du bras et de plusieurs autret» parties ensemble, ne faut-il pas qu'il y ait en vous diverses parties dans lesquelles vous la receviez diversement, de peur que ce sentiment de douleur ne soit confus et ne vous semble venir d'une seule partie. Mais, pour dire en un mot, cette générale difficulté demeure toujours, qui est de savoir comment ce qui est corporel se peut faire sentir, et avoir communication avec ce qui n'est pas corporel , et quelle proportion l'on peut établir entre l'un et l'autre.
Je passe sous silence lea autres choses que vous poursuives fort amplement et fort élégamment , pour montrer qu'il y a quelque autre chose que Uieu et vous qui existe dans le monde. Car premièrement vous inférez que vous avex un corps et des (acuités corporelles i et en outr^ qu'il y a
plusieurs antres <»rps autour du vêtrs qulcsvoient leurs espèces dans les organe* de vos leot, ^\ passent ainsi de là jusque* 9 vous, l^udlct causent en vous des sentiments de plaisir <it de douleur qui vous apprennent ce que vous mt poursuivre et à éviter en ces corps.
De toutes lesquelles choses yous tirej^ eofio m fruit, savoir est que puisque tous les sentineDU que vous avez vous rapportent pour rordioaire plutôt le vrai que le faux, en ce qui ooncerpeiei commodités ou incommodités duco)rps,vousQivez plus sujet de craindre que ces cboses-li soient fausses que les sens vous montrent tonsbxjoars. Vous en dites de même des songes qui vouiarri* vent en dQrmapti lesquels ne ppuifant être jointi avec toutes le^ antres actions de votre vie, omm les choses qui vous arrivent lorsque vousfeillei, ce qu'il y a de vérité dans vos pensées se M infailliblement rencontrer en celles que TODsiia étant éveillé plutAt qu'en vos songes. « Et de a que Dieu n'est point trompeur, 11 suit, ditet-TOoi, nécessairement que vous n'êtes point en odi trompé, et que ce qui vons paroit si maDifest^ nient étant éveillé, ne peut qu'il ne soit entiiNment vrai. 1» Or, comme en cela votre piété n leiuble louable, anwi iautril avouer que c'est ane grande raison que vous avez fini votre ouTra^» parées paroles, que «la vie derhommeestnjette à beaucoup d'erreurs* el qu'il faut par nécessité reconnottre la foiblesse et l'inllnpitéd» notre nature. *i
Voilà, monsieur, les remarques qui meioil venues en l'esprit touchant vos MédltatioDs; nais je répète ici ce que j'ai dit au commeDcefiwBl, qu'elles ne sont pas de telle importance que foos vous en dévies mettre en peine, pouroeqoejc n'estime pas que mon jugement soit tel que toqs en deviez fiaire quelque sorte de conpte. Car, tout de même que lorsqu'une viande est agréable à mon goât, que je vols désagréable i celui dtf autres, je ne prétends pas pour cela avoir iegoil meilleur qu'un autre, ainsi lorsqu'une opinioa me plait, qui ne peut trouver créance en l'esprit d'autrui, je suis fort éloigné de penser que It mienne soit la plus véritable. Je crois bien pistêt qu'il a été fort bien dit que chacun abonda en son sens ; et je tiendrois qu'il y aurait qoas autant d'injustice de vouloir que tout le Biooda fût d*un même sentiment que de vouloir que la goût d'un chacun fflt semblable. Ce que je dis pour vous assurer que je n'empêdie point quB vous ne fassiez tel jugement qu'il vous plaira de ces observations, ou même que vous n'co bssiai aucune estime ; ce me sera assez si voua reooo* noisaes raffection que j'ai à votre service, el« tons laites quelque cas du respeol que j'ai poiv
FAITES PAR M. GASSENDI
TOtrerertu. Peut-éfre 8er$-t-Il arrivé que j'aiirai dit quelque chose ud peu trop inconsidéréneoti comme il D*y a rien ou ceux qui disputent a laissent plus aisément emporter : si cela étoit, de le désaTOue entièrement, et consens volontiers qa*ilsoit rayé de mon écrit ; car je vous puis protester que mon premier et unique dessein en ceci D'à été que de m*entretenir dans Tbonneur de votre amitié, et de me la conserver entière et iny'iùkbk Adieu.
RÉPONSES DE L'AUTEUR
AVX CIHOUlàlICS OBI&CTIONS.
DE8CARTBP A M. QASSBaDI.
MoQsieur,
Vous avez combattu mes Méditations par un discours si élégant et si soigneusement recherché, ((qui m'a semblé si utile pour en éclaircir da- 'antâge la vérité, que je crois vous devoir beaucoup d'avoir pris la peine d*y mettre la main, et D'être pas peu obligé au révérend père Mersennô il« TOUS avoir excité de Tentreprendre. Car il a très bien reconnu, lui qui a toujours été très eufiwi de rechercher la vérité, principalement lorsqu'elle peut servir à augmenter la gloire de Bieo, qu'il n y avoit point de moyen plus propre I^ur jugei de la vérité de mes démonstrations ^e de les soumettre à l'examen et à la censure ^quelques personnes reconnues pour doctes partais les autres, afin (te voir si je pourrols répondre pertinemment à toutes les difQcuités qui |Be pourrolent être par eux proposées. A cet effet iien a provoqué plusieurs; il Ta obtenu dp quel- <|3<s-uDs, et je me réjouis que vous ayex aussi ^qoieacéà sa prière. Car, encore que vous n*ayez pu tant employé les raisons d'un philosophe pov réfuter mes opinions que les artifices d'un orateur pour les éluder, cela ne laisse pas de **rc très agréable, et ce d'autant plus que je «Djecture de là qu'il est difficile d'apporter con- ^ mol des raisons différentes de celles qui sont ^tenues dans les précédentes objections que ^avez lues. Car certainement, s'il yen eût eu felqnesanes, elles ne vous auroient pas échappé; ^js m'imagine que tout votre dessein en ceci n'a ^ qoedem'avertir des moyens dont ces person- ^ de qui l'esprit est tellement plongé et attade aux sens qu'ils ne peuvent rien concevoir ¥^^ imaginant, et qui partant ne sont pas pro- ^ pour les spéculations métaphysiques , se P^^ioit servir pour éluder mes raisons et me
donner lieu en même temps de les prévenir. C'est pourquoi ne pensez pas que, vous répondant Ici, j'estime répondre à un parfait et subtil phi* losophe, tel que je sais que vous êtes. Mais, comme si vous étiez du nombre de ces hommes de chair dont vous empruntez le visage, je vous adresserai seulement la réponse que je leur youdrois faire. '
DES CHOSES gui OITT iH OBJECTÉES COHTBK L4 PREMIÈRE MÉDITATION.
Vous dites que vous approuvez le desselq que j'ai eu de délivrer Tesprit de ses anciens préjugés , qui est tel en effet que personne n'y peut trouver à redire ; mab vous voudriez que Je jn'eii fusse acquitté simplement et en peu de paroles, c'est-à-dire, en un mot, négligemment et sans tant de précautions; comme si c'étoit une chose si facile que de se délivrer de toutes les erreurs dont nous sommes imbus dès notre enfance, et que l'on pflt faire trop exactement ce qu'on ne doute point qu'il ne fellle faire. Mais certes je vois bien que vous avez voulu m'indiquer qu'il y en a plusieurs qui disent bien de bouche qu'il fatut soigneusement éviter la prévention, mais qui pourtant ne l'évitent jamais, pource qu'ils ne s'étudient point à s'en défoire, et se persuadent qu'on ne doit point tenir pour des préjugés ce qu'ils ont une fois reçu pour véritable. Certainement vous jouez Ici parfaitement bien leur per* sonnage , et n'omettez rien de oe qu'ils me pourrolent objecter, mais cependant vous ne dites rien qui sente tant soit peu sou philosophe. Oar, où vous dites « qu'il n'étolt pas besoin de feindre un Dieu trompeur, ni que je dormois, » un philosophe aurolt cru être obligé d'ajouter la raison pourquoi cela ne peut être révoqué en doute, ou, s'il n'en eût point eu, comme de vrai il n'v en a point , il se seroit abstenu de le dire. Il n aurolt pas non plus ajouté qu'il sufQsoit en ce lieu-là d'alléguer pour raison de notre défiance le peu de lumière de l'esprit humain ou la foiblesse do notre nature ; car II ne sert de rien , pour corriger nos erreurs, de dire que nous nous trompons, parce que notre esprit n'est pas beaucoup clairvoyant, ou que notre nature est infirme ; car c'est le même que si nous disions que nous erronç parce que nous sommes sujets à l'erreur. Et eertes on ne peut pas nier qu'il ne soit plus utile de prendre garde, comme j'ai fait , à toutes les choses où il peut arriver que nous errions , de peur que nous ne leur donnions trop légèrement notre créance. Un philosophe n'auroit pas dit aussi « qu'en tenant toutes choses pour fausses, je ne me dépouille pas tant de mes anciens préjugés que ji
RÉPONSES DE DESCARTES
me revAts d*un autre tout nouveau , » ou bien 0 eût premièrement tâché de montrer qu'une telle supposition nous pouvoit induire en erreur ; mais, tout au contraire, vous assurez un peu après qu'il n'est pas possible que je puisse obtenir cela de mol , que de douter de la vérité et certitude de ces choses que J'ai supposées être fausses, c'est-à-dire que je puisse me revêtir de ce nouveau préjugé dont vous appréhendiez que je me laissasse prévenir. Et un philosophe ne seroit pas plus étonné de cette supposition que de voir quelquefois une personne qui, pour redresser un bâton qui est courbé, le recourbe de l'autre part; car il n'ignore pas que souvent on prend ainsi des choses fausses pour véritables, afin d'éclaircir davantage la vérité; comme lorsque les astronomes imaginent au ciel un équateur, un zodiaque et d'autres cercles, ou que les géomètres ajoutent de nouvelles lignes i des figures données, et souvent aussi les philosophes en beaucoup de rencontres ; et celui qui appelle cela « recourir i une machine, forger des illusions , chercher des détours et des nouveautés, n et qui dit « que cela est indigne de la candeur d'un philosophe et du zèle de la vérité, n montre bien qu'il ne se veut pas lui-même servir de cette candeur philosophique , ni mettre en usage les raisons, mais seulement donner aux choses le fard et les couleurs de la rhétorique.
DBS CHOSES qm ONT ^TE OBIECT^ES CONTEE LA SECONDE MÉDITATION.
Vous rontiniipx ici à noiiR amuser par des feintes et des déguisements de rhétorique, au lieu de nous payer de bonnes et solides raisons ; car vous feignez que je me moque lorsque je parle tout de bon, et vous prenez comme une chose dite sérieusement et avec quelque assurance de vérité ce que je n'ai proposé que par forme d'interrogation et selon l'opinion du vulgaire. Car quand j'ai dit « qu'il falloit tenir pour incertains, ou même pour faux, tous les témoignages que nous recevons des sens , ft je Tai dit tout de bon ; et cela est si néeessalre pour bien entendre mes Méditations que eelui qui ne peut ou qui ne veut pas admettre cela n'est pas capable de rien dire à i'encontre qui puisse mériter répouse ; mais cependant il faut prendre garde à la différence qui est entre les actions de la vie et la recherche de la vérité, laquelle j'ai tant de fols Inculquée ; car, quand il est question de la conduite de la vie, ce seroit une chose tout-à-fait ridicule de ne s'en pas rapporter aux sens ; d'où vient qu'on s'est toujours moqué de ces sceptiques qui négligeoient jusqu'à tel point toutes les choses du monde que , pour empêcher qu'ils ne se jetassent eux-mêmes dans des
précipices, ils dévoient 8tre gardés parleurs amis, et c'est pour cela que j'ai dit en quelque part « qu'une personne de bon sens ne pouvoit douter sérieusement de ces choses ; *> mais lorsqu'il s'agit de la recherche de la vérité, et de savoir quelles choses peuvent être certainement connues par l'esprit humain , Il est sans doute du tout contraire à la raison de ne vouloir pas rejeter sérieusement ces choses-là comme incertaines, ou même aussi comme fausses, afin de remarquer que celles qui ne peuvent pas être ainsi rejetées sont en cela même plus assurées , et à notre égard plus connues et plus certaines.
