LXV
Une faut pas charger de préceptes la mémoire
des enfants.
Jtekmxttez-iioi maintenant de remarquer ici une ckose où l'on manque, si je ne me trompe, dans la manière ordii^ire d'élever les enfants , c'est qu'en toute rencontre on leur charge la mémoire de règles que souvent ils n'entendent point , et qu'ils oublient certainement peu de temps après qu'on les leur a données.. S'il y a quelque chose cpie vous eussiez voulu que vos enfants eussent fait , ou bien autrement qu'ils n'ont fait , obligez-les à la faire toutes les fois qu'ils l'oublient, ou à la re£siire s'ils la font de mauvaise grâce , et cela jusqu'à ce qu'ils s'y soient perfectionnés. Vous tirerez de là ces deux avantages; le premier, que vous verrez par ce
lOa DE L^ÉDUCATION
moyen si c'est une chose qu'ils puissent faire , ou s'il y a apparence qu ils en viendront jamais à bout : car il y a quelquefois des enfants auxquels on ordonne certaines choses dont ils se trouvent incapables lorsqu'on les met à l'épreuve , de sorte qu'on doit les leur enseigner, et les y exercer, avant que de les obliger à les faire d'eux-mêmes. Mais il est bien plus aisé à un gouverneur de donner des ordres , que d'enseigner le moyen de les exécuter.
Le second avantage qu'il reviendra de cette méthode , c'est que si les enfants répètent la même action jusque ce qu'ils s'en soient fait une habitude , ils ne la feront point par un eflfort de mémoire , ou par des réfleoLions , fruits de la prudence et de l'âge, et .par «l'a mémeincon* nus à l'enfance , mais, ils y seront portés 'Ha* turellement.. C'est ainsi- qu'un hbmlne de bonne maison qui a été bien élevé, s'esfe fait par une constante pratiquib) ixtièi itéllb . habitude de .saluer quand on le salue ,fet dd regarder une perspniïe qui lui parïe^ que^eela kii esti ^us» naturel que ds respirer : il le fait sans yipenser ^t sans au>cube réfldxioli. Si vcius ccÂ*rigez votre enfant d'un défaut par cette niéthx>de,.il eh sera guéri pour tmijours ; et si you^ attta^piez.ainsi ses dé-^ fauts l'un après l'antre^ vous pouiriez leis extirper tous ^ et mettre^ à la place telles habitudes que vous voudrez.
0JES EWJPANTS- fo3
§ Lxvi.
Inconvénierits qui naissent "de cette pratique, '
J'ai VMk des pères qui. chargeaient si. fort/de ^véceptes leurs enfants » (Jju'il était impossible: à ces pauvres petites créatures d!en rdteiÙT la diiièra^ partie, et moins encore de les obsefrter. Cèpràdaàt on les ^âtkit on pac des paroles aigres^ ou par des coups ^4èe'quils^vk)laîe]^ quelques-uns de ces préceptes ,- qui. lieiplus sôuveol: ài'étàieint pas fort raisonnables.. Savez*vous ce qui^vs'ent suit de là naturellement? C'est que les enfakils ne font aucune réflexion à ce qu'on leur dit, convaincus en eux-mêmes que toute l'attention dont ils pourraieni; être ^^âpables, aoe saurait les empêcher, de commettre quielque faute , et d'être maltraités ,eiit cons^uence. de ;leiirs>tpé-r
prises. .',,■. ^;!v ., . : . '
Siouvenez- Vous donc .de ,;tie damier à votre enfant qu'aussi peu de règles qu6;VOus pourrez , et plutôt moins qu'il ne fsiut, que<i'en donner ' qui .ne paraissent pas absolument nécessaires. Car si vous le chargez de^ quantité, de xègles, il» arrivera . nécessairement ; Tùnte: . de cies deux choses,. ou que votre en£inti:ser^ châtia fort souvent, ce qui > est ' d'une <kngeœuse conséquence, parce que le 'cbâtiment devient par-rlà
*jK"
I04 T>T. t'iDUCATlON
trop fréquent et trop commun; ou que vous serez obligé de lui voir violer quelques-unes de vos règles sans Ten punir : ce qui fera que dans la suite il les regardera avec mépris, et ne tiendra aucun compte de votre autorité. N'imposez donc à. vos enfants que peu de lois, mais ayez soin qu'elles soient bien observées dès qu'elles sont une fois établies. A un enfant qui n'a que peu d'années, il ne faut donner que peu de règles; et à mesure qu'il avance en âge, lorsqu'il est confinné dans la pratique d'une règle que vous lui avez prescrite, vous pouvez lui en donner une autre;