‹ Œuvres philosophiques de Descartes publibées da̕près les textes originauxChapitre 72 sur 306 · DISSERTATIONS. DU R. P. BOURDIN · texte numérisé non relu

DISSERTATIONS. DU R. P. BOURDIN

Je le nto et le renie ; car, pour ce qai est de cette' majeure, (ss) « Nulle chose qui est telle que je puis douter si elle existe n'existe en effet, » elle est si absurde que je ne crains pas qu'il puisse jamais persuader à personne qu'elle vienne de moi, si en mAme temps il ne leur persuade que j'ai perdu le sens. Et je ne puis assez admirer à quel dessein, a?ec quelle fidélité, sous quelle espérance, et a?ec quelle confiance il a entrepris cela. €ar dans la première Méditation, où il ne s'agissoit pas encore d*établir aucune vérité, mais seulement de me défaire de mes anciens préjugés, après avoir montré que toutes les opinions que j'avois reçues dès ma jeunesse en ma créance pouvoient être réroquées en doute, et partant que je ne de- Tois pas moins soigneusement suspendre mon jugement à leur égard qu'à l'égard de celles qui sont manifestement fausses, de peur qu'elles ne m'empêchassent de chercher comme il faut la vérité, j*al expressément ajouté ces paroles : « Mais il ne suffit pas d^avoir fait ces remarques, il faut encore que je prenne soin de m'en souvenir; car ces anciennes et ordinaires opinions me revien* neat enoore souvent en la pensée , le long et familier usage qu'elles ont eu avec moi leur donnant droit d'occuper mon esprit contre mon gré, et de se rendre presque maîtresses de ma créance. Et je ne me désaccoutumerai jamais de leur déférer et de prendre confiance en elles, tant que je les considérerai telles qu'elles sont en effet '; c'est i savoir en quelque façon douteuses, comme je viens de montrer, et toutefois fort probables ; en sorte que l'on a beaucoup plus de raison de les croire que de les nier. C'est pourquoi je pense que je ne ferai pas mal si, prenant de propos délibéré un sentiment contraire, je me trompe moi-même, et si je feins pour quelque temps que toutes ces opinions sont entièrement fausses et imaginaires ; jusqu'à ce qu'enfin, ayant également balancé mes anciens et mes nouveaux préjugés, mon jugement ne soit plus désormais maîtrisé par de mauvais usages, et détourné du droit chemin qui le peut conduire à la çonnoissance de la vérité, n Entre lesquels notre auteur a choisi ces mots et laissé les autres : « Prenant de propos délibéré un sentiment contraire, je feindrai que les opinions qui sont en quelque façon douteuses sont entièrement fausses et imaginaires. » Et de plus, en la place du mot de feindre, il met ceux-ci : « Je dirai, je croirai, et croirai même de telle sorte que j'assurerai pour n*ai le contraire de ce qui est douteux. » Et a voulu que cela me servit de maxime ou de règle certaine, non pour me délivrer de mes préjugés, mais pour jeter les fondements d'une métaphysique tout-àfait certaine et accomplie. Il est vrai néanmoins qu'il a proposé cela d'abord un peu amblgument,

DI8GABTB8.