Quant à ce que j'ai dit, que « je ne connoissols pas encore assez ce que c'est qu'une chose qui pense, » il n'est pas vrai, comme vous dites, que je l'aie dit tout de bon, car je l'ai expliqué en son lieu ; ni même que j'aie dit que je ne doutois nullement en quoi consistoit la nature du corps, et que je ne lui attribuois point la faculté de se mouvoir soi-même; ni aussi que j'imaginois Tâme comme un vent ou un feu , et autres choses semblables, que j'ai seulement rapportées en ce lieulà, selon l'opinion du vulgaire, pour faire voir par après qu'elles étoient fausses. Mais avec quelle fidélité dites- vous que «je rapporte à l'âme les facultés de marcher, de sentir, d'être nourri, etc.,» afin que vous ajoutiez immédiatement après ces paroles : « Je vous accorde tout cela, pourvu que nous nous donnions de garde de votre distinction d'entre l'esprit et le corps? » car en ce lieu-là même j'ai dit en termes exprès que la nutrition ne devoit être rapportée qu'au corps ; et pour ce qui est du sentiment et du marcher, je les rapporte aussi , pour la plus grande partie; au corps, et je n'attribue rien à l'âme, de ce qui les concerne, que cela seul qui est une pensée.
De plus, quelle raison avez-vous de dire « qu*il n'étoit pas besoin d'un si grand appareil pour prouver mon existence? n Certes je pense avoir fort bonne raison de conjecturer de vos paroles mêmes que l'appareil dont je me suis servi n*a pas encore été assez grand, puisque je n'ai pu faire encore que vous comprissiez bien ma pen sée ; car, quand vous dites que j'eusse pu conclure la même chose de chacune autre de mes actions Indifféremment , vous vous méprenez bien fort , pource qu'il n'y en a pas une de laquelle je sois entièrement certain, j'entends de cette certitude métaphysique de laquelle seule il est ici question, excepté la pensée. Car, par exemple, cette consé quence ne seroit pas bonne, je me promène^ donc je suisy sinon en tant que la connolssanos intérieure que j'en ai est une pensée, de laquelle seule cette conclusion est certaine, non du mouvement du corps, lequel parfois peut être feux,
A M. GASSENDI
I doBMM dans nos songes, quoiqu'il nous semble : alors que dous nous promenloos ; de façon que de eeque je peose me promener je puis fort bien infrer TeiisteDce de mon esprit, qui a cette penifc, mais ooD celle de mon corps , lequel se prooifaie. II en est de même de tous les autres.
'Yom commencez ensuite par une figure de rhétorique assez agréable^ qu'on nomme prosopopée,iffl'i])terroger non plus comme un homme M eotier, mais comme une âme séparée du coqs; en quoi il semble que yous ayez voulu n'irertir que ces objections ne partent pas de rapritd'QD subtil philosophe, mate de celui d'un lioiDiiie attaché au sens et à la chair. Dites- moi donc, je yous prie, 6 chair, ou qui que vous «ja et quel que soll le nom dont vous voulez qa'oD vous appelle, avez-vous si peu de com- DeneavecTesprit que vous n'ayez pu remarquer reodroitou j'ai corrigé cette imagination du vulgaire par laquelle on feint que la chose qui pense est sMiblable au vent ou à quelque autre corps de cette sorte? Car je l'ai sans doute corrigée, I(»iqoe j*ai fait voir que l'on peut supposer qu'il D> a poiat de vent , point de feu, ni aucun autre CM]» au monde, et que néanmoins, sans changer cette supposition , toutes les choses par quoi je eoDOOisque je suis une chose qui pense ne laissent pu de demeurer en leur entier. Et partant toutes les questions que vous me faites ensuite, par oemple, «Pourquoi ne pourrois-je donc pas être ooTeut? Pourquoi ne pas remplir un espace? Poorquoi n'être pas mu en plusieurs façons? » et «très semblables , sont si vaines et inutiles ^D'elles n'ont pas besoin de réponse.
Ce que vous ajoutez ensuite n'a pas plus de fcrce, à savoir «^ si je suis un corps subtil et délié, pourquoi ne pourroisje pas être nourri, » et le reste. Car je. nie absolument que je sois un corps. Et pour terminer une fois pour toutes ces Wenliés, parce que vous m'objectez quasi toujoon la même chose, et que vous ne combattez pas mes raisons, mais que les dissimulant comme tidles étoient de peu de valeur, ou que les rappwtant imparfaites et défectueuses, vous prenez de là occasion de me faire plusieurs objections ^ les personnes peu versées en la philosophie <ttt ooutome d'opposer à mes conclusions, ou à d'autres qui leur ressemblent ou même qui n'ont |KQ de commun avec elles, lesquelles, ou sont ^oipéas du sujet, ou ont déjà été en leur lieu l^tées et résolues ; il n'est pas nécessaire que i^ réponde à chacune de vos demandes, autre- ^t il faudroit répéter cent fois les mêmes cho- » que j'ai ci-devant écrites. Mais je satisferai
Q)To)«iciiMpiitoesOI(|ecUooSfPasef97. (^lbid.,ii.l8S.
seulement en peu de paroles à celles qui me sembleront pouvoir arrêter des personnes un peu entendues. Et pour ceux qui ne s'attachent pas tant à la force des raisons qu'à la multitude des paroles, je ne fate pas tant de cas de leur appro-. bation que je veuille perdre le temps en discours inutiles pour Tacquérir.
Premièrement donc je remarquerai ici qu'on ne vous croit pas quand vous avancez si hardiment et sans aucune preuve que l'esprit cro!t et s'aflbiblit avec le corps ; car de ce qu*il n'agit pas. si pariaitement dans le corps d'un enfant que dans celui d'un homme parfait, et que souvent ses actions peuvent être empêchées par le vin et par d'autres choses corporelles, il s'ensuit seulement que tandis qu'il est uni au corps il s'en sert comme d'un instrument pour faire ces sortes d'opérations auxquelles il est pour l'ordinaire occupé ; mais non pas que le corps le rende plus ou moins parfait qu'il est en soi : et la conséquence que vous tirez de là n'est pas meilleure que si, de ce qu'un artisan ne travaille pas bien toutes les fols qu'il se sert d'un mauvais outil, vous infériez qu'il emprunte son adresse et la science de son art de la bonté de son instrument.
Il faut aussi remarquer qu'il ne semble pas, 6 chair, que vous sachiez en façon quelconque ce que c'est que d'user de raison, puisque, pour prouver que le rapport et la ibi de mes sens ne me doivent point être suspects, vous dites que , « quoique sans me servir de l'œil il m'ait semblé quelquefois que je sentois des choses qui ne se peuvent sentir sans lui, je n'ai pas néanmoins toujours expérimenté la même fausseté : » commo si ce n'étoit pas un fondement sufGsant pour douter d'une chose que d'y avoir une fols reconnu de l'erreur, et comme s'il se pouvoit faire que toutes les fois que nous nous trompons nous pussions nous en apercevoir : vu qu'au contraire l'erreur ne consiste qu'en ce qu'elle ne paroit pas comme telle. Enfin, parce que vous me demandes souvent des raisons lorsque vous n'en avez vousmême aucuDe, et que c'est néanmoins à vous d^eu avoir, je suis obligé de vous avertir que pour bien philosopher il n'est pas besoin de prouver que toutes ces choses-là sont fausses que nous no recevons pas pour vraies, à cause que leur vérité ne nous est pas connue; mais il faut seulement prendre garde très soigneusement de ne rien recevoir pour véritable que nous ne puissions démontrer être tel. Et ainsi quand j'aperçois que Je suis une substance qui pense, et que je forme un concept clair et distinct de cette sutetance dans lequel 11 n'y a rien de contenu de tout ce qui appartient à celui de la substance corporelle, cela me suffit pleinement pour assurer qu'en tant que
RÉPONSES DE ÎDESCARTES
je me oonnois Je ne suis rien qu*ane chose qui pense, et c*est tout ce que j*al assuré dans la seconde Méditation, de laquelle il s'agit maintenant : et Je n'ai pas dA admettre que cette substance qui pense fAt un cotps subtil, pur, délié, etc. , d'autant que Je n'ai eu lors aucune raison qui me le persuadât ; si vous en avez quelqu'une, c*est à vous de nous l'enseigner, et non pas d'ciigér de nioi ^ue je prouve qu'une chose est fausse que Je n'ai point eu d'autre raison pour ne la pas admettre qu'à cause qu'elle m'étoit inconnue. Car vous fkttes le même que si, disant que Je suis maintenant en Hollande, vous disiez que je de dois pas être cru si je ne prouve en même temps que je ne suis pas en la Chine ni eu aucune autre partie du monde, d'autant que peut-être U se peut faire qu'un même corps par la toute-puissance de Dieu soit en plusieurs lieui. Et lorsque vous ajoutez que je dois aussi prouver que les ftmes des bêtes ne sont pas corporelles, et que le corps ne contribue rien à la pensée, vous foites voir que non-seulement vous ignorez à qui appartient l'obligation dé prouver une chose, mais aussi que vous ne savez pas ce que chacun doit prouver ; car pour moi je ne crois point ni que les âmes des bêtes ne soient pas corporelles, ni que le corps ne contribue rien à la pensée ; mais seulement je dis que ce n'est pas ici le lieu d'examiner ces choses.
< L^bscurité que vous trouvez ici est fondée sur l'équivoque qui est dans le mot d'âme, mais
{e l'ai tant de fois nettement éclaircle que j'ai tonte de le répéter Ici ; c'est pourquoi je dirai (seulement que les noms ont été pour l'ordinaire imposés par des personnes Ignorantes, ce qui fait qu'ils ne conviennent pas toujours assez proprement aux choses qu'ils sigoifient; néanmoins, depuis qu'ils sont une fois reçus, il ne nous est pas libre de les changer, mais seulement nous pouvons corriger leurs significations, quand nous voyons qu'elles ne sont pas bien entendues. Ainsi, d'autant que peut-être les premiers auteurs des noms n'ont pas distingué en nous ce principe par lequel nous sommes nourris , nous croissons et faisons sans la pensée toutes les autres fonctions qui nous sont communes avec les bêtes, d'avec celui par lequel nous pensons, ils ont appelé l'un et l'autre du seul nom d^dme, et voyant puis après que la pensée étoit difTérente de la nutrition, ils ont appelé du nom d'esprit cette chose qui en nous a la faculté de penser, et ont cru que c'étoit la principale partie de l'âme. Mais mol, venant à prendre garde que le principe par lequel nous sommes nourris est entièrement
(I) Vojei aoqulèmes ObJccUoDs, page iSS.
distingué de celui par lequel nous pensons, J*al dit que le nom d'tfme, quand il est pris conjointement pour l'un et pour l'autre, est équivoque, et que pour le prendre précisément pour eet acte premier, ou cette fbrme principale de rhomme, il doit être seulement entendu de ce principe par lequel nous pensons ; aussi l'al-je le plus souvent appelé du nom d'esprit pour (ter cette équivoque et ambiguïté. Car je ne considère pas Vesprit comme une partie de Tftme, mais comme cette âme tout entière qui pense.
