AUX INSTANCES FAITJES PAR M. GASSENDI
au
0(é«(iaigeDtt qu'ils en ont mSme ajouté quelqnesloes qoe je ne me souyiens point d'y avoir lues.
Os en remarquent trois contre la première MédiUtioD, i savoir :«• l"" que je demande une éxe impossible, en voulant qu*on quitte toutes sortes de préjuge ; 2^ qu*en pensant les quitter onserertc d autres préjugés qui sont plus préjudiciables ; 3^ et que la méthode de doutée de toul,i]iiej*ai proposée, nb peut servir à trouver ancujw Tenté. »
La première desquelles est fondée sur ce que Mmr de ce livre n*a pas considéré que le mot pr^jQ^é ne 8*étend point à toutes les notions qui m( en sotre esprit , desquelles j'avoue qu'il est impossible de se défaire, mais seulement à toutes lesopJDioosque les jugements que nous avons 6its auparavant ont laissées en notre créance ; et pource qoe c^esX une action de la volonté que de JD^ïroH oe pas juger, ainsi que j'àl expliqué en no lieu, il est évident qu'elle est en notre pouvoir; car enfin, pour se défaire de toute sorte de préju^, il ne faut autre chose que se résoudre i De rien assurer ou nier de tout ce qu'on avoit finré OQ Dié auparavant, sinon après l'avoir defRbef examiné » quoiqu'on ne laisse pas pour cela de retenir toutes les mimes notions en sa némoire. j'ai dit néanmoins qull y avoit de la ^iBculté à chasser ainsi hors de sa créance tout e^quoD y avoit mis auparavant, partie à cause ^it'iIeitt)esoin d'avoir quelque raison de douter mot que de s'y déterminer (c'est pourquoi j'ai proposé les principales en ma première Méditait), et partie aussi à cause que, quelque résohtioD qu'on ait prise de ne rien nier ni assurer^ « s'en oublie aisénàent par apr^, si on ne l'a élément iniprimée en sa mémoire ; c'est pourri» j'ai désiré qu'on y pensât avec soin.
La deuxième objection n'est qu'une supposllidB manifestement fausse ; car encore que j'aie Mu'il falloit même s*eiTorcer de nier les choses fi'oQ avoit trop assurées auparavant, j'ai très "^pressément limité que cela ne se devoît faire 1% pendant le temps qu'on portoit son attention i (tercfaer quelque chose de plus certain que ^œ qu'on pourroit ainsi nier, pendant lequel >^^ évident qu'on ne sauroit se revêtir d'aucun '^hi qui soit préjudiciable.
U troisième aussi ne contient qu'une caviila- ^; car bien qu'il soit vrai que le douta seul ^^ffit pas pour établir aucune vérité, il ne f* pas d'être utile à préparer l'esprit pour en ^tir par après, et c'est i cela seul que je l'ai •ployé.
^tre la seconde Méditation vos amis remar- M ijx choses. La première est qu'en disant f^fme, doÊie i$ nm^ Tauteur 4si iMmm
▼eut que je suppose cette majeure, eelm f tes pense e$t, et ainsi que j'aie d^ji épousa un préjugé. En quoi il abuse derechef du mot de prijugi ; car, bien qu'on en puisse donner le nom i cette proposition lorsqu'on la profère sans attention, èf qu'on croit seulement qu'elle est vraie» à cadse qu'on se souvient de l'avoir ainsi jugé auparavant, on ne peut pas dire toutefois qu'elle soit un préjugé lorsau^on l'examine, 4 cause qu^éUe paroît si évidente a l'entendement quHl hesesanrolt empêcher de la croire, encore que ee soit petitêtre la première fois desa viequ^ilypenâe,etque par conséquent 11 n'en ait aucun préjugé. Mais l'erreur qui est ici la plus considéraSle est que cet auteur suppose que la connoissance des pro« positions particulières doit toujours être déduite des universelles, suivant l'ordre des syilogisiaes de la dialectique ; en quoi U noonlre savoir bien peu de quelle façon la vérité se doit diercfaer ; car il est certain que pour la trouver oa doit toujours commencer par les notions particulières, pour venir après aux générales, bien qu^on puisse aussi réciproquement, ayant trouvé les générales, en déduire d'autres particulières. Ainsi, quand on enseigne à un eniant les éléments de la géométrie, on ne lui fera point entendre en général que, iorifue de deux quaniiiéê igulêi un 4(e dsf parties égales, les restes demeurent éganœ \ eu fue le tout est plus grand fue ses parîiee^ si en ne lui en montre des exemples en des cas partieuliers. Et c'est faute d'avoir pris garde à ceci que notre auteur s'est trompé en tant de faux raisonnements dont il a grossi son livre ; car il n'a fait que composer de fausses msgeures i sa fantaisie, comme si j'en avois déduit les vérités que j*al expliqua.
La seconde objection que remarquent tel vos amis est que « pour savoir qu'on pense, U faut savoir ce que cW que pensée ; ce que j^ ne sais point, disent-ils, & cause que j^ai tout nié. » Mais je n'ai nié que les préjugés, et non point les notions , comme celle-ci , qui se connolssent sans aucune affirmation ni négation.
La troisième est que « la pensée ne peut être sans objet, par exemple sans le corps. » Où il faut éviter l'équivoque du mot de peoÂée, lequel on peut prendre pour la chose qui pense, et aussi pour l'action de cette chose \ or je nie que la chose qui pense ait besoin d'autre objet qatà de soi-même pour exercer son action, bien qu'elle puisse aussi l'étendre aux choses matérielles lorsqu'elle les examine.