et comme en hésitant, dans le second et troisième paragraphe de la première question ; et même, dans ce troisième paragraphe, après avoir supposé que suivant cette règle il devoit croire que^ deux et trois ne/aisoient pas cinq, il demande si tout aussitôt il doit tellement le croire qu'il se persuade que cela ne peut être autrement. Et pour satisfaire à cette belle demande, après plu* sieurs paroles ambiguës et superflues, il m'Introduit lui répondant de la sorte : « Vous ne l'assu-» rerez ni ne le nierez ; vous ne vous servirez ni de l'un ni de l'autre, mais vous tiendrez l'un et l'autre pour faux. » D'où il est manifeste qu'il a fort bien su que je ne tenois pas pour vrai le contraire de ce qui est douteux, et que personne, selon moi, ne s'en pouvoit servir pour majeure d'un syllo-' gisme duquel on dût attendre une conclusion certaine ; car il y a de la contradiction entre ne point assurer, ne point nier, ne se servir ni de l'un ni de l'autre, et assurer pour vrai l'un des deux et s'en servir. Mais perdant par après insensiblement la mémoire de ce qu'il avoit rap- ];>orté comme étant mon opinion, il n'a pas seulement assuré le contraire, mais il l'a même si souvent répété et inculqué qu'il ne reprend presque que cela seul dans toute sa dissertation, et ne compose aussi que de cela seul ces douze fautes qu'il m'attribue dans toute la suite de son traité. D'où 11 suit, ce me semble, très manifestement que non-seulement ici, où il m'attribue cette miyeure : « Nulle chose qui est telle que l'on peut douter si elle existe n'existe en effet, *» mais aussi en tous les autres endroits où il m'attribue des choses semblables, il parle contre son sentiment et contre la vérité. Et quoique ce soit à regret que je lui fasse ce reproche, néanmoins la défense de la vérité que j'ai entreprise m'oblige à ne pas être plus réservé envers une personne qui n'a pas eu plus de respect pour elle. Et comme dans toute sa dissertation il n*a, ce me semble, presque point d'autre dessein que de persuader et d'inculquer dans l'esprit de ses lecteurs cette fausse maxime qu'il a déguisée en cent façons, je ne vois point d'autre moyen pour Texcuser que de dire qu'il en a si souvent parlé qu'à la fin il se l'est persuadée à lui-même et n'en a plus re^ connu la fausseté.

Pour ce qui est maintenant de la mineure, savoir est : « Or est-il que tout corps est tel que je puis douter s'il existe ; » ou bien : « Or est -11 que tout esprit est tel que je puis douter 8*11 existe ; » si on l'entend Indéfiniment de toute sorte do temps, ainsi qu'elle doit être entendue pour s^vir de preuve à la conclusion qu'on en tire, elle est encore fausse, et je nie qu'elle soit de mol. Car un peu après le commenceiDent delà seconde

SEPTI£II£S OBIECriONS

Médttititti» où J'ai oêrUiaeiliMit rebonnu qu'une chose qui pense existent, laquelle, suivant l'usage ordinaire, on appelle da nom d'esprit, Je n'ai pu douter davantage qu'un esprit existât. De même, apràs la sixième Méditation, dans laquelle j'ai reconnu l'existence du corps, Je n'ai pu aussi douter davantage de son existence. Admirez cependant l'excellence de Tesprlt de notre auteur, d'avoir eu l'adresse d'inventer si Ingénieusement deux fausses prémisses que, les employant en bonlie forme dans un syllogisme, Il s'en soit ensuivi Une faussé cdbduslon : mais je ne comprends point pourquoi 11 ne veut pas que j'aie Id sujet de rire ; car Je ne trouve dans toute sa dis* sertation que des sujets de Joie pour mol, non pas à la vérité fort grande, mais pourtant véritable et solide, d'autant que, reprenant là plusieurs dioses q«i ne sont point de mol, mais qu'il m'a seulement attribuées, il fait voir clairement qu'il a fhll tbut son possible pour trouver dans mes écrits quelque chose digne de censure, sans en avoir pourtant jamais pu rencontrer.

