‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 67 sur 306 · OD DISSERTATIONS DU R. P. BÔURDIN · texte numérisé non relu

OD DISSERTATIONS DU R. P. BÔURDIN

œ qoi peut être tantAt d'une façon , tantAt d'une aotre, par exemple que les choses douteuses n'existent point en effet , yu toutefois qu'il se peut fidre qu'elles existent.

Rkponse it. Si quelqu'un , entendant cette rigle au sens ci-dessus expliqué» vouloit s'en ser- Tir pour recliercher ce qui est vrai et certain , sans doute qu'il y perdroit son temps et sa peine, et qu'il travailleroit sans fruit et sans succès, yu qu*il ne prouYeroit pas plutAt ce qu'il cherche que son opposé. Par exemple, supposons que quelqu'un cherche et examine s'il a un corps ou s'il peut être corporel , et que pour s'éclaircir de cette Yérité il argumente ainsi : il n'est pas certain qu*aucun corps existe ; (h) donc , suivant notre régie , j'assurerai et dirai le contraire , à savoir : aucun corps n'existe. Puis il reprendra ainsi son argument : aucun corps n'exi$te , et moi cependant je sais fort bien d'ailleurs que je suis et que j'existe ; donc je ne puis être un corps. A la vérité c'est fort bien conclu; mais vous Yoyez comme par le même raisonnement il peut aussi prouver le contraire. Il n'est pas certain , dit-il , qu'aucun corps existe ; donc, suivant notre règle, j'assurerai et dirai, aucun corps n'existe. Mais cette proposition , aucun corps n'existe, n'est-elle point douteuse? Sans doute qu'elle l'est; et qui me poarroit montrer le contraire ? Si cela est, j'ai ee que je demande. Il est certain qu'aucun corps n'existe; donc, suivant notre règle, je dirai, quelque corps existe : or est-il que je suis et que j'existe, donc je puis être un corps si rien autre chose ne l'empêche. Vous voyez donc que je puis être un corps et que je puis n'être pas un corps. Étes-Yous satisfait ? J'ai peur que vous le soyez trop , autant que je le puis conjecturer de ce qui suit. C'est pourquoi je viens à votre seconde question.

REHARQUJES DE DESGARTES.

n approuve Ici dans ces deux premières ré^ penses tout ce que j'ai pensé touchant la question proposée, ou tout ce qui se peut déduire de mes écrits ; mais il ajoute que « cela est très commun, et familier même aux moindres apprentis. »

Et dans les deux dernières, il reprend ce qu'il veut que l'on croie que j'ai pensé là-dessus , encore qu'il soit si peu croyable qu'il ne puisse tomber dans l'esprit d'aucune personne de bon sens. Mais il le fait sans doute afin que ceux qui n'ont point lu mes Méditations, ou qui ne les ont jamais lues avec assez d'attention pour bien savoir ce qu'elles contiennent , s'en rapportant à ce qu'il en dit , croient que je soutienne des opinions ridi- «iki el peu croyables, et que ceux qui ne pour-

ront avoir une si mauvaise opinion de moi se per* suadent au moins que je n'ai rien mis dans mes écrits qui ne soit très commun et familier à tout le monde. Mais je ne me mets pas fort en peine de cela ; et je puis dire que je n'ai jamais eu dessein de tirer aucune louange de la nouveauté de mes opinions; car, au contraire, je les crois très anciennes étant très véritables , et toute ma principale étude ne va qu'à rediercher certaines vérités très simples qui , pour être nées avec nous, ne sont pas plus têt aperçues qu*on pense ne les avoir jamais ignorées ; mais il n'est pas malaisé de reconnoitre que cet auteur n'impugne mes écrits que parce qu'il croit qu'ils contiennent quelque chose de bon et qui n'est pas commun ; car il n'est pas possible que , s'il les avoit crues si peu croyables qull le feint , il ne les eût plutêt jugées dignes de mépris et du silence que d'une réfutation si ample et si étudiée.

(h) « Donc, suivant notre règle, j'assurerai et dirai le contraire. » Je voudrois bien savoir dans quelles tables il a jamais trouvé cette loi écrite ; il est bien vrai qu'il Ta déjà ci-dessus assez inculquée, mais aussi est-il vrai que j'ai déjà assez nié qu'elle vint de moi, à savoir dans mes notes sur ces paroles : « croire, dire et assurer l'opposé de la chose dont on doute, n Et je ne pense pas qu'il voulût soutenir qu'elle vient de moi si on rinterrogeoit là-dessus, car un peu auparavant il m'a introduit parlant des choses qui sont douteuses, en cette sorte : « Vous ne l'assurerez ni ne le nierez, vous ne vous servirez ni de l'un ni de l'autre ; mais vous tiendrez l'un et l'autre pour faux, n Et un peu après, dans l'abrégé qu'il fait de ma doctrine, il dit « qu'il faut refuser son approbation à une chose douteuse comme si elle étoit manifestement fausse, ou même feindre que l'on a d'elle la même opinion que d'une chose fausse et imaginaire ; » ce qui est tout autre chose que d'assurer et de croire Vopposi, en telle sorte que cet opposé soit tenu pour vrai, comme il le suppose ici. Mais moi, lorsque j'ai dit dan» ma première Méditation que je voulois pour quelque temps tâcher de me persuader l'opposé des choses que j'avois auparavant légèrement crues, j'ai ajouté aussitôt que je ne le faisois qu*aûn que, tenant pour ainsi dire la balance égale entre mes préjugés, je ne penchasse point plus d'un cAté que do l'autre ; mais non pas afin de prendre l'un ou l'autre pour vrai, et de l'établir comme le fondement d'une science très certaine, comme il dit ailleurs. C'est pourquoi je voudrois bien savoir à quel dessein il a apporté cette règle : si c'est pour me l'attribuer, je lui demande où est sa candeur ; car il est manifeste, par ce qui a été dit auparaYant, qu'il sait fort bien qu'elle ne

SEPTIÈMES OBJECTIONS

Tient pas de moi, poorce qu'il n'est pas possible qo'ane personne erole qu'il faut tenir les deux contraires pour faux, comme il a dit que je eroyois, et qu'en même temps elle assure et dise qu'il fimt tenir pour vrai l'opposé de l'un des deux, comme il est dit par cette règle. Mais si d'est seulement par plaisir qu'il Ta apportée, afin d'avoif quelque chose i reprendre, j'admire la subtilité de son esprit de n'avoir pu rien inventer de plus vraisemblable ou de plus subtil : j'admire son loisir d'avoir employé t^nt de paroles à réfuter une opinion si absurde qu'elle ne peut p9È mAme sembler probable à un enfant de sept ans ; car il est à remarquer que Jusques ici il n'a reprit antre chose que cette Impertinente loi : eflin J'admire la force de son imagination d'avoir pu, nonobstant qu'il ne combattît que contre cette vaine chimère qu'il avoit lui-mAme forgée, se comporter tout-à-fait de la même manière, et se servir toujours de mêmes termes que s'il m'eût eu en effet peur adversaire et qu'il m'eftt vu en personne lui ikire tête.

