‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 2)Chapitre 32 sur 144 · XXXV · texte numérisé non relu

XXXV

Il faut songer de bonne heure à régler les

mœurs des enfants.

La grai^de faute où j'ai remarqué qu'on tombe d'ordinaire danfi l'éducation des enfants (i),€'e^t qu'on n'en a pas pris assez de soin dans te temps qu'il fallait, et qu'on n^a pas accoutumé leur esprit à une bonne discipline, et à se soumettre à la raison dès le commencement '■ qu'if était le plus en état de recevoir îjans peine toutes sortes (f impressions. C'est avec beaucoup de sagesse que la nature a inspire' aiix parents de l'amour pour leurs en^nts t nuais si la raison ne mo» dèrp cette affectioi^ ïiaturellè avec tine extrême

(i) « Je ,M*oaYe, .dit Afontaigne , ^ue nos plu^ grands vices (c prenn.ent leurs plys dès nostre plus t;endre enfance. Cçst «')>asse- temps aux mères de voir un enfant tordre le col k « un pouist, et «'esbattn à blesser un dbien et ub chat, fit « te} père est si sot, de preAdre à bon ai^re d'me ame «martiale, quand il Toit son ^s gourmer injurieusement « un paysan ou un laquais qui ne se défend point ^ et à gen-*> « tillesse quand il le Toi( affiner son compagnon par quel- « que malicieuse desloyauté et tromperie. Ce sont pourtant « les yrayes semences et racines de la cruauté, de la tyrannie , « de la trahison. Elles se germent là , et s'élèvent après gaillar- « dément , et profitent à force entre les mains de la coustume. » Essais, liv. I, ch. XXII.

56 DE l'éducation

circonspection, elle dégénère aisément en une indulgence excessive. Que les pères et les mères aiment leurs petits enfants, rien de plus juste; leur devoir les y joblige. Mais souvent ^ non contents d'aimer leurs personnes , ils vont jusqu'à chérir leurs défauts. Il ne faut pas , à ce qu'ils croient, gêner, contrecarrer ces petites créatures ; il faut leur laisser faire tout ce qu'elles veulent. Et comme, dans leur enfance, ?lles ne sont pas capables de tomber dans de grands vices, les parents s'imaginent qu'on peut alors .sans grand danger avoir de l'indulgence pour leurs petites irrégularités, et leur permettre de se. divertir à ces jolis traits de ^i^lice qui, selon eux , siéent bien à cet âgç innocent. Mais pour détruire le préjugé de ces parents qui, trop jSassionnés pour leurs enfants, n'ont pas voulu prendre la peine de les corriger d'une petite sottise , prétendant l'excuser assez en disant que c était peu de chose, je me contenterai de leur faire savoir cette sage réponse de Solon (i) : c*èst peu de chose ^ il est vrai; mais ce nest pas peu de chose que la coutume.

(i) Diogène-Laërce (lib. Ill^sect. 38) donne cette réponse à Platon; mais qu'elle soit de Platon, ou de Solon, ou de tous les deux , peu importe.

Page 1