AUX INSTANCES FA1T£S PAR M. GASSENDI
ieaoM que le mot de comprendre signifie quelque limitation, un esprit fini ne sauroit compreodreDieu, qui est infini ; mais cela n'empâche pas qu'il ne l'aperçoive, ainsi qu'on peut bien toQciier une montage encore qu'on ne la puisse embrasser.
Ce qa'ils disent aussi de mes raisons, que • plosleors les ont lues sans en être persuadés, » peut aiskoent être réfuté, parce qu'il y en a quelqo» autres qui les ont comprises et en ont été laijsâjts; car on doit plus croire à un seul qui dit, sans iDtentioD de mentir, qu'il a vu ou compris quelque chose, qu'on ne doit faire à mille ifitr» qui la nient pour cela seul qu'ils ne l'ont pa Toir ou comprendre : ainsi qu'en la décou- T«rte des anUpoides on a plutôt cru au rapport de quelques matelots qui ont fait le tour de la terre qu'à des milliers de philosophes qui n'ont pas CTQ qu'elle fût ronde. Et pour ce qu'ils aliègne&t ici les éléments d'Euclide , comme s'ils étaeot faciles à tout le monde, je les prie de ODsidérer qu'entre ceftx qu'on estime les plus araots en la philosophie de l'école il n'y en a pas de cent un qui les entende, et qu*il n'y en a pas 00 de dix mille qui entende toutes les dé- MistntioDs d'Apollonius ou d*Archimède, bien fi'eiles soient aussi évidentes et aussi certaines que celles d'Euclide.
Eofin, quand ils disent que, « de ce que je reooQfioisen moi quelque imperfection, il ne s*enait pas que Dieu soit,» ils ne prouvent rien ; car isoe l'ai pas immédiatement déduit de cela seul aos y ajouter quelque autre chose, et ils me font têfllement souvenir de l'artifice de cet auteur qui aooQtumede tronquer mes raisons, et n'en rapporter que quelques parties pour les faire paroltre iaiparfaites.
ie De Yois rien en tout ce qu'ils ont remarqué ^ttdumt les trois autres Méditations à quoi je où amplement répondu ailleurs, comme à ce qulls objectent : « l"" que j'ai commis un cercle «1 prouvant l'existence de Dieu par certaines 6^)tioDs qui sont en nous, et disant après qu'on ^ peut être certain d'aucune chose sans savoir BiparaTant que Dieu est ; ^ et que sa connois- >^ ue sert de rien pour acquérir celle des vérités de mathématique; S"" et qu'il peut être i^MBpeur. «t Voyez sur cela ma réponse aux se- <«ides Objections, et la fin de la seconde partie fcia réponse aux quatrièmes.
Mais ils ajoutent à la fin une pensée que je ne ^ point que notre auteur ait écrite dans son rvn d'Instances, bien qu'elle soit fort semblable ^ sieones. « Plusieurs excellents esprits, di- «tt-ils, croient voir clairement que l'étendue «atkéiiiatîquey laquelle je pose pour le principe
de ma physique, n'est rien antre chose que ma pensée, et qu'elle n'a ni ne peut avoir aucune subsistance hors de mon esprit, n'étant qu'une abstraction que je fais du corps physique, et partant, que toute ma physique ne peut être qu'imaginaire et feinte comme sont toutes les pures mathématiques, et que dans la physique réelle dea choses que Dieu a Créées il fout une matièra réelle, solide, et non imaginaire. » Yoili l'objection des objections et l'abrégé de toute la doctrine des excellents esprits qui sont ici allégués. Toutes les choses que nous pouvons entendre et concevoir ne sont à leur compte que des imaginations et des fictions de notre esprit qui ne peuvent avoir aucune subsistance, d'où il suit qu'il n'y a rien que ce qu'on ne peut aucunement entendre ni concevoir ou imaginer, qu'on doive admettre pour vrai ; c'est-i-dire qu'il faut entièrement fermer la porte à la raison et se contenter d'être singe ou perroquet, et non plus homme , pour mériter d'être mis au rang de ces excellents esprits. Car si les choses qu'on peut concevoir doivent être estimées fausses pour cela seul qu'on les peut concevoir, que reste-t-il, sinon qu'on doit seulement recevoir pour vraies celles qu'on ne conçoit pas, et en composer sa doctrine, en imitant les autres, sans savoir pourquoi on lea imite, comme font les singes, et en ne proférant que des paroles dont on n'entend point le sens, comme font les perroquets. Mais j'ai bien de quoi me consoler, pource qu'on joint ici ma physique avec les pures mathématiques, auxquelles je souhaite surtout qu'elle ressemble.