LP. BE OORDIN.

01 cEtr tite Boimn vÈtnom de philosotheb

QUE DE FAIBB UNE ABDICATION GÉNÉBALB DE TOUTES LES CHOSE^ DONT ON PEUT DOUTEE.

Vous me demandez, en second lieu, si c'est une bonne méthode de philosopher que de fidre une abdication de tontes les choses dont on peut en quelque fliçon douter; mais vous ne devez point attendre de moi aucune réponse, si vous n'expliques plus au long quelle est cette mé* thode, et voici comme vous le fiiites.

Pour philosopher, dites-vous, et pour rechercher s'il y a quelque chose de certain et de très certain, et savoir quelle est cette chose, voici comme Je m'y prends, (i) Puisque toutes les choses que J'ai crues autrefois et que J'ai sués Jusques ici sont douteuses et Incertaines, je les tiens toutes pour ftiusses, et il n'y en a pas une que je ne rejette; et ainsi Je me persuade qu'il n'y a point de terre ni de ciel, ni pas une des choses que J'ai crues autrefois être dans le monde, et même aussi qull n'y a point de monde , point de corps, point d'esprits, et en un mot qu'il n'y a rien du tout. Après avoir ainsi Ihit cette abdication générale et protesté qu'il n'y a rien du tout dans le monde. J'entre dans ma philosophie, et, la prenant pour guide, je cherche avec circonspection et prudence ce qui peut être vrai et certain, de même que s'il y avoit quelque mauvais génie très puissant et très rusé qui employêt toute sa force et toute son Indus-

trie pour me faire tomber dans l'erreur. Ceit pourquoi, pour ne me point laisser tronîper, je regarde attentivement de tous cAtés, et je tien pour maxime inébranlable de ne rien admettre pour vrai qui ne soit tel, qu'en cela ce mauvais génie, pour rusé qu'il ^it, ne me puisse rien imposer, et que Je ne puisse pas même m'emptchef de croire et beaucoup moins le nier. Je pense donc, je considère. Je passe et repasse tout en mon esprit jusques à ce qu'il se présente quelque chose de tout-à-fait certain ; et lorsque Je l'ai rencontré, je m'en sers, comme du point fixe d'Archimède, pour en tirer toutes les autres dioses, et par ce moyen je déduis des choses très certaines et très assurées les unes des antres.

Tout cela est fort bien, et s'il n'étoit questiqp que de l'apparence. Je ne ferols point de difflcultj de répondre que cette méthode me semble fort belle et fott relevée ; mais pouroe que vous attendes de moi âne réponse exacte, et que je ne puis vous la rendre si premièrement je ne me sers de votre méthode et ne la mets en pratique, commençons à en &ire l'épreuve par les choses les plus alséea, et voyons nous-mêmes ce qu'elle a de bon; et pource que vous en connoissez les d{* tours, les routes et les sentiers, pour y avoir passé plusieurs fois. Je vous prie de me servir de guide. Faites et commandez seulement, et vous verrez que je suis tout prà à vous servir de compagnon ou de disciple. Que pouvez-vous désirer davantage de mol? Je veux bien m'exposer dans ce chemin, quoiqu'il me soit tout nouveau et qu'il me fasse peur i cause de son obscurité , tant la beauté et le désir de la vérité m'attire puissamment. Je vous entends ; vous voulez qoe Je fasse tout ce que je vous verrai fialre, que je mette le pied oà vous mettrez le vétre. Voiii sans doute une belle façon de commander et de conduire un autre, et, comme elle me plaît, j*sttends votre commandement,

ON OUYEE LA VOIE QUI DONEB BlfTliS A «Stn ^TBO0B«

Voici comme tout d'abord vous phllosophei Après que j'ai fait réflexion, dites-vous, sur toBtes les choses que j'ai reçues autrefois en n» créance, je suis enfin contraint d'avouer qu'il o'f en a pas une de celles que Je croyoIs alors être vraies dont je ne puisse douter, et cela non po^* pour quelques soupçons légers et mal fondés, mais pour des raisons très fortes et mûrement considérées; en telle sorte qu'il est nécessaire que je n'y donne pas plus de créance qne fi pourrols faire à des choses qui me paroîtroient étidemment fausses, si Je dfcire trouver quelque

ou DISSERTATIONS DU R. P. BOURDIN,

ehose de constant et d'assuré dans les sciences :

•'est poifrquoi j« pense que je ne ferai pas mal

si, nfenant pu sentinMDt contraire, j'emplele

tous BMs soins i ma tromper moi-mâme, feignant

pour queiqua tempf qup toutes oes opinions soBt

feiissM et ima«inairss, jusqu'à ra qutefin ayant

mis, pour ainsi dire, la iwlanee égale entre mes

préjugés, mon jugement ne spit plus Hiahrisé par

de mauTais usages, et détourné du droit eiiemin

qui ie peut conduire à la connoissaoea do la vé»

jhUA. Je supposenai donc qu^un mauvais génie,

noii moins puissant que rusé, a employé toute

soa industf ie i me tromper. Je penserai que le

del, r«ir, la terre^ les couleurs, le» figures, les

sons, et toutes les clioaes extérieupes que nous

apprapons par les sens, ne sont que des illusions

et Sromporiss dont H se sert pour surprendre ma

crédi^té. Je me persuaderai qu*ll n^ a rien du

loat dans le monde, qu*il B*y a point do ciel,

point de terre, point d'esprits, point de eorps.