Mais, dites-vous, vouri êtes efl l»elne de savoir * si Je n'estime donc point que l'âme pense toujours. » Mais pourquoi ne penseroît-elle pas too* Jours, puisqu'elle est une substance qui pense ? £t quelle merveille y a-t-il de ce que nous ne nous ressouvenons pas des pensées que nous avons eues dans le ventre de nos mères, ou pendant une léthargie, etc. » puisque nous ne nous ressouvenons pas même de plusieurs pensées qUe nous savons fort bien avoir eues étant adultes, sains et éveillés : dont la raison est que, pour se ressouvenir des pensées que l'esprit a une fois conçues tandis qu'il est conjoint au corps. Il est hécessaire qu'il en reste quelques vestiges imprimés dans le cerveau, vers lesquels l'esprit se tournant et appliquant A eux sa pensée. Il vient i se ressouvenir ; or, qu'y a-t-il de merveilleux si le cerveau d'un enfant ou d'un léthargique n'est pas propre pour reoevolf de telles Impressions?
Enfin, où j'ai dit que « * peut-être il se pouvolt faire que ce que Je ne connois pas encore (à savoir mon corps) n'est point dlfîércnt de moi que Je connois (à savoir de mon esprit), que je n'en sais rien, que Je ne dispute pas de cela, etc. , I* vous m'objectez : « SI vous ne le savez pas, si vous ne disputes pas de cela, pourquoi dites- vous que vous n'êtes rien de tout cela? • Où il n'est pas vrai que j'aie rien avancé que je ne susse ; car, tout au contraire, parce que Je ne savois pas lors si le corps étoit une même chose que l'esprit ou s'il ne l'étoit pas , Je n'en ai rien voulu avancer, mais J'ai seulement considéré l'esprit, jusqu'à ce qu'enfin, dans la sixième Méditation, je n'ai pas simplement avancé, mais j'ai démontré très clairement qu'il étoit réellement distingué du corps. Mais vous manques vousmême en cela beaucoup , que n'ayant pas la moindre raison pour montrer que l'esprit n'est point distingué du corps, vous ne laisses pas de l'avancer sans aucune preuve.
Ce que J'ai dit de rimaginatlon est assez dair si l'on veut y prendre garde, mais ce n*est pas
(t) Vovei CioqaièinM Ol^ectloDs, page IBS.
A M. OABflEnDL
nerfeille si ceia lemUe oiiMiir * à e&a% qdi ne méditent jamais, et qui ne font aocune réfleiion sur ce qu'Us pensent. Mais j*ai à les avertir que les choses que j*al assuré ne point appartenir à cette connoissanoe que j*ai de mol - mAme ne répugnent point arec celles que j'arols dit aupAra- Tant ne saroir pas si elles appartenoient à m<m essence ; d'autant que oe sont deui choses entièrement différentes, appartenir à mon essence et 3ppartenir 4 la connoissanoe que j'ai de moi« mime.
^ Tout ce que vous alléguez icl| A très bonne chair, ne me semble pas tant des objections que quelques murmures qui n*ont pas besoin de repartie.
' Vous continues encore ici yos murmures , mais il n*est pas nécessaire que je m'y arrête davantage que j'ai fait aui autres ; car toutes les questions que vous faites des bétes sont hors de propoe, et ce n'est pas ici le lieu de les eiamlner $ d'autant que l'esprit, méditant en soi-même et faisant réflexion sur ce qu'il est, peut Iden expérimenter qu'il pensof mais non pas si les bêtes ont des pensées ou si elles n'en ont pas, et il n'en peut rien découvrir que lorsque, examinant leurs opérations, Il remonte des effets vers leurs causes. Je ne m'arrête pas non plus à réfuter iei Ueoi où vous me faites parler impertlnemmeot « parce qu'il me suffit d'avoir une fois averti le lecteur que vous ne gardez pas toute la fidélité qui est due au rapport des paroles d'autrui. Mais j'ai souvent apporté la véritable marque par laquelle nous pouvons connoitre que l'esprit est différent du corps, qui est que toute l'essence ou toute la nature de l'esprit consiste seulement à penser, là où toute la nature du corps consiste seulement en ce point que le corps est une chose étendue, et aussi qu'il n'y a rien du tout de commun entre la pensée et l'extension. J'ai souvent aussi fait voir fort clairement que l'esprit peut agir indépendamment du cerveau ; car il est certain qu'il est de nul usage lorsqu'il s'agit de former des actes d'une pure Intellection, mais seulement quand il est question de sentir ou d'imaginer quelque chose ; et bien que, lorsque le sentiment ou rimaginatlon est fortement agitée, comme il arrive quand le cerveau est troublé, l'esprit ne puisse pas facilement s'appliquer à concevoir d'autres choses, nous expérimentons néanmoins que, lorsque notre Imagination n*est pas si forte, nous ne laissons pas souvent de concevoir quelque chose d'entièrement différent de ce que nous imaginons ; comme lorsqu'au mUleu de nos songes
(1) Toyei Clnqaiènief OfajectiOM, page ISS. {% Ibkl. (^lua^ypnieisi.
nous apercevons qQO nous rêvons s car alors d*eM bien un effet de notre imagination de ee que hodS rêvons, ihais c'est un ouvrage qui n'appartient qu'à Tentendement seul de nofls feire Aperostolf de nos rêveries.
* Id, comme souvent ailleurs, vous ftites voir seulement que vous n'entendes pas t» que vottS tâches de reprendre ; car je n'ai point Mt ftbstrae* tion du concept de la cire d'avec celui de ses Btà* eidedts, mais plutAt j'ai voulu montrer comment sa substance est manifestée t>ar leÉ aMdents, et combien sa perception, qudnd ^le est daire et distincte et qu'une exacte réfletkm bous l'a fendue manifeste, diffère de la vulgaire et eoBfhse. Et je ne vois pas, A chair, sUr quel argument vous vous fondes pour esiurer avec tant de oertitode qu'un chien discerne et jbge de la même façon que nousi sinon parce que voyant qu'il est aussi com<>' posé de chair, vous vous persuades que les mêmes choses qui sont en vous se rencontrent aussi en lui; pour mol, qui ne reeonnols dans un chien aucun esprit, je ne pense pas qu'il y ait rteli en lui de semblable aux choses qui appartienhent à l'eaprit.
Je m'étonne que vous ëtOQiez que toutes leH choses que je considère en la cire prouvent bien que Je connols dlstlnctenietlt que je sitis, ittftls noti pas quel je suis OU quelle est ma nature, vu que l'un ne se démontre point sans l'autre. Et je ne vois pas ce que vous pouvez désirer de plus touchant cela, sinon qu'on voUs dise de quelle couleur, de quelle odeur et de quelle saveur est l'esprit humain, ou de quel sel, soufre et mercure il est composé ; car vous voulez que, comme par une espèce d'opération chimique, à l'exemple du vin, nous le passions par l'alambic, pour savoir oe qui eùtre en la composition de son essence. Ce qui certes est digne de vous, ê chair, et de tous ceux qui, ne concevant rien que fort confusément, ne savent pas ce que Ton doit rechercher de chaque chose. Mais, quaut à moi, je n'ai jamais pensé que, pour rendre une substance manifeste, il fut besoin d'autre chose que de découvrir ses divers attributs ; en sorte que plus nous connoissons d'attributs de quelque substance, plus parfaitement aussi nous en connoissoDs la nature; et tout ainsi que nous pouvons distinguer plusieurs divers attributs dans la cire, l'un qu'elle est blanche, l'autre qu'elle est dure, l'autre que de dure elle devient liquide, etc. , de même y en a-t-il autant en l'esprit, l'un qu'il a la vertu de connoitre la blancheur de la cire, l'autre qu'il a la vertu d'en connoitre la dureté, Tautre qu'il peut connoitre le changement de cette dureté ou la liquéfaction, etc.; car tel ))eut con-
(i) voyez CinqalèewiOtsBctisiBi ^sse M^
REPONSES DE DESGARTES
noitre la doreté qoi pour cela ne connoltra pas la blancheur, comme un aveugle-né, et ainsi du reste; d'où l'on voit clairement quMl n*y a point de chose dont on connoisse tant d'attributs que de notre esprit, pource qu'autant qu'on en connoît dans les autres dioaes, on en peut autant compter dans l'esprit de ce qu'il les connoît; et partant sa nature est plus connue que celle d'aucune autre chose.
Enfin, vous me reprenez ici en passant de ce que, n'ayant rien admis en moi que l'esprit, je parle néanmoins de la cire que je yois et que je toudie, ce qui toutefois ne se peut faire sans yeux ni sans mains ; mais tous avez dû remarquer que j'ai expressément averti qu'il ne s'agissoit pas ici de la vue ou du toucher, qui se font par l'entremise des organes corporels, mais de la seule pensée de voir et de toucher, qui n'a pas besoin de ces organes, comme nous expérimentons toutes les nuits dans nos songes ; et certes vous l'avez fort bien remarqué ; mais vous avez seulement voulu faire voir combien d'absurdités et d'injustes cavillations sont capables d'inventer ceux qui ne travaillent pas tant à bien concevoir une chose qu'à l'impugner et contredire.
DB8 CHOSES QUI ONT isi OBJECtiES COHTRE LA TBOISlàME MÉDITAHON.
* Courage; enfin vous apportez ici contre mol quelque raison, ce que je n'ai point remarqué que vous ayez fait jusques ici ; car, pour prouver que ce n'est point une règle certaine que « les choses que nous concevons fort clairement et fort distinctement sont toutes vraies, *» vous dites que quantité de grands esprits, qui semblent avoir dû connoltre plusieurs choses fort clairement et fort distinctement, ont estimé que la vérité étoit cachée dans le sein de Dieu même, ou dans le profond des abîmes ; en quoi j'avoue que c'est fort bien argumenter de l'autorité d'autrui ; mais vous devriez vous souvenir, 6 chair, que vous parlez ici à un esprit qui est tellement détaché des choses corporelles qu'il ne sait pas même si jamais il y a eu aucuns hommes avant lui, et qui partant ne s'émeut pas beaucoup de leur autorité. Ce que vous alléguez ensuite des sceptiques est un lieu commun qui n'est pas mauvais, mais qui ne prouve rien, non plus que ce que vous dites qu'il y a des personnes qui mouiToient pour la défense de leurs fausses opinions, parce qu'on ne sauroit prouver qu'ils conçoivent clairement et distinctement ce qu'ils assurent avec tant d'opiniâtreté. Enfin, ce que vous ajoutez, qu'il ne faut pas tant se travailler à confirmer la vérité de cette règle qu'à donner
(1) voyeiCliKialènes 0liJectkn8,|Mge iss.
une bonne méthode pour connoTtre s! nous nom trompons ou non lorsque nous pensons concevoir clairement quelque chose, est tràs véritable; mais aussi je maintiens l'avoir fait xactement en son lieu : premièrement, en étant les préjugés; puis après, en expliquant toutes les principales idées; et enfin, en distinguant les claires et distloctesde celles qui sont obscures et confuses.
