Je dirai par occasion, que M. Bayle rapporte (p
(1) Orobio a écrit contre le second ouvrage de Bredenbourg : Refutatio demonstrationum Joh. Bredenbourg, petit écrit imprimé à la suite de la prétendue Réfutation de Boulainvil liera. P. J.
(2) De Limborchy théologien arminien, né à Amsterdam en 1633, mort dans cette ville en 1712. Il a publié : Prœstantium inter Remonsirantes virorum epislola Uœologicz ; — Theologia Christiana ; — Arnica coUatio cum erudito Judxo de veritate religionis christianœ. P. J.
(3) De Versé (Aubert), né au Mans, de parents catholiques, converti à la religion protestante, et reconverti en 1690 à la religion catholique, mort à Paris en 1714. On a de lui : L'Impie convaincu, dissertation contre Spinosa ; — L'Antisocinien. P« J-
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l'opinion de ceux qui croient que le livre intitulé, Lucii Antistii Constantis de jure Ecclesiasticorum liber singularis, publié en 1665, est de Spinosa; mais que j'ai lieu d'en douter, quoique M. Colerus, qui nous a donné une relation qu'il a faite de ce juif célèbre, soit aussi de ce sentiment. Les lettres initiales L. A. C. me font juger que l'auteur de ce livre a été M. de la Court ou Van den Hoof (1), fameux par Y Intérêt de la Hollande, la Balance politique, et quantité d'autres livres qu'il a publiés (en partie en s'appelant V. D. H.), contre la puissance du gouverneur de Hollande, qu'on croyait alors dangereuse à la république, la mémoire de l'entreprise du prince Guillaume II, sur la ville d'Amsterdam étant encore toute fraîche. Et comme la plupart des ecclésiastiques de Hollande étaient dans le parti du fils de ce prince, qui était mineur alors, et soupçonnaient M. de Witt, et ce qu'on appelait la faction de Louvestein, de favoriser les arminiens , les cartésiens et d'autres sectes qu'on craignait encore davantage ; tâchant d'animer la populace contre eux, ce qui n'a pas été saQs effet, comme l'événement l'a bien fait voir; il était fort naturel que M. de la Court publiât ce livre. Il est vrai qu'on garde rarement un juste milieu dans les ouvrages que l'intérêt de parti fait donner au public. Je dirai en passant, qu'on vient de publier une version française de l'intérêt de la Hollande de M. de la Court, sous le titre trompeur de Mémoires de M. le grand pensionnaire de W ritt9 comme si les pensées d'un particulier, qui était en effet du parti de de Witt, et habile, mais qui n'avait pas assez de connaissance des affaires publiques, ni assez de capacité, pour écrire comme aurait pu faire ce grand ministre d'Etat, pouvaient passer pour des productions de l'un des premiers hommes de son temps.
376. Je vis M. de la Court, aussi bien que Spinosa, à mon retour de France, par l'Angleterre et par la Hollande, et j'appris d'eux quelques bonnes anecdotes sur les affaires de ce
(1) Van den Hoof, ou Hoven, ou De la Court (Pierre ou Emmanuel). — On a de lui : Polilike Weegschaal (La Balance politique), 1660 ; — Politike reflexien, Amst., in-8° ; — Interesl van Hollande , 1669, in-4®, etc. P. J.
temps-là. M. Bayle dit, p. 2770, que Spinosa étudia la langue latine sous un médecin, nommé François Van den Ende; et rapporte en même temps après M. Sebastien Kortholt (1) (qui en parle dans la seconde édition du livre de feu M. son père, « de Tribus Impostoribus, HerbertoL. B. de Cherbury, » Hobbioet Spinosa) » qu'une fille enseigna le latin à Spinosa, et qu'elle se maria ensuite avec M. Kerkering, qui était son disciple en même temps que Spinosa. Là-dessus je remarque que cette demoiselle était fille de M. Van den Ende, et qu'elle soulageait son père dans la fonction d'enseigner. Van den Ende, qui s'appelait aussi A finibus9 alla depuis à Paris, et y tint des pensionnaires au faubourg Saint- Antoine. Il passait pour excellent dans la didactique, et il me dit, quand je l'y allai voir, qu'il parierait que ses auditeurs seraient toujours attentifs à ce qu'il dirait. Il avait aussi alors avec lui une jeune fille qui parlait latin, et faisait des démonstrations de géométrie. Il s'était insinué auprès de M. Arnaud; et les jésuites commençaient d'être jaloux de sa réputation. Mais il se perdit un peu après, s'étant mêlé de la conspiration du chevalier de Rohan.