(k) Je dis point d'e^)rits et point de corps , etc. ;

€*e8t iel une chose à remarquer, et la prineipale.

Je me considérerai moi-même comme n'ayant

point de mains, peint d'yeui, point de chair,

point de sang; comme n'ayant aucun sens, mais

eroyaat faussement avoir toutes ces choses. Je

demeurerai olMtinément attaché à cette pensée.

Arrêtons-nous un peu Ici, s'il vous plah, pour reprendre de nouvelles forces. La nouveauté de la dioae m'a un peu ému et étonné : ne commandex-vous pas que je rejette toutes les choses que par le pa»é j'ai reçues en ma créance? Oui, je veux que vous les rejetiez toutes, (l) Quoi, tou* tes? car qui dit tout n'excepte rien. Je l'entends ainsi, ajoutes- vous. Je vous obéis, mais c'est avec bien de la peine ; car c'est une chose fort dure, et , pour vous ie dire franchement, je ne le fais pas sans scrupule; c'est pourquoi, si vous ne m'en délivrez, je crains fort que nous ne nous égarions dès l'entrée. Vous avouez que toutes les choses que vous avez autrefois reçues en votre créance sont toutes douteuses, ( m ) et vous dites vous-même que vous êtes forcé à le croire ; pourquoi ne fkltes'vous pas une pareille violence à mon esprit; afin que je sols aussi contraint d'avouer la même chose que vous? Qui vous a, je vous prie, ainsi contraint? Je viens d'apprendre tout i l'heure que ç*ont été des raisons très fortes et mûrement considérées. Mais quelles sont-elles enfin ces raisons? car, si elles sont bonnes, pourquoi les rejeter? que ne les retenez- vous plutét? et si eHes sont douteuses et pleines de soupçons, par quelle force, je vous prie, ont-elles pu vous contraindre?

Les voici, dites-vous, tout le monde les sait, et j'ai coutume de les Ihlre toujours marcher

devant comme on feisoit autrefois les tireurs de fronde et les archers , pour commenoer le choc. Nos sens npus trompent quelquefois, quelquefois noua rêyons : il y a quelquefois certains fous qui pensent voir ee qu'ils ne voient pas, et ce qi|i peut-être n'est point et ne sera jamais,

SnatHiQ li toutes vos faisons? Iiorsqof voua en avei promis de fortes et mûrement considérées, je me suis aussi attendu qu'elles seraient oertai- Ms et exemptes de toute sorte de doute, telles que lea demande votre régie, dont nous nous servons i présent, qui est exacte jusqnes à ce point qu'Ole n'admet pas même la moindre ombre de doute. Mais ces raisons que vous venez d'apporter, à savoir : nos sens nous trompent qnelquefoip, quelquefois nous rêvons. Il y a des fous, sottt^lles certaines et exemptes de doute? ou plutêt ne sont*ce pas simplement de purs dooiaeet soupçons? Qui vous a appris qu'eilee sont certaines et hors de tout doute, et conformes i cette règle que vous avei toujours à la main, à savoir « qu'il fout bien se donner de garde de rien admettre pour vrai que nous ne puissions prouver être tel t » y a-t-il eu un temps auquel vous ayez pu dire : certainement et indubitablement mes sens me trompent i présent , je le sais fort bien ; maintenant je rêve ; un peu auparavant je revois; celui-ci est fou, et pense voir ce qu'il ne voit point, et 11 ne ment point? Si vous dites que oui, prenez garde comment vous le prouverez : voire même prenez garde que ce mauvais génie dont vous parlez ne vous ait peut-être déçu ; car il est fort à craindre qu'à l'heure même que vous apportez ceci comme une raison bien forte de douter, et mûrement considérée, les sens nous irompent quelquefois^ ce rusé génie ne vous montre au doigt et ne se moque de vous, de vous être ainsi laissé abuser. Si vous dites que non, (n) pourquoi dites- vous si assurément que quelquefois nous rêvons? Pourquoi, suivant votre première règle, ne dites-vous pas plutêt ainsi : Il n'est pas tout-è-foit certain que les sens nous aient quelquefois trompés, que nous ayons quelquefois rêvé, qu'il y ait eu quelquefois des fous ; donc je dirai ainsi , et établirai pour principe, que nos sens ne nous trompent jamais, que jamais nous ne rêvons , et qu'il n'y a point de fous?

Mais , dites-vous , j'en ai quelque soupçon. Et moi je vous dis que c'est ce qui cause mon scrupule ; car, lorsque j'ai pensé avancer mon pied, j'ai senti ces fortes raisons plier sous moi et s'évanouir comme des ombres et des soupçons, ce qui a fait que j'ai appréhendé de les presser. J'en ai pourtant quelque soupçon aussi bien que vous.

SEPTIEMES OBJECTIONS

▼om eo af6K quelque soupçon, dites-yous? C68t auei que tous le soupçonniez , c'est assez que TOUS disiez : je ne sais si je dors ou si je Teille ; je ne sais si mes sens me trompent ou ne me trompent point.

Mais pairdonnez^moi si je tous dis que cen*est pas assez pour moi, et que je ne suis pas satisfait de cela ; car je ne toîs pas bien comment tous pouTez inférer de ceci, « je ne sais si je Teille ou si je dors, » donc je dors quelquefois : car si tous ne dormiez jamais, si tous dormiez toujours, si ¥0us ne pouTiez même dormir, et que ce génie se moquât de tous pour aToir eu le pouToir de tous persuader que tous dormez quelquefois, que quelquefois tous tous trompez, quoique cela ne soit point. Croyez-^moi, depuis que tous aTez introduit ce génie, depuis que tous aTez réduit i un peut-être tos plus fortes et plus solides raisons , tous aTez tout gâté, et ne pouTez de cela en tirer rien de bon. (o) Que saTez*vous si ce rusé génie ne TOUS propose point toutes choses comme dou* teuses et incertaines, nonobstant qu'elles soient certaines et assurées, afin qu'après les aToir toutes rejetées il tous jette tout nu dans la fosse que TOUS TOUS êtes TOUS- même creusée? Ne feriez- Tous pas mieux si, auparaTant que de faire ainsi une abdication générale de toutes choses, tous TOUS établissiez une régie certaine, par laquelle tous puissiez reconnoître si toutes les choses que TOUS rejetterez seront bien ou mal rejetées, (p) Sans doute que c^est une chose d'une importance tout-à-falt grande que cette abdication générale de toutes nos connoissances passées. Et si tous m'en croyez, je tous conseille d'appeler encore une fois tos pensées en jugement, pour en délibérer mûrement et sérieusement, et ne rien précipiter li-dessus.

