‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 70 sur 306 · REMARQUES DE DESCARTES · texte numérisé non relu

REMARQUES DE DESCARTES

Jusques ici le R. P. s'est joué : et pource que dans la suite il semble vouloir agir sérieusement et prendre un autre personnage, je mettrai cependant ici en peu de paroles les remarques que j'ai faites sous les yeux de son esprit. Voici ce qu'il dit : (vu ) Autrefois : ce temps4â a-t-U éU? et en un autre endroit, Je rêve que je pense, je ne pense point ; mais tout cela n'est que raillerie, digne du personnage qu'il a voulu représenter. Comme aussi cette importante question qu'il propose, savoir, si penser a plus d'étendue que réver ; et même ce bon mot, de la méthode de réver; et cet autre, que pour bien raisonner il faut rêver. Mais je ne pense pas avoir donné la moindre occasion de se railler de la sorte ; car j'ai dit en termes exprès, en parlant des choses dont j'avofs fait abdication, que je n'assurois point qu'elles fussent, mais seulement qu'elles sembloient être; si bien qu'en cherchant ce que j'ai pensé que j'étois autrefois, je n'ai voulu chercher autre chose que ce qu'il me sembloit à présent que j'a- Yois pensé que j'étois autrefois. Et lorsque j'ai dit que je pensois, je n'ai point considéré si c'étoit en veillant ou en dormant, et je m'étonne qu'il appelle cela la méthode de rêver ; car il semble qu'elle ne l'a pas peu éveillé.

(ll) Il raisonne encore conformément à son penonnage, lorsque, pour chercher ce que j*ai pensé que j'étois autrefois, il veut que j'avance œd comme une maxime fondamentale : «Je suis quelqu'une des choses que j'ai cru autrefois que j'étois ; n ou bien, « Je suis cela même que j'ai cru autrefois que j'étois. » Et un peu après, pour cherdier si je ne suis point un corps, il veut que l'on prenne cette maxime pour guide : «J'ai bien pensé aulreioli touchant ce <j[ul appartient tu corps ;» ou

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bien, « Rien n'appartient au corpsqQeee<iM]| cru autrefois qui lui appartenoit.» Carlesmq qui répugnent manifestement i la xtm % propres i faire rire. Et il est manifeste qi» pu recherdier utilement ce que j'ai craaa^ que j'étois, et même si j'étois on corps, bia j'ignorasse si j'étois quelqu'une desdKMsi j'ai cru être autrefois, et que j'ignorasse j'avois lors bien cru ; afin que, par le choses que je viendrois à oonnoitre toot d» veau, j'examinasse le tout eyoc soin;eiB moyen je ne découvrols rien autre chose, ^;f prisse au moins que je ne pouvois [tkna découvrir.

(im) Il joue encore parfaitemeot foi personnage quand il raconte la fable deoepri et il n'y a rien de plus plaisant quederurq pensant l'appliquer à mes paroles il Tap^ seulement aux siennes. Car tout maintou me reprenoit de n'avoir pas avancé cette inad « J'ai fort bien pensé autrefois toucfaaota appartient au corps ; •» ou bien, « Rien Da| tient au corps que ce que j*ai cru aotrett lui appartenoit : » et maintenant, cela qu'il se plaignoit n'avoir pas été par moi r et qu'il a tout tiré de son imagination prqi le reprend commes'il venoit de moi, etleoii avec le sot raisonnement de cet homme rnii Pour moi je n'ai jamais nié qu'unediosequif fAt un corps , pour avoir supposé que jV(i trefois bien pensé touchant la nature do a mais parce que, ne me servant point do M corps, sinon pour signifier une chose qoii toit bien connue, à savoir pour slgnifierunel stance étendue, j'ai reconnu que la sabsUafl pense est différente de celle qui est étenéoe.

