‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 2)Chapitre 106 sur 144 · CLIX · texte numérisé non relu

CLIX

Lorsque, par ces moyens doux çt faciles, un enfant commence à savoir lirç , il faut lui mettre

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entre les mains quelque joli livre proportionné à sa capacité, dans lequel il trouve des choses qui puissent l'attacher, et le récompenser* de la peine qu'il prend de le lire , mais qui ne soient pourtant pas de telle nature qu'elles lui remplissent la tête d'idées tout-à-&it creuses, de principes corrompus ou de pures bagatelles. Dans cette vue, je crois qu'on ne '.peut lui donner un meilleur livre que \es fables d' Ésope ^ qui, étant propres à divertir et à occuper l'esprit d'un enfant, peuvent pourtant fournir de bonnes réflexions à un homme fait; et s'il les conserve dans sa mémoire tout le reste de sa vie, il ne sera pas fâché qu'elles lui reviennent dans Tesprit, lorsqu'il sera occupé de pensées graves et de ses plus sérieuses affaires. Si , d'ailleurs ^ chaque fable est représentée par une figure dans le livre qu'on lui donnera, cela lui plaira beaucoup plus , et l'encouragera à lire , parce qu'il servira à étendre ses connaissances : car c'est en vain qu'on parle aux enfants de ces sortes d'objets invisibles; ils ne sont point touchés de ces discours , ils n'y prennent aucun plaisir pendant qu'ils n'ont aucune idée des objets mêmes; et ces idées ne peuvent être excitées dans leur esprit par le son des paroles, mais par les choses elles-mêmes ou par leurs images. Je serais donc d'avis que , dès qu'un enfant commence à éf^

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1er, on lui fit voir autant de figures d'animaux qu'on en pourrait trouver avec leurs noms imprimés tout auprès , ce qui l'engagera à lire , et lui donnera* en même temps occasion de vous faire des questions, et d'apprendre quelque chose. Il y a un livre anglais, intitulé (i) Reynard the Fox y qui pourrait servir, si je ne me trompe, pour le même dessein. Au reste, si ceux qui sont auprès d'un enfant lui parlent souvent des

(i) C'est une histoire allégorique où sont représentés la plupart des défauts des hommes sous l'image des bêtes, et sur-tout du renard, l'un des principaux personnage^. La morale deceliyre est bonne. Dans les plus anciennes éditions, tout y était d'une naïveté charmante, les pensées et le style; mais on ne trouve plus chez les libraires que de nouvelles éditions où tout a été défiguré par quelque misérable écrivain qui, prétendant réformer cet ouvrage, Ta rempli de pensées extravagantes, d'expressions vagues et ampoulées , qui ne peignent rien à l'esprit. Au reste je ne crois pas que ce livre ait été traduit en français. Si l'on prend la peine* d'expliquer aux enfants les fables de La Fontaine, qu'on pourra leur faire entendre bientôt après qu'ils sauront lire, s'ils sont français; voilà le livre qu'on doit leur mettre entre les mains. L'agréable y est si bien mêlé avec l'utile ^ que qui l'entend , ne peut que le goûter ; et si un enfant prend une fois du plaisir à le lire, il y trouvera toujours de nouveaux charmes, à mesure qu'il avancera en Âge, jusqu'à sa dernière vieillesse; car il contient , cet excellent ouvratt,

Id qnod

^què pauperibus prodest , locupletibiu «que ; .£què neglectnm pueris , senibiuque nocebit.

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histaires qu'il a lues, et qu'ils les lui entendent raconter y outre d'autres avantages qu'il en reti* rera, il deviendra par-ià plus passionné pour la lecture, voyant qu'elle lui procure de Futilité et du plaisir; ce qui dans la méthode communément établie n'arrive que fort tard , k mon avis. De là vient que les enfants ne regardent les livres que comme -des amusements autorisés par la mode, ou comme des embarras frivoles qui ne sont absolument d'aucun usage.

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