Cela n'est pas nécessaire, dites-TOUs ; je ne saurois ici trop accorder à ma défiance, et je sais qu'il ne peut y aToir en cela de péril ni d'erreur.

(q) Que dites-TOus, je sais? Est-ce certaine* ment? est-ce sans aucun doute? en sorte que, de tant de connoissances que tous aTez rejetées, celle-ci tous soit demeurée pour être la seule placée dans le temple de la Térlté, comme les restes d'un si grand naufrage. Ou, parce que tous entreprenez une nouTelle philosophie et que tous songez aux moyens de l'accroître, Toulez-Tous qu'on écrlTe sur le frontispice en lettres d'or cette maxime : • Je ne puis trop accorder i ma défiance; *• afin de signifier tout d'abord â ceux qui Tondront mettre le pied dans Totre philosophie qu'il faut rejeter cette Tieille proposition, detuc et troii font cinq^ et retenir celle-ci, je ne saurait trop accorder à ma défiance. Mais s'il arriT6 que quelque noTice en murmure, et qu'il

dise entre ses deais : Quoi ! l'on Tout que je rejette ce dire anden, deux et troU foni cinq^ qui n'a jamais été réToqué en doute par personne, i cause qu'il se peut faire que quelque mauTsis génie me trompe ; (r) et l'on m'ordonne de retenir celui-ci, qui est rempli de doutes et de difficultés, je ne sauroie trop accorder à ma défiance conune si ce mauTais génie ne me pouToit en cela rien imposer!

Que direz-TOus à cela? Et Tous-mAme poar^ riez-TOUs bien faire en sorte que je ne craignisse et n'appréhendasse rien de ce mauTais génie? En Térité, quoique tous m'assuriez et de la main et de la Toix, (s) ce n'est pas sans une grande appréhension de paroître trop défiant que je rejette et bannis comme fausses ces maximes anciennes, et qui sont quasi nées aTec nous, à savoir, un argument en Barbara conclut fort bien : je suis une chose composée de corps et d'âme ; et même, s'il m'est permis de juger à la mine eti la Toix, TOus-mAme, qui tous mAlez de conduire les autres et de rendre le chemin sûr, tous n'êtes pas exempt de crainte. Car, répondez-moi ingénument et franchement comme tous aTez de coutume; (t) rejetez-TOus sans scrupule comme une chose fausse cette proposition ancienne : « J'ai es moi ridée claire et distincte de Dieu ; » ou celleci : « Tout ce que je conçois fort clairement et fort distinctement est Trai ; » (t) ou enfin cette autre: « Les facultés de penser, de se nourrir et de sentir n'appartiennent point au corps, mais à l'esprit,» et mille autres semblables? Je tous demande cela tout de bon ; répondez-moi, s'il tobs plait. PouTez-TOus, en Térité, à la sortie de Tancienne philosophie et à l'entrée d'une nouTelle, bannir, chasser et abjurer comme fausses toutis ces choses? j'entends les bannir et abjurer i boQ escient. Quoi donc! oserez -tous assurer le contraire, et dire hardiment et sans scrupule : Oui* maintenant, et à l'heure même que je parle, je n'ai pas en moi l'idée claire et distincte de Dieu; jusques ici j'ai cru faussement que les fecuitésde se nourrir, de penser et de sentir n'appartenoient point au corps, mais à l'esprit; mais-, hélas! que j'oublie aisément la résolution que j'aTois prise! qu'ai-je fait? je m'étois abandonné au commencement tout entier à tous et à TOtre conduite; ja m'étois donné à tous pour compagnon et pour disciple, et Toici que j'hésite dès l'entrée, tout effrayé et irrésolu. Pardonnez-moi, je tous prie; j'ai péché, je l'avoue, et péché largement, et n'ai fait en cela paroitre que l'imbécillité de mon esprit ; je devois, sans aucune appréhension, marcher hardiment aTec tous dans les ténèbres de l'abdication, et tout au contraire j'ai hésité ci résisté. Cela ne m'arriTera plus ai tous me par-

ou DISSERTATIONS DU fi. P. BOURDIN.

doDDei; et, par une ample et libérale abdication de tootei les choses que j*ai jamais crues par le passé, je réparerai le mal que je viens de faire. Je rejette donc et abjure toutes mes anciennes opinions ; et vous ne trouverez pas mauvais si je n'en prends point le ciel et la terre à témoin, puisque vous ne voulez pas qu'il y en ait. Je confesse donc qu'il n Y a rien du tout. Allez , marchez le premier, je vous suis. Sans mentir je vous trouve facile d'aller ainsi le premier sans répugnance.

REMARQUES DE BESCARTES.

(i) « Puisque toutes les choses que j'ai sues Jusques ici sont douteuses, n II a mis ici que j'ai mes pour que fat cruêowir: car il y a de la con^ trariété en ces termes, que j'ai sues^ et eoni dotiteuees^ à laquelle sans doute il n'a pas pris garde; mais il ne faut pas pour cela lui imputer à malice, car autrement il ne Tauroit pas si légèrement touchée qu'il a fait; mais, au contraire, feignant qu'elle serolt venue de moi, ii auroit em{doyé beaucoup de paroles à insister à l'encontre.

