‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 2)Chapitre 18 sur 144 · XVIII · texte numérisé non relu

XVIII

On doit obliger les enfants à manger avant que de boire , et pourquoi.

Premièrement, la plus grande partie des fièvres et des indigestions viennent autant de ce qu'on

DES Êîr<FA»TS, 3l

bottlorsqu'onacfaaud,que d'aucune autre chose que je sache. Lors donc qu'un enfant est échauffé et altéré pour avoir trop joué , s'il ne peut avaler le pain qu'avec peime , et qu'il ne puisse avoir à boire qu'à cette condition, il sera obUgé de s'y accoutumer. S'il est i fort échauffé, il ne faut pfjmt du tout lui donner à boire , mais lui faire manger auparavant une bonne pièce de pain: par ce moyen, oi^ gagnera du temps pour chauffer un peu la Jbière, qu'il poui^ra boire alors sans danger. SHl^st f&tt altéré, Ja bière un peu chaude lui étanchera mieux - la soif ; et sHl ne la veut point boire chaude , il ne lui arrivera aucun mal de tie pas boire. D'ailleurs cela l'accoutu-^ mera à la fatigue ,' ce qui est plus avantageux qu'on ne sauraift dire pour le coi^s et pour l'^ei^prit.

§ XÏX.

'En ^second lieu,^^n ne permettant. pas aux enfants (de boire sans avoir iiiangé ,^niles empêche de tpFemàre 4a coutume d'avoir incessamment le verre à la. bouche, dangereuse coutume qui entraîne insensibtement à la débstuche. Il arrive sou^ i9ent que les hommes -^e font une habitude de m^anger et de boire. «Un. en peut fisiire l'esi^i , si Ton veut, en un enfatit qui ne soit' point accoutumé 'à boire : car si* on lui fait prendre la

3a DE L ÉDUCATION

coutume de boire durant la nuit , Une pourra plus s'endormir sans boire. £t comme c'est ordinairement en donnant à tetter aux enfants, que les nourrices les endorment et font cesser leurs cris, je m'imagine qu'en général les mères ont toujours quelque peine à empêcher leurs enfants de boire pendant la nuit, lorsqu'elles commencent à les avoir auprès d'elles dans leur maison. Je suis même persuadé que cette coutume prévaut aussi-bien de jour que de nuit; et que , si l'on veut , on peut accoutumer un en-faint à boire à toute heure.

J'ai demeuré une fois dans une maison , où pour apaiser un enfant naturellement pleureur, on lui donnait à boire toutes les fois qu'il criait , de sorte qu'il buvait à tout moment. Quoi* qu'il ne parlât point encore, en vingt -quatre heures il buvait plus que moi. Et quiconque voudra en faire l'essai, verra bientôt que, s'il boit à tout moment de la petite bière, elle l'altérera tout aussi -bien que la bière forte. La principale chose à quoi il faut penser dans l'éducation des enfsints, c'est aux habitudes qu'on leur fait prendre. C'est pourquoi en ce point, comme en tout autre, ne commencez jamais à lui faire prendre en coutume une chose dont vous ne voudriez pas qu'il continuât la pratique pour s'en faire tous les jours une plus forte habitude. 11 est

J>£S ENFAITTS. 33

boD, par rapport à la santé et à la sobriété, de ne pas boire plus que la soif naturelle n'exige. .Or qui s'abstiendra de manger^ des viandes salées y et de boire des liqueurs for.tes, aura rarement soif eutre les repas , à moins . qu'^ p'ait pris cette méchante coutume de boire' à ^onti:e-

temps.

Page 1