(nn) Ces façons de parler subtiles et ph qui sont ici plusieurs fois répétées, c'est à « Je pense, dites-vous ; je le nie moi, Toosn Cela est certain et évident, ajoutez-vous ; nie, vous rêvez, il vous le semble sealemeot, paroit, mais il ne l'est pas, etc. : » an roient-elles capables de faire rire, de ce qo^ bouche d'une personne qui agiroit séries^ elles seroient ineptes et ridicules. Ma» ^ que ceux qui ne font que commencer ne » suadent que rien ne peut être certain et M à celui qui doute s'il dort ou s*il veille, maî^f seulement lui sembler et lui paroître, jel«< de se ressouvenir de ce que j'ai ci-devant m que sous la cote f : c'est à savoir que ce qot conçoit clairement et distinctement, par ^^ ce puisse être qu'il soit ainsi conçu, est îrv* ne le semble ou ne le paroit pas seulemeot i^ que pourtant, à vrai dire, il s'en trooTefor^i^ qui sachent bien Jaire distinctjon entre «^

ou DISSERTATIONS DU R. P. BOURDIN.

Ton aperçoit yéritaUement et ce qu*on pense seulement aperceyoir, parce qa*il y en a fort peu qui s'accoutument à ne se servir que de claires et distinctes perceptions.

(oo) Jusques ici notre acteur ne nous a encore bât la représentation d'aucune mémorable action ; mais ii s'est seulement forgé certains petits •bstades contre lesquels, après s'être un peu agité et tourmenté, tout aussitôt il a fait retraite, et a tourné visage ailleurs. Il commence ici le premier célèbre combat contre un ennemi tout-â-fait digne de la scène, à savoir contre mon ombre, qui n'est à la vérité visible qu'à lui, et qu'il a luiméaie forgée ; et de peur que cette ombre ne fût pas assez Taine, il l'a composée du néant même. Cependant c'est tout de bon qu'il en vient aux prises avec elle ; 11 argumente, il sue, il demande trêve. Il appelle la logique à son secours, il reconamence le combat , il examine tout , il pèse tout, il balance tout; et d'autant qu'il n'oseroit pas recevoir sur son bouclier les coups d'un si puissant adversaire, il les esquive autant qu'il peut, il distingue ; et enfin , par le moyen de ces mots, déterminément et indéterminément^ comme par autant de petits sentiers détournés, il s'enfuit et s'échappe. Sans mentir, le spectacle en est assez agréable, principalement quand on sait le sujet de la querelle, qui vient de ce qu'ayant lu par hasard dans mes écrits que, pour commencer à bien philosopher, il faut se résoudre une fois en sa vie de se défaire de toutes les opinions qu'on a auparavant reçues en sa créance, quoique peut-être il y en ait plusieurs parmi elles qui sont vraies, à cause qu'étant mêlées avec plusieurs autres qui sont la plupart «u fausses ou douteuses, il n'y a point de meilleur moyen pour séparer celles-là des autres que de les rejeter toutes du commencement, sans en retenir aucune, afin de pouvoir par après plus aisément reconnoître celles qui sont vraies, en découvrir de nouvelles, et n'admettre que celles qui sont certaines et indubitables. Ce qui est la même chose que si j'avois dit que, pour prendre garde que dans un panier plein de pommes il n'y en ait quelques-unes qui soient gâtées» il les faut toutes vider du commencement, et n'y en laisser pas une, et puis n'y remettre que celles qu'on auroit reconnu être tout-à-fait saines, ou n'y en mettre point d'autres. Mais notre auteur, ne comprenant pas ou plutôt feignant de ne pas comprendre un raisonnement d'une si sublime spéculation, s'est principalement étonné de ce qu'on disoit qu'il n'y avoit rien qu'il ne fallût rejeter ; et passant cela longtemps et souvent dans son esprit , il se l'est si fortement imprimé dans son Imagination qu'encore qu'à présent il ne combatte le plus souvent que centime un rien etunfan-

t6me,natoutefoisbiende là peine i s'en défendre.

