PRINCIPALES RÈGLES DE LA MÉTHODE
dtd particuliers pour les faire servir à rornemenl du pubijc, on oonnottra bien qu'il est malaisé, eu ne traTaillant que sur les ouvrages d'autrui, de faire des dioaes fort accomplies. Ainsi je m'imaginai que les peuples qui, ayant été autrefois dent-sauvages, et ne s'étant civilisés que peu à peu, n'ont lait leurs lois qu'à mesure que rincomiuodite des crimes et des querelles les y a contraints, ne sanroJent être si bien policés que ceux qui, dès le OQfflnieuoeiiient qu'ils se sont assemblés, ont observé les oonstitutions de quelque prudent législateur. Comme il est bien certain que l'état de la vraie religion ^ dont Dieu seul a fait les ordonnaiioes, doit être incomparablement mieux réglé qoe tous les autres. Et, pour parler des choses homaines, je crois que si Sparte a été autrefois très florissante, ce n'a pas été à cause de la bonté de chacune de ses lois en particulier, vu que plu- Bears étoient fort étranges et même contraires BOX bonnes mœurs, mais à cause que, n'ayant été inventées que par un seul, elles tendoient toutes à même fin. Et ainsi je pensai que les sciences des Uvres, au moins celles dont les raisons ne sont qœ probables et qui n'ont aucunes démonstratioas, s'élant composées et grossies peu à peu des opinions de plusieurs diverses personnes, ne sont point si approdiantes de la vérité que les simples raisonnements que peut faire naturellement un lionune de bon sens touchani les choses qui se pré- Ratent.£t ainsi encore je pensai que pour ce que nous avons tous été enfants avant que d'être hommes, et qu*il nous a fallu longtemps être gouvernés par nos appétits et nos précepteurs, qni étoient souvent contraires les uns aux autres, et qui, ni les uns ni les autres, ne nous conseilkîàt peut-être pas toujours le meilleur, il est presque impossible que nos jugements soient si pors ni si solides qu'ils auroient été si nous avions eo Tusage entier de notre raison dés le point de notre naiSBance, et que nous n'eussions jamais été coQdmts que par elle.
n €Êt vrai que nous ne voyons point qu'on jette par terre tontes les maisons d'une ville pour le 9SÛ dessein de les refaire d'autre façon et d'en roMlre les rues plus belles; mais on voit bien que pluâeurs font abattre les leurs pour les rebâtir, H qoe même quelquefois ils y sont contraints, qaaod dles sont en danger de tomber d'ellesafaues et que les fondements n'en sont pas bien famés. A l'exemple de quoi je me persuadai qu'il a y anrolt yéritablement point d'apparence qu'un panioalier fit dessein de réformer un Etat, en y àangeant tout dès les fondements et en le renm$aat pour le redresser, ni même aussi de réie corps des sciences ou l'ordre établi lies écoles pour les enseigner, mais que, pour
toutes les opinions que j'avois reçues jusqu'alors en ma créance, je ne pouvois mieux faire que d'entreprendre une bonne fois de les en êter, afin d'yen remettre par après ou d'autres meilleures, ou bien les mêmes lorsque je les aurols ajustées au nivrau de la raison. Et je crus fermement que par ce moyen je réussirois à conduire ma vie beaucoup mieux que si je ne bâtissoisque sur de vieux fondements, et que je ne m'appuyasse que sur ks principes que je m'étois laissé persuader en ma jeunesse, sans avoir jamais examiné s'ils étoient vrais. Car, bien que je remarquasse en ceci diverses difficultés, elles n 'étoient point toutefols sans remède, ni comparables à celles qui se trouvent en la réformation des moindres choses qui touchent le public. Ces grands corps sont trop malaisés à relever étant abattus, ou même à retenir étant ébranlés, et leurs chutes ne peuvent être que très rudes. Puis, pour leurs imperfections, s'ils en ont, comme la seule diversité qui est entre eux suffit pour assurer que plusieurs en ont, l'usage les a sans doute fort adoucies, et même il en a évité ou corrigé insensiblement quantité, auxquelles on ne pourroit si bien pourvoir par prudence ; et enfin elles sont quasi toujours plus supportables^ que ne seroit leur changement ; en même façon que les grands chemins, qui tournoient entre des montagnes, deviennent peu à peu si unis et s! commodes, à force d'être fréquentés, qu'il est beaucoup meilleur de les suivre que d'entreprendre d'aller plus droit, en grimpant au-dessus des rochers et descendant jusqnes au bas des précipices.
C'est pourquoi je ne sanrols aucunement approuver ces humeurs brouillonnes et Inquiètes qui, n'étant appelées ni par leur naissance ni par leur fortune au maniement des affaires publiques, ne laissent pas d'y faire toujours en idée quelque nouvelle réformation ; et si je pensofi qu'il y eût la moindre chose en cet écrit par laquelle on me pût soupçonner de cette folle, je serois très marri de souffrir qu'il fût publié. Jamais mon dessein ne s'est étendu plus avant que détacher à réformer mes propres pensées, et de bâtir dans un fonds qui est tout à moi. Que si mon ouvrage m'ayant assez plu je vous en fais voir ici le modèle, ce n'est pas, pour cela, qoe je veuille conseiller à personne de l'imiter. Ceux que Dieu a mieux partagés de ses grâces auront peut-être des desseins plus relevés; mais je crains bien que celui-ci ne soit déjà que trop hardi pour plusieurs. La seule résolution de se défaire de toutes les opinions qu'on a reçues au« paravant en sa créance n'est pas un exemple que
(I) Il y a de plas dans la tradacUon latine : Àly Hê, pour le» peuples qui y soot babitués.