DU PRINCE EUGÈNE
1. La Monade, dont nous parlerons ici, n'est autre chose qu'une substance simple, qui entre dans les composés ; simple, c'est-à-dire sans parties. (T'héod., 340.)
2. Et il faut qu'il y ait des substances simples, puisqu'il y a des composés ; car le composé n'est autre chose qu'un amas, ou aggregatum des simples.
3. Or. là où il n'y a point de parties, il n'y a ni étendue, ni figure, ni divisibilité possible. Et ces monades sont les véritables Atomes de la nature, et en un mot les Éléments des choses.
4. Hl n'y a aussi point de dissolution à craindre, et il n'y a aucune maniére concevable par laquelle une substance simple puisse périr naturellement. (3 80.)
9. Par la méme raison il n'y en a aucune, par laquelle une substance simple puisse commencer naturellement, puisqu'elle ne saurait être formée par composition. '
6. Ainsi on peut dire que les Monades ne sauraient commencer ni finir que tout d'un coup, c'est-à-dire elles ne sauraient commencer que par création, et flnir que par annihilation ; au lieu que ce qui est composé commence ou finit par parties.
7. ll n'ya pas moyen aussi d'expliquer comment une Monade puisse être altérée ou changée dans son intérieur par quelque autre créature, puisqu'on n'y saurait rien transposer, ni concevoir en elle
(1) Nous donnons ici le texte de la Monadologie d'apres l'édition de M. Emile Boutroux qui a compulsé le manuscrit autographe de Leibniz à la Bibliothèque de Hanovre, ainsi que deux copies, revues et corrigées par Leibniz lui-même.
aucun mouvement interne, qui puisse être excité, dirigé, augmenté ou diminué là dedans, comme cela se peut dans les composés, où il yade changement entre les parties. Les Monades n'ont point de fenétres, par lesquelles quelque chose y puisse entrer ou sortir. Les accidents ne sauraient se détacher, ni se promener hors des substances, comme faisaient autrefois les espéces sensibles de scolastiques. Ainsi ni substance ni accident peut entrer de dehors dans une monade.
8. Cependant il faut que les Monades aient quelques qualités, autrement ce ne seraient méme pas des étres. Et si les substances simples ne différaient point par leurs qualités, il n'y aurait point de moyen de s'apercevoir d'aucun changement dans les choses, puisque ce qui est dans le composé ne peut venir que des ingrédients simples, et les monades étant sans qualités seraient indistinguables l'une de l'autre, puisque aussi bien elles ne diffèrent point en quantité : et par conséquent, le plein étant supposé, chaque lieu ne recevrait toujours dans le mouvement que l'Équivalent de ce qu'il avait eu, et un état des choses serait indiscernable l'un de l'autre.
9. Il faut méme que chaque Monade soit différente de chaque autre. Car il n y a jamais dans la nature deux êtres qui soient parfaitement l'un comme l’autre, et où il ne soit possible de trouver une différence interne, ou fondée sur une dénomination intrinsèque.
10. Je prends aussi pour accordé que tout étre créé est sujet au changement, et par conséquent la Monade créée aussi, et méme que ce changement est continuel dans chacune.
41. Il s'ensuit de ce que nous venons de dire que les changements naturels des monades viennent d'un principe interne, puisqu'une cause externe ne saurait influer dans son intérieur (SS 396, 900) (1).
19. Mais il faut aussi qu'outre le principe du changement il y ait un détail de ce qui change, qui fasse pour ainsi dire la spécification et la variété des substances simples.
13. Ce détail doit envelopper une multitude dans l'unité ou dans le simple. Car tout changement naturel se faisant par degrés, quelque chose change et «quelque chose reste ; et par conséquent, il faut que dans la substance simple il y ait une pluralité d'affections et de rapports, quoiqu'il n'y en ait point de parties.
14. L'état passager qui enveloppe et représente une multitude dans
^ (1) Renvois à la Théodic e.
THÈSES DE PHILOSOPIIIE 109
l'unité ou dans la substance simple.n'est autre chose que ce qu'on appelle la Perception, qu'on doit distinguer de l'aperception ou de la conscience, comme il paraitra dans la suite. Et c'est en quoi les cartésiens ont fort manqué, ayant compté pour rien les perceptions dont on ne s'aperçoit pas. C'est aussi ce qui les a fait croire que les seuls Esprits étaient des Monades, et qu'il n'y avait point d'Ames des Bétes ou d'autres Entéléchies, et qu'ils ont confondu avec le vulgaire un long étourdissement avec une mort à la rigueur, ce qui les a fait encore donner dans le préjugé scolastique des ámes entiérement séparées, et a méme confirmé les esprits mal tournés dans l'opinion de la mortalité des âmes.
15. L'action du principe interne, qui fait le changement ou le passage d'une perception à une autre, peut être appelée Appétition ; il est vrai que l'appétit ne saurait toujours parvenir entierement à toute la perception oü il tend, mais il en obtient toujours quelque chose et parvient à des perceptions nouvelles.
16. Nous expérimentons en nous-mémes une multitude dans la substance simple, lorsque nous trouvons que la moindre pensée dont nous nous apercevons enveloppe une variété dans l'objet. Ainsi tous ceux qui reconnaissent que l'àme est une substance simple doivent reconnaitre cette multitude dans la Monade, et M. Bayle ne devait point y trouver de difficulté comme il a fait dans son Dictionnaire, article Rorartus.
17. On est obligé d'ailleurs de confesser que la Perception, et ce qui en dépend est inexplicable, par des raisons mécaniques, c'està-dire par les figures et par les mouvements. Et, feignant qu'il y ait une machine, dont la structure fasse penser, sentir, avoir perception, on pourra la concevoir agrandie en conservant les mémes proporlions, en sorte qu'on y puisse entrer comme dans un moulin. Et cela posé, on ne trouvera en la visitant au dedans que des piéces qui poussent les unes les autres, et jamais de quoi expliquer une perception. Ainsi c’est dans la substance simple et non dans le composé, ou dans la machine,qu'il la faut chercher. Aussi n'y a-t-il que cela qu'on puisse trouver dans la substance simple, c'est-à-dire les perceptious et leurs changements. C'est en cela seul aussi que peuvent consister toutes Actions internes des substances simples. (Préf.,2, 6.)
48. On pourrait donner le nom d'Entéléchies à toutes les substances simples ou monades créées, car elles ont en elles une certaine perfection (£zouct ro iveeA&), il y a une suffisance (aèräpxatx) qui
les rend sources de leurs actions internes et pour ainsi dire des Automates incorporels.
19. Si nous voulons appeler âmes tout ce qui a Perceptions et Appeétils dans le sens général que je viens d'expliquer, toutes les substances simples ou Monades créées pourraient étre appelées Ames ; mais, comme le sentiment est quelque chose de plus qu'une simple perception, je consens que le nom général de Monades et d’Entéléchies suffise aux substances simples, qui n'auront que cela, et qu'on appelle âmes seulement celles dont la perception est plus distincte et accompagnée de mémoire.