(pp) Après un combat si heureusement entrepris et adievé, devenu superbe par l'optnlon de la victoire, il attaque un nouvel ennemi qu'il croit encore être mon ombre, car elle se présente sans cesse à sa fantaisie ; mais il la compose d'une autre manière, & savoir de mes paroles. « Je connois que j'existe, et je recherche quel je suis, moi que je connois, etc. » Et parce qu'il ne lareconnoit pas si bien que la précédente, il se tient plus sur ses gardes et ne l'attaque que de loin. La première pierre ou le premier dard qu'il lui jette est celui-ci : « Pourquoi le cherchez-vous si vous le connoisseï? » Et pour ce qu'il s'Imagine que son ennemi, pour recevoir et soutenir ce coup, lui présente aussitêtce bouclier, «Je connois que je suis, et ne eonnois pas quel je suis, » tout aussitôt il lance contre elle ce long Javelot : « Comment pouvez-vous connoître quel vous êtes, si ce n'est ou par les choses que vous avez autrefois connues, ou par celles que vous connottrez ciaprès? Ce ne sera pas par celles que vous avez autrefois connues ; elles sont pleines de doute, vous les avez toutes rejetées : ce sera donc par celles que vous ne connolssez pas encore, et que vous connottrez ci-après. » Et, croyant de ce coup avoir terrassé et effrayé cette pauvre et misérable ombre. Il s'imagine qu'il l'entend qui s'écrie : « Je ne sais pas encore si ces choses-là existent. • Et alors sa colère se changeant en pitié, il la console par ces paroles : « Ayez bonne espérance, vous le saurez quelque jour. » Et aussitôt il suppose que cette pauvre ombre, d'une voix plaintive et suppliante, lui répond: «Que ferai -je cependant? n Mais lui, d'un ton impérieux et superbe» tel qu'il convient à un victorieux, lui repart : « Vous aurez patience. » Et toutefois, comme Q est bonace, il ne la laisse pas longtemps en suspens ; mais, gagnant derechef ses détours ordinaires, «déterminément, indéterminément ; clairement, confusément, » et ne voyant personne qui le suive, il se réjouit de sa victoire et triomphe tout seul. Toutes lesquelles choses sont sans doute très propres à faire rire, étant dites par un homme qui , contrefaisant le grave et le sérieux, vient à dire quelque trait de raillerie à quoi l'on ne s'attendoit point.

Mais pour voir cela plus clairement. Il 6ut se Qgurer notre acteur comme un personnage grave et docte, lequel pour impugner cette méthode de rechercher la vérité qui veut qu'ayant rejeté toutes les choses où il y a la moindre apparence de doute, nous commencions à philosopher par la connoissance de notre propre existence, et que de là nous passions à la considération de notre nature, lequel, dis-je, tâche de montrer que par

SEPTIÈMES ÔBJECTÎOÏ»

cette Tole Ton ne eauroit étendre plus àTânt sa connoisaaDoe, et qut pour le faire se sert de ce raisonnement: « Pnisqne vous connolssez seule* ment que tous ttes, et non pas quel vous êtes, vous ne le sauriez apprendre par le moyen des choses que tous ayez autrefois connues, puisque vous les avez toutes rejetées ; donc ce ne peut être que par le moyen de celles que vous ne connoissez pas encore. >» A quoi un enfant même pourroit répondre : que rien n'empêche qu'il ne le puisse apprendre par les choses qu'il connois-^ «oit auparavant, à cause que, quoiqu'il les eût toutes rejetées pendant qu'elles lui parolssoient douteuses, il les pouvoit néanmoins par après reprendre quand il lesauroit reconnues pour vraies. Et de plus, quand il lui auroit accordé qu'il ne pourroit rien apprendre par le moyen des choêes qu'il auroit autrefois connues, au moins le pou^ roit-il par le moyen de celles qu'il ne connoissolt pas encore, mais qu'avec le soin et la diligence qu'il pourroit apporter 11 pourroit oonnoltre par après. Mais notre auteur se propose ici un adversaire qui ne lui accorde pas seulement que la première vole lui est bouchée, mais qu'il se bouche lui-même celle qui lui reste, en disant : « Je ne sais pas si ces choses-là existent. » Comme si nous ne pouvions acquérir de pouveau la connolssance de l'existence d'aucune chose, et comme si rtgoorance de Texistence d'une chose pouvoit empêcher que nous n'eussions aucune connoissance de son essence. Ce qui sans difficulté est fort impertinent. Mais il h\i allusion à quelquesunes de mes paroles ; car J'ai écrit en quelque endroit qu'il n'étoit pas possible que la connoissance que j'ai de l'existence d'une chose dépendit de la connoissance de celle dont Texistence ne m'est pas encore connue ; et ce que J'ai dit seulement du temps présent, il le transfère au temps ftitur, comme si, de ce que nous ne pouvons pré' sentement voir les personnes qui ne sont pas encore nées, mais qui naîtront cette année, il s'ensuivoit que nous ne les pourrions jamais voir. Car Certainement il est manifeste que la connoissance présente que Ton a d'une chose actuellement existante ne dépend point de la connoissance d'une ehose que l'oo ne sait pas encore être existante ; car de cela même que Ton conçoit une chose comme appartenant à une chose existante, on conçoit néce^irement en même temps quecette chose existe. Mais 11 n'en est pas de itfême à l'égard du futur; car rien n'empêche que la connoissance d*une chose que je sais être existante ne soit augmentée par celle de plusieurs autres choses que je ne sais pas encore exister, mais que je pourrai oonnottre par après quand Je saurai qu'elles lui appartiennent.

