‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 2)Chapitre 107 sur 144 · S CLX · texte numérisé non relu

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Un enfant ne doit pas apprendre par cœur, et apprendre à lire tout -à- la-fois.

Il est nécessaire qu'un enfant apprenne bien par cœur V oraison dominicale , le symbole des Apôtres^ et les dix commandements de Dieu: mais je ne serais pas d'avis qu'il les apprii en les lisant lui-même dans un livre, mais en les entendant réciter par quelqu'un qui les lui répétât avant même qu'il sût lire. Il ne faudrait pas , ce me semble , qu'il apprît par cœur , et qu'il apprit k lire en même temps. Ces deux choses ne devraient point être mêlées ensemble, d^ peur que l'une n'arrêtât les progrès de l'autre; et il faudrait faire en sorte qu'un enÊint apprît à lire avec le moins de peine qu'il est^ sible.

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Je ne sais quels autres livres anglais fl y a, de L'espèce de ceux dont nous venons de parler, qui soient propresà la lecture. Mais je suis tenté de croire que les en&ntd , ayant été généralement assujet^s à la méthode étaMîe dans les écoles, où ils n apprennent rien que. par la cramte de la verge , sans qu'aucun plaisir les y invite, ces sortes de bons4ivres^ confondus avec tant de mauvais de toute espèce, ont eu le malheur d'être négligés, et ainsi l'on n'a fait usage d'aucun livre de ce genre que je sache , excepté Va,b,c, quelques livres de prières, les Psaumes , le nouveau Testament et la ^ble.

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Il ne faut pas faire lire aux enfants tous les labres de la Bible indifféremment.

Pour ce qui est de la Bible ^ dont on se sert ordinairement pour exercer les enfants à la lecture, et pour les y rendre plus habiles, je crois qu'il est si peu utile de les faire lire indifférem^^ ment ce livre tout de suite chapitre après cha« pitre, soit pour lés perfectionner Bans la lecture, soit pour leur enseigner les principes de leur religion, qu'il n'y a peut-être rien qui y soit moins propre : car quel plaisir peut prendre un enfant de lire dans ua livre , je ne sais corn-»

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bien d'endroits où il n'entend rien? Or, combioi peu de choses y a-t-il dans les lois de Moise^ dans le Cantique des cantiques, dans les Prophéties du vieux Testament, dans les ÉpUres et dans V apocalypse du nouveau, qui soient proportionnées à la capacité d'un enfant ! Et quoique dans les quatre $lvang^les et dans les Actes des Apôtres il y ait quelque chose de plus aisé à comprendre, cependant, à tout prendre, ces livres sont fort au-dessus de l'intelligence des enfants. Je conviens que les principes de la religion doivent être tirés de ces livrée , et dans les propres termes qu'ont employés leurs divins auteurs; mais on ne devrait proposer aux enfants aucun principe de religion, qui ne soit proportionné aux notions et à la capacité de leur esprit. Cela étant, il s'en faut bien qu'un enfant doive lire "toute la Bible pour s'exercer à la lecture , car quel étrange chaos de pensées ne doit-il pas y avoir dans l'esprit d'un enfant ( supposé qu'il ait une idée entièrement juste de quelque point particulier de religion ) , s'il lit dans sa tendre jeunesse fous les endroits de la Bible indifféremment, comme la parole de Dieu, sans aucune autre distinction ? Pour moi , je suis fort tenté de croire que c'a été là la véritable raison pour laquelle certaines gens n'ont eu de leur vie des pensées claires et distjuictes de la religion.

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§ CLXIL

Quels endroits de V Écriture on peut faire lire aux

enfants.

Mais puisque je suis tombé par hasard sur ce sujet, permettez-moi de vous dire qu'il y a quelques parties de l'Écriture sainte très -propres à être mises entre les mains des enfants pour

leur Élire aimer la lecture : telle est l'histoire

de Joseph et de ses frères; celle de David et de Goliath , de David et de Jonathas , etc. , et d'autres choses qu'on devrait leur faire lire pour leur instruction , comme est , par exemple , cette maxime de Jésus-Christ (i) : Agissez envers les hommes comme vous voudriez qu'ils agissent enr vers vous; et tels autres préceptes de morale^ clairs et faciles à comprendre, qui, étant choisis à propos , peuvent être souvent employés tant pour instruction des enfants que pour les exercer à la lecture ; car par- là ces préceptes venant à se fixer entièrement dans leur mémoire, l'on pourra dans la suite , à mesure qu'un enfant est assez judicieux pour les bien comprendre, les lui inculquer dans des occasions convenables , comme les règles constantes et sacrées de sa

(i)AIatth.yiI, m.

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vie et de ses actions. Mais que des enfants Usent toute l'Écriture indifFéremment, c'est, je crois, ce qui n'est propre qu'à les embarrasser, jusqu'à ce qu'ayant été instruits de ce qu elle renferme de plus esfentiel, ils aient en quelque sorte une idée générale des choses qu'ils doivent principalement croire et pratiquer; quoîqu'au reste il soit, je pense, absoîument nécessaire qu'ils reçoivent ces choses dans les mêmes termçs qi^'eHes sent exprimées dans TÉcriture sainte, et non de la inanière que des honnnes^ entêtés de certains systèmes et analogies de foi, prétendent les exprimer, jusqu'à vouloir forcer les autres à- se servir de leurs expressions. Pour éviter cet inconvénient, le docteur Worthington a fait (i) un catéchisme tkmt toutes les répanses

(i) Nous n'avoos point d*ouvrafe de cette espèce em. £rançais. Mais, pour dire ceci eu passant, il me semble qu'on théologien peut fort bien composer un tel catécLîsme où il fera entrer tout les 4ogiiie9 de son parti, soit qu'as soient fondés ou non sur des passives ftpaaris de rÉortlwDe sainte. Les réponses ont beau être tirées de rÉcrîture, la question à quoi on les fait servir en déterminera toujours le sens, selon l'intention de celui qui propose la question, sur-tout puisqu'il presd la liberté de A'ÎDAérer dans Ja réponse qu'autant de. paroles de TËcriture qu'il Urouve à propos. Ainsi je doute que de tels cathéchismes puissent remédier absolument à rincônvëhient dont parle M. Locke, à moins qu'on n'y fasse entrer que des articles de foi non controversés, que tous

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sont composées des propres termes de l'Écriture. C'est une chose bien digne d'être imitée; car enfin un tel catéchisme est composé de paroles si solides , qu'aucun chrétien ne peut nier qu'il ne soit bon que son enÊtnt commence à l'apprendre dès qu'il sait par cœur l'oraison do<^ minîcale ^ le symbole des Apôtres et les dix commandements de Dieu. On peint lui en faire apprendre une question chaque jour, ou chaque semaine, selon qti'il a la conception vive et la mémoire heureuse. Après qu'il aura Uen appris ce catéchisme , de sorte qu'il puisse répondre promptement et nettement à toutes les ques-*lions qui y sont contenues, on fera bien de lui iuculquer les préceptes de morale répandus dans la Bible comme ce qui mérite le pkts d'exercer sa mémoire, et qui peut lui tenir lieu d'une règle générale dont il pourra se servir durant tout le cours de sa vie.

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