20. Car nous expérimentons en nous-mémes un état, oü nous ne -nous souvenons de rien et n'avons aucune perception distinguée, tomme lorsque nous tombons en défaillance ou quand nous sommes accablés d'un profond sommeil sans aucun songe. Dans cet état, l'âme ne diffère point sensiblement d'une simple monade; mais
comme cet état n'est poiut durable, et qu'elle s'en tire, elle est quelque chose de plus (5 64.)
91. Et il ne s'ensuit point qu'alors la substance simple soit sans aucune perception. Cela ne se peut pas méme, par les raisons susdites; car elle ne saurait périr, elle ne saurait aussi subsister sans quelque affection, qui n'est autre chose que sa perception : mais quand il y a une grande multitude de petites perceptions, où il n'y a rien de distingué, on est étourdi ; comme quand on tourne continuellement d'un méme sens plusieurs fois de suite, où il vient un vertige qui nous peut faire évanouir et qui ne nous laisse rien distinguer. Et là mort peut donner cet état pour un temps aux animaux.
39. Et comme tout présent état d'une substance simple est naturellement une suite de son état précédent, tellement que le présent y est gros de l'avenir (3 360) ;
23. Donc, puisque, réveillé de l'etourdissement, on s'apercoi de ses perceptions, il faut bien qu'on en ait eu immédiatement aupara-
‘ vant, quoiqu'on ne s'en soit point aperçu, car une perception ne saurait venir naturellement que d'une autve perception, comme un mouvement ne peut venir naturellement que d'un mouvement. (38 401,403.)
94. L'on voit par là que, si nous n'avions rien de distingué et pour ainsi dire de relevé, et d'un plus haut goüt dans nos perceptions, nous serions toujours dans l'étourdissement. Et c'est l'état des Mo-
ajades toutes nues.
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95. Aussi voyons-nous que la nature a donné des perceptions relevées aux animaux, par les soins qu'elle a pris de leur fournir des organes, qui ramassent plusieurs rayons de lumière ou plusieurs ondulations de l'air pour les faire avoir plus d'efficace par leur union. Il y a quelque chose d'approchant dans l'odeur, dans le goüt et dans l'attouchement et peut-étre dans quantité d'autres sens qui nous sont inconnus. Et j'expliquerai tantôt, comment ce qui se passe dans l'âme représente ce qui se fait dans les organes.
26. La mémoire fournit une espéce de consécutton aux ámes, qui imite la raison, mais qui doit en étre distinguée. C'est que nous voyons que les animaux ayant la perception de quelque chose qui les frappe et dont ils ont eu la perception semblable auparavant, s'attendent par la représentation de leur mémoire à ce qui y a été joint dans cette perception précédente et sont portés à des sentiments semblables à ceux qu'ils avaient pris alors. Par exemple: quand on montre le báton aux chiens, ils se souviennent de la douleur qu'il leur a causée et crient ct fuient. (Prélim. 8 64) (1).
27. Et l'imagination forte, qui les frappe et émeut, vient ou de la grandeur ou de la multitude des perceptions précédentes. Car souvent une impression forte fait tout d'un coup l'effet d'une longue habitude, ou de beaucoup de perceptions médiocres réitérées.
28. Les hommes agissent comme les bétes en tant que les consécutions de leurs perceptions ne se font que par le principe de la mémoire, ressemblant aux médecins empiriques, qui ont une simple pratique sans théorie, et nous ne sommes qu'empiriques dans les trois quarts de nos actions. Par exemple, quand on s'attend qu'il y aura jour demain, on agit en empirique parce que cela s'est toujours fait ainsi jusqu'ici. Il n'y a que l’astronome, qui le juge par raison.
29. Mais la connaissance des vérités nécessaires et éternelles est ce qui nous distingue des simples animaux et nous fait avoir la Raison et les sciences, en nous élevant à la connaissance de nous-mêmes et de Dieu. Et c'est ce qu'on appelle en nous Ame raisonnable ou Esprit.
30. C'est aussi par la connaissance des vérités nécessaires et par leurs abstractions que nous sommes élevés aux actes réflexifs, qui nous font penser à ce qui s'appelle moi, et à considérer que ceci
(4) Ces Préliminaires sont l'Introduction de la Théodicée : « Discours sur la Conformité de la Foi avec la Raison, »
ou cela est. en nous, et c'est ainsi qu'en pensant à nous, nous pensons à l'Étre, à la Substance, au simple ou au composé, à l'immatériel et à Dieu méme, en concevant quc ce qui est borné en nous est en lui sans bornes. Et ces actes réflexifs fournissent les objets principaux de nos raisonnements. (Théod., Préf. 4, a.)
31. Nos raisonnements sont fondés sur deux grands principes, celui de la contradiction, en vertu duquel nous jugeons faux ce quiest enveloppe, et vrai ce qui est opposé ou contradictoire au faux. (8S 44, 196.)
39. Et celui de la ra: on suffisante, en vertu duquel nous considérons qu'aucun fait ne saurait se trouver vrai ou existant, aucune énonciation véritable, sans qu'il y ait une raison suffisante, pourquoi il en soit ainsi et non pas autrement, quoique ces raisons le plus souvent ne puissent point nous être connues. (SS 44, 196.)
33. Il y a aussi deux sortes de vérités. celles de Raisonnement et celles de Fait. Les vérités de raisonnement sont nécessaires et leur opposé est impossible, et celles de fait sont contingentes et leur opposé est possible. Quand une vérité est nécessaire, on en peut trouver la raison par l'1inalyse, la résolvant en idées et en vérités plus simples, jusqu'à ce qu'on vienne aux primitives. (SS 170, 174, 189, 980, 2892, 367. — Abrégé, obj. 3.)
34. C'est ainsi que, chez les mathématiciens, les théorèmes de spéculation et les canons de pratique sont réduits par l'analyse aux Définitions, Axiomes et Demandes.
35. Et il y a enfin des idées simples, dont on ne saurait donner la définition; il y a aussi des axiomes et demandes, en un mot des principes primitifs, qui ne sauraient être prouvés et n'en ont point besoin aussi, et ce sont les énonciations identiques, dont l'opposé contient une contradiction expresse. (88 36, 37, 44, 45, 49, 52, 194, 122, 337, 340, 444.)
36. Mais la raison suffisante se doit aussi trouver dans les vérités contingentes ou de fait, c'est-à-dire dans Ja suite des choses répandues par l'univers des créatures, où la résolution en raisons particuliéres pourrait aller à un détail sans bornes, à cause de la variété immense des choses de la nature et de la division des corps à l'infini. ll y aune infinité de figures et de mouvements présents et passés, qui entrent dans la cause efficiente de mon écriture présente, et il y à une infinité des petites inclinations et dispositions de mon âme présentes et passées, qui entrent dans la cause finale.
37. Et comme tout ce détail n'enveloppe que d'autres contingents antérieurs ou plus détaillés, dont chacun a encore besoin d'une analyse semblable pour en rendre raison, on n'en est pas plus avancé, et il faut que la raison suffisante ou derniére soit hors de la suite ou séries de ce détail des contingences, quelque infini qu'il pourrait étre.
38. Et c'est ainsi que la derniere raison des choses doit étre dans une substance nécessaire dans laquelle le détail des changements ne soit qu'éminemment, comme dans la source, et c'est ce que nous appelons Dieu. (8 7.)