Après fl continue, et dit ! « Ayez lionne eapê* rance, vous le saurez quelque jour. • Et incontt* nent après il ajoute : « Je ne vous tiendrai pas longtemps en suspens. » Par lesquelles paroles il veut que nous attendions de lui, ou qu'il démontrera que par la vole que j'ai proposée on ne sàuroit étendre plus sa connoissance ; ou bien, s'il suppose que son adversaire même se l'est bouchée, ce qui pourtant seroit impertinent, qu'il nous en ouvrira quelque autre. Mais néanmoins il ne noui dit rien autre chose, sinon : «Tous savez quel vous êtes indéterminément et confusément, mais non pas déterminément et clairement. • D'où l'on peut, ce me semble, fort bien conclure que nous pouvons donc étendre plus avant notre connoissance, puisqu'on méditant et repassant les choses avec attention en notre esprit, nous pouvons faire que celles que nous ne connoissons que conftisément et Indéterminément nous soient par après connues clairement et déterminément; mais nonobstant cela il conclut que « ces deux mots seuls» déterminément et Indéterminément, sont capa* blés de nous arrêter un siècle entier, * et partant que nous devons chercher une autre voie; par toutes lesquelles choses il fait si bien parohre la bassesse et la médiocrité d'un esprit, que je doute s'il eAt pu rien inventer de mleai pour simuler celle du sien.

(qo) « Je suis, dites-tous: je le nie. Ymispour* suives, je pense : je le nie, etc. • Il reoemmenca id le combat contre la première ombre qu'il arolt attaquée, et, croyant l'avoir taillée en pièces du premier coup, tout glorieux II s'écrie : «■ Yolli sans doute un trait bien hardi et remarquable ; J'ai d'un seul coup tranché la tête i tout. » Mais d'au* tant que cette ombre ne tire sa vie que de soo cerveau, et qu'elle ne peut mourir qu'tvee loi, tout en pièces qu'elle est, elle ne laisse pu de re* vivre; et, metunt la main à la conscience, elle jure qu'elle est et qu'elle pense. Sur quoi, s'étant laissé fléchir et gagner, il lui permet de vivre et de dire même, après avoir repris ses esprits, tout plein de choses inutiles ou impertinentes auxquels les 11 ne répond rien, et à l'occasion desquelles il semble plutôt vouloir contracter amitié aves elle. Après quoi il passe k d'autres galanteries.

Premièrement, il la tance ainsi : (sa) « Vous demandiez naguère qui vous étiez ; maintenant vous ne le savez pas seulement, mais vous en avet même une claire et distincte notion. • Pois après il la prie « de lui faire voir cette notion daire et distincte, pour être récréé de sa vue. » Après cela il feint qu'on lui montre, et dit : « Je sais certaloa* ment que Je suis, que Je pense, que je suis une substance qui pense ; il n'y a rien à dire i cela. • U prouve ensuite que cela ne suffit pas» par «si

ou DISSERTATIONS DU H. P. BOURDIN.

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