DS BONNE MAISON
S ccviii.
Un gentilkàmtkè dôtt apprendre un Méâèr.
J'ai une autre chose à ajouter que je n'aurai pas plutôt proposée, que je dois craindre qu'on ne i^'imagine que j'ai oublié le sujet de cet ouvrage, et ce que j'ai dit cî^dessus, qu'en traitant de l'éducation , je n'avais dessein de parler que de ce qui regarde la profession d'un gentilhomme, avec laquelle un 'métier semble être tout-à-fait incompatible; et cependant je ne saurais m'empêcher de dire que je crois qu'un gentilhomme devrait apprendre un métier, j'entends un métier mécanique qui a besoin du travail de la main; je serais même d'avis qu'il en apprît deux ou trois, mais un seul plus particulièrement.
i CCIX.
Et pourquoi.
Cdmtne Ton doit toii^'ours tourner Thameur agissante des enfants vers quelque objet qui puisse leur être utile, on peut ici avoir égard à âeux tortes d'utilité. Il faut cotisidérer, en pre^ nfier lieu, si l'habileté qu'on acquiert par l'exér-^ oice^ e6t estimable en elle «^ même. Cela posé, les langtiBB et tes stiences .)ne sont pas les seules choses dignes de l'application des hommes : l'art de peindre, de tourner, de jsrdiner, de trem-^ per le fer, et de le travailler; eu un mot, tous les arts utiles à la société méfitent aussi qu'on s'y rèkid^ habile^ On peut examitier outiie/celÀ si TeKercice^ «considéré purement tm liii-^méine, n'est pas nécessaire ou utile à la santé. Il y a certaines ohqses dont la connaissance est si né^ cessaire aux ienliuits tandis x}u'ils soût jeui^S:^ qu'ils doivent employer une partie de leur temps à les apprendre , quoique <;es occupations ne contribuent point du tout à \t\ïx santé ; tel est le soin de lire et d'écrire > et toutes leurs autres études sédentaires, qui ne tendent qu'à perfectionner l'esprit , et dont i>n ne peut dispènser des enfants de bonne maison, dès qu'ib sont en état de s'y appliquer. Mais il y « de^ métiers
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* qu'on afiprend et qu'on pratique en faisant usige des forces du corps, et qui, par cet ei^ercice, contribuent , non^eulement & nous rendre plus adroits, mais aussi plus sains et plus vigoureux; de ce nombre sont ^ur-ptout cei;ix qu'on est obligé d'exercer en plein air. C'est donc quelques-uns de ces métiers qu'on devrait* chgisir pour les faire servir de divertissement . aux enfants qui doivent employer ;la meilleure partie de leur teinps & l'étude. Mais dans ce choix il &ut avoir égard à leur âge et à leur inclination particulière ^ et éviter, toujours avec un grand soin de les obliger à s y appliquer contre leur gré ; car l'autd^ité et la ftMxe peuvent souvent produire l'aversion V m|âs elles- ne peuvent jamais la guérir. Ainsi , quelle: que eoit. la chose à laquelle oh est forcé de s^oCcuper, on y renoncera dès qu'on pourra; et dans le temps même qu'on s'y appliquera, l'ott. eh. recueillera fort -peu de fruit, €t l'on. y trouverai «ncore moins. de plaisir.
S cçx.
Si un enfant de bonne maison doit apprendre
la Peinture.
De tou*s les arts la peinture serait celui qui me plairait le plus , sans une ou ' déux^ raisons auxquelles il n'est' pas aisé de répondre. Première-
DES EISTFAWTS. 477
ment rien n'est plus insupportable que de mal peindre; et Ton est obligé de donner trop de temps à cet art, pour y devenir médiocrement habile. Si un jeune gentilhomme a naturellement de l'inclination à la peinture , il est à craindre qu'il ne néglige toutes ses autres études plus utiles, pour s'y appliquer tout entier; et s'il n'y a point d'inclination, il faut compter pour perdus le temps, la peine et l'argent qu'il y emploiera. L'autre raison qui fait que je ne suis pas d'avis qu'un gontilhomme s'amuse à la peinture,, c'est qjae c'est un divertis'sement sédentaire qui donne plus d'exercice à l'esprit qu'au corps. L'étude doit être, selon moi, l'occupation la plus sérieuse d'un gentilhomme; et lorsqu'il est obligé de quitter l'étude pour prendre un peu de çepos et de 'rafraîchissement, il devrait faire quelque exercice corporel , qui fut propre à donner du relâche à l'esprit, à fortifier la santé, et à rendre le corps plus vigoureux. Voilà les deux raisons qui m'empêchent de mettre la peinture au nombre des divertissements d'un gentilhomme»