XV
Comment on doit assaisonner les viandes qu*on
donne aux enfants.
Pour le déjeuner et le souper, du lait simple ou en soupe ; de la bouillie faite de farine d'orge , du potage avec du gruau d'avoine et des raisins secs, et autres semblables mets communs en Angleterre : tout cela est fort bon pour les enfants.
DES ENFAITTS. nS
Il faut seulement prendre garde que ces mets soient fort simples et sans grand mélange. On doit sur-tout se ressouvenir de n'y mettre pas beaucoup de sucre , ou plutôt point du tout. Pour les épiceries, et autres choses propres à échauffer le sang, il faut s'en passer absolument. On doit aussi avoir soin de ne mettre pas beaucoup de sel dans les viandes destinées aux enfants, et de ne les point accoutumer à des mets d'un goût piquant et relevé. Notre palais aime dans les viandes le goût auquel il s'accoutume d'abord : et outre que l'usage immodéré du sel irrite la soif et Élit boire excessivement , il produit plusieurs autres mauvais effets dans le corps. Pour moi, je crms qu'une bonne pièce de pain bis, bien pétri et bien cuit , avec du. beurre ou du fromage, et quelquefois tout seul, serait souvent le meilleur déjeuner qu'on pût donner aux enfants. Je suis sûr qu'une telle diète est aussi saine , et les rendra aussi vigoureux que des mets plus délicats : et que s'ils y sont accoutumés, ils y trouveront du plaisir. Un enfant demandet-il à manger entre les repas; ne lui donnez que du pain sec. Si c'est la faim plutôt que la friandise qui le sollicite à nianger, il mangeni biea le pain seul : et s'il n'a point faim , il n'est pas nécessaire qu'il mange. On tirera de là ces deux avantages : le premier, qu'on accoutumera les enfants à airaier le pain ; car, comme je viens de
âë DM l'bdugation
le dire, nolare palai$ et. m^e^ eUmaa^ se ptaident aux viandes. augiqueUes nous sommes aeoou^ tumés* Le second avantage qu'on: .mtii!era . die cette méthode , c'est qu'on, enga^ra par Ik les enfants à ne pa& manger ta^opt, ni p\m souvent que la nature nie demande^ le na« crdis pas* que tout le monde puisse manger également : les un&.ont Festomao plus fort, et les autregr plus bàble ; mais je suis persuadé qu'il y a des gens friands et gloiutons. par coutume,. qui ne ravK ratent pas 4té naturellement.; £t ^e v&i& exi certains pays des hommes qui, ne faisant quedeoit repas par jo|]]^, sont aussi robustes et vig[QKireitx que d'aqtres dont l'estiHSiacy sendbiahle à un^ »ré«r veille - matin , est aeooutiimé p^ un constant usage à ivcevbir ;de la noorritiire' quatre ou obiq fois par jour. liss Romains je^riaient poi^ l'or^ dinaine jusqu'au isoupé>^ >te muI repas réglé dé ce«ix*là;,m)âmès qui mangeaieét p4us d'jilne fois par jour; Popr ceux qui avaient accoutumé de^dé** jéuner ( oe qu'ils faisaient les «nos. à huit heures , les »itres à dix, les autres à midi^ et quelr ques^uns encore plus tanl)/iJ6 ne> mangeaient jamais de la chair, et ne se. disaient apprêter quoi que ce. soit Augustr^ dans le: temps qu'il était le plus grand monarque du mondç (i)t dit ^— ► . • *
I I I - III ,. Ll Xl - J ■ I II I I II
(i) Appareflfment M. Locke s'appuie ici sur le témoignage de Suétone qui , dans la Tte d'A«gii«tf > ck. 76 , die les
DES EWFAWTS. ay
q<i'il mangeait un Berceau de pflîn sec dans sa càjéchç. £1; Sénèque ,' raeputbnt dans une de ses lettres sa manière deivivre, lors' même qu'il était déj9i vieux 9 et que Tâge hir permettait quelque iôdidgenee, nous apprend (i) qn-il avait aceou* tumé de tnanger à son d/ner une pièce de pain sec sans^ se mettre à table. Cependant, si sa saiité Teùt exigé , il aurait pu soutenir là dépense d'un pli» somptueux repas , tout atissi aisément qu'auèun de nos plus grands- seigneurs , supposé qtae leurs retenus fussent ie double plus grands qu'ils ne 'sont C'est aissi qo'étaient élevés les maîtres du monde : et l'es jeunes seigneurs romains ne.s'apercevaiettt pasiqu'ils manquassent de force de corps ou «dé vivacité d'esprit, poxir ne manger qu'une &iis par jour. Que si par hasard quelqu'un d'eux ne pouvait attendre tè souper, qui était, comme j'ai déjà dit ^ de seul repas réglé. de& Romains, il se contentait, pour apai^ ser sa faim , d'un/ morotau de pain qu'il ikian* geait seul^ ou av^c quelques raisins * secs ^ ou telle autre chose. Les Romains jugeaient cette espèce de tempérance si nécessaire pour la santé
paroles suiyantes, tirées de deux lettres de cet empereur: Nos in essendo panem et palmuUis gustavimus. Et itemm : Dum lecdcd ex regid domum redeo, partis unciam cumpaucis acinis uvœ duracinœ comedi,
(i) Panis deinde siccas jet sine ntensdprandium, post quod non swit lavandte manus, Ëpist. i.xxxui.
aS DE L':éDUCATIOir
et le bien de leurs affaires, que le luxe qui régna si fort parmi eux depuis qu'ils se furent enrichis des dépouilles de l'Orient ; ne put abolir la coutume de ne faire qu'un repas par jour: de sorte que ceux-là mêmes qui, au mépris de l'ancienne frugalité , faisaient de somptueux festins, ne les commençaient pourtant que vers le soir. En uemot, c'était une chose si monstrueuse à Rome de faire plus d'un repas par jour, que dans le temps même de Jules-César, c'était un sujet de reproche de se mettre à table quelque temps avant le •coucher du soleil , pour faire un fi^stin, ou un repas: dans les. formes.. Je dirais donc, si je ne ctarghais. de passer pour trop sévère, que le meilleur* serait de ne donner aussi aux enfants que du pain pour leur déjeuner. On ne saurait croire: combien grande est la force de la ooutume. Je crois au reste que la plus grande partie des maladies que nous avons en Angleterre, viennent de ce que nous mangeons quantité de chair, et trop peu de pain«