Certes j'admire votre* raisonnement par lequel vous voulez prouver que toutes nos idées sont étrangères ou viennent de dehors, et qu'il n'y eo a point que nous ayons formée, « ^ pource que, dites-vous, l'esprit n'a pas seulement la faculté de concevoir les idées étrangères; mais il a aussi celle de les assembler, diviser, étendre, raccourcir, composer, etc. , en plusieurs manières : » d'où vous concluez que l'idée d'une chimère que l'esprit fait en composant, divisant, etc., n'est pas faite par lui, mais qu'elle vient de dehors ou qu'elle est étrangère. Mais vous pourriez aussi de la même façon prouver que Praxitèle n'a lait aucunes statues, d'autant qu'il n'a pas eu de lui le marbre sur lequel il les pût tailler ; et l'on pourroit aussi dire que vous n'avez pas fait ces objections, pource que vous les avez composées de paroles que vous n'avez pas inventées, mais que vous avez empruntées d'autrui. Mais certes ni la forme d'une chimère ne consiste pas dans les parties d'une chèvre ou d'un lion, ni celle de vos objections dans chacune des paroles dont vous vous êtes servi, mais seulement dans la composition et l'arrangement de ces choses. J'admire aussi que vous souteniez que l'idée de ce qu'on nomme en général une chose ne puisse être en l'esprit, « si les idées d'un animal, d'une plante, d'une pierre et de tous les universaux n'y sont ensemble : •» comme si, pour connoitre que je suis une chose qui pense, je devols connoitre les animaux et les plantes, pource que je dois connoître ce qu'on nomme une chose^ ou bien ce que c'est en général qu'une chote.
Vous n'êtes pas aussi plus véritable en tout ce que vous dites touchant la vérité.
Et enfin, puisque vous impugnez seulement des choses dont je n'ai rien affirmé, vous vous armez en vain contre des fantémes.
Pour réfuter les raisons pour lesquelles j'ai estimé que l'on pouvoit douter de l'existence des choses matérielles, vous demandez ici <• pourquoi donc je marche sur la terre, etc.% *» en quoi il est évident que vous retombez dans la première difficulté ; car vous posez pour fondement ce qui est en controverse et qui a besoin de preuve, savoir est qu'il est si certain que je marche sur la terre qu'on n'en peut aucunement douter.
(ii.voyei CkHiafèmei OiiMioiis, page i6d. M.ML p. te?.
A M. GASSENDI
Et lonqu'anx objections que je me suis faites, et doDt j*ai dooné la solution, yous voulez y ajouter œlte autre, à savoir « * pourquoi donc dans un aveogie-né n*y a-t-il point d'idée de la couleur, oa dans an sourd des sons et de la voix? » vous fiîtes bien voir que vous n'en avez aucune de conséqoaiee ; car comment savez-vous que dans un aveu^e-né il n'y a aucune idée des couleurs? Vu que parfolB nous expérimentons qu'encore bien que nous ayons les yeux fermés il s'excite néanmoins en nous des sentiments de couleur et de laoïière ; et quoiqu'on vous accordât ce que vous dites, celai qui nieroit l'existence des choses matérielles n*aaroIt-il pas aussi bonne raison dédire qu'an ayeagle-Dé n'a point les idées des couleurs parce que son esprit est privé de la faculté de les former, que tous en avez de dire qu'il n'en a point les idées parce qu'il est privé de la vue?
'Ce que vous ajoutez des deux idées du soleil ne prouve rien ; mais quand vous les prenez toutes deux pour une seule, parce qu'elles se rapportent ao même soleil, c'est le même que si vous disiez que le vrai et le faux ne diffèrent point lorsqu'ils m disent d'une même chose ; et lorsque vous niez que Ton doive appeler du nom d'idée celle que ooiB inférons des raisons de l'astronomie, vous restrdgnez le nom d'idée aux seules images dépeintes en la fantaisie, contre ce que j'ai exprèsiément établi.
> Tous faites le même lorsque vous niez qu'on paisse avoir une vraie idée de la substance, à ciose, dites-vous, que la substance ne s'aperçoit point par l'imagination , mais par le seul enten- (fement ; mais j'ai déjà plusieurs fois protesté , A chair, que je ne voulois point avoir affaire avec ceux qui ne se veulent servir que de l'imagination , et non point de l'entendement.
Mais où vous dites que « l'idée de la substance a'a point de réalité qu'elle n'ait emprunté des idées des accidents sous lesquels ou à la façon desquels elle est conçue, » vous faites voir claireiKnt que vous n'en avez aucune qui soit disûnete, poarce que la substance ne peut jamais kre conçoe à la façon des accidents ni emprunter d*eux sa réalité ; mais, tout au contraire, les accidents sont communément conçus par les phii»>plies comme des substances, savoir lorsqu'ils ks conçoivent ccmme réels ; car on ne peut attrih&sr aux accidents aucune réalité, c'est-à-dire «eune entité plus que modale, qui ne soit emprunta de l'idée de la substance.
lînfin, là où vous dites que «^nous ne formons Ildée de Dieu que sur ce que nous avons appris
(0 rojez CfDqoièoies Objections^ page iST. ^ lUd., pase MS. (4)U)id,pi«aiee,
et entendu des autres, n lui attribuant , à leur, exemple, les mêmes perfections que nous avons vu que les autres lui attribuoient, j'eusse voulu que vous eussiez aussi ajouté d'où c'est donc que ces premiers hommes de qui nous avons appris et entendu ces choses ont eu cette même idée de Dieu. Car s'ils l'ont eue d'eux-mêmes, pourquoi ne la pourrons^nous pas avoir de nous-mêmes ? Que si Dieu la leur a révélée , par conséquent Dieu existe.
Et lorsque vous ajoutez que ««^ celui qui dit une chose infinie donne à une chose qu'il ne com-* prend pas un nom qu'il n'entend point non plus, n vous ne mettez point de distinction entre l'intellection conforme à la portée de notre esprit, telle que chacun reconnoit assez en soi-même avoir de l'infini, et la conception entière et parfaite des choses, c'est-à-dire qui comprenne tout ce qu'il y a d'intelligible en elles, qui est telle que personne n'en eut jamais non-seulement de l'iU'* fini, mais même aussi peut-être d'aucune autre chose qui soit au monde, pour petite qu'elle soit; et il n'est pas vrai que nous concevions l'infini par la négation du fini, vu qu'au centralise toute limitation contient en soi la négation de l'infini.
Il n'est pas vrai aussi que •> > l'idée qui nous représente toutes les perfections que nous attribuons à Dieu n'a pas plus de réalité objective qu*en ont les choses finies. » Car vous confessez vous-même que toutes ces perfections sont am-. plifiées par notre esprit, afin qu'elles puissent être attribuées à Dieu ; pensez -vous donc que les choses ainsi amplifiées ne soient point plus grandes que celles qui ne le sont point ? et d'où nous peut venir cette faculté d'amplifier toutes les perfections créées, c'est-à-dire de concevoir quelque chose de plus grand et de plus parfait qu'elles ne, sont, sinon de cela seul que nous avons en nous ridée d'une chose plus grande, à savoir de Dieu même? Et enfin il n'est pas vrai aussi que Dieu seroit très peu de chose s'il n'étoit point plus grand que nous le concevons ; car nous concevons qu'il est infini, et il ne peut y avoir rien de plus grand que l'infini. Mais vous confondez l'intellection avec l'imagination, et vous feignez que nous imaginons Dieu comme quelque grand et puissant géant, ainsi que feroit celui qui, n'ayant jamais vu d'éléphant, s'imagineroit qu'il est semblable à un ciron d'une grandeur et grosseur démesurée ; ce que je confesse avec vous être fort impertinent.
3 Yous dites ici beaucoup de choses pour faire semblant de me contredire, et néanmoins vous ne dites rien contre moi, puisque vous conclues
(1) vpjes Gloquitiiieft ObijectioDs, page lee. (^ (8)ibid.
RÉPONSES DS DESCARTES
Il mAiie éhOM que mol. Mâfo néanmoliit tom eotremMef par-ei pflNià piuslmiri diows doot je ne demeure pa« d'aooord \ ptr eiemple^ qne cet ailoiiie^ il n'y a rien dam un tfféi ftt< n'mi M pnnMrméM tam $a eauêë^ ae doit plutAt entendre de td eanae matérielle qne de relBclente ; car 11 eat impoMlble de concetolr que la perftM;tlon de le fbrme préeilste dans la cause matérlelle^ ffiftli bien dana la aeule cause efflelentef et aussi que la réalité formelle d'une idée ioii une eubêianee^ et plusieurs autres cboses semblables.
81 vous atles quelques raisons pour prouver Teiisteoce des choses matérielleSf sans doute que TOUS les eussiet ici rapportées. Mais puisque tous demandes seulement « * s'il est donc Trai que Je sois incertain qu'il y M quelque autre chose que mol qui existe dans le monde, » et que tous feignes (|u'll n'est pas besoin de chercher des raisons d'une chose si étideutot et ainsi que tous TOUS en rapporties seulement Itos anciens pr^ugés, TOUS faites voir bien plus clairement que vous n'aves aucune raison pour prouver ce que tous assurer que si vous n'en aTles rien dit du tout. Quant à ce que vous dites touchant les idées, oelA n'a pas besoin de réponse « pource qne tous restreignes le nom d'Idée aui seules Images dépeintes en la fantaisie , et mol Je retends à tout de que nous concevoDl par la pensée.
Mais je vous demande, en passant, par quel argument tous prouves que «• rien n'agit sur soi-même, m Car ce n'est pas votre coutume d'user d'arguments et de prouver ce que vous dites. Vous prouves cela par l'exemple du doigt qui ne se peut frapper soi-même, et de l'œil qui ne se peut voir, si ce n'est dans un miroir; à quoi il est aisé de répondre que ce n'est point TobII qui se voit lui-même, ni le miroir, mais bien l'esprit, lequel seul oonn(4t et le miroir, et l'osil, et sol-même. On peut même aussi donner d'autres etemples, parmi les choses corporelles, de l'action qu'une diose exerce sur soi, comme lorsqu'un sabot se tourne sur sol-même ; cette conversion A*est-elle pas une action qu'il exerce sur sol ?
> Enfln il fout remarquer que je n'ai point affirmé que « les idées des choses matérielles dérl- Toient de l'esprit, * comme vous me voulez ici fiilrc accroire ; car J'ai montré expressément après qu'elles procédoieut souvent des corps, et que o'est par là que l'on prouTe l'existence des dioses eorporellfla) mais j'ai senlementfaitToIren cet endroit-là qu'il n'y a point en elles tant de réalité qn'à cause de cette maxime, • Il n'y a rien dans n effet qui n'ait été dans m cause, formellement M éminemment, • on dolTe oonclure qn'elki
(i)ToTctCliK|i]iene8 0l)tocUoiis,pasei71. WlbM. (3B)ïUUl,
n'ont pa dérlTor de l'esprit seftl; « que tous n'Impugnei en aucune fihçoD.