(tt) Et de vrai il parott bien qu'il n'a pas ri du bon du ooerur, par la sérieuse réprimande dont 11 conclut toute cette partie; ce que les réponses qui sujvent ibnt encore mieux voir, dans lesquelles il ne paroît pas seulement triste et sévère, mali même chagrin et cruel. Car n'ayant aucune raison de me vouloir du mal, et n*ayant aussi rien trouvé dans mes écrits qui pftt mériter sa censure , si vous exceptes cette fausse maxime qu'il a lui-même con trouvée, et qu'il ne m'a pu légitimement attribuer, toutefois, parce qu'il croit l'avoir entièrement persuadé à ses lecteurs ( non pa^ à la vérité par la force de ses raisons, car il n'en a point, mais premièrement par cette admirable confiance qu'il a eue de le dire, et que dans un homme de sa profession on ne soupçonne pas pouvoir être fausse ; et de plus, par une fréquente et constante répétition de la même maxime, qui fait souvent qu'à force d'entendre la même chose nous acquérons l'habitude de recevoir pour vrai ce que nous savons ê^re faux : ces deux moyens sont ordinairement plus puissants que toutes les raisons pour persuader le peuple et ceux qui n^examinent pas de près les choses), il insulte superbement au vaincu^ et, comme un grave pédagogue, me prenant pour un de ses petits écoliers, il me tance aigrement, et dans les douze réponses suivantes il me rend coupable de plus de péchés qu'il n' y a de préceptes dans le Décalogue. Je veux bien pourtant excuser le R. P. à cause qu'il semble n'être pas bien è soi ; et quoique ceux qui ont bu un peu plus qu'ils ne doivent aient coutume de ne voir tout au plus qub deux ehoees pour utîe^ le ttla q«l

l'etopohe lé trohble téllëiiitot qne, dnsoi unique chose qu'il a Itti-même controvrce trouve en moi douze fautes à reprendre, \» quelles Je pourrols dire être autant dlDjnnstii calomnies si je voulois parier outertpnesi sans aucun déguisement de paroles, wk f j'aime mieux appeler des bévues et des b^ ments, pour rire à mon tour commeilal&k cependant je prie le lecteur de se sonreoirç^ dans tout ce qui suit, il n'a pas dit m'jt^ une seule parole où il ne se sbit troiQp!!^^ pris.

LE P. BOUBBIN.

SI c'est une bokne méthode de fmmi

OUE nE PAtRE UNE ABDICATION GÉ^ÉIiUI TOUTES LES CHOSES BDICT ON PEUT DOCm

RÉPONSE I. Cette méthode pèche daosksfi dpes, car elle n'en a point et en a noeôii Dans toutes les autres métliodes, poardéan la vérité et tirer le certain dii certain, oof i de principes clairs, évidents, connus d'ofiài et naturels i l'esprit humain : par exes^ tout est plus grand que sa partie ; de r^ n^ se fait, et mille autres semblables, psr ler« desquels on élève peu à peu sa cooDOissaBa. on avance sdrement dans la recherche de li^ rite. Mais celle-ci, tout au contraire, povri quelque chose, non pas de quelque aotr?, a de rien, elle tranche, elle rejette, ellei^ tous les principes anciens, sans en reteir; un ; et prenant de propos délibéré des satlas contraires, de peur qu'il ne semble que loci moyens lui soient retranchés et qu'elle ffuf d'ailes, elle se feint des principes nouveaBi* rectement opposés aux anciens ; et par ce o^f elle se dépouille de ses anciens préjugés po!^< revêtir d'autres tout nouveaux. Elle qui» certain pour embrasser l'Incertain; cBe** dés ailes, mais des ailes de cire ; elle s*é)ètell haut, mais pour tomber ; enfin, de rien éiei faire quelque chose, mais en effet elle fiel rien.

HépOnsb II. Cette méthode pèche dans \ts^ car elle n'en a point, puisqu'elle reUTind»elfl»j cîens et qu'elle h'en propose point de DOot«* Les autres disciplines ont des formes delop*^ des syllogismes, des feçons d'argumenter te» certaines, par le moyen et par la cooduitt^ quelles, ni plus ni moins que par unSld'^ elles sortent aisément de leurs labyriotiK* développent avec sûreté et facilité les qo^^^ les plus embrouillées ; celle-ci, toutauconW'''^ corrompt et gâte toute la forme aoeieooe;!^ qa'tiM pam de crainte à h sèale pens^'"

ou DISSERTATIONS DÛ fe. P. BOUW)IN.