39. Or cette substance étant une raison suffisante de tout ce détail, lequel aussi est lié par tout, il n'y à qu'un Dieu et ce Dieu suffit.
40. On peut juger aussi que cette substance supréme qui est unique, universelle et nécessaire, n'ayant rien hors d'elle qui en soit indépendant, et étant une suite simple de l'étre possible, doit être incapable de limites et contenir tout autant de réalité qu'il est possible.
41. D'où il s'ensuit que Dieu est absolument parfait, la perfection n'étant autre chose que la grandeur de la réalité positive prise précisément, en mettant à part les limites ou bornes dans les choses qui en ont. Et là, où il n'y a point de bornes, c'est-à-dire en Dieu, la perfection est absolument infinie. (8 22, Préf. 4, «.)
42. Il s'ensuit aussi que les créatures ont leurs perfections de l'influence de Dieu, mais qu'elles ont leurs imperfections de leur nature propre incapable d'étre sans bornes. Car c'est en cela qu'elles sont distinguées de Dieu. Cette imperfection originale des créatures se remarque dans l'inertie naturelle des corps. (8S 20, 27-30, 153, 167, 371 et suiv.) (1).
43. Il est vrai aussi qu'en Dieu est non seulement la source des existences, mais encore celle des essences, en tant que réelles, ou de ce qu'il y a de réel dans la possibilité. C'est parce que l'entendement de Dieu est la région des vérités éternelles ou des idées dont elles dépendent, et que sans lui il n'y aurait rien de réel dans les possibilités, et non seulement rien d'existant, mais encore rien de possible. (3 20.)
44. Car il faut bien que, s'il y a une réalité dans les essences
(1) Ce dernier membre de phrase manque dans le manuscrit autographe, mais a été ajouté par Leibniz dans l'une des copies.
ou possibilités, ou bien dans les vérités éternelles, cette réalité soit fondée en quelque chose d'existant et d'actuel, et par conséquent dans l'existence de l'étre nécessaire, dans lequel l'essence renferme l'existence, ou dans lequel il suffit d'étre possible pour étre actuel. |
45. Ainsi Dieu seul ou l'Étre nécessaire a ce privilège, qu'il faut qu'il existe, s'il est possible. Et comme rien ne peut empécher la possibilité de ce qui n'enferme aucunes bornes, aucune négation et par conséquence aucune contradiction, cela seul suffit pour connattre l'existence de Dieu a priori. Nous l'avons prouvée aussi par la réalité des vérités éternelles. Mais nous venons de la prouver aussi a posleriori, puisque des étres contingents existent, lesquels ne sauraient avoir leur raison derniere ou suffisante que dans l'étre nécessaire, qui a la raison de son existence en lui-méme.
46. Cependant il. ne faut point s'imaginer avec quelques-uns, que les vérités éternelles, étant dépendantes de Dieu, sont arbitraires et dépendent de sa volonté, comme Descartes parait l'avoir pris et puis M. Poiret. Cela n'est véritable que des vérités contingentes, dont le principe est la convenance ou le choix du meilleur, au lieu que les vérités nécessaires dépendent uniquement de son entendement et en sont l'objet interne. (88 180, 184, 185, 335, 351, 380.)
47. Ainsi Dieu seul est l'unité primitive ou la substance simple originaire, dont toutes les monades créées ou dérivatives sont des productions, et naissent, pour ainsi dire, par des Fulgurations continuelles de la divinité de moment à moment, bornées par la réceptivité de la créature à laquelle il est essentiel d’être limite. (SS 382, 391, 394, 398.) |
48. Il y a eii Dieu la Puissance, qui est la source de tout, puis la Connaissance, qui contient le détail des idées, et enfin la Volonté, qui fait les changements ou productions selon le principe du meilleur. (8S8 7, 449, 450.) Et c'est ce qui répond à ce qui dans les Monades créées fait le sujet ou la base, la faculté perceptive et la faculté appétitive. Mais en Dieu ces attributs sont absolument infinis ou parfaits, et dans les monades créées ou dans les entéléchies ou perfectihabiis, comme Hermolaus Barbarus traduisait ce mot, ce n'en sont que des imitations à mesure qu'il y a de la perfection. (3 87.)
49. La créature est dite agir au dehors en tant qu'elle a de la perfection, et pátir d'une autre en tant qu'elle est imparfaite. Ainsi
sub attribue l'action à la Monade en tant qu'elle a des perceptions
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distinctes et la passion en tant qu'elle en a de confuses. (33 32, 66, 386.)
200. Et une créature est plus parfaite qu'une autre en ce qu'on trouve en elle ce qui sert à rendre raison à priori de ce qui se passe dans l'autre, et c'est par là qu'on dit qu'elle agit sur l'autre.
51. Mais dans les substances simples ce n'est qu'une influence idéale d'une monade sur l'autre, qui ne peut avoir son effet que par l'intervention de Dieu, en tant que dans les idées de Dieu une monade demande avec raison que Dieu, en réglant les autres dés le commencement des choses, ait égard à elle. Car, puisqu'une monade créée ne saurait avoir une influence physique sur l'intérieur de l'autre, ce n'est que par ce moyen que l'une peut avoir de la dépendance de l'autre. (33 9, 54, 65, 66, 201. — Abrégé, obj. 3.)
52. Et c'est par là qu'entre les créatures les actions ct passions sont mutuelles. Car Dieu, comparant deux substances simples, trouve en chacune des raisons qui l'obligentà y accommoder l'autre, et par consequent ce qui est actif à certains égards est passif suivant un autre point de considération : actif en tant que ce qu'on connait distinetement en lui sert à rendre raison de ce qui se passe dans un autre, et passif en tant que la raison de ce qui se passe en lui se trouve dans ce qui se connait distinctement dans un autre. (NS 66.) |
33. Or, comme il y a une infinité des univers possibles dans les idees de Dieu et qu'il n'en peut exister qu'un seul, il faut qu'il y ait une raison suffisante du choix de Dieu, qui le détermine à l'un plutót qu'à l'autre. (33 8, 10, 44, 173, 196 et suiv., 225, 411, 4106.)
4, Et cette raison ne peut se trouver que dans la convenance, dans les degrés de perfection que ces mondes contiennent, chaque possible ayant droit de prétendre à l'existence à mesure de la perfection qu'il enveloppe, (8384, 167,350, 901, 430, 352, 343 et suiv., 354.)
5». Et c'est ce qui est la cause de l'existence du meilleur que la sagesse fait connaitre à Dieu, que sa bonté le fait choisir, et que
sa puissance le fait produire. (385 8, 78, 80, 84, 119, 204, 206, 208. — Abrégé, obj. 1, 8.)
50. Or cette liaison ou cet accommodement de toutes les choses créées à chacune, et de chacune à toutes les autres, fait que chaque substance simple a des rapports qui expriment toutes les autres, et qu'elle est par conséquent un miroir vivant perpétuel de l'univers. (S8 130, 360.)