* Vous ne dites rien Ici que vous n'ajes déjà dit auparaTant et que je n'aie entièrement ré* futé. Je TOUS aTertiral seulement loi, touchant ridée del'lnflnl, laquelle tous dites ne pouTQlrêtre vraie si je ne oomprends l'inflnl» et que œ que j'ett oonnols n'est tout au plus qu'une partie de l'Infini, et même une fort petite partie^ qui ne représente pas mieux l'Infini que le portrait d'un simple cheveu représente un homme tout entier ; je vous avertirai! dis-jOi qu'il répugne que je comprenne quelque chose, et que ce que je comprends soit Infini ; car pour avoir une Idée vraie de l'infini. Il ne doit en aucune i^n être compris, d'autant que rincompréhensibilité même est contenue dans la raison formelle de rinfioi ; et néanmoins c'est une chose manifeste que l'idée que nous avons de l'infini ne représente pas seulement une de ses parties, mais l'infini tout entier, selon qu'il doit être représenté par une Idée humaine ; quoiqu'il soit certain que Bleu ou quelque autre nature intelligente en puisse avoir une autre beaucoup plus parfaite, c'est-à-dire beaucoup plus exacte et plus distincte que celle que les hommes en ont , en même façon que nous disons que celui qui n'est pas versé dans la géométrie ne laisse pas d'avoir l'idée de tout le triangle, lorsqu'il le conçoit comme une figure eomposée de trois lignes, quoique les géomètres puissent connoitre plusieurs autres propriétés du triangle et remarquer quantité de choses dans son idée que celui-là n'y observe pas. Car comme il suffit de concevoir une figure composée de trois lignes pour avoir l'idée de tout le triangle, de même il suifit de concevoir une chose qui n'est renfermée d'aucunes limites pour avoir une vraie et entière idée de tout l'infini
* Vous tombes ici dans la même erreur lorsque vous niez que nous puissions avoir une vraie idée de Dieu ; car encore que nous ne connoisslons pas toutes les choses qui sont en Dieu, néanmoins tout ce que nous connoissons être en lui est entièrement véritable. Quant à ce que vous dites, que • le pain n'est pas plus parfait que celui qui le désire, et que, de ce que je conçois que quelque chose est actuellement contenue dans une idée i il ne s'ensuit pas qu'elle soit actuellement dans la chose dont elle est l'Idée , et aussi que ie donne ji^ement de ce que j'ignore , • et autres choses semblables ; tout cela , dis-je , nous montre seulemeol que vous voulez témérairement impugner plusieurs dMises dent vous neconprenes pas le sens ; car de ce que quelqu'un désire du pain, on n'In-
(l)VoyeiCiiiquièiikei0l9ecti<nM,|ttB«rn. (^BM.
A M« GABSEM DL
Kttfts qso le paio soit plus parfait que lui, mais «olemeDt qoe celui qui a besoin de pain est moins parfait que lorsqu'il n'en a pas l>e6oin. Et de ce foe quelque chose est contenue dans une idée, je aeeoDcIus pas que cette cliose existe actuellement, iîDOQ lorsqu'on ne peut assigner aucune autre caose je cette idée que cette chose même qu'elle repréieote acluellcment existante ; ce que j'ai démoDiri De se pouvoir dire de plusieurs mondes , Ai (/'aadme autre chose que ce soit, excepté de Dira seul. Et je ne juge point non plus de ce que fpore, car j'ai apporte les raisons du jugement que je fiùsois, qui sont telles que vous n'avez encore pu jusqaes ici en réfuter la moindre. 'lorsque vous niez que nous ayons besoin du coDcourset de l'IuQuence continuelle de la cause première pour être conservés, vous niez une chose que tous les métaphysiciens affirment comme très iDuifeste, mais à laquelle les personnes peu lettrées ne pensent pas souvent, parce qu'elles por« Ifflt seulement leurs pensées sur ces causes qu'on ^eo réoole ucundum fieri , c'est-à-dire de ÇBiies effets dépendent quant a leur production » ei non pas sur celles qu'ils appellent secundum ^,c'est-a-dlre de qui les effets dépendent quant i lear subsistance et continuation dans l'être. Ainsi Farchitecte est la cause de la maison , et le I«re la causa de son fils , quant à la production ^meot ; c'est pourquoi l'ouvrage étant une fois ^^ij il peut subsister et demeurer sans cette c^se; mais le soleil est la cause de la lumière ^procède de lui ; et Dieu est la cause de toutes !p choses créées, non-seulement en ce qui dépend ^hr production , mais mémo en ce qui con- ^^e leur conservation ou leur durée dans l'être. ^ot pourquoi il doit toujours agir sur son effet ^^BDe même façon pour le conserver dans le pret^èire qu'il lui a donné. Et cela se démontre lirt clairement par ce que j'ai expliqué de i'indé- ^dance des parties du temps!, ce que vous tâ- ^e& vain d'éluder , en proposant la nécessité ^lasuite qui est entre les parties du temps contré dans l'abstrait, de laquelle il n'est pas ici ç^on , mais seulement du temps ou de la durée « h chose même y de qui vous ne pouvez pas nier ^^ les moments ne puissent être séparés de ^ qui les suivent immédiatement, c'est-à-dire ¥^ De puisse cesser d'être dans chaque mo- *W de sa durée.
Jt lorsque vous dites a» qu'il y a en nous assez •'értupour nous foire persévérer au casque ^e cause corruptive ne survienne , » vous ne 'f^ pas garde que vous attribuez à la créature •^Pfffeciion du Créateur , en ce qu'elle persévère
'IVwcbqattnies OI)|ecUoo8, page 175. (^UiidL
dans l'être indépendamment d'aUtruI; et en même temps que vous attribuez âu Créateur l'imperfection de la créature, en oe qile , si Jamais il vouloit que nous oessassions d'être , il faudrait qu'y eût le néant pour le terme d'une action posiUve.
Ce que vous dites après cela toudiant le prO^ grii à Vinfini , à savoir « ^ qu'il n'y a point de répugnance qu'il y ait un tel progrès, » vous le désavouez incontinent après; car vous cohfessez vous-même « qu'il est impossible qu'il y en puisse avoir dans ces sortes de causes qui sont tellement connexes et subordonnées entre elles que l'inférieur ne peut agir si le supérieur ûe lui donne le branle. » Or il ne s'agit ici que de ces sortes de causes, à savoir de celles qui donnent et conservent l'être à leurs effets , et non pas de celles de qui les effets ne dépendent qu'au moment de leur production , comme sont les parents ; et partant l'autorité d'Aristote ne m'est point ici contraire.
* Non plus que ce que vous dites de ia Pandore ; car vous avouez vous-même que je puis tellement accroître et augmenter toutes les perfections que je reconnois être dans l'homme qu'il me sera facile de reconnoitre qu'elles sont telles qu'elles ne sauroient convenir à la nature humaine , ce qui me suffit entièrement pour démontrer l'existence de Bleu ; car je soutiens que cette vertu-là d'augmenter et d'accroitre les perfections humaines jusqu'à tel point qu'elles ne soient plus humaines, mais infiniment relevées au-dessus de l'état etcondition des hommes, ne pourroit être en nous si nous n'avions un Bleu pour auteur de notre être. Mais, à n'en point mentir, je m'étonne fort peu de ce qu'il ne vous semble pas que j'aie démontré cela assez clairement ; car je n'ai point vu jusques ici que vous ayez bien compris aucune de met raisons.
Lorsque vous reprenez ce que j'ai dit, à savoir « 3 qu'on ne peut rien ajouter ni diminuer de l'idée de Dieui n il semble que vous n'ayez pas pris garde à ce que disent communément les philosophes, que les essences des choses sont indivisibles ; car l'idée représente l'essence de la chose, à laquelle si on ajoute ou diminue quoi que ce soit, elle devient aussitêt l'idée d'une autre chose : ainsi s'est-on figuré autrefois l'idée d'une Pandore; ainsi ont été faites toutes les idées des faux dieux, par ceux qui ne concevoient pas comme il faut celle du vrai Bleu. Mais de* puis que l'on a une fois conçu l'Idée du vrai DieU, encore que Ton puisse découvrir en lui de nouvelles perfections qu'on n'avoit pas encore ftper-
(1) Voyez Cinquièmes ObJecUons, pase 176. (^) lUd. (3} U)id., page 177
RÉPONSES DB DESGÂRTES
çaes , 80D idée n'est point pourtant accrue ou augmentée, mais elle est seulement rendue plus distincte et plus expresse, d'autant qu'elles ont dft être toutes contenues dans cette même idée que Ton avoit auparavant, puisqu'on suppose qu'elle étoit vraie ; de la même façon que l'idée du triangle n*est point augmentée lorsqu'on vient à remarquer en lui plusieurs propriétés qu'on avoit auparavant ignorées. Car ne pensez pas que « l'idée que nous avons de Dieu se forme successivement de l'augmentation des perfections des créatures ; *» elle se forme tout entière et tout à la fois, de ce que nous concevons par notre esprit l'être infini incapable de toute sorte d'augmentation.
Et lorsque vous demandez « ^ comment je prouve que l'idée de Bleu est en nous comme la marque de l'ouvrier empreinte sur son ouvrage, quelle est ia manière de cette impression, et quelle est la forme de cette marque, » c'est de même que si, reconnoissant dans quelque tableau tant d'artifice que je jugeasse n'être pas possible qu'un tel ouvrage flkt sorti d'autre main que de celle d'Apelles, et que je vinsse à dire que cet artifice inimitable est comme une certaine marque qu'Apelles a imprimée en tousses ouvrages pour les faire distinguer d'avec les autres, vous me demandiez quelle est la forme de cette marque, ou quelle est la manière de cette impression. Certes il semble que vous seriez alors plus digne de risée que de réponse. Et lorsque vous poursuivez, « si cette marque n'est point différente de l'ouvrage, vous êtes donc vous-même une idée, vous n'êtes rien autre chose qu'une manière de penser, vous êtes et la marque empreinte et le sujet de l'impression," cela n'est-il pas aussi subtil que si, moi ayant dit que cet artifice par lequel les tableaux d'Apelles sont distingués d'avec les autres n'est point différent des tableaux mêmes, vous objectiez que ces tableaux ne sont donc rien autre chose qu'un artifice, qu'ils ne sont composés d'aucune matière, et qu'ils ne sont qu'une manière de peindre, etc. ?
Et lorsque, pour nier que nous avons été faits à l'image et semblance de Dieu , vous dites que • Dieu a donc la forme d'un homme, » et qu'ensuite vous rapportez toutes les choses en quoi la nature humaine est différente de la divine, êtesvous en cela plus subtil que si, pour nier que quelques tableaux d'Apelles ont été faits i lasemnlance d'Alexandre , vous disiez qu'Alexandre ressemnie donc à un tableau, et néanmoins que les tableaux sont composés de bois et de couleurs, et non pas de chair comme Alexandre? Car il
(i) Vojfci Cinquièmes ObjccUons, pajc m.
n'est pas de l'essence d'une image d'être en tuoi semblable à la chose dont elle est l'Image, maU il suffit qu'elle lui ressemble en quelque chose. Et il est très évident que cette vertu admirable et très parfaite de penser que nous concevoni être en Dieu est représentée par celle qui est ea nous, quoique beaucoup moins parfaite. Et lorsque vous aimez mieux comparer ia création de Dieu avec l'opération d'un architecto qu'avec la génération d'un père, vous le faites sans aucune raison ; car encore que ces trois manières d'agir soient totalement différentes, l'éloignement pour* tant n'est si grand de la production naturelle à la divine que de l'artifidelle i la même production divine. Mais ni vous ne trouverez point que j'aie dit qu'il y a autant de rapport entre Dieu et nous qu'il y en a entre un père et ses enfants ; ni il n'est pas vrai aussi qu'il n'y a jamais aucun rapport entre l'ouvrier et son ouvrage, comme il parolt lorsqu'un peintre fait un tableau qui lui ressemble.