manvals génie qti*elte s*est fl^uffi, Ibr^qâ'ëllë àppréhende de rêver toujours» lorsqu'elle ne sait si elle est en son bon sens. Proposez-lui un syllogisme, elle s'efTrdiera à la majeure, quelle qu'elle soit ; peut-être dlra-t-elle que ce mauvais génie me trompe. Que fera-t-elle à la mineure ? Elle tremblera, elle dira qu'elle est incertaine, qu'elle ne sait ât elle ne dort point, et que les choses qui lui ont paru les plus claires et les plus certaines en dormant âe sont cent fois trouvées fausses après s'être réveillée. Que fera-t-elle enân â la conclusion ? Elle les fuira toutes comme autant de filets qu'on auroit tendus pour la surprendre. Ne voiton pas, dira-t-elle, qde les fous, les enfdUts et lei insensés pensent raisonner à merveille, quoiqu'ils n'aient ni esprit ni jugement? Que sais-je s'il ne m'arrive point à moi la même chose à présent ? Que sais-je si ce génie ne me trompe point? Il est rusé et inéchant ; et je ne sais pas encore qu'il y ait un Dieu qui empêche et qui retienne ce rusé trompeur. Que dire2-vous à cela? et que pourrezvoas fkire quand son auteur vous dira avec une opîDlfltreté invincible que la conséquence de votre argument sera toujours douteuse, si vous ne savez auparavant , non-seulement que tous ne dormez point et que vous êtes en votre bon sens, mais même qu'il y a un Dieu, et un Bleu véritable, lequel tient enchaîné ce mauvais géhle? Que faire quand il vous dira que la matière ni la forme de ce syllogisme ne vaut rien : <* Dire que quelque attribut est contenu dans la nature ou dans le concept d*uné chose , c'est le même que de dire que cet attribut est vrai de cette chose, et qu'on peut assurer qu'il est en elle; or est-il que l'existence, etc. ; n et cent autres choses semblables, sur lesquelles si vous pensez le presser, il vous dira tout aussitôt : Attendez que je sache qu'il y a un Dieu, et que je voie lié et garrotté ce mauvais génie. Mais au moins, me direz-vous, cette méthode a-t-elle cela de commode que, n^dmettant aucun syllogisme, elle évite infailliblement les paralogismes. La commodité est belle sans doute, et n'est-ce pas comme qui arracheroit le nez i un enfant de peur qu'il ne devint morveux ; les autres mères ne font-elles pas mieux de moucher simplement leurs enfants? C'est pourquoi, tout bien considéré, je n'ai qu'une chose & vous dire, c*est à savoir que toute forme étant êtée, il ne peut rien rester que d'informe.

RÉPONSE m. Cette méthode pèche contre la fin, ne pouvant rien conclure ni nous apprendre rien de certain ; mais le moyen qu'elle le pût, puisqu'elle bouche elle-même toutes les voies qui la pourrolent conduire à la vérité. Vous l'avez vu vous-même et expérimenté avec moi dans ces détours, dU plutôt ce^ erreurs semblables â celles