Pour les deux questions qu'ils ajoutent aussi i la fin, à savoir « comment l'âme meut le corps il elle n'est point matérielle, et comment elle peut recevoir les espèces des objets corporels, «» elles me donnent seulement ici oceasion d'avertir que notre auteur n'a pas eu raison lorsque, sous prétexte de me faire des objections, il m'a proposé quantité de telles questions dont la solution n'étoit pas nécessaire pour la preuve des choses que j'ai écrites, et que les plus ignorants en peuvent plus faire en un quart d'heure que tous les plus savants n'en sauroient résoudre en toute leur vie ; ce qui est cause que je ne me suis pas mis en peine de répondre à aucunes. Et celles-ci entre autres présupposent l'explication de l'union qui est entre l'âme et le corps, de laquelle je n'ai point encore traité. Mais je vous dirai à vous que toute la difficulté qu'elles contiennent ne procède que d'une supposition qui est fausse, et qui ne peut aucunement être prouvée, à savoir que si l'âme et le corps sont deux substances de diverse nature, cela les empêche de pouvoir agir l'une contre l'autre ; car au contraire ceux qui ad^M^
RÉPONSES DE DESCARTES
teat dM noddents réels, oomme la chaleur, la pesaiitear, e\ semblables, ne douteqt point que ces aoûidents ne paissent agir contre le corps, et tootefols 11 y a plus de différenee Mitre eux et lui, c*est-à-dire entre des aoddents et une substance, ({u'il n'y a entre deux substances.
Au reste , puisse j'ai la plume en main , Je remarquerai ei)çore ici deux des équivoques que j'ai trouvées dans ce livre d'Instances, pource que cç soi|t celles qui me semblent pouvoir surprendre le plu3 aisément les lecteurs moins attentifs, et je désire par là vous témoigner que si j'y avois rencontré quelque autre chose que je crusse mériter réponse , je n^ l'aurois pis négligé.
La première est en la page 63 , où , pource que J*ai d|t en un lieu < que , pendant que Tàme doute de Texistepcfi de toutes les choses matérielles, elle ne se çpnnolt que précisément , prœeise tantutn, comme que substance immatérielle ; et , sept qh h^lt lljfnes plus bas , pour montrer que par ces mpts , prœcise tanêum^^e n*entends point une entière exclusion ou négation, mais seuleipent une abstraction des choses matérielles, j'ai dit que DOAobstant cel^ on n*étoit pas assuré qu'il n*y a rien en l'âme qui soit corporel, bien qu'on n'y çoquolsse rien , on me traite si injustement que de vouloir persuader au lecteur qa*en disant prœeUe iantum j'ai voulu exclure le corps, et ainsi que J^ ine ^uis contredit par après en disant que je ne I( vçulqis pas exclure. Je ne réponds rieq à ce que j^. wink 9QÇUS^ ensuite 4'aîoir supposé quelque
diose en la sixième Méditation que je n^avois pas proqvé auparavant , et ainsi d'avoir foit un para* Ipgisme ; car il est fecile de reconnoUre la feusseté de cette accusation , qui n'est que trop commune en tout ce livre, et qui me pourroit fhlre soupçonner que sop auteur n'aurolt pas agi de bonne foi, si je ne connoissois son esprit , et ne croyois qu'il a été le premier surpris par que si fausse créance, li'autre équivoque est en la page 84 , où il veut que dUtinguere et absîrahere soient la même chose, et toutefois il y a grande différence; car eu distinguant une substance de ses accidents, on doit considérer l'un et l'autre, ce qui sert beaucoup i la connottre ; au lieu que si on sépare lea* lement par abstraction cette substance de ses accidents , c'est-à-dire si on la considère toute seule sans pepser à eux , cela empédie qu'on ne la puisse si bien cpnnohre, à ç^use que cVst par les aoddcQts que ht nature d^ la substi^ce est mani-
Voilà , moi^sieur, tout ce que je crois devoir répondre au gros livre d'Instances ; car bien que je satisferais peut-être davantage aux amis de l'auteur si je réfutolQ toutes ses Instances l'une après l'autre , je crpis que je ne satisierois pas tant aux miens, lesquels aurotent siyet de me reprendre d'avoir employé du temps en une chose si peu nécessaire, et ainsi de rendre maîtres de mon loisir tous ceux qui voudroient perdre le leur à me proposer des questions inutiles. Hais je vous reipercie de vos soins. Adieu.
sixiëmï;s objections
F4(T«S PAR DIVERS TEJÎOlOGIPIfg £T fBtliOSPFQES,
Après ayolr lu avec attention vo^ Méditations, cC les réponses que vous avez faites aux difficultés qii! Yous ont été ci-devant obj^tées, il nous reste CBOore çn l'esprit quelques scrupules dont il est à Prppo§ que vous nous releviez.