Mais avec combien peu de fidélité rapportezvous mes paroles, lorsque vous feignez que j'ai dit que « je conçois cette ressemblance que j'ai avec Dieu, en ce que je connoisqueje suis une chose incomplète et dépendante, » vu qu'au contraire je n'ai dit cela que pour montrer la différence qui est entre Dieu et nous, de peur qu'on ne crût que je voulusse égaler les hommes à Dieu, et la créature au Créateur. Car en ce lieu-ia même j'ai dit que je ne concevois pas seulement que j'éiois en cela beaucoup inférieur à Dieu, et que j'aspirois cependant à de plus grandes choses que je n'avois, mais aussi que ces plus grandes choses auxquelles j'aspirois se rencontroient en Dieu actuellement et d'une manière infinie, auxquelles néanmoins je trouvois en moi quelque chose de semblable, puisque j'osois en quelque sorte y aspirer.
Enfin , lorsque vous dites « qu'il y a Heu do s'étonner pourquoi le reste des hommes n'a pas les mêmes pensées de Dieu que celles que j'ai, puisqu'il a empreint en eux son idée aussi bien qu*en moi, » c'est de même que si vous vous étonniez de ce que tout le monde ayant la notion du triangle, chacun pourtant n'y remarque pas également autant de propriétés, et qu'il y en a même peut-être quelques-uns qui lui attribuent faussement plusieurs choses.
DES CHOSES Qm ONT ETE OBJECTéSS COHTBE Lk QUATRIÈME MEDITATION.
* J'ai déjà assez expliqué quelle est l'Idée que nous avons du néants et comment nous partid-
(I) Voyez Cinquièmes ObjccUoii5; pnge f 78.
A M. GASSENDI
(ODf du mm-itret en nommant cette idée néga- UTeet disant que cela ne veut rien dire autre ebose siooo qae nous ne sommes pas le souvenJD Être, et qu*il nous manque plusieurs choses; Bih TOUS cherchez pirtout des difficultés où il n'y en a point
Et lorsque vous dites « < qu'entre les ouvrages deHieuj'en vois quelques-uns qui ne sont pas eotièrement achevés,» ^uscontrouvez une chose qne je n'ai écrite nulle part , et que je ne pensai junais; mais hien seulement ai -je dit que si ttrtaioes choses étoient considérées , non pas enome faisant partie de tout cet univers, mais cofluoedes tous détachés et des choses singulières, pour lors elles pourroient sembler impar-
'Tout ce que vous apportez ensuite pour la anse finale doit être rapporté à la cause effioeote ; ainsi, de cet usage admirable de chaque Fliedansles plantes et dans les animaux, etc., fl est juste d'admirer la main de Dieu qui les a ^tn, et de connoitre et glorifier l'ouvrier par Ilospection de ses ouvrages, mais non pas de deviner pour quelle fin il a créé chaque chose. Et pÀ^fiB en matière de morale, où il est souvent pemis d*user de conjectures, ce soit quelquefois Boe chose pieuse de considérer quelle fin nous poQTODs conjecturer que Dieu s'est proposée au ^vernement de l'univers, certainement en Nque, où toutes choses doivent être appuyées ^solides raisons, cela seroit inepte. Et on ne P«t pas feindre qu'il y ait des fins plus aisées à ^rrirles unes que les autres ; car elles sont luttes paiement cachées dans l'abîme imper- Knitable de sa sagesse. Et vous ne devez pas iossi feindre qu'il n'y a point d'homme qui puisse éprendre les autres causes ; car il n'y en a pas ^ qui ne soit beaucoup plus aisée à connoitre IKceUe de la fin que Dieu s'est proposée; et ^ celles que vous apportez pour servir fexeiQplede la difficulté qu'il y a ne sont pas si <fti]es que je ne sache qu'il y en a tel qui se P^^de de les connoitre. Enfin , puisque vous Sîs demandez si ingénument •» quelles idées j'es- ^ que mon esprit auroit eues de Dieu et de lui- ^si, du moment qu'il a été iofus dedans le ^s, il y fût demeuré jusqu'à cette heure les J«i fermés, les oreilles bouchées et sans aucun ^^ autres sens, » je vous réponds aussi î^nmentet sincèrement que (pourvu que nous I ^Nons qu'il n'eût été ni empêché ni aidé par I ^ttrps à penser et méditer) je ne doute poiot ^^ o'aaroit eu les mêmes Idées qu'il en a main- ^t, ûDon qu'il les auroit eues beaucoup plus
A^ODq^ftmesOt^ealoM^paaetTS {t)n>id-
clalres et plus pures; car les sens Tempêciient en beaucoup de rencontres, et ne lui aident en rien pour les concevoir. Et de fait 11 n'y a rien qui empêche tous les hommes de reconnottre paiement qu'ils ont en eux ces mêmes Idée^, que parce qu'ils sont pour l'ordinaire trop occupés à la considération des choses corporelles.
* Vous prenez partout ici mal à propos, être sujet â l'erreur^ pour une imperfection positive, quoique néanmoins ce soit seulement, principa« lement au respect de Dieu, une négation d'une plus grande perfection dans les créatures. Et la comparaison des citoyens d'une république ne cadre pas avec les parties de l'univers ; car la malice des citoyens, en tant que rapportée à la république, est quelque chose de positif ; mais il n'en est pas de même de ce que l'homme est sujet à l'erreur, c'est-à-dire de ce qu'il n'a pas ton tes sortes de perfections, eu égard au bien de l'univers. Mais la comparaison peut être mieux établie entre celui qui voudroit que le corps humain fût couvert d'jeux, afin qu'il en parût plus beau, d'autant qu'il n'y a point en lui de partie plus belle que l'œil^ et celui qui pense qu'il ne devroit point y avoir de créatures au monde qui ne fussent exemptes d'erreur, c'est-à-dire qui ne" fussent entièrement parfaites.
De plus, ce que vous supposez ensuite n'est nullement véritable , à savoir que • * Dieu nous destine à oes œuvres mauvaises, et qu'il nous donne des imperfections et autres choses semblables, n Comme aussi il n'est pas vrai que « Dieu ait donné à l'homme une faculté de juger incertaine, confuse et insuffisante pour ce peu de choses qu'il a voulu soumettre à son jugement. » -
Voulez-vous que je vous dise, en peu de paroles, « à quoi la volonté se peut étendre qui passe les bornes de l'entendement ? »» C'est, en un mot, à toutes les choses où il arrive que nous errons. Ainsi, quand vous jugez que l'esprit est un corps subtil et délié, vous pouvez bien à la vérité con cevoir qu'il est un esprit, c'est-a-dire une chose qui pense, et aussi qu'un corps délié est une chose étendue; mais que la chose qui pense et celle quî est étendue soient une même chose, certainement vous ne ne le concevez point , mais seulement vous le voulez croire, parce que vous l'avez déjà cru auparavant, et que vous ne vous départez pas facilement de vos opinions, ni ne quittez pas volontiers vos préjugés. Ainsi, lorsque vous jugez qu'une pomme, qui par hasard est empoisonnée, sera bonne pour votre aliment, vous concevez à la vérité fort bien que son odeur, sa couleur et même son goût sont agréables, mais vous ne con-
(I) Voyei Cinqniènes Ot^ectioos, page m. (S)IbkL
ao6
B£P0l)S£8 DE DESCiRTES
reye< pas pour oala que cette poqoiqp yons dQlvo Hve utile II TOQt en faites votre aliment; mais parce que vous le voulez ainsi , vous en jugez de la sorte. Et ainsi j*avoue bien que nous ne vouions rien dont nous ne concevions en quelque façon quelque chose, mais je nie que notre entendre et notre vouloir soient d*égale étendue; car il est certain que nous pouvons vouloir plusieurs choses d*une même chose, et que cependant nous n*en pouvons coonoitre que fort peu ; et lorsque nous ne jugeons pas bien, nous ne voulons pas pour cela mal , mais peut-être quelque chose do mauvais ;et m6me on peut dire que nous ne conœvons mal aucune chose, mais seulement que nous sommes dits mal concevoir, lorsque nous jugeons que qous concevons quelque chose de plus qu'en effet nous ne concevons
Quoique ce que vous niez ensuite touchant Tindifférence de la volonté soitdesoi très manifeste, je neveux pas pourtant entreprendre de vousle prouver ; car cela est tel que chacun le doit plutât ressentir et expérimenter en soi-même queseleper^ suader par raibon , et certes ce n'est pas merveille si dans le personnage que vous joues, et vu la na* turelle disproportion qui est entre la chair et l'esprit, il semble que vous ne preniez pas garde et ne remarquiez pas la manière avec laquelle l'esprit agit au dedans de soj. Ne soyez donc pas libre, si hop vous semble ; pour moi, je jouirai de ma liberté, puisque non-seulement je la ressens en moi-même, mais que je vois aussi qu'ayant le dessein de la combattre, au lieu de lui opposer de bonnes et solides raisons, vous vous contentez simplement de la nier; et peut-être que je trouverai plus de créance en l'esprit des autres en assurant ce que j*ai expérimenté, et dont chacun peut aussi laire épreuve en soi-même , que non pas vous, qui niez une chose pour cela seul que vous ne l'avez peut-être jamais expérimentée. Et néanmoins il est aisé de juger par vos propres paroles que vous Tavez quelquefois éprouvée : car où vous niez que « nous puissions nous empêcher de tomber dans Terreur, » parce que vous ne voulez pas que la volonté se porte à aucune chose qu'elle n'y soit déterminée par l'cnteudement, là même vous demeurez d*accord que « nous pouvons nous empêcher et prendre garde de n'y pas persévérer , n ce qui ne se peut aucunement faire sans cette liberté que fa volonté a de se porter çà ou là sans attendre la détermination de l'entendement, laquelle néanmoins vous ne vouliez pas reconnoitre. Car si l'entendement a une fois déterminé la volonté à faire un faux jugement, je vous demande, lorsque la volonté commence la première fois à prendre garde de ne pas persévérer dans l'erreur, qui est-ce qui la détermine
à cela? 8t c'est elle-mtoiOf dopc eilo paot ttipoi^ ter i quelque dioae sans y être déterminée par l'entendement, et néanmoins c'étoit ce que vous niiei tantôt, et qui fait enooro à présent tout le sujet de notre dispute ; que si elle est déterminée par Tentendement, donc ce n*est pas elle qui se tient sur ses gardes, mats seulement il arrive qud comme elle se portoit auparavant vers le faux qui lui étoitpar lui proposé, de même par hasard elle se porte maiotepant vers le vrai, parce que Tentendement le lui propose. Mais de plusje voudrois bien savoir quelle vous concevez être la nature du faux , et comment vous pensez qu'il peut être rohjet de l'entendemeut. Car pour mqi , qui par le faux n'entends rien autre chose que la privation du vrai, je trouve qu'il y a une entière répugnance* que Tentendement appréhende le faux sousla forme ou l'apparence du vrai, ce qui toutefois seroit nécessaire s'il déterminolt jamais fa volonté à embrasser la fausseté.
' Pour ce qui regarde le fruit de ces Médita** tiens, j'ai, ce me semble, assez averti dans la pré-* face, laquelle je pense que vous avez lue, qu'il ne sera pas grand pour ceux qui, ne se ipettant pas en peine de comprendre l'ordro 0t la liaison de mes raisons, tâcheront leulem^ot do chercher à toutes rencontres des occasions de députe. Et quant à la méthode qui uous apprend i poqvoir discernei les choses que nous concevons en effet clairement de celles que poua nous persuadons seulemept de concevoir avec clarté et distinction, encore que je pense l'avoir assez exactement enseignée, comme j'ai déjà dit, je n'os^rois pas néanmoins me promettre que ceux-là la puissent aisément comprendre qui travaillent si peu i se dépouiller de leurs préjugés qu'ils se plaignent que j'ai été trop long et trop exact i montrer le moyen de s'en défaire.