(k) « Je dis point d'esprits, point de corps. • n dit cela afin d'avoir lieu par après de pointiller «ongtemps sur ce qu'au commencement, supposant que la nature de l'esprit ne m'étoit pas encore assez connue, je l'ai mise au rang des choses douteuses ; et qu'après cela, reoonnoissant que cependant une chose qui pense ne pouvoit pas ne point exister, et appelant du nom d'esprit cette chose qui pense, j'ai dit qu'un esprit eiistoit ; comnie si j'eusse oublié que je l'avob nié auparavant, lorsque je prenois l'esprit pour une chose qui m'étoit inconnue, et comme si j'eusse cru que les chofees que je nioisen un temps, pource qu'elles me paroissoient incertaines, dussent toujours ainsi être niées et qu'il ne se pût faire qu'elles ne de- TÎDflsent par après évidentes et certaines. Et il est i remarquer que partout il considère le doute et la certitude, non pas comme des relations de notre connoissance aui objets, mais comme des propriétés des objets mêmes qui y demeurent toujours attachées ; en sorte que les choses que nous avons une fois reconnu être douteuses, ne peuvent jamais être rendues certaines. Ce que l'on doit plutM attribuer à simplicité qu'à malice.

(l) • Quoi, toutes choses? » Il chicane ici sur ce mot toutes^ comme auparavant sur le mot rien, mais inutilement et en vain.

(m) m Vous avouez y étant forcé, n II en a fait àe même sur ce terme, forcé, mais aussi inutilement que sur les précédents ; car il est certain que ces raisons-là sont assez fortes pour nous obliger de douter, qui sont elles-piAmes douteuses et incertaines, et qui pour cela ne doivent point

être retenues, mais rejetées, comme il a été re« marqué ci-dessus; elles sont, dis-je, assez fortes» tandis que nous n'en avons point d'autres qui, en chassant le doute, apportent en même temps la certitude ; et pource que je n'en trouvois aucune de telles dans la première Méditation, bien que je regardasse de tous c6tés et que je méditasse sans cesse, j'ai dit pour cela que les raisons que j'ai eues de douter étoient fortes et mûrement considérées. Mais cela passe la portée de notre auteur, car il ajoute : « Lorsque vous avez pro« mis de bonnes et de fortes raisons, je me suis aussi attendu qu'elles seroient certaines, telles que les demande votre règle; » comme si cette règle qu'il feint pouvoit être appliquée aux choses que j'ai dites dans la première Méditation. Et un peu aiNrès il dit : « Y a-t-il eu un temps auquel vous ayez pu dire, certainement et indubitablement, mes sens me trompent à présent? Je sais cela fort bien. » Où il tombe dans une contrariété pareille à la précédente, ne s'apercevant pas que tenir une chose pour indubitable, et en même temps douter de la même chose, sont deux choses qui se contrarient. Mais c'est un bon homme.

(n) « Pourquoi dites- vous si assurément que quelquefois nous rêvons? » Il tombe encore innocenunent dans la même faute , car je n'ai rien du tout assuré dans la première Méditation , qui est toute remplie de doutes, et de laquelle seule 11 peut avoir tiré ces paroles. Et, par la même raison , il auroit pu aussi trouver ceci : Nous ne révone jamais; ou bien: Quelquefois nous rêvons. Et lorsqu'il ajoute un peu après, « car je ne vois pas bien comment vous pouvez inférer de ceci : Je ne sais si je vexUe ou si je dors, donc je dors quelquefois , » il m'attribue ici un raisonnement purement digne de lui ; aussi est-ce un bon homme.

(o) « Que savez- vous si ce rusé génie ne vous propose point toutes choses comme douteuses et incertaines, nonobstant qu'elles soient certaines et assurées? » Il paroît manifestement par ceci , comme j'ai déjà observé , qu'il considère le doute et la certitude comme dans les objets, et non pas comme dans notre pensée, car autrement comment pourroit-il feindre que ce génie proposât quelque chose comme douteuse qui ne fût pas douteuse, mais certaine, puisque, de cela seul qu'il me la proposeroit comme douteuse , elle serolt douteuse. Mais peut-être que ce génie l'a empêché de reconnottre la répugnance qui est dans ses paroles ; et il est i plaindre de ce qu'il trouble ainsi si souvent sa pensée.

(p) « Sans doute que c'est une chose d'une importance tout-à-fait grande que cette abdication générale de toutes nos connoissances passées, n

SEPTIÈMES OBJECTIONS

J*eD al siHf fttfrfi wr la fia de ma tiponm ani quatriimet objectiouB et dam la préface de esa MéditaiiODS que je n'ai pour cela propoiéee A lire qa'aai plue solides esprits. J*ai aussi averti de la niAme chose fort eipressétnent dans meta diMourl de la Méthode, où ayant décrit deux dWers genre! d'esprits à qui cette abdication générale n'est pas propre , si peut*étre notre auteur se trouve cota-* pris sous l'un ou sous l'autre genroi il ne itae doll pas pour cela imputer ses erreurs.

(q) " Que ditiyi-yous, je sais? » Lorsque j'ai dil que je savois qu'il ne pouvoity avoir de péril en cette abdication générale , j'ai ajouté » « parce qu'alors je ne oonsidérois pas les choses pouf Affir^ mais seulement pour les connoltre; • ce qui fiiit teir si manifestement qhe je n'ai parlé en cet endroit-là que d'une isfon morale de savoir^ qui saillit potar la conduite de la vie et que j'ai sou-^ vent dit ^tre fort difiirente de la façon métaphy*^ sique dont II s'agit ici , qu'il seinble qu'il a*f ail que notre auteur seul qui ait pu l'Ignorer.

(b) « Bt l'on veut que je retienne celul-Hsi, qui cet rempli de doiites et de difficultés : Je ne sad^ rois trop accorder à ma défiance, n II y a encore Ici derechef de la contrariété dans les pardles « ear tout le monde sajt que celui qui se défié , pendant qu'il se défie , et que par conséquent il h'aCfirme fti ne nie aucune chose , ne peut être induit en erreur par aucun génie , pour rusé qu'il soit , ce qu'on ne peut pas dire de celui qui ajoute deut et trois ensemble , ainsi qde le proute l'eiemple qu'il a lui-même apporté d-dessus i de celui qui eomptoit quatre fois une heure.

(s) « Ce n'est pas sans une grande apptChenâflori de parottre trop défiant que je rejette Ces Aaiimeè anciennes, n Encore qu*il emploie ici beaucoup dé paroles pour tâcher de persuader qu'il he fiitit fÊÉ se défier trop , c'est pourtant une chose digne de remarque qu'il n'apporte pas la moindre raison pour le prouver, sinon seulement celle-ci , qui est qu'il craint ou qu'il se défie qu'il ne faut paè tant se défier ; où il y a encore de la répugnance; caf decdia seul qu'il craint et qu'il ne sait pas certainement qu'il ne doit point se défier, de là 11 s'en-* iolt qu'il doit se défier.

