‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 68 sur 306 · REMARQUES DE DESCARTES · texte numérisé non relu

REMARQUES DE DESCARTES

(aa) « Ou sentir comme nn chien, ou penser comme un singe, ou imaginer comme un mulet.» n tâche ici de nous surprendre dans ces mots ; et pour faire en sorte qu'on trouve que j'aie mal établi la différence qui est entre Tesprit et le corps, en ce que celui-là pense et que celui-ci ne pense point, mais est étendu, il dit (Jae tout ce qui sent, qui imagine et qui pense, il l'appelle corps; mais qu'il l'appelle aussi un mulet ou un singe, si bon lui semble. S'il peut jamais faire que ces mots nouveaux viennent en usage, je ne refuserai pas de m'en servir ; mais cependant il n'a aucun droit de me reprendre de ce que je me sers de ceux qui sont communément reçus et ap* prouvés.

LE P.BODRDIN.

CK QUE c'est que L'AME.

Qu'est-ce que l'âme? dites-vous. Qu'entaidoisje autrefois par l'âme? Sans doute que j'ignorois ce que c'étoit, ou que je l'Imaginois comme un je ne sais quel vent fort subtil et comme un esprit de feu, ou un air fort délié qui étolt diffuset répanda dans mes parties les plus grossières ; et je lui attribuois la faculté de nourrir, de marcher, de sen-* tir et de penser.

Certainement voilà bien des choses. Mais Je crois que vous ne trouverez pas mauvais que je vous fasse id une question ou deux. Quand vous demandez ce que c'est que l'esprit ou l'âme de l'homme, ne demandez-vous pas quels sentiments l'on en a eus par le passé, et ce que l'on en a cm autrefois?

(bb) C'est cela même,nieditet^oas. Mais crqyez-

8BPTIEME8 0BIECTION8

TOUS donc que noos en ayoïi» eo des leotiments si raisonDables que nous n'ayons point da tout besoin de votre méthode? croyei-yous que tout le monde ait suivi le bon chemin parmi tant de ténèbres? Les opinions des philosophes touchant l'flme sont si diverses et si différentes les unes des autres, que je ne puis assez admirer cette adresse par laquelle d*une aussi vile matière vous espérez faire un remède certain et salutaire, quoique pourtant la thériaque se fasse du venin de vipère. Voulez-vous donc que j*ajoute, à cette qtinion que vous avez de l'âme, ce que quelquesuns ea pensent aussi, ou ce qu'ils en peuvent penser? Vous ne vous soudez pas que ce soit bien ou mal : c'est assez que leur opinion soit telle qu'ils croient ne pouvoir être persuadés du contraire par la brce d'aucune raison. Quelques-uns diront que rime est un certain genre de corps qu'on appelle ainsi. Pourquoi vous en étonnez-vous? c'est là leur sentiment, qu'Us ne trouvent pas sans quelque apparence de vérité; car puisque l'on appelle corps et qu'en effet tout cela est corps qui est étendu, qui a les trois dimensions, et qui est divisible en certaines parties ; el puisqu'ils trouvent dans un cheval quelque chose d'étendu et de divisible, comme de la chair, des os, et cet assem-' blage extérieur qui frappe les sens; et que d'ailleurs ils concluent par la foroe de la raison qu'où* tre cet assemblage de parties il y a encore je ne sais quoi d'intérieur, qui doit fiire sans doute très subtil et très délié, qui est répandu et étendu dans toute sa machine, qui a les trois dimensions, et qui est divisible ; en sorte qu'ayant retranché quelque membre on coupe aussi en même temps quelque partie de cette diose intérieure qui est éparse dans lui , ils conçoivent un cheval composé de deux étendues , qui toutes deux ont les trois divisions et qui sont divisibles; et partant ils le conçoivent composé de deux corps, qui, de même qu'ils diffèrent entre eux, ont aussi des noms difftrents, et dont l'un, à savoir l'externe, retient le nom de corps , et l'autre, à savoir l'interne, est appelé du nom d'âme. Enfin, pour ce qui regarde le sentiment, l'imagination et la pensée, ils croient que c'est l'âme ou ce corps intérieur qui a les facultés de sentir, d'imaginer et de penser, mais touteibis avec quelque rapport à l'extérieur, sans l'entremise duquel il ne se fait aucun sentiment D'autres diront et controuveront d'autres choses , car i quoi bon me mettre en peine de les rappor* ter toutes? Je m'assure mime qu'il y en aura plusieurs qui croiront que généralement toutes les âmes sont telles que je les viens de décrire.

Tout beau, me dites-vous, cela est impie. Oui, sans doute, cela l'est; mais pourquoi me laiteS' vous telles questions? Qu'y fisTuit-on? ce sont des

athées et des hommes cbamalSf d<Nit toutes les pensées sont tellement attachées i la mattèro qu'ils ne connoissent rien que la chair et le corps^ (ce) Et même, puisque vous voulez par votre méthode établir et démontrer que l'esprit de l'homme n'est pas corporel, mais spirituel, vous ne devez nullement le supposer ; mais vous devez plutôt vous attendre qu'il y en aura qui vous le nieront, ou qui du moins, par forme de dispute, vous objecteront tout ce que je viens de dire. C'est pourquoi imaginez-vous qu'il y en a ici quelqu'un de ceux-là qui, à la demande quo vous lui faites, savoir ce que c'est que l'esprit» vous réponde comme vous faisiez autrefois, que l'esprit est quelque chose de corporel, de délié et de subtil, diffus dans toute retendue de ce corps externe, qui est le principe du sentiment, de l'imagination et de la pepsée; en sorte que ie corporel comprend et embrasse trois degrés» c'est à savoir ; le corpsi le corporel ou l'âme, la pensée ou l'esprit , dont on recherche reasence. C'est pourquoi exprimons désormais ces trois degrés par ces trois mots, à savoir : le corps, l'âme, resprit. Supposé donc que quelqu'un réponde ainsi i la demande que vous lui faites, serez-vous satisiaîl de sa réponse? Mais je ne veux pas prévenir votre art et votre méthode : je vous sub. Voici doue comme vous poursuives.

REMARQUES BE BESCARTES.

(bb) « C'est cela mémo, me dites-vous. • {ci, ai presque partoutlailleurs, il m'introduit lui répondant des choses tout-à-foit contraires à mon opinion. Mais il seroit trop ennuyeux de bire remarquer toutes ses fictions.

