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Métiers com^enables à un gentilhomme.
S'il faut, après cela, que je propose mon sentiment sur cette matière, je dirai qu'un gentil-
homme qyi demeura à, la cfimpa^n» den^ s'exerc6r au jardinagç , et à travailler çn boiii i comme à la charpenterie , à 1a menuisari^i .ou au tour$ toutes occupations qui peuvent conrtribuer au divertissement et à la santé d'un homtne qui étudie ou qui s'applique aux j^jSiires. Comme l'esprit n'a pas la force de s'attacher toujours à un même objet, et que les personnes qui demeur rent ordinairement chez elles, ou qui s'appli* quentàUétude, doivent faire quelque chose qui puisse leur divertir l'esprit, et effercer fe copps en même temps, je ne connais aucun eiçercice qui convienne mi^ux à un gentilhomme de campagne, que ces deux r là, dont l'un peut Vocfsat per lorsque la saison ne lui permet pas de s'atta^ eh.er à Fautne ; outre que , s'il entend bien le jardinage, il pourra conduire son jardinier, et lut donner de bons avis ; et, en s'exerçant à travailler en bois, il pourra inventer et faire plusieurs choses agréables et utiles tout ensemble. Je ne propose pas cette dernière considération comme, la &i principale qu'il doit se prescrire dans son travail , niais comme un motif propre à l'y engager; car ce qfxe j'ai sur-tout en vue dans cette afi^re , p'est de le divertir de seç autres occupations plus sérieuses , par le moyen de quelque exercice corporel , qui soit utile en lui-roiemc, et avantAge^x^ ^ ^ santé. '
DES ZKFANTS. 479
L* agriculture en gfand crédit chez les Anciens.
Parmi les anciens, }es plus grands homipes savaient fort bien accorder le travail de la main avec left affaires d'État; et ils ne croyaient point ravaler leur dignité en se délassant de^l'une de ces occupations par le moyen de Tautre. Mais il semble qu'il» ont, plus généralement eiQployé leurs faeinres de loisir à l'agiiculture. C'est finsi que Gédéon parmi les Juifs , et Cîncinnatus parmi les Bomains» furent /chargés du commandément des armées de leur pays; le premier tiré de Tgire ou il battait du blé, et l'autre de sa cbarrue labourant ses terres lui-même ; et il e3t visible que leur adresse à se servir du fléau , qu à eondaire la charrue, ne les empêcha pas de bien manier les armes, et ne les rendit pas moins habiles dans l'art de la guerre, ou du gouvernement. Caton le censeur (i), qui avait exercé avec beaucoup de réputation toutes les chaînes les plus importantes de la république, nous a laissé par écrit (a) wi^ preuve id« sonji habileté dans lés -choses rurales; et, autant qu'il «n'en sou-
{m) Meirçus PoTùm Cato*
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480 DE l'éducation
vient,.CyTUs(3) était si éloigné de regarder le jardinage comme une c}iose qui fut au-dessous de la majesté et de la grandir du trône, qu'il
(3) C'est C]^n& le jeune , frère d'Artaxerxès-Mnémon. II ne fut Jamais roi des Perses, quoique Cicéron l*appelle ainsi dans son livre de la FieillesscSon père le fit satrape de la Lydie , iÊela. grand/e Phrygieetde la Cappadoc^, comme nous rapprend Xénophon dans son histoire de la Retraite des Dix-MUle : napeTr^^fOvi ûwè tsu iraTpoç (rarpamiç Àu^ia; t» xat ^MT^ioLç Tviç {AC'YoïXinc xal Kairtra^oxiaç. Xénophon lui donne pourvut le titre de roi dans son livre de l'Économie , d'o& a été tirée cette particularité dont parle ici M. Locke , mais que sa mémoire ne lui a pas représentée fidèlement, car Xénophon ne dit pas que Cyrus lui montra son jardin à luimême, mais à Lysander, à qui il dit qu'il avait fait luimême tous les compartiments , qu'il avait rangé tons les arbres comme il les voyait , et qu'il en avait même plante quelques-uns de sa^ propre main : Taûra rotvuv , w Auoav^pt , iyù iroévra xal 0t6fi.^TpY)aa xal ^téra^a* fçi ^ï aÙTêÂv ^avftt ^ xàt içuTcud* a&Toc. (c^* ^^- ) ^^s gci^^ T^^ concluraient de ce que Cicéron doni^ à ce Cyrus le titre de roi des Pertes , qu'il a effectivement régné sur cette nation, pourraient aisément le confondre avec Cyrus , fon(iateur de la ponarchie des Perses, ce qui serait un' étrange anachronisme.
Si M. Loc]K.e n'a pas confondu le Jeune Cyrus, frère d'Artaxerxès, avec Cyrus le premier empereur des Perses , il est du moins très-certain qu'il a cru que ce prince avait effectivement régné sur les Perses aussi bien que Cyrus , fondateur de cette vaste monarchie. Il l'avait dit si positivement, que je l'avertis , peu de ^urs avant sa mort, de cette méprbe , dont il pouvait se convaincre hii-mém'e en jetant les . yeux sur la description de la bataille que le jeune Cyrtts livra à son frère pour le détrôner , et dans la^belle il perdit
. DES ESTFANTS. 4^1
montra à Xénophon uu grand jardin dont il avait lui-même planté tous les arbres. S'il était nécessaire de vous prouver l'utilité de ces sortes de divertissements par des exemples, il serait aisé de vous satisfaire; car l'histoire ancienne, tant des Juifs que des gentils, en est pleine.
actuellement la vie y comme Xénbpbon , qui combattit pour Cyras dans celte bataille, nous l'apprend dans son admirable bistoire de la Retraite des Dix- MiUe., Soit que M. Locke eût oublié ce que je lui avais dit , ou qu'il ne trouvât pas à propos de s'en rapporter à moi , il ne changea rien dans cet endroit. Peu de temps après sa mort, quelqu'un m'ayant appris qu'on allait réimprimer en anglais ce traité de rÉducation , je lui fis voir la méprise de M. Locke , par rapport au jeune Cyrus , qu'il supposait avoir été élevé sur le trône des Perses. Convaincu par mes raisons , il effaça cette circonstance dans la copie ("*) qui devait servir à la réimpression de cet ouvrage; mais comme il reste encore quelque équivoque dans l'expression de M. Locke , et que bien des gens pourraient encore en conclure que le jeune Cyrus avait régné actuellement sur les Perses , je me suis cru obligé de donner ce petit éclaircissement, pour empêcher qu'on ne se charge la mémoire d'un fait nettement démenti par un témoignage si authentique qu'il ne peut être révoqué en doute par lé plus obstiné partisan du pyrrhonisme historique.
(*) De rédition publiée en 1699, la dernière qui ait paru du vivant de M. Locke , oà M. Locke disait en terihes exprès , page' 365 , Cjrrus when possess'doftke Persian trône , eVyt-Mi'^) Cyrus dams h temps qt^ il était en possession du trâne dt Perse ^ etc. Çt que M. Locke disait là en termes propres et nullement équivoques , 'fait voir ciai* rement ce qu'il a voulu dire immédiatement aprèi. '
48a de l'éducation
§ CCXIII.
Comment les métiers peus^ent servir de diver^
tissement,
Ife vous imaginez pas au reste que c'est par mégarde que je donne le nom de divertissement à ces exercices et à tels autres métiers qui ont besoin du travail de la main; car, comme chacun peut le remarquer, le divertissement ne consiste pas à être sans rien faire , mais à dissiper son ennui par un changement d'occupation ; que si quelqu'un se figure qu'on ne saurait trouver du plaisir dans un travail rude et pénible, il a oublié à combien de fatigues s'exposent les chasseurs , qu'ils se lèvent de bon matin , qu'ils endurent le froid, le ciiàod et la faim, quoique ce pénible exercice fasse , comme on sait , le divertissement ordinaire dçs personnes de la plus haute qualité. Les hommes trouveraient un aussi grand sujet dte divertissement à bêcher, à creuser la terre, à planter, à enter, et à telles autres occupations, utiles en elles-mêmes, qu'à aucun des jeux frivoles qui sont en usage dans le monde , s^ils pouv;aient une fois se pl^e à ces sortes d'exercices, qtie la coutume et un peu cThabitetjéïeiir rendraient sans doute agréables en peu de temps; e^t je suis assuré que bien des
DES ENFAITTS. i^83
gens qui sont souvent invités à jouer aux cartes ou à quelque autre jeu par des personi^es à qui ils ne sauraient rien refuser, se soQt plus çi^* nuyés k ces sortes de divertissements, qu'ils n'auraient fait, s'ils se fussent appliquas ,k Tif ne des plus sérieuses occupations de la vie, quoique d'ailleurs ils n'aient aucune aversion nati^nelle pour ces jeux-là, et qu'ils soient méi^ bien aises de s'y div.ertir quelquefois. . .
§ ccxrv.
Le jeu, à quoi les personnes de qualil^é, jet surtout Içs dames , perdent tant de temps, est poi^* moi une preuve évidente que les l^promeisi ne sauraient vivre dans une parfaite oisivetés II faut nécessairement qu'ils s'appliquent à quelque chose; car san^ cela comipent pourraient n ils donner tant .d'heures, à une telle occupation., qui, généralement parlant, cause plus de chagrin que de ,plaisir dans le tçmps qu'on y est actuelle^ient engagé ? D'ailleurs , quiconque . réfléchit un peu^ur le jeu, après qu'il est fini , s'aperçoit infailliblement qu'il ne laisse aucune jsatisr faction après lui. il n'est pas moins certain qu'il ne procure . jams^s aucun avantage ni au coi^,, ni à l'esprit. Po>ir ce qui est du bien,. si l'p^ joue si^osjciu qu'on risque de s'incommoder,, le jeu ; n'est? p^us ui) c^vertissement ^ m^s^riJin
484 D^ L ÉDUCATIOW
trafic auquel peu de personnes qui ont de quoi vivre d'ailleurs font leurs affaires; et ce n'est tout au plus qu'un misérable métier pour ceux qui y font de gros gains, puisqu'ils ne remplissent leur bourse qu'aux dépens de leur réputation.
' Les divertissements ne sont pas destinés pour des gens' qui vivent sans rien faire, et qui ne sont pas fatigués et épuisés par l'exercice de leurs emplois. Pour mettre à profit nos divertissements , le grand secret serait d'employer nos heures de récréation de telle sorte que , le divertissement servant à nous délasser, nous fissions pourtsint des choses qui, outre le plaisir et le rafraîchissement présent, nous procurassent quelque utilité pour l'avenir. Tous ces amusements frivoles et dangereux, qu'on nomme passe^temps, ne doivent la vogue où nous les voyons,' qu'à la vanité que la grandeur et les richesses ont inspirée aux hommes. C'est ce fol orgueil qui leur a mis dans l'esprit qu'étudier, ou faire de la main quelque chose d'utile, ne saurait être un diverti^ement digne d'un gentilhomme. C'est là ce qui a donné tant de crédit dans le monde aux cartes , aux dés et à la débauche ; car il y a bien *dèà gens qui y emploient leurs heures de loisir ^phifrot'par coutume, et pour ne pouvoir passer 1**' temps à quelque chose de meiifeuf , qufe polir
aucun plaisir réel qu'ils y trouvent. Comme ils ne peuvent supporter le pénible fardeau d'une entière et parfaite oisiveté, et qu'ils n'ont appris aucun métier honnête auquel ils puissent se divertir , ils ont recours , pour passer le temps , à ^es amusements frivoles ou criminels qui sont en usage dans le monde , et auxquels un homme raisonnable, qui n'aurait pas été gâté par la coutume , ne pourrait prendre que fort peu de plaisir.