d^lysse, que vous m'avez fait prendre, et qui nouS ont tous deux grandement fatigués. Vous sotîtebtei que vous étiez un esprit, ou que vous aviez de l'esprit ; mais vous ne l'avez Jamais sii prouver, et vous êtes demeuré en chemin, embarrassé de mille difficultés, et cela tant de fols que J'dl de là peine à m'en souvenir : et néanmoins 11 seha boli de s'en souvenir à présent, afin que la réponse que j'ai à vous faire ne perde rien de sa force. TOicl donc les principaux chefs de cette méthode, paf lesquels elle se coupe elle-même les nerfe et S'Otô' toute espérance de pouvoir jamais parvenir I là connoissance de la vérité. 1 . Vous ne savez si toul dormez ou si vous veillez, et partaîit vous ne de-j vez non plus faire de cas de toutes voâ pensées et' raisonnements (si toutefois vous en formel aucun/ ou si plutAt vous ne songez pas que vous en formez), qu'un homme qui dort, de ses rêveries. Dé là vient qu'il n'y a rien qui ne soit douteux et Incertain. Je ne vous en appoi*teral point d'eiemples ; pensez-y vous-même et parcourez tous les magasins de votre mémoire, et voyez st vous y trouverez aucune chose qui ne soit infectée de cette tache ; vous me ferez plaisir de m'en montrer quelqu'une. 2. Avant que Je sache qu'il ^ a uu Dieu qui tienne enchaîné ce mauvais génie, j'ât occasion de douter de tout et de me défier fié ii vérité de toutes sottes de propositions, oïl dd moins, suivant la méthode ordinaire de philosopher et de raisonner. Il faut, avant toutes chosei, définir s'il peut y avoir des propositions etémpteé de doute, et quelles sont cei propositions, et àptèê cela l'on doit avertir ceux qui commencent de les bien retenir ; d'où il s'ensuit, comme auparavant» que toutes choses sont Incertaines, et partaht inu-* tiles pour la recherche de la Vérité. 8. Totlt cé qui peut recevoir le moindre doute doit, par une détermination tout opposée, être tedu pour faul, et le contraire tenu pour vrai, duquel 11 ikut s^ servir comme d'un principe. De là il s'ensuit quéf toutes les ouvertures pour la vérité sont bouchées ; car que pourriez-vous espérer de ce priircipe : je n'ai point de tête ; t7 n'y a point de corps, point d'esprits, et de cent autres semblables? Et né dites point que cette abdication n'est pas pour toujours, mais pour un temps seulement, comme uii temps de vacances, à savoir pour quinze jours ou un mois, afin que chacun s'y applique plus fortement ;' car je veux que ce soit seulement pour un tempif, toujours est-il vrai que c'est pour le temps que vous vaquez à la recherche de la vérité, pendant' lequel vous usez et abusez des choses que tous aviez rejetées , tout de même que si la vétlté eà étoit dépendante ou qu'elle fût appuyée stir elle^ comme sur son véritable fondement. Mais, mé' dlrez-tous, je me sers de cette abdication commtf

SEFriEMES OBJECTIONS

dT une machine que je dresse pour un temps pour construire la base de la colonuc de la science tt en élever Tédifice, ainsi que font ordinairement les architectes, qui ont coutume de bâtir des machines qui ne leur servent que pour un temps, afin d*élever leurs colonnes et les placer en leur lieu, et, après en avoir tiré le service qu'ils en veulent, ils les défont et ne s'en servent plus : pourquoi ne Toudriez-vouspas que je fisse comme eux ? Faitesle, à la bonne heure ; mais prenez garde que votre colonne, son piédestal et tout votre édiGce ne soient tellement appuyés et soutenus sur cette machine qu'ils ne tombent par terre quand vous la voudrez retirer ; et c'est ce que je trouve principalement i redire en cette méthode : elle pose ou établit de mauvais fondements, et s'y appuie dételle sorte que ces fondemements étant détruits ou retirés, elle-même se détruit ou ne paroît plus.