57. Et comme une méme ville regardée de différents cótés parait tout autre et est comme multipliée perspectivement, il arrive de méme que, par la multitude infinie des substances simples, il y a comme autant de différents univers, qui ne sont pourtant que les perspectives d'un seul selon les différents points de vue de chaque monade. | |
58. Et c’est le moyen d'obtenir autant de variété qu'il est possible. mais avec le plus grand ordre qui se puisse, c'est à-dire c'est le moyen d'obtenir autant de perfection qu'il se peut. (SS 120, 124, 241 sqq., 214, 243, 275.)
59. Aussi n'est-ce que cette hypothèse (que j'ose dire démontrée) qui reléve, comme il faut, la grandeur de Dieu ; c'est ce que Monsieur Bayle reconnut, lorsque dans son Dictionnaire (article Rorarius) il y fit des objections, ou méme il fut tenté de croire que je donnais trop à Dieu, et plus qu'il n'est possible. Mais il ne put alléguer aucune raison pourquoi cette harmonie universelle, qui fait que toute substance exprime exactement toutes les autres par les rapports qu'elle y a, füt impossible.
60. On voit d'ailleurs dans ce que je viens de rapporter les raisons a priori pourquoi les choses ne sauraient aller autrement. Parce que Dieu en réglant le tout a eu égard à chaque partie, et particulièrement à chaque monade, dont la nature étant représentative, rien ne la saurait borner à ne représenter qu'une partie des choses; quoiqu'il soit vrai que cette représentation n'est que confuse dans le détail de tout l'univers et ne peut étre distincte que dans une petite partie des choses, c'est-à-dire dans celles qui sont ou les plus prochaines ou les plus grandes par rapport à chacune des monades; autrement chaque monade serait une divinité. Ce n'est pas dans l'objet, mais dans la modification de la connaissance de l'objet, que les monades sont bornées. Elles vont toutes confusément à l'infini, au tout, mais elles sont limitées et distinguées par les degrés des perceptions distinctes.
61. Et les composés symbolisent en cela avec les simples. Car , comme tout est plein, ce qui rend toute la matière liée, et comme dans le plein tout mouvement fait quelque effet sur les corps distants à mesure de la distance, de sorte que chaque corps est affecté non seulement par ceux qui le touchent, et se ressent en quelque facon de tout ce qui leur arrive, mais aussi par leur moyen se ressent de ceux qui touchent les premiers dont il est touché im-
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médiatement: — il s'ensuit que cette communication va à quelque distance que ce soit. Et par conséquent tout corps se ressent de tout ce qui se fait dans l'univers, tellement que celui qui voit tout pourrait lire dans chacun ce qui se fait partout et méme ce qui s'est fait ou se fera, en remarquant dans le présent ce qui est éloigné, tant selon les temps que selon les lieux : séurvotx xavra, disait Hippocrate. Mais une âme ne peut lire en elle-même que ce qui y est représenté distinctement, elle ne saurait développer tout d'un coup ses replis, car ils vont à l'infini.
62. Ainsi, quoique chaque monade créée représente tout l'univers, elle représente plus distinctement le corps, qui lui est affecté particulièrement et dont elle fait l'entéléchie : et comme ce corps exprime tout l'univers par la connexion de toute la matière dans le plein, l’âme représente aussi tout l'univers en représentant le corps, qui lui appartient d'une manière particulière. (S 400.)
63. Le corps appartenant à une monade, qui en est l'entéléchie ou l'âme, constitue avec l'entéléchie ce qu'on peut appeler un vivant, et avec l'âme ce qu'on appelle un animal. Or ce corps d'un vivant ou d'un animal est toujours organique, car toute monade étant un miroir de l'univers à sa mode, et l'univers étant réglé dans un ordre parfait, il faut qu'il y ait aussi un ordre dans le représentant, c'està-dire dans les perceptions de l'àme, et par conséquent dans le corps suivant lequel l'univers y est représenté. (S 403.)
64. Ainsi chaque corps organique d'un vivant est une espéce de machine divine, ou d'un automate naturel, qui surpasse infiniment tous les automates artificiels. Parce qu'une machine, faite par l'art de l'homme, n'est pas machine dans chacune de ses parties. Par exenple, la dent d'une roue de laiton a des parties ou fragments, qui ne nous sont plus quelque chose d'artificiel et n'ont plus rien qui marque de la machine par rapport à l'usage oü la roue était destinée. Mais les machines de la nature, c'est-à-dire les corps vivants, Sont encore machines dans leurs moindres parties jusqu'à l'infini. C'est ce qui fait la différence entre la Nature et l'Art, c'est-à-dire entre l'art divin et le nôtre. (S8 134, 146, 194, 483.)
65. Et l'auteur de la nature a pu pratiquer cet artifice divin et infiniment merveilleux, parce que chaque portion de la matiére n'est pas seulement divisible à l'infini, comme les anciens ont reconnu, mais encore sous-divisée actuellement sans fin, chaque partie en parties, dont chacune a quelque mouvement propre : autrement
il serait impossible que chaque portion de la matiére püt exprimer l'univers. (Prélim. Discours, à 70: Théod., 3 195.)
66. Par où l'on voit qu'il y a un Monde de créatures, de vivants. d'animaux, d'entéléchies, d'ámes dans la moindre partie de la matière.
67. Chaque portion de la matiére peut étre concue comme un jardin plein de plantes, et comme un étang plein de poissons. Mais chaque rameau de la plante, chaque membre de l'animal, chaque goutte de ces humeurs est encore un tel jardin ou un tel étang.
68. EL quoique la terre et l'air interceptés entre les plantes du jardin, ou l'eau interceptée entre les poissons de l'étang, ne soit point plante ni poisson, ils en contiennent pourtant encore, mais le plus souvent d'une subtilité à nous imperceptible.
69. Ainsi il n'y a rien d'inculte, de stérile, de mort dans l'univers. point de chaos, point de confusion, qu'en apparence ; à peu près comme il en paraitrait dans un étang, à une distance dans laquelle on verrait un mouvement confus et grouillement pour ainsi dire de poissons de l'étang, sans discerner les poissons mêmes. (Préf. 5.)
70. On voit par là que chaque corps vivant a une entéléchie dominante qui est l'âme dans l'animal ; mais les membres de ce corps vivant sont pleins d'autres vivants, plantes, animaux, dont chaeun a encore son entéléchie ou son âme dominante.
11. Mais il ne faut point s'imaginer avec quelques-uns, qui avaient mal pris ma pensée, que chaque âme a une masse ou portion de la matiére propre ou affectée à elle pour toujours, et qu'elle posséde par conséquent d'autres vivants inférieurs, destinés toujours à son service. Car tous les corps sont dans un flux perpétuel comme des riviéres, et des parties y entrent et en sortent continuellement.
12. Ainsi l'âme ne change de corps que peu à peu et par degrés, de sorte qu'elle n'est jamais dépouillée tout d'un coup de tous ses organes, eL il y a souvent métamorphose dans les animaux, mais jamais Métempsychose, ni transmigration des âmes : il n'y a pas non plus des âmes tout à fait séparées, ni de Génies sans corps. Dieu seul en est détaché entièrement. (38 90, 134.)