(ce) « Et méme,^ puisque votre dessein est d'établir et de démontrer que l'esprit de l'hommo n'est pas corporel, vous ne devez nullement le supposer. » Il feint ici à tort que je suppose ce que j'ai dû prouver. Mais à des choses qui sont ainsi feintes gratuitement, et qui ne peuvent être appuyées et soutenues par aucune raison, on ne doit, ce me semble, répondre autre chose sinon qu'elles sont fausses ; et je n'ai jamais, en aucune façon, mis en dispute ce qui doit être appelé du nom de corps^ ou d'dn^, ou d'esprit; mais j'ai seulement expliqué deux diJfférentes sortes de choses, savoir est celle qui pense et celle qui esl étendue, auxquelles seules j'ai fait voir que toutes les autres se rapportent, et que j'ai prouve aussi, par de bonnes raisons, être deux substances réellement distinctes, l'une desquelles j'ai appelée esprit^ et l'autre corps. Mais, si ces noms lui déplaisent I il leur en peut a^ribuer

ou DISSERTATIONS DU R. P» BOURDIN.

d'antres si bon lui semble, je ne Fempêdierai point.

LE P. BOUROIN.

ON niiTB VunnÂE db cbttb uimon.

ToQt va bien, dites-vous, les fondements sont lienreûsement jetés. Je suis pendant que Je pense. Gela est certain^ cela est inébranlable. Désormais tout ee que j*ai à faire, c'est de bien prendre garde que ce mauvais génie ne m'abuse. Je suis. (di>) Mais qu'estrce que je suis? Sans difficulté, je suis quelqu'une des choses que je croyois autrefois que j'étois. Or je croyois autrefois que j'étois un homme, et je croyois qu*un homme avolt un corps et une ftme; suis -je donc un eorpa ou bien un esprit ? Le corps est étendu , renfermé dans un lieu, impénétrable, visible ; y a-trll quelque chose de tout cela en moi? y a-t-U de retendue? Comment y en pourrolt-il avoir, puisqu'il n*y en à point du tout? Je Tai rejetée dès le commencement. Puis-je être touché, puisje être vu? Quoique à vrai dire je pense maintenant être vu et être touché par moi-mlme, si estM» pourtant que je ne suis ni vu ni touché; (n) j'en suis bien certain, depuis que j'en ai fait Tabdication. Que suis-je donc? Je regarde, je pense. Je considère et examine, il ne se présente rien du tout. Je suis fatigué de répéter si souvent les mêmes choses. Je ne trouve en mol rien de ce qui appartient an corps. Je ne suis point un corps. Je suis pourtant, et je sais que je suiSi et pendant que je sais que je suis, je ne connois rien de ce qui appartient au corps, (fp) Suis-je donc un esprit? Que croyois-je autrefois qui appartint à l'esprit? Y a-t^il quelque chose de cela en mol? Je croyois qu'il appartenoit à l'esprit de penser. Mais il est vrai en effet que je pense , •vpmea, iZfmxa. Je suls, je pense, je suis pendant que je pense. Je suis une chose qui pense, je suis un esprit, un entendement, une raison. Voilà ma méthode par laquelle je suis heureusement entré oà je voulois. C'est à vous maintenant à me sui^ vre si vous en avez le courage.

Que vous êtes heureux d'être sauté presque tout d'un coup d'un pays si rempli de ténèbres dans celui de la lumière! Mais, je vous prie, ne me refusez pas la main pour m'assurer, moi qui chancelle en suivant vos pas. Je répète les mêmes dioses que vous mot pour mot, mais tout doucement comme je puis. Je suis, je pense. Mais qu'est-ce que je suis? Ne sols-je point quelqu'une des choses que je croyois autrefois que j'étois ; mais croyois-je bien? Je n'en sais rien. J'ai rejeté loutee les choses douteuses, et je les tiens pour , Je n'ai donc rien cru qui vaille.

(og) Tout au contraire, vous écriez-vous-, arrêtez-vous li; placez-y hardiment votre pied et vous assurez. L'y poseral-je? Toutes choses diancellent. Quoi donc, si j'étois autre chose I Que vous êtes craintif? ajoutez-vous : n'êtes-vous p«i un corps ou un esprit.

(hh) Je le veux bien, puisque vous le voules : j'en doute pourtant; et quoique vous me donniez la main, à peine osé-je avancer un pas. Que seroit-ce, je vous prie, si j'étois une âme on quelque autre chose? car je n'en sais nen.

Il n'importe, dites- vous; vous êtes un corps ou un esprit.

Bien donc, je suis un corps OU un esprit. Mais ne suis-je donc point tm corps? Sans difficulté je serai un corps si je trouve en mol quelqu'une des choses que j'ai cru autrefois appartenir an corps, quoique pourtant j*appréhende de n'avoir pas bien cru.

Courage, dites-vods, il ne faut rieti craindre.

Je poursuivrai donc hardiment, puisque vous m'assurez ainsi. J'avols cru autrefois que la pensée appartenoit au corps. Mais il est vrai en effet que je pense à présent, iZpnrM , cS^vxa. Je suts^ je pense, je suis une chose qui pense, je suis quelque chose de corporel, je suis une étendue, je suis quelque chose de divisible, qui sont des ter<<> mes dont j'ignorois auparavant la signillcatioii. Pourquoi vous mettez-vous eh colère, et pour^ quoi me repoussez-vous si rudement de la maio après avoir franchi ce mauvais pas? Me voilà sur le bord, et je me trouve, par votre faveur et par celle de votre abdication, ferme et stable sur le même rivage que vous.

Mais c'est en vain , ajoutes-tous.

En qudt donc ai-je failli?

(il) Vous aviez mal cru autrefois , dites-vous, que la pensée appartenoit au corps ; vous deviez croire au contraire qu'elle appartenoit à TespriU Que ne m'en aviez-vous donc averti dès le commencement? Que ne m'avez -vous commandé, lorsque vous m'avez vu tout prêt et tout disposé a rejeter toutes mes vieilles connoissanceS, de retenir du moins celle-ci : « la pensée appartient à l'esprit , » et de la recevoir de vous comme uo passeport sans lequel on ne peut avoir entrée dans votre philosophie? Si vous m'en croyez, je veus conseille d'inculquer désormais cet axiome dans l'esprit de vos disciples , et de leur recommander surtout qu'ils prennent garde de ne le pas rejeter avec les autres ; par exemple , avec celui* cl , deux et trois font cinq. Quoique pourtant je ne vous réponde pas s'ils vous obéiront ou non i car, comme vous savez , chacun a son sentiment particulier ; et vous en trouverez peu aujourd'hui qui se veuillent soumettre à ne point recevoti^

SEPTIEMES OBJECTIONS

d*aatre loi que celle qn^avolent autrefois les disciples de Pythagore , qui se coutentoient d'un «Otôc ifa. Quoi donc , s'il y en a qui ne veuillent pas, qui refusent de le faire et qui persistent dans leur ancienne opinion , que ferez-vous à cela?

