‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 2)Chapitre 58 sur 144 · S LXXV · texte numérisé non relu

S LXXV

Il ne faut pcis proposer aux enfants les choses

sous l'idée dé devoir,

i^ Il faut premièrement fairo en sorte que rien de ce qu'on veut apprendre aux en&nls ne leur devienne onéreux , ou ne leur soit imposé coamie une tâche à foiirnir nécessairement* Toutes les choses qui sont proposées sous cette idée devieiment aussitôt ennuyeuses et désagréables. Dès-lors l'esjMtt les regarde avec aversion, quoique auparavant elles lui plussent, ou lui fussent indifférentes. Ordonnez à un enfant de fouetter chaque. îour son sabot durant uq certain temps, soit qu'il, en ait envie oui non :

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exigez cela de lui comme un devoir à quoi il soit obligé d'employer certaines heures le matin et l'après-midi , et vous verrez qu'il sera bientôt dégoûté de ce jeu et de tout autre à de pareilles conditions, £h! n'en est -il pas de même des hommes faits? ce qu'ils font de leur bon gré avec plaisir ne leur est-il pas à chaîne dès qu'ils voient qu'on les y oblige par devoir? Ayez des enfants telle idée qui vous plaira, il est certain qu'ils n'ont pas moins d'envie que le plus orgueilleux d'entre nous autres hommes de faire voir qu'ils sont libres, qu'ils font de bonnes actions de leur propre mouvement, et qu'ils sont absolus et indépendants.

s LXXVI.

Il faut avoir égard à l'humeur des enfants eh

les instruisant.

â^ Due autre chose qu'il faut cbserrer dans rinstruction des enlants, et qui est^une suite de ce que nous venons de. dire, c'est qu'ont cie doil les obliger à «faire les choses pour lesquelles on leur a inspiré de rincKnation que dans le temps qu'ils y sont* portéss. Une personne quiseiplaifeà lire, à écrire, à chanter, etc., se trouve quélqae^ fois d'une telle humeur, que ces choses ne lui plaisent point du tout; et si dans ce temps^^là

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elle veut se forcer à y appliquer son esprit , elle ne fait que se tourmenter et se chagriner inu* tilement : il en est de même des enfants. Il faut donc observer avec soin le changement qui arrive à leur humeur , et être toujours prêt à profiter du temps auquel ils sont bien disposés pour certaines choses, afin dé les engager alors à s'y appliquer; que s'ils ne sont pas assez sou-> vent portés d'eux-mêmes à apprendre ce qu'on veut leur enseigner, il faudrait les y disposer adroitement par quelque discours préliminaire. C'est là, je pense ^, ce qui ne serait pas fort difficile à un habile gouverneur qui étudierait le tempérament de son élève , et qui voudrait se donner la peine de lui remplir l'esprit d'idées propres à le passionner pour le sujet dont il a dessein de l'entretenir. On épargnerait par -là beaucoup de temps , sans causer aux enfants aucun ennui : car un enfant qui est d'humeur de s'atta*^ cher à une certaine chose, y fera alors trois fois plus de progrès que s'il y employait le dk>uble de temps et de peine lorsqu'il s'y applique à contre - cœur et malgré lui. Si l'on avait égard à cela comme on devrait , Ton poiirrait permettre aux. enfants de. badUner et de jouer jusqu'à «en être las , et il leur resterait cependant assez de tanps pour apprendre tout ce qui est à la portée de chaque âge : mais c'iest une chose qui n'est

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ni ne peut guère être considérée dans la méthode ordinaire d'élever les enfants. Cette méthode, qui consiste à faire tout par le moyen de la verge, est fondée sur d'autres principes; comme elle n'a riezi d'engageant , elle ne se met pas en peine de considérer l'humeur présente des enfants, elle n'y a aucun égard , et ne songe point à chercher les moments Êivorables où leur inclination pourrait se réveiller ; et en effet , il serait ridicule d'attendre qu'un enfant se portât de lui-même à quitter ses divertissements, et qu'il recherchât librement et avec plaisir les occasions d'apprendre, après que la contrainte et les coups lui ont inspiré de l'aversion pour sa tâche. Cependant si Ion s'y prenait comme il Êiut , le temps que les enfants emploieraient à apprendre les choses qu'on voudrait leur enseigner, servirait autant à les délasser de leurs jeux , que leurs jçux servent à les délasser de la peine qu'ils prennent à apprendre ces choses. Le travail est égal des deux côtés, et ce n'est pas là ce qui chagrine les enfants; car ils aiment à être occupés ^^ et naturellement ils se plaisent au changement et à la diversité des occupations. Le seul avantage qu'ils trouvent en ce qu'on nomme jeu et divertissement ^ c'est qu'ils s'y appliquent par un pur mouvement de leur liberté , et qu'ils y emploient de gaieté de cœur

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leur peine, dont vous pouvez remarquer qu'ils ne sont pas grands ménagers; au lieu qu'ils scml poussés et entraînés par forcé à ce qp'ils doi* vent apprendre 7 ce qui d'abord les rebute et refroidit l'ardeur qu'ils pourraient avoir pour ces iiboses : leur liberté d« s'accommode point de ce joug qu'on veut leur imposer; mais faîtes^ seu^ leme^t en* sorte qu'ils demandent à leur gôu* verneur de leui: donner leçoh,:comme ils prient souvent leurs camarades de leur enseigner certains jeux , et vous verrez qu'alors contents de se voir libres en cela comme en tbiite autre cbK»se, ils s'en feront un divertissement^ toUt ainsi que de Içurs jeusy et qu'ils s'y i porteront avec autant de plaisir qu'à tous leurs autres : amusements. Par <:ette méthode ménagée, avec» tout Je. soin possible vil y ^ gTMide apftdvettde ;«^'ioi» peut inspirer à un.en&nt.le désir d^appre&d<^ tout ce qu'<H)' voudra lui enseigner. Dans uneiÇaimille, le plus difi&cile est, je iravooe^ de conduire aîne^ le plus âgé des. en£Eints;mâisiM9rsqu!il aura une foi» pris ce pli^, on pourra p^ doutipioyen m»'ner diBémeuttons leâ autresi où Ji'^cÉi f voudca; r

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