13. C'est ce qui fait aussi qu'il n'y a jamais ni génération entière, ni inort parfaite prise à la rigueur, consistant dans la séparation de l'âme. Et ce que nous appelons générations sont des développements et des accroissements, comme ce que nous appelons morts sont des enveloppements et diminutions.
74. Les philosophes ont été fort embarrassés sur l'origine des
formes, Entéléchies ou Ames: mais aujourd'hui, lorsqu'on s'est aperçu par des recherches exactes, faites sur les plantes, les insectes et les animaux, que les corps organiques dela nature ne sont jamais produits d'un chaos ou d'une putréfaction, mais toujours par des semences dans lesquelles il y avait sans doutequelque préformation, on a jugé que non seulement le corps organique y était déjà avant la conception, mais encore une àme dans ce corps et en un mot l'animal méme, et que par le moyen de la conception cet animal a été seulement disposé à une grande transformation pour devenir un animal d'une autre espèce. On voit méme quelque chose d'approchant hors de la génération, comme lorsque les vers deviennent mouches et que les chenilles deviennent papillons, (88 88, 89. Préf. 5 sqq., SS 90, 187-188, 403, 86, 397.)
15. Les animaux, dont quelques-uns sont élevés au degré des plus grands animaux par le moyen de la conception, peuvent être appelés spermatiques; mais ceux d'entre eux, qui demeurent dans leur espéce, c'est-à-dire la plupart, naissent, se multiplient et sont détruits comme les grands animaux, et il n'y a qu'un petit nombre d'élus, qui passe à un plus grand théâtre.
16. Mais ce n'était que la moitié de la vérité: j'ai donc jugé que, si l'animal ne commence jamais naturellement, il ne finit pas naturellement non plus ; et que non seulement il n'y aura point de génération, mais encore point de destruction entière ni mort prise à la rigueur. Et ces raisonnements faits a posteriori et tirés des expériences s'accordent parfaitement avec mes principes déduits a priori comme ci-dessus. (S 90.)
77. Ainsi on peut dire que non seulement l'âme (miroir d'un univers indestructible) est indestructible, mais encore l'animal méme, quoique sa machine périsse souvent en partie et quitte ou prenne des dépouilles organiques.
18. Ces principes m'ont donné moyen d'expliquer naturellement l'union, ou bien la conformité de l'âme et du corps organique. L'âme suit ses propres lois, et le corps aussi les siennes; et ils se rencontrent en vertu de l'harmonie préétablie entre toutes les substances, puisqu'elles sont toutes des représentations d'un méme univers. (Préf., 36; Theod., 83 340, 352, 353, 358.)
19. Les âmes agissent selon les lois des causes finales par appétitions, fins et moyens. Les corps agissent selon les lois des causes efficientes ou des mouvements. Et les deux régnes, celui des causes
efficientes et celui des causes finales, sont harmoniques entre eux.
80. Descartes a reconnu que les âmes ne peuvent point donner de la force aux corps, parce qu'il y a toujours la méme quantité de force dans la matière. Cependant il a cru que l'àme pouvait changer la direction des corps. Mais c'est parce qu'on n'a point su de son temps la loi de la nature, qui porte encore la conservation de la méme direction totale dans la matière. S'il l'avait remarquée, il serait tombé dans mon système de l'harmonie préétablie. (Préf., SS 22, 59, 60, 61, 62, 66, 345, 346 sqq., 354, 355.)
81. Ce systéme fait queles corps agissent comme si (par impossible) il n'y avait point d'àmes, et que les àmes agissent comme s'il n'y avait point de corps, et que tous deux agissent comme si l'un influait sur l'autre.
82. Quant aux esprits ou âmes raisonnables, quoique je trouve qu'il y a dans le fond la méme chose dans tous les vivants et animaux, comme nous venons de dire (savoir que l'animal et l'áme ne commencent qu'avec le monde et ne finissent pas non plus que le monde), — il y a pourtant cela de particulier dans les animaux raisonnables, que leurs petits animaux spermatiques, tant qu'ils ne sont que céla, ont seulement des ámes ordinaires ou sensitives, mais, dés que ceux qui sont élus, pour ainsi dire, parviennent par une actuelle conception à la nature humaine, leurs ámes sensitives sont élevées au degré de la raison et à la prérogative des esprits. (8& 94, 397.)
83. Entre autres différences qu'il y a entre les âmes ordinaires et les esprits dont j'en ai déjà marqué une partie, il y a encore celle-ci que les âmes en général sont des miroirs vivants ou images de l'univers des créatures, mais que les esprits sont encore images de la Divinité méme, ou de l'Auteur méme de la nature, capables de connaitre le système de l'univers et d'en imiter quelque chose par des échantillons architectoniques, chaque esprit étant comme une petite divinité dans son département. (5 147.)
84. C'est ce qui fait que les esprits sont capables d'entrer dans une maniére de société avec Dieu, et qu'il est à leur égard non seulement ce qu'un inventeur est à sa machine (comme Dieu l’est parrapport aux autres créatures), mais encore ce qu'un prince est à ses sujets et méme un pére à sesenfants.
85. D'où ilest aisé de conclure quel'assemblage detous les esprits doit composer la cité de Dieu, c'est-à-dire le plus parfait état qui soit possible sous le plus parfait des monarques. (Abrégé, obj.)
86. Cette cité de Dieu, cette monarchie véritablement universelle est un monde moral dans le monde naturel, et ce qu'il y a de plus élevé et de plus divin dans les ouvrages de Dieu, et c'est en lui que consiste véritablement la gloire de Dieu, puisqu'il n'y en aurait point si sa grandeur et sa bonté n'étaient pas connues et admirées par les esprits: c'est aussi par rapport à cette cité divine qu'il a proprement de la bonté, au lieu que sa sagesse et sa puissance se montrent partout.
87. Comme nous avons établi ci-dessus une harmonie parfaite entre deux règnes naturels, l'un des causes efficientes, l'autre des finales, nous devons remarquer ici encore une autre harmonie entre le règne physique de la nature et le règne moral de la grâce, c'est-à-dire entre Dieu, considéré comme architecte de la machine de l'univers, et Dieu considéré comme monarque de la cité divine des esprits. (SS 02, 74, 118, 218, 119, 130, 247.)
88. Cette harmonie fait que les choses conduisent à la grâce par les voies mémes de la nature, et que ce globe par exemple doit étre détruit et réparé par les voies naturelles dans les moments que le demande le gouvernement des esprits pour le châtiment des uns et la récompense des autres. (33 18 sqq., 110, 244-945, 340.)
89. On peut dire encore que Dieu comme architecte contente en tout Dieu comme législateur, et qu'ainsi les pechés doivent porter leur peine avec eux par l'ordre de la nature, et en vertu méme de la structure mécanique des choses, et que de méme les belles actions s'attireront leurs récompenses par des voies machinales par rapport aux corps, quoique cela ne puisse et ue doive pas arriver toujours sur-le-champ.