Et pour ne point mettre en jeu les autres, Je vous en prends seul à témoin. Lorsque vous promettez de montrer par la force de la raison que rime de l'homme n^est pas corporelle, mais qu'elle est spiritiielle, si tous posez ceci pour fondement de toutes yos démonstrations, à savoir, que •< penser est le propre de l'esprit, » ou d'une chose spirituelle et incorporelle , ne verra-t-on pas que vous supposez , en termes nouveaux , ce qu'il y a longtemps qui est en question; comme si Ton pouvoit être stupide jusqu'à ce point, croyant que penser est le propre d'une chose spirituelle et incorporelle , et sachant d'ailleurs par sa propre expérience que l'on pense (car qui est celui qui ne s'est point encore aperçu de sa pensée et qui ait besoin de quelqu'un qui l'en avertisse?), que de douter que Ton a en soi quelque chose de spirituel et qui n'est point du tout corporel? Et afin que TOUS ne pensiez pas que Je dis ceci sans raison , combien y a-Ml de philosophes, et même des plus célèbres , qui veulent que les bétes pensent , et qui par conséquent croient que la pensée n'est pas à la vérité commune i toute sorte de corps, mais i l'ime étendue, telle qu'elle est dans les bêtes 9 et qu'ainsi elle n'est pas une particulière et véritable propriété de l'esprit et d'une chose spirituelle! Que diront ces philosophes , je vous prie f lorsque vous leur voudrez faire quitter leur oi^nion pour embrasser sous votre bonne fol la vAtre? Et vous-même, lorsque vous demandez qu'on vous accorde cela, ne demandez-vous pas qu'on vous accorde une grâce, et ne supposezvous pas ce qui est en question? Mais pourquoi disputer davantage? Si je n'ai pas eu droit de passer, voulez-vous que je retourne sur mes pas?

REMARQUES DE DESGARTES.

(do) « Mais qu'estce que je suis ? Sans difficulté, Je suis quelqu'une des choses que je croyois autrefois que j'étois. » Il m'attribue à son ordinaire ced , et une infinité de choses semblables , sans aucune apparence de vérité.

(se) « J'en suis bien certain, depuis que j'en ai lUt l'abdication, n U m'attribue encore ici une diose à quoi je n'ai jamais pensé , car je n'ai jamais rien inféré d'une chose pour en avoir fait Tabdication ; mais , tant s'en faut , j'ai expressément averti du contraire par ces termes : « Mais peut-être aussi qu'il se peut faire que ces choseslà même qaejesappose n'être point, parce qu'elles

me sont inconnues , ne sont point en e&i ai rentes de moi que je connois, etc.

(ff) m Suis- je donc un esprit ?» Il n'est pui non plus que j'aie examiné si j'étois on «(xii:! pour lors je n'avois pas encore expliqué eei J'entendois par le nom d'esprîf.Maîs}'ii si j'avois en moi quelqu'une des diosesqDej'4 buois à l'âme , dont je venois de faire ladca^ tion ; et ne trouvant pas en moi toutes ks que je lui avois attribuées » mais n'y que la pensée, pour cela je n'ai pas dii^fm une âme, mais seulement j'ai dit quefèÉu chose qui pense, et j'ai donné à cette as ^ pense le nom d'esprit , ou celui d'entendant de raison , n'entendant rien de pluspirks d'esprit que par celui d'une chose qui posi partant je n'avois garde de m'écrier, cvpa. puxa , comme il fait ici mal i propos; carua traire J'ai expressément ajouté que jlgDorài paravent la signification de ces mots,Q qu'il est impossible qu'on puisse douter qvl ces mots je n'aie entendu précisément bi chose que par celui d'une chose qui pense.

(gg) <• Je n'ai donc rien cru qui vaille. Té contraire, vous écriez- vous. » Cela n'est pst encore ; car je n'ai jamais supposé que les à que j'avois crues auparavant fussent vraies, seulement j'ai examiné si elles l'étoient

(hh) « Il n'importe, dites-yons, voos as corps ou un esprit. *• 11 n*est pas vrai Donptai j'aie jamais dit cela.

(il) « Vous aviez mai cru autrefois, dit»-« que la pensée appartenoit au corps. Yoosdei croire au contraire qu'elle appartenoit irei^ Il est faux encore que j'aie dit cela ; carqulii si bon lui semble , qu'une chose qui pew mieux nommée du nom de corps que do i d'esprit , je ne m'en mets pas en peine, cl i rien à démêler là-dessus avec moi , maisseold avec les grammairiens. Mais s'il feint qœj voulu dire par le nom d'esprit qudquedioi plus que par celui d'une chose qui pense, c'^ moi à le nier. Gomme un peu après, où ii^ « Si vous posez ceci pour fondement de lootes^ démonstrations , à savoir que penser est qn# chose de propre à l'esprit , ou à une chose ^ tuelle et incorporelle , etc. , n*est^% pasden»^ une grâce , et supposer ce qui est en question' Je nie que j'aie supposé en aucune façon qocf^ prit fût incorporel ; mais je dis que je U^ montré dans la sixième Méditation.

Mais je suis si las de le reprendre de v f^ dire la vérité que dorénavant je ne ferai pi^^ blantde le voir, et écouterai seulement saBin* dire le reste de ses railieriee jusquesâif^ Quoique pourtant, sic'éloit un antre qœli'"^

ou DISSERTATIONS DU R. P. BOURDIN.

cnrfrois qVil se wroit yoala déguiser pour satisfaire i reoYie déré|;lée qa*il aoroit eue de rail* 1er ; et qu'en oootrefaisant tautAt le craintif, taul&i le paresseux et tantôt l'homme de peu de sens, U auroit touIu imiter, non les Épidiques ou les Parménons de Tancienne comédie, mais le plus ?U personnage de la nétre, qui, par ses niaiseries et bouffonneries, prend plaisir d'apprêter à rire aux antres.

LEP.BOURBIN.

l'on br tkctb dbrbghef l'bntbéb.

Je le lem bien, dites-yous, pourvu que tous me suivies de près.

Je vons'obéis, et ne vous abandonne point; recommencez.

