‹ Œuvres philosophiques de Locke (volume 2)Chapitre 60 sur 144 · LXXXIV · texte numérisé non relu

LXXXIV

Il faut convaincre les enfants par voie de

raisonnements.

On; s'étonnera peut-être de.m'entendre dire d^ il faut raisonner avec les enfants: c'est pour- I II

l6a I>S L'iDUCATION

tant li si fort mou seotimenii, que je croîs qu'on é&rcmt s'en kice une obligation. Les en&ints son!:' capiMes d'entendre rakton , dès qu'ils entendent h^ langue matemette; et, si je ne me trompe y ils aiment à être traités en gens raison^ naUes piutte qu'on ne se l'imagine. Il Êiut entre* tenir en enx cette espèce- de fierté, et s'en servir, aùtaqt qu'A est possible, comme d'ma moyen univers^ pour les amener où l'on vent.

Mais par les raisons que je conseille de proposer aux enfents , je ne i^emc parler que de eeiles qui sont proporiioqnées 4 leur capacité : personne n'ignore qu'il ne £sint pas discoarira¥ec tin enlatit de trois ans ou de sept ans, de la même mahièfe qa'avec mât homme fait. De kmgs discours et des raisonnements pbilosofilnqaes accableraient et confondraient l'esprit, d'im en* lant, au lieu de Tinstruire. Lors dcmc que je dis qu'ail faut agit avec des enfants commie avec des créatures raisonnables, j'entetiÀ ^'c» ^ traitafit d'ane manière douce et modérée, lors même que vous les reprenez de quelque chose, vous leur fassiez sentii' que vous ne faites rien qui ne soit raisonnable en soi , et qui |ie se termine à leur propre avantage ; et que ce n'est point par caprice, par passion ou par fantaisie que vous leur commandez ou que vous leur défendez telle ou telie chose : e^esS ce qu'ils peuH

MaML.

dÈS EKFABTT^. l6S

véDt très-bien oonn^li<e; et je ne doute point que par te mojran on ne puisfte leuf £iire oom^ prendre la néeedsîté de s^àttaclier(i) à toutes left vertus aiutqndles 11 est nécessaire d^; les porter, et de fuir tons Itn vioes dont il Êiul les préserver. Mais pour en venir là, il faut choisir dés raisons proportionnées à leur âge et k leur discerM*ment, et lés proposer toujours brièvement et etk termes simples. Combien dlioUnnés laits, <|ui ne sont pas accoutumés à pousser leur méditation an-deià des opinions vulgaires, auiËcjuels il ne serait peut * éthe pas fort aisé de failli éômprendre sur quels fondements sont appuyés plusieurs devoirs de la vie , et quelles sont Uè

4c nons instruit à yiyre , et que l'enfance a sa leçon comme lei « autres kgesj pourquoi ne la lui communique- t->'on pas^

Udum et moUe lalam e^ , nunc properandos » tt acri Fingendiu sine rota *»

« On noua apprend à yivre quand la -vie est passée. — * «Prenez les simples discours ée la philosophie , sachez les « choisir et traiter à point; ils sont plus aises à concevoir « qu'on conte de Boccaee. Un enfant en ett eapidirc au « partir de la nourrice , beaucoup mieux que d'apprendre « a lire ou à écrire. La philosophie a des discours pour la «naûsanoe des faoauiws, comme potit la déofépitiide. » ^4«M df Mm$tugae, Ut. |, dkapitfe %Xy,

*T*%ê. Èàt. Ul, r. a3.

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sources du juste et de l'iajuste d'où découlent ces devoirs! A plus forte raison, les enfants sont incapables de concevoir des raisonnements tirés d'un principe éloigné, et de pénétrer la force d'un argument qui dépend d'une longue discussion. Les raisons qui les peuvent frapper doivent être communes, à la portée de leur esprit , et si sensibles, qu'on . puisse , pour ainsi dire, les leur faire toucher au doigt; et, si l'on a égard à leur âge, à leur tempérament et à leurs inclinations, on ne manquera jamais de motifs propres à faire impression sur leur esprit. Mais, si l'on n'en trouvait aucun en particulier , en voici qui serpnt toujours intelligibles et capables de les détourner de toutes les fautes dont il est nécessaire de prendre connaissance pour les en corriger , c'est de leur représenter qu'en commet'^ tant cesfautesy ils se couvriront de confusion; quHls se rendront méprisables y et qu'ils encourront votre disgrâce.

S LKXXV.

Il faut instruire les enfants par des exemples.

De tous les moyens qu'on doit employer pour instruira les enfants, et pour former leurs mœurs, il n'y en a point de plus simple, de plus aisé^

DES ekfants. i65

ni de plus efficace que (i) de leur mettre devant les yeux des exemples - des choses que vous voulez leur faire pratiquer ou éviter. Lorsque, par le commerce qu'ils ont avec les personnes de leur connaissance , ils sont à portée d'envisager ces exemples, et de faire quelques réflexions sur ce qtfils renferment de beau et d'irrégulier, cela est plus capable de les leur* faire suivre ou éviter, que tous les discom*s qu'on pourrait leur étaler dans la même vue. Les paroles , quelque touchantes qu*elles. soient, ne peuvent jamais donner aux enfants de si fortes idées des vertus et des vices que les actions des autres hommes, pourvu que vous dirigiez leur esprit de ce côtélà, et que vous leur recommandiez d'examiner telle et telle bonne ou mauvaise quajité dans les circonstances où elles se présentent dans la pratique. Ainsi ^ par rapport aux manières , l'exemple d'autrui fera mieux sentir à un enfant la beauté ou l'indécence de plusieurs actions , que

(i) Le père d'Horace se servit avec succès de cette méthode danB l'éducation de son fils. Horace, qui nous l'apprend lui-même dans la satire IV du premier livre, entre sur eela dans un détail fort instructif. C'est un endroit qui ne peut être trop lu par ceux qui sont chargés d'élever des enfants. Us devraient le savoir psu: cœur , et l'avoir souvent présent à l'esprit.

^ôâUË

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toutes left régies et tous les a^s qu'on pouirail leur donner pour les ^ oot^vaiocre. .

Cette méthode ne doit pas seulemept âtre pra* tiquée pendant que les enfants sont jeunes, mais aussi durant tout le temps qu'Us sont sous lu conduite d'autrui ; et je cfoîs dans le fond qu« c'est le meilleur moyen qu'un père puîase employer pour corriger son en&nt de quelque défaut que ce soit, sauf à lui de juger combien de temps il doit se servir en psuticulier de oe moyen ; car rien n'est plus propre que l'e^em* pie k faire de douces et de profondes impres* sions sur res{»it des hommes. Les mêmes dé£mt» qu'ils qégUgent de voir^ ou qu'ils eneusent en eux*mén^es', ils ne peuvept s'tmpéeher de ies désapprouver et d'en être choqués lof ^[u'ils les découvrent dans d'aubres petBOttnes.

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