(t) • Rejeter - vous sans scrupule comme une Iftose fausse cette proposition ancienne : l'ai en mol l'idée dafre et distincte de Bleu ; oh celle-ci i Tout cfe que je conçois fort dairement et ibft distinctement est vrai. * Il appelle Ces dioses-cl ancleunet pource qu'il craint qu'on ne les tienne pour nouvelles, et que j'aie Ja gloire de les avdir le premier remarquées ; mais je m'en soucie fort peu. M semble aussi vouloir faire gUsset* quelque scf u* paie feudiaiit l'idée que nous avons de Dieu ; ttials ce n'est qu'en passant » de peur peut-être que ceux

qnl saviBC aveu qaél soin J'ai eioepté de cette ab* dication toutes les choses qui regardent la piété , et en général les nosars , ne le prissent pour oa calomniateur.

Bain, U ne Voit pas que l'abdioatloa ne regarde que celui qui ne conçoit pas encore dairement et distinctement qudque diose ; comme, par exemple , les sceptiques , auxquels cette abdication est familière, en tant que sceptiques, n'ont jamais ries conçu clairement ; car du moment qu'ils auroieot conçu clairement quelque chose, ils aurdent cessé d'en douter et d'être en cela sceptiques. Et pource qu'il est aussi fort difficile que personne^ itant que d'avoir fait cette abdication , puisse jamaU rien concevoir fort clairement , j'entends d'aaa darté telle qu'il est requis pour une certitude mé^ taphysique, c'est pour cela que cette abdicsUon est fort utile à ceux qui étant capables d'une coo' noissance si claire ne l'ont pourtant pas encore acquise; mais non pas à notre auteur, comme révénement le montre ; et j'estime au contraire qu'il la doit soigneusement éviter.

( T ) « Ou enfin cette autre-ti : Les ftcultisde penser, de se nourrir et de sentir, h'appartlennent point au corps, mais à l'esprit. « 11 dte eei parhles comme venant de nâoii et éh mêfaie tempi H les débite pour si certaltaei ^uli «emble qoê personne ne puisse en auedfie fhçon les révoquer en doute: Mais cependant II n'y a Hen de plot dair dans meê Méditatinhn que je mpporté mi corps seul la puissance dé se nourrir, ei non pal à l'esprit ou à Cbtte partie db l'homme qtti pesse) en telle sorte que par cela seul l'on tdt ttilmlf^ tementi premièrement, qu'il ne lètf entend point, encore qu'il ait efitreprië de les réftatef t eecoQdément, qu'il li'èH pas vrai Itde dé êë qhë^ daos la deuxième Méditàtiota j'ai pArlé éeldn l'opinioQ du vulgaire, j'aie pour cela voulu rapporter la puissance de se nourrie ft l'flme ; dt, enfiù, qu'il tient ploeieure choses pour indubitable^ 4u'H nt faut pas adîhetthè pour télle^ ^ni od grand examen. Mais toutefois il a fort bien conclu , vers la fin, que par toutes cei choses il a fait seUlemeot parottre la médiocrité de son esprit.

Lb p. BOURDIN.

Olf PaiiPABB LA VOIE QUI DONNE L^ENTIEE A CSnS METHODE.

Lorâqiie j'ai fait alnd uM abdicatidd de tontes mes connoissances passéeè, ( t ) Je commence l philosopher de la eoHe : ie sdis; je pense; |e suis pendant que je pense. CaT cette propo^itloo, j'eœiste, est nécessairement vraie, toutei les foh que je la prononce od qoe ^i là dmcttts en mon esprit

ou DISSERTATTOKS DU R- P. ËOURDIN

Tous dites mertelUes. Yoiui ares th>até ee point fixe d'Archimède. Sans doute que vous ferek mouToir toute la machine du monde, si voua l*entreprenei. Toutes choses chancellent déjà. Mats, je TOUS prie ( car vous voules, comme je croîs, couper toutes choses jusques au yif, afin qu'il n*y ait rien dans votre méthode qu^ de propre, dé bien suivi et de nécessaire ), (v) pourquoi faU ies-Tous mention de i*esprlt, quand Vous dites i •Lorsque je ia conçois en mon esprit? » N'avesvous pas même banni le corps et Tésprit? Mais peut-être i*aviez-vous oublié, tant 11 est difflcile, même aux plus expérimentés, de diasser tout-à- <kit de leur mémoire le souvenir des choses auxquelles Ils se sont accoutumés dès leur jeunesse ; en sorte qa*n ne faudra pas perdre espérance 8*11 m'arrire d'y manquer quelquefois, m6l qui n'y suis point encore bien accoutumé.

Je considérerai, dites-vous, tout de notiteau ee que je suis et ce que je croyois être avant que j'entrasse dans ces dernières pensées ; et, de mes anciennes opinions, je retrancherai tout ce qui peut être tant soit peu combattu par les raisons que j*ai ci-devant alléguées, afin quepél'oe tnôyëta il ne demeure précisément rien qui ne soit entlèranent certain et indubitable.

Oaerai-je bien, avant que vous passiez plus outre, vous detfiaiider pourquoi, aptes avoir fait une abdication solennelle de toutes voé anciennes opinions, comme d'autant de choses /susses ou douteuses, vous voules ehcore une fols repasser les yeui dessus, comme si vous espériez tirer quelque chose de bon et de certain de ces vieux lamlieaox ou fragments? Que sera-ce si vous avez autrefois mal pensé de vous ; bien plus, puisque toutes les choses que vous avez rejeiéés uù peu auparavant étoient douteuses et incertaines ( car autrement pourquoi les auriez- vous rejetées?) , comment se pourra-t-il faire que les mêmes choses ne soient plus à présent douteuses et incertaines, si ce n'est peut-être que cette abdication soit comme un breuvage de Circé, pour ne pas dire une lessive? Mais toutefois j'aime mieux admirer et révérer votre procédé. Il arrive souvent que ceux qui mènent leurs amis dans les palais des grands pour les leur faire voir, les font entrer par des portes secrètes, et non pas par la grande et principale porte. De mol aussi , je vous suis fort volontiers par quelques détours que vous me menlef; je vous suivrai partout, pourvu que TOUS me donniez espérance de parvenir un jour an palais de la vérité.