Je pense, dites -vous. Et moi aussi. Je suis, ajoQtes-vous, pendant que je pense. Et moi pareillement aussi je suis pendant que je pense. Mais que suis-je? poursuivez- vous. Oh! que vous faites bien de le demander ! car c'est cela même que je cherche, et c'est ce qui fait que je dis très volontiers comme vous, mais que suis-je donc ? Vous continuez. Qu'ai -je cru être autrefois? quelle pensée ai-je eue autrefois de moi? Il n'est pas besoin de multiplier vos paroles, je les entends assez bien. Je vous prie seulement de m'aider, et de me donner la main. Je ne vois pas où mettre le pied parmi tant de ténèbres. Dites comme moi, me dites-vous; suivez-moi seulement. Qu'ai-jecru autrefois que j'étois? (kk) autrefois, ce temps-là a-t-11 été? ai-je rien cru autrefois? Vous vous trompez, ajoutez-vous. Tant s'en faut, c'est vousmême, s'il vous plaît, qui vous trompez, quand vous parlez d'autrefois. J'ai fait une abdication générale de tout ce qui a été autrefois en ma créance. Je ne connois plus d'autrefois, non plus que s^il n'avoit jamais été et que ce ne fût rien. Mais que vous êtes un bon guide et un bon conducteur ! comme vous me serrez i propos la main, comme vous me tirez! Je pense, dites -vous, je suis. Cela est vrai. Je pense, je suis. Je sais cela, je ne sais que cela , et hormis cela il n'y a rien, et rien n'a été. Courage ! me dites-vous : qu'avezvous cru autrefois que vous étiez? Je pense que vous voulez savoir si je n'ai point employé quinze jours ou un mois à apprendre à me défaire ainsi de tout; je n'y ai mis qu'environ une heure, encore a-ce été avec vous, mais à la vérité c'a été avec tant de contention d'esprit que cela a récompensé la brièveté du temps. C'est pourquoi je puis dire que j'y ai mis un mois, ou, si vous voulez, une année. Je pense donc» je suis. Je ne sais que cela, j'ai tout rejeté.

Mais songez-y bien , me dites-vous, tidies de vous ressouvenir.

Que veut dire cela , se ressouvenir? Je pense» a la vérité, présentement que j'ai autrefois pensé; mais ai-je pour cela autrefois pensé, de ce que je pense présentement que j'ai autrefois pensé?

Yous êtes craintif, me dites-vous, votre ombre vous fait peur. Recommencez. Je pense.

Ah, que je suis malheureux ! Je vois moins que je ne faisois ; et cd je pense , que je voyois auparavant si clairement , je ne l'aperçois pas maintenant, (u) Je soi^e que je pense, je ne pense pas.

Tant s'en faut, me dites-vous, celui qui songe, ou qui rêve, pense.

Je vous entends maintenant; rêver c'est penser, et penser c'est rêver.

Ce n'est pas cela, me dites-vous ; penser a plus d'étendue que rêver. Celui qui rêve pense, mais celui qui pense ne rêve pas toujours, et pense qu^lquefois étant éveillé.

Cela est-il vrai ? Mais, dites-moi, ne rêvez-vous point, ou si en effet vous pensez quand vous me dites cela ? Que si vous rêviez en disant que penser s'étend plus loin que rêver, s'étendra-t-il pour cela en effet plus loin? Certainement je m'imaginerai, si vous voulez, que rêver a plus d'étendue que penser. Mais qui vous a appris que penser a plus d'étendue? Peut-être ne pensez-vous point, mais que vous rêvez seulement : car que savez« vous s'il n'est point vrai que, toutes les fois que vous avez cru penser en veillant, vous n'ayez pourtant point pensé, mais que vous ayez seulement rêvé que vous pensiez étant éveillé? En sorte que tout ce que vous faites n'est que de rêver que tantêt vous pensez en veillant, et que tantôt vous rêvez en effet. Que répondrez-vous à cela? vous ne dites mot. Voulez-vous me croire ! tentons un autre gué , celui-ci n'est pas sûr ; et je m'étonne que, ne l'ayant point sondé auparavant, vous ayez voulu m'y faire passer. Ne me demandez donc plus ce que j'ai pensé autrefois que j'étois ; mais demandez-moi ce que je songe à présent que j'ai songé autrefois que j'étois. Si vous le faites, je vous répondrai. Et afin que les paroles mal concertées d'un rêveur ne troublent point notre discours, je me servirai de celles d'un homme qui veille : souvenez- vous seulement que penser ne signifie désormais rien autre chose que rêver ; et ne vous assurez pas davantage sur vos pensées qu'un homme qui dort sur ses rêveries. Ou bien, pour mieux vous en souvenir, appelez votre mév thode (kk) la Méthode de river; et tenez pour principale maxime que pour bien raieqfmer il faut rêver. Je vols que cet avis vous plaît, puis* que vous continuez ainsi :

SEPTIÈMES OBJECTIONS

Qo^I*je donc cra dHleyant que jMtois?

Voici la pierre d*aclioppeinent où j*ai tantAC heurté. Il faut ici que nous nous tenions sur nos gardes. C'est pourquoi permettez-moi de vous demander pourquoi tous n'avancez pas auparavant oeci comme une maxime : (ll) Je suis quelqu'une des dtoses que J'ai cru autrefois que j'étols; ou bien : Je suis cela mtme que j'étols? Cela n'est pas nécessaire, me dites-TOus. Pardonnes-moi, cela est très nécessaire, autrement tous perdez YOtre temps quand vous examinez ce que vous pensez que vous avez été autrefois. Comme, par exemple, tupposey qu'il soit possible que vous ne soyez pas CDjourd'tiul ce que vous avez cru autrefois que vous étiez, comme l*on dit de Pythagore, mais que TOUS soyez quelque autre chose, ne rechercherez- Toiis pas alors en vain ce que vous avez cm autrefois que vous étiez?

« Mais, me dites-vous, cette maxime est vieille, et partant abolie. » Je le sais bien, car nous avons tout rejeté. Mais que faire à cela? ou il faut s'ar« fêter ici, et ne pas passer outre, ou il faut nous en servir. Non pas, me dites-vous, il fout s'efforcer derechef, et tâcher d'avancer, mais par une autre vole, La voici : « Je suis ou un corps ou un esprit. Ne seroîs-je donc point un corps? »

Ne passez pas outre. Qui vous a appris cela, je mis un corps ou un esprit, puisque vous avez rejeté l'un et l'autre? Et que savez-vous si, au lieu d'être un corps ou un esprit, vous n'êtes point une fime ou quelque autre chose? Car qu'en saisje rien ; c'est ce que nous recherchons ; et si je le aavois, je ne me donneroîs pas tant de peine. Car ne pensez pas que je sols venu dans ce pays d'abdication, où tout est à craindre et rempli d'obscurité, i dessein seulement de me promener et de me divertir; la seule espérance d'y rencontrer la vérité m'y a amené et attiré.

Reprenons donc, me dites-vous. Je suis un corps, ou quelque chose qui n'est pas corps, ou bien qui n'est pas corporel.

Yoici une autre voie, et toute nouvelle, dans laquelle vous entrez. Mais cela est-il certain? Cela est très certain, me dites- vous, et nécessaire.

