‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 2)Chapitre 138 sur 144 · S CCXV · texte numérisé non relu

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Je ne veux pas dire par là qu'un jeune homme de bonne maison dût se priver des plaisirs innocents qu'ont accoutumé de goûter ceux de son âge et de sa condition. Bien loin d'approuver qu'il soit d'une humeur si réservée et si austère, je voudrais lui persuader d'entrer, avec une com, pisiisance extraordinaire, dans tous les plaisirs et dans tous les divertissements de ceux qu'il fréquente, et de ne faire paraître aucun éloignement ni aucune .répugnance pour quoi que ce soit qu'ils puissent désirer de lui, pourvu que ce soient des choses qu'un gentilhomme et un honnête hpmme puissent faire avec bienséance ; quoique , à l'égard des cartes et des dés, le plus sûr et le meilleur parti, soit, à mon avis, de p'apprendre jamais à y jouer en aucune manière ,

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afin d'être par là à Tabri de toutes te^tàtionâ, * dangereuses de perdre malheureusetnent son temps. Mais je soutiens qu'un jeune homme à qui on laissera une entière liberté de se réjouir arec ses amis , et de prendre touS les honnêtes divertissements autorisés par Fusage, atira eiicôre assez de temps pour apprendre quelque métier passablement bien. Ce n'est pas Saute de temps, mais faute d'application , que nous ne sommes pas experts en plus d'un art ; et il est certain qu'un homme qui emploierait règlement une heure par jour à cette espèce de divertissement , irait en peu de temps beaucoup plus loin qu'il ïie pourrait se l'imaginer lui-même. C'est un usage qui riiériterait d'être introduit, quand ce ne sei^it que pour décréditér tant de passe-temps ordinaires , mauvais en eux-mêmes , inutiles et dangereux , et pour faire voir qu'on peut bien s'en passer. Si l'on empêchait les hommes, dès leur jeunesse, de s'abandonner à cette molle nonchalance dans laquelle quelques-uns laissent écouler inutilement uhe bonne partie de leur vie sans s'attacher à rien de sérieux, ou même de divertissant, ils trouveraient assez de temps pour se rendre habiles en bien des choses qui, quoique éloignées de leur Véritable profession, n'y seraient pourtant pas entièremeht contraires. Ainsi je crois pour cette raison, et pour d'autres

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que j'ai déjà alléguées , qu'ulne des choses qu'on doit le moins souffrir et permettre dans les jeunes genSj c'est cette humeur paresseuse et négli* gente où ils s'abandonnent en laissant écouler deSb jours entiers sans rien faire. Cet état con* vient à un homme malade et indisposé; mais hors de là il n'est supportable en aucune per^ sonne, de quelque âge ou de quelque condi-^ tion qu'elle soit.

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Aux métiers que j'ai dit qu'on peut apprendre à un jeune gentilhomme, on peut ajouter ceux de parfumeur , de vernisseur, de graveur, et plusieurs sortes d'ouvrages en fer , en cuivre et en argent ; que s'il passe une bonne partie de son temps dans une grande ville , ce qui arrive à la plupart des jeunes gens de bonne maison , on peut lui enseigner à tailler, à polir et à enchâsser des pierres précieuses, ou à tourner et polir des verres optiques. Parmi une si grande diversité d'arts mécaniques qui méritent d'occuper le loisir d'un honnête homme, il est impossible qu'il ne s'en trouve aucun qui lui plaise, à moins qu'il ne soit paresseux ou débauché, ce qu'on ne doit pas supposer s'il a été bien élevé. Or , comme il ne saurait être toujours attaché à l'étude, à la lecture et à la conversation, il

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hii restera, outre le temps qu'il donnera à ses exercices, plusieurs heures dont il fera un mauvais usage , s'il ne les emploie pas à quelqu'un de ces métiers dont je viens de parler ; car je suppose toujours qu'un jeune homme souhaitera rarement de demeurer les bras croisés sans rien faire ; et s'il est effectivement de cette humeur , c'est un défaut qui doit être corrigé nécessairement.

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