'Le premier est qu'il ne semble pas que ce soit yn argument fort certain de notre existence de ce qil9 U9US pensons ; cart pour être certain que vous proses, YÇkUs dç^vez auparavant savoir ce que c'est qu9 fBU^f Qq que la pensée , et ce que c'es( que yotrç e^^^nce-, et dans l'ignorance où vous êtes 4ç œs dl^ux cbpses, comment pouvez-vous savoir que vous p^qes ou que vous êtes ? Puis donc qu'en dbant j> pf)^(, yous ne savez nas ce que vous dites, et qu'en ajoutant, çhmc je fuis^ vous ne
{l).Vofeili6(iiuUoon,pasee7. d) btd.
vous entendez pas npn plus, que même yous ne savez pas si vous dites ou si vous pensez quelque chose, étant pour cela nécessaire que vous oonnolsslez que vous savez ce que vous ditep, et derechef que vous sachiez que vous connoissez que vous savez ce que vous dites, et ainsi jusques à l'infini , il est évident que vous ne pouvez pas savoir si vous êtes, ou même si vous pensez.
Mais, pour venir au second scrupule, lorsque vous dites « je pense, donc je suis, *> ne pourrofton pas dire que vous vous trpmpez, que imnis m pensez points inals que vous êtes seulement mu , et que vous n'êtes rien autre chose qu'un mouvement corporel , personne n'ayant encore pu jusques Ici comprendre votre raisonnement, par lequel vous prétendez avoir démontré qu'il n'y a peint de mouvement corpord qui puisse léglti-
SDUfiMES OBJECTIONS , ne.
t <tni ippéK da «oin 4e prasée, iCar p^n* w-TOiif ftfoif teltomeqt coupé et divisé par |e Mfeii de votre eoalyse toQ9 1^ mftuyeiQpDty de nbe maittr» mbtito aw vow loyfti mnré et pe Toos vons puMa* peimadpr, a nim qui tMUDm trèe attentife et q^ï pepivui» itoa i)ssa« dwfojaats, qu'il y a de la répugnafM» qpe ooi Faméas aoieat répapdnes dan» œ^ moi^YaoïeDts ourporeli?
l£ imaième scrupiile n'est poi^f différeot du aaaoBd; car, bien q^e quelque^ pèiîps de Viglm «Bflt cm avee tou» les piatonicleiia qua lea auges Aeiaut oorporeb, d'oq vient que )e c^npile de Uma a d^&M qu'on laa pouvoît peindre , et qu'ils usât eo la niaae pensée de Tâme Faiapnnaj^la , 9» <pielqoe8-uBa d'entre eux ont eHlipé venfr de fk% i lia, ila ont néanmoins tons dit que lesangaa si riB« peasoient? ce qui noostfait croire que lewapipioB était que ia pensée se pou voit fiiire par d^ ■MmvenieDts corporels , ou que les anges a'éielaaa ae^-inAaies que des nouvenents aor^ parsls, dont ils ne distînguoient peint la pensée; cda aa peut aussi oonlrmar par 1^ pensées qu'ont les singes, lea diiens et les antres animaux; et da nai les diioM aboient en dormant « comme s^ila paufsaivoient des lièvres on des voieu|« ; ils savant nasal fort bien en veillant qu'ils courent , et m fêwwàt qu'ils aboient, quoique nous reoonnoismis avec vous qu'il n'y a rien en eux qui soit distingué du corps. Que si vous ditesque les chiens se savent pas qu'ils coureot ou qu'ils pensent , ûotre que vous le dites sans le prouver, peut-être est-il vrai qu'ils font de nous un pareil jugement , i savoir que nous ne savons pas si nous courons au si BOUS pensons, lorsque nous faisons l'une ou l'autre de ces actions ; car enfin vous ne voyez pas fielle est la ihçon intérieure d'agir qu'ils ont en eux , non plus qu'ils ne voient pas quelle est la v4lre ; et B s'est trouvé autrefois de grands personnages, et s'en trouve encore aujourd'hui , qui ae déofeot pas la raison aux bites. Et tant s'en finit que nous puissions nous persuader que toutes leurs opérations puissent être sulOsamment expll- ^oécs par le moyen de la mécanique , sans leur iitrilMi^ ni sens, ni âme, ni vie, qu'au contraire iOQs sommes prêts de soutenir au dédit de ce que Ton voudra , que c'est une chose tout-à-fait impossible, et même ridicule. Et enfin S s'il est vrai fie les singes, les chiens et les éléphants agissent it cette sorte dans toutes leurs opérations, il s'en trouvera plusieurs qui diront que toutes les acfioDs de l*homme sont aussi semblables à celles des ■sdiiDes , et qui ne voudront plus admettre en hi de sens ni d'entendement ; vu que , si la foible
1 VoVtt