90. Enfin sous ce gouvernement parfait il n'y aurait point de bonne action sans récompense, point de mauvaise sans châtiment, et tout doit réussir au bien des bons, c'est-à-dire de ceux qui ne sont point. des mécontents dans ce grand état, qui se fient à la Providence, aprés avoir fait leur devoir, et qui aiment et imitent, comme il faut, l'auteur de tout bien, se plaisant dansla considération de ses perfections suivant la nature du pur amour véritable, qui fait prendre plaisir à la félicité de ce qu'on aime. C'est ce qui fait travailler les personnes sages et vertueuses à tout ce qui parait conforme à la volonté divine présomptive ou antécédente, et se contenter cependant de ce que Dieu fait arriver effectivement par sa volonté secrete. consequente et décisive, en reconnaissant que, si nous pouvions entendre
PatL JANET, — Leibniz. 1-46
assez l'ordre de l'univers, nous trouverions qu'il surpasse tous les souhaits des plus sages, et qu'il est impossible de le rendre meilleur qu'il est, non seulement pour le tout en général, mais encore pour nous-mémes en particulier, si nous sommes attachés comine il faut à l'auteur du tout, non seulement comme à l'architecte et à la cause efficiente de notre être, mais encore comme à notre Maitre et à la cause finale qui doit faire tout le but de notre volonté, et peut seul faire notre bonheur. (Préf. 4, 8 278.)
L'Europe savante, 1718, nov. art. VI.
1. La substance est un étre capable d'action. Elle est simple ou composée. La substance simple est celle qui n'a point de parties. La composée est l'assemblage des substances simples, ou des monades. Monas est un mot grec, qui signifie l'unité, ou ce qui est un.
Les composés, ou les corps, sont des multitudes ; et les substances simples, les vies, les àmes, les esprits sont des unités. Et il faut bien qu'il y ait des substances simples partout, parce que sans les simples il n'y aurait point de composés; et par conséquent toute la nature est pleine de vie.
9. Les monades, n'ayant point de parties, ne sauraient ètre formées ni défaites. Elles ne peuvent commencer ni finir naturelle- ment; et durent par conséquent autant que l'univers, qui sera changé, mais qui ne sera point détruit. Elles ne sauraient avoir des figures ; autrement elles auraient des parties. Et par conséquent une monade en elle-méme, et dans le moment, ne saurait être discernée d'une autre que par les qualités et actions internes, lesquelles ne peuvent étre autre'chose que ses perceptions (c'est-à-dire les représentations du composé, ou de ce qui est dehors dans le simple), et ses appétitions (c'est-à-dire ses tendances d'une perception à l'autre), qui sont les principes du changement. Car la simplicité de la substance n'empéche point la multiplicité des modifications, qui se doivent trouver ensemble dans cette même substance simple, et elles doivent consister dans la variété des rapports aux choses qui sont au dehors.
C'est comme dans un centre ou point, tout simple qu'il est, se
trouvent une infinité d'angles formés par les lignes qui y concourent.
3. Tout est plein dans la nature. ll y à des substances simples. séparees effectivement les unes des autres par des actions propres, qui changent continuellement leurs rapports ; et chaque substance simple ou monade, qui fait le centre d'une substance composée (comme, par exemple, d'un animal), et le principe de son unicité, est environnée d'une masse composée par une infinité d'autres monades, qui constituent le corps propre de cette monade centrale, suivant les affections duquel elle représente, comme dans unc manière de centre, les choses qui sont hors d'elle. Et ce corps est organique, quand il forme une maniere d'automate ou de machine de la nature, qui est machine non seulement dans le tout. mais encore dans les plus petites parties qui se peuvent faire remarquer. Et comme à cause de la plénitude du monde tout estlié, et chaque corps agit sur chaque autre corps, plus ou moins, selon la distance, et en est affecté par réaction, il s'ensuit que chaque monade est un miroir vivant, ou doué d'action interne, représentatif de l'univers, suivant Son point de vue, et aussi réglé que l'univers même. Ft les perceptions dans la monade naissent les unes des autres par les lois des appétits, ou des causes finales du bien ou du mal qui consistent dans les perceptions remarquables, réglées ou déréglées, comme les changements des corps, et les phénomenes au dehors naissent les uns des autres par les lois des causes efficientes, c'est-à-dire des mouvements. Ainsi il y à. une harmonie parfaite entre les perceptions de la monade et les mouvements des corps, préétablie d'abord entre le système des causes efficientes et celui des causes finales. Et c'est en cela que consiste l'accord et l'union physique de l'áme et du corps, sans que l'un puisse changer les lois de l'autre.
4. Chaque monade, avec un corps particulier, fait une substance vivante. Ainsi il n'y a pas seulement de la vie partout, jointe aux membres ou organes ; mais méme il y a une infinité de degrés dans les monades, lesunes dominant plus ou moins sur les autres. Mais quand la monade a des organes si ajustés que par leur moven il v a du relief et du distingué dans les impressions qu'ils recoivent, et par conséquent. daus les perceptions qui les représentent (comme par exemple, lorsque par le moyen de la figure des humeurs des yeux, les ravons de la lumière sont concentrés et agissent avec plus de force), cela peut aller jusqu'au sentiment, c'est-à-dire jusqu'à une perception accompagnée de mémoire, à savoir, dont un certain
écho demeure longtemps pour se faire entendre dans l’occasion ; et un tel vivant est appelé animal, comme sa monade est appelée une âme. Et quand cette âme est élevée jusqu'à la raison, elle est quelque chose de plussublime, et on la compte parmi les esprits, comme il sera expliqué tantót.
Tt est vrai que les animaux sont quelquefois dans l'état de simples vivants, etleurs âmes dans l'état de simples monades, savoir, quand leurs perceptions ne sont pas assez distinguées, pour qu'on s'en puisse souvenir, comme il arrive dans un profond sommeil sans songes, ou dans un évanouissement; mais les perceptions devenues entièrement confuses se doivent redévelopper dans les animaux par les raisons que je dirai tantót. Ainsi ilest bon de faire distinction entre la perception, qui est l'état intérieur de la monade représentant les choses externes, et l'aperception qui est la conscience, ou la connaissance réflexive de cet état intérieur, laquelle n'est point donnée à toutes les ámes, ni toujours à la méme áme. Et c'est faute de cette distinction que les cartésiens ont manqué, en comptant pour rien les perceptions dont on ne s'apercoit pas, comme le peuple compte pour rien les corps insensibles. C'est aussi ce qui a fait croire aux mémes cartésiens que les seuls esprits sont des monades, qu'il n'y a point d'âme des bêtes, etencore moins d'autres principes de vie. Et comme ils ont trop choqué l'opinion commune des hommes, en refusant le sentiment aux bêtes, ils se sont trop accommodés au contraire aux préjugés du vulgaire, en confondant un long étourdissement, qui vient d'une grande confusion des perceplions avec une mort à la rigueur où toute la perception cesserait ; ce qui a confirmé l'opinion mal fondée de la destruction de quelques âmes, et le mauva ntiment de quelques esprits forts prétendus, qui ont combattu l'immortalité de la nótre.