377. Nous avons assez montré, ce semble, que ni la prescience, ni la providence de Dieu ne sauraient faire tort ni à sa justice et à sa bonté, ni à notre liberté. Il reste seulement la difficulté qui vient du concours de Dieu avec les actions de la créature, qui semble intéresser de plus près, et sa bonté, par rapport à nos actions mauvaises, et notre liberté, par rapport aux bonnes actions, aussi bien qu'aux autres. M. Bayle Ta fait valoir aussi avec son esprit ordinaire. Nous tâcherons d'éclaircir les difficultés qu'il met en avant, et après cela nous serons en état de finir cet ouvrage. J'ai déjà établi, que le concours de Dieu consiste à nous donner continuellement ce qu'il y a de réel en nous et en nos actions, autant
(1) Kortholt (Sébastien), fils de Christian Kortholt, célèbre théologien protestant (1633-1694), naquit à Kiel eu 1670, mourut en 1740. — On a de lui : Disquisitio de enthusiasmo poetico (Kiel, 1696, in-fol.) ; — De Poetis épiscopis(ib., 1699, in-4°) ; — De Puellis poeticis (/&., 1700)-; — De Studio senili (1701, in-4°, etc.) ; et autres dissertations littéraires. P. J.
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qu'il enveloppe de la perfection ; mais que ce qu'il y a làdedans de limité et d'imparfait, est une suite des limitations précédentes, qui sont originairement dans la créature. Et comme toute action de la créature est un changement de ses modifications, il est visible que l'action vient de la créature par rapport aux limitations ou négations qu'elle renferme, et qui se trouvent variées par ce changement.
378. J'ai déjà fait remarquer plus d'une fois dans cet ouvrage, que le mal est une suite de la privation, et je crois avoir expliqué cela d'une manière assez intelligible. Saint Augustin a déjà fait valoir cette pensée, et saint Basile a dit quelque chose d'approchant dans son Hexaëmeron, Homil. 2, « que le vice n'est pas une substance vivante et animée, mai* » une affection de l'âme contraire à la vertu, qui vient de ce » qu'on quitte le bien; de sorte qu'on n'a point besoin de » chercher un mal primitif. » M. Bayle rapportant ce passage dans son dictionnaire (artic. Pauliciens,let. D. p. 2325), approuve la remarque de M. Pfanner (1) (qu'il appelle théologien allemand, mais il est jurisconsulte de profession, conseiller des ducsde Saxe), qui blâme saintBasile, de ne vouloir pas avouer que Dieu est l'auteur du mal physique. Il l'estsans doute, lorsqu'on suppose le mal moral déjà existant ; mais absolument parlant, on pourrait soutenir que Dieu a permis le mal physique par conséquence, en permettant le mal moral qui en est la source. 11 paraît que les stoïciens ont aussi connu combien l'entité du mal est mince. Ces paroles d'Épictète le marquent : Sicut aberrandi causa meta non ponitur, sic nec natura mali in mundo existit.
379, On n'avait donc point besoin de recourir à un principe du mal, comme saint Basile l'observe fort bien. On n'a pas non plus besoin de chercher l'origine du mal dans la matière. Ceux qui ont cru un chaos, avant que Dieu y ait mis la main, y ont cherché la source du dérèglement. C'était une opinion
(I) Pfanner (Tobio), jurisconsulte et théologien protestant, né à Augsbourg en 1641, mort en 1726. Il a écrit entre autres ouvrages : Historia pacis Weslphalix; — Systema theologiœ purioris, etc. p. J.
que Platon avait mise dans son Timée. Aristote l'en a blâmé (dans son 3e livre du Ciel, chap. n), parce que, selon cette doctrine, le désordre serait original et naturel, et Tordre serait introduit contre la nature. Ce qu'Anaxagore (1) a évité, en faisant reposer la matière jusqu'à ce que Dieu l'a remuée ; et Aristote l'en loue au même endroit. Suivant Plutarque (de Iside et Osiride, et Tr. de animœ procreatione ex Timœo), Platon reconnaissait dans la matière une certaine âme ou force malfaisante, rebelle à Dieu : c'était un vice réel, un obstacle aux projets de Dieu. Les stoïciens aussi ont cru que la matière était la source des défaits, comme Juste Lipse l'a montré dans le premier livre de la Physiologie des stoïciens.