Répoïf SE ly. Cette méthode pèche par excès , c'est-à-dire qu'elle en fait plus que ne demandent d'elle les lois de la prudence et que jamais personne n'a désiré. J'avoue, à la vérité, qu'il y a des hommes qui veulent qu'on leur démontre l'existence de Dieu et l'immortalité de Tâme; mais il ne s'est encore trouvé personne jusques ici qui n'ait pas été satisfait de connoître avec autant de certitude qu'il y a un Dieu qui gouverne toutes choses, et que l'âme de l'homme est spirituelle et immortelle , comme il sait certainement que deux et trois font cinq, ou que les hommes ont des cerps ; en sorte qu'il est tout-à-fait inutile et superflu de rechercher en cela une plus grande certitude. De plus, comme dans les choses qui regardent l*usage de la vie il y a certaines bornes de certitude qui nous suffisent pour nous conduire sûrement et prudemment dans nos actions, de même pour les choses spéculatives il y a aussi deslH^rnes auxquelles, quand on est parvenu, on est en assurance; si bien que, sans faire cas de tout ce qu'on voudroit tenter, ou rechercher au-delà , on peut avec prudence et sûreté s'en tenir où l'on est, de peur d'aller trop loin et d'en faire trop. Mais, me direz-vous, ce n'est pas une petite louange d'aller plus loin que les autres, et de traverser un gué qui n'a jamais été tenté de personne. Je l'avoue, la louange est grande, mais c'est pourvu qu'on le puisse passer sans se mettre en danger du naufrage. C'est pourquoi.

Pour Y« RÉPONSE, je dis que cette méthode pèche par défaut, c'est-à-dire que, voulant embrasser plus de choses qu'elle ne peut, elle ne tient rien. Je n'en veux que vous pour témoin et pour juge; qu'avez -vous fait jusques ici avec tout ce magnifique appareil? Que vous a produit cette abdication si solennelle, et même si générale et si

généreuse que vous ne Tom (tes pu vous-même, ne vous étant ré^rré ym cette commune notion : je pense, jg sa une chose qui pense? si conuBuse, èt-p familière au moindre des hommes (p1i*j jamais trouvé personne, depuis quek sio qui en ait tant soit peu doaté, et (^ ak sérieusement demandé qu'on loi proa^^ qu'il existe , qu'il pense, quMi est use pense ; si bien que vous ne deyex pas v^j dre à recevoir de grands remerdmccu sonne, si ce n'est peut-être que quelqi:|| comme moi, d'une singulière alTectîoait vous remercie de la bonne volonté qmm pour tout le genre humain, et loue l^^ et extraordinaires desseins.

RÉPONSE Yi. Cette méthode pèche, ?, dans la faute qu'elle reprend dans lesaoi elle admire que tous les hommes, s croient et disent avec tant de confiance. corps, une tête , des yeux, etc. ; et cite i mire pas elle-même quand elle dit aT« reille confiance : Je n'ai point de corps, | tête, point d'yeux, etc.

RÉPONSE vu. Cette méthode pèdie, ^ une faute qui lui est particulière ; car & reste des hommes tient en quelque façon f^ tain, et même pour suffisamment cena.

exemple : J'ai une tête , il y a des corpiî! prits, etc., cette méthode, par un des^^? est particulier, le révoque en doute, âtieû certain son opposé , à savoir : Je n'ai f«s tête, il n'y a point de corps, point d'espni> tient même pour si certain qu'elle préi^l peut servir de fondement à une métaphvft^j exacte et fort accomplie , et s'y appuie ék-i de telle sorte que, si vous lui Atez cet ^^\ donnera du nez en terre.

RÉPONSE VIII. Cette méthode pèche par dence; car elle ne prend pas garde qu'un pi deux tranchants est à craindre partout, ei sant en éviter l'un, elle se voit blessée parfi par exemple, elle ne sait s'il y a ud oh! existe véritablement dans le monde; et.

qu'elle en doute, elle le rejette et admet .^ posé : Il n'y a point de corps au monde ;t{ nant cet opposé, qui est pour le moûi*' douteux que son contraire, pour une à^^ certaine, et s'appuyant sur lui sans aucooeûi dération, elle pèche et s'offense.

RÉPONSE IX. Cette méthode pèdieavecc^ sance; car le sachant et le voulant, et xf^^ être avertie, elle s'aveugle elle-même; e( ^ une abdication volontaire de toutes les à0^ sont nécessaires pour découvrir la vérité, (^^ laisse tromper eUe-même par son analyse,^'

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