5. Hl y a une liaison dans les perceptions des animaux qui a. quelque ressemblance avec la raison ; mais elle n'est fondée que dans la mémoire des faits, et nullement dans la connaissance des causes. C'est ainsi qu'un chien fuit le báton dont il a été frappé, parce que la mémoire lui représente la douleur que ce bâton lui a causée. Et les hommes, en tant qu'ils sont empiriques, c'est-à-dire dans les rois quarts de leurs actions, n'agissent que comme des bêtes ; par exemple, on s'attend qu'il fera jour demain, parce que l'on a toujours expérimenté ainsi. ll n'y a qu'un astronome quile prévoie par raison ; et même cette prédiction manquera enfin, quand la cause du
jour, qui n'est point éternelle, cessera. Mais le raisonnement véritable dépend des vérités nécessaires ou éternelles ; comme sont celles de la logique, des nombres, de la géométrie, qui font la. connexion indubitable des idées, et les conséquences immanquables. Les animaux où ces conséquences ne se remarquent point sont appelés bétes; mais ceux qui connaissent ces vérités nécessaires sont proprement ceux qu'on appelle animaux raisonnables, et leurs âmes sont appelées esprits. Ces âmes sont capables de faire des actes réflexifs, et de considérer ce qu'on appelle moi, substance monade, âme, esprit ; en un mot, les choses et les vérités immatérielles. Et c'est ce qui nous rend susceptibles des sciences ou des connaissances démonstratives.
6. Les recherches des modernes nous ont appris, et la raison l'approuve, que les vivants dont les organes nous sont connus, c'est-àdire les plantes et les animaux, ne viennent point d'une putréfaction ou d'un chaos comme les anciens l'on crut, mais de semences préformées, et par conséquent de la transformation des vivants préexistants. ll y a de petits animaux dans les semences des grands, qui, par le moyen de la conception, prennent un revêtement nouveau qu'ils s'approprient, et qui leur donne moyen de se nourrir et de s'agrandir pour passer sur un plus grand théâtre, et faire la propagation du grand animal. ll est vrai que les ámes des animaux spermatiques humains ne sont point raisonnables, et ne le deviennent que lorsque la conception détermine ces animaux à la nature humaine. Et comme les animaux généralement ne naissent point entiérement dans la conception ou génération, ils ne périssent pas entiérement non plus dans ce que nous appelons mort ;car il est raisonnable que ce qui ne commence pas naturellement ne finisse pas non plus dans l'ordre de la nature. Ainsi, quittant leur masque ou leur guenille, ils retournent seulement à un théâtre plus subtil, où ils peuvent pourtant être aussi sensibles et aussi bien réglés que daus le plus grand. Et ce qu'on vient de dire des grands animaux a encore lieu dans la génération et la mort des animaux spermatiques plus petits, à proportion desquels ils peuvent passer pour grands, car tout va à l'infini dans la nature.
Ainsi non seulement les àmes, mais encoreles animaux sont ingénérables et impérissables : ils ne sont que développés, enveloppés, revétus, dépouillés, transformés ; les ámes ne quittent jamais tout leur corps, et nepassent point d'un corps dans un autre corps qui leur soit entiérement nouveau.
Il n'y a donc point de métempsycose, mais il y a métamorphose ; les animaux changent, prennent et quittent seulement des parties : ce qui arrive peu à peu, et par petites parcelles insensibles, mais continuellement, dans la nutrition ; et tout d'un coup, notablement, mais rarement, dans la conception ou dans la mort, qui font acquérir ou perdre tout à la fois.
1. Jusqu'ici nous n'avons parlé qu'en simples physiciens : maintenant il faut s'élever à la métaphysique, en nous servant du grand principe, peu employé communément, qui porte que rien ne se fait sans raison suffisante ; c'est-à-dire que rien n'arrive sans qu'il soit possible à celui qui connaitrait assez les choses de rendre une raison qui suffise pour déterminer pourquoi il en est ainsi, et non pas autrement. Ce principe posé, la première question qu'on a droit de faire sera : Pourquoi il y a plutót quelque chose que rien ? Car le rien est plus simple et plus facile que quelque chose. De plus, supposé que des choses doivent exister, il faut qu'on puisse rendre raison pourquoi elles doivent exister ainsi, et non autrement.
8. Or, cette raison suffisante de l'existence de l'univers ne se saurait trouver dans la suite des choses contingentes, c'est-à-dire des corps et de leurs représentations dans les âmes ; parce que la matière étant indifférente en elle-même au mouvement et au repos, et à un mouvement tel ou autre, on n'y saurait trouver la raison du mouvement, et encore moins d'un tel mouvement. Et quoique le présent mouvement, qui est dansla matière, vienne du précédent, et celuici encore d'un précédent, on n'en est pas plus avancé, quand on irait aussi loin que l'on voudrait ; car il reste toujours la méme question. Ainsi, il faut que la raison suffisante, qui n'ait plus besoin d'une autre raison, soit hors de cette suite des choses contingentes, et se trouve dans une substance, qui en soit la cause, ou qui soit un être nécessaire, portant la raison de son existence avec soi ; autrement on n'aurait pas encore une raison suffisante où l'on püt finir. Et cette dernière raison des choses est appelée Dieu.
9. Cette substance simple primitive doit renfermer éminemment les perfections contenues dans les substances dérivatives qui en sont les effets ; ainsi elle aura la puissance, la connaissance et la volonté parfaites, c'est-à-dire elle aura une toute-puissance, une omniscience et une bonté souveraines. Et comme la justice, prise généralement, n'est autre chose que la bonté conforme àla sagesse, il faut bien qu'il y ait aussi une justice souveraine en Dieu. La rai-
son qui a fait exister les choses par lui, les fait encore dépendre de lui en existant et en opérant : etelles reçoivent continuellement de lui ce qui les fait avoir quelque perfection ; mais ce qui leur reste d'impertection vient dela limitation essentielle et originale de la créature. |
10. 11 s'ensuit de la perfection suprême de Dieu qu'en produisant l'univers il a choisi le meilleur plan possible, où il y a la plus grande variété, avec le plus grand ordre : leterrain, lelieu, le temps les mieux ménagés : le plus d'effet produit par les voies les plus simples : le plus de puissance, le plus de connaissance, le plus de bonheur et de bonté dansles créatures quel'univers en pouvait admettre. Car tous les possibles prétendant à l'existence dans l'entendement de Dieu, à proportion de leurs perfections, le résultat de toutes ces prétentions doit être le monde actuel le plus parfait qui soit possible. Et sans cela il ne serait pas possible de rendre raison pourquoi les choses sont allées plutôt ainsi qu'autrement.
11. La sagesse supréme de Dieu lui a fait choisir surtout les lois du mouvement les mieux ajustées et les plus convenables aux raisons abstraites ou métaphysiques. ll s'y conserve la. méme quantité de la force totale et absolue ou de l'action ; la méme quantité de la force respective ou de la réaction; la même quantité enfin de la force directive. De plus, l'action est toujours égale à la réaction, et l'effet entier est toujours équivalent à sa cause pleine. Et il est surprenant de ce que, par la seule considération des causes efficientes, ou de la matière, on ne saurait rendre raison de ces lois du mouvement découvertes de notre temps, et dont une partie a été découverte par moi-même. Car j'ai trouvé qu'il y faut recourir aux causes finales, et que ees lois ne dependent point du principe dela nécessité comme les vérités logiques, arithmétiques et géométriques ; mais du principe de la convenance, c'est-à-dire du choix de la sagesse. Et c'est une des plus efficaces et des plus sensibles preuves del'existence de Dieu pour ceux qui peuvent approfondir ces choses.