Pourquoi donc vous en êtes-vous défait? N'avois-je pas raison de craindre qu'il ne fallût pas tout rejeter, et qu'il se pouvoit faire que vous accordiez trop à votre défiance? Mais passons, je veux que cela soit certain. Que s'en ensuit-il? Vous poursuivez. Ne suîs-je point un corps? N'y a-t-il point en moi quelqu'une des choses que j'ai cru autrefois appartenir au corps?

Yoici une autre pierre d'achoppement. Nous y diopperons sans doute, si vous ne prenez cette maxime pour guide : « J'ai bien pensé autrefois touchant ce qui appartient au corps;» ou bien :

« Rien n'appartient au corps que ce que j'Éi era autrefois qui lui appartenoit. •

Pourquoi cela? me dites-vous

C'est que si vous avez autrefois oublié quelque diose, si vous avez mal pensé ( et je crois qu'étant homme comme vous êtes vous ne désavouerez pat que vous n'ayez pu faillir), toute la peine que vous prenez sera inutile ; et vous avez grand sajet d'appréhender qu'il ne vous arrive la mêmeobee» qui arriva dernièrement à un pauvre paysan.

(mm) Cet homme rustique et simple, ayant un jour aperçu de loin un loup, tint ce discours i son maître, qui étolt un jeune homme afftble et fort bien né, lequel il accompagnait : « Qu'est-ce que je vois? Sans doute c'est un animal, car il remue et marche. Mais quel animal est-ce ? Il faut que ce soit quelqu'un de ceux que je connois. Quels aont-ils ces animaux? un boeuf, un cheval, une chèvre, un âne. N'est-ce donc point un bœuf? Non, il n'a point de cornes. N'est-ce point un cheval? Ce n'en est pas un, 11 a la queue trop courte. N'est-ce point une chèvre? Ce n*est pas une dièvre ; elle a de la barbe, et celui-là n'en a point. Cest donc un âne, puisque ce n'est ni un bœuf, ni un cheval, ni une chèvre? «Vous souriez? Attendez la fin de la fable. Son maître, voyant labélise ou la simplicité de son vaiet, lui dit : « Vous pouviez dire que c'étolt un cheval aussltét qu'un âne. Comment cela? lui dit son valet. Le voici, lui repart son maître. Cet animal que tu vois n'est point un bœuf? Non, avez-vous dit ; il n'a point de cornes. N'est-ce point une chèvre? Non, il n'a point de barbe. N'est-ce donc point un âne? Nullement, car je n'y vois point d'oreilles. C*e$tdonc un cheval? » Ce bon homme, surpris de cette nouvelle analyse, s'écrie «ussitêt : « Je me suis mépris. Ce n'est pas un animal, car je ne connois d'animaux que le bœuf, le cheval, la chèvre et l'âne ; or est-Il que ce n'est ni un bœuf, ni un cheval, ni une chèvre, ni un âne : par conséquent, dit-il tout joyeux et triomphant, ce n'est pas un animal ; donc c'est quelque chose qui n'est pas animal, n Cétoit sans doute un bon philosophe pour un paysan, mais non pas pour un homme qui serolt sorti du lycée. Voulez-vous voir sa faute?

Je la vois assez, me dites-vous, n a mal pensé en lui-même, quand il a dit, quoiqu'il n'en ait pas parlé : « Je connois tous les animaux ; » ou bien^: « Il n'y a point d'autres animaux que ceux que je connois. n Mais que fait cela pour notre dessein ? Ne voyez-vous pas qu'il n'y a rien de plus semblable ; ne faites point le fin , le lait n'est pas plus semblable au lait que ce raisonnement l'est au vôtre. Vous ne dites pas tout ce que vous en pensez. N'est-ce pas tout de même quand vous dites : « Je connois tout ce (]ul appartient oa qui

ou DISSERTATION» DU K. P. BOURDIN

àV

^ appartenir aa eorps *, • ou bien : « Rien mrtfeoC au oorpa que oe que j*ai codbu au*is qui lai apparteDolt. » Car si tous n^aTei 'AUX eoBnu, si tous avec omis la moindre >, si YOQS aTOK attribué à l^esprlt quelqu'une ±0809 qui appartiennent au eorps ou aai s corporellea, comme à l*ftme ; si au eontraire ayez mal feit, Atant et retranchant du corps e rime corporelle la pensée» le sentiment et igioatioB ; je dis bien plus, si tout seulement sTesIe moindre soupçon d'avoir commis quel-' )e de ces Ikutes, ne devec-vous pas appréhencomme notre paysan, que tout ce que tous concin n*alt été mal conclu? En térlté, quoloas Youlies m'obliger de passer outre, et que ite que tous me tires par la main, si tous ne cet empêchement, Je sols résolu de demeu-' irme et de ne pas remuer le pied, tournons sur nos pas, me dites-vous, et tenpeur la troisième fols rentrée; ne laisrons D passage, aucune voie, aucun détour, aucun er on nous ne mettions le pied, le veux fort bien ; mais à condition que s'il ocontre quelque difficulté, nous ne l'effleure* pas seulement, mais que nous l'enlèverons à-iait. Allei après cela, à la bonne heure, iiez le premier ; mais je veux tout couper les i la racine. Vous poursuives ainsi :

s TENTE L'BimifB POUR LA TBOISlillB FOIS.

n) Je pense, dites-vous. Je vous le nie ; vous ez que vous penses. C'est, me dites-vous, ce J'appelle penser. Vous faites mal. Il faut apr chaque diooe par son nom. Vous songes, et \ tout. Continnes.

3 suis, dltee-voos, pendant qne Je pense. Passe t cela ; puisque vous vooles parler de la sorte, 6 diicanerai point là-dessus. Cela est certain tident, ajoutes-vous. Je vous le nie. Tous a seulement que cela vous pardt certain et lent. Vous Insistez, ^nc, à tout le moins, cela n certain et évident à un homme qui rêve ou songe. Je vous le nie ; cela le parolt seulement ; r semble, mais 11 ne l'est pas.

^ous presses, et dites : J'en sols certain ; Je ic > par ma propre expérience : ce mauvais génie me sauroit en cda tromper.

^ vous le nie : vous ne le saves pas par votre inre expérience, vous n'en êtes point certain ; ^ ne vous est point évident, mais seulement IS vous rimaglnex. Or ces deux choses sont fort Krenies l'une de L'antre, i savoir : ceci semble 'tsin et évident à on homme qui dort et qui rêve, « si toQs vonles, même à on homsM qui veille ; et â est tout-à-fiiitcertaln et évident. Noos vdcl an

bout. On ne sauroit aller plus avant ; n llint eher'* cher une autre vole, de peur de perdre Id tout notre temps à rêver. Je veux pourtant vousaooor^ der quelque chose, car pour recueillir II (hat u^ mer; et puisque vous eu êtes certain, i oe que vous dites, et que vous le saves par votre propra expérleûoe, continues, sll vous pUIt« Je ie veut bien, me dites* vous*

Qu'estHse que J'ai cru être aotrefdsf Que dltisvous, autrefois f Cette voie*là n'est pas sûre. Combien de fols vous al-Je dit que tous les vieux passages étolent boudiésT Vous êtee pendant que vous penses, et vous êtes alors oertain que vous êtes. Je dis pendant que vous pensei. Tout le passé est douteux et Incertain, et II ne vous reste que le présent. Tous perdstei pourtant. Je vous en aime, d'avoir ainsi un courage qui ne ae rebute d'aucune mauvaise fortune.