Qu'est-ce donc, dites-vous, que j^al cru autrefois que j*étois? sans difficulté j'ai pensé que j*itids un liomme.

Souffres aussi que j'admire Id votre adresse»

de vous servir de ce qui est douteux pour cher^ cher ce qui est certain ; de nous plonger dans les ténèbres pour nous faire voir la lumière, (z) Voulez-tous que je consulte ce que j'ai crii autrefois qiie j'étois? Voulez- vous que je reprenhe ce vieux dictum, rebattu et rejeté 11 y a si long-temps, à savoir, /c suis un homme f Que seroit-ce si Pythagore ou quelqu'un de ses discipleé se trouvoii ici? que lui diriez-vous, s'il vous disolt qu'il a été autrefois un coq ? et que pourriez- vous répondre à tant de furieux, d'insensés et d'extravagants, sur toutes les chimères qu'ils s^imaginent^ Mais j'ai tort ; vous êtes savant et expérimenté ; vous êtes un bon guide, vous connoissez tous les détours et tous les sentiers par où nous avons àpas^ ser : j'aurai bonne espérance.

Qu'est-ce qu'un homme? dites- vous. SI vous voulez que je vous réponde, permettes-m^rf au«^ paravant dévoua demander de quel homme voua entendez parler ; ou ce que vous cherchez, quand vous cherchez ce que c'est qu*un homme. Est-ce cet homme que je me feignois autrefois, que Je pensois être, et que, depuis que j'ai tout rejeté, je suppose que je ne suis point? Si c'est lui que vous cherchez, si c'est celui que je m'imaglnois foussement que j'étois. c'est un certain composa de corps et d'âme. Êtes- vous content ^ je crois que oui, puisque vous continuez de la sorte.

REMARQUES PE DESGARTSS.

^x; « «e commence de la sorte i philosopher ; Je suis ; je pense ; je suis pendant que je pense. » II est ici à remarquer qu'il avoue lui-même que pour bien commencer à philosopher, ou pour éUk biir la certitude de quelque proposition, il tant suivre la voie que j'ai tenue, qui est de commencer par la connoissance de sa propre existence. Ce que je dis afin que Ton sache que dans les autres endroits ou il a feint que j'ai commencé par une positive ou aifirmatlve abdication de tour tes les choses qui sont douteuses, il a dit le contraire de ce qu'en efTet il pensoit. Je n'igoute point ici avec quelle subtilité il m'introduit commençant à philosopher, lorsqu'fl me fait parler de la sorte : «Je suis ; je pense, etc.; » car l'on peut aisément reconnoltre, sans même que j'en parle, la candeur qu'il garde en toutes choses.

(t) « Pourquoi faites-vous mention de Tesprit quand vous dites : Lorsque je ia conçois en mon esprit? N'avez-votts pas mêsoe banni le corps et l'esprit ?*> J'ai déjà ci-devant averti qu'il cherchoit occasion de pointiller sur le mot d'siprti; mais ici concevoir en son esprit ne signifie rien autre chose que penser ; et partant il suppose mal que je fsis mention de fesprit en tant que considéré i

SEPTIÈMES OBJECTIONS

une partie de l*homme. De plus, encore que j*aie rejeté ci-devaDt le corps et l'esprit, a?ec tout le reste de mes ancieDoes opinions, comme des choses douteuses ou des choses que je ne oonoevois pas encore clairement, cela n'empdche pas que je ne les puisse reprendre par après s*il arrive que je les conçoive clairement. Mais cela est audessus de la portée de notre auteur, qui pense que le doute soit quelque chose attaché inséparablement aux objets ; car il demande un peu après: « Comment se pourra-t-il faire que les méI^es choses qui auparavant étoient douteuses ne soient plus maintenant douteuses et incertaines? » II Teut même que j'en aie fait une abdication solennelle ; et il admire aussi mon adresse en ce que Je me sers de ce qui est douteux pour chercher ce qui est certain, etc. ; comme si j*avois pris pour fondement de ma philosophie qu'il faut toujours t^nlr pour fousses les choses douteuses.

(z) « Voulez- vous que je consulte ce que j*a! cru autrefois que j'étois? voulez-vous que je reprenne ce vieux dictum, etc. ?» Je me servirai ici d*un exemple fort familier pour lui faire ici entendre la conduite de mon procédé, afin que désormais il ne Tignore plus, ou qu'il n'ose dIus feindre qu'il ne l'entend pas.

Si d'aventure il avoit une corbeille pleine de pommes, et qu'il appréhendât que quelques-unes ne fussent pourries, et qu'il voulut les Ater de peur qu'elles ne corrompissent le reste, comment s'y prendroit-il pour ie faire? Ne commenceroitil pas tout d'abord à vider sa corbeille ; et après cela, regardant toutes ces pommes les unes après les autres, neGhoisiroit-ilpas celles-là seules qu'il verroit n*étre point gâtées; et laissant là les autres, ne les remettroit-il pas dedans son panier ? Tout de même aussi ceux qui n'ont jamais bien philosophé ont diverses opinions en leur esprit qu*i]sont commencé à y amasser dès leur bas âge ; et, appréhendant avec raison que la plupart ne soient pas vraies, ils tâchent de les séparer d'avec les autres, de peur que leur mélange ne les rende toutes incertaines. Et pour ne se point tromper, ils ne saurolent mieux faire que de les rejeter une fois toutes ensemble, ni plus ni moins que si elles étoient toutes fausses et incertaines; puis, les examinant par ordre les unes après les autres, reprendre celles-là seules qu'ils reconnoltront être vraies et indubitables. C'est pourquoi je n'ai pas mal fait au commencement de rejeter tout ; puis, considérant que je ne connoissois rien plus certainement ni plus évidemment sinon que moi qui pensois étois quelque chose, je n'ai pas eu aussi mauvaise raison d'établir cela comme le premier fondement de toute ma connoissance ; et enfin je n'ai pas aussi mal fait de demander ei^vh^ c^la ce