12. Il suit encore de la perfection de l'auteur suprême que non seulement l'ordre de l'univers entier est le plus parfait qui se puisse, mais aussique chaque miroir vivant représentant l'univers suivant son point de vue, c'est-à-dire que chaque monade, chaque centre substantiel, doit avoir ses perceptions et ses appétits les mieux réglés, qu'il est compatible avec tout le reste. D'oü il s'ensuitencore que les âmes, c'est-à-dire les monades les plus dominantes, ou plutôt les
animaux, ne peuvent manquer de se réveiller de l'état d'assoupissement, où la mort ou quelque autre accident les peut mettre.
13. Car tout est réglé dans les choses une fois pour toutes avec autant d'ordre et de correspondance qu'il est possible ; la supréme sagesse et bonté ne pouvant agir qu'avec une parfaite harmonie. Le présent est gros de l'avenir : le futur se pourrait lire dans lc passé ; l'éloigné est exprimé dans le prochain. On pourrait connaitre la beauté de l'univers dans chaque âme, si l'on pouvait déplier tous ses replis, qui ne se développent sensiblement qu'avec le temps. Mais, comme chaque perception distinete de l'âme comprend une infinité de perceptions confuses qui enveloppent tout l'univers, l'àime méme ne connait les choses dont elle a perception qu autant qu'elle en a des perceptions distinctes et relevées ; et elle a de la perfection à mesure de ses perceptions distinctes,
Chaque âme connait l'infini, connait tout, mais confusément. Comme en me promenant sur le rivage dela mer, et entendant le grand bruit qu'elle fait, j'entends les bruits particuliers de chaque vague, dont le bruit total est composé, mais sans les discerner ; nos perceptions confuses sont le résultat des impressions que tout l'univers fait sur nous. ll en est de méme de chaque monades. Dieu seul a une connaissance distincte de tout ; car il en est la source. On a fort bien dit qu'il est comme centre partout ; mais que sa circonférence n'est nulle part, toutlui étant présent. immédiatement, sans . aucun éloignement de ce centre.
41. Pour ce qui est de l'âme raisonnable ou de l'esprit, il y a quelque chose de plus que dans les monades, ou méme dans les simples âmes. Il n'est pas seulement un miroir de l'univers des créatures, mais eneore une image de la divinité. L'esprit n'a pas seulement une perception des ouvrages de Dieu ; mais il est même capable de produire quelque chose qui leur ressemble, quoiqu'en petit. Car, pour nc rien dire des merveilles des songes, oü nous inventons sans peine, et sans en avoir même la volonté, des choses auxquelles il faudrait penser longtemps pour les trouver quand on veille ; notre âme est architectonique encore dans les actions voloataires, et, découvrant les sciences suivant lesquelles Dieu a réglé les choses (pondere, mensura, numero), elle imite dans son département et dans son petit monde, où il lui est permis de s'exercer, ce que Dieu fait dans le grand.
15. C'est pourquoi tous les esprits, soit des hommes, soit des gé-
nies, entrant en vertu de la raison et des vérités éternelles dans une espèce de société avec Dieu, sont des membres de la cité de Dieu, c'est-à-dire du plus parfait état, formé et gouverné par le plus grand et le meilleur des monarques : où il n'y a point de crime sans châtiment, point de bonnes actions sans récompense proportionnée ; et enfin autant de vertu et de bonheur qu'il est possible ; et cela non pas par un dérangement de la nature, comme si ce que Dieu prépare aux âmes troublait les lois des corps, mais par l'ordre méme des choses naturelles, en vertu de l'harmonie préétablie de tout temps entre les régnes de la nature et de la grâce, entre Dieu comme architecte, et Dieu comme monarque; en sorte que la nature mene à la grâce, et que la grâce perfectionne la natureen s'en servant.
16. Ainsi, quoique la raison ne nous puisse point apprendre le détail du grand avenir réservé à la révélation, nous pouvons être. assurés par cette méme raison que les choses sont faites d'une manière qui passe nos souhaits. Dieu étant aussi la plus parfaite et Ja plus heureuse, et par conséquent la plus aimable des substances, et l'amour pur véritable consistant dans l'état qui fait goûter du plaisir dans les perfections et dans la félicité de ce qu'on aime, cet amour doit nous donner le plus grand plaisir dont on puisse étre capable, quand Dieu en est l'objet.
17. Et il est aisé de l'aimer comme il faut, si nous le connaissons comme je viens de dire. Car, quoique Dieu ne soit point sensible à nos sens externes, il ne laisse pas d’être très aimable, et de donner un tres grand plaisir. Nous voyons combien les honneurs font plaisir aux hommes, quoiqu'il ne consiste point dans les qualités des sens extérieurs.
Les martyrs etles fanatiques, quoique l'affection de ces derniers soit mal réglée, montrent ce que peut le plaisir de l'esprit ; et, qui plus est, les plaisirs mêmes des sens se réduisent à des plaisirs intellectuels confusément connus.
:La musique nous charme, quoique sa beauté ne consiste que dans les convenances des nombres, et dans le compte, dont nous ne nous apercevons pas, et que l'âme nelaisse pas de faire, des battements ou vibrations des corps sonnants, qui se rencontrent par certains intervalles. Les plaisirs que la vue trouve dans les proportions sont de la méme nature ; et ceux que causent les autres sens reviendront à quelque chose de semblable, quoique nous ne puissions pas l'expliquer si distinctement.
18. On peut méme dire que dés à présent l'amour de Dieu nous fait jouir d'un avant-goüt de la félicité future. Et quoiqu'il soit désintéressé, il fait par lui-même notre plus grand bieu et intérét, quand méme on ne l'y chercherait pas, et quand on ne considércrait que le plaisir qu'il donne, sans avoir égard à l'utilité qu'il produit ; car il nous donne une parfaite confiance dans la bonté de notre auteur et maitre, laquelle produit une véritable tranquillité de l'esprit ; non pas comme chez les stoiciens résolus à une patience par force, mais par un contentement présent, qui nous assure méme un bonheur futur. Ft, outre le plaisir présent, rien ne saurait être plus utile pour l'avenir, car l'amour de Dieu remplit encore nos espérances, ct nous mene dans le chemin du supréme bonheur, parce qu'en vertu du parfait ordre établi dans l'univers toutest fait le mieux qu'il est possible, tant pour le bien général que pour le plus grand bien particulier de ceux qui en sont persuadés, et qui sont contents du divin gouvernement ; ce qui ne saurait manquer dans ceux qui savent aimer la source de tout bien. 11 est vrai que la suprême félicité, de quelque vision béatifique, ou connaissance de Dieu, qu'elle soit accompagnée, ne saurait jamais étre pleine; parce que Dieu étant infini, il ne sau-
ait étre connu entierement.
Ainsi notre bonheur ne consistera jamais et ne doit point consister dans une pleine jouissance, où il n'y aurait plus rien à désirer et qui rendrait notre esprit stupide ; mais dans un progrès perpétuel à de nouveaux plaisirs et de nouvelles perfections.