(eo) H n'y a rien, dites^ous, en moi qui suis, qui pense, qui suis une chose qui pense. Il n'y a rien de tout ce qui appartient au corps ou aux choses corporelles.

Je le nie. Tous le prouvet.

Depuis le moment, dites-vous, que J'ai Mt une abdication de toutes choses. Il n'y a plus de corps, plus d'âme, plus d'esprit, en un mot 11 n'y a plue rien. Et partant, si Je suis, comme II est eertaln que Je suis, Je ne suis pas on corps ni rien de corporel.

Que Je vous sais bon gré de vous échauffer comme vous fiites, et que vous commences i raisonner et à argumenter en forme! Poursuives, voilà le vrai moyen de sortir promptement de tous ces labyrinthes. Et comme je vols que vous êtes libéral, Je le veux être encore davantage. Je vous dis donc que pour mol je nie et l'antécédent, et ie conséquent, et la conséquence. Ne vous en étonnes pas. Je vous prie ; ce n'est pas sans raison : la voici. Je nie la conséquence, parce que, par le même argument, vous pouviez, conclure le eon** traire en cette façon : Depuis que j'ai fait une abdication générale de toutes choses, il n'y a plus ni esprit, ni âme, ni corps, en un mot il n'y a pins rien ; et partant, si je suis, comme II est oertain qne je suis. Je ne suis point un esprit. Tollà une noix pourrie qui gâte et qui corrompt les autres, et dont vousreconnoftres mieux le vice par ce qui suit. Cependant considères un peu en vous-mêîne si vous ne poorriei pas mieux dorénavant tirer cette conséquence de votre antécédent : Et partant, si je suis, comme II est oertain que je suis, je ne sois rien. Car ou votre antécédent a été mal posé, ou, s'il a été bien posé, Il est détruit par la proposition conditionnelle qui suit, à savoir: si je suis. C'est pourquoi Je nie cet antécédent : Depuis que J'ai iatt une aMIcatloia générale de toutes

SEPTIEMES 08)£CriONS

il n'y a plus de corps, plus d*ftme, plus d'esprit, il n'y a plus rien. Et œ n'est pas sans raison que je le nie : car ou vous faites mal de faire cette abdication générale, ou il n'est pas yrai que vous le fassiez ; et même vous ne la sauriez faire, puisque vous ttes nécessairement, vous qui la frites. Et, pour vous répondre en forme, quand vous dites : « Il n'y a plus rien , point de corps, point d'âme, point d'esprit, etc., «• ou vous ne vous comprenez pas dans cette proposition, il n'y a plui rien^ et vous entendez seulement, il n'y a plus rien que moi ; ce que vous devez nécessairement faire, afin que votre proposition soit vraie et subsiste, ainsi que dans ces autres propositions de logique, Timte proposUion écrite dans ce Uvre est fauue^ Je ne die pae «rat, et mille autres qui s'exdaent elles-mêmes de ce qu'elles disent : ou bien vous vous y comprenez et renfermez vous-même, en sorte que vous entendez vous rejeter vous-même quand vous rejetez tout, et n'être point quand vous dites : Il n'y a plue rien^ etc. Cette proposition, à savoir, Depuie que j'ai fait une abdication générale il n'y a plue rieny etc., n'est pas vraie. €ar vous êtes, et vous êtes quelque chose; et par nécessité vous êtes ou un corps, ou une ftme, ou un esprit , ou quelque autre chose; et partant quelque chose existe nécessairement , soit un corps ou un esprit, etc. Si le second, vous vous trompez, et même doublement, tant parce que vous voulez une chose impossible, en disant que vous n'êtes point pendant que vous êtes, comme aussi parce que vous détruisez vous-même votre proposition dans le conséquent, en disant : donc si je suis, comme il est certain, etc. €ar comment se peutil faire que vous soyez s'il n'y a rien? Et pendant que vous supposez qu'il n'y a rien, comment pouvez-vous dire que vous êtes? El si vous dites que vous êtes, ne détruisez-vous pas ce que vous aviez avancé auparavant, à savoir, 11 n'y a rien, etc.? Par conséquent l'antécédent est faux, et le conséquent aussi. Mais vous n'en demeurez pas là, et vous renouvelez le combat ainsi :

Quand, dites-vous, je dis : Il n'y a rien^ je ne suis pas assuré que je sois ou un corps, ou une ime, ou un esprit, ou quelque autre diose. Je ne sais pas même s'il y a quelque autre corps, ou quelque autre ftme, ou quelque autre esprit. Et partant,suivantnotre loi, qui veutquenous tenions pour faux tout ce qui est douteux, je dirai : Il n'y a pointdecorps, point d'âme, point d'esprit, point d'autre chose. Et partant, si je suis, comme il est certain, je ne suis point un corps.

(oo) Voilà qui est fort bien ; mais permettezmoi, je vous prie, d'examiner chaque chose l'une apris l'autre» de les mettre dans la balance et

de les peser séparément. Quand je dis, (Sta-m il n'y a rien, etc., je ne suis pas aanuiq^^ sois ou un corps, ou une âme, ou im opiii,! quelque autre chose. Je distingue l'aotécék Vous n'êtes pas assuré que vous soyez déte» ment un corps, ou une âme, ou un esprit, M([Sfr que autre chose; je vous l'accorde, car eVss que vous cherchez. Vous n'êtes pas assort u vous soyez indéterminémeot ou un corps, m& âme, ou un esprit, ou quelque autre diose ; jelek car vous êtes, et vous êtes quelque dHMe;e(îj) êtes nécessairement ou un corps, ou UDehii un esprit, ou quelqueautre chose. Et Tousneanz tout de bon révoquer cela en doute, quoiftte ce mauvais génie pour vous surprendre.