DES CHOSES QUI ONT ^Tli OBJECTiiBS CONTBB I.A CINQUIÈME MÉDITATION.
^D'autant qu'après avoir ici rapporté quelquesunes de mes paroles vous ajoutez que c'est tout ce que j'ai dit touchant la question proposée, je suis obligé d'avertir le lecteur que vous n'avez pas assez pris garde à la suite et liaison de ce que j^ai écrit, car je crois qu'elle est telle que, pour la preuve de chaque question, toutes les choses qui la précèdent y contribuent, et une grande partie de celles qui la suivent; en sorte que vous ne sau* riez fidèlement rapporter tout ce que j'ai dit de quelque question si vous ne rapportez en même temps tout ce que j'ai écrit des autres.
Quant à ce que vous dites, que « ' cela vous
(I) Voyez doqoièiDes ObJecUons, page tSi. (SJU)((I.
)niid.,p.l8S.
▲ M. GASSENDI
mmVê 4vr Û9 voir ilablir quelque choia d*immoabla «t d'éteru^l autre que Dieu, » voua aurie| r^'iMQU a*U étoit questiou d*uae cbo^e exiS'tante, pu bien aeuleiueut si J*éiabliaioli quelque chopa do (ellefoent immuable, que eou immutabilité même oe dépendit pas de Dieu. Maie tout ainai que les poètes feignent que les destinées ont bien à la yéçilé été faites et ordonnées par Jupiter, mais que depuis qu^elles ont une fois été par lui établies il s'est lui-même obligé de les garder, de méiqa je ue pense pas à la vérité que les essences des choses et ces vérités mathématiques que Ton en peut oonnoitre soient indépendantes de Dieu, mais néanmoins je pense que, parce que Dieu Ta ainsi voulu et qu1l en a ainsi disposé, elles sont ^immuables et éternelles ; or, que cela vous semble dur ou mou, il m*importe fort peu; pour moi il me suffit que cela soit véritable.
Ce que vous allègues ensuite contre lee'universaux des dialecticiens ne me touche point, puisque je les conçois tout d'une autre façoq qu'eux t. Mais pour ce qui regarde les essences que nous connoissons clairement et distinctement, telle qu'est celle du triangle ou de quelque autre ligure de géométrie, je vous ferai aisément avouer que les idées de celles qui sont en nous n'ont point été tirées des idées des choses singulières; car ce qui vous meut ici i dire qu'elles sont faus* ses n'est que parce qu'elles ne s'accordent pas avec l'oplniou que vous aves conçue de la nature des choses. Et même un peu aprèe vous dites que • Tol^et des pures mathématiques, comme le point» la ligne, la superficie et les indivisibles qui en sont composés, ne peuvent avoir aucune eiis^ tence hors de l'entendement; » d'où il suit nécessairement qu'il n'y a jamais eu aucun triangle dans le monde, ni rien de tout ce que nous concevons appartenir à la nature du triangle ou à celle de quelque autre figure de géométrie , et partant que les essences de ces choses n'ont point été tirées d'aucunes choses existantes. Mais, ditesvous, elles sont fausses ; oui, selon votre opinion, parce que vous supposes la nature des choses être telle qu'elles ne peuvent pas lui être conformes* Mais «î vous ne soutenes aussi que toute la géométrie est fausse, vous ne sauriez nier qu'on n'en démontre plusieurs vérités, qui ne changeant jamais et éuint toajDurs les mêmes, ce n'est pas sans raison qu'on les appelle immuables et éter*»
Mais de ce qu'elles ne sont peut-4tre pas conformes i l'opinion que vous avei de la nature des choses pi même aussi à celle que Démocrite et Epicure ont bâtie et composée d'atomes, cela n'est
(1) voyei
Ob]ectioDB,p«seiSi
i leur égard qu'une dénomination extérieure qui ne cause en elles aucun changement ; et toutefois on ne peut pas douter qu'elles ne soient conformes i cette véritable nature des choses qui a été faite et construite par le vrai Dieu ; non qu'il y ait dans le monde des substances qui aient de la longueur sans largeur, ou de la largeur sans profondeur, mais parce que les figures géométriques ne sont pas considérées comme des substances, mais seulement comme des termes sous lesquels la substance est contenue. Cependant je ne demeure pas d'accord que les idées de ces figures nous soient jamais tombées sous les sens, comme chacun se le persuade ordinairement; car encore qu'il n'y ait point de doute qu'il y en puisse avoir dans le monde de telles que les géomètres les considèrent, je nie pourtant qu'il y en ait aucunes autour de nous, sinon peut-être de si petites qu'elles ne font aucune impression sur nos sens ; car elles sont pour l'ordinaire composées de ligues droites, et je ne pense pas que jamais aucune partie d'une ligne ait touché nos sens qui fût véritablement droite. Aussi quand nous venons i regarder au travers d'une lunette celles qui nous avoient semblé les plus droites, nous les vo}Ous toutes irrégulières et courbées de toutes parts comme des ondes. Et partant, lorsque nous avons la première ibis aperçu en notre enfance une figure triangulaire tracée sur ie papier, cette figure n'a pu nous apprendre comme il (ailoit concevoir le triangle géométrique, parce qu'elle ne le représentoit pas mieux qu'un mauvais cravon une image parfaite. Mais d'autant que l'idée véritable du triangle étoit déjà en nous, et que notre esprit la pouvoit plus aisément concevoir que la figure moins simple ou plus composée d'un triangle peint, de là vient qu'ayant vu cette figure composée nous ne l'avons pas conçue elle-même, mais plutôt le véritable triangle. Tout ainsi que quand nous jetons les yeux sur une carte ou il y a quelques traits qui sont disposés et arrangés de telle sorte qu'ils représentent la face d'un homme, alors cette vue n'excite pas tant en nous l'idée de ces mêmes traits que celle d'un homme: ce qui n'arriveroit pas ainsi si la face d'un homme ne nous étoit connue d'ailleurs, et si nous n'étions plus accoutumés à penser à elle que non pas à ses traits, lesquels asr ses souvent même nous ne saurions distinguer les uns des autres quand nous en sommes on peu éloignés. Ainsi certes nous ne pourrions jamais connoltre le triangle géométrique par celui que nous voyons tracé sur le papier, si notre esprit d'ailleurs n'en avoit eu l'Idée.
« Je ne vols pas ici de quel genre de choses vous
(f ) Voyez dnqDiènei (MeeUem , psse let
RÉPONSES DE DESGARTES
voulei qoe l'eilstrace soit, ni pourquoi elle ne peut pas aussi bien être dite une propriété comme la toute-puissance, prenant le nom de propriété pour toute sorte d'attribut ou pour tout ce qui peut être attribué à une chose, selon qu'en efTet il doit ici être pris. Mais Lien davantage Texlstence nécessaire est vraiment en Dieu une propriété prise dans le sens le moins étendu, parce qu'elle convient à lui seul, et qu'il n'y a qu'en lui qu^elle fasse partie de l'essence. C'est pourquoi aussi l'existence du triangle ne doit pas être comparée avec l'existence de Dieu, parce qu'elle a manifestement en Dieu une autre relation à l'essence qu'elle n'a pas dans le triangle; et je ne commets pas plutôt en ceci la faute que les logiciens nomment une pétition de principe, lorsque je mets l'existence entre les choses qui appartiennent à l'essence de Dieu , que lorsqu'entre les propriétés du triangle je mets l'égalité de la grandeur de ses trois angles avec deux droits. Il n'est pas vrai aussi que l'essence et l'existence en Bleu, aussi bien que dans le triangle, peuvent être conçues l'une sans l'autre, parce que Dieu est son être et non pas le triangle. Et toutefois je ne nie pas que l'existence possible ne soit une perfection dans ridée du triangle, comme l'existence nécessaire est une perfection dans l'idée de Bleu ] car cela la rend plus parfaite que ne sont les idées de toutes ces chimères que nous supposons ne pouvoir être produites. Et partant vous n'avez en rien diminué la force de mon argument, et vous demeurez toujours abusé par ce sophisme que vous dites avoir été si facile à résoudre. Quant à ce que vous ajoutez ensuite, j'y ai déjà suffisamment répondu ; et vous vous trompez grandement lorsque vous dites qu'on ne démontre pas l'existence de Dieu comme on démontre que tout triangle rectiligne a ses trois angles égaux a deux droits : car la raison est pareille en tous les deux, hormis que la démonstration qui prouve l'existence en Dieu est beaucoup plus simple et plus évidente que l'autre. Enfin je passe sous silence le reste, parce que, lorsque vous dites que je n'explique pas assez les choses, et que mes preuves ne sont pas convaincantes, je pense qu'à meilleur titre on pourroit dire le même de vous et des vêtres.
^Contre tout ce que vous rapportez ici de Diagore, de Théodore, de Pythagore et de plusieurs autres, je vous oppose les sceptiques, qui révoquoient en doute les démonstrations même de géométrie, et je soutiens qu'ils ne l'auroienf pas fait s'ils avoient connu Dieu comme il faut ; et même de oe qu'une chose paroit vraie à plus de person-
(t) voyei Cfaïqaibiiies Objections, page iseï
nés, cela ne prouve pas que cette diose loit plu notoire et plus maniieste qu'une autre, mais bien de ce que ceux qui ont une connoissaoce suffisante de l'une et de l'autre reconnoissent que l'une est premièrement connue plus évidente et plu assurée que l'autre.
DBS CHOSES QUI ONT ÉTÉ OBJECTÉES GORHB U SIXIÈME MÉDITATION.
J'ai déjà ci-devant réfuté oe que vous nies ici, à savoir que «^ les choses matérielles, en taot qu'elles sont l'objet des mathématiques pures, puissent avoir aucune existence. »
^Pour ce qui est de l'intellection d'an diiliogone, il n'est nullement vrai qu'elle soit oonfose ; car on en peut très clairement et très distinctement démontrer plusieurs choses, ce qui ne se pourrait aucunement faire si on ne leconnoissoitqueooo- i fusément, ou, comme vous dites, si on n'eu ood- i noissoit que le nom : mais il est très certain que nous le concevons très clairement tout entier et tout à la fois, quoique nous ne le puissions pas ainsi clairement imaginer ; d'où il est évident que les facultés d'entendre et d'imaginer ne diiïèrent pas seulement selon le plus et le moins, mais coiAme deux manières d'agir totalement différentes. Car, dans rinteliectlon, l'esprit ne se sert que de sol- > même, au lieu que, dans l'imagination, ilcontem- 1 pie quelque forme corporelle ; et encore que les ] figures géométriques soient tout-à-fait corporelles, , néanmoins il ne se faut pas persuader que ces idées qui servent à nous les faire concevoir le soient aussi quand elles ne tombent point sous l'imagination ; et enfin cela ne peut être digne que de vous, 6 chair, de penser que «les idées de Dieu, de l'ange et de l'âme de l'homme soient corporelles ou quasi corporelles, ayant été tipées de la forme du corps humain, et de quelques au très choses fort simples, fort légères et fort im perceptibles. » Car quiconque se représente Pieu de la sorte ou même l'esprit humain, tâche d'i maginer une chose qui n'est point du tout ioa glnable, et ne se figure autre chose qu'une idée corporelle, à qui il attribue faussement le nom de Dieu ou d'esprit ; car dans la vraie idée de Tes prit il n'y a rien de contenu que la seule pensée avec tous ses attributs, entré lesquels il n'y en a aucun qui soit corporel.