La quatrième, que, « bien que j'aie une fOi* sée de moi-même , je ne sais pas si cette pensée est une action corporelle ou un atome qui se inèut, plutôt qu^ûne substànoe lamattrieUe^ • Qi
RÉPONSES DE DESCARTES
réquivoqae du nom de pensée est répétée, et Je n'y vois rien de plus, sinon une question sans fondement, et qui est semblable à celle-ci : Vous jugez que vous êtes un homme, i cause que vous aperceyez en tous toutes les choses à l'occasion desquelles vous nommez hommes ceux en qui elles se trouvent, mais que saTez-voas si vous nettes point un éléphant plutét qu'un homme, pour quelques autres raisons que tous ne pouvez apercevoir? Car, après que la substance qui pense a jugé qu'elle est intellectuelle, à cause qu'elle a remarqué en sol toutes les propriétés des substances Intellectuelles, et n'y en a pu remarquer aucune de celles qui appartiennent au corps, on lui demande encore comment elle sait qu'elle n'est point un corps, plutAt qu'une substance immatérielle.
La dnqniime objection est semblable : que , • bien que Je ne trouve point d'étendue en ma pensée, Il ne s'ensuit pas qu'elle ne soit point étendue, pourœ que ma pensée n'est pas la règle de la vérité des choses.» Et aussi la sixième, «qu'il se peut faire que la distinction que je trouve par ma pensée, entre la pensée et le corps, soit fausse ^. n Mais il faut particulièrement ici remarquer l'équivoque qui est en ces mots, ma pensée n'est pas la règle de la vérité des choses; car si on veut dire que ma pensée ne doit pas Atre la règle des autres pour les obliger à croire une chose à cause que je la pense vraie, j'en suis entièrement d'accord : mais cela ne vient point ici i propos ; car Je n'a! jamais voulu obliger personne à suivre mon autorité; au contraire, j'ai averti en divers lieux qu'on ne se devoit laisser persuader que par la seule évidence des raisons. De plus; si on prend indifféremment le mot de pensée pour toute sorte d'opération de l'âme, il est certain qu'on peut avoir plusieurs pensées desquelles on ne doit rien inférer touchant la vérité des choses qui sont hors de nous ; mais cela ne vient point aussi à propos en cet endroit, où il n'est question que des pensées qui sont des perceptions claires et distinctes, et des jugements que chacun doit faire à part soi ensuite de ces perceptions. C'est pourquoi, au sens que ces mots doivent id (tre entendus, je dis que la pensée d'en diacun , c'est-à-dire la perception ou connoissance qu'il a d'une chose, doit être pour lui b règle de la vérité de cette chose, c'est-à-dire quêtons les jugements qu'il en fait doivent être conformes à cette perception pour être bons; mtme touchant les vérités de la foi, nous devons •percevoir quelque raison qui nous persuade
11) Cci deux OljlectiODs, quoique marquées contre la MétfiiBUeoa^MiitBaDilèitMiieiitcootrelaifédiution vi.
qu'elles ont été révélées de Dieu , avant que de nous déterminer à les croire; et encore que les ignorants fassent bien de suivre le jugement des plus capables touchant les choses difficiles à connoitre, il faut néanmoins que ce soit leur perception qui leur enseigne qu'ils sont ignorants, et que ceux dont ils veulent suivre les jugements ne le sont peut-être pas tant, autrement ils feroîent mal de les suivre, et ils agiroient plutAt en automates ou en bêtes qu'en hommes. Ainsi c'est l'erreur la plus absurde et la plus exorbitante qu'un philosophe puisse admettre, que de vouloir faire des jugements qui ne se rapportent pas aux perceptions qu'il a des choses ; et toutefois je ne vois pas comment notre auteur se pourroit excuser d'être tombé en cette faute en la plupart de ses objections ; car il ne veut pas que chacun s'arrête à sa propre perception, mais il prétend qu'on doit plutAt croire des opinions ou fantaisies qu'il lui plaît nous proposer, bien qu'on ne les aperçoive aucunement. » ^
Contre la troisième Méditation vos amis ont remarqué : « l^'que tout le monde n'expérimente pas en soi l'idée de Dieu ; 2^ que si j'avois cette idée, je la comprendrois ; 3"^ que plusieurs ont lu mes raisons qui n'en sont point persuadés; io et que, de ce que je me connois imparfait, Il ne s'ensuit pas que Dieu soit. » Mais si on prend le mot d'idée en la façon que j'ai dit très expressément que je le prenols, sans s'excuser par l'équi^ voque de ceux qui le restreignent aux images des choses matérielles qui se forment en l'imagination, on ne sauroit nier d'avoir quelque idée de Dieu, si ce n'est qu'on die qu'on n'entend pas ce que signifient ces mots : la chose la plus parfaite qtie nous puissions concevoir; car c'est ce que tous les hommes appellent Dieu. Et c'est passer Il d'étranges extrémités pour vouloir faire des objections que d'en venir à dire qu'on n'entend pas ce que signifient les mots qui sont les plus ordinaires en la bouche des hommes. Outre que c'est la confession la plus impie qu'on puisse faire que de dire de soi-même, au sens que j'ai pris le mot d'idée, qu'on n'en a aucune de Dieu : car ce n'est pas seulement dire qu'on ne le connoît point par raison naturelle, mais aussi que, ni par la foi, ni par aucun autre moyen, on ne sauroit rien savoir de lui, pource que si on n'a aucune idée, c'est-à-dire aucune perception qui réponde à la signification de ce mot IMn», on m beau dire qu'on croit que Dieu est, c'est le même que si on disoit qu'on croit querten est, et ainsi on demeure dans l'abîme d^ Timpiêté et dans l'extrémité de l'ignorance.
Ce qu'ils ajoutent, que « si j'avois cette idée je la comprendrois, » est dit sans Ibodement : car.