que j'avois cru autrefois que j*étois, non paf ifin que je crusse encore de moi toutes les mémef choses, mais afin de reprendre celles que jereconnoîtrois être vraies, de rejeter celles que je trouverols être fausses , et de remettre à examiner i un autre temps celles qui me sembleroient douteuses. Ce qui fait voir que notre auteur n*a pas raison d'appeler ced un art de tirer des choses certaines des incertaines , ou , comme il dit ciaprès, une méthode de rêver; et que tout ce qu'il raconte ici et dans les deux paragraphes suivants du coq de Pythagore, et des opinions des phiioso* phes touchant la nature du corps et de l'âme, sont choses tout-à-fait inutiles et hors depropoti puisque, selon la méthode que je m'étols prescrite, je n'ai point dû et n'ai point aussi voulu me mêler de rapporter rien de ce que les autres ont jamais pensé là-dessus, mais seulement ce qu'il m'en a semblé autrefois à moi-même, et ce qui a coutume de sembler aux autres en se laissant seulement conduire par la lumière naturelle, soit qu'il fût vrai, soit qu'il fût faux, pource que je ne l'ai point rapporté afin de le croire, mais seulement pour l'examiner.

LE P. BODRDIN.

CE QUE c'est que LE CORPS.

Qu'est-ce que le corps? dite»-vous. Qu'enten* dois-je autrefois par le corps ?

Vous ne trouverez pas mauvais si je regarde de tous cdtés, si je crains partout de tomber dans des pièges. C'est pourquoi , dites-moi , je vous prie, de quel corps entendez-vous parler ? Est-ce de celui que je m'imaginois autrefois être composé de certaines propriétés, mais que je m'imaginois mal, suivant les lois de notre abdication ? ou bien est-ce de quelque autre, si peut-être il y en peut avoir? Car que sais-je ? je doute si cela se peut ou non. Si c'est du premier dont vous entendez parler, je n'aurai pas de peine à vous répondre. Par le corps j'entendois tout ce qui peut être terminé par quelque figure ; qui peut être compris en quelque lieu, et remplir un espace, de telle sorte que tout autre corps en soit exclus ; qui peut être aperçu par les sens et mû par un autre qui le touche et dont il reçoive l'Impression. Voilà comme je décrivois le premier que j'ai conçu, de telle sorte que je croytis être obligé de donner le nom de corps à tout ce que je voyois être revêtu de toutes ces propriétés que je viens d'expliquer. Et néanmoins je ne pensois pas pour cela être aussitêt obligé de croire qu'il n'y eût rien que cela qui fût ou qui pût être appelé corps; vu principalement que c'est bien autre chose de dire : je concevois par le corps ceci ou cela, et dire je ne ooncevois rien que ceci ou cela qui fût corps.

ou DISSERTATIONS DU R. P. ROURDIN.

c'est da^aecond doDt tous entendes parler, us répondrai suivant I*opittlon des philosoles plus modernes ; car aussi bien toos ne delez pas tant ce que j*en pense que œ que jn en peut penser. Par le corps j*entend8 ce qui peut être compris en quelque lieu, oie une pierre, ou défini par le lieu, en telle » qu'il soit tout entier dans le tout, et tenter dans chaque partie, tels que sont les indi- >]6S de la quantité, ou d'une pierre, et des es semblables, que quelques nouveaux auteurs tarent aux anges ou aux* âmes des hommes, éme ils enseignent, non sans quelque applaument, ou du moins sans quelque complaid de leur part, que le corps est ou étendu Bllement comme une pierre, ou en puissance ne les susdits indivisibles; qu'il est divisible iusieurs parties, comme une pierre, ou indi- »le comme les indivisibles susdits ; qu'il peut mû par un autre comme une pierre quand est poussée en haut, ou par soi, comme une re quand elle tombe en bas ; ( aa) qu'il peut r comme un chien, ou penser comme nn 3, ou imaginer comme un mulet. Et si J'ai sfois rencontré quelque chose qui fût mue ou une autre on par sol, qui sentît, qui imaglqui pensât, je l'ai appelée corps, si rien ne impéché , et je l'appelle encore maintenant

aïs c'est mal fait, dites-vous, car je jugeols la faculté de se mouvoir soi-même, de sentir le penser n'appartenolt en aucune façon i la ire du corps.

ous le jugiez ainsi, dites-vous ; puisque vous ites je vous crois, car les pensées sont libres ; ! lorsque vous le pensiez ainsi, vous laissiez

I à chacun la liberté de son sentiment ; et je ;rols pas que vous vouliez vous rendre l'arbi- Je toutes les pensées des hommes, pour rejeter mes et approuver les autres, à moins que vous fez une règle certaine et inÊtlllible qui vous e connoltre celles qu'il faut approuver ou rer. Mais, pource que vous ne nous en avez point lé lorsque vous nous avez commandé de faire e abdication générale de toutes choses, vous iverez bon que j'use Ici de la liberté que la nae nous a donnée. Autrefois vous le jugiez ; aufoîs je le jugeols aussi : mol à la vérité d'une m, et vous d'une autre, mais peut-être tous

II mal ; au moins nVce pas été sans quelque npule, puisque nous avons été obligés, et tous mol, de rejeter dès la première entrée cette îlle opinion que Ton a eue du corps ; c'est pouroi pour ne pas faire durer plus longtemps cette (pute, si vous voulez définir le corps selon vo- ) lentimeut particulieri comme il a été défini

IHSGAllTSS.

an commencement, je ne l'empêche point ; an contraire j'admets fort volontiers cette feçon de définir le corps, pourvu que vous vous souveniez que par votre définition vous ne décrivez pas gé* néralement toute sorte de corps, mais seulement une certaine espèce que vous avez considérée, et que vous avez omis les autres dont les doctes disputent entre eux et sont en question sll y en a ou s'il y en peut avoir, ou du moins dont Ton ne peut conclure, d'une certitude telle que vous la désirez, s'il y en peut avoir ou non : en sorte que c'est encore une chose douteuse et incertaine si jusques ici le corps a été bien ou mal défini. Cest pourquoi continuez, s'il vous plaît, pendant que je vous suis : et je vous suis même si volontiers que je n'ai aucune répugnance à le faire, tant j'ai envie de voir comment vous réussira cette nouvelle façon de tirer le certain de rinoertain.

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