' Vous faites voir ici clairement que vous tous appuyez seulement sur vos préjugés sans jamais vous en défaire, puisque vous ne voulez pas que nous ayons le moindre soupçon de fausseté pour
(I) Voyez Cinquièmes 0bJecti0D8,paselS7. AïM (^^iMd., page 188.
A M. Gassendi.
la éoM (A jamais nous n'en aTons remarqué aoeooe; et c'eut pour cela que tous dites que «ionqne nous regardons de près et que nous toucboosqoad de la main une. tour, nous sommes mirés qu'elle est carrée, si elle nous paroît telle , et que, lorsque nous sommes en eflet éveillés, Boosne pouvons pas être en doute si nous veillons oaii oous rêvons, » et autres choses semblait : car vous n'avez aucune raison de croire que Toos ayez jamais assez' soigneusement examtaé et observé toutes les choses en quoi il peut mirer que vous erriez ; et peut-être ne seroit-il pu malaisé de montrer que vous vous trompez foeiqnefois en des choses que vous admettez ainsi prarTraies et pour assurées. Mais lorsque vous en rema là, de dire «qu'au moins on ne peut pas dootff que les choses ne nous paroissent comme eflamt, » vous en revenez à ce que j'ai dit; or eda même est en termes exprès dans ma seeonde Méditation : mais ici il étoit question de la T^itédes choses qui sont hors de nous, sur quoi je De Tob pas que vous ayez du tout rien dit de Térilable.
* Je ne m'arrête pas ici sur des dioses que vous iTs taot de fois rebattues, et que vous répétez encore eo cet endroit si vainement ; par exemple, ffl'fl y a beaucoup de choses que j'ai avancées sans preore, lesquelles je maintiens néanmoins avoir irèséTidemment démontrées; comme aussi que fii seulement voulu parler du corps grossier et JKlpable lorsque j'ai exclus le corps de mon essoMx, quoique néanmoins mon dessein ait été d'en eidure toute sorte de corps, pour petit et »i>ta qu'il puisse $tre, et autres choses semblables; or qQ*7 a-t-il à répondre à tant de paroles dites A anuoées sans aucun raisonnable fondement, ■ÎDOD que de les nier tout simplement? Je dirai léaflnioîDsen passant que je voudroisbien savoir nr qpoî TOUS vous fondez, pour dire que j'ai plu- ^t fttrié du corps massif et grossier que du corps nbtaet délié. C'est, dites- vous, parce que j'ai dit ?ie«j'ai un corps auquel je suis conjoint, » et |Bii« qu'il est certain que moi, c'est-à-dire mon ^1 est distincte de mon corps, *> où je confesse 91e je ne vois pas pourquoi ces paroles ne pour- '^t pas aussi bien être rapportées au corps subiiel imperceptible qu'à celui qui est plusgrossier ^ palpable; et Je ne crois pas que cette pensée FQÙK tomber en l'esprit d'un autre que de vous. ^Kste, j*ai fait voir clairement, dans la seconde Citation, que l'esprit pouvoit être conçu comme Ole nbstance existante, auparavant même que ^* sachions s'il y a au monde aucun vent, auaafeu, aucune vapeur, aucun air» ni aucun autre
9)TosnciM|aitaMiobMoiii>page i89< tacurm.
corps que ce soit, pour subtil et délié quMl puisse être; mais de savoir si en effet il étolt différent du corps, j'ai dit en cet endroit-là que ce n'étoit pas là le lieu d'en traiter ; ce qu'ayant réservé pour cette sixième Méditation, c'est là aussi où j'en ai amplement traité, et où j'ai décidé cette question par une très forte et véritable démonstration mais vous au contraire, confondant la question qui concerne comment l'esprit peut être conçu, avec celle qui regarde ce qu'il est en effet, ne faites paroitre autre chose sinon que vous n'avez rien compris distinctement de toutes ces choses. Vous demandez ici « ^ comment j'esUme que l'espèce ou l'idée du corps, lequel est étendu, peut être reçue en mol qui suis une chose non étendue. » Je réponds à cela qu'aucune espèce corporelle n'est reçue dans l'esprit, mais que la conception ou l'intellection pure des choses, soit corporelles, soit spirituelles, se fait sans aucune image, ou espèce corporelle; et quant à l'imagination, qui ne peut être que des choses corporelles, il est vrai que pour en former une il est besoin d'une espèce qui soit un véritable corps et à laquelle l'esprit s'applique, mais non pas qui soit reçue dans Tesprit. Ce que vous dites de l'idée du soleil, qu'un aveugle-né forme sur la simple connoissance qu'il a de sa chaleur, se peut aisément réfuter ; car cet aveugle peut bien avoir une idée claire et distincte du soleil, comme d'une chose qui échauffe, quoiqu'il n'en ait pas l'idée conune d'une chose qui éclaire et illumine. Et c'est sans raison que vous me comparez à cet aveugle ; premièrement, parce que la connoissance d'une chose qui pense s'étend beaucoup plus loin que celle d'une chose qui échauffe, voire même elle est plus ample qu'aucune que nous ayons de quelque autre chose que ce soit, comme j'ai montré en son lieu, et aussi parce qu'il n'y a personne qui puisse montrer que cette idée du soleil que forme cet aveugle ne contienne pas tout ce que l'on peut connoitre de lui, sinon celui qui étant doué du sens de la vue connoit outre cela sa figure et sa lumière ; mais pour vous, non-seulement vous n'en connoissez pas davantage que moi toudiant l'esprit, mais vous n'y apercevez pas tout ce que j'y vois ; de sorte qu'en cela c'est plutôt vous qui ressemblez à un aveugle, et je ne puis tout au plus, à votre égard, être appelé que louche ou peu clairvoyant, avec tout le reste des hommes. Au reste, je n'ai pas ajouté que l'esprit n'étoit point étendu pour expliquer quel 11 est et faire connoitre sa nature, mais seulement pour avertir que ceux-là se trompent qui pensent qu'il soit étendu. Tout de même que s'il s'en trouvoit quelques-uns qui voulussent dire que Bucéphale
(i) Voyez CiiK|aièmeiOI4ectkiDS,|Mse ISO.
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REPONSES DE DESCARTES
66t uoo nariqne, ce ne seroU pas en vain et saut raisoQ qse eela seroit nié par d*autres. Et de vrai dans tout ce que voua Routes ici pour prouyer que i'esprit a de l'étendue, d'autant, dites-yous, qu'il M sert du corps, lequel est étendu, il me semble que vous ne raisonnez pas mieux que si, de ce que Bucéphale hennit et ainsi pousse des sons qui peuyent être rapportés à la musique, yous tiriez cette conséquence, que Bucéphale est donc une musique. Car encore que l'esprit soit uni a tout le corps, il ne s'ensuit pas de là qu'il soit étendu par tout le corps, parce que ce n'est pas le propre de l'esprit d'être étendu, mais seulement de penser. Et il ne conçoit pas l'extension par une espèce étendue qui soit en lui, bien qu'il l'imagine en se tournant et s'appliquent à une espèce corporelle qui est étendue, comme j'ai dit auparayant. Et enfin il n'est pas nécessaire que l'esprit soit de l'ordre et de la nature du corps, quoiqu'il ait la force ou la yertu de mouyoir le corps.
^ Ce que yous dites ici, touchant l'union de l'es* prit ayec le corps, est semblable aux difficultés précédentes. Vous n'objectez rien du tout contre mes raisons, mais yous proposez seulement les doutas qui yous semblent suiyre de mes conclusions, quoique en effet ils ne yous yiennent à l'esprit que parce que yous youlez soumettre à l'examen de l'imagination des choses qui de leur nature ne sont point sujettes à sa juridiction. Ainsi, qjiand yous youlez comparer ici le mélange qui se fait du corps et de l'espFit ayec celui de deux corps mêlés ensemble, il me suffit de répondre qu'en ne doit faire entre ces choses aucune comparaison, pouroe qu'elles sont de deux genres totalement différents; et qu'il ne se faut pas Imaginer que l'esprit ait des parties, encore qu'il conçoiye des parties dans le corps. Car qui yous a appris que tout ce que l'esprit conçoit doiye être réellement en lui? certainement, si cela étoit, lorsqu'il conçoit la grandeur de l'uniyers, il auroit aussi en lui cette grandeur, et ainsi il ne seroit pas seulement étendu, mais il seroit même plus grand que tout le monde.
Yous ne dites rien ici qui me soit contraire, et ne laissez pas d'en dire beaucoup; d'où le lecteur peut apprendre qu'on ne doit pa» juger de la force de yos raisons par la prolixité de yos paroies.
Jusques ici l'esprit a discouru ayec la ehair^ et, comme il étoit raisonnable, en beaucoup de choses il n'a pas suiyi ses sentiments. Itf ais maintenant je lèye le masaue et reconnois que yéritablemcnt je parte à M. Gassendi, personnage autant recommandable pour l'intégrité de ses mesura
fi) yoyei aoqqtaes Objsetlomi psgs m.
et la candeiir de son esprit que pour k profon* deur et la subtilité de sa doctrlae, et de qui l'tmitlé me sera toujeittrs très chère : aussi je proteste, et IttiHuême le peut sayotr^ que je rechercherai toujours autant qu'il me sera possible lesooeatlODS de l'acquérir. C'est pourquoi je le supplie de ne pas trouver mauvais si, en réfutant ses objectiona* j'ai usé de la liberté ordinaire aux philosophes; comme aussi de ma part je l'assure que je n*j ti rien trouvé qui ne m'ait été très agréable; mais surtout j'ai été ravi qu'un homme de son mérite^ dans un discours si long et si soigneusement recherché, n'ait apporté aucune raison qui ait pu détruire et renverser les miennes, et qu'il n'ait ausai rien opposé contre mes conclusions à quoi il ne m'ait été très focile de répondre .
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DE H; DBSGABTIS A H.
^r^ni èè i-ë|)ohâe h dn rebùefl des j^rinctpales ttlstaooes hdtéé par M. Gassébdl cootre les préoédeoies répomsi;
Monsieur {
Je vous al beaucoup d'obligation de ce <-ue, voyant que j'ai négligé de répondre au gros livre d'instances que l'auteur des cinquièmes objections a produit contre mes réponses, vous avez prié quelques-uns de vos amis de recueillir les plus fortes raisons de ce livre, et mWez envoyé l'extrait qu'ils en ont fait. Vous avez eu en eela plus de soin de ma réputation que moi-même ; car je vous assure qu'il m'est indifférent d'être estimé ou méprisé par ceux que de semblables raisons auront pu persuader. Les meilleurs esprits de ma connoissance qui ont lu son livre m'ont témoigné qu'ils n'y avoient trouvé aucune cbose qui les arrêtât ; c'est à eux seuls que je désire satisfaire. Je sais que la plupart des hommes remarquent mieux les apparences que la vérité, et jugent plus souvent mal que bien ; c'est pourquoi je ne crois pas que leur approbation vaille la peine que je fasse tout ce qui pourroit être utile pour l'acquérir. Mais je ne laisse pas d'être bien aise dii recueil que vous m'avez envoyé , et je me sens obligé d'y répondre plutét pour reconnaissance du travail de vos amis que par la nécessité de ma défense ; car je crois que ceux qui ont pris ta peine de le faire doivent maintenant juger comme moi que toutes les objections que ce livre contient ne sont fondées que sur quelques mots mal entendus ou quelques suppositions qui sont fausses, vu que toutes celles qu'ils ont remar* quées sont de cette sorte el qae néanmoins ib oai