Je viens maintenant au conséquent. Et pr^ je dirai, suivant la loi que nous noussomms'^ crite : n n'y a point de corps, point d'àme, d'esprit, point d'autre chose. Je distingue u le conséquent ; je dirai détermlnémeDt : Il point de corps, point d'âme, point d'esprit, f£ d'autre chose ; passe pour cela. Je dirai iodét^ ^ nément : Il n'y a point de corps, ni d'âme, ni i prit, ni autre chose; je nie la conséqueocc pareillement je distinguerai aussi wireém conséquent, savoir est : Et partant, si j£ si comme il est certain, je ne suis point on an Béterminément, je l'accorde ; indéterminka je le nie. Voyez comme je suis libéral; j'ai »t vos propositions d'une fois autant. MaisnHui perdez pas courage; vous ralliez vos iron^ revenez à la charge. Que je vous en saisbosp

(pp) Jeconnois, dites- vous, que j'existe,^: cherche quel je suis, moi que je conoois étrest très certain que la connoissancedernooii ainsi précisément pris ne dépend point ù&ài dont l'existence ne m'est pas encore conaue.

N'y a-t-il que cela? avez- vous tout dit? Il tendois quelque conséquence, comme un peo< paravant. Mais peut-être avez- vouseupeurqoi ne vous réussit pas mieux que l'autre. Sans ^4 que vousfaites prudemment, selon votrecoatiA mais je reprends tout ce que vous avez dit : ^ savez que vous êtes, passe; vous chcrcfaeis'i vous êtes, vous que vous savez être. Il estrraf>/ le cherche avec vous, et il y a longtemps (^^ le cherchons. La connoissance de la àio^ i' vous cherchez, c'est-à-dire de votre éu«, ^^ pend point, dites-vous, des choses dont Ve^' ne vous est pas encore connue. Que Yoasdiri) là-dessus ? cela ne me paroît pas assez dair, ^f ne vois pas assez où va cette maxime : tous (Cachez, dites-vous, quel est celui que tous cooni^ sez, et moi je le cherche aussi avec tous; ^ dites-moi, pourquoi le cherchez-vous ai ^* connoissez ?

ou DISSERTATIONS DU R. P. BOURDIN.

Je oonnolfl, dites-Yoas, que je sois, mais je ne Gonnois pas quel je sois.

Yoos dites bien ; mais comment pourrez-vous reoonnoitre quel vous êtes, si ce n'est ou par les choses que tous avez autrefois connues, ou par celles que vous connoltrez ci-après? Ce ne sera pas, comme je crois, par celles que vous avez autrefois connues. Elles sont pleines de doute ; vous les avez toutes rejetées, ce sera donc par celles que vous ne connoissez pas encore et que vous connoltrez ci-après. Je vois bien que cela vous €lM>qiie, mais je ne sais pas pourquoi

Je ne sais pas encore, dites-vous, si ces choses* là existent.

Ayez bonne espérance, vous le saurez quelque jour.

Mais cependant que ferai-je ? ajoutez-vous.

Yous aurez patience. Quoique pourtant je ne YeuiUe pas vous tenir longtemps en suspens, je distinguerai votre proposition, comme j'ai fait ci* devant. Vous ne connoissez pas quel vous êtes déterminément, je raccorde. Yous ne connoissez pas quel vous êtes indéterminément et confusément, je le nie ; car vous connoissez que vous ttes quelque chose, et même que vous êtes nécessairement ou un corps, ou une âme, ou un esprit, on quelque autre chose. Mais quoi, enfin? vous vous ooonoîtrez ci-après clairement et déterminément. Qu*y feriez-vous ? ces deux mots seuls déterminémeni et indéierminément sont capables de vous arrêter un siècle entier. Cherchez une autre voie, s'il vous en reste aucune. Essayez hardiment; car je n*al pas encore mis bas les armes. Les choses grandes et nouvelles sont environnées de nouvelles et grandes difficultés.

Il me reste encore, dites- vous, une voie; mais si elle a le moindre obstacle, le moindre empêchement, c'en est fait, je n'y songerai plus, je reviendrai sur mes pas, et l'on ne me verra plus errant et vagabond dans ces pays et contrées où règne une abdication générale. Youlez-vous bien la tenter avec moi ?

Je le veux bien , mais à condition que, comme eOe est la dernière, vous attendiez aussi de moi les dernières difficultés. Allez maintenant, mardiez le premier.

L'on TBRTB, POUR LA QUATBiiME FOIS, L'ENTR^ DANS CETTE MÉTHODE, ET l'ON EN DÉSESPÈRE.

(m) Je suis , dites-vous ; je le nie. Yous poursmvez , je pense : je le nie. Yous ajoutez , que niez-YOUS là? Je nie que vous soyez et que vous pmsiez ; et je sais fort bien ce que j'ai fait quand j'ai dit : Il n*y a plus rien. Yoilà sans doute un irait bien hardi et remarquable. J'ai d'un seul

coup tranché la tête à tout, n n'y a rien, vous n'êtes point , et vous ne pensez point.

Mais, je vous prie, me dites-vous, j'ensuis assuré ; j'en ai un témoignage certain ; je sais par ma propre expérience que je suis et que je pense.

Quand vous en mettriez la main à la conscience, quand vous en jureriez et me le proteste^ riez , je le nie. Il n'y a rien, vous n'êtes point , vous ne pensez point , vous ne le savez point. Yoilà l'accroc et l'enclouure; et afin que vous la connoissiez bien et que vous l'évitiez si vous pouvez, je veux vous la montrer au doigt. Si cette proposition est vraie, Il n'y a rien , celle-ci est aussi vraie et nécessaire , Vous n'êtes poMii , wus ne pensez point. Or est-il que, selon vous, cdle-ci , jR n'y a rien, est vraie, comme vous le savez et le voulez. Par conséquent celle-ci est aussi vraie» Votu n'êtes point, vous ne pense% point.

Yous êtes bien rigoureux, me dites-vous : il faut un peu vous adoucir.

Puisque vous m'en prie^ , je le veux, et de bon cœur. Yous êtes, je l'accorde. Yous pensez, je le veux. Yous êtes une chose qui pense , dites une substance qui pense ; car vous vous plaisez aux termes magnifiques; j'en suis bien aise, et je m'en réjouis ; mais n'en demandez pas davantage. Je vois que vous en êtes content , car vous repre* nez ainsi vos esprits.

Je suis, me dites- vous, une substance qui pense, et je sais que j'existe, moi qui suis une substance qui pense , et je sais qu'une substance qui pense existe. Or j'ai une claire et distincte notion ou idée de cette substance qui pense, et néanmoins je ne sais point si aucun corps existe, et ne connois rien de tout ce qui appartient à la notion de la substance corporelle ; je nie même qu'aucun corps existe, ni aucune chose corporelle. J'ai fait une abdication de tout. Tai tout rejeté ; par conséquent la connoissance de l'existence d'une chose qui pense, ou la connoissance d'une diose qui pense, existante, ne dépend point de la connoissance de l'existence d'une chose corporelle, ou de la connoissance d'une chose corporelle existante. Par conséquent, puisque j'existe, et que je suis une chose qui pense, et qu'aucun corps n'existe, je ne suis point un corps ; et partant , je suis un esprit. Yoilà mes raisons, voilà ce qui me force à donner mon consentement, n'y ayant rien en tout cela qui ne soit bien suivi et bien lié, et déduit de principes très évidents suivant les règles de la logique.

