‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 2)Chapitre 35 sur 144 · S XL · texte numérisé non relu

S XL

Ce n'est pas que je prétende psur-^là qu'il ne faille avoir aucune indulgence pouv les enfants dans la moindre choses ou que j'espère qu'ils puissent avoir dans ce bas-^àge une sagesse et une conduite de «énateur. Je les regarde comme des enfisŒits qu'il faut traiter avec douceur , qui doivent badiner et avoir leurs jouets et leurs passe -temps, Ce que je veux dire, c'est que quand ils pleurent pour avoir .ce qu'il n'est pas nécessaire qu'ils aient , ou pour faire ce qu'il ne feut pas qu'ils fassent , on ne devrait pas lenr accorder ce qu'ils demandent^, sous prétexte qu'ils le défirent ^ mais qu'au contraire , s'ils redoublaient leurs importunités pour l'obtenir , il faudrait leur faire comprendre qu'on le leitf teluse précisément à cause de cela « J'ai vu à une table des enfants qui ne demandaient jamais rien , quelques mets qu'il y eût devant eux ,

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mais recevaient avec plaisir ce qu'on leur donnait : et ailleurs j'en ai vu qui demandaient de tout ce .qu'ils voyaient , et qu'il fallait servir de chaque plat , et même avant tout le monde. D'où pouvait venir cette grande di£férence, si ce n'est de ce que les uns étaient accoutumés à avoir tout ce qu'ils demandaient en criaillant ou en pleurant , et que les autres étaient accoutumés à s'en passer ? Plus les enfants sont jeunes , moins on doit, à ce que je crois, satisfaire leurs désirs déréglés. Moins ils ont de raison , plus il est nécessaire qu'ils soient soumis à. l'absolue puissance et à la direction de ceux entre les mains desquels ils se trouvent : d'où je tirerai cette conséquence qui se présente d'elle-même , qu'on ne doit tenir autour d'eux que des personnes sages et raisonnables. Si l'on fait ordinairement tout le contraire , je ne saurais qu'y faire. Jç dis ce que je crois qu'on devrait pratiquer ; si Tusage ordinaire s'accordait déjà avec mon sentiment, il ne serait pas nécessaire que j'importunasse le monde par un discours sur cette matière. Cependant je suis assuré que, si Ton examine ce que je viens de dire , il y aura plusieurs personnes qui reconnaîtront avec moi, que plus on commencera de bonne heure à faire prendre ce pli aux enfants , plus . la chose leur sera facile à pratiquer , et 'moins leurs gouver-

neurs auront de peine auprès d'eux. Et ici l'on doit tenir pour une maxime inviolable , qu après quon leur a refusé une fois quelque chose , il faut se résoudre à ne point Faccorder à leurs cris ou à leurs importunités j à moins qu'on n'ait envie de leur apprendre à devenir impatients et chagrins, en les récompensant de ce qu'ils s'abandonnent au chagrin et à l'impatience.

s XLI.

Ceux donc qui prétendent gouverner leurs enfants doivent commencer à les tenir soumis à leur volonté pendant qu'ils sont jeunes. Voulezvous que votre fils vous soit obéissant après être sorti de l'enfance? faites valoir votre autorité de père aussitôt qu'il sera capable de soumission, et qu'il pourra comprendre de qui il dépend. Si vous souhaitez qu'il ait du respect pour vous, inspirez-lui ce respect pendant son enfance ; et à mesure qu'il deviendra homme , traitez -le plus familièrement. Par ce moyen , il vous sera entièrement soumis , comme il est juste , durant tout le temps de son enfance; eX il deviendra votre ami , lorsqu'il sera homme fait. Car un père se mécompte beaucoup à mon avis, qui, plein d'indulgence pour ses enfants, et fort familier avec eux lorsqu'ils sont jeunes , les traite fort sévèrement, et n'a plus de communi-

cation av€c eux ( i } lorsqu'ils sont devenus grands. La liberté et l'indulgence ne sauraient iaire du bien à de jeunes enfants : leur peu de jugaaoent est cause qu'ils ont besoin d'être sous la discipline , et comme tenus en bride. Au éontraite , vous ne sauriez plus mal faire que de les traiter d'une manière sévère et impérieuse, lorsque, devenus hommes, ils ont leur propre raison pour leur servir de guide": à moins que vous ne vouliez obliger vos enfants à se dégoûter de vous lorsqu'ils seront grands , et à dire secrètement en eux-mêmes: Quaaid mourrez- vous donc y mon père?

(i) Montaigne a frondé vivement cette mauvaise contame. «Une vraie affection et bien réglée, dit-il, devrait « naître et s'augmenter avec la connoistance que les enfants « nous doanent d'eux : et lots, s'ils le veulent , la propen- « sion naturelle marchant quant et quant la raison, les eli^rir « d'une amitié vraiment paternelle : — Il en va fort souvent « au contraire , et le plus communément nous nous sentons «plus émus des trépignements, jeux et niaiseries puériles « de nos enfants, que nous neiMens après de lents actioas « toutes formées ; comme si nous les avions aimés pour notre « passe-temps , ainsi que des guencms , non ainsi que des « hommes. » Je tire ces paroles d'un chapitré intitulé : De l*€0ecti»n des pères amK vmfcaas ,*tÀi vous trouverez plusieurs autres bonnes réflexions suc ce siyet. Essais , liv. II, ch. VIII.

JDES EKFANTS.

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