380. Aristote a eu raison de rejeter le chaos; mais il n'est pas aisé toujours de bien démêler le sentiment de Platon, et encore moins celui de quelques autres anciens dont les ouvrages sont perdus. Kepler, mathématicien moderne des plus excellents, a reconnu une espèce d'imperfection dans la matière, lors même qu'il n'y a point de mouvement déréglé : c'est ce qu'il appelle son inertie naturelle, qui lui donne une résistance au mouvement, par laquelle une plus grande masse reçoit moins de vitesse d'une même force. Il y a de la solidité dans cette remarque, et je m'en suis servi utilement ci-dessus pour avoir une comparaison qui montrât comment l'imperfection originale des créatures donne des bornes à l'action du créateur, qui tend au bien. Mais comme la matière est elle-même un effet de Dieu, elle ne fournit qu'une comparaison et un exemple, et ne saurait être la source même du mal et de l'imperfection. Nous avons déjà montré que cette source se trouve dans les formes ou idées des possibles; car elle doit être éternelle, et la matière ne l'est pas. Or Dieu ayantfait toute réalité positivequi n'est pas éternelle, il aurait
(1) Anaxagore de Clazomène florissait vers l'an 500. Il fut, dit-on, le maître de Périclès : accusé d'impiété, il fut exilé d'Athènes, et il mourut h Lampsaque en 426. — Il est un des premiers philosophes qui aient écrit. — Il ne nous reste que des fragments réunis sous ce titre : Anaxagorx Clazomenti fragmenta, in-8°, Leipzig, 1827. P. J.
fait la source du mal, si elle ne consistait pas dans la possibilité des choses ou des formes, seule chose que Dieu n'a point faite, puisqu'il n'est point auteur de son propçe entendement.
381 . Cependant, quoique la source du mal consiste dans les formes possibles, antérieures aux actes de la volonté de Dieu; il ne laisse pas d'être vrai que Dieu concourt au mal dans l'exécution actuelle qui introduit ces formes dans la matière : et c'est ce qui fait la difficulté dont il s'agit ici. Durand deSaint-Portien, lecardinal Aureolus, Nicolas Taurellus, le Père Louis de Dole, M. Bernier, et quelques autres, parlant de ce concours, ne l'ont voulu que général, de peur de faire du tort à la liberté de l'homme et à la sainteté de Dieu. Il semble qu'ils prétendent que Dieu ayant donné aux créatures la force]d'agir, se contente de la conserver. De l'autre côté, M. Bayle, après quelques auteurs modernes, porte le concours de Dieu trop loin ; il parait craindre que la créature ne soit pas assez dépendante de Dieu. Il va jusqu'à refuser l'action aux créatures; il ne reconnaît pas même de distinction réelle entre l'accident et la substance.
382. Il fait surtout grand fonds sur cette doctrine reçue dans les écoles, que la conservation est une création continuée. En conséquence de cette doctrine, il semble que la créature n'existe jamais, et qu'elle est toujours naissante et toujours mourante, comme le temps, le mouvement, et autres êtres successifs. Platon l'a cru des choses matérielles et sensibles, disant qu'elles sont dans un flux perpétuel, semper fluunt, nunquam sunt. Mais il a jugé tout autrementdes substances immatérielles, qu'il considérait comme seules véritables : en quoi il n'avait pas tout à fait tort. Mais la création continuée regarde toutes les créatures sans distinction. Plusieurs bons philosophes ont été contraires à ce dogme, et M. Bayle rapporte que David du Rodon, philosophe célèbre parmi les Français attachés à Genève, Ta réfuté exprès. Les Arminiens aussi ne l'approuvent guère, ils ne sont pas trop pour ces subtilités métaphysiques. Je ne dirai rien des sociniens, qui les goûtent encore moins.