Oh ! que voUà bien dit ! Mais que ne parliei* vous auparavant ainsi clairement et nettement, sans nous parler de votre abdication générale? J'ai en vérité sujet de me plaindre de vous de nous SYOlr ainsi laissé courir ^ et K, et de nous tYoir

SM

8BPTIEHE9 CMBJECTIONS

mAme bmd^ par dét chemins détoornéi et toeon* nus, YU que tous pouviei tout d*uD canp nous amener id. Il y auroit lieu de vous en faire reproeba ; et si vous n'éties bien mon ami , Je m'en fâ* cherols tout de bon , car vous n'agisses pas aveo nKrf eandidement et rondement oomme tous faisiex autrefois ; et Je toIs que tous vous réserves des choses en particuiier sans me les commun!-* quer. Yous vous étonnes de ce que je vous dis. Gela ne durera pas longtemps. Je m'en vais vous dire le sujet de mes plaintes, (u) Vous demandiei naguère, Il n*y a pas eocore un quart d'heure, quel étolt celui que vous copnolssies ; maintenant vous ne aavei pas seulement quel il est ^ mais vous en aves même une claire et distincte notion. Ou voua ne déoouvries pas alors tout ce que vous savieg, et feignies de ne pas oonnoitre ce que vous connolssiex fort bien, ou vous aves quelque ttéaoT aobé, d'oà vous tires le vrai et le certain quand bon vous semble. Mais j'aime nleoi vous demander oi est ce trésor et si vous y mettez souvent la main, que de me plaindre de vous da« vantage. Dites-mol, Je vous prie, d'où aves-vons tiré cette daire et distincte notion de la substance qui pense? SI elle est si claire et si évidente , je voos prierois volontiers de me la faire voir une fois afin de me récréer de sa vue , vu principalement que de cela seul dépend presque tout l'é* cblrdssenient de la vérité que nous cherchons avec tant de peine.

Le vold , dltes^voos. Je sala certainement que Je sols, que je pense, que je suis une substance qui pMMe.

N'allons pas si vite, s'il vous plaît , afin qoe je me dispose à bien former un concept si diffidle. Je sais fort bien aussi qoe Je sols, que je pense, qoe Je sols une substance qoi pense. Continues maintenant , s'il voos plaît.

Je n'ai plus rien à ajouter à cela, me ditesvoos, j'ai toot dit et toot fait. Quand J'ai pensé que j'existois, moi qui sots one substanœ qui pense , J*al formé en mAme temps un concept dair el distinct de la substance qui pense.

Bon Dieu ! qoe vous êtes fin et sobtill Gomme m on moment vous pénétrez et parcoures toutes dioses, tant celles qoi sont que celles qoi ne sont |»s, celles qui peuvent Atre et celles qui ne le peuvent. Yous formes, dites • vous, on concept dair et distinct de la substance qui penas lorsque voos cooceves clairement et distinctement que la sob* stance qui pense existe. Quoi donc, si vous connolsses clairement (comme je n'en doute point, car je sais que vous aves bon esprit) qo'il n'y a point de montagne sans vallée , avez- voos pour «ela tout ausdtAt un concept clair et distinct d'une teootagn^ sans vallée r Mais j'ai tort ; parce

qoe je ne sais pas l'art déformer un fxsatfiàk et distinct, je l'admire. Je vous prie de ne hisoigner, et de me foire voir commeaieeooim est clair et distinct.

Toot à l'heore, me dltee-voos. Je conçea^ rement et distinctement qo'une sobstasttft pense existe, et Je ne conçois oependant mai oorporel, rien de spirituel, je ne ccoçobriap cela, rien que la seule substance qui pêne, la le concept que j'ai d'une sobstance qû pe»s dair et distinct.

Je vous entends enfin, et» ai je ne biah^ je comprends ce que vous voulns dira.

Le concept que vous avez est dair pifi voos le connoissei eertaineonent, et il ettâôi parce que vous ne connoissez rien autre dn N'ai-je pas bien compris votre pensée? Je a que oui, car vous igoutez :

n suffit, dites-voos, qoe j'âaaore qn'eatall je me oonnois je ne sols rien aotin dvwft chose qui pense.

C'est bien asaei. Et, ri j'ai bien pris TotRji sée, oe concept clair et distinct d'une saba qui pense, que vous formez, consiste ensf vous représente qu'une substance qui peofeoii sans penser au corps, à l'âme, à l'esprii, ii cune autre chose; mais seulement qu^eUeeii Et ainsi vous dites qu'en tant que voustosa noissez, vous n'êtes rien autre chose qu'un^i stance qui pense, et non point un corps, m'i un esprit, ou quelque autre chose ; en lone? si vous existiez précisément comme toqsK oonnoissez, vous seriez seulement une fisb^ qui pense, et rien davantage. Vous Toassoii je crois, et vous vous applaudissez tout eoset^ et vous croyez que par cette longue suite ^1 rôles, dont je me sers contre ma coutaioe, f cherche qu*à gagner du temps et qu'à ofl^ pour n'en point venir au combat contre da9> pes si fortes et si aguerries que sont les ^ Mais, sans mentir, oe n'est pas là mos de* Voulez-vous que je renverse d'une seule f tout cet équipage* et fous ces vieox diauji que voua avez réservés adroitement poorlt du combat, quoique serrés et disposés cai^ Ion? J'en emploierai trois, afin qu'il n'eon^lj un. Voici la première : Du connùîlre dl'i $onsàfume0 n'est poê benne. Méditez là-^ pour le moins quinze jours, et vous eo f^ fruit, dont vous ne vous repentirez point, p^ qu'après cela vous jetiez les yeox sur It uii^^ vante. La sobstance qoi pense est edleqni ou qui veut, ou qoi doote, oo qui rêve, oaq^j^ gine, ou qui sent; et partant tous les act«si^ lectuels, comme sont entendre, voaloif!'^ giner, santtri OMrrtiOMil tooa aooi h i^

ou DISSBBTATIOKfi PU a. P. BOURDIN.

tomaaM do peoafe»^ da perception on de ooii* fcieooe ; et noua appeloiu la subitanceoà ito résident aoe chose ouï peose,

La substance qol pense est :

Ce8i-à-<tlre aj»ot ua corpe, c-^-d* n*aytm point do corp^ et t'en lerTaiit, et ne e*en aertant polot ,

oa oa

eumlut MNiém

rime VAmb l/esprit L'esprit d'un d'un de de

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