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Le petit mignon doit être dressé à clonner des coups, et à dire des injures. Cela le divertit, il faut lui en faire leçon. Pleure-t-il pour avoir quelque chose ; il faut qu'il l'ait tout aussitôt. Il faut lui laisser faire tout ce qui Lui vient en fantaisie. C'est ainsi que l^s parents, par une indulgence outrée pour leurs enfants encore tout petits, corrompent en eux tous les principes de la nature : et après cela ils s'étonnent de voir des ruisseaux impurs, dont ils ont eux-mêmes empoisonné la source ! Car lorsque les enfants sont devenus grands , et que leurs mauvaises habitudes ont cru à proportion , les parents qui ne peuvent plus les dorloter ou en faire leur passe-temps , commencent à dire que ce sont de petits fripons, des esprits revêches et pleins de malice : ils sont choqués de les voir opiniâ^ très et sujets à cesr mauvaises inclinations qu'ils leur ont inspirées eux-mêmes , et qu'ils ont pris soin d'entretenir. Et alors qu'il est peut-être trop tard, ils seraient bien aises d'extirper ces mauvaises herbes qu'ils ont plantées de leurs propres mains, et qui ont pris de trop fortes racines pour pouvoir être facilement arrachées. Car si un enfant a été accoutumé à avoir une pleine liberté de faire tout ce qu'il a voulu, tandis
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ne pas avoir des passions, mais à pouvoir les gouverner , et à résister actuellement à leurs impressions. Or, qui n'est pas accoutumé à soumettre sa volonté à la raison des autres , pendant qu'il est jeune, aura beaucoup de peine à écouter les conseils de sa propre raison, et à les suivre , lorsqu'il sera en âge de s'en servir ; et il n'est pas difficile de prévoir ce que sera un tel homme.
§ XXXVIIL
On enseigne te vice aux enfants : ce qu'on prouye
par plusieurs exemples.
Ce sont là des méprisés où tombent communément ceux qui semblent prendre le plus de soin de l'éducation de leurs enfants. Mais si nous observons la manière dont on conduit ordinairement les en&nts, nous aurons tout sujet d'être surpris, qu'au milieu de ce dérégie* ment de mœurs dont on se plaint par -tout, il reste encore quelque trace de vertu dans le monde. Car peut*on nqmmer un vice, dont le goût ne fsoit communiqué aux en&nts, ou par leurs parents , ou par leurs nourrices, un vice dont on ne jette les semences dans leur ame , dès qu'ils sont capables de les recevoir? je ne dis pas par les exemples qu'on leur met devant les yeux, qui cependant doivent contribuer à
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les encourager au mal. Ce que j ai dessein de' vous faire remarquer ici, c'est que ceux qui sont auprès des enfants leur enseignent directement le vice , et les éloignent actuellement du chemin de la vertu.
Premier exemple. Ne leur inspirent - ils pas la violence , l'esprit de vengeance et de cruauté avant qu'ils puissent marcher? Donne-moi un coup y afin que je le lui rende : c'est la leçon qu'on répète chaque jour à la plupart des enfants. On compte cela pour rien, parce que leurs mains n'ont pas la force de faire du mal. Mais 9 je vous prie , n'est-ce pas là le vrai moyen de leur gâter l'ame, et de leur inspirer la violence? Car si» lorsqu'ils sont petits, on leur apprend à faire du mal aux autres , à les frapper , à les battre , pour ainsi dire, par député; si on les exhorte à se réjouir du mal qu'ils ont procuré, et à se faire un plaisir de le voir souffrir, ne les dispose-t-on point par le même moyen à recourir eux-mêmes à ces voies de fait, lorsqu'ils seront assez forts pour faire sentir la pesanteur de leurs bras, et pour frapper tout de bon?
Second exemple. Les habits qui ne doivent servir naturellement que pour la modestie , pour tenir le corps chaud et le couvrir, sont, par la sottise ou l'extravagance des parents, recommandés aux enfants pour d'autres usages bien
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différants. On leur en fait un sujet de vanité et d'émulation. On inapire à un enfant de la pêé-^ mon pour un habit neuf, en lui faisant espérer que ce sera un bel habit : et dès qu'une jeune fille est parée d'une robe ou d'une coiffure neuve, sa mère lui apprend k s'admirer ellemême, en l'appelant sa petite Heine ^ sa Princesse. Amsi les en&nts sont instruits à tirer vanité de leurs habits, avant que de pouvoir les mettre eux-* mêmes. Et pourquoi ne continueraient-ils pas à s'enorgueillir d'une parure à la mode, qu'ils doivent au tailleur ou à la coiffeuse , puisque leurs parents le leur ont appris de si bonne heure?
Troisième exemple. On dresse les jeunes gens à mentir , à se servir d'équivoques et d'excuses peu différentes du mensonge. Si les apprentis et les enfants emploient à propos ces tours d'adresse pour le profit de leurs maîtres ou de leurs parents , on les loue. Quelle apparence qu'après qu'on les a dispensés de respecter la vérité ^ et qu'on les a même encouragés à la corrompre, en £siveur d'un maître tout confit en dévotion; quelle apparence que, dans l'occasion , ils n'usent pas du même privilège pour leur propre profit? ,
Quatrième ^exemple. . Ce n'est que la pauvreté qui met les ^ens du commun hors d'état de
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piorter leurs enfants à Tinteaipérance , ea leur donnant des mets délicats, ou en les sollicitant à boire et à manger au-delà du nécessaire : car lorsqu'ils se trouvent en lieu où ils peuvent se satisfaire^ ils montrent bientôt, par leur exemple t que ce n'est point par aversion pour Tivro^ gnerie et la gourmandise qu'ils sont sobres , maïs par pure nécessité. Si vous observez sfprès eela ce qui se passe dans les oiaisons de ceux qui sont un peu plus à leur aise, vous trouvères qu'on Y (^^^ ^1 ^^^^ consister le bonheur et la [MÎncipale afl^ire de la vie à manger et à boire, qu'on croirait les enfants négligés^ s'ils n'y avaient leur bonne part. On leur donne des sauces, des ragoûts, des viandes déguisées avec tout l'art imaginable, pour ranimer leur iq^pétit après qu'ils ont déjà le ventre bien plein; et alors, de peur que leur estomac ne soit surchargé , le prétexte est tout prêt de leur donner un verre de vin , pour aider à la. digestion , quoiqu'en effet cela ne serve qu'à la reculer.
Un en£Eint est-il indisposé , la première question qu'on lui fait , c'est, que veux-tu donc man^ getj mon ami? que, te donnerons - nous ? £n même temps on le presse de manger et de boire ; et chacun est après à imaginer ce qu'on pourra lui présenter qui soit assez friand et assez délicat pour vaincre le dégjbut que la nature donne
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sagement dans le commencement des maladies, comme un moyen pour empêcher qu'elles n'augmentent, afin que, délivrée du soin ordinaire de digérer la nouvelle nourriture dont l'estomac se chargerait sans cela, elle puisi^e avoir le loisir de corriger et de dompter les humeurs peccantes.
Mats Ibrs même que les enfants ont le bonheur d'avoir des parents qui par inrudence les éloignent de leur table, et les font nourrk* sobrement de mets fort simples et fort commuas, il est encore très-difficile que leur esprit se préserve de la contagion ; car, quoique, durant tout le temps qu'ils sont sous la direction de quelque personne raisonnable , ils puissent être en sûreté par rapport à leur santé , le moyen que leur cœiu* ne soit point corrompu par les discours qu'on leuï fait sur cette espèce d'épicurisme! De tous côtés ils entendent louer la bonne-chère : qui ne voit que tous ces éloges doivent bientôt leur faire aimer une table bien servie , et leur inspirer le désir d'en faire la dépense dès qu'ils en auront le naoyen ! Tenir bonne table, c'est ce que tout le monde appelle bien vivre y se bien traiter y vivre noblement : ceuxlà même qui font profession de censurer le vice , parlent ce langage. Comment voulez-vous après cela que la triste raison entreprenne de s'oppo-
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ser à la voix publique ? Quelle apparence qu'on Técoute, si elle nomme luxe ce qui est si fort applaudi dans le monde , et si généralement autorisé par la pratique des personnes du premier rang?
C'est à présent un vice si établi , et qui a de si puissants défenseurs, que je ne sais si déjà il ne se pare point du nom de vertu , et si la liberté de le censurer ne passera point pour folie ou* ignorance du monde. Pour moi, je craindrais fort que ce que je viens d'en dire ici , ne fut censuré comme une satire hors de propos , si je ne le proposais dans la vue d'exciter les parents à veiller soigneusement à l'éducation de leurs enfant^, puisqu'ils voient ces faibles créatures environnées de tous côtés non-seulement de tentations propres . à les corrompre , ' mais même de précepteurs de débauche , et cela peutêtre dans les lieux où ils les croyaient le plus en sûreté.
Je ne veux pas insister davantage sur ce sujet , ni m'étendre à faire voir , article par articlt , le soin qu'on prend de gâter les enfants , et de leur inspii*er de mauvais principes. Mais je prie les parents de considérer sérieusement s'il y a un défaut ou un vice qu'on enseigne visiblement aux enfants , et s'il n'est pas de leur devoir I 5
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et d^ leur sagesse de leur